Robocop Paul Verhoeven, Etats-Unis, 1987 Robocop est un film réalisé par Paul Verhoeven, cinéaste néerlandais qui débuta sa carrière à la télévision hollandaise où il découvrit l un de ses acteurs fétiches, Rutger Hauer avant de partir tourner à Hollywood. Son premier film américain, Robocop, sorti en 1987, fut un énorme succès commercial. L histoire de Robocop se déroule à Détroit, en Amérique, dans un futur dystopique (l an 2000 vu depuis les années 1980), où règnent le crime et la corruption. L officier Murphy, mortellement blessé lors d une intervention, sert de cobaye à l expérimentation d un nouveau dispositif de lutte contre le crime : Robocop, une cyborg moitié humain, moitié machine mais «100% flic» comme le vante l affiche du film lors de sa sortie en 1987. Créé à partir du cadavre de Murphy, ce robot policier premier de son espèce n est censé obéir qu à ses concepteurs, mais toute humanité n a pas disparu en lui et sa mémoire humaine viendra bientôt le hanter. On s intéresse ici à la scène de la métamorphose durant laquelle nous découvrons Robocop : par quels procédés de mise en scène l ancien policier Murphy est-il transformé en machine de guerre Robocop? Et à quels questionnements plus larges renvoient ces procédés? On sait que Robocop est «créé», comme la créature de Frankenstein, à partir du cadavre de Murphy, après qu il a été abattu lors d une opération de police. Le processus proprement dit de métamorphose, en revanche, reste une ellipse, un mystère. Une fois Murphy mort, et après que les secours aient en vain tenté de le sauver, dans un montage alternant des vues de la salle d opération avec les ultimes images subjectives de la mémoire de Murphy, un écran noir nous signifie sa mort que certifient par ailleurs en voix off les médecins qui notent l heure de son décès. C est alors la naissance de Robocop peut intervenir.
Voici la première image que le spectateur voit, une fois Murphy mort. Une transition qui s effectue sur la mort de Murphy en se remémorant certains souvenirs; on apprendra plus tard que son corps a été transporté dans un laboratoire scientifique. Il est donc intéressant d interroger cette transformation, d analyser la transition de l état humain à l état de machine afin d établir dans un premier temps une réflexion sur les termes de la lutte qui va se jouer dans l esprit de Murphy contre le programme qui lui est implanté et de voir ensuite comment cette nouvelle condition d homme-machine porte une critique de la société et en particulier des médias
La scène de la métamorphose, constitue pour le spectateur une ellipse intégrale. Avec la plateforme Ligne de temps, j ai pu découper la séquence qui suit cette transformation et nous la révèle en plusieurs segments, notamment sur les valeurs de plan qui ont permis de voir que l opération n était transmise que par une subjectivité du regard, celle de Robocop. Le son, en particulier, qui répond aux «sautes» d images, nous indique la mise en marche du robot. De plus, LDT m a permis de repérer les plans de coupe, ceux qui témoignent de la mise en route du robot, à laquelle on assiste par le biais d une caméra subjective qui s apparente au regarde de Robocop. Cependant Robocop, qui est donc hors champ, assiste à sa propre naissance en dépit de sa volonté, puisque ce sont les scientifiques qui décident quand le mettre en marche et quand l arrêter. À cet instant, Murphy n existe déjà plus de manière physique, mais il reste conscient, cependant sa conscience est contrôlée informatiquement, ce qui marque l abolition de son libre-arbitre. On voit ici se mettre en place les éléments fondateurs de Robocop : par exemple lorsqu il est décidé de remplacer le bras humain de Murphy par un bras entièrement mécanique, ce détail qui peut sembler sans importance quant à la suite du récit, montre bien le conflit qui va constituer le cyborg, déchiré entre sa nature humaine et sa nature mécanique. Pour comprendre la mise en place de ces éléments, Ligne de temps m a permis d analyser le décor, le lieu dans lequel se déroule l opération : un endroit très lumineux reflétant une atmosphère froide, mais un lieu qui semble aussi à l abri des regards. Le regard subjectif de Robocop, nous est rendu à travers des images vidéo, comme celles d une caméra
de surveillance, ce qui contribue à déshumaniser sa vision. Il faut rappeler que lorsque Murphy est sur le point de mourir, le réalisateur procède à des flash back sur la vie de Murphy, se remémorant sa famille et son métier comme un clip publicitaire - les images d un programme télévisé regardé par son fils qui le compare à un héros de fiction incitent à faire ce parallèle et montrent déjà l importance des médias et de la télévision qui prendront une place décisive dans la suite du film). Le retour des images, après l opération de Murphy, se fait là encore à travers une vision subjective : mais cette vision n est plus humaine mais mécanique, car régulée par l OCP (organisation qui s occupe de la création de Robocop). On peut donc établir un lien, entre la vision (et les visions) de Murphy, qui ont pour l instant disparues (elles feront retour sous la formes de souvenirs) et la vision mécanique, qui prend le dessus sur la conscience de Murphy (d ailleurs dans la séquence, un scientifique souligne qu il pourra effacer sa mémoire). Robocop sera donc en quelque sorte l ennemi à vaincre pour ce qui subsiste de la conscience de Murphy. Pour la seconde partie, je m intéresserai à la critique des médias dans Robocop. Le flux des images s interrompt à la mort de Murphy et reprend avec la mise en route de Robocop. La vision de Robocop est obtenue à travers des images vidéo de mauvaise qualité, évoquant une caméra cachée ou une caméra de surveillance. Ces régimes d images qui semblent «filtrées» soulèvent un double enjeu quant à la nature de Robocop : d une part, c est une arme secrète, «le flic du futur», et les réactions de Morton, son concepteur, montrent que l organisation qui a créé Robocop s estime déjà victorieuse vis-à-vis des performances qu il doit accomplir. D autre part, sur un plan éthique, l invention de Robocop pose question : même si pas un des scientifiques ne semble se demander s ils avaient le droit de disposer du corps de Murphy pour en faire une arme, c est bien la piste qu évoque le film quand il nous révèle le robot à travers une vision subjective désincarnée qui va peu à peu retrouver une conscience humaine au cours du film. Mais Robocop est aussi présenté comme un scoop médiatique : il deviendra d ailleurs l image de la société qui l a créé. Lors de cette scène, Robocop se trouve recouvert d un plastique qui sera retiré par Morton, au premier plan, qui présente Robocop à son équipe et quelques journalistes. En outre, ce sont les premiers mouvements de Robocop qui vont nous révéler son apparence dans un miroir qui n est autre ici qu un poste de télévision dans lequel on aperçoit le reflet métallique du cyborg.
Première apparition médiatique de Robocop. Un son aigu mécanique vient souligner cette apparition, de façon à ce qu on attire l attention sur ce moment précis. La médiatisation de Robocop dans cette scène prend des allures de parodie, chacun applaudit cette nouvelle machine de lutte contre le crime sans interroger le modèle de société qu elle soutient, comme si les médias n avaient jamais qu une vision limitée de la réalité et ne cherchaient jamais à aller au-delà des apparences. En tant que spectateur, on assiste au contraire à la vérité de ce qui se passe dans cette scène : la mise en scène médiatique de la présentation de Robocop ne marche pas sur nous, mais on prend conscience de l importance des médias dans le monde de Robocop et du rôle de plus en plus prépondérant qu ils vont jouer dans le film. C est cette bulle médiatique qui fera de Robocop un héros, sans pour autant révéler comment il a été créé, et sans s interroger sur le fait qu il est une machine douée de conscience. Dans une dernière partie, je vais tenter d établir quelques éléments sur la critique de la société et des médias qu a voulu transmettre Paul Verhoeven dans ce film. Cette critique se joue d abord par le contrôle médiatique des images, puisqu'à part l organisation et le spectateur, personne ne sait d où vient Robocop. Le contrôle se réalise dans la maîtrise des images et cela renvoie au pouvoir d organisations comme OCP qui sont capables de prendre le contrôle de corps humains pour en faire des machines ne répondant plus qu aux volontés de leurs concepteurs. Paul Verhoeven dénonce la perte de l identité d un homme en dépit de son image «héroïque». La gloire pour Murphy est au prix de sa disparition et de sa transformation en une machine de guerre. Paul Verhoevn critique ici les fantasmes d une Amérique qui veut des héros sans conscience, juste bons à tuer les ennemis. Le film raconte la
métamorphose d un policier ordinaire en super héros, tout en dénonçant le sacrifice qu implique cette transformation, la perte du libre arbitre humain. L histoire ne s arrête donc pas là, Murphy ne fera pas qu un avec le robot créé par cette société, le spectateur sera témoin de la résurrection de l homme dans son enveloppe machinique. C est un combat contre luimême que mène Robocop. Mots-clefs : Machine de guerre mort et résurrection expérimentations scientifiques Médias et télévision libre arbitre. Synthèse conçue par Florent Caux.