LES MAISONS A PANS DE BOIS



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LES MAISONS A PANS DE BOIS A partir de 3 maisons de Joigny : la Maison dite du Pilori, la Maison dite du Bailli, la Maison de l Arbre de Jessé Quelle place donner à cette étude? Etude de l architecture des maisons à pans de bois, du parcellaire médiéval, des différents décors utilisés et de la sculpture sur bois. Pré-requis : Bases sur une ville au Moyen-Age, quelques bases sur l histoire de Joigny Objectifs : Faire comprendre l intérêt d une construction en bois (rapidité de construction, coût, savoir-faire, de la sculpture ), paysage d une ville au Moyen-Age, la signification des différences entre les maisons (taille, décors, structure ) Documents supports de la visite : Plans anciens et contemporains de la ville, photographies des différents états des maisons étudiées, pièces de bois permettant de comprendre les assemblages d éléments, structure métallique pour comprendre les poussées exercées. Bibliographie indicative : - DAVIER Louis, Mémoires pour l histoire de la ville et comté de Joigny, 1723, manuscrit (Bibliothèque municipale, M.S. 17, p.91). - PERILLE-COURCELLE, Annales ou Journal de Joigny, manuscrit (Bibliothèque municipale, Y-P 127), p. 106, 172-173. - SAINT-PHALLE Edouard de, «Les frontières du comté de Joigny interprétation des circonstances de sa création», in Autour du Comté de Joigny XIe-XIIIe siècles actes du colloque de Joigny 9 et 10 juin 1990, p. 53-77 et annexes. - COLLETTE Bernard, WEILER Pierre, Joigny Maison de Bois Extrait de l étude préalable, juillet 1995. - Fonds TROUVELOT, Archives du Patrimoine, cartons n 10 28 43 49. Les trois maisons Ces trois maisons à pans de bois font partie des plus belles maisons de Joigny. Elles sont très différentes dans leur structure et leur décor, mais toutes trois ont été reconstruites après l incendie de 1530. est une maison à pans de bois sculptés, de style Renaissance sur la façade principale et de style gothique sur le façade latérale. La Maison de l Arbre de Jessé est une maison à décors sculpté thématique anciennement à remplissage de briques. La Maison du Pilori est une maison à pans de bois sculptés à galandage de carreaux polychromes glaçurés.

Introduction à l histoire des maisons à pans de bois L incendie de Joigny en 1530 détruit les deux tiers de la ville. La puissance de cet incendie a certainement été accrue par la présence de nombreuses maisons de bois mais aussi par leur proximité. La reconstruction de la ville semble avoir eu lieu peu de temps après l incendie. Les travaux sont facilités par la permission, donnée par le comte, d utiliser gratuitement le bois de la forêt d Othe. On reconstruit alors majoritairement en pans de bois. On ne trouve que de très rares exemples de maisons de pierres du XVI siècle. Beaucoup de ces maisons à pans de bois du XVI siècle ont survécu jusqu à nos jours et forment un des plus beaux ensembles de basse-bourgogne. A propos des maisons à pans de bois La maison du riche marchand, comme celle du simple artisan, est une maison à pans de bois, sur un solier de briques ou de blocage (pierres taillées). Ces constructions sont rapides, elles peuvent être préfabriquées et dressées très rapidement. Le charpentier livre des poteaux déjà taillés qui s emboîtent les uns dans les autres. Une fois ce charpentage préparé, il suffisait de remplir les murs faits d un hourdis de plâtre ou d un torchis de terre argileuse. Le travail de charpente représente plus de 70 % des frais de construction de la maison. De plus, l entretien est continuel. L eau et le feu menacent en permanence la maison, pourrissent les lattes. Les parois les plus exposées sont donc protégées par des plaquettes ou des grandes lattes que l on renouvelle souvent. Au XV et XVI siècles, le soucis principal est la prévention de l incendie. On va alors interdire les toits de chaume. Les villes imposent peu à peu les tuiles et les ardoises pour les nouvelles constructions. Toujours au XVI siècle, on fait disparaître peu à peu les encorbellements, afin de modifier l aspect de la rue, et qu elle devienne un espace plus propre et plus sain. On enlève alors à la rue ses cheminements couverts où l on séjournait jusqu alors, pour en faire un simple lieu de passage. La construction à pans de bois La construction d une façade se fait : Grâce aux sablières (les pièces horizontales qui délimitent un cadre). Ces pièces sont les plus importantes car ce sont elles qui reçoivent toutes les autres pièces et s y emboitent par tenons et mortaises chevillés. Ces sablières reposent sur les poteaux cormiers. Chaque étage est autonome et se pose, s emboîte sur le précédent. Pour rendre les cadres verticaux rigides, les écharpes ou guettes prennent différents aspects. Le remplissage est fait d un hourdis, plus ou moins épais. Ce hourdis est constitué de paille hachée, de poils de vache ou de crins de cheval, selon la place occupée par le propriétaire dans la hiérarchie sociale. Le hourdis est ensuite caché par un crépi coloré. Sur certaines maisons le remplissage est de briques ou rehaussé par divers matériaux. Le pan de bois à Joigny Les maisons joviniennes sont construites sur un parcellaire en lanières datant de l époque médiévale. Les maisons vont donc s étendre en profondeur mais pas en largeur. Toutefois, quelques maisons contredisent ce fait : c est le cas de la Maison de l Arbre de Jessé qui étale sa façade sur la rue Gabriel Cortel et sur la rue Montant-au-Palais.

Les maisons présentent généralement 2 à 3 niveaux de façade, plus un comble en surcroît. Les maisons ne montrent pas leur mur pignon sur la rue mais le mur gouttereau (sauf la Maison dite du Bailli). Les façades ne présentent plus que rarement des encorbellements. Les pans de bois de Joigny sont des pans de bois caractéristiques du XVI siècle. On emploie alors des bois courts, de la hauteur d un étage. On positionne de plus en plus verticalement les pans. Seule la Maison dite du Bailli présente une configuration un peu différente et complexe. Le décor Le décor des maisons de Joigny formait l essentiel du décor urbain. A Joigny il existe trois types de décor : Les maisons sans décor sculpté où seule compte la disposition du pan de bois. C est le cas de nombreuses maisons modestes à Joigny. Les maisons où le décor sculpté est essentiellement au rez-de-chaussée de la maison. Ce sont alors très souvent les poteaux cormiers qui reçoivent ces sculptures. Les sablières sont alors souvent ornées de moulures, terminées par deux engoulants. Les maisons où le décor recouvre toute la façade. C est le cas des maisons les plus riches. est recouverte d un décor de grande qualité, en plus de la complexité de la disposition de son pan de bois. Notes sur la Maison dite du Bailli Les étapes de la construction : On ne sait que peu de choses sur l histoire de cette maison datable du XVI siècle. C est probablement une maison reconstruite après l incendie de 1530, qui a ravagé la ville. L appellation de «Maison du Bailli» fait référence à une hypothèse avancée par plusieurs auteurs en regard des dimensions importantes de cette maison mais aussi par rapport au nom de la rue qui y mène : la rue Montant-au-Palais. Pour certains donc, les salles du rez-de-chaussée auraient servi aux audiences du Bailli qui rendait la justice pour le Comte de Joigny. Cependant, aucun document ne confirme cette affirmation. En 1894, l abbé Pierre Vignot rachète la Maison du Bailli et effectue une restauration afin de donner à cette maison l aspect d une maison de bois de type champenoise. Il la transforme. Le 18 juin 1924, le bureau des Monuments Historiques s occupe de la protection de la maison. Georges Lajoie, architecte à Joigny, est consulté, il donne un avis favorable à l inscription des deux façades. L arrêté d inscription sur la liste de l Inventaire Supplémentaire date du 18 mai 1926. Il ne peut donc plus y avoir de travaux sur cette maison sans la surveillance du bureau des Monuments Historiques. Le 15 juin 1940, un bombardement touche la place Saint-Jean, la maison est éventrée. La première tranche des travaux est menée courant 1949. Elle comprend le remontage et la restauration de la façade principale et la réfection de la toiture. La seconde tranche des travaux fut effectuée par Jean Trouvelot en 1955. Il achève la consolidation et la restauration de la façade latérale, des menuiseries et vitreries des deux façades et le remontage du plancher. La troisième tranche qui se termine en 1958 concerne les travaux d intérieur de gros-œuvre et d aménagement.

La maison n est pas encore habitable et les travaux qui restent à effectuer sont aux soins du propriétaire grâce, en partie, à une indemnité de dommage de guerre. La restauration d après-guerre n est, semble-t-il, pas d excellente qualité et les restaurations suivantes reprendront chaque élément de la maison de bois. En 1991, la municipalité de Joigny rachète la maison. Le parti retenu pour les restauration est le choix de l état connu le plus ancien, donc, l état «Vignot». Cet état comporte un grand nombre d éléments factices mais il est à ce titre un témoin de l état des mentalités au tournant des XIX et XX siècles, où, de bonne foi, on croyait pouvoir établir une vérité historique. Cette maison voit son décor formé par la disposition des pans de bois autant que par les décors sculptés. La disposition des pans de bois est d influence champenoise. Au rez-de-chaussée, les guettes verticales sont coupées par des décharges diagonales. A la hauteur du tiers supérieur de la façade, une sablière porte de petits bois rectangulaires, séparés par des potelets portants des arcs plats et ornés de balustres de style Renaissance. Les portes sont encadrées de pilastres ornés de chutes de fruits et de fleurs couronnés par une accolade sommée d un fleuron. Les poteaux corniers portent des personnages sculptés (des saints aujourd hui non identifiables) disposés dans des niches à coquilles. La sablière du plancher s orne d une frise de végétaux. On remarque immédiatement que le décor le plus moderne, celui où les emprunts aux décors Renaissance sont les plus nombreux, se trouve sur la façade principale de la maison. Notes sur la Maison du Pilori Cette maison riche, possède un double encorbellement, ce qui est exceptionnel. Le niveau supérieur actuel est moderne, il remplace sans doute un niveau de comble à surcroît. Le rez-de-chaussée s ouvre par deux portes, une au centre et l autre sur le côté droit qui s ouvre sur le couloir puis l escalier. Avec les portes alternent les fenêtres à croisées de bois. Au-dessous de l appui des fenêtres on trouve les potelets ornés de petits pilastres qui portent des arcs plats. Les chambranles des portes sont ornés de colonnettes couvertes d écailles. Une riche accolade avec un médaillon, qui surmontait à l origine la porte de droite a été déplacé en 1842 et orne aujourd hui le trumeau entre les deux fenêtres à l étage. Au-dessus de la porte centrale et des fenêtres, des potelets portent un décor de petites colonnettes torses ou à écailles. Les sablières, ornées de moulures creuses typiquement gothiques, sont terminées par des engoulants, décor très fréquent dans la charpenterie médiévale. Les poteaux corniers et le poteau central se distinguent par une riche iconographie. Au centre, saint Martin est sculpté en haut-relief. Il est porté par une console en forme d ange, montrant l écu et le nom de propriétaire : Martin Leboeuf (d où le petit bovidé sur l écu). A gauche, on trouve saint François d Assise, et à droite saint Jean-Baptiste. Les consoles qui portent ses statues font référence à la légende du «bossu de saint Jean» : celle de droite représente le bossu et celle de gauche, l ex-bossu sous la forme d un bouffon. Là encore ses consoles reposent au sommet sur des colonnettes couvertes d écailles. A l étage, les guettes verticales sont ornées de colonnettes à écailles, de colonnettes torses ou de colonnettes écotées (forme de tronc ébranché). Toutes se

terminent par un petit pinacle. A leur base se remarquent de curieuses têtes, au profil très fruste, comme inachevées. Les potelets sous et au-dessus des fenêtres sont eux-aussi ornés de petites colonnettes. Le poteau central est sculpté et une colonnette autour de laquelle s enroule un rameau de vigne, tandis que son pied surgit d une branche de chêne. Les poteaux corniers de l étage portent un décor de colonnettes sur lesquelles reposent deux figures de saintes : sainte Barbe, avec sa tour et probablement sainte Catherine à droite. Les sablières sont simplement décorées de moulures creuses. Toute cette sculpture est naïve et populaire. Les niches à dais flamboyants se caractérisent par un décor de feuillages aiguës qu on retrouve semblable aux autres maisons de Joigny. L intérêt de cette maison est renforcé par le remplissage de carreaux polychromes. Le décor a été récemment restauré, la partie centrale de l étage a été refaite au XIX siècle. Cette maison appartenait à un notable qui a recherché un emplacement favorable (le mieux situé dans la vieille ville, le lieu incontournable de déambulation quotidienne). Cette maison est le principal ornement de la place et certainement l orgueil de Martin Leboeuf. De plus elle se distingue par des dispositions peu ordinaires (double encorbellement). Notes sur la Maison de l Arbre de Jessé La façade de cette belle maison a été soufflée par l explosion de gaz de 1981. Elle a été très soigneusement restaurée. Le façade est presque plate et n offre qu un très léger encorbellement porté par de petites consoles. La maison est disposée à l angle de deux rues très passantes. Il s agit d une position avantageuse pour le déploiement d une belle composition. Le constructeur a modelé la surface par un pan coupé surmonté d un pignon de manière à avoir la place d étendre un grand Arbre de Jessé. La forme de la maison a été soumise au décor, au profit de l embellissement de la cité, de l éducation du passant et aussi de l orgueil du propriétaire. Le pan de bois est simple : les guettes verticales dominent avec quelques décharges obliques dont le constructeur se sert pour sculpter les branches de l arbre. Le décor était, avant l explosion de 1981, mis en valeur par un galandage de briques posées sur champ et qui dessinaient des motifs d une grande variété. Le motif représenté est un Arbre de Jessé. Cet arbre n est pas complet : seuls sont représentés 14 ou 15 personnages au lieu des 42 habituels. Cet arbre représente en fait l arbre généalogique du Christ, représenté selon la vision du prophète Isaïe d après laquelle c est un arbre issue du corps de Jessé endormi (père du roi David) dont chaque ramification porte un ancêtre du Sauveur, et qui se termine par les figures du Christ et de la Vierge. Ce thème connaît un renouveau de faveur aux XV et XVI siècles. L Arbre de Jessé symbolise : d une race chargée de péchés, une Vierge sans tache avait fleuri. Les personnages sont malheureusement très usés, mais, sur les parties les mieux conservées, on reconnaît une sculpture d un grand raffinement. Les modèles sont fins et précieux et s apparentent à la sculpture de la région troyenne. Ce style n a rien à voir avec la naïveté, voire la grossièreté des sculptures des autres maisons de Joigny. On retrouve ce même raffinement sur les petits pilastres Renaissance, ornés de chutes de fruits et de guirlandes qui décorent les potelets. Les niches aux dais Renaissance très finement ouvragés marquent cette volonté de se détacher de l ensemble des maisons à pans de bois de la ville. Cette maison, si différentes des autres maisons de la ville est peut-être plus tardive (1545 1550?).