Les voies romaines EN BRETAGNE
Illustration de couverture : XXXXXX. 4 e de couverture : XXXX). Maquette et mise en page : Olwenn Manac h (www.olwenn-manach.com) Skol Vreizh, 2016. 41, quai de Léon - 29600 Morlaix Tél : 02 98 62 17 20 - Fax : 02 98 62 02 38 www.skolvreizh.com ISBN 978-2-915623-XX-X Publié avec le concours de la région Bretagne. Créé, édité et imprimé en Bretagne
Jean-Yves ÉVEILLARD LES VOIES ROMAINES en Bretagne Skol Vreizh
SOMMAIRE Introduction 5 Chapitre I Un attrait multiséculaire 7 Chapitre II Les documents antiques : la Table de Peutinger et l Itinéraire d Antonin 16 Chapitre III Les documents antiques : les bornes routières 21 Chapitre IV Reconnaître les tracés 31 Chapitre V Une carte des voies romaines de Bretagne 39 Chapitre VI La structure des chaussées 54 Chapitre VII La voirie urbaine 70 Chapitre VIII Le franchissement des cours d eau xx Chapitre IX La vie de la route xx Conclusion xx Abréviations : AB : Annales de Bretagne ABPO : Annales de Bretagne et des Pays de l Ouest BAAB : Bulletin Archéologique de l Association Bretonne BSAF : Bulletin de la Société Archéologique du Finistère BSAIV : Bulletin de la Société Archéologique d Ille-et-Vilaine BSECDN: Bulletin de la Société d Émulation des Côtes-du-Nord BSPM : Bulletin de la Société Polymathique du Morbihan Ca : Circa (environ) CeRAA : Centre Régional Archéologique d Alet CERAPAR : Centre de Recherches Archéologiques du Pays de Rennes CIL : Corpus Inscriptionum Latinarum DAHB : Direction des Antiquités Historiques de Bretagne Infra : renvoi à un passage situé plus loin Inrap : Institut national de recherches archéologiques préventives MSHAB : Mémoires de la Société d Histoire et d Archéologie de Bretagne Op.cit. : opus citatum ; renvoi à un article ou un ouvrage cité précédemment RAO : Revue Archéologique de l Ouest Supra : renvoi à un passage situé avant 4
INTRODUCTION Dans l intérêt porté par le public aux époques anciennes, l engouement pour les voies dites «romaines», qu il s agisse simplement de les suivre quand elles sont connues ou de retrouver leurs tracés quand elles le sont moins, est permanent. Dans la seconde moitié du XIX e siècle, le célèbre folkloriste de Plouaret, François-Marie Luzel, en visite au site du Yaudet, s en fait l écho : «Si je découvrais aussi ma voie romaine, comme tant d autres, qui en sont fiers! Eh, belle trouvaille, ma foi! 1». Aujourd hui, à l heure d internet, les sites qui décrivent ces anciens itinéraires se multiplient. Notons par exemple «Voies romaines de Bretagne» tenu par Y. Autret, «Les voies romaines en Ille-et-Vilaine» et «Les voies romaines dans les Côtes-d Armor» dont l auteur est Ph. Saint-Marc. Quant à notre ami romain G. Antamoro et à son groupe des «Amici delle strade romane», ils ont ajouté à la description des voies de l Italie quelques-unes de celles qu ils ont suivies en Bretagne ; on y trouve la voie Vannes-Carhaix qui voisine presque avec la célébrissime Via Appia! Ces sites proposent le plus souvent un inventaire et une description sommaire, avec cartes, résultat de compilations de travaux antérieurs réalisés par les spécialistes des réseaux viaires. D autres encore se passionnent pour les bornes routières, réelles ou prétendues, etc. Les raisons de cet engouement sont diverses. La randonnée pédestre connaît un succès sans précédent ; mais marcher sur des chemins dont l origine remonte à 2 000 ans et même davantage offre un attrait supplémentaire. C est, d une certaine manière, remonter le temps, tout en marchant à travers des paysages champêtres, dont les couleurs varient au rythme des saisons. Mais fouler les anciennes voies va beaucoup plus loin : un chemin fuyant, dont on ne connaît pas toujours la véritable destination, suscite davantage l imagination que des ruines «statiques». C est l idée du voyage vers l inconnu, de l évasion qui prédomine alors. Et n est-ce pas dans le même esprit que les stèles funéraires de l époque romaine évoquent fréquemment le «grand voyage» vers l au-delà par des bas-reliefs figurant un véhicule chargé de voyageurs? Comme nous le verrons, 1. F.-M. LUZEL, En Basse-Bretagne, impressions et notes de voyage, Revue de Bretagne et Vendée, 1866, t. X, p. 223. 5
nous bénéficions, avec ces monuments, d une riche documentation sur les véhicules de l Antiquité. Par précaution, plutôt que de voies romaines, c est de voies anciennes qu il faut parler plus généralement. En effet, l époque de leur création n apparaît pas toujours d emblée. Certaines d entre elles existaient avant la conquête romaine et ont continué d être actives, d autres sont le fruit de la romanisation, d autres enfin, qu on pensait pouvoir attribuer à l empire romain, sont en réalité des adaptations médiévales vers les nouveaux centres de pouvoir. L inventaire systématique de ce réseau complexe a commencé peu avant le milieu du XIX e siècle avec l apparition des sociétés savantes et plus particulièrement avec l impulsion donnée par L.-J.- M. Bizeul, un érudit de Blain dans l actuel département de la Loire-Atlantique. À ce jour, cet inventaire n est pas définitivement clos. Une contribution importante et désormais incontournable a été apportée ces dernières années par A. Provost, E. Philippe et Th. Lorho pour les quatre départements de la région Bretagne dans le cadre de prospections thématiques 2. Les auteurs s appuient en priorité sur des éléments matériels : repérages sur photos aériennes et vestiges de chaussées. Un nombre maximal d itinéraires est décrit. Certains de ceux qui étaient admis jusqu à présent ne sont pas validés, d autres sont ajoutés. L un des grands mérites de ce travail, outre la description des itinéraires, est de proposer une chronologie qui repose principalement sur l âge 2. A. PROVOST, E. PHILIPPE, Le réseau viaire de la Bretagne de la Protohistoire au Moyen Âge. De l estuaire de la Rance à la presqu île de Crozon. Rapport de prospection thématique, DRAC, SRA Bretagne, 2010, 58 p. IDEM, Les voies anciennes de Bretagne de la Protohistoire au Moyen Âge. Finistère-sud et Morbihan, Rapport de prospection inventaire, DRAC, SRA Bretagne, 2011, 107 p. des sites qui étaient desservis par ces voies. Néanmoins, aussi complet que puisse paraître cet inventaire, le dossier n est pas clos. Les auteurs reconnaissent que certains tracés sont proposés comme hypothèses. Des chercheurs amateurs, seuls ou dans le cadre de leurs associations : Y. Autret dans le Finistère, J.-P. Eludut de l Association d archéologie et d histoire de Bretagne centrale, F. Sallou de l Association pour la recherche et la sauvegarde des sites archéologiques du Trégor, F. Delneufcourt et P. Lebègue de l Association histoire et patrimoine du pays de Rosporden, pour ne citer qu eux, ont attiré récemment notre attention sur des itinéraires et non des moindres dans certains cas quant à leur fonction probable!, qui étaient passés inaperçus. C est donc un chantier qui reste ouvert. Outre les tracés, les chaussées ont fait l objet de relevés minutieux ces dernières décennies lors de plusieurs interventions archéologiques. La plus spectaculaire a eu lieu en 2005 à Allaire (Morbihan) : les archéologues D. Pouille et G. Leroux ont, pour la première fois en Bretagne, exploré 200 m d une chaussée, celle de la voie Nantes-Vannes par Rieux, et recueilli des informations inédites sur la construction des voies. Dans les années précédentes, le second avait déjà mené deux interventions en Ille-et-Vilaine sur des franchissements de cours d eau par la voie Angers-Rennes. Ces différents points, et d autres comme «la vie de la route», sont développés dans les neuf chapitres de ce livre. Terminons cette entrée en matière par une remarque : certains lecteurs trouveront sans doute «encombrantes» les notes infra-paginales ; mais nous avons tenu à conserver une pratique qui fait loi chez les spécialistes et permet à qui le souhaite de vérifier les informations données et d approfondir le sujet. 6
Chapitre i UN ATTRAIT MULTISÉCULAIRE Bien avant qu elles soient objet d étude, ces grandroutes, aux impressionnantes lignes droites, aux chaussées solidement empierrées, ont été source de curiosité et d étonnement. L autorité politique centralisatrice étant disparue avec la chute de l Empire romain (476 ap. J.-C.), les siècles du Moyen Âge n entretinrent guère ces itinéraires qui reliaient souvent des régions éloignées les unes des autres. Pourtant, au XII e siècle, certaines des voies de Bretagne étaient suffisamment bien conservées dans le paysage au point qu elles frappaient encore les imaginations. C est ce dont témoigne La Chanson d Aiquin, un texte rédigé à la fin de ce siècle, sans doute par un Breton du pays gallo 1. Le récit se résume en une longue suite de batailles qui opposèrent un roi païen nommé Aiquin à Charlemagne venu secourir les habitants opprimés. Pour nous, l intérêt du texte réside dans la clarté de ses données topographiques. Lors d un épisode, le seigneur Hoès de Carhaix raconte aux chevaliers francs l histoire de son épouse : Les Français parlèrent alors de sa femme, qui était très sage et très belle. Ils demandèrent à Hoès de qui elle était fille, quelle était sa famille. Celui-ci répondit : «Je ne vous le cacherai pas. Elle était fille de Corsout le robuste (où l on reconnaît le nom de Corseul, chef-lieu des Coriosolites à l époque romaine), qui vivait il y a plus de trois cents ans. Mais cette dame eut une très folle pensée : elle s imaginait vivre toujours jeune. Elle fit faire un grand chemin empierré par lequel on pût aller à Paris la cité, car le pays était tout entier planté de forêts. À Carhaix, sachez le bien, le chemin fut commencé et fondé. Par cette dame maint chêne fut coupé et maint grand arbre touffu jeté à bas. Quand il fut achevé, le chemin empierré faisait plus de vingt lieues 2. On identifie dans cette description la voie Carhaix- Corseul, mais sa destination a changé : Corseul, la capitale gallo-romaine déchue, a laissé la place à Paris, dont l attraction centralisatrice se fait déjà sentir. Si la longueur de vingt lieues est fantaisiste, à l inverse les 1. A. TANGUY, «Vie et mort d une légende bretonne : Ahès, la bâtisseuse de routes», dans Carhaix. Deux mille ans d histoire au cœur de la Bretagne, dir. E. CHARTIER, éditions ArMen, 2005, p. 77-83. 2. A. TANGUY, op. cit., p. 78. 7
Le Hent Ahès à Botcol en Mellionnec (C.-d A.), ancienne voie Vannes-Carhaix. C est la plus célèbre des voies dont la construction fut attribuée à la légendaire princesse Ahès (cliché J.-Y. Éveillard, 08/2015) détails techniques sont notés avec justesse : l abattage des arbres, l empierrement de la chaussée Comment est-on passé de Hoès de Carhaix à Ahès, la princesse bâtisseuse de routes dans la tradition bre - tonne? Plusieurs auteurs se sont évertués à l expliquer. Selon Bernard Tanguy, c est l évolution du nom de la ville, de Carohès en Carahès, qui aurait entraîné la naissance du personnage féminin nommé Ahès 3. Quoi qu il en soit, en Bretagne les voies anciennes qu on attribue à cette princesse légendaire sont nombreuses. Dans le cadastre napoléonien de Ploërdut (Morbihan) de 1842, la voie Vannes-Carhaix est appelée «ancienne voie romaine dite hent-ahès», c est-à-dire «chemin d Ahès», et encore aujourd hui, les habitants du pays ne la connaissent que sous ce nom. Comme on le verra, il n y a rien d étonnant à ce que cet itinéraire qui fut vraisemblablement à l origine le plus important de toute la péninsule et qui demeure par endroits d une fraîcheur surprenante, lui soit attribué. Mais c est aussi le cas de la voie Crozon- Carhaix plus à l ouest qui est dite Hent-Ahès 4, ou d un itinéraire traversant le sud de l Ille-et-Vilaine et le Morbihan qui, selon Paul Banéat, est appelé «chemin ou chaussée d Ahès» 5. Enfin, pour s en tenir à ces seuls exemples, la voie Corseul-Vannes, qui ne se dirige donc pas vers Carhaix, est dite dans un titre de 1549 rapporté par Louis Marsille «chemin ou Fossé Ahès» 6. Mais la Bretagne relie aussi la construction des routes à des femmes historiques comme la duchesse Anne ou la duchesse de Rohan, équivalentes pour le nord de la France à la reine Brunehaut (les fameuses «chaussées Brunehaut») ou à la reine Jeanne en Provence. Paul Banéat rapporte que la voie de Nantes à Corseul est connue sous le nom de Pavé de la Duchesse Anne et de Chemin de la Reine 7. Et, dans la tradition, la voie Rennes- Angers, dans son parcours angevin, était désignée comme le chemin de la Reine Anne 8. 3. B. TANGUY, Dictionnaire des noms de communes, trèves et paroisses du Finistère, Chasse-Marée-ArMen, 1990, p. 48. 4. E. HALLEGUEN, L Armorique bretonne, celtique, romaine et chrétienne, t. I, L Armorique romaine et chrétienne, 1865, p. 123. 5. P. BANEAT, Étude sur les voies romaines du département d Ille-et- Vilaine, Rennes, 1928. 6. L. MARSILLE, Les Voies romaines du Morbihan, BSPM, 1929, p. 18 et 37. 7. P. BANEAT, op. cit., p. 61. 8. J.-C. MEURET, Peuplement, pouvoir et paysage sur la marche Anjou- Bretagne (des origines au Moyen Âge), Soc. d archéologie et d histoire de la Mayenne, Laval, 1993, p. 224. 8
Tristan rencontre son rival Palamède à un carrefour. Comme celle de la princesse Ahès, la légende de Tristan renvoie aux routes et à la circulation en Bretagne au Moyen Âge (Roman de Tristan, début XV e siècle, Vienne, Bibliothèque Nationale d Autriche, Ms. 2537). 9
Quatre siècles après la rédaction de La Chanson d Aiquin, à la fin du XVI e siècle, le chanoine quimpérois Jean Moreau (1552-1617), dans les premières pages de son mémoire sur Les guerres de la Ligue en Bretagne, s intéresse aux antiquités du Cap-Sizun 9. Il y décrit d imposantes ruines dans la commune de Cléden-Cap-Sizun, au lieu-dit Trouguer, ruines considérées aujourd hui comme étant celles d un grand sanctuaire de l époque romaine 10. Or, depuis cette muraille, écrit-il, il y a un pavé fait pour la plupart de pareilles pierres (de petits cailloux lit-on quelques lignes plus haut), conduisant d icelle jusques en la ville de Quimper, ou assez près, distante de neuf lieues, lequel pavé, encore qu il soit interrompu en plusieurs endroits où la terre est molle, ou ne se voit à cause du changement de chemin par un si long espace de temps, si est-ce qu il se voyoit continué, sauf lesdites interruptions, jusques au lieu ci-dessus, si entier que s il étoit moderne Selon Charles Picquenard, il s agit de la voie qui reliait en réalité la pointe du Raz à Quimper en franchissant le Goyen à la chapelle Saint-Jean en Plouhinec 11. On remarquera d abord que le mot «pavé» ne désigne pas une route dont la surface roulante est constituée de blocs de pierre taillés, au sens actuel de pavage, mais simplement empierrée. Les remarques du chanoine sont d un grand intérêt : il faut comprendre que, faute d entretien pendant une longue période (un si long espace de temps), le chemin a été par endroits abandonné et un nouveau parcours lui a été substitué, qu en d autres endroits son entretien a été rendu difficile en raison des sols meubles traversés; mais, globalement, il est dans un état de conservation qui l impressionne (il est si entier que s il étoit moderne). Dans les lignes qui suivent, il ajoute qu un pavé semblable conduisait de Carhaix à la baie de Douarnenez et que l on dit que tous ces chemins menaient à la prétendue ville appelée Is, et le chanoine de conclure en s émerveillant : Que les choses soient vraies ou fabuleuses, l on ne peut cependant nier qu il y a eu quelque chose de grand où les chemins qui y conduisent étoient soigneusement dressés et à si grands frais 12. Quelques décennies plus tard, avec Dubuisson- Aubenay (1590-1652), c est tout autre chose. François- Nicolas Baudot, dit Dubuisson-Aubenay, diplomate et érudit, accompagne un commissaire du roi Louis XIII, d Estampes de Valençay, dans un voyage à travers la Bretagne à l issue duquel il rédige son Itinéraire de Bretagne en 1636 13. Son récit est truffé de références aux voies romaines. Lui qui a voyagé en Italie, il en connaît toutes les caractéristiques et on peut considérer Dubuisson comme un précurseur de l étude de ces voies. Il s intéresse particulièrement aux voies en levée. Par exemple, pour celle de Vannes à Nantes en passant par Rieux, il dit qu elle est connue jusques aus enfans pour chaucée ( ) non seulement ferme, mais aulte, fort dossue, fort élevée, et avec la plus belle représentation de chaucée romaine que l on scauroit veoir, particulièrement pour le pierrotage ou glaréation 14. Si le terme de «pierro- 9. H. WAQUET, Mémoires du chanoine Jean Moreau sur les guerres de la Ligue en Bretagne, Quimper, 1960, p. 5-8. 10. P. GALLIOU, Carte archéologique de la Gaule. Le Finistère 29, Académie des inscriptions et belles-lettres, Paris, 2010, p. 158-162. 11. C. PICQUENARD, L Expansion romaine dans le sud-ouest de l Armorique, BSAF, t. L, 1923, p. 49-82, 124-160. 12. H. WAQUET, op. cit., p. 8. 13. La Bretagne d après l Itinéraire de monsieur Dubuisson-Aubenay, ouvrage collectif (coordination A. Croix), PUF, Rennes, 2006. 14. Op. cit., p. 777. 10
tage» est compréhensible et désigne un empierrement de surface, celui de «glaréation» est tout simplement une adaptation de l expression «glarea strata», c est-àdire revêtue de gravier, des auteurs antiques. Ailleurs, entre Candé et Rennes, il sait faire la différence avec un chemin plus récent : Il y a ¼ de lieue de chemin pavé, mais plat et estroit, qui aura été fait par quelque duc de Bretagne ou, comme ils disent par les seigneurs de Chasteaubriant mais fort élevée et ferme, comme si c estoit un reste de chemin romain 15. À la fin de son Itinéraire, Dubuisson regroupe ses observations, premier aperçu d ensemble sur les voies de Bretagne 16. Ces remarques sont précieuses car elles portent sur la structure de chaussées dont certaines portions avaient traversé les siècles. C est au «Siècle des Lumières» que l archéologie classique prend véritablement son essor avec les fouilles de Pompéi et d Herculanum. Elle est illustrée en Bretagne par le président du parlement Christophe-Paul de Robien (1698-1756) qui rassembla ses connaissances dans sa Description historique, topographique et naturelle de l ancienne Armorique 17. Dans cette première synthèse sur l archéologie régionale, Ch. P. de Robien consacre tout le chapitre XVI aux «grands chemins romains», énumérant un certain nombre d entre eux. Et le président de conclure, avec une clairvoyance remarquable, 15. Op. cit., p. 81. 16. Op. cit., p. 965-968. 17. CH. P. DE ROBIEN, Description historique, topographique et naturelle de l ancienne Armorique, 1 re édition par J.-Y. Veillard, J. Floc h éditeur, Mayenne, 1974. Portrait de Christophe-Paul de Robien (1698-1756). Au «Siècle des Lumières», le Président de Robien rédigea un des premiers ouvrages scientifiques sur la Bretagne, accordant une large place à l Antiquité. Le chapitre XVI est intitulé : «Des grands chemins romains qui étaient en Bretagne». 11
que les historiens modernes n auront pas toujours : Tous ces restes de chemins sont une preuve que la Bretagne n a pas été indigne des soins de ces maîtres du monde, et si la grossièreté des siècles qui ont suivi les beaux jours de Rome n avait pas détruit les monuments qu ils nous avaient laissés, peut-être trouverions-nous qu ils ne regardaient pas l Armorique comme une province absolument barbare 18. Dans la seconde moitié du XVIII e siècle, Jean-Baptiste Ogée (1728-1789), ingénieur-géographe nommé par le duc d Aiguillon, l auteur du premier «plan routier breton», réserve dans son Dictionnaire historique et géographique quelques-unes de ses réflexions à l origine des routes de la province. À propos de la voie Nantes-Vannes par Rieux, celle-là même dont Dubuisson-Aubenay a décrit la chaussée, Ogée réfute une opinion répandue : Le vulgaire, pour qui tous ces ouvrages sont égaux, veut que ce soit la reine Anne qui ait fait construire celui-ci pour voyager d une de ces villes à l autre, sans penser combien cette construction était au-dessus des forces d une souveraine de Bretagne. À la suite de quoi, l ingénieur-géographe argumente du manque de temps qu aurait pu lui consacrer la duchesse et du silence des archives, pour finalement reléguer cette attribution au monde des légendes : Avouons donc que c est une erreur d attribuer à la reine Anne ces ouvrages et les autres de la même espèce qui se trouvent dans la province 19. À l extrême fin du siècle, le célèbre militaire et savant Théophile-Malo de La Tour d Auvergne (1743-1800), originaire du pays de Carhaix, une terre ô combien marquée par la romanité, ne pouvait faire autrement que de consacrer quelques remarques aux anciennes voies dans son Précis historique sur la ville de Keraës : Avant la confection des nouvelles routes dans la Bretagne, écrit-il, l on voyoit encore dans les environs de Carhaix, particulièrement sur les chemins de Brest et de Nantes, des interruptions et des restes de la voie romaine ( ) que les paysans du pays nommoient alors par tradition henchou Aës, les chemins d Aës. Le pavé de ces chemins est formé de trois massifs, ou assises de pierres, liées et jointes ensemble par un ciment très dur 20. On notera que, deux siècles après le chanoine Moreau, «le pavé» ne revêt pas encore son sens moderne et que la référence à la princesse légendaire Ahès est une constante. Un tournant capital se produit peu avant le milieu du XIX e siècle avec Louis-Jacques-Marie Bizeul (1785-1861). Né à Blain (L.-A.) il est parfois appelé «Bizeul de Blain», il devient notaire comme son père, voyage beaucoup à travers la Bretagne, acquiert une bonne connaissance de sa géographie et recherche les traces des voies romaines 21. C est le temps de la naissance des sociétés savantes qui regroupent les premiers véritables archéologues bretons. En 1843 est créée l Association bretonne. À son congrès de Rennes en 1844, L.-J. Bizeul s interroge sur le moyen de lancer des recherches méthodiques et d ordonner les connaissances précédemment engrangées 18. Op. cit., p. 56. 19. J.-B. OGÉE, Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne, Vatar, 1778-1780 ; nouvelle édition par A. MARTEVILLE et P. VARIN, T. II, Rennes, 1853, p. 679-680. 20. LA TOUR D AUVERGNE-CORRET, Précis historique sur la ville de Keraës, 1797, p. 14-15. 21. B. LE NAIL, Dictionnaire biographique de Nantes et de Loire- Atlantique, Le Temps éditeur, 2010, p. 46. 12
Loire-Inférieure, sa ville natale. L année suivante, il livre un premier inventaire systématique en choisissant cette fois Carhaix, le plus important nœud routier de l ouest 23. Ses nombreux articles qui vinrent à la suite restent aujourd hui le point de départ obligé de toute recherche sur les voies romaines de Bretagne. Portrait de Louis-Jacques-Marie Bizeul (1785-1861). L.-J-M. Bizeul, notaire à Blain (L.-A.), fut, au milieu du XIX e siècle, le véritable pionnier de l étude des voies romaines en Bretagne (estampe de Charles Meryon). L appel lancé par Bizeul fut entendu et, dans les décennies qui suivent, les travaux donnant le jour à de nouvelles publications se multiplient. En 1869, Joachim Gaultier du Mottay rédige la première synthèse à l échelle d un département, celui des Côtes-du-Nord 24. Plus ambitieuse est l étude de René Pocard-Kerviler, un ingénieur des Ponts et Chaussées, qui en 1873 s étend à l ensemble de la Bretagne 25. À une première partie sur les peuples et les limites de leurs territoires fait suite un inventaire des voies de la péninsule. Il en compte 44, qu il classe en trois catégories : 1) les routes stratégiques ou militaires, 2) les routes de deuxième catégorie de civitas à civitas, 3) les routes de troisième catégorie ou viae vicinales. Sa carte suppose l existence d une grande forêt centrale qui réapparaîtra les années suivantes et fera florès dans l Histoire de Bretagne d Arthur de La Borderie 26. L énumération des principales voies est déjà pour la période romaine. Et il pense que le moyen le plus approprié est l étude des voies : Dans ce labyrinthe inextricable, écrit-il, j ai cherché le fil conducteur, et j ai cru le trouver dans l investigation et l étude sérieuses des voies romaines ; j ai cru que je retrouverais sur ces routes antiques les traces du peuple conquérant et civilisateur 22 Il ajoute qu il fut conforté dans son opinion par la reconnaissance de sept voies sortant de Blain, en 22. L.-J. BIZEUL, Aperçu général sur l étude des voies romaines, BAAB, t. I, 1849, p. 4-5. 23. L.-J. BIZEUL, Des Voies romaines sortant de Carhaix, ibidem, p. 9-40. 24. J. GAULTIER DU MOTTAY, Recherches sur les voies romaines du département des Côtes-du-Nord, BMSECDN, t. V, 1869, p. 1-186. 25. R. KERVILER, Étude critique sur la géographie de la presqu île armoricaine au commencement et à la fin de l occupation romaine, BAAB, 1873, p. 29-134. 26. A. DE LA BORDERIE, Histoire de Bretagne, t. I, 1896, carte «La péninsule armoricaine à l époque gallo-romaine». 13
Le réseau des voies romaines de Bretagne par René Pocard-Kerviler, ingénieur des Ponts et Chaussées (1873). Il s agit de la première synthèse pour l ensemble de la Bretagne. La tentative pour classer les voies en trois catégories ne repose sur aucun critère fiable. 14
assez complète, mais la classification qui repose uniquement sur les destinations présumées de ces voies est en grande partie artificielle et d assez peu de rapport avec la réalité. Les trente premières années du XX e siècle voient naître des synthèses départementales dans la lignée de celle que J. Gaultier du Mottay avait réalisée pour les Côtes-du-Nord : dans l ordre chronologique, celle de Léon Maître en 1908 27 pour la Loire-Inférieure, celle de Charles Picquenard en 1923 pour le sud et le centre du Finistère, le nord ayant été délaissé 28, celle de Paul Banéat en 1928 pour l Ille-et-Vilaine 29. En 1929, celle de Louis Marsille pour le Morbihan vient clore la série 30. C est la plus aboutie, avec un inventaire assez complet et des descriptions de chaussées fiables, ce qui n est pas toujours le cas pour les précédentes. Alors que l ensemble de la péninsule a été ainsi couvert en l espace d un peu moins d un siècle, l intérêt pour les voies romaines de Bretagne ne s éteint pas pour autant. Cent ans après l appel de L.-J. Bizeul, un article de Pierre Merlat lui fait écho 31. Celui-ci insiste sur la nécessité de reprendre et de compléter les travaux des devanciers afin de mieux comprendre les modalités et les raisons du peuplement de l Armorique : Il est encore difficile d expliquer pourquoi telle région semble témoigner d une occupation du sol plus dense que telle autre, écrit-il. Cela tient probablement en grande partie au fait qu aucune étude globale du réseau routier galloromain d Armorique n a été tentée depuis fort longtemps 32. Ce nouvel élan donné encouragea les chercheurs des décennies de 1960 à nos jours à se remettre au travail avec des méthodes et des moyens au goût du jour : les cartes de l IGN au 1/50 000 et au 1/25 000, la microtoponymie des matrices cadastrales, la reconnaissance et la photographie aériennes, les fouilles archéologiques menées scientifiquement, autant de moyens auxquels il sera fait référence dans les pages qui suivent. Ainsi, les tracés ont pu être précisés, des voies encore inconnues jusqu à ces temps derniers, découvertes, les chaussées mieux observées et décrites. 27. L. MAÎTRE, La Conquête de la Basse-Loire par le réseau des voies romaines, BSAN, 1908, t. 49, p. 69-98. 28. Ch. PICQUENARD, L Expansion romaine dans le sud-ouest de l Armorique, BSAF, t. L, 1923, p. 49-64 et p. 124-160. 29. P. BANÉAT, Étude sur les voies romaines du département d Ille-et- Vilaine, BMSAIV, t. LIV, p. 3-82. 30. L. MARSILLE, Les Voies romaines du département du Morbihan, BSPM, 1929, 3-58. 31. P. MERLAT, Considérations générales sur l établissement d une carte du réseau routier en Armorique ancienne et observations particulières sur une carte des voies romaines de la cité des Vénètes, AB, 1955, fasc. 2, p. 300-332. 32. P. MERLAT, op. cit., p. 300-301.
Chapitre ii Les documents antiques: la table de peutinger et l Itinéraire d Antonin Toute démarche en direction des voies romaines doit commencer par la connaissance des documents antiques, c est-à-dire, peu ou prou, des documents contemporains de la construction de ces voies. Il faut entendre documents au sens large, en ajoutant aux documents manuscrits les textes gravés dans la pierre tels que les bornes routières. Pour la Bretagne, la première catégorie se limite à la Table de Peutinger et à l Itinéraire d Antonin. La Table de Peutinger est une carte manuscrite du XIII e siècle qui fut donnée à Conrad Peutinger, numismate et épigraphiste d Augsbourg (1465-1567). Son origine remonte au III e siècle de notre ère, mais elle fut plusieurs fois complétée dès l Antiquité avant d être recopiée jusqu au XIII e siècle, ce qui explique les erreurs qu elle contient. D autre part, en raison de son format, un rouleau de parchemin de 6,82 m de longueur par 0,34 m de hauteur, le monde romain apparaît considérablement déformé et aplati. Néanmoins, grâce au repérage de certains noms comme ceux des fleuves le fluvium Liger (la Loire), pour l ouest de la Gaule, ou à des noms de lieux non contestés Condate (Rennes) par exemple, il est possible de retrouver telle ou telle région. Sur ce fond de carte ont été tracés de manière schématique les principaux itinéraires routiers. Les décrochements le long de ces lignes marquent l emplacement des stations routières avec les distances qui les séparent, en lieues de 2 220 m. Ainsi, le territoire situé au-dessus de ce qui est appelé le Sinus aquitanicus (le golfe d Aquitaine) correspond à l Armorique. Quatre voies la traversent. D abord une longue voie qui, de Portus Namnetum («le Port des Namnètes») à l est, où l on reconnaît sans peine Nantes, vient mourir sur le littoral en un lieu dénommé Gesocribate («le cap ultime»). On discute encore de l identi - fication de ce point remarquable de la géographie armoricaine 1. L étymologie et la distance de 45 lieues (100 km) qui le sépare de Vorgium / Carhaix feraient plutôt pencher en faveur de la pointe Saint-Mathieu. 1. J.-Y. ÉVEILLARD, L Armorique antique. L Armorique vue par les écrivains antiques, Skol Vreizh, 2013, p. 74-81. 16
Manuscrit de la Table de Peutinger, segment 1 (XIII e siècle). Les principales voies de l empire romain et les stations routières y sont représentées (coll. Bibliothèque nationale d Autriche, Vienne). Extrait simplifié du segment 1 de la Table de Peutinger. On retrouve l Armorique au-dessus du Sinus aquitanicus (le golfe d Aquitaine). Quatre voies la traversent, jalonnées par onze stations routières, les distances entre elles étant indiquées en lieues de 2 220 m. 17
Vue en direction du nord de l oppidum de Castennec en Bieuzy-les-Eaux (M.), dans un méandre du Blavet. C est la station Sulim de la Table de Peutinger. Sur la droite, le village de Saint-Nicolas-des-Eaux (cliché P. Naas). 18
Dans l intervalle, on relève des stations routières dont les emplacements ne sont plus contestés aujourd hui : successivement, Duretie / Rieux au passage de la Vilaine, Darioritum / Vannes, orthographié Dartoritum sur la Table, Sulim / Castennec en Bieuzy-les-Eaux au franchissement du Blavet, et Vorgium / Carhaix. L exactitude des distances inscrites a pu être vérifiée sur les cartes au 1/50 000 e, à l exception de la section Rieux-Vannes qui est sous-évaluée de 8 km sans qu on puisse fournir d explication. Il faut noter pour conclure que l élection de cette voie comme axe routier majeur est confirmée par la découverte sur son passage de plusieurs bornes milliaires, fait inhabituel en Bretagne, et par un soin tout particulier dans la construction de sa chaussée (voir chapitres III et VI). De ce dernier élément résulte en partie le bon état de conservation de son tracé, grâce auquel on peut le suivre sans hésitation sur les cartes de l IGN et sur le terrain. Au nord de la précédente, une deuxième voie venant de Iuliomagus / Angers, entre en Bretagne après Combaristum (Châtelais dans le Maine-et-Loire) et se dirige vers Condate / Rennes, le chef-lieu des Redones (dits aussi Riedones) 2, en passant par Sipia / Visseiche (I.-et-V.) au franchissement de la Seiche. À partir de Condate, deux autres voies divergent en direction du nord. L une dessert Fanum Martis / Corseul, le chef-lieu des Coriosolites et s interrompt sur le littoral à Reginca. Lu Reginea par erreur au XVIII e siècle, ce nom a longtemps été assimilé à Erquy. Loïc Langouët et Guy Souillet ont fait justice de cette double erreur en démontrant que Reginca était le nom gaulois de la Rance (Renc, Rinctius aux IX e -X e siècles) et qu il s appliquait ici à un port situé à l embouchure de la rivière, au pied de la cité d Alet-Saint-Servan 3. La distance Fanum Martis-Reginca (14 lieues = 31 km) est vérifiée sur un itinéraire qui traverse la Rance au gué de Taden et emprunte au départ la voie Corseul-Avranches. L autre branche au départ de Condate quitte la Bretagne par le nord-est pour la Normandie et dessert Legedia / Avranches, le chef-lieu des Abrincates, puis Cosedia / Coutances. L Itinéraire d Antonin se présente sous une tout autre forme que la Table de Peutinger puisqu il ne s agit pas d une carte mais d une suite de livrets-indicateurs comprenant pour chaque voie une liste de stations avec les distances qui les séparent. Ces livrets ont été compilés vers les années 280-290 à partir de documents cartographiques remontant probablement à l empereur Caracalla, Marcus Aurelius Antoninus (211-217), d où ils tirent leur nom. C est un document de médiocre qualité, les trajets sont constitués de routes différentes, note Raymond Chevallier 4, tandis que Camille Jullian y voyait un des documents les plus médiocres que nous ait laissés l Antiquité. Une seule voie de l Itinéraire nous concerne, décrite dans le sens Normandie-Bretagne, d Alauna / Alaune dans la banlieue de Valognes (Manche) à Condate / Rennes. La distance donnée entre les deux villes est de 77 milles, soient 114 km, distance nettement 2. La version Redones est donnée par tous les textes manuscrits, la version Riedones apparaît dans trois inscriptions sur pierre du II e siècle de notre ère. Pour la suite nous conservons la leçon des manuscrits. 3. L. LANGOUËT, G. SOUILLET, Reginca et la baie de Saint-Malo dans l Antiquité, ABPO, 81, 4, 1974, p. 653-679. 4. R. CHEVALLIER, Les Voies romaines, Éd. Picard, Paris, 1997, p. 58. 19
sous-évaluée puisqu elle avoisine en réalité les 160 km! L itinéraire est présenté comme suit 5 : 1, 1 Ici commence l itinéraire des provinces 2 d Antonin Auguste ( ) 386, 6 D autre part d Alauna à Condate 77 milles 7 à Cosedia/Coutances 20 milles 1 à Fanum Martis/Corseul 32 milles 2 à Ad Fines /(?) 7 milles 3 à Condate/Rennes 18 milles «1, 1 Incipit itinerarium provinciarum 2 Antoni Augusti ( ) 386, 6 Item ab Alauna Condatem.p. LXXVII 7 Cosedia m.p. XX 387, 1 Fano Martis m.p. XXXII 2 Ad Fines m.p. VII 3 Condate m.p. XVIII» On constate qu il ne s agit pas d un itinéraire direct puisque, pour atteindre Condate depuis le Cotentin, il nous fait faire un détour par Fanum Martis / Corseul, le chef-lieu des Coriosolites, situé à 10 km à l ouest de Dinan. Quant à Ad Fines, qui désigne une station située à la frontière de deux territoires de cités, on hésite encore sur son identification : la logique voudrait que ce soit Evran (Côtes-d Armor) dont le nom dérive du gaulois *icuoranda, qui désigne une frontière aquatique et qui est situé sur la voie Corseul-Rennes, mais certains penchent pour Feins (Ille-et-Vilaine), toponyme formé à partir de Ad Fines. Les distances données ne sont d aucun secours pour trancher car elles sont totalement fausses et, dans tous les cas, très en dessous de la réalité. Au total, la brièveté de ce chapitre reflète l apport réduit de ces deux documents. Il se limite à certains noms de lieux que les textes manuscrits ou l épigraphie ne nous font pas connaître, tel Fanum Martis / Corseul ou, pour la Table de Peutinger, à mettre en évidence quelquesunes des principales voies. 5. J.-Y. ÉVEILLARD, op. cit., p. 83.