SOCIÉTÉ DE CRIMINOLOGIE DU QUÉBEC. Correction orthographique Denise Trottier
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- Frédéric Boisvert
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4 SOCIÉTÉ DE CRIMINOLOGIE DU QUÉBEC Rédaction Joanie Prince Sous la direction de Caroline Savard Source : Logo du Plan d intervention québécois sur les gangs de rue du ministère de la Sécurité publique. Correction orthographique Denise Trottier Ministère de la Sécurité publique du Québec Direction de la prévention et du soutien (DPS) Prince, J. (2008). Intervenir auprès des jeunes à risque d adhérer à un gang de rue : un guide à l intention des intervenants communautaires. Société de criminologie du Québec pour la Direction de la prévention et du soutien (DPS), ministère de la Sécurité publique du Québec. Tous droits de reproduction, d adaptation et de traduction réservés. Dépôt légal 2009 Bibliothèque et Archives nationales du Québec ISBN (version imprimée) ISBN (PDF) Gouvernement du Québec, 2009 Ce guide est accessible sur le site Internet de la Société de criminologie du Québec. Nous vous invitons aussi à consulter les documents «Rapport d évaluation du projet Travail de rue, gang de rue, un lien incontournable? (Tétreault et Girard, 2007)» et «Le travail de rue : une pratique préventive auprès des jeunes à risque d adhérer à un gang? (Martel, 2008)» à l adresse suivante
5 Table des matières PRÉVENIR L ADHÉSION DES JEUNES À RISQUE AUX GANGS DE RUE : UN GUIDE POUR ORIENTER VOS INTERVENTIONS 3 QUELQUES NOTIONS THÉORIQUES RELATIVES AU PHÉNOMÈNE DES GANGS DE RUE 4 L importance de l action communautaire 4 Définition du terme «gang de rue» 4 Les niveaux de prévention 5 Les facteurs de risque et de protection 6 Les stratégies préventives globales à adopter 8 INTERVENIR AUPRÈS DES JEUNES À RISQUE D ADHÉRER AUX GANGS DE RUE : UNE ACTION MULTISTRATÉGIQUE Votre rôle d intervenant : une question de savoir et de limites 10 Mieux connaître le phénomène des gangs 10 Identifier les caractéristiques de votre milieu d intervention 11 Le savoir-être de l intervenant : quelles sont les qualités les plus appréciées par les jeunes? 12 Bien connaître votre rôle d intervenant 13 Respecter ses propres limites 13 Reconnaître lorsque vous avez besoin de soutien Établir un réseau de partenaires : une façon intelligente d étendre la portée de vos actions 15 Les objectifs du partenariat 15 Qui sont vos partenaires potentiels? 16 Comment établir une relation partenariale harmonieuse? 18 Maintenir une relation significative avec les partenaires Développer une relation significative avec les jeunes à risque d adhérer à un gang de rue 19 Assurer une présence suffisante auprès des jeunes 20 Offrir des disponibilités sur lesquelles les jeunes peuvent compter 21 S intéresser à ce que les jeunes vivent 21
6 Croire aux capacités des jeunes 22 Respecter le cheminement des jeunes Les activités préventives : une solution de rechange aux gangs de rue 24 Évaluer les intérêts des jeunes à risque 24 Identifier les besoins des jeunes 25 Refléter la réalité du jeune dans vos activités préventives 26 Diversifier les activités offertes 26 L importance de la relation d aide Intégrer activement les jeunes dans vos activités préventives 28 Encourager la participation des jeunes dans toutes les sphères de l activité 28 Cibler les meneurs du groupe 29 La combinaison du récréatif et du pédagogique Établir le contact avec les parents : comment les conscientiser au phénomène des gangs de rue? 30 Fournir de l information sur le phénomène des gangs de rue et du soutien aux parents 30 Solliciter la participation des parents lors des activités préventives 31 À VOTRE TOUR DE JOUER! 32 QUELQUES DONNÉES EN VRAC 33 SITES INTERNET À CONSULTER 34 BIBLIOGRAPHIE 36
7 Prévenir l, adhésion des jeunes à risque aux gangs de rue : un guide pour orienter vos interventions Depuis plusieurs années, nous remarquons une volonté commune d agir et d intervenir à l égard du phénomène des gangs de rue. Le ministère de la Sécurité publique a lancé le PLAN D INTERVENTION QUÉBÉCOIS SUR LES GANGS DE RUE dans le but «d assurer une meilleure concertation des intervenants et une coordination accrue de leurs initiatives visant à prévenir ou à contrer le phénomène des gangs de rue au Québec» (ministère de la Sécurité publique du Québec, 2007). S inscrivant dans ce plan de lutte, ce guide a été rédigé par la Société de criminologie du Québec (SCQ). Après trois ans et demi de travail et de recherches évaluatives sur le thème des gangs de rue, la SCQ propose ici des pistes d intervention pour prévenir l adhésion des jeunes à risque aux gangs de rue. Ces pistes s articulent autour de six concepts-clés, soit : le rôle de l intervenant; le réseau partenarial; le développement d une relation significative avec les jeunes à risque d adhérer à un gang; les solutions de rechange aux gangs de rue offertes par les intervenants communautaires; l intégration des jeunes à risque aux activités préventives; le contact avec les parents des jeunes à risque. - Ce guide n a pas la prétention d offrir une recette infaillible en matière de prévention de l adhésion des jeunes à risque aux gangs de rue. Par contre, il pourra orienter vos actions à titre d intervenant communautaire. Prevenir 3
8 Quelques notions théoriques relatives au phénomène des gangs de rue Les différents milieux institutionnels reconnaissent l action du communautaire puisque celui-ci permet de faire le lien entre les individus marginalisés et les institutions par des moyens qui sont davantage adaptés à leur mode de vie. L IMPORTANCE DE L ACTION COMMUNAUTAIRE Au Québec, nous accordons beaucoup d importance à la contribution de l action communautaire puisque notre société jouit d une force et d une originalité qui lui sont propres. De fait, l action communautaire fait preuve «d une grande diversité d engagements desquels émergent non seulement la réflexion sur de nouvelles réalités, mais aussi des façons de faire et des interventions différentes et novatrices» (Brusque-Drouin, Boivin, Pichette et Brunette, 2001). Les différents milieux institu - tionnels reconnaissent l action du communautaire puisque celui-ci permet de faire le lien entre les individus marginalisés et les institutions par des moyens qui sont davantage adaptés à leur mode de vie (Duval et Fontaine, 2000; Fontaine, 2001). C est pourquoi l action communautaire peut jouer un rôle-clé, au même titre que les institutions, sur diverses problématiques, dont celle des gangs de rue. DÉFINITION DU TERME «GANG DE RUE» Pour préciser cette notion, nous utilisons la définition proposée par le Plan d intervention québécois sur les gangs de rue qui suggère que les gangs de rues sont des groupes d adolescents et de jeunes adultes qui partagent une identité commune et qui s adonnent, de façon récurrente, à des comportements antisociaux ou délictueux (ministère de la Sécurité publique, 2007). Afin de contrer les gangs de rue, ce même plan propose une approche équilibrée qui s articule autour de quatre axes, soit 1. la répression, 2. la prévention et l intervention, 3. la recherche et l analyse, et 4. la formation et la communication. Si la solution la plus efficace pour contrer l adhésion aux gangs de rue réside dans l inter action de ces quatre axes, ce guide se concentre uniquement sur la prévention. ang de rue 4
9 LES NIVEAUX DE PRÉVENTION Les moyens de prévenir l adhésion aux gangs de rue sont multiples et se répartissent selon trois niveaux de prévention, soit la prévention primaire, la prévention secondaire et la prévention tertiaire. Voici la définition qu en font Hébert, Hamel et Savoie (1997) : La prévention primaire s adresse aux jeunes en général. Elle vise à sensibiliser et à offrir de la formation aux jeunes afin qu ils résistent aux pairs déviants. La prévention secondaire cherche à offrir des services et des occasions aux jeunes les plus à risque d adhérer à une bande, afin de leur fournir des solutions de rechange et ainsi, peut-être, modifier leur trajectoire. La prévention secondaire cherche à offrir des services et des occasions aux jeunes les plus à risque d adhérer à une bande, afin de leur fournir des solutions de rechange et ainsi, peut-être, modifier leur trajectoire. La prévention tertiaire vise plus directement les membres de bandes criminelles. Le but est d offrir des traitements et des programmes de réhabilitation afin de corriger leur comportement et, ainsi, tenter d écarter les risques de récidive. Le tableau 1 permet de mieux faire la distinction entre les niveaux de prévention. Comme il a été annoncé au début de ce guide, l intérêt sera porté sur les jeunes à risque d adhérer aux gangs de rue. Il sera donc principalement question de prévention secondaire. TABLEAU 1 : Les catégories de prévention Catégorie de prévention Cible Objectifs Moment de l intervention Exemples d activités Primaire Jeunes de la Formation Avant l émergence Atelier de réflexion ou population générale et sensibilisation du problème présentation d un outil en classe Activités récréatives Secondaire Jeunes à risque Offrir des solutions Au moment où (ex. : monter une pièce d adhérer aux gangs de rechange émerge le problème de théâtre sur la réalité de rue des bandes criminelles) Tertiaire Jeunes engagés Traitement et Lorsque le problème Programme d aide dans les activités réhabilitation est ancré à la désaffiliation d une bande criminelle Comme il a été annoncé au début de ce guide, l intérêt sera porté sur les jeunes à risque d adhérer aux gangs de rue. Il sera donc principalement question de prévention secondaire. (Meeson, Martel, Prince et Montmagny, 2008) 5
10 LES FACTEURS DE RISQUE ET DE PROTECTION Au départ, il faut se demander qui sont ces jeunes à risque, c est-à-dire ceux susceptibles d adhérer à un gang. Qu est-ce qui les caractérise? Pour y répondre, il faut s attarder à la fois aux facteurs de risque et aux facteurs de protection en matière d adhésion aux gangs de rue. Ces facteurs s étendent à plusieurs sphères de la vie du jeune. Le tableau 2 offre une synthèse des différents facteurs de risque et de protection généralement reconnus comme ayant une influence sur le phénomène de l adhésion des jeunes à un gang de rue. Notons que le cumul de plusieurs facteurs de risque constitue un indice quant à la probabilité d adhésion à un gang. Cela est d autant plus déterminant si les facteurs se situent dans différentes sphères de la vie du jeune (Centre national de prévention du crime, 2007). En revanche, la présence de facteurs de risque et de protection n explique pas tout. Il ne s agit pas uniquement d en cumuler quelques-uns pour qu un jeune s implique ou non dans un gang de rue. Il faut aussi que le jeune ait des motivations pour en faire partie. Outre l influence des pairs ou de la famille, les raisons d adhérer aux gangs de rue s expliquent aussi par un manque à combler au regard des besoins fondamentaux des jeunes. De fait, «l affiliation à un gang est conçue comme le moyen privilégié par certains jeunes pour satisfaire leurs besoins et pour s adapter à leur environnement» (Hébert, Hamel et Savoie, 1997). Parmi les besoins qui sont comblés par l adhésion aux gangs de rue, notons : le besoin d appartenance; le besoin de reconnaissance; le besoin de valorisation; le besoin d argent; le besoin de sécurité. De fait, «l affiliation à un gang est conçue comme le moyen privilégié par certains jeunes pour satisfaire leurs besoins et pour s adapter à leur environnement». Or, les institutions sociales telles qu elles se présentent aujourd hui parviennent difficilement à combler de façon satisfaisante les besoins de certains jeunes. Ceux-ci voient donc dans les gangs de rue une avenue pour répondre à leurs besoins (Hébert et coll., 1997). 6
11 Tableau 2 : Facteurs de risque et de protection ayant une influence sur l adhésion aux gangs de rue Facteurs de risque Caractéristiques personnelles Facteurs de protection Délinquance antérieure Possession illégale d armes à feu Trafic de drogues Attitudes antisociales/progang Agressivité Consommation d alcool et de drogues Activité sexuelle précoce Victimisation par la violence Capacités intellectuelles et interpersonnelles Estime de soi Responsabilité personnelle Attitudes prosociales Groupe de pairs Fort engagement envers les camarades délinquants Amis qui consomment de la drogue ou qui font partie d un gang Interaction avec des camarades délinquants Groupe de pairs positifs Interaction avec des camarades aux comportements prosociaux École Mauvais résultats scolaires Frustrations liées à l école Faible sentiment d appartenance à l école Succès scolaire Activités parascolaires Famille Désunification, toxicomanie, alcoolisme Violence familiale Membre de la famille qui fait partie d un gang Pauvreté Modèles adultes ou parentaux insuffisants Criminalité parentale Pratiques de gestion familiale efficaces Liens solides avec la famille Soutien familial Stabilité résidentielle Communauté Quartier où le taux de criminalité est élevé Présence de gangs dans le quartier Sentiment d insécurité Accessibilité des armes à feu Disponibilité ou facilité d accès à la drogue dans le quartier Présence d organismes communautaires Identité culturelle solide Harmonie sociale (Le tableau 2 est inspiré d une étude du Centre national de prévention du crime, 2007) 7
12 LES STRATÉGIES PRÉVENTIVES GLOBALES À ADOPTER Quelles stratégies devons-nous adopter pour éviter que les jeunes adhèrent à un gang de rue? Comme nous l avons vu plus tôt, les facteurs de risque se situent dans plusieurs sphères de la vie du jeune. Néanmoins, les intervenants communautaires ne peuvent avoir une influence que sur certaines d entre elles. Par exemple, il leur serait difficile d agir sur l harmonie de la communauté ou encore sur une notion telle que la stabilité résidentielle. C est pourquoi il est plus logique de concentrer votre énergie et vos efforts sur l acteur (le jeune), l environnement (les parents) et le comportement-problème (l adhésion aux gangs de rue). Les stratégies globales de prévention doivent prendre en compte ces trois cibles (Brochu, 1995). Le rôle et la proximité qu ont les intervenants communautaires avec les jeunes les amènent à composer avec plusieurs réalités en lien avec les gangs de rue. Des stratégies préventives peuvent être mises de l avant pour contrer ce phénomène. 8
13 1Tout d abord, l une de ces stratégies préventives est de travailler sur les aptitudes et les habiletés sociales et professionnelles du jeune. Les adultes qui accompagnent le jeune doivent l amener à faire de bons choix et à gérer de façon socialement acceptable les situations auxquelles il devra faire face au cours de sa vie (Brochu, 1995). 2 Deuxièmement, lorsqu il est question de l environnement, on pense d abord aux parents. Parce qu ils sont souvent mal informés sur le phénomène des gangs, parce qu ils se sentent souvent dépassés par ce qui arrive à leur enfant, il semble important d intervenir auprès d eux. Bien que les intervenants communautaires éprouvent parfois certaines difficultés à établir le contact avec les parents des jeunes avec lesquels ils interviennent, nous devons nous y attarder puisque le soutien familial représente un des facteurs de protection les plus puissants (Brochu, 1995). Les adultes qui accompagnent le jeune doivent l amener à faire de bons choix et à gérer de façon socialement acceptable les situations auxquelles il devra faire face au cours de sa vie. 3 Finalement, la prévention doit aussi toucher le comportement-problème en soi, en l occurrence, l adhésion aux gangs de rue. L identification rapide des jeunes les plus à risque donne aux intervenants commu - nautaires la possibilité de prévenir une adhésion future. Pour ce faire, il est important de développer des liens avec des partenaires qui sont aussi en contact avec ces jeunes. De nombreux partenaires provenant de différents secteurs peuvent s allier afin de les identifier et d intervenir d une façon plus globale sur le comportement du jeune. À cet effet, «seule une action concertée peut réellement avoir un impact» (Brochu, 1995). Les intervenants ont donc tout à gagner en optant pour une intervention préventive qui mobilise plusieurs acteurs de leur communauté. Voyons maintenant comment il est possible pour un intervenant communautaire de mettre ces stratégies globales de prévention à contribution sur une base quotidienne....le soutien familial représente un des facteurs de protection les plus puissants. 9
14 Intervenir auprès des jeunes à risque d, adhérer aux gangs de rue : une action multistratégique Lorsqu il est question de prévention auprès des jeunes à risque d adhérer aux gangs de rue, l intervention ne peut se concentrer uniquement sur le jeune. Les concepts-clés qui seront exposés ici concernent à la fois l intervenant, les partenaires, le jeune et ses parents. 1 VOTRE RÔLE D INTERVENANT : UNE QUESTION DE SAVOIR ET DE LIMITES Prévenir l adhésion des jeunes aux gangs de rue n est pas une tâche facile. Toutefois, certaines qualités personnelles et professionnelles peuvent la simplifier. [ ] On est allé au forum Jeunesse et gangs de rue au mois de mai, là on a une formation qui s en vient [ ] Je ne veux pas rester à gangs de rue = armes, intimidation, «deal» de drogues. Non. Comment ils se sentent? C est qui les jeunes qui vont y aller? C est quoi qui se passe dans le gang? Vouloir apprendre. (Animateur en milieu communautaire et travailleur de milieu) N hésitez pas à chercher de l information sur les gangs de rue qui pourra vous aider à mieux intervenir auprès des jeunes à risque. MIEUX CONNAÎTRE LE PHÉNOMÈNE DES GANGS D abord, tentez d avoir une vision globale et réaliste du phénomène des gangs de rue. Il serait impensable de prévenir un phénomène que vous ne connaissez pas ou que, pire encore, vous connaissez mal. N hésitez pas à chercher de l information sur les gangs de rue qui pourra vous aider à mieux intervenir auprès des jeunes à risque. Tenez-vous au courant des formations, des colloques ou des journées d information qui sont offerts sur ce thème. Vous pouvez aussi laisser les jeunes vous en apprendre sur cette réalité. Les gangs d aujourd hui seront probablement différents dans cinq ou dix ans et les jeunes qui en feront partie ne présenteront peut-être plus les mêmes caractéristiques. Si vous êtes moins familier avec ce phénomène, écoutez les jeunes, soyez bon observateur. Une bonne connaissance de cette problématique et une lecture adéquate de votre environnement vous permettront d être en mesure d identifier les jeunes qui semblent les plus à risque d adhérer aux gangs de rue. 10
15 IDENTIFIER LES CARACTÉRISTIQUES DE VOTRE MILIEU D INTERVENTION Il est inutile d insister, lorsque le jeune sera prêt, il s ouvrira à vous. De fait, il faut bien connaître les caractéristiques du milieu au sein duquel vous travaillez. Quels sont les problèmes éprouvés par les jeunes auprès desquels vous intervenez (toxicomanie, violence interper sonnelle, comportements sexuels à risque, etc.)? Où se regroupent-ils? Quelles sont leurs habitudes? Pour répondre à ces questions, il apparaît indiqué de vous familiariser avec les jeunes et avec leur environnement en vous intégrant à leur milieu. Pour ce faire, il faudra sans doute être patient. Vous pouvez préalablement commencer par une période d observation. De cette façon, vous étudierez le fonctionnement de votre nouvel environnement tout en laissant le temps aux jeunes de s habituer à votre présence. Il n est pas donné à tout le monde de se faire accepter facilement. Parfois, la méfiance peut régner, c est pourquoi la phase d intégration en est une très importante à respecter. Certains jeunes auront besoin de plus de temps pour établir un lien positif, tandis que d autres seront plus faciles d approche. Encore une fois, la patience sera de mise. Il est inutile d insister, lorsque le jeune sera prêt, il s ouvrira à vous. Dans le cas contraire, vous pouvez vous questionner sur les raisons du blocage entre le jeune et vous. Demandezvous pourquoi le jeune semble réticent à vous faire confiance. Qu est-ce qui peut nuire à votre relation? Comment pouvez-vous mieux vous adapter à l environnement du jeune? Parfois, une simple modification de votre comportement envers le jeune permettra d établir une relation. Si vous n y parvenez pas, ne le prenez pas personnel. Il est possible qu un jeune soit plus à l aise avec un autre intervenant. Peut-être partage-t-il davantage d intérêts avec celui-ci. Rappelez-vous que, peu importe la situation, il est contre-indiqué de mettre de la pression sur les jeunes. Rappelez-vous que, peu importe la situation, il est contre-indiqué de mettre de la pression sur les jeunes. 11
16 LE SAVOIR-ÊTRE DE L INTERVENANT : QUELLES SONT LES QUALITÉS LES PLUS APPRÉCIÉES PAR LES JEUNES? Pour favoriser son acceptation par les jeunes, l intervenant doit mettre de l avant les qualités qu ils apprécient. Les qualités présentées dans le tableau 3 sont celles qui ont été jugées les plus importantes par au moins 90 % des jeunes en lien avec des travailleurs de rue (Martel, 2008). Tableau 3 : Qualités des travailleurs de rue appréciées et reconnues par les jeunes à risque Il Il Il Il Il Il Il Il Il Il Il Il me respecte est honnête avec moi ne veut pas me contrôler ne me juge pas me donne de bons conseils s intéresse à moi comme personne, pas juste à mes problèmes m encourage m écoute est ouvert d esprit est compréhensif tient parole, respecte ses engagements envers moi respecte les règles du milieu des jeunes Puisque le jugement des jeunes est porté sur la personne qui intervient auprès d eux, nous pouvons croire que ces qualités s appliquent à tous les intervenants communautaires et non uniquement aux travailleurs de rue ou de milieu....les jeunes ont besoin de sentir que vous les comprenez et, surtout, que vous ne portez aucun jugement sur leur style de vie. Les résultats de cette étude illustrent à quel point les jeunes ont besoin de sentir que vous les comprenez et, surtout, que vous ne portez aucun jugement sur leur style de vie. Ils seront alors d autant plus ouverts à vos conseils. Être sincère et honnête démontrera que les adultes respectent les jeunes (Tamar-Mattis, Piha et Adams, 2001) et contribuera 12
17 ainsi à établir leur confiance en vous. De plus, la notion de respect de la confidentialité est très importante. Une relation basée sur la confiance passe nécessairement par le respect, dans la mesure du possible, des confidences. BIEN CONNAÎTRE VOTRE RÔLE D INTERVENANT La connaissance de votre rôle d adulte intervenant auprès de jeunes à risque d adhérer aux gangs de rue pourra vous éviter de tomber dans l ambiguïté quant à votre statut, à votre mission et à vos objectifs. Il est crucial de jouer carte blanche avec les jeunes pour que la relation de confiance perdure. Comme il a été mentionné plus tôt, les jeunes feront peut-être preuve de méfiance de telle sorte qu un manque de transparence peut nuire à l établissement d un lien significatif avec eux. N hésitez pas à clarifier ces différents aspects dès le départ, vos relations avec les jeunes seront d autant plus solides et significatives. De plus, même si les jeunes vous perçoivent comme un ami, tentez de les amener à comprendre que vous agissez en tant qu intervenant. Expliquez-leur que vous avez l obligation de dénoncer les situations qui mettent en danger leur vie ou celle des autres et que vous serez parfois en désaccord avec leurs comportements, déviants ou non. Cela ne vous empêchera pas de leur dire que vous les aimez en tant que personne, tout en essayant de les amener à se questionner sur leurs valeurs et leurs comportements. RESPECTER SES PROPRES LIMITES Oeuvrer auprès des jeunes nécessite d apprendre à intervenir à l intérieur de vos propres limites. N hésitez pas à déterminer le nombre d heures que vous voulez consacrer à votre travail. Vous n êtes pas obligé d être disponible en tout temps, vous avez droit à vos moments de repos. Vous pouvez indiquer aux jeunes auprès desquels vous faites de la prévention à quels moments ils peuvent vous rencontrer et vous joindre. Sachez reconnaître lorsqu une intervention dépasse vos capacités professionnelles et personnelles. Il se peut que certains jeunes éprouvent des problèmes particuliers et que vous ne soyez pas en mesure de leur venir en aide. Sachez reconnaître lorsqu une intervention dépasse vos capacités professionnelles et personnelles. 13
18 Il est connu que les intervenants des milieux communautaires font souvent face à des situations qui peuvent être difficiles; avoir la possibilité d en discuter peut prévenir l épuisement professionnel. Référez-les à un autre intervenant ou à un partenaire ou, encore, accompagnez-les vers une ressource spécialisée. De plus, il faut être prudent avec la représentation que vous vous faites de votre métier. Ce n est pas parce qu un jeune que vous suivez adhère à un gang (malgré vos efforts) que vos interventions sont inutiles. Bien que décevant, rappelez-vous que l échec d un jeune n est pas votre propre échec et que certaines réussites ne se mesureront qu à long terme. Le contexte dans lequel vous travaillez peut aussi avoir un impact sur votre façon de prévenir le phénomène. C est pourquoi une bonne connaissance des limites organisationnelles avec lesquelles vous devez composer pourra vous éviter bien des tracas et des frustrations. Quel est le budget alloué aux activités? Quelles sont les tâches que vous devez accomplir? Combien de personnes composent l équipe? Quels sont les règlements de l organisme communautaire? Bien qu on vous incite à maximiser les ressources dont vous bénéficiez, soyez conscient que vous ne pouvez pas agir au-delà des pouvoirs, du personnel et du matériel qui sont mis à votre disposition. RECONNAÎTRE LORSQUE VOUS AVEZ BESOIN DE SOUTIEN La reconnaissance des limites étant parfois insuffisante, essayez de développer des moyens de ventiler, qu il s agisse de la pratique régulière d un hobby satisfaisant ou valorisant ou, encore, de sessions de ressourcement (Paquin et Perreault, 2001). Il est connu que les intervenants des milieux communautaires font souvent face à des situations qui peuvent être difficiles; avoir la possibilité d en discuter peut prévenir l épuisement professionnel. N hésitez pas à profiter du soutien offert par le responsable de votre organisme. N hésitez pas à profiter du soutien offert par le responsable de votre organisme. Ce soutien peut prendre notamment la forme de réunions d équipe. Ces rencontres offrent l occasion d échanger sur les techniques d intervention, les difficultés éprouvées, les solutions à appor ter et de discuter de nouvelles réalités sur le terrain (Pomerleau, 2006). 14
19 Le soutien peut aussi prendre la forme de supervision clinique interne (donnée par votre coordonnateur clinique) ou externe (donnée par un professionnel qui n est pas de votre organisme; ex. : les psychologues de Médecins du Monde ou une personne expérimentée en intervention communautaire). Ces supervisions cliniques (individuelles ou en groupe) offrent un contexte favorable à la discussion ouverte et franche, et ce, en toute confidentialité (Tétreault et Girard, 2007). Le partenariat avec les membres de la communauté est un principe-clé en matière de prévention puisqu il s inscrit dans une optique d intervention intégrée. 2 ÉTABLIR UN RÉSEAU DE PARTENAIRES : UNE FAÇON INTELLIGENTE D ÉTENDRE LA PORTÉE DE VOS ACTIONS Prévenir l adhésion aux gangs de rue ne doit pas reposer uniquement sur les épaules des intervenants communautaires. Le partenariat avec les membres de la communauté est un principe-clé en matière de prévention puisqu il s inscrit dans une optique d intervention intégrée. De fait, le partenariat ne doit pas être perçu comme un soutien accessoire, vous devez l envisager dans une perspective d action continue puisque «des contacts privilégiés avec des professionnels sont déterminants dans une démarche» d aide à un jeune (Fontaine et Richard, 1997). LES OBJECTIFS DU PARTENARIAT Pourquoi le partenariat est-il une pratique centrale à l intervention auprès des jeunes à risque d adhérer aux gangs de rue? C est qu il permet d assurer le prolongement des actions que vous accomplissez. Vous devez engager les partenaires dans vos activités afin qu ils puissent assurer le suivi de vos interventions. Les principaux objectifs que le partenariat vous permettra d atteindre sont présentés dans le tableau 4. Vous devez engager les partenaires dans vos activités afin qu ils puissent assurer le suivi de vos interventions. 15
20 Tableau 4 : Objectifs du partenariat Objectifs 1.Répondre aux besoins des jeunes. 2.Faire des références personnalisées. 3.Éviter les étapes administratives des institutions. 4.Accéder à des milieux pour créer des liens avec les jeunes. 5.Échanger de l information. 6.Perpétuer une intervention à l extérieur d un cadre formel. 7.Profiter des services offerts par les organismes. Utilités pratiques permet de trouver des solutions aux problèmes qu éprouvent les jeunes. permet d accompagner les jeunes vers des ressources spécialisées (ex. : centre d emploi, centre de désintoxication). permet d accélérer les services offerts aux jeunes et de leur donner l accès plus rapidement à un intervenant spécialisé. permet d être présent aux endroits parfois difficiles d accès (ex. : cours d école). permet d être informé sur la réalité et les besoins des jeunes. permet d assurer le suivi de l intervention (ex. : à la suite d une intervention en milieu scolaire). permet d utiliser les ressources qui sont disponibles pour venir en aide aux jeunes. (inspiré de Tétreault et Girard, 2007) Bien entendu, pour réussir à atteindre un ou plusieurs de ces objectifs, vos partenaires et vous devez travailler en étroite collaboration, ce qui nécessitera de votre part et de celle des partenaires un réel investissement. Pour ce faire, il est conseillé de choisir judicieusement les personnes ou les organismes avec lesquels vous désirez travailler. QUI SONT VOS PARTENAIRES POTENTIELS? Idéalement, tous les membres concernés de la communauté au sein de laquelle vous travaillez doivent agir conjointement pour prévenir l adhésion des jeunes aux gangs de rue (Spergel, 1995; Hébert et coll. 1997). Cette collaboration permet de mieux intervenir auprès des jeunes en leur montrant qu il existe une cohésion dans le système social (Hamel, Fredette, Blais et Bertot, 1998). Mieux encore, favoriser le lien entre le jeune et d autres adultes significatifs constitue un excellent facteur de protection. 16
21 Pourquoi ne pas commencer par établir une liste de tous les partenaires potentiels (Meeson, 2007)? Le tableau 5 vous suggère quelques idées de partenaires qui peuvent travailler dans votre communauté. N oubliez pas que vous devez choisir des partenaires qui vous permettront d étendre la portée de vos actions. Tableau 5 : Les types de partenaires potentiels selon leurs milieux d affiliation Les milieux Les milieux communautaires institutionnels Les milieux privés Les autres milieux Organisme communautés culturelles Organisme d employabilité Organisme de justice alternative Organisme pour la famille Organisme pour les femmes Organisme d hébergement Organisme jeunesse Organisme santé mentale Organisme pour les toxicomanes Organisme de travail de rue Organisme d aide aux victimes Organisme de prévention de la criminalité Centre jeunesse CLSC-CSSS Centre local d emploi École primaire École secondaire École spécialisée en décrochage Établissement de recherche Services municipaux (loisirs, parcs, culture, services communautaires) Service de police Chambre de commerce locale Association locale de commerçants Caisse populaire et banque Grande entreprise Citoyen intéressé par la problématique Porte-parole Conseiller municipal Milieu associatif (ex. : Chevaliers de Colomb) Milieu religieux (Meeson, Martel, Prince et Montmagny, 2008) Les projets les plus prometteurs sont souvent ceux qui comptent des partenaires provenant de milieux variés et dont la participation au projet est la plus importante (Meeson et coll., 2008). En ce sens, la mobilisation de plusieurs partenaires ayant des champs d expertise différents vous aidera à mieux prévenir l adhésion des jeunes à risque aux gangs de rue en intervenant sur plusieurs sphères de la vie du jeune. Gardez en tête que là où vos actions prennent fin, le travail de quelqu un d autre s amorce ou s intensifie. 17
22 Lorsque vous vous êtes assurés que les partenaires ont un certain intérêt envers votre mission, vous pouvez déterminer les rôles respectifs. Afin de favoriser les relations avec les partenaires, clarifiez vos attentes à leur égard. COMMENT ÉTABLIR UNE RELATION PARTENARIALE HARMONIEUSE? Initialement, les personnes impliquées dans le partenariat doivent reconnaître l existence du problème auquel vous vous intéressez, les gangs de rue, et se sentir interpellées par celui-ci (Hamel et coll., 1998). Il est futile d engager un partenariat avec des gens qui ne croient pas aux possibilités de réussite de vos projets ou de vos activités. Lorsque vous vous êtes assurés que les partenaires ont un certain intérêt envers votre mission, vous pouvez déterminer les rôles respectifs. Afin de favoriser les relations avec les partenaires, clarifiez vos attentes à leur égard. Comment envisagez-vous leur participation? Quels sont les objectifs que vous tenterez d atteindre ensemble? De quelle façon pensez-vous pouvoir les atteindre? Quelles sont les ressources (humaines, matérielles et financières) qui seront mises à votre disposition et à la leur? Notez qu il est important de ne pas négliger les partenaires dont la collaboration n est pas maximale. À partir du moment où vous partagez le but commun de prévenir l adhésion des jeunes à risque aux gangs de rue, la moindre petite collaboration peut avoir des effets bénéfiques sur ces jeunes. Une étude antérieure réalisée par la Société de criminologie du Québec, celle de Tétreault et Girard (2007), a relevé que, pour que le partenariat soit bénéfique et harmonieux, certaines conditions sont à privilégier (Tableau 6). Tableau 6 : Conditions à privilégier pour un partenariat harmonieux 1. Établir une complicité entre les partenaires. 2. Demeurer ouvert à des approches différentes et au travail en équipe. 3. Reconnaître les rôles de chacune des personnes impliquées dans une démarche partenariale. 4. Favoriser le partenariat avec des partenaires qui ont des rôles et des approches qui se rejoignent. 5. Avoir comme but commun le bien-être des jeunes. 6. Privilégier les partenariats où il y a un investissement réciproque des parties. 7. Assurer une stabilité des acteurs qui participent à la démarche partenariale. 18
23 MAINTENIR UNE RELATION SIGNIFICATIVE AVEC LES PARTENAIRES Lorsque vous aurez ciblé vos partenaires et que vous aurez réussi à établir un partenariat solide avec ceux-ci, vous devrez trouver des moyens pour maintenir cette relation. Tout d abord, il est essentiel de faire preuve de transparence dans vos propos. Qu est-ce qui fonctionne bien et moins bien dans vos relations avec les partenaires? Qu est-ce qui devrait être amélioré? Qui est le mieux placé dans mon organisme pour en discuter? Une bonne relation passe nécessairement par le respect et la confiance. Si vous ne pouvez pas discuter honnêtement des problèmes qui entravent votre partenariat, il sera difficile de le faire perdurer à travers les projets et les années. Tout d abord, il est essentiel de faire preuve de transparence dans vos propos. Le maintien d une relation significative peut aussi se faire en mettant en œuvre de nouveaux projets avec les partenaires. N hésitez pas à solliciter leur participation pour d autres activités préventives, ce qui aura pour effet de consolider les liens de confiance et vous donnera aussi une plus grande latitude d un point de vue préventif. Cependant, vous devez faire attention pour ne pas provoquer un essoufflement chez vos partenaires. Sachez reconnaître lorsqu ils n ont plus la capacité ou le temps de s investir dans vos activités. Vous devrez alors limiter leur collaboration. Assurez-vous toutefois de les intégrer à des activités où leur participation s avère essentielle. 3 DÉVELOPPER UNE RELATION SIGNIFICATIVE AVEC LES JEUNES À RISQUE D ADHÉRER À UN GANG DE RUE Toute action préventive qui s avère efficace repose sur le développement d une relation significative entre les jeunes et l intervenant. Une relation significative correspond à l attachement ou aux relations que les jeunes entretiennent avec les autres (Hawkins et Catalano, 1992). La nature de votre relation devra faire en sorte que la méfiance puisse faire place à la confiance et à l ouverture. 19
24 Commencez par cibler les jeunes auprès desquels vous désirez intervenir. Lors de votre période d observation et d intégration, vous aurez probablement identifié ceux qui semblent les plus à risque d adhérer à un gang. Certains de vos partenaires et collègues pourront aussi vous aider à les identifier. Le schéma 1 donne un aperçu des méthodes que nous vous suggérons pour favoriser la création de liens menant au développement d une relation significative. SCHÉMA 1 : LE DÉVELOPPEMENT D UNE RELATION SIGNIFICATIVE Intégration de l IC dans le milieu de vie du jeune CRÉATION DU LIEN Développement de la relation de confiance Assurer une présence et offrir des disponibilités suffisantes aux jeunes S intéresser et croire aux capacités des jeunes Respecter le cheminement du jeune IC = intervenant communautaire [ ] ce qui avait fait la différence, c est qu on était là. Oui, on est là durant la journée, on est là le soir aussi, on vit dans [nom de la municipalité], mais on était patient aussi. (Intervenant communautaire) ASSURER UNE PRÉSENCE SUFFISANTE AUPRÈS DES JEUNES La base du développement d une relation significative repose d abord sur votre présence auprès des jeunes. Souvent, les jeunes qui adhèrent aux gangs de rue coupent les liens avec plusieurs membres de la communauté (famille, pairs non-délinquants, autres individus) et finissent par créer des liens seulement avec leur groupe de pairs délinquants (Hamel et coll., 1998). Afin de prévenir l adhésion des 20
25 jeunes aux gangs de rue, il faut mettre les jeunes en relation avec des adultes significatifs de la communauté, par exemple les intervenants communautaires. Pour ce faire, il semble évident que les jeunes doivent avoir fréquemment l occasion d interagir et de mieux connaître les intervenants. De fait, plus les intervenants sont présents pendant de longues périodes auprès des jeunes, plus les chances d établir un lien significatif et une relation de confiance sont élevées. OFFRIR DES DISPONIBILITÉS SUR LESQUELLES LES JEUNES PEUVENT COMPTER Pour développer une relation significative, vous devez faire preuve de stabilité quant à vos disponibilités. Bien que vous ne puissiez être disponible en tout temps, il est important que les jeunes sachent qu ils peuvent compter sur vous lors de vos quarts de travail. Votre travail en tant qu intervenant communautaire vous amènera probablement à vous déplacer d un endroit à l autre au cours d une même semaine, voire d une même journée. Il serait peut-être profitable pour votre relation avec les jeunes à risque d établir une routine dans vos déplacements. De cette façon, ils peuvent savoir à quel endroit vous joindre en cas de problème. Il ne faut pas oublier que ces jeunes souffrent souvent d un manque de confiance envers les adultes et les institutions de leur communauté. Votre simple présence peut être plus importante que vous ne l imaginez : elle est une intervention en soi (Fontaine, 2003). De fait, plus les intervenants sont présents pendant de longues périodes auprès des jeunes, plus les chances d établir un lien significatif et une relation de confiance sont élevées. Bien que vous ne puissiez être disponible en tout temps, il est important que les jeunes sachent qu ils peuvent compter sur vous lors de vos quarts de travail. S INTÉRESSER À CE QUE LES JEUNES VIVENT Pour bonifier votre présence, il est important de montrer aux jeunes qu ils ont de la valeur à vos yeux. Nous avons mentionné auparavant que certains jeunes s allient aux gangs de rue pour combler leur besoin de reconnaissance. Ils doivent pouvoir sentir que vous vous intéressez vraiment à ce qui leur arrive si vous voulez que vos actions aient un effet préventif sur leurs comportements. Ils (les jeunes) doivent pouvoir sentir que vous vous intéressez vraiment à ce qui leur arrive si vous voulez que vos actions aient un effet préventif sur leurs comportements. 21
26 Il est essentiel de donner de l attention aux jeunes en s informant sur ce qui se passe dans leur vie (Tamar-Mattis et coll., 2001). La discussion est une intervention importante en matière de prévention de l adhésion aux gangs de rue, voire une des plus bénéfiques. De fait, 94,5 % des jeunes en lien avec les travailleurs de rue ont signifié qu avoir des discussions les avait beaucoup aidés (Martel, 2008). Tentez de discuter le plus souvent possible avec les jeunes. Que ce soit à propos de tout et de rien, cela vous permettra d analyser et de mettre en évidence les contradictions que vivent les jeunes et les amènera éventuellement à faire des choix plus éclairés (Tétreault et Girard, 2007). Bien que les intervenants communautaires doivent offrir du temps non structuré pour l interaction sociale entre eux et les jeunes, l intérêt qui leur est porté ne doit pas se traduire par une approbation incondi - tionnelle de leurs actes et comportements. Bien qu il soit profitable que vous vous intéressiez à ce qu ils font, vous devez agir à titre d intervenant, dans une optique bien précise : la prévention de l adhésion aux gangs de rue. CROIRE AUX CAPACITÉS DES JEUNES Reconnaître les points forts et les capacités des jeunes est un autre aspect important pour réussir à développer une relation avec les jeunes (Hunt, 1999). En plus d assurer une présence et de leur montrer sincèrement de l intérêt, vous devez croire en leurs compétences et leurs habiletés. Les jeunes à risque ont souvent vécu plusieurs ruptures avec des personnes significatives qui n ont pas su croire en eux. Votre rôle est alors de favoriser l épanouissement des jeunes de manière à prévenir les comportements qui pourraient leur être néfastes. Il y a fort à parier que si les jeunes à risque se sentent valorisés lorsqu ils participent à vos activités préventives, ils seront moins tentés d aller chercher cette valorisation au sein des gangs de rue. 22
27 RESPECTER LE CHEMINEMENT DES JEUNES Pour développer une relation significative avec les jeunes à risque, vous devez respecter leur cheminement. Que ce soit au regard du temps que vous devrez investir ou encore sur la plan des progrès réalisés, essayez de vous adapter au rythme des jeunes, tant à leurs échecs qu à leurs succès. Tentez de faire ressentir aux jeunes que vous respectez leur rythme dans les progrès qu ils démontrent. Tentez de faire ressentir aux jeunes que vous respectez leur rythme dans les progrès qu ils démontrent. Il est naturel de souhaiter qu un jeune s éloigne rapidement des gangs de rue et adopte un mode de vie plus sain. Par contre, cela peut lui prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Il est même possible qu il n y parvienne pas. En tant qu intervenant, vous sentirez peut-être que vos actions n ont pas la portée souhaitée, dans le délai espéré. Cela ne signifie pas pour autant que vos activités de prévention n atteignent pas leurs objectifs. Dites-vous qu il y aura autant de cheminements différents que de jeunes avec lesquels vous interviendrez. Il est donc important que vous vous adaptiez à chacun des jeunes et que vous respectiez leur évolution. S éloigner des gangs de rue n est pas chose facile. Les jeunes ont besoin de se sentir respectés et encouragés dans leur démarche. Comme nous l avons déjà mentionné, avoir des attentes trop élevées n aura comme effet que de décevoir à la fois le jeune et vous. 23
28 4 LES ACTIVITÉS PRÉVENTIVES : UNE SOLUTION DE RECHANGE AUX GANGS DE RUE Si grâce à votre expertise les jeunes vous font confiance et que vous avez établi une relation significative avec eux, vous pouvez leur offrir des solutions de rechange pour éviter leur adhésion aux gangs de rue. À ce sujet, les activités qui semblent donner les meilleurs résultats sont celles qui ont pour objectifs de : développer des habiletés sociales; offrir du monitorat à long terme; offrir des activités parascolaires; offrir du counselling de groupe ou individuel pour les jeunes qui ont des problèmes de comportements (Chettleburgh, 2007). ÉVALUER LES INTÉRÊTS DES JEUNES À RISQUE Pour empêcher que les jeunes ne se joignent aux gangs, ils doivent avoir la possibilité d accéder à des choix positifs qui les mettent en contact avec des personnes significatives, qui contribuent à l acquisition de nouvelles compétences, qui leur donnent l occasion de fraterniser avec des pairs non délinquants en plus de les amener à vivre des expériences enrichissantes (Newman, Fox, Flynn et Christeson, 2000). Bien que les activités préventives aient cette qualité d offrir des choix prosociaux, il est essentiel de tenir compte des préférences des jeunes pour favoriser leur implication dans les projets préventifs (Tamar-Mattis et coll., 2001). Il est à parier qu aucun projet préventif ne parviendra à atteindre ses objectifs s il ne tient pas compte de ce que les jeunes ont envie de faire. Ainsi, demandez-vous quelles sont les préférences des jeunes. Les solutions de rechange que vous leur offrirez doivent aller de pair avec leurs intérêts. Qu est-ce que les jeunes aimeraient faire? Il est à parier qu aucun projet préventif ne parviendra à atteindre ses objectifs s il ne tient pas compte de ce que les jeunes ont envie de faire. Ainsi, pour que les jeunes acquièrent des compétences durables, questionnez-les à propos de leurs passions. 24
29 Lors de votre période d intégration, dont nous avons parlé précédemment, vous avez peut-être perçu quels types d activités animent davantage les jeunes. S agit-il d activités sportives, d activités artistiques, d activités de plein air? Si vous n avez pu le découvrir, interrogez-les. De plus, lorsque vous demandez l opinion des jeunes à propos de leurs intérêts, vous vous assurez d une participation plus active (Hamel, Cousineau, Gagné, Léveillé, 2001; Tamar-Mattis et coll., 2001). De surcroît, si vous travaillez depuis plusieurs années avec les jeunes à risque d adhérer aux gangs de rue, vous devez essayer de vous adapter aux changements d intérêts des jeunes. Les modes passent et les temps changent; ce qui passionne les jeunes aujourd hui les intéressera proba - blement moins demain. Vous vous devez de remettre en question vos projets lorsqu il semble y avoir une perte d intérêt ou une augmentation des absences. Il est aussi possible que certains jeunes ne démontrent aucun intérêt apparent. Dans ces cas particuliers, il est essentiel que vous tentiez de développer des passions chez eux afin de les intéresser à d autres avenues que la délinquance. À ce sujet, vous pouvez recourir aux témoignages de gens qui ont une passion particulière ou, mieux encore, discuter de vos propres passions avec eux. IDENTIFIER LES BESOINS DES JEUNES L importance de connaître et de développer les passions des jeunes est primordiale pour leur offrir des solutions de rechange aux gangs de rue. En déterminant quels sont leurs besoins, vous serez en mesure d adapter vos activités de sorte qu elles atteignent leur plein potentiel préventif. Comme nous l avons mentionné précédemment, certains jeunes se joignent aux gangs de rue pour satisfaire leur besoin de reconnaissance, d appartenance, de protection, de valorisation ou d argent. Si vos projets ou activités répondent à certains de leurs besoins, ils seront moins tentés d aller vers les gangs de rue. 25
30 Pour prévenir adéquatement l adhésion aux gangs de rue, les activités doivent aussi refléter la réalité des jeunes. Elles doivent être adaptées à leur sexe et à leur origine ethnique. REFLÉTER LA RÉALITÉ DU JEUNE DANS VOS ACTIVITÉS PRÉVENTIVES Pour prévenir adéquatement l adhésion aux gangs de rue, les activités doivent aussi refléter la réalité des jeunes. Elles doivent être adaptées à leur sexe et à leur origine ethnique. Si vous travaillez avec des jeunes de plusieurs origines ethniques, il vous sera difficile d offrir des activités adaptées à chacun. Toutefois, prenez en considération les valeurs et la culture des jeunes, pour que tout le monde se reconnaisse dans l activité. Vous pouvez aussi envisager de séparer les garçons des filles pour certaines de vos activités. Si vous voulez aborder le thème de la prostitution ou celui des relations amoureuses, il serait peut-être profitable de s adresser à chaque groupe séparément, car leur vision des choses diffère probablement. Si les jeunes ne se sentent pas interpellés par vos projets, ils n y participeront probablement pas. DIVERSIFIER LES ACTIVITÉS OFFERTES...plus le nombre d activités offertes est élevé, plus les jeunes ont d occasions de créer des liens positifs à la fois avec les autres jeunes, mais aussi avec les intervenants communautaires. Vous pouvez créer de nouveaux partenariats avec des organismes qui offrent des activités que vous n offrez pas ou qui nécessitent des installations particulières. Pour inciter les jeunes à risque d adhérer aux gangs de rue à participer à vos activités, il est préférable que celles-ci soient variées. De fait, plus le nombre d activités offertes est élevé, plus les jeunes ont d occasions de créer des liens positifs à la fois avec les autres jeunes, mais aussi avec les intervenants communautaires. En effet, les projets qui offrent une variété d activités donnent la possibilité aux jeunes d être encadrés par un plus grand nombre d adultes significatifs, d avoir des relations positives avec des pairs prosociaux et d acquérir des expériences enrichissantes favorisant le développement de compétences sociales et personnelles (Birmingham, Pechman, Russell et Mielke, 2005). Si votre organisme se concentre majoritairement sur les activités sportives, il serait intéressant d évaluer la possibilité d intégrer aussi des activités artistiques à la programmation. Pour ce faire, vous pouvez créer de nouveaux partenariats avec des organismes qui offrent des activités que vous n offrez pas ou qui nécessitent des installations particulières. Les jeunes auront non seulement la possibilité de fréquenter de nouveaux jeunes, ils pourront aussi développer des liens 26
31 avec de nouveaux intervenants et un nouvel organisme du quartier. Logiquement, plus vous êtes en mesure d offrir des activités de natures différentes, plus votre capacité d atteindre les jeunes à risque augmente. Notez qu il est également intéressant de proposer des activités moins traditionnelles, par exemple effectuer des murales, pratiquer le break dance ou la planche à roulettes (Meeson, 2007). En effet, les activités de relations d aide sont souvent celles dont les jeunes retirent le plus de bénéfices, en comparaison avec les activités artistiques et les activités de plein air et sportives. L IMPORTANCE DE LA RELATION D AIDE Par ailleurs, il peut être opportun que votre organisme évalue la possibilité d offrir des activités de relation d aide. Bien qu elles puissent sembler moins attrayantes aux yeux des jeunes à risque, il ne faut pas négliger leur apport. En effet, les activités de relations d aide sont souvent celles dont les jeunes retirent le plus de bénéfices, en comparaison avec les activités artistiques et les activités de plein air et sportives (Meeson et coll., 2008). De plus, il semble que les activités de relation d aide ont davantage de succès quant à la diminution des comportements délinquants. Le schéma 2 illustre que pour réussir vos activités préventives, vous devez porter une attention particulière aux cinq éléments décrits précédemment, sans quoi, les solutions de rechange que vous propo serez aux jeunes à risque d adhérer aux gangs ne seront peut-être pas aussi bénéfiques que souhaitées. SCHÉMA 2 : LES ÉTAPES À CONSIDÉRER AFIN D OFFRIR AUX JEUNES DES SOLUTIONS DE RECHANGE AUX GANGS DE RUE ÉTAPE PRÉPARATOIRE Évaluer leurs intérêts Identifier leurs besoins Refléter leur réalité SOLUTIONS DE RECHANGE AUX GANGS DE RUE Diversifier les activités offertes Offrir des activités de relation d aide ÉTAPE DE MISE EN ŒUVRE 27
32 ...accorder aux jeunes un rôle significatif dans l activité augmente leur sentiment d appartenance et favorise l établissement de relations significatives avec les personnes responsables de l activité ainsi que les autres participants. 5 INTÉGRER ACTIVEMENT LES JEUNES DANS VOS ACTIVITÉS PRÉVENTIVES Il est reconnu que les jeunes doivent investir du temps et de l énergie dans leurs activités pour se développer positivement (Hall, Yohalem, Tolman et Wilson, 2003). ENCOURAGER LA PARTICIPATION DES JEUNES DANS TOUTES LES SPHÈRES DE L ACTIVITÉ Les jeunes qui participent à la planification et au déroulement de l activité ont tendance à être plus responsables, à être capables de résoudre des conflits et à acquérir des caractéristiques d un bon meneur (Restuccia et Bundy, 2003). De plus, accorder aux jeunes un rôle significatif dans l activité augmente leur sentiment d appartenance et favorise l établis - sement de relations significatives avec les personnes responsables de l activité ainsi que les autres participants (Tamar-Mattis et coll., 2001). Le schéma 3 propose différents aspects de l activité auxquels le jeune peut participer. SCHÉMA 3 : TÂCHES AUXQUELLES LES JEUNES PEUVENT PARTICIPER Déroulement Planification ACTIVITÉ Diffusion Évaluation 28
33 L implication des jeunes dans toutes les sphères de vos activités préventives répond aussi aux besoins de valorisation et de recon - naissance des jeunes. En les laissant décider, en tout ou en partie, du déroulement de l activité, vous leur montrez que vous leur faites confiance et que leur contribution est nécessaire au déroulement de l activité. De fait, vous jouez un rôle d encadrement et de coordination. CIBLER LES MENEURS DU GROUPE Pour que les jeunes s investissent dans les activités préventives, vous pouvez miser sur les meneurs des groupes que vous fréquentez. L inté - gration du «leader» aux activités amènera probablement d autres jeunes à participer. De plus, les jeunes qui font preuve de leadership doivent pouvoir le mettre à contribution de façon positive, sans quoi ils risquent de le faire à des fins négatives (Tamar-Mattis, 2001). LA COMBINAISON DU RÉCRÉATIF ET DU PÉDAGOGIQUE Si nous croyons que les activités préventives constituent une façon efficace d empêcher les jeunes d adhérer aux gangs de rue, il faut souligner l importance de combiner le récréatif et le pédagogique. L aspect récréatif a pour objectif d attirer le jeune, de l intéresser à participer à l activité, à la suite de quoi est instauré l aspect pédagogique qui est davantage utilisé pour permettre au jeune d acquérir de nouvelles compétences personnelles et sociales (Pechman et Fiester, 2002). Les projets qui visent uniquement à prévenir les problèmes comme l adhésion aux gangs de rues ne sont pas toujours intéressants pour les jeunes à risque (Ferber, Gaines et Goodman, 2005). L aspect récréatif a pour objectif d attirer le jeune, de l intéresser à participer à l activité, à la suite de quoi est instauré l aspect pédagogique qui est davantage utilisé pour permettre au jeune d acquérir de nouvelles compétences personnelles et sociales. [ ] les soupers meurtre et mystère, c est que les jeunes doivent participer à un atelier sur les drogues. [ ] Par la suite, les jeunes étaient invités à se déguiser, à participer au souper. Chaque jeune avait une problématique, ils devaient mimer cette problématique et, à la fin, ils devaient trouver qui consommait quoi avec les indices qu on donnait, ce qui les amenait au meurtrier. (Intervenante communautaire) Les projets doivent être menés à terme non seulement dans une optique de plaisir, mais aussi dans une optique de prévention. Que ce soit lorsque vous préparez une pièce de théâtre ou lorsque vous commencez une partie de basket-ball, gardez en tête que votre mission principale consiste à présenter aux jeunes de nouvelles perspectives, autres que celles offertes par les gangs de rue. Les projets doivent être menés à terme non seulement dans une optique de plaisir, mais aussi dans une optique de prévention. 29
34 Si vous éprouvez des difficultés à intégrer activement les jeunes dans vos activités préventives, rappelez-vous que vous n êtes pas seul pour accomplir cette tâche. Vous avez plusieurs partenaires et collègues sur lesquels vous pouvez compter pour prendre le relais ou encore pour offrir des services plus adaptés aux besoins des jeunes. 6 ÉTABLIR LE CONTACT AVEC LES PARENTS 1 : COMMENT LES CONSCIENTISER AU PHÉNOMÈNE DES GANGS DE RUE? Nous avons abordé précédemment l importance d établir un réseau de partenaires afin d étendre la portée de vos actions préventives. Il en est de même avec les parents des jeunes à risque puisqu ils sont, initialement, les personnes qui comptent le plus pour eux. C est pourquoi il ne faut pas négliger le pouvoir de prévention que peut exercer l entourage personnel des jeunes (Martel, 2008). Si le jeune veut que l on rencontre ses parents, on va le faire. Si le jeune ne veut pas, on ne le fera pas. On va bien sûr en parler au jeune : lui faire prendre conscience que c est important d inclure la famille; mais, au bout du compte, c est le jeune qui prend la décision. (Intervenante commu - nautaire) Il faut donner la possibilité aux parents d identifier les signes précurseurs de l adhésion aux gangs de rue lorsque ceux-ci se présentent. FOURNIR DE L INFORMATION SUR LE PHÉNOMÈNE DES GANGS DE RUE ET DU SOUTIEN AUX PARENTS En tant qu intervenants, vous êtes probablement les personnes les mieux renseignées sur les gangs de rue qui gravitent autour du jeune à risque. Votre savoir et vos connaissances gagneront à être transmis aux parents du jeune. Est-ce qu ils connaissent les facteurs de risque et les facteurs de protection pour reconnaître et empêcher l adhésion aux gangs de rue? À l adolescence, les jeunes se détachent lentement de leurs parents. Certains adopteront un comportement déviant, d autres quitteront les bancs d école. Certains parents se sentent dépassés par les événements, d autres y voient une transition normale de l enfance à l âge adulte. S il est vrai que la plupart des jeunes vivront leur adolescence sans problèmes, il faut donner la possibilité aux parents d identifier les signes précurseurs de l adhésion aux gangs de rue lorsque ceux-ci se présentent. 1 Dans un sens plus large, les parents peuvent également inclure les adultes significatifs de la famille du jeune. 30
35 Pour ce faire, vous pouvez tenter d entrer en contact avec les parents du jeune qui semble à risque. Mais avant, questionnez-le sur les relations qu ils entretient avec sa famille. Certains jeunes préféreront probablement que vous ne rencontriez pas leurs parents, d autres se montreront plus ouverts à partager leur univers familial. Il est tout aussi probable que certains parents ne désirent pas entrer en contact avec vous. Toutefois, vous pouvez organiser des soirées d information sur le phénomène des gangs de rue. Si les ressources vous le permettent, il ne faut pas hésiter à offrir du soutien aux parents. Si les ressources vous le permettent, il ne faut pas hésiter à offrir du soutien aux parents. Ceux-ci se sentent parfois débordés et ils ont de la difficulté à comprendre ce qui leur arrive. Vous pouvez les orienter vers des organismes de votre communauté si vous êtes en mesure de cerner la ou les problématiques avec lesquelles ils doivent composer. Aussi, vous pouvez leur fournir de l information sur les aspects qui les préoccupent. SOLLICITER LA PARTICIPATION DES PARENTS LORS DES ACTIVITÉS PRÉVENTIVES Les parents des jeunes à risque sont difficiles à intéresser aux projets préventifs (Cohen et Linton, 1995; Renaud et Mannoni, 1997). Cette réticence à participer peut être due à plusieurs facteurs, dont la crainte d être considéré comme un mauvais parent. Pourtant, il faut trouver une façon de les amener à s intéresser à ce que leurs jeunes font lors des activités. La créativité étant une force de l intervention communautaire, utilisez-la sans réserve pour solliciter la participation des parents. Même si cela peut sembler anodin, n hésitez pas à téléphoner aux parents pour les informer du déroulement de vos activités. Cette façon de prendre contact avec eux semble une des plus fructueuses (Meeson et coll., 2008). Bien qu établir le contact avec les parents constitue un défi pour les intervenants communautaires, il ne faut pas vous décourager si vos premières tentatives sont peu concluantes. Les jeunes qui sont à risque d adhérer aux gangs de rue n ont pas toujours l occasion d être fiers de leurs réalisations et de pouvoir les montrer à leurs parents. C est pourquoi la présence des parents lors La créativité étant une force de l intervention communautaire, utilisez-la sans réserve pour solliciter la participation des parents. 31
36 d activités peut être bénéfique. Après avoir travaillé des semaines, voire des mois, sur le même projet, les jeunes sont fiers d eux-mêmes, de ce qu ils ont accompli, de ce qu ils sont devenus. Cette fierté se doit d être partagée avec leurs parents. Ceux-ci prendront alors conscience des progrès de leur enfant. Ainsi, vous pouvez organiser des expositions, des présentations, des démonstrations ou des pièces de théâtre afin d augmenter la cohésion entre le jeune et ses parents et entre ses parents et vous. À VOTRE TOUR DE JOUER! C est donc maintenant à vous, les intervenants communautaires, de tenter de faire une différence dans la vie des jeunes à risque d adhérer aux gangs de rue. Nous croyons en la qualité de votre travail et sommes fiers de pouvoir partager à plus grande échelle les connaissances acquises en votre présence au cours des trois dernières années. Notre guide, rappelons-le, n a pas la prétention de détenir LA solution infaillible pour contrer le phénomène des gangs de rue. Toutefois, nous espérons qu il vous sera utile, qu il vous aidera à mieux prévenir l adhésion des jeunes aux gangs de rue et qu il vous a offert de nouvelles pistes d intervention. 32
37 Quelques données en vrac SELON MEESON ET SES COLLABORATEURS (2008) À la suite de leur participation à une activité ayant pour but de prévenir l adhésion des jeunes à risque aux gangs de rue 74 % des jeunes considéraient qu ils connaissaient au moins un adulte sur qui ils pouvaient compter; L étude montre aussi que la participation active et le développement de la relation de confiance sont des concepts très importants pour que les jeunes retirent des bénéfices de l activité préventive. 55,8 % affirmaient en connaître plus sur le phénomène des gangs et ses conséquences; 46,7 % étaient d accord pour dire que les membres de leur famille étaient plus informés sur ce qu ils faisaient dans leurs temps libres; 40,7 % des jeunes affirmaient avoir moins d amis délinquants. SELON MARTEL (2008) La quasi-totalité des jeunes (92,7 %) considèrent leur travailleur de rue comme un adulte significatif dans leur vie; 85,5 % des jeunes se confient à lui; 70,9 % des jeunes ont recommandé leur travailleur de rue à une autre personne; 60,0 % des jeunes font des invitations à leur travailleur de rue, surtout pour le présenter à des gens de leur entourage; La majorité des jeunes à risque d adhérer à un gang estiment qu avoir des discussions avec leur travailleur de rue était l élément principal qui les avait aidés à s éloigner des gangs. Près de la moitié des jeunes à risque (47,3 %) affirment que leur travailleur de rue a eu un effet positif sur leur éloignement des gangs de rue. 33
38 Sites Internet à consulter (liste non exhaustive) OUTILS ET PROGRAMMES Carte postale sur le phénomène des gangs Cette carte informe les jeunes sur les gangs de rue et les sensibilise à ce phénomène. Elle offre des conseils et des ressources pour aider les jeunes à quitter le gang. Cendrillon Site Web jeunesse sur la prostitution juvénile et l affiliation aux gangs de rue. Il est aussi possible d y commander l outil «Le silence de Cendrillon» qui est composé d une bande dessinée et d un guide d accompagnement. La bande dessinée et les actions proposées dans le guide d animation et d accompagnement ont été conçues pour sensibiliser et informer les jeunes filles de 12 à 18 ans à la prostitution juvénile liée aux gangs. Choix.org Un outil d information et de prévention pour la jeunesse. Ce site Web traite notamment de l intimidation, des bandes de jeunes, de la violence dans les fréquentations, de la violence en milieu familial, de la négligence, des initiations, de la violence envers les enfants, des abus sexuels, etc. On y répond à diverses questions, qui peuvent intéresser tant les jeunes que les adultes. Dépliant «Prostitution juvénile par les gangs» Ce dépliant répertorie les indices permettant aux parents de savoir si leur jeune fille a été recrutée aux fins de prostitution ou si elle est en processus de recrutement. Il indique également ce que le parent peut faire en ces circonstances. La fugue à l adolescence Le phénomène de la fugue à l adolescence : guide d accompagnement et d intervention. Pour commander [email protected] Helping America s Youth Programmes d intervention Ressource qui permet de visualiser les programmes d intervention selon les facteurs de risque ou de protection avec lesquels les intervenants doivent composer. Questionnaire «Saurais-tu reconnaître une vraie belle histoire d amour d une histoire d horreur?» Ce dépliant conçu par le Service de police de la Ville de Montréal s adresse aux jeunes filles susceptibles d être victimes de prostitution juvénile. Il leur propose un court questionnaire pour les aider à déterminer si elles ou leurs amies sont plus vulnérables au piège de la prostitution juvénile. Questionnaire «Connais-tu ma gang?» Ce questionnaire de huit pages est destiné aux parents et a pour but de prévenir la délinquance et la violence des gangs. Il donne des indices pouvant indiquer qu un jeune est impliqué dans un gang ou risque de l être. Il permet également de réfléchir aux comportements et aux activités du jeune, à son attirance pour les gangs de rue, ainsi qu à l encadrement et au soutien qui lui sont offerts. 34
39 Vidéo «Cul-de-sac» Ce vidéo raconte l expérience de Fanny et de Sonia, deux filles de Lévis qui fuguent au centreville de Montréal et qui rencontrent des jeunes de la rue. Le but du film est d aider les jeunes à réfléchir sur la fugue et le mode de vie de la rue sans vouloir moraliser. Choisis ton gang INFORMATION GÉNÉRALE Mis sur pied en collaboration avec plusieurs partenaires, le portail Gangs de rue est un outil interactif d information et de prévention à l intention des jeunes, des parents et des intervenants. Il dirige les internautes vers les sites Web de différents partenaires engagés dans la lutte contre les gangs de rue. Également, le Plan d intervention québécois sur les gangs de rue ainsi que les actions qui en découlent y sont présentés. qc. ca Jeunesse et gangs de rue Cadre de référence mis au point à Montréal-Nord dans le cadre du projet Jeunesse et gangs de rue, indiquant les pistes et les lignes directrices que cette communauté a choisi de se donner pour faire face au phénomène des gangs.. Éducaloi Espace jeunesse Information sur les droits et obligations des jeunes. Leave Out Violence (LOVE) Organisation nationale active dans la prévention de la violence chez les jeunes. National Youth & Gang Centre Institut de recherche intergouvernemental sur le phénomène des gangs de rue aux États-Unis. National Youth Violence Prevention Ressource Center Ressource américaine qui s adresse aux communautés qui cherchent à prévenir la violence faite aux et par les jeunes. Plan d intervention québécois sur les gangs de rue Plan d intervention conçu par le ministère de la Sécurité publique. gang_de_rue.pdf Projet Intervention Prostitution Québec (PIPQ) Organisme communautaire intervenant contre le phénomène de la prostitution juvénile. Société de criminologie du Québec Pour consulter les documents : «Le travail de rue : une pratique préventive auprès des jeunes à risque d adhérer à un gang? (Martel, 2008)» et «Rapport d évaluation du projet Travail de rue, gang de rue, un lien incontournable? (Tétreault et Girard, 2007)». 35
40 Bibliographie BIRMINGHAM, J., PECHMAN, E.M., RUSSELL, C.A. et MIELKE, M. (2005). Shared Features of High- Performing Afterschool Programs : A Follow-Up to the TASC Evaluation. Washington, DC : Policy Studies Associates. 69p. BROCHU, S. (1995). Prévention de la toxicomanie : prévention de la délinquance : prévention de la déviance. RISQ, 22p. CENTRE NATIONAL DE PRÉVENTION DU CRIME. (2007). Les gangs de jeunes : les facteurs de risque favorisant l adhésion. Sécurité publique du Canada, 4p. CENTRE NATIONAL DE PRÉVENTION DU CRIME. (2007). Les gangs de jeunes au Canada : Qu en savons-nous? Sécurité publique du Canada, 4p. CHETTLEBURGH, M. C. (2008). Now is the time to act : Youth Gang Prevention in Ottawa, Astwood Strategy Corporation. CHETTLEBURGH, M. C. (2008). Les gangs de rue au Canada : dimensions futures. Gazette, vol. 70, no. 2, p COHEN, D.A. et LINTON, K.L.P. (1995). Parent Participation in an Adolescent Drug Abuse Prevention Program. Journal of Drug Education, 25, 2, DROUIN-BRUSQUE, G., BOIVIN, H., PICHETTE, M. et BRUNETTE, P. (2001). L action communautaire : une contribution essentielle à l exercice de la citoyenneté et au développement social du Québec. Ministère de l Emploi et de la Solidarité social, 59p. DUVAL, M. et FONTAINE, A. (2000). Lorsque des pratiques différentes se heurtent : les relations des travailleurs de rue et les autres intervenants. Nouvelles pratiques sociales, 13, 1, FERBER, T., GAINES, E. et GOODMAN, C. (2005) Positive Youth Development : State Strategies. Strengthening Youth Policy Research and Policy Report. Denver : National Conference of State Legislatures. FONTAINE, Annie et Jean-Marie RICHARD (1997). Le travail de rue : de l oral à l écrit, Drummondville, Refuge La Piaule du Centre-du-Québec. FONTAINE, A (2001). Le travail de rue face aux pressions technocratiques : les enjeux de la planification intégrée de services sociaux et de santé pour une pratique d intervention autonome en lien avec les jeunes marginalisés, Mémoire de maîtrise, Intervention sociale, Université du Québec à Montréal, 169p. FONTAINE, A. (2003). «Aux marges du social, le travail de rue», Intervention, no.119, p HALL, G., YOHALEM, N., TOLMAN, J. et WILSON, A. (2003). How Afterschool Programs Can Most Effectively Promote Positive Youth Development as a Support to Academic Achievement. A Report Commissioned by the Boston After-School for All Partnership. Boston : National Institute on Out-of-School Time. HAMEL, S., FREDETTE, C., BLAIS, M.-F. et BERTOT, J. (1998). «Jeunesse et gang de rue», Phase II, résultats de la recherche terrain et proposition d un plan stratégique quinquennal. Montréal : Service de police de la communauté urbaine de Montréal, 440p. HAMEL, S., COUSINEAU, M.-M., GAGNÉ, N. et LÉVEILLÉ, S. (2001). Évaluation du processus d implantation d un programme de prévention par le développement social communautaire visant les gangs de rue. Institut de recherche pour le développement social des jeunes. Centre national de prévention du crime. 36
41 HAWKINS, J.D. et CATALANO, R. (1992). Communities That Care. San Francisco : Jossey-Bass Publisher. HÉBERT, J., HAMEL, S. et SAVOIE, G.J. (1997). «Jeunesse et gang de rue», Phase I, revue de littérature. Montréal : Service de police de la communauté urbaine de Montréal, 100p. HOWELL, J.C. (2000).Youth Gang Programs and Strategies. National Youth Gang Center, Institute for Intergouvernmental Research, 79p. HUNT, K. (1999). En tandem avec les jeunes : Créer des services de loisir pour les jeunes à risque. Toronto : Parcs et Loisirs d Ontario. MARTEL, G. (2008). Le travail de rue : une pratique préventive auprès des jeunes à risque d adhérer à un gang? Montréal, Société de criminologie du Québec pour la Direction de la prévention et de la lutte contre la criminalité, Ministère de la Sécurité publique du Québec, 184p. MEESON, J.-S. (2007) Rapport de mi-projet. Quand le milieu communautaire québécois se mobilise pour prévenir l adhésion des jeunes aux bandes marginales : quelques renseignements préliminaires pour réussir un projet de prévention. Montréal, Société de criminologie du Québec pour la Direction de la prévention et de la lutte contre la criminalité, Ministère de la Sécurité publique, 124p. Meeson, J.-S., Martel, G., Prince, J. et Montmagny, C. (2008). Quand le milieu communautaire québécois se mobilise pour prévenir l adhésion des jeunes aux bandes marginales et criminelles : vers des projets prometteurs. Montréal, Société de criminologie du Québec pour la Direction de la prévention et de la lutte contre la criminalité, Ministère de la Sécurité publique du Québec, 188p. MINISTÈRE DE LA SÉCURITÉ PUBLIQUE. (2007). Gangs de rue, Agissons ensemble! Plan d intervention québécois sur les gangs de rue Gouvernement du Québec, 29p. NEWMAN, S.A., FOX, J.A., FLYNN, E.A. et CHRISTESON, W. (2000). America s After-school Choice : The Prime Time for Juvenile Crime of Youth Enrichment and Achievement. Washington, DC : Fight Crime : Invest in Kids. PAQUIN, P. et PERREAULT, A. (2001). Cadre de référence pour le travail de proximité en Montérégie. Direction de la santé publique, 54p. PECHMAN, E. et FIESTER, L. (2002). Leadership, Program Quality. And Sustainability. Washington, DC : Policy Studies Associates. POMERLEAU, M. (2006). Évaluation du travail de proximité au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Direction de santé publique, Agence de la santé et des services sociaux du Saguenay-Lac-Saint-Jean, 245p. RENAUD, L. et MANNONI, C. (1997). Étude sur la participation des parents dans les activités scolaires et parascolaires. Revue canadienne de santé publique, 88, 3, RESTUCCIA, D. et BUNDY, A. (2003). Positive Youth Development : A Literature Review. Rhode Island, New York : Learning in Communities/Providence. SPERGEL, I.A. (1995). The Youth Gang Problem : A Community Approach. New York : Oxford University Press, 346p. TAMAR-MATTIS, A., PIHA, S. et ADAMS, A. (2001). Des communautés éducatives en soutien scolaire et social : un nouvel outil de prévention du décrochage. Régie régionale de la santé et des services sociaux, Montréal, 311p. TÉTREAULT, K. et GIRARD, G. (2007). Rapport d évaluation du projet Travail de rue, gang de rue, un lien incontournable? Montréal, Société de criminologie du Québec pour la Direction de la prévention et de la lutte contre la criminalité, Ministère de la Sécurité publique, 282p. 37
42 Nous aimerions remercier ceux et celles qui ont pris le temps de lire ce guide et de nous faire part de leurs commentaires. Leur précieuse aide a grandement contribué à la rédaction de celui-ci. Un grand merci à M. René-André Brisebois, coordonnateur du projet «GANG», Fondation québécoise pour les jeunes contrevenants M. Robert Lavertue, Direction de la prévention et du soutien, ministère de la Sécurité publique M me Maryse Plamondon, consultante en programmes, Centre national de prévention du crime 38
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