Histoire Géographie. Géographie
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- Jean-Michel Bordeleau
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1 Histoire Géographie 1 re STG LIVRE DU PROFESSEUR Aide à la mise en œuvre du nouveau programme d Histoire-Géographie 1 re STG Coordination : Laurent SOUTENET, José RIQUIER, Hugues MARQUIS Histoire Anne ANGLES, Lycée Léon-Blum Créteil Cécile BETERMIN-MAIRE, Lycée Jean-Macé Niort Jean-Max GIRAULT, Académie de Poitiers Alain LAGNIER, Lycée Victor-Louis Talence Laurent MARIEN, Lycée Jean-Dautet La Rochelle Hugues MARQUIS, IUFM Poitou-Charentes Jacques PUYAUBERT, Lycée Élisée-Reclus Sainte-Foy-La-Grande Laurent SOUTENET, Académie de Poitiers Géographie Françoise CHERMETTE, Lycée technologique Jean-Zay Thiers Arnaud CLERMIDY, Lycée Hugues-Capet Senlis Françoise DRAIN, Lycée Charles-de-Gaulle Compiègne Éric FROMENT, Collège Ferdinand-Bac Compiègne José RIQUIER, Lycée Louis-Thuillier Amiens Michel SAUVADE, Lycée Blaise-Pascal Ambert Frédéric YOUINOU, Lycée François-Truffaut Beauvais
2 Aux termes du Code de la propriété intellectuelle, toute reproduction ou représentation intégrale ou partielle de la présente publication, faite par quelque procédé que ce soit (reprographie, microfilmage, scannérisation, numérisation ) sans le consentement de l auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L et suivants du Code de la propriété intellectuelle. L autorisation d effectuer des reproductions par reprographie doit être obtenue auprès du Centre Français d exploitation du droit de Copie (CFC) 20, rue des Grands-Augustins PARIS Tél. : Fax : Éditions Magnard, Paris, 2006 ISBN :
3 Sommaire Le nouveau programme d Histoire-Géographie 1 re STG Les choix et les démarches pédagogiques du manuel de 1 re STG Magnard HISTOIRE GÉOGRAPHIE Thème 1. Diffusion et mutations du modèle industriel Les problématiques du thème Les notions du thème La démarche du thème Les pages d ouverture du thème Les cartes-clés du thème Les leçons du thème Les sujets d étude [Approfondissements] du thème.. 23 Les pages Méthode du thème Les pages Horizon Bac du thème Thème 2. Guerres et paix ( ) Les problématiques du thème Les notions du thème La démarche du thème Les pages d ouverture du thème Les cartes-clés du thème Les leçons du thème Les sujets d étude [Approfondissements] du thème Les pages Méthode du thème Les pages Horizon Bac du thème Thème 3. La construction de la République.. 57 Les problématiques du thème Les notions du thème La démarche du thème Les pages d ouverture du thème Le sujet d étude [Étude de cas] du thème Les leçons du thème Les sujets d étude [Approfondissements] du thème Les pages Méthode du thème Les pages Horizon Bac du thème Thème 1. Peuplement, réseaux et mobilités en France Les problématiques du thème Les notions du thème Les pages d ouverture du thème Les cartes-clés du thème Le sujet d étude [Étude de cas] du thème Les leçons du thème Les sujets d étude [Approfondissements] du thème Les pages Méthode du thème Les pages Horizon Bac du thème Thème 2. Dynamiques de localisation des activités en France Les problématiques du thème Les notions du thème Les pages d ouverture du thème Les cartes-clés du thème Les leçons du thème Les sujets d étude [Approfondissements] du thème Les pages Méthode du thème Les pages Horizon Bac du thème Thème 3. Les territoires européens Les problématiques du thème Les notions du thème Les pages d ouverture du thème Les cartes-clés du thème Les leçons du thème Les sujets d étude [Approfondissements] du thème Les pages Méthode du thème Les pages Horizon Bac du thème Le nouveau programme d Histoire-Géographie 1 re STG 3
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5 Le nouveau programme d Histoire-Géographie 1 re STG Introduction Les programmes de la classe de première de la série STG sont conçus pour enseigner aux élèves les connaissances nécessaires à la compréhension du monde dans lequel ils vivent. Tenant compte des spécificités de cette série et de l horaire dans lequel ils sont appelés à être mis en œuvre (une trentaine d heures en histoire comme en géographie), ils adoptent une démarche qui respecte la cohérence de chaque discipline sans prétendre à l exhaustivité, ni temporelle ni spatiale. Dans la continuité de la classe de seconde, ils visent à approfondir des notions, dont les plus importantes apparaissent en caractères gras. Le programme d histoire est développé autour des événements fondateurs du monde contemporain. Celui de géographie privilégie l étude des territoires et l organisation de l espace. L un et l autre suivent une progression parallèle qui met l accent sur la France et l Europe en première, et sur l espace mondial en terminale. Ils permettent d aborder avec les élèves des thèmes qui comportent un enjeu civique majeur pour nos sociétés. Ces programmes entendent fournir à tous les élèves un socle commun de connaissances et de références en laissant à chaque enseignant la possibilité d effectuer des choix en fonction de ses objectifs, des intérêts des élèves, voire de l actualité. C est pourquoi ils comportent, en histoire comme en géographie, trois thèmes généraux traités chacun en deux temps : un développement obligatoire de la question (A) auquel on consacrera la majorité du temps indiqué pour l ensemble du thème ; un sujet d étude à choisir parmi trois propositions (B) auquel on réservera le troisième tiers temps. Le professeur décide de l ordre dans lequel il aborde les étapes A et B, le sujet d étude pouvant être traité en préalable ou en approfondissement. Dans le premier cas de figure il peut choisir de le traiter selon la démarche pédagogique de l étude de cas, en histoire comme en géographie, afin de conforter ce qui a été initié dès la classe de seconde dans le cadre des nouveaux programmes des séries générales. Histoire La France, l Europe et la genèse du monde contemporain Le programme entend aider l élève à se situer dans le temps présent à partir de trois entrées : nationale : les fondements de la culture républicaine française et ses adaptations ; européenne : l expérience décisive des deux conflits mondiaux dans l aspiration à la paix et à la coopération ; mondiale : la diffusion d un modèle économique et culturel conçu, exporté ou imposé par l Europe. Sa mise en œuvre s appuie sur des supports documentaires aussi variés que possible. Thèmes généraux Questions (A) et sujets d étude (B) Notions Commentaire I. La construction de la République (8 10h) A. Moments et actes fondateurs ( ) A. On montre comment la République est fondée sur trois piliers en s arrêtant sur quelques moments décisifs Nation État-Nation Nationalisme Colonisation Colonialisme Les années font triompher une conscience nationale unitaire qui passe par l acquisition de références collectives (déclaration des droits de l homme et du citoyen, symboles, mémoire). Elles élargissent les modes d accès à la nationalité (1889, droit du sol). La colonisation est alors justifiée au nom d une mission civilisatrice Démocratie République parlementaire Libéralisme Radicalisme Socialisme Laïcité Laïcisation Sécularisation La construction de la démocratie est réalisée par des lois qui établissent les grandes libertés et favorisent la fondation de partis, de syndicats, d associations ( ). Elle est consolidée grâce à l extension des droits sociaux et à l égalité politique entre les sexes (Front Populaire, Libération). Elle peut être remise en cause (Vichy). Préparée par la laïcisation de l école, la loi de 1905 décide la séparation entre État et religions, garantit la liberté de pensée et de culte pour chaque citoyen, crée les conditions d une pacification sociale. Le nouveau programme d Histoire-Géographie 1 re STG 5
6 Thèmes généraux Questions (A) et sujets d étude (B) Notions Commentaire B. Débats et combats. Un sujet d étude au choix : B. L étude recourt notamment aux documents littéraires, artistiques, audio-visuels et aux témoignages. L affaire Dreyfus L affaire Dreyfus est retenue comme événement décisif dans la vie politique française et la lutte pour les droits de l homme. L année 1940 Au-delà de l armistice, le choix entre acceptation, collaboration et résistance met en jeu les valeurs qui fondent la démocratie. La défense nationale Le sujet traite des grands débats et des orientations stratégiques de la défense de la France dans ses dimensions militaires, économiques et civiles. L étude est prolongée jusqu à nos jours et introduit la dimension européenne. II. Guerres et paix ( ) (10 12h) A. L Europe au cœur des grands affrontements : les bouleversements territoriaux liés aux deux guerres mondiales, les totalitarismes contre les démocraties, les génocides. Guerre totale Bellicisme Pacifisme Résistance A. On présente les événements militaires des deux guerres essentiellement à l aide de cartes. La Première Guerre mondiale marque durablement les sociétés par le renforcement de l État et par l expérience de la violence. On posera la question du consentement des opinions. La Seconde Guerre mondiale franchit de nouveaux seuils dans la violence du fait des objectifs du nazisme et de l impérialisme japonais, de l implication des civils, des armes utilisées (bombe atomique). Totalitarisme Fascisme Nazisme Stalinisme On oppose les idées-forces des totalitarismes (Allemagne nazie et URSS stalinienne) et des démocraties, à travers leurs fondements, leurs objectifs, leur fonctionnement. Crime contre l humanité Crime de guerre Génocide On décrit et on analyse les mécanismes qui entraînent les génocides de la Première Guerre mondiale (Arméniens), puis de la Seconde Guerre mondiale (Juifs, Tziganes). B. La recherche de la paix. Un sujet d étude au choix B. Le sujet d étude s attache aux efforts déployés pour construire la paix et aux difficultés qu ils rencontrent. De la SDN à l ONU L échec de la SDN éclaire la mise en place de l ONU, son organisation, ses buts, ses moyens. Les grands procès après la Seconde Guerre mondiale On s intéresse aux procès qui suivent la fin de la Seconde Guerre mondiale en France, en Allemagne (Nuremberg), au Japon (Tokyo). Pacifisme et pacifistes On montre la diversité du pacifisme, les problèmes qu il rencontre, son influence. III. Diffusion et mutations du modèle industriel à partir de l Europe (8 10h) A. Capitalisme, société industrielle, culture européenne à la conquête du monde (milieu XIX e siècle milieu XX e siècle). Âge industriel Crise Croissance Classe sociale Libre-échange Protectionnisme Impérialisme A. On étudie la montée du capitalisme industriel qui invente de nouveaux modes de production (usine, entreprise) et dynamise l Europe, puis les Etats-Unis et le Japon. Cette extension n est pas linéaire, elle connaît des cycles et passe par des moments de crise. Elle entraîne la croissance des villes, transforme en profondeur les sociétés et suscite des mouvements de résistance. L industrialisation se diffuse à l échelle du monde de manière très inégale et selon des modalités différentes. 6
7 Thèmes généraux Questions (A) et sujets d étude (B) Notions Commentaire B. Modèle industriel et changement social du milieu du XIX e siècle au milieu du XX e siècle. Un sujet d étude au choix : Les mutations d une filière économique B. Autant que possible, l étude recourt aux documents littéraires, artistiques, audio-visuels. Les transformations techniques sont mises en relation avec leurs conséquences sociales et culturelles. Le mouvement ouvrier Le mouvement ouvrier est appréhendé à travers son évolution et la diversité de ses manifestations dans l espace. Immigration et immigrants Avant 1914, un vaste mouvement d émigration conduit à l installation d Européens dans l ensemble du monde ; progressivement, le mouvement s inverse. L étude associe la description des flux migratoires, la présentation des immigrants et celle de leurs représentations, notamment littéraires et cinématographiques. Géographie Les territoires et leur aménagement en France et en Europe Le programme de géographie de la classe de première porte sur l étude de la France et de l Europe, dans les contours de l Union Européenne. Il a pour ambition de donner à l élève la possibilité d appliquer au pays, à ses régions et à l ensemble européen, les raisonnements géographiques acquis en classe de seconde, notamment autour de la question essentielle de l aménagement des territoires. Cette investigation géographique privilégie l approche par les cartes à toutes les échelles. La dimension européenne ne saurait être comprise comme l addition de monographies de pays mais au contraire comme une mise en perspective des problématiques nationales, qui se traitent de plus en plus dans une logique européenne. Il s agit d une réflexion fondamentale sur l impact de la construction européenne dans les dynamiques françaises, et sur le rôle de la France en Europe. La France, ses régions, l Europe : ces trois niveaux de décision, d organisation, d appartenance sont à prendre en compte ainsi que les rapports qu ils entretiennent et leur évolution. Thèmes généraux Questions (A) et sujets d étude (B) Notions Commentaire I. Les territoires européens (8 10h) A. Caractères d unité et de différenciation des territoires européens. Territoire État Région Aménagement Environnement Frontière Intégration territoriale A. La lecture de cartes à différentes échelles (spatiales et temporelles) permet de caractériser les territoires européens, sous les différents aspects d un maillage politique dense, récent et mouvant, de la diversité linguistique, de la différenciation physique. La position et la singularité du territoire français au sein de cet ensemble sont analysées. Cette approche cartographique permet de cerner la nature de l objet géographique «Europe» et pose la question de ses limites. B. Des territoires gérés et aménagés, l exemple d une région européenne. Un sujet d étude au choix : Une région française Une région d un autre État de l Union Européenne Une région transfrontalière B. La région choisie, examinée au titre de sa singularité (structures et dynamiques territoriales), est l occasion d analyser les enjeux de l aménagement, de l environnement et du développement durable. Sur ce territoire s inscrivent et s articulent les actions volontaristes engagées par les autorités de gestion (Région, État, Union Européenne). Le nouveau programme d Histoire-Géographie 1 re STG 7
8 Thèmes généraux Questions (A) et sujets d étude (B) Notions Commentaire II. Peuplement, réseaux et mobilités en France (8 10h) A. La distribution de la population. Urbanisation Métropolisation Enclavement Réseau A. L examen de cartes de densité fait apparaître les «vides» et les «pleins» du territoire national et l importance du fait urbain. On montre que les trames de peuplement ainsi mises en évidence ne sont pas statiques : le territoire est parcouru par de multiples mobilités (de travail ou de loisirs) qui jouent à diverses échelles temporelles et spatiales ; les migrations internationales influent aussi sur la répartition de la population. L organisation des réseaux de transports participe au phénomène de métropolisation dont bénéficient principalement Paris et quelques unités urbaines. B. Des territoires en fonctionnement. Un sujet d étude au choix : Les mobilités à l échelle de la région ou d une agglomération urbaine L organisation des transports à l échelle de la région ou d une agglomération urbaine Une organisation intercommunale et ses réalisations B. Les constats et tendances présentés de manière générale à l échelle du territoire national sont précisés à l échelle locale en prenant comme référence le lieu où se situe le lycée. Cet approfondissement peut prendre la forme d un dossier, progressivement alimenté puis présenté par les élèves, les amenant à préciser quels sont les modes d organisation et d utilisation de leur espace de vie et d activités. Cette étude nourrit la réflexion sur la superposition et l articulation entre elles d aires fonctionnelles (bassin d emploi, aire de chalandise ou de service...), des nouveaux territoires (communautés de communes, communautés d agglomération, parc naturel) et les aires administratives. III. Dynamiques de localisation des activités en France (8 10h) A. Activités et territoires. Localisation Flux Acteurs spatiaux Contraintes Ressources Risques B. Une activité économique. Un sujet d étude au choix : Dans le domaine agricole Dans le domaine industriel Dans le domaine touristique A. Il convient de s interroger sur la localisation des activités et les facteurs qui la déterminent : pourquoi ici et pas ailleurs? Les facteurs d attraction ou de répulsion sont variables dans l espace et dans le temps, en fonction des données propres du lieu (ressources et contraintes, parmi lesquelles les données naturelles) et des types d activités ; s y ajoutent de plus en plus des facteurs extérieurs qui jouent à l échelle nationale, européenne ou internationale. B. L étude plus approfondie d un secteur économique s appuie sur une filière de production. En complément au programme d économie, cette approche permet de placer l entreprise dans son contexte territorial, de montrer le jeu des acteurs économiques, leurs stratégies d implantation et de production aux différentes échelles (depuis celle du lieu de l activité ou de l unité de production jusqu aux échelles européenne ou mondiale). Cette étude intègre les enjeux environnementaux. 8
9 Les choix et les démarches pédagogiques du manuel de 1 re STG Magnard Le nouveau manuel de 1 re STG Magnard s inscrit dans la continuité de la collection lancée lors de la publication des programmes de la série STT, en Cette filiation repose avant tout sur la volonté de proposer aux élèves et professeurs un outil de travail, en classe et à la maison, simple et accessible, répondant aux contraintes horaires de la série et au coefficient dont est affectée cette discipline à l épreuve du baccalauréat. Cet objectif repose sur des démarches et méthodes adaptées, impliquant les élèves dans la construction d une connaissance historique et géographique. Le changement de programme, comme le passage de l épreuve orale à une épreuve écrite, demandent de refonder la démarche formatrice du manuel. Les choix effectués dans ce manuel de première respectent les termes officiels du programme et prennent en compte les recommandations des documents d accompagnement, ce pourquoi la présentation suivante met principalement en parallèle des extraits des textes officiels et les options pédagogiques qui ont présidé à l organisation générale du manuel et à ses contenus. Extrait du programme et des documents d accompagnements I. Un manuel adapté à la série et aux élèves 1. L adaptation aux horaires Les horaires des différents enseignements technologiques et généraux des classes de première et terminale STG ont été publiés dans le BO n 7 du 12 février 2004 ; la place qui y est faite à l histoire et à la géographie (2 heures hebdomadaires) impose de donner à chaque séance d enseignement cohérence et unité démonstrative. Toute prétention à l exhaustivité est exclue. Ces programmes entendent fournir à tous les élèves un socle commun de connaissances et de références en laissant à chaque enseignant la possibilité d effectuer des choix en fonction de ses objectifs, des intérêts des élèves, voire de l actualité. C est pourquoi ils comportent, en Histoire comme en Géographie, trois thèmes généraux traités chacun en deux temps : un développement général obligatoire de la question (A) auquel on consacrera la majorité du temps indiqué pour l ensemble du thème ; un sujet d étude à choisir parmi trois propositions (B) auquel on réservera le troisième tiers temps. Les options pédagogiques du manuel Magnard Le fondement pédagogique du manuel est de faire reposer la progression annuelle sur un volume de pages qui entre parfaitement dans le cadre horaire dévolu à cette série. Ainsi, le nombre de doubles pages Leçon et Sujet d étude respecte strictement celui des heures qu il est possible de consacrer dans l année à chaque thème. Chaque thème comporte des leçons et trois sujets d étude, dont un seul sera traité au choix du professeur et des élèves. L horaire global des thèmes entre dans une fourchette de 8 à 12 heures : le manuel propose de traiter les questions à raison de 4 à 6 heures par thème, et de consacrer 3 heures au sujet d étude choisi, étant entendu que chaque double page de Leçon ou de Sujet d étude fait l objet d un traitement en une heure de cours. La double page est de ce fait l unité horaire de base du manuel. Au final, pour chaque thème, il reste, 2 à 3 heures pour d autres séquences à consommer pour des activités méthodologiques (méthode de lecture du document, préparation à l épreuve écrite du baccalauréat). 2. Une démarche de leçon cohérente Les méthodes mises en oeuvre dans l enseignement de l histoire et de la géographie placent la dimension critique au centre des pratiques pédagogiques. Elles sont en ellesmêmes éducatives. [...] En faisant de l histoire et de la géographie, les élèves apprennent le temps de la réflexion. Par l exercice du raisonnement toujours secondé par l analyse critique, ils sont portés à relativiser une information rapide, conjoncturelle, non hiérarchisée. Le traitement de la question A, à travers les pages Leçons, et du sujet d étude repose sur l étude d un ensemble documentaire dont la composition, par la variété des documents et des points de vue, permet d exercer l esprit critique et de nourrir la réflexion. La démarche est guidée par un questionnement bien dosé, le cas échéant confrontant et croisant plusieurs documents ; elle permet au bout de compte de répondre à une problématique et d extraire des informations qui composent en grande partie la substance du cours. Les choix et les démarches pédagogiques du manuel de 1 re STG Magnard 9
10 Extrait du programme et des documents d accompagnements Les options pédagogiques du manuel Magnard Cette organisation donne lieu à une démarche cohérente et formatrice, qui part d une interrogation première pour aboutir à l élaboration d une connaissance ordonnée et accessible, en passant par une activité de lecture et d interprétation d un corpus documentaire n excédant que rarement cinq éléments. 3. La consolidation des méthodes Quelles que soient la démarche adoptée et les modalités de travail mises en place, le document demeure au centre de l enseignement de l histoire et de la géographie. À cet égard, le programme recommande de diversifier la nature et le type de documents et incite, spécialement en histoire, à recourir aux documents littéraires, artistiques, et audio-visuels, souvent en marge encore des situations d apprentissage. Le manuel répond à cet objectif essentiel en accordant une place encore importante, à ce niveau du lycée, aux méthodes de lecture et d interprétation critique de documents. De ce point de vue, les pages Méthode proposent, en histoire comme en géographie, une grande variété de documents, dont la méthode d analyse est précisément détaillée, selon une démarche clairement balisée, reprise d un document à l autre, quel que soit sa nature ou son type. Ce faisant elles facilitent les situations de travail et d apprentissage des pages Leçon, Sujet d étude et des pages Horizon Bac. II. Le manuel et le nouveau programme de 1 re STG 1. L ordre des thèmes Si la conception globale du programme obéit à une présentation à deux niveaux d échelle (La France, L Europe), la présentation formelle des trois thèmes n implique pas pour autant une obligation de traitement dans le même ordre ; chaque thème possède son autonomie et ne dépend pas de ce qui suit ou de ce qui a été étudié en amont. Tout professeur peut opter par conséquent pour une progression annuelle différente. Il peut donner ainsi davantage de sens à sa responsabilité pédagogique, dès lors que les équilibres généraux et les objectifs du programme sont respectés. Il apparaît ainsi que le thème I du programme, en histoire comme en géographie, est plus difficile à aborder d emblée et par conséquent il peut être intéressant de commencer l année scolaire par les thèmes II ou III. Le manuel Magnard propose aux élèves et aux professeurs un parcours annuel qu au demeurant ils sont libres de suivre ou non différent de l ordre de présentation du texte officiel du programme. Cette conception, qui bouleverse quelque peu les habitudes de traitement des programmes, répond à des objectifs pédagogiques importants : en histoire le thème Diffusion et mutations du modèle industriel à partir de l Europe (thème III du programme) ouvre le manuel, tandis que le thème La construction de la République (thème I du programme) le ferme, le thème II Guerre et paix ( ) demeure en seconde position. La préoccupation est ainsi de débuter l année scolaire par un thème d approche plus aisé, qui correspond par ailleurs à la progression adoptée en première des séries générales. Le thème III est réservé au second semestre, lorsque le professeur a pu asseoir ses routines pédagogiques et qu il connaît bien ses élèves. Il est alors dans de meilleures conditions pour traiter de faits et de notions plus complexes ; en géographie la contrainte est de même nature, ce qui explique que le manuel débute par le thème II du programme Peuplement, réseaux et mobilités en France ; ce choix permet de remettre en place des éléments de connaissance sur la France étudiés en collège, et surtout de commencer l année en prenant appui sur l environnement régional des élèves (dans le cadre du sujet d étude) ; on peut alors leur demander de confectionner un dossier, à l instar des pages sur la mobilité dans l agglomération clermontoise du manuel. L entrée en matière dans le programme est ce faisant plus dynamique. Le thème III du programme Dynamiques de localisation des activités en France constitue le second temps de la démarche, en continuité logique avec l étude du peuplement et des mobilités, tandis que l approche Des terri- 10
11 Extrait du programme et des documents d accompagnements Les options pédagogiques du manuel Magnard toires européens (thème I du programme) fait l objet de la troisième phase du manuel, qui a adopte une progression en boucle : échelle régionale, échelle nationale, échelle européenne, pour revenir in fine à l échelle régionale. En outre, l approche cartographique (croisement de cartes, démarche multiscalaire) suggérée par le commentaire du programme est, encore une fois, plus aisée à mettre en œuvre dans la seconde moitié de l année lorsque des méthodes de travail ont été instaurées s agissant des méthodes cartographiques. 2. L articulation des Leçons (Question A) avec le Sujet d étude (B) Chaque thème du programme, en histoire et en géographie, comporte deux parties à traiter : la première intitulée «Question» est obligatoire, la seconde est proposée au choix parmi trois «Sujets d étude». Ainsi le programme combine un corpus commun de connaissances et de références pour tous les élèves de la série, et une liberté de choix s appliquant à la manière d explorer des sujets et de construire des démarches [ ]. La question constitue le développement général du thème de programme. Elle doit être obligatoirement traitée [ ]. Le sujet d étude ouvre une large possibilité de choix et d itinéraires pédagogiques. Le sujet choisi est le complément indispensable de la question, car il permet, dans un temps équivalent à environ le tiers du volume total de la question, soit d ouvrir, soit de porter un éclairage spécifique sur la question. En effet, les sujets d étude peuvent être abordés à l initiative du professeur et des élèves si l option est prise de les associer au choix soit après la question, soit en amont de cette dernière, au quel cas elle adoptera la démarche pédagogique de l étude de cas. En outre certains sujets d étude incitent les élèves à réaliser des dossiers. La combinaison Leçons (Question A) et Sujet d étude (B) constitue la nouveauté majeure du programme de 2005 de cette série. La mise en œuvre permet à la fois un choix parmi les trois sujets d étude et concernant l ordre de traitement entre la question et le sujet d étude. Ce dernier choix implique une réflexion particulière sur la démarche globale. Les Leçons (Question A) ne posent pas de problème particulier ; elles abordent les contenus majeurs du thème en cinq ou six doubles pages. La place du Sujet d étude (B) requiert par contre une attention particulière, selon qu il est développé en amont ou en aval de la question. Le manuel ne peut, pour des raisons de volume, proposer tous les sujets selon les deux approches, un seul sujet d étude situé en amont de la question est traité en histoire (L affaire Dreyfus : la République à l épreuve, p ), et en géographie (La mobilité dans l agglomération clermontoise, p ). Ce qui importe en la matière c est la démarche, les utilisateurs du manuel pouvant fort bien choisir de traiter l un des autres sujets en amont, dès lors que la méthode est appréhendée elle peut être transférée d un sujet d étude à l autre. En appui les pages qui suivent proposent néanmoins des indications pour opérer ces changements selon les choix faits par les professeurs : pour un Sujet d étude en amont, la démarche applicable est celle de l étude cas ; les trois doubles pages offrent une progression et un questionnement en trois temps à partir d un corpus documentaire ; dans cette démarche on doit passer du singulier au général, le traitement des trois doubles pages s achève sur la formulation des grandes interrogations de la question, qu ainsi il introduit dans le manuel dans l encart Synthèse et contexte du sujet d étude, où le lien est fait avec les leçons concernées par ces interrogations ; pour un Sujet d étude en aval, l étude du même corpus a vocation à approfondir et enrichir l étude des leçons ; dans cette hypothèse de travail le résultat de la démarche aboutit à la construction d une information intitulée dans le manuel Faire le point sur le sujet d étude. Dans les deux situations on voit bien le lien étroit qui unit le Sujet d étude et les Leçons. Les choix et les démarches pédagogiques du manuel de 1 re STG Magnard 11
12 Extrait du programme et des documents d accompagnements 3. Les notions centrales du programme Les programmes de la série STG ne constituent pas une version réduite et allégée des programmes des séries générales. Ils ont une cohérence propre assurée pour ce qui est de la forme par un schéma identique pour chacune des deux entrées historiques et géographiques. Sur le fond, cette cohérence tient aux six grands thèmes d étude retenus, aux notions identifiées et explicitement désignées. III. Le manuel et la préparation à l épreuve écrite du baccalauréat 1. Les pages Horizon Bac Le projet de texte concernant la nouvelle épreuve distingue deux parties : la première demande aux candidats de répondre brièvement à une série de 6 à 8 questions pouvant porter sur des repères des situations géographiques ou historiques, des acteurs, des lieux, etc. ; cette partie de l épreuve s applique aux questions A ; la seconde partie prend appui sur un ou plusieurs documents et exige du candidat qu il en dégage la portée pour la compréhension d une question, ou qu il les confronte, ou qu il dégage l essentiel dans un croquis cartographique ; cette partie s applique aux sujets d étude Les options pédagogiques du manuel Magnard Le programme présente les notions au sein d une colonne centrale, et distingue certaines d entre elles par des caractères gras. De ce fait elles occupent un statut particulier qui doit inciter les professeurs à ne pas perdre de vue leur acquisition dans la continuité du traitement d un thème, même si quelques unes peuvent traverser l ensemble du programme, au-delà de leur signalement sur une question donnée. Le manuel prend en compte cette attente en mettant en évidence les notions dans les leçons par des caractères gras et des renvois aux pages Repères, Les notions du programmes, p , où elles sont détaillées. Les notions sont rappelées dans la page d ouverture du thème. Ce balisage dans la continuité du manuel est d autant plus nécessaire que les notions font l objet de questions spécifiques dans la nouvelle épreuve écrite du baccalauréat. Dans la perspective de l examen en terminale le manuel propose une préparation des épreuves progressive dans chacun des thèmes. Pour chacun thème deux doubles pages Horizon Bac sont consacrées à l épreuve du Bac, l une à la première partie, l autre à la seconde, selon le découpage systématique suivant : la page de gauche détaille la démarche pour répondre dans de bonnes conditions aux questions posées, en ce sens elles constituent des exemples clairs et formateurs ; la page de droite propose des exercices à faire en reprenant la démarche de la page de gauche. Pour le professeur les réponses attendues sont dans les pages du présent livret. S agissant de la seconde partie, qui porte sur un ou plusieurs documents, l initiation proposée s inscrit parfaitement dans les recommandations et exercices qui font l objet des pages Méthode consacrées à l étude d un document. Cette cohérence renforce l acquisition des repères méthodologiques pour les élèves, lesquels acquièrent ce faisant au fil des pages des routines d identification et de questionnement pour tout type de document. Le manuel a fait le choix de ne pas aborder en première l exercice de cette seconde partie portant sur la réalisation d un croquis cartographique ; il sera détaillé dans l ouvrage de la classe de T e. 2. La préparation à l épreuve du baccalauréat dans les pages Leçon et Sujet d étude du manuel Le passage de l épreuve orale à une épreuve écrite constitue un enjeu d importance pour les professeurs de cette série. La préparation des élèves à l écrit suppose un changement à la fois des pratiques de classe, et un Le manuel ne répond pas uniquement aux nouvelles préoccupations de l épreuve écrite du baccalauréat par les seules pages Horizon Bac ou Méthode. Effectivement l utilisation des pages Leçon permet de comprendre le lien qui existe entre l exploitation des documents et l é- 12
13 Extrait du programme et des documents d accompagnements autre rapport aux outils, en particulier au manuel scolaire : pour ce qui est des pratiques de classe il s agit dorénavant de parvenir à un meilleur dosage des phases d échanges oraux avec les élèves, de réduire la part relative du cours dialogué à réponses fermées en ouvrant les questionnements afin de laisser des possibilités d expression plus nourrie aux élèves ; c est un objectif de premier plan pour mettre en cohérence l oral et les exigences de l expression écrite ; il convient, en outre, d utiliser le manuel le plus souvent possible pour faire travailler les élèves en situation d autonomie, à partir des ressources documentaires et en recherchant l élaboration d une information construite. Ces démarches ont pour contrainte de consommer du temps en classe, aussi faut-il cerner les apprentissages factuels et notionnels du programme afin de ne pas s enliser dans des recherches ou apports d informations secondaires, des lectures de documents trop denses et chronophages. Le rééquilibrage des apprentissages en classe ou à la maison en faveur de l écrit exige une réflexion forte sur les entrées et les démarches de leçons. 3. La préparation à l épreuve du baccalauréat dans les autres pages du manuel Les questions la première partie exigent l acquisition de nombreux repères factuels, notionnels, spatiaux et chronologiques. Les options pédagogiques du manuel Magnard laboration d une information (voir supra I, 2) structurée et concise. De plus, les questions initient au travail de prélèvement et de croisement d informations, utile pour la seconde partie de l épreuve ; ce questionnement accoutume l élève à des réponses brèves, élément favorable pour la première partie de l épreuve ; surtout, il lui demande systématiquement de passer à la rédaction, à la suite d une question visant à synthétiser toute la phase d exploitation de documents. Il en va de même pour les pages des sujets d étude, où la démarche est similaire. Des petits logos balisent dans les blocs Questions du manuel ces consignes de rédaction. Là encore le manuel propose aux professeurs et à leurs élèves des outils pour faciliter l apprentissage de ces repères : chaque thème s ouvre sur par une ou deux doubles pages Cartes-clés qui rassemble des cartes au volume d information volontairement allégé, de manière à constituer sur la globalité des thèmes du programme un ensemble de repères spatiaux accessible ; chaque page d ouverture du thème comporte également une frise chronologique simple qui répond aux mêmes objectifs s agissant des repères chronologiques ; enfin, le manuel sur une douzaine de pages Repères (p ) associant les définitions des notions (voir supra II, 3), une batterie de trois frises chronologiques claires sur le programme d histoire, de grandes cartes complémentaires en histoire comme en géographie, ainsi que le lexique pour fixer les mots-clés utilisés dans les leçons des deux disciplines. Les choix et les démarches pédagogiques du manuel de 1 re STG Magnard 13
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15 Les problématiques du thème Thème 1 Diffusion et mutations du modèle industriel Extrait du programme et des documents d accompagnements Le traitement du manuel Magnard A. Capitalisme, société industrielle, culture européenne à la conquête du monde (milieu XIX e siècle milieu XX e siècle) On étudie la montée du capitalisme industriel qui invente de nouveaux modes de production (usine, entreprise) et dynamise l Europe, puis les États-Unis et le Japon. Il s agit de montrer, dans la longue durée, comment Leçon 1 : Un siècle de croissance économique, p est né le capitalisme industriel. Quels sont les aspects de la croissance de 1850 à 1939? Cette extension n est pas linéaire, elle connaît Leçon 2 : Les fondements de l industrialisation, p des cycles et passe par des moments de crise. Sur quelles bases repose l industrialisation? On n entrera pas dans le détail des crises [ ]. Elle entraîne la croissance des villes, transforme en Leçon 3 : Industrialisation et révolution urbaine, p profondeur les sociétés et suscite des mouvements Comment l industrialisation transforme-t-elle la ville? de résistance. Leçon 4 : Des sociétés profondément transformées, [ ] les sociétés européenne, nord-américaine et japonais p [ ] connaissent d importantes mutations sociales : Comment l industrialisation modifie-t-elle l organisation apparition de nouvelles classes sociales (bourgeoisie et les pratiques sociales? capitaliste industrielle, prolétariat) et mutations des classes moyennes [ ]. Il sera important de préciser la notion de classe sociale. L industrialisation se diffuse à l échelle du monde de Leçon 5 : L exportation du modèle industriel, p manière très inégale et selon des modalités différentes. Comment l industrialisation se diffuse-t-elle dans le Les puissances européennes les plus transformées par monde? l industrialisation animent un mouvement d expansion Cartes-clés : Diffusion et domination du modèle et d européanisation, indissociable d un fort sentiment de industriel, p supériorité d une volonté civilisatrice et d une suprématie scientifique et technologique. B. Modèle industriel et changement social du milieu du XIX e siècle au milieu du XX e siècle Les mutations d une filière économique Sujets d étude [Approfondissements] Les transformations techniques sont mises en relation Les mutations de la filière automobile, p avec leurs conséquences sociales et culturelles. 1. L automobile, une nouvelle industrie Par filière, il faut entendre les différentes phases de 2. L automobile devient un produit de masse production d un bien ou d un service. A titre d exemple, on peut envisager l évolution de la filière de la production de textile, de la construction automobile ou du secrétariat. 3. Vers une société de l automobile On mettra en relation ce sujet d étude d histoire avec celui de géographie, L automobile, une filière dynamique, p Thème 1 Diffusion et mutations du modèle industriel 15
16 Extrait du programme et des documents d accompagnements Le traitement du manuel Magnard Le mouvement ouvrier Le mouvement ouvrier est appréhendé à travers son Le mouvement ouvrier (milieu XIX e milieu XX e siècle), évolution et la diversité de ses manifestations dans p l espace. 1. Un mouvement organisé Par mouvement ouvrier, il faut entendre l ensemble des 2. Revendications et conflits organisations issues de la classe ouvrière (syndicats, 3. Mouvement ouvrier et politique partis ouvriers) [ ] Immigration et immigrants Immigration et immigrants, p Avant 1914, un vaste mouvement d émigration conduit 1. De l émigration européenne à l immigration en à l installation d Européens dans l ensemble du monde ; Europe progressivement le mouvement s inverse. L étude 2. Partir pour construire une vie meilleure associe la description des flux migratoires, la 3. Vivre l immigration présentation des immigrants et celle de leurs représentations, notamment littéraires et cinématographiques. Les notions du thème Les notions du programme : Âge industriel ; Crise ; Croissance ; Classe sociale ; Libre-échange ; Protectionnisme ; Impérialisme. Pour une définition de ces notions, voir les Repères, p La démarche du thème Au plus près du programme, ce thème a été mis en œuvre de façon à proposer une démarche claire et accessible aux élèves. La première leçon les invite à observer les caractères de la croissance économique sur l ensemble de la période considérée. Il s agit ensuite d identifier les fondements de l industrialisation, puis l impact sur les espaces et les sociétés. La nouvelle hiérarchie des puissances à la veille de la Seconde Guerre mondiale est mise en relation avec l exportation du modèle industriel. Les pages d ouverture du thème La naissance de la classe ouvrière, p Pellizza a peint plusieurs tableaux sur le thème de la «marche des travailleurs». L idée de ce tableau est venue à ce lecteur de Marx, Engels, Bebel, en 1891 alors qu il réalise l esquisse d une scène devant s intituler Les ambassadeurs de la faim. Il commence à peindre en 1898 Le chemin des travailleurs dont le titre définitif, Le quatrième état est trouvé en 1902 après une relecture de L histoire socialiste de la Révolution française de Jaurès. Le flot humain semble se mettre en chemin, quitter peutêtre la campagne pour se diriger vers la ville. La construction de l œuvre, les attitudes, les vêtements renvoient à l idée d homogénéité et de solidarité de ce groupe à la force tranquille. Le pas est décidé, la démarche lucide comme le laissent supposer les échanges entre les marcheurs. Cette métaphore de l humanité en marche, témoigne de l émergence des masses dans les consciences. Elle nous donne un point de vue sur les profondes mutations socio-économiques et politiques de l époque. La science et l innovation, p Il n est pas inutile de rappeler que le célèbre photographe Robert Doisneau ( ) a commencé sa carrière comme photographe industriel aux usines Renault de Boulogne-Billancourt. En photographiant ainsi ce gigantesque générateur d impulsion dans le laboratoire de Frédéric et Irène Joliot-Curie, il nous livre son témoignage sur le progrès technologique. Il rend, tout d abord, hommage à l innovation, fruit de la recherche et de l investissement financier. Puis, il met en valeur la place présente et future de l électricité qui conditionne le développement industriel comme l équipement ménager. Enfin, la prise de vue en plongée renvoie à la fois aux prouesses de l œuvre humaine, mais aussi au risque potentiel de déshumanisation. Les cartes-clés du thème Diffusion et domination du modèle industriel, p L Europe industrielle, p. 16 Les deux premières cartes offrent la possibilité de comparer le développement industriel en 1850 et en 1938 en Europe. Celle-ci est marquée en 1850 par un développement industriel limité et inégal concentré sur le Nord- Ouest. Les bassins miniers suscitent le développement de régions industrielles associant extraction et transformation. Les grands centres urbains sont le plus souvent localisés dans ces espaces, témoignant du lien fort entre l industrialisation et l urbanisation. Les voies de commu- 16
17 nications (dont les fluviales pour les pondéreux) ne s organisent pas encore en un réseau européen. La carte de 1938 témoigne du nouvel essor et de la diversification des activités industrielles. L espace industriel apparaît pérenne même si la crise frappe ici ou là. On note aussi une extension, même limitée, de l industrialisation en direction de l Est et du Nord. Les mutations se retrouvent dans la diversification des sources d énergie (hydroélectricité, pétrole) d une part et des productions industrielles (chimie) d autre part. 2. Les États-Unis, 1 re puissance industrielle (1938), p. 17 L analyse de la carte prolonge celle de l espace européen. Elle fait apparaître une concentration des espaces industriels sur le quart Nord-Est et la région des Grands Lacs, qui rappelle la colonisation du territoire. Certains bassins traditionnels sont déjà touchés par les difficultés. Les sources d énergie sont également diversifiées (pétrole, hydroélectricité) comme les productions (automobile, agroalimentaire). Le développement urbain touche à la fois les grands centres industriels et les grands ports de la côte Est, interface des États-Unis avec l Europe. 3. Les nations industrielles dominent le monde, p. 17 Le développement industriel renforce la puissance des États concernés et leur domination dans le monde. La carte montre une organisation centre-périphérie : les trois pôles industriels (États-Unis, Europe, Japon) s imposent comme les centres de ce système. Le reste du monde étant des périphéries plus ou moins intégrées. La colonisation est une manifestation concrète de ces liens dominants-dominés. Les leçons du thème 1. Un siècle de croissance économique, p Doc. 1 : Cette représentation de la tour Eiffel en 1900 associe plusieurs éléments caractéristiques de la Belle Époque. Construite pour l Exposition universelle de 1889, la tour de 300 m symbolise l essor de la construction métallique et le relèvement de la France. Onze ans plus tard, en 1900, à l occasion d une nouvelle exposition universelle, elle retrouve une seconde jeunesse grâce à l éclairage électrique. Cela illustre l apport désormais massif de cette source d énergie et des innovations techniques qui lui sont associées (le métro parisien est construit la même année). La démarche rend tangible la volonté de rayonnement de la capitale. C est le début d une longévité inattendue puisque provisoire, elle est sauvée de la destruction en 1909 grâce à l installation d un émetteur radio. Désormais, la tour Eiffel symbolise Paris et la France dans les jours heureux et les autres (doc. 4 p.117). Doc. 2 : L industrialisation entraîne une profonde mutation des économies en modifiant la répartition des secteurs d activités. En France, en Allemagne et aux États-Unis, la tendance est la même : la chute du secteur primaire, la croissance des secteurs secondaires et tertiaires. En 1930 le secteur secondaire est dominant en France et en Allemagne alors que les États-Unis sont déjà en voie de tertiarisation. Doc. 3 : Le graphique de la production industrielle française en volume entre 1845 et 1938 met en évidence une croissance forte sur l ensemble de la période (multiplication par 5). Elle n est cependant pas linéaire mais ponctuée par des crises. On distingue notamment l impact de la Première Guerre mondiale, la relance économique des années 1920 et l impact de la crise de Doc. 4 : L affiche publicitaire de 1934 pour les productions du constructeur automobile Panhard et Levassor témoigne du développement et de la diversification des moyens de transports. On y retrouve l automobile, l avion, le bateau et le train. Les innovations sont au cœur de ces progrès (machine à vapeur, moteur à explosion, métallurgie et sidérurgie) qui se traduisent, comme pour le Normandie, le plus gros paquebot de l époque, par une course au gigantisme et à la vitesse. Son auteur Alexis Kow ( ), illustrateur et styliste de talent est à l époque responsable des publicités de la marque. Doc. 5 : Cet histogramme a pour fonction de mettre en relation croissance et hausse des salaires. Celle-ci montre la réalité d un partage des fruits de la croissance. L augmentation du niveau de vie est à mettre en relation avec la croissance, comme avec le rythme de l industrialisation. Même si la hausse est variable selon les décennies et selon les pays. Doc. 6 : John Steinbeck dans Les Raisins de la colère montre certains effets paradoxaux de la crise de La surproduction conduit les autorités à détruire les productions pour stopper l effondrement des cours. Le but est d enrayer la surproduction qui provoque l effondrement des revenus paysans en détruisant les «surplus». Les victimes de la crise, ne peuvent avoir accès à ces produits. La situation permet aux compagnies les moins en difficulté de grossir encore en absorbant d autres entreprises, accentuant les concentrations. Cette description montre la brutalité des régulations opérées pour assainir un marché frappé par la surproduction. Les effets de ces mécanismes jugés «naturels» par les Républicains amènent le démocrate Roosevelt au pouvoir. 1. Le secteur primaire est majoritaire dans les trois pays en 1860, mais il amorce un déclin entre 1860 et 1880, passant en dessous des 50 %. En 1930, il est tombé à 36 % en France, entre 27 et 29 % aux États-Unis et en Allemagne. Cette baisse montre le recul du poids des activités agricoles dans les économies de ces pays en cours d industrialisation. La tendance est à la hausse pour le Thème 1 Diffusion et mutations du modèle industriel 17
18 secteur secondaire. Évalué à près de 25 % en 1860, il bénéficie d une poussée entre 1860 et 1880 et d une nouvelle hausse mais moins forte jusqu en On note que ce secteur n atteint pas les niveaux du secteur primaire : l augmentation du secteur tertiaire accompagne celle du secteur secondaire. Aux États-Unis, l économie semble déjà amorcer sa tertiarisation. En effet, le secteur tertiaire passe en tête avec 40 % en 1930, devant le secteur secondaire évalué à 32,5 %. 2. Les doc. 1 et 4 mettent en avant les prouesses techniques et technologiques en 1889 et en L exposition universelle est par nature la vitrine des dernières découvertes et innovations. On y retrouve l importance du fer et de la construction métallique, l électricité et les lampes et projecteurs. Le doc. 4, une affiche publicitaire de la société Panhard, expose aussi les innovations dans le domaine des transports. L automobile est mise en perspective à côté du transport maritime (transatlantique en particulier), des chemins de fer, et du transport aérien dont les progrès son considérables. 3. Le graphique met en évidence la hausse des salaires entre et Le rythme d évolution reste inégal sur la période et selon les pays. La croissance des salaires est forte au Royaume-Uni dans la seconde moitié du XIX e siècle, elle semble plutôt marquer le pas au début du XX e siècle. Plus forte qu en Allemagne au XIX e siècle, elle devient plus faible au début du XX e siècle. La croissance la plus forte et durable reste celle des États- Unis ; la plus faible sur la période retenue est celle de la France. Cette croissance est à mettre en relation avec l augmentation du niveau de vie, comme avec le rythme de l industrialisation. 4. La tendance générale de l évolution de la croissance industrielle française est à la hausse de 1845 à Elle est multipliée par 3 entre 1845 et 1915, et par 2 entre 1918 et Notons qu elle n est cependant ni linéaire, ni régulière. La courbe est interrompue entre 1914 et 1919, période qui correspond à la Première Guerre mondiale. On repère une autre crise majeure en C est l impact du krach boursier de 1929 qui perturbe l économie française avec un certain décalage. Celui-ci s explique essentiellement par les dévaluations nombreuses du franc dans les années Les campagnes n échappent pas à la crise de Elles subissent une crise de surproduction. Les marchés urbains en raison des difficultés économiques des consommateurs n absorbent plus les produits agricoles. Aux chômeurs des villes s ajoutent rapidement les chômeurs des campagnes. Les produits agricoles se vendant très mal, les prix s effondrent. John Steinbeck met en évidence un paradoxe : les productions sont détruites alors que le nombre des affamés grossit. La mesure, économiquement rationnelle, est socialement terrible. 6. La croissance industrielle se traduit d abord par une transformation de l économie. Les productions de richesse bénéficient d une forte croissance, alors que le secteur secondaire prend un poids prépondérant dans l activité économique. Le secteur primaire retombe autour de 30 %. On observe des progrès techniques par le biais des découvertes et des innovations. Les transports sont ainsi plus rapides, les voyages plus confortables. La croissance industrielle a un impact sur les populations, sur les niveaux de vie. La croissance profite ainsi aux salariés de l industrie qui voient leurs revenus augmenter. Cette croissance n implique cependant pas une période de progrès linéaire, elle est marquée par des crises de surproduction, comme le montre ici John Steinbeck. 2. Les fondements de l industrialisation, p Doc. 1 : Cette photographie de l usine berlinoise AEG en 1912 illustre le développement de l industrie, en particulier électrique. À cette époque, AEG domine avec Siemens l industrie électrique. Son fondateur Emil Rathenau, un entrepreneur berlinois, a fait de son entreprise un des premiers groupes industriels mondiaux, en mettant sur le marché l ampoule électrique Edison. On peut observer un espace industriel vaste (architecture métallique, éclairage zénithal) et rationalisé qui concentre une main-d œuvre et des outils de production nombreux. Cette main-d œuvre ouvrière et mixte cantonnée à des tâches simples et répétitives est soumise à la surveillance des contremaîtres vêtus de costumes et coiffés d un chapeau melon. Doc. 2 : La réussite du groupe Thyssen illustre l enrichissement rapide des entrepreneurs et l arrivée de nouvelles dynasties industrielles dans les secteursclés. Ici, dans la sidérurgie, la réussite d un Thyssen n est pas sans rappeler celle de Krupp, Schneider, ou de Wendel. La naissance de grands groupes devient une nécessité pour assurer la croissance des entreprises industrielles. Dès la fin du XIX e siècle, le groupe Thyssen devient un «Konzern», un grand groupe industriel associant activités industrielles et bancaires. Cette concentration permet de contrôler l essentiel d une filière, depuis les charbonnages jusqu aux laminoirs. Doc. 3 : Cette liste des innovations souligne l ampleur des progrès réalisés durant le siècle étudié. La recherche est dynamique et permanente dans tous les domaines aussi bien en Europe occidentale, berceau de l industrialisation, qu aux États-Unis. Doc. 4 : Pour offrir des produits concurrentiels l entreprise Philips augmente sa production par des gains de productivité. L optimisation des résultats est obtenue au prix d une rationalisation du travail qui permet une hausse de la production avec moins de main-d œuvre. La production de lampes s accroît de 20 % avec une main-d œuvre près de deux fois moins nombreuse, la productivité par ouvrier est multipliée par 2,25. Doc. 5 : La naissance des grands groupes impose un capitalisme industriel. Les entreprises géantes sont souvent cotées et leurs actions, représentant une part de l entreprise, négociées en Bourse. Cette pratique permet de 18
19 faire face aux besoins croissants d investissements. Le document se compose de l action dans la partie supérieure et de coupons dans la partie inférieure. Ceux-ci permettent de retirer les dividendes, cette part des bénéfices redistribuée chaque année aux actionnaires. Doc. 6 : C est chez Alsthom comme ouvrière fin 1934 puis chez Renault à Boulogne-Billancourt que Simone Weil ( ) découvre le travail en usine. «Un professeur agrégé (de philosophie) en vadrouille dans la classe ouvrière», dira-t-elle. Elle consigne dans son Journal d usine tous les détails de ce «contact avec la vie réelle». Son témoignage posthume, dénonce la déshumanisation du travail, les cadences de production (chronométrage), la surveillance permanente et le caractère répétitif du travail non qualifié qui emploie la plupart des femmes. Ce mécontentement orientera le débat politique à l occasion des législatives de Sidérurgie, métallurgie : convertisseur de fonte en acier ; aluminium. Chimie : aspirine ; polystyrène ; nylon. Énergies : derrick de forage pétrolier ; lampe à filament ; transport d électricité haute tension ; pile atomique. Transports et communications : téléphone Bell ; moteur à explosion ; pneumatique ; transport aérien ; 1 res autoroutes ; avion de transport bimoteur ; avion à réaction ; transistor. Image et son : pellicule photographique ; cinématographe ; TSF ; télévision. BTP : 1 er gratte-ciel à Chicago. Près de la moitié de ces innovations sont réalisées aux États-Unis ce qui montre le dynamisme de la recherche dans ce pays. Les pays européens sont aussi à l origine de beaucoup d innovations : l Allemagne dans le secteur de la chimie, la France dans le domaine de la communication et des énergies, alors que le R.-U. a une recherche plus diversifiée. 2. Le travail en usine répond à des contraintes fortes. L espace est rationalisé, le travail est divisé en tâches et s organise le plus souvent sur une chaîne. Les cadences de travail imposées sont chronométrées. L objectif est d augmenter la productivité et la production. Cette organisation conduit à une déshumanisation de l ouvrier, qui doit répéter toujours la même tâche, à une allure rapide et sous la surveillance du contremaître. 3. Les gains de production s observent dans la dernière colonne du tableau : la production par ouvrier s élève de unités en 1902 à en On peut aussi la déduire des deux premières colonnes puisque la production de lampes augmente entre 1904 et 1906 tandis que les effectifs continuent de chuter. 4. Les mutations de l entreprise Thyssen reflètent une politique de concentration verticale, puis de développement international. À l usine de Mülheim fondée en 1871 s ajoutent en 1884 une fonderie et une fabrique de machine. Thyssen prend le contrôle des premières activités de la filière avec l achat des titres de concessions de charbonnages. Pour maîtriser les flux de matières premières et des productions, il crée des ports sur le Rhin et dans la Ruhr. L entreprise bascule clairement dans le capitalisme industriel en s associant avec des charbonnages français et en fondant la banque rhénane de Mülheim. Thyssen devient à cette date un «Konzern». 5. L industrialisation est favorisée par une accumulation de facteurs. Les innovations, une nouvelle organisation de la production, la constitution de grands groupes industriels et le développement de la société par actions concourent à cette industrialisation. (On illustrera le propos avec des exemples pris dans la double page.) 3. Industrialisation et révolution urbaine, p Doc. 1 : Berlin, au début du XX e siècle est devenue l une des principales métropoles d Europe. Capitale du jeune II e Reich, elle bénéficie du développement industriel et démographique. L industrialisation transforme durablement son paysage marqué par l utilisation du fer (pont, gare). Cette carte postale colorisée de la Friedrichstrasse (rue Frédéric), dans le quartier de la gare montre une rue très active, au croisement du chemin de fer, du métro et de voies routières. Les rues sont plus larges et bénéficient d un éclairage public. Les trottoirs délimitent l espace réservé aux véhicules tandis que la gare de métal et de verre demeure le symbole de la domination du chemin de fer au début du siècle. Doc. 2 : En 1850, seul le Royaume-Uni, berceau de l industrialisation, a réalisé sa transition urbaine (55 %), les autres pays ne la font que dans l entre-deux-guerres. Ce phénomène est rendu possible par l évolution démographique, l industrialisation et un puissant flux migratoire des campagnes vers les villes. Doc. 3 : Ce sont essentiellement les grandes métropoles qui bénéficient de la croissance : la population de Londres est multipliée par 4, celle de Paris par 2. Les populations de grands centres émergents comme Berlin, New York et Chicago, sont multipliées par 10 et se comptent par millions. Doc. 4 : Emile Verhaeren, né au milieu du XIX e siècle près d Anvers, est un poète belge de langue française. Dans les années 1890, il se passionne pour les questions sociales. Après la Première Guerre mondiale, il est l auteur de poèmes pacifistes. Dans Les Campagnes hallucinées, il rend compte à sa manière des mutations du monde. Ici l essor urbain. Il montre une ville à la recherche d espace pour accueillir les migrants et les activités industrielles. Emile Verhaeren a une vision critique de la ville, dominée par le bruit et la poussière, conséquences d une activité incessante. Doc. 5 : À partir de 1900, la construction du métro à Paris révolutionne les méthodes de déplacement. Il répond aux besoins d une population urbaine croissante et de plus en plus mobile, et à la nécessité d une nouvelle organisation de l espace. Chaque mode de transport trouve ainsi sa place. Les travaux en cours montrent également les Thème 1 Diffusion et mutations du modèle industriel 19
20 réseaux d assainissement qui améliorent la vie des populations urbaines depuis quelques décennies. Doc. 6 : Mulhouse illustre les transformations liées à l industrialisation. L usine avec sa cheminée semble dominer ce quartier en Les ouvriers sont logés à proximité, dans des habitations mises à disposition par les industriels. On peut établir un lien avec les corons des régions minières tant les bâtiments sont identiques. On distingue également les jardins potagers individuels. En octroyant ces logements, les patrons se réservent la possibilité d exercer un contrôle plus facile sur leur main-d œuvre. L arrière-plan de la gravure montre la campagne ce qui prouve le caractère récent de ce développement urbain. 1. Les courbes à la hausse des populations urbaines démontrent les progrès de l urbanisation. Le Royaume-Uni qui a déjà réalisé sa transition urbaine en 1850 affiche un taux d urbanisation supérieur à 90 % en L Allemagne, la France et les États-Unis réalisent leur transition durant la période considérée, respectivement vers 1890, et dans l entre-deux-guerres. Les taux d urbanisation de ces quatre pays compris entre 15 et 55 % en 1850, s échelonnent entre 52 % et 92 % en On y retrouve sur cette représentation de la Friedrichstrasse une forte présence de la construction métallique (gare, pont, façade de magasins). La voie ferroviaire (train et métro) croise au niveau inférieur la route avec les premiers bus et les cyclistes. Les trottoirs séparent l espace piétonnier de la voie routière. L éclairage public, rassurant, permet de prolonger la vie de cette rue à la nuit tombée. On distingue des magasins aux chalands de toutes classes sociales. Le poème de Verhaeren reprend un certain nombre de ces éléments : la ville est marquée par les flux et l activité économique. Lieu de vie malgré les contraintes du bruit et de la poussière, elle est, enfin, un espace d attraction et d innovation. 3. Ce quartier appartient à la périphérie de Mulhouse : la campagne apparaît juste derrière. L existence de ce faubourg est lié au développement industriel : l usine domine l ensemble. L activité industrielle s organise autour de bâtiments d exploitation et d un four avec sa haute et large cheminée. À l arrière-plan de grosses bâtisses isolées, sans mur mitoyen. Au premier plan les logements correspondent à des maisons identiques et accolées. Les jardinets renforcent l idée d un quartier de transition entre ville et campagne. 4. L industrialisation bénéficie à la ville qui change de poids et de visage. Accueillant l industrie, elle renforce sa fonction d échange et de commerce. Ainsi, elle attire les populations à la recherche d un travail et d une vie meilleure. Progressivement la population urbaine devient majoritaire dans les pays industrialisés. Ces espaces urbains s étalent sur les campagnes environnantes et s élèvent avec la construction d immeubles. Certaines métropoles deviennent multimillionnaires. La ville est aussi un espace de vie, offrant les commodités modernes avec les réseaux d électricité, de gaz, d adduction d eau et de collecte des eaux usées, les transports et les activités culturelles et de loisirs. La construction de nouvelles halles de fer et de verre permet de drainer les productions agricoles des campagnes. 4. Des sociétés profondément transformées, p Doc. 1 : Cette photographie posée doit être confrontée au doc. 2. Il s agit de repérer un groupe social fortement typé associé à l industrialisation. On pourra faire décrire la tenue dont la casquette assure l unité (vêtements modestes, pantalon peu seyant, chemise ou veste ouvertes...). À l évidence il s agit d une photographie prise sur le lieu de travail. En dehors de ce cadre, l ouvrier peut parfois «s endimancher». Doc. 2 : Avec la croissance la société connaît un enrichissement global. De nouvelles classes sociales apparaissent avec le développement du petit commerce : ce sont les classes moyennes, déjà évoquées par Gambetta à la fin du XIX e siècle. Elles sont le symbole de l enrichissement, mais restent vulnérables en cas de crise. En défendant des valeurs telles que l épargne et l instruction, elles sont un des piliers du régime républicain. Ce bureau de tabac associé au café rappelle aussi les nouvelles pratiques sociales. La comparaison des photographies 1 et 2 permet de différencier deux groupes sociaux clairement différents : les ouvriers et les classes moyennes. Doc. 3 : L enrichissement global de la société n efface pas les disparités des modes de vie. La bourgeoisie capitaliste conforte sont statut d élite. Les ouvriers apparaissent comme des laissés pour compte : leurs dépenses se limitent au strict nécessaire et à la survie de la famille encore nombreuse (7 personnes). La mention d une cotisation pour le syndicat ou les sociétés de secours mutuels prouve l éveil d une conscience de groupe et la volonté de combattre solidairement la pauvreté et la précarité. Doc. 4 : Cette affiche publicitaire illustre les pratiques commerciales et publicitaires qui se développent de plus en plus. Elle vante la cuisine électrique qui constitue une innovation. On relèvera que la cuisine est associée non seulement à la femme, mais à une employée de maison. Ce qui permet de cerner la «cible» du message. Son auteur, Jean Carlu ( ), contribue à faire accéder entre les deux guerres la création graphique au rang d art à part entière. Très influencé par le cubisme, il utilise souvent des profils «à la Picasso». En 1932, il fonde l Office de propagande graphique pour la paix. Il passe la guerre aux É.-U. où il réalise des affiches en faveur de la France libre. Doc. 5 : La chronologie de ces événements permet de mesurer le développement des activités de loisirs et des sports en particulier. Certains acquièrent une très grande popularité qui montre aussi l enrichissement des populations qui accèdent aux loisirs de masse. Les sports méca- 20
21 niques font référence au développement de l automobile et à la recherche de vitesse. Les Jeux olympiques, la coupe Davis et la Coupe du monde de football illustrent une dimension désormais mondiale. Les résultats des champions sont mis au service des stratégies nationales. On peut rappeler aussi le succès populaire du Tour de France. Doc. 6 : Cette affiche (vers 1900) de Mers-les-Bains est l une des nombreuses publicités de stations touristiques réalisées avec les compagnies de chemins de fer. Les billets à tarif réduit comme la mention sur la proximité de Paris montrent la banalisation du transport ferroviaire. La station illustre le développement du littoral et du tourisme balnéaire. L enrichissement des populations offre la possibilité d accéder aux nouvelles pratiques sociales mentionnées (théâtre, music-hall, casino ). La présence quasi exclusive de populations plutôt bourgeoises rappelle qu il n y a pas encore de démocratisation dans ce secteur. 1. La comparaison des deux photographies permet de distinguer l ouvrier du petit commerçant. Si au premier regard on note quelques éléments communs comme la casquette, il est clair que le commerçant bénéficie d un niveau de vie supérieur et d un rang social plus élevé comme le laisse penser la chemise blanche boutonnée jusqu au col serré par une cravate. On distingue également le port d un gilet, également boutonné sous la veste du commerçant. Son fils porte lui aussi cravate et gilet. 2. La comparaison des trois budgets annuels nous éclaire sur les différents niveaux de vie. Le budget de la famille ouvrière représente moins de 15 % de celui de haute bourgeoisie alors qu elle est plus nombreuse (7 personnes). Le budget de la petite bourgeoisie se situe à un rang intermédiaire. L essentiel des revenus de la famille ouvrière est dépensé dans les biens de première nécessité (nourriture, loyer, chauffage, éclairage ). La famille de la petite bourgeoisie peut entretenir des domestiques et consacrer près d un quart du budget à la santé, l habillement, aux vacances et aux menus plaisirs. Les besoins de première nécessité de la famille de la haute bourgeoisie correspondent à moins de la moitié des revenus. 3. Cette publicité générique de l entre-deux-guerres (il ne s agit pas d un produit ou d une marque) ne peut s adresser à l ensemble de la population. Elle concerne les revenus intermédiaires voire élevés. Outre l achat de l appareil électrique, sans doute coûteux, il faut disposer d une installation adaptée. Il est intéressant de noter que la femme est une domestique. La publicité vante le prix modeste de l appareil ce qui ne doit pas abuser : être économe relève des valeurs «bourgeoises». Les qualités déclinées en bas d affiche rappellent la nouveauté que représente ce type de cuisson. Pour les compagnies d électricité, il s agit de convaincre une clientèle éprise de valeurs «sûres». 4. Le développement des stations balnéaires apparaît lié à celui du chemin de fer qui cofinance peut-être l affiche. Le train est le moyen de transport qui permet aux touristes urbains (Parisiens) de se rendre sur le littoral. L inscription au bas de l affiche montre la politique commerciale de la société de chemin de fer envers les familles. Ainsi, Mers-les-Bains est à cette époque une station balnéaire familiale qui n est pas le monopole de la haute bourgeoisie. Cependant, les activités proposées nécessitent de disposer d argent : casino municipal, théâtre, music-hall, attractions 5. La croissance correspond à une augmentation de la production de richesses. Les budgets des familles varient selon les classes sociales avec des écarts de 1 à 15. Les ouvriers restent encore assez démunis. Les professions libérales et le petit commerce forment les classes moyennes. Ce sont ces populations que visent les affiches publicitaires vantant les produits innovants comme les appareils électroménagers. Elles profitent, après la haute bourgeoisie, des lieux villégiature notamment les stations balnéaires de la Manche et de l Atlantique qui offrent des activités attractives (music-hall, théâtre ). Les sports prennent une dimension nouvelle. Si le tennis ou les sports mécaniques sont encore réservés aux classes supérieures et moyennes, le football ou le Tour de France cycliste suscitent l enthousiasme populaire. 5. L exportation du modèle industriel, p Doc. 1 : La fresque de Diego Rivera ( ) témoigne de la puissance industrielle des Etats-Unis à travers l exemple du développement de la filière automobile. Cette œuvre dégage une impression de tension productive. Dans l usine, l homme fait corps avec la machine. On retrouve ici une chaîne de production caractéristique (il s agit de celle de la Ford T). La présence d ouvriers noirs rappelle l attractivité du quart Nord-Est américain sur la population des États du Sud. Peintre mexicain et militant d extrême gauche (il hébergea Trotski à Mexico), il donna plusieurs grandes fresques. Celle-ci est une des plus célèbres. Doc. 2 : Cette affiche britannique de 1927 est destinée à promouvoir l empire colonial en soulignant ses atouts et avantages. Elle invite les Britanniques à consommer des produits de leur Empire. Cela revient à dissuader les consommateurs d acheter des produits concurrents. Elle souligne aussi l étendue et la puissance de l Empire. Les liens coloniaux seront renouvelés au début des années 1930 avec la création du Commonwealth. On relèvera l importance des routes maritimes pour assurer l unité de cet Empire, en particulier l axe Méditerranée-mer Rouge. Doc. 3 : La montée en puissance des États-Unis affecte le regard des Américains sur le monde à l image du sénateur de l Indiana Albert Beveridge à Boston ce 28 avril Il soutient une stratégie d engagement des États- Unis sur l ensemble du monde. Ce discours s inscrit d ailleurs dans le contexte de la crise de Cuba qui débouche sur une victoire américaine qui, oblige Madrid à céder Porto Rico, les îles Hawaï, l île de Guam, les Thème 1 Diffusion et mutations du modèle industriel 21
22 Philippines (traité de Paris1898). Ces territoires deviennent des bases économiques et militaires américaines. Au début du XX e siècle, les États-Unis affichent leur volonté impériale. Doc. 4 : Le tableau permet de prendre la mesure de la puissance européenne et de la montée des puissances extra-européennes. Jusqu à l entre-deux-guerres, l Europe occidentale et les États-Unis représentent toujours plus de 70 % de la production industrielle mondiale. Le Royaume-Uni abandonne la première place aux États-Unis au début du XX e siècle. La Première Guerre mondiale ouvre une période de recul de l Europe occidentale. La crise de 1929 entraîne aussi celui des États-Unis. À l inverse, le Japon progresse, même si le retard reste fort. La Russie (URSS à partir de 1922) apparaît à la veille de la Seconde Guerre mondiale comme la seconde puissance industrielle, au moins statistiquement. Enfin, le reste du monde, après un palier en 1929 à 23,5 %, voit se stabiliser sa part autour de 21 %. Doc. 5 : La filature à Tokyo en 1890 témoigne du développement industriel du Japon. Depuis l ère Meiji, le pays se met à l école de l Occident pour procéder, sous l impulsion de l État, à son industrialisation : aciéries, tissage et filature, cimenteries, verrerie, chantiers navals. Soucieux de son indépendance, le Japon finance lui-même ces investissements en mobilisant l épargne nationale et en prélevant des fonds par le biais d une fiscalité lourde. La mobilisation de la population, indispensable à la réussite du projet, est le fait de campagnes d information et de propagande. 1. Le Royaume-Uni est la première puissance industrielle en 1870, talonné par les Etats-Unis qui malgré une industrialisation plus tardive bénéficie d une croissance forte. La part du Royaume-Uni dans la production industrielle mondiale décline jusqu en 1938, tombant en dessous des 10 %. Dès le début du XX e siècle les États-Unis deviennent la première puissance industrielle et confortent leur position jusqu à la crise de Malgré un recul significatif ( 10 %) ils gardent à la veille de la Seconde Guerre mondiale une première place qu ils ne quitteront plus. 2. Le sénateur Beveridge souligne le lien voire l interdépendance entre l industrialisation et l impérialisme. Ce dernier offre des débouchés aux produits américains par de nouveaux marchés sous contrôle et des sources d approvisionnement en matières premières, énergies ou ressources. C est un moyen d éviter la surproduction comme d affirmer la puissance et la grandeur des États-Unis. 3. Après des années d isolement l empereur Mutsu Hito ouvre le Japon sur l Occident en 1868 et copie son industrialisation au point de figurer dès 1929 parmi les principales puissances industrielles du monde. On observe la présence d une main-d œuvre féminine témoignant d une profonde mutation économique et sociale. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, le Japon reste dans une phase de croissance et semble en mesure de rivaliser avec des puissances industrielles plus anciennes comme la France. 4. En privilégiant la consommation des produits en provenance de son empire le Royaume-Uni espère accélérer le développement des colonies tout en s assurant un approvisionnement bon marché. C est aussi une mesure protectionniste qui freine l importation de marchandises de l Europe continentale. 5. L industrialisation bouleverse la hiérarchie des puissances dans le monde entre la fin du XIX e et le milieu du XX e siècle. La part de l Europe occidentale, berceau de l industrialisation, dans la production industrielle mondiale chute de 1870 à L industrie allemande est plus puissante que celle du Royaume-Uni dès la veille de la Première Guerre mondiale. La Russie (URSS) s affirme en 1938 comme la seconde puissance industrielle. Les États- Unis malgré une industrialisation plus tardive devancent l ensemble des puissances européennes au lendemain du premier conflit mondial. Le reste du monde représente en 1938 un quart de la production industrielle, ce qui témoigne de la diffusion du modèle industriel européen. Le Japon, en particulier, émerge au rang de grande puissance industrielle capable de rivaliser avec des puissances européennes. BIBLIOGRAPHIE Bussière, É., Griset, P., Bouneau, Ch., Williot, J.-P., Industrialisation et sociétés en Europe occidentale , A. Colin, Paris, 1998 Démier, F., «La société européenne au XIX e siècle, hiérarchies et mobilité sociales», La Documentation photographique, n 8024, La Documentation française, décembre 2001 Marseille, J. (dir.), L industrialisation en Europe occidentale , ADHE, 1998 Rebérioux, M., Georges, C., Moret, F., «Socialisme et Utopie», La Documentation photographique, n 8016, La Documentation française, août 2000 Rioux, J.-P., Sirinelli, J.-F. (dir.), Histoire culturelle de la France, tome 4, Le temps des masses : le XX e siècle,le Seuil, 1998 Woronoff, D., La France industrielle, éditions du chêne, Paris, 2003 SITES INTERNET Le centre historique minier de Lewarde : L écomusée de Fourmies, service éducatif hébergé par le site académique de Lille : 22
23 Les sujets d étude [Approfondissements] du thème Les mutations de la filière automobile, p Démarche du sujet d étude Le traitement du sujet d étude en approfondissement (après les leçons 1 à 5 p. 106 à 114) tel qu il est proposé permet de revenir sur plusieurs thématiques : la croissance industrielle (leçon 1) ; les innovations, l organisation de la production, la concentration des entreprises (leçon 2) ; les transports et la transformation des villes (leçon 3) ; la condition des ouvriers et les nouvelles pratiques culturelles (leçon 4) ; la diffusion de l industrialisation dans le monde (leçon 5). Le traitement proposé du sujet d étude en amont du thème selon la démarche de l étude de cas reprendra les trois points de l encadré Faire le point sur le sujet d étude, p. 33 en proposant des pistes de contextualisation : En quoi l industrie automobile constitue-t-elle un moteur de l industrialisation et de sa diffusion? (leçons 1, 2 et 5) ; Comment l automobile transforme-t-elle les sociétés? (leçons 3 et 4). Plusieurs thèmes peuvent être proposés aux élèves pour la réalisation d un dossier documentaire en autonomie autour de la filière automobile : «Automobile et publicité» à partir du sujet d étude, «Innovation et industrialisation» à partir du sujet d étude et des leçons. On pourra, avec profit, croiser approches historique et géographique autour de cette thématique (voir le sujet d étude L automobile, une filière dynamique, p ). 1. L automobile, une nouvelle industrie, p Doc. 1 : Cette une du supplément illustré du Petit Journal (1894) témoigne d une révolution. Les chevaux ont disparu pour laisser place au moteur : les «auto-mobiles» (versus hippomobiles) sont tractées au moyen de la machine à vapeur ou du moteur à explosion. Cette image souligne le lien entre l invention et son application industrielle, l innovation. Elle permet aussi de mesurer la curiosité du public pour ces nouveaux véhicules. La notoriété du Petit Journal, dont le tirage atteint un million d exemplaires vers 1890, contribue à faire connaître ce nouveau moyen de transport au grand public. Enfin, on rappellera le rôle pionnier de l industrie automobile française. Doc. 2 : Cette photographie des années 1930 est riche d enseignements. La file de véhicules montre la première démocratisation de l automobile. La présence de pompes à essence révèle une innovation technologique liée aux sources d énergie comme la généralisation du moteur à explosion. La station service et l aménagement urbain témoignent d une réorganisation de la ville privilégiant la circulation automobile. Doc. 3 : Cet extrait de Mort à crédit de Céline illustre les nécessaires mises au point d une machine encore mal maîtrisée. Celle-ci est déjà synonyme de rêve et de loisir. Il est à noter que Céline, missionné par la Société des nations en tant que médecin hygiéniste, a pu observer de près la fabrication des automobiles Ford à Detroit. Il décrit dans Le voyage au bout de la nuit, les conditions inhumaines du travail à la chaîne (doc. 1 p. 26). Doc. 4 : Le graphique révèle la forte croissance de la production des automobiles en France. Cette activité naissante dans la fin du XIX e siècle est en mesure de produire près d un quart de million de véhicules dans les années La filière automobile s organise très rapidement. Le développement de la production est spectaculaire jusqu à la Première Guerre mondiale (en 1903, la France réalise près de la moitié de la production mondiale avec trente constructeurs) et à nouveau dans les années On peut relever la reprise de la production après la crise de Doc. 5 : Frederick L. Allen met en exergue les innovations survenues pour produire des véhicules plus fiables désirés par le consommateur. On retrouve notamment le rôle important d Henry Ford dans la filière. Tout un secteur d activité s organise avec le développement de stations d essence et celui d ateliers de réparations. La comparaison avec le texte précédent (doc. 3) montre la fiabilité acquise des véhicules. Le succès de ceux-ci est mis en relation avec le déclin des autres moyens de transports. Villages et villes jusqu alors prospères grâce au chemin de fer, dépérissent tandis que la prospérité parcourt les axes routiers en particulier la route 61 qui mène de Chicago à La Nouvelle-Orléans. Doc. 6 : La liste de ces innovations montre la recherche permanente et l amélioration technique et technologique de l automobile. On remarque l accélération des innovations dans l Entre-deux-guerres par rapport aux premières décennies. L origine des innovations (France, Allemagne, États-Unis) confirme la place de ces pays dans le processus d industrialisation. 1. Ces deux générations témoignent de manière évidente du passage du prototype au produit diffusé. Le moteur à explosion s est imposé au détriment des moteurs à vapeur ou à gaz. Les innovations se sont accumulées : vitrage, carrosserie, pneumatiques Le doc. 2 montre également les nombreux aménagements sur la voie publique destinés aux véhicules (stations d essence, lieux de stationnement). 2. La production automobile française se développe de manière considérable dès le début du XX e siècle jusqu à la Première Guerre mondiale : elle atteint les véhicules en Après la guerre, on observe un véritable décollage, la production est multipliée par vingt entre 1920 et La très forte croissance des années 1920, favo- Thème 1 Diffusion et mutations du modèle industriel 23
24 risée par l utilisation des nouvelles méthodes de production venues d Amérique, est freinée dans les années 1930 par les effets de la crise économique. 3. Les innovations accompagnent la croissance de la production dans quatre domaines essentiels : la motorisation (moteur à essence à quatre temps, moteur à 2 et 4 cylindres), la vitesse (synchronisation des vitesses, boîte à 4 vitesses), la sécurité et le confort (les pneumatiques, voitures entièrement carrossées, suspensions). 4. L automobile est un indicateur et un acteur des transformations des modes de vies en Amérique. Elle participe à un enrichissement global de cette société et offre une plus grande mobilité. La voiture implique des aménagements qui transforment les paysages : routes pavées, ateliers de réparations, stations essence, commerces L automobile change aussi les dynamiques spatiales : les axes traditionnels de transport nécessitant de lourdes infrastructures (chemin de fer et trolleys interurbains) déclinent au profit des axes routiers, comme la route 61. À l âge du chemin de fer succède l âge de l automobile. 2. L automobile devient un produit de masse, p Doc. 6 : Cette affiche de 1935 représente les installations Renault sur l île Seguin à Boulogne-Billancourt. Fondée le 1 er octobre 1898, la société Renault devient le premier constructeur français en La Première Guerre mondiale transforme l usine en arsenal. La paix revenue, Louis Renault revient à la fabrication de véhicules à moteur. Pour produire en grande série, il construit la nouvelle usine de l île Seguin. En 1935, avec son kilomètre de long, sa centrale thermique et sa piste d essais, elle est une des plus modernes de l époque. Les statistiques qui encadrent la vue renvoient au gigantisme de l opération. L île Seguin est devenue un des lieux-symboles du mouvement ouvrier jusqu aux années L analyse du site et de la situation doit permettre de réfléchir à la notion de localisation. Doc. 7 : L Automobile-club de France est créé à Paris en 1895 par le marquis de Dion. L association a pour but de faire connaître l automobile. Elle est à l origine des premières grandes courses (1906 : Grand Prix de l Automobile club de France). Cet extrait du Bulletin de l Automobile-Club de Picardie et de l Aisne annonce la fin d une époque au tournant du siècle dans la filière automobile. Il annonce la démocratisation de l automobile rendue possible par une production standardisée d un produit plus accessible à un plus grand nombre. C est aussi un moyen de transport, un moyen de locomotion et plus seulement un moyen d agrément et des loisirs des bourgeois. Cette démocratisation ne sera effective en France qu après la Seconde Guerre mondiale. Doc. 8 : L automobile devient un secteur d activité comme en témoigne cette publicité. Édouard Michelin imagine en 1891 le pneumatique démontable pour la bicyclette. Le premier pneumatique démontable pour voiture automobile est breveté en Le fabricant offre à partir de 1900 dans son guide des conseils pratiques aux voyageurs, auxquels s ajoutent à partir de 1910 les premières cartes routières au 1/ Le personnage de Bibendum est né en 1894 de la vue de deux piles de pneus. «Avec des bras et des jambes, cela ferait un bonhomme!» suggère Édouard Michelin. Quant au nom, il vient d un croquis du dessinateur O Galop représentant un buveur de bière s exclamant «Nunc est bibendum!», «C est maintenant qu il faut boire!». Doc. 9 : Après un passage aux automobiles Mors, l ingénieur André Citroën crée en 1912 une fabrique d engrenages (origine du chevron). Il voyage aux Etats-Unis où il visite les usines Ford. En 1915, il fait construire une usine quai de Javel à Paris pour produire des obus. Après la guerre, il revient à l automobile. De nouvelles usines sont ensuite créées à Levallois (1922), Saint-Ouen (1924), Clichy (1925). Cette chaîne de montage amène à s interroger sur les méthodes de production. On y retrouve la rationalisation de l espace et des moyens de production. Le travail à la chaîne permet des productions plus importantes comme l indique la perspective de la photographie Doc. 10 : Une grande partie des éléments du débat sur les méthodes de Ford est reprise sur cette affiche d un comité de grève qui s organise dans les usines Renault en 1913, année où l entreprise connaît ses premiers mouvements sociaux. À la veille de la Première Guerre mondiale, l usine compte près de employés. Le point de vue des ouvriers est clairement explicité. Le document témoigne aussi du développement de mouvements de revendications ainsi que des moyens d action. Doc. 11 : Le développement de la filière automobile est marqué par la concentration des entreprises, par rachat ou fusion. C est le cas ici des sociétés Mercedes et Benz en Le document montre que la fusion d entreprises résulte d une approche pragmatique. Il s agit pour les deux sociétés de tirer des avantages concrets de ce processus : partage de technologie et de savoir-faire, gains de productivité, extension à l échelle mondiale de la distribution de leurs automobiles. 1. L usine Boulogne Billancourt illustre le succès et la puissance de la filière automobile en France dans l entre-deuxguerres. Cette installation représente un quartier industriel de la banlieue parisienne de 120 ha intégrant l île Seguin. C est un espace de production rassemblant machines outils et ouvriers faisant vivre personnes. C est un espace de consommation de matières premières ( tonnes d acier) et d énergie ( kw). La présence de la centrale thermique et de la piste d essai en sous-sol renforce le caractère moderne et la puissance de ce site industriel. 2. Le développement de la production automobile accentue l émulation aux niveaux des innovations et de 24
25 la productivité. La fusion industrielle offre la possibilité aux industriels de partager leur savoir-faire, les coûts de la recherche et de la production et de conquérir des nouveaux marchés. La filière automobile intègre à la fois une dimension horizontale (interactions avec les autres activités) et verticale (le produit avec tous les stades de l élaboration). Elle s organise autour de la production, de la transformation, de la commercialisation du produit dans le cadre de groupes industriels, fruits d une concentration d entreprises (Mercedes-Benz). 3. La chaîne de montage de l usine Citroën illustre les nouvelles méthodes de production. On distingue une utilisation rationnelle de l espace, des moyens de production et de la main-d œuvre. Il s agit de produire de manière standardisée, un nombre croissant de véhicules dans un temps donné, en réduisant au mieux déplacements et gestes inutiles. La production est segmentée en tâches différentes, l ouvrier réalisant toujours la même. Ces méthodes sont contestées par les ouvriers qui dénoncent la déshumanisation du travail, les cadences chronométrées et la dévalorisation des savoir-faire. L adhésion à un syndicat et la grève apparaissent comme des moyens de réaction. On se reportera également aux Temps modernes de Charlie Chaplin. 4. L adoption de nouvelles méthodes de production inspirées par Taylor, adaptées à la filière automobile par Ford et reprises en France par Renault et Citroën, permet une première croissance de la production automobile au prix d une adaptation des sites de production comme à Boulogne-Billancourt. Les contraintes de la concurrence conduisent à la concentration d entreprises et à la formation de groupes à l image de Mercedes-Benz. Ceux-ci permettent des gains de productivité. La diversification de l offre, la stimulation de la demande par des opérations publicitaires et un enrichissement global des consommateurs favorisent cette production de masse. 3. Vers une société de l automobile, p Doc. 12 : La démocratisation de l automobile est possible par une production certes moins onéreuse mais également pas des possibilités de crédit illustrées par cette publicité de la société Renault. La DIAC (Diffusion industrielle et automobile pour le crédit) est un organisme de cette société qui propose des prêts pour faciliter l achat du véhicule. On remarquera la référence aux États-Unis où ces crédits sont déjà pratiqués. Expliquer que le crédit n est pas une «tare» revient à rappeler que la démocratisation de l automobile s est accompagnée d un changement profond des mentalités face à la consommation, elle-même stimulée par l achat à crédit. Doc. 13 : Le succès de l automobile s explique par les avantages et les facilités qu elle procure. Elle résulte aussi des campagnes de promotion. La publicité, les expositions internationales ou encore les grands magasins ont contribué largement à susciter la consommation. Citroën fait preuve sur ce point d originalité. C est ainsi qu en 1922, à l ouverture du 7 e salon de l Auto, un avion écrit dans le ciel de Paris le nom de Citroën en lettres de fumée s étirant sur 5 km. Pour rénover les panneaux de signalisation routière, Citroën dote la France d un grand réseau de plaques indicatrices portant son nom marque aussi le début d une série d expéditions en Afrique et en Asie (doc. 15). De 1925 à 1934, Citroën écrit son nom sur la Tour Eiffel en lettres lumineuses de 30 m de haut. On peut mettre en rapport ce document avec les précédents en particulier le guide Michelin et la DIAC de Renault. Doc. 14 : Cette affiche rappelle la politique offensive de Renault d achat à crédit et illustre la démocratisation de l automobile. Volkswagen est créée en 1936, sur décision d Adolf Hitler. Il souhaite que chaque citoyen allemand puisse posséder une voiture (Volkswagen = voiture du peuple). La mise en oeuvre est confiée à Ferdinand Porsche, alors technicien chez Mercedes. Hitler utilise une tendance générale au profit de sa politique. La «voiture du peuple» reste un slogan plus qu une réalité jusqu à la guerre. Doc. 15 : L expédition Citroën «Centre-Asie» ( km de Beyrouth à Pékin), aussi qualifiée de Croisière jaune ( ) est une formidable opération de promotion pour montrer les prouesses technique de ses véhicules. Elle fait suite à la traversée du Sahara ( ) et à la Croisière noire ( ). Derrière l opération promotionnelle, on prend la mesure de l avance technologique de l Europe sur le monde. L affiche évoque une autre grande innovation de la période : le cinéma désormais parlant. Doc. 16 : Cette illustration montre à quel point l automobile est présente dans la vie quotidienne et dans les mentalités au point qu elle apparaît incontournable et omniprésente dans ce futur imaginé par l illustrateur éclectique Guy Sabran en L automobile est présente dans les différents supports culturels : romans, films, journaux et même la bande dessinée qui, elle aussi, se démocratise. 1. En plus du rapport qualité prix, Renault vante le recours au crédit. La DIAC (Diffusion industrielle et automobile pour le crédit, organisme de crédit de la société Renault) propose des possibilités d achat à crédit. Elle assimile cette pratique à un signe de prospérité inspirée des États- Unis et s en sert comme un argument commercial. C est le moyen de stimuler les acquéreurs potentiels ne disposant pas des fonds nécessaires à un achat immédiat. 2. La promotion de l automobile auprès des consommateurs est offensive. Les groupes industriels ont recours à tous les supports possibles de publicité (encarts publicitaires dans la presse, publicités lumineuses, distribution de tracts publicitaires, expositions dans les foires et les grands magasins ). Les industriels Thème 1 Diffusion et mutations du modèle industriel 25
26 réalisent les premières études de marchés à cet effet. Ils stimulent l achat par des propositions de crédit, et parfois favorisent l épargne avec le soutien de l État comme le montrent les campagnes de propagande du régime nazi avec Volkswagen. 3. La Croisière jaune est une démonstration de la fiabilité technique du produit. Elle associe l automobile au rêve, à l aventure et à l exotisme. L affiche a intégré l idée que l automobile est un produit connu. Elle met l accent sur l exploit réalisé, les prouesses techniques et le dépaysement. Elle insiste donc sur son usage comme moyen de découverte et d aventure. Le cinéma, autre innovation de l époque, est utilisé à des fins promotionnelles. 4. La vision du futur du dessinateur Guy Sabran donne à la voiture une position centrale. Les flux de piétons sont détournés par des passerelles. L espace urbain est aménagé en fonction de ce mode de transport qui paraît dominant. L automobile symbolise la modernité, la mobilité et la liberté. Un effet de saturation de la chaussée peut être interprété comme une mise en garde de l illustrateur contre un produit qui envahit l espace de vie, contre l excès de machines, contre un monde en voie de déshumanisation. 5. L automobile apparaît comme un bien indispensable à la vie quotidienne et un produit de plus en plus accessible grâce à l épargne et au crédit. C est un objet de liberté qui assure une mobilité sans limite aux usagers. C est un objet performant et confortable grâce aux innovations successives qui permet aux utilisateurs de dépasser leurs limites. Présente dans tous les supports culturels et artistiques (presse, cinéma, bande dessinée, littérature, peinture ) l automobile devient un objet d aventure, d exotisme, de rêve et de désir. BIBLIOGRAPHIE Bellu, S., Les automobiles, Larousse, Paris, 2002 SITES INTERNET Cartes routières anciennes : Histoire des usines Renault sur le site officiel de la marque, rubrique «groupe Renault», «Histoire» : Histoire des usines Citroën, année par année sur le site officiel de la marque, rubrique «Histoire» : Histoire illustrée du groupe Michelin sur le site officiel de la marque (taper «Histoire» dans le moteur de recherche interne) : Le mouvement ouvrier (milieu XIX e milieu XX e siècle), p Démarche du sujet d étude Le traitement du sujet d étude en approfondissement tel qu il est proposé permet de revenir sur la probléma- tique centrale abordée précédemment. Elle porte sur les conséquences de l industrialisation, à savoir la transformation des sociétés et les résistances qui l accompagnent. Un traitement du sujet d étude en amont du thème selon la démarche de l étude de cas pourra s appuyer sur cette problématique qui renvoie plus particulièrement à la leçon 4. Laquelle peut elle-même servir de point de départ au traitement de cette partie. Plusieurs thèmes peuvent être proposés aux élèves pour la réalisation d un dossier documentaire en autonomie autour du mouvement ouvrier : «Le mouvement ouvrier et les réformes sociales en France» à partir du sujet d étude et de l ensemble des thèmes 1 et 3, «Les ouvriers au travail» à partir du sujet d étude et des leçons. 1. Un mouvement organisé, p Doc. 1 : L alignement des effectifs, la pose, visent à montrer l importance de cette entreprise de fabrication de machines-outils, qui tient tout autant au nombre et à la discipline de ses ouvriers qu à la dimension de ses locaux et à la puissance des machines, mises elles aussi en évidence. Au cœur de la Ruhr, Düsseldorf illustre la puissance industrielle allemande. Doc. 2 : Conscients de la force de leur nombre les ouvriers s organisent. La syndicalisation à la veille de la Première Guerre mondiale est une réalité mais l engagement reste inégal selon les pays. On remarque que le taux de syndicalisation ne correspond pas toujours à l ancienneté du développement industriel. Doc. 3 : Les sociétés mutuelles de secours sont une des premières formes d organisation ouvrière. Elles sont encouragées par l État qui délivre ici un diplôme d honneur à un mutualiste méritant. Ce soutien permet à l État de limiter son engagement dans le domaine social. En 1870 on compte près de sociétés de secours et sociétaires. C est la loi du 1er avril 1898 qui donne à la mutualité un véritable statut ouvrant tous les champs d activité de la protection sociale : assurance vie, assurance invalidité, retraite, œuvres sanitaires et sociales (dispensaires et pharmacies), allocations chômage. En , sociétés de secours mutuel protègent 2,6 millions d adhérents. Avec les lois de , les mutualistes vont jouer un rôle de premier plan dans leur gestion. L ordonnance du 19 octobre 1945 abroge la charte de 1898 et définit de nouvelles orientations aux «sociétés mutualistes», en complémentarité avec la Sécurité sociale. Doc. 4 : Il définit l action des sociétés mutuelles. Tout en apportant un soutien matériel, elles permettent de développer parmi les ouvriers un sentiment de groupe et un esprit solidaire. Elles contribuent dans le même temps à une forme de contrôle social. 26
27 Doc. 5 : Les ouvriers créent des syndicats capables de défendre leurs intérêts, y compris dans un rapport de force avec les patrons. Ici, l organisation ne se limite à une défense de type corporatif mais prône une action commune avec les chambres syndicales des autres professions. Doc. 6 : La seconde moitié du siècle XIX e voit la création de plusieurs syndicats de cheminots britanniques, parmi lesquels l Amalgamated Society of Railway Servants (ASRS), (1871) et l Amalgamated Society of Locomotive Engineers and Firemen (ASLEF) (1880). Vers 1890 le nombre des syndiqués des chemins de fer est d environ sur un total de travailleurs. Ce chiffre continue d augmenter pour atteindre vers 1910, les deux tiers des syndiqués appartenant à l ASRS. La National Union of Railwaymen (NUR) est formée en 1913 de la réunion de l ASRS, de l United Pointsmen and Signalmen s Society et de la General Railway Workers Union. La bannière du syndicat des chemins de fer renvoie au modèle syndical britannique. Les positions s inscrivent dans une perspective politique de lutte contre la pauvreté et le capitalisme, signe du lien très fort entre les syndicats et le parti travailliste. Réponse aux questions 1. La société de secours mutuels, antérieure aux syndicats instaure une forme de solidarité entre les ouvriers qui mutualisent une partie de leurs revenus pour bénéficier d une assistance multiforme. Le diplôme témoigne d un soutien aux personnes âgées, d une assistance médicale, d une aide à l instruction et à la garde d enfants. Le texte insiste plutôt sur les effets d un contrôle social sur cette population (baisse de «l ivrognerie et de débauche»). 2. Le syndicat ouvrier est une association militante, d assistance et de combat. Il participe au renforcement de l esprit de groupe des ouvriers. Il défend les droits des ouvriers, lutte pour l amélioration de leurs conditions de travail et de vie. La bannière du syndicat témoigne d une dimension politique (voire politisée) du combat ouvrier plus marquée au Royaume-Uni où le parti travailliste est l émanation politique des syndicats professionnels. 3. La syndicalisation à la veille de la Première Guerre mondiale révèle l engagement inégal des ouvriers. Le Royaume-Uni et Allemagne affichent une forte syndicalisation des ouvriers. Il faut examiner avec prudence le taux de syndiqués pour habitants qui ne tient pas compte de la proportion des ouvriers dans cette population. Le cas français est révélateur : le taux de 2,59 % est à nuancer en raison du caractère majoritairement rural de cette population avant Les premières mobilisations ouvrières privilégient l assistance et la solidarité. Elles prennent la forme de bourses au travail et de sociétés mutuelles de secours. Le syndicat est une forme de mobilisation plus militante et de combat. C est une organisation professionnelle qui porte les revendications des ouvriers dans un rapport de force avec les patrons et l État. L action privilégiée reste la grève, d abord sans, puis avec occupation d usine. Elle suscite souvent une répression sévère. La lutte est prolongée dans le champ politique par l intermédiaire des partis réformistes ou révolutionnaires, aboutissant à l adoption d une législation sociale. 2. Revendications et conflits, p Doc. 7 : Cette affiche de Jules Grandjouan ( ) célèbre caricaturiste et affichiste social (voir aussi le doc. 12) reprend un des thèmes de la lutte des ouvriers : la retraite. Deux arguments dominent : la retraite est trop tardive pour les ouvriers compte tenu de leurs conditions de travail et de vie. La CGT parle de la «retraite des morts». Cette confédération syndicale est créée en Bien qu ayant réclamé dès cette date le droit à la retraite pour tous, la CGT s oppose à son congrès de 1910 à la loi du 5 avril sur les retraites ouvrières et paysannes : elle critique leur gestion par capitalisation. Doc. 8 : La grève est l action la plus employée, elle est le moyen de pression efficace pour faire entendre les doléances ouvrières. Ici la grève a éclaté dans l usine Riquier, fabricant de serrures à Fressenneville dans la Somme. La grève se caractérise parfois par des débordements violents, comme ici avec la mise à sac de la maison du patron, et fait l objet le plus souvent d une répression sévère (doc. 12). 18 personnes sont arrêtées mais aucune n est condamnée : toutes ayant bénéficié de l amnistie. Doc. 9 : Le document évoque les difficultés de la condition ouvrière en France à la fin du XIX e, à une époque antérieure aux réformes sociales majeures. Les revendications des grévistes s organisent autour de trois thèmes principaux : les salaires, la première revendication, l organisation et la durée du travail. Doc. 10 : Cette photographie témoigne d un effet de masse lors des grandes grèves du «Bel été 36». Elle montre une grève avec occupation de l usine Renault de Boulogne-Billancourt. L union et la solidarité entre ces ouvriers sont manifestes. Le geste symbolique du poing levé montre la force de la culture révolutionnaire dans ce milieu des ouvriers d usine. Doc. 11 : Ce tableau présente les différentes législations sociales adoptées en Allemagne, en France et au Royaume-Uni sur l ensemble de notre période. Il souligne l intervention claire de l État dans le domaine social qui exerce à la fois un contrôle et une protection. Ces législations demeurent inégales selon les pays et s élaborent à des rythmes différents. On notera le rôle précurseur de l Allemagne, avec un système mis en place par Bismarck qui voulait détourner les ouvriers de la social-démocratie. Doc. 12 : Ce dessin de Grandjouan paru dans L Assiette au beurre, journal militant et satyrique, dénonce la répression des grèves, et, en particulier, le recours à l armée. L auteur assimile les grévistes à des révolutionnaires (drapeau rouge) et à des anarchistes (drapeau Thème 1 Diffusion et mutations du modèle industriel 27
28 noir). Le rapport de force et la violence dominent la une de ce journal. Réponse aux questions 1. Le doc. 7 s élève contre le projet de retraite proposé en France en La revendication porte sur le montant de ces retraites, sur la durée des cotisations et l âge de la retraite, ainsi que sur l oubli des épouses, en particulier les veuves. Un autre argument insiste sur le fossé entre le traitement des ouvriers et celui des fonctionnaires, en particulier. L affiche met en accusation une République qualifiée de bourgeoise par l auteur. 2. Les ouvriers se font entendre par des actions non-violentes comme des campagnes d information relayées par des journaux engagés. Le moyen privilégié reste cependant la grève, forme d expression la plus efficace. Elle peut prendre différentes formes : avec ou sans occupation d usine, avec manifestation sur la voie publique. Dans ce dernier cas, elle porte atteinte à l ordre public, exerçant ainsi une pression supplémentaire sur le pouvoir politique. 3. La réaction de l État est double. Il peut, d une part, choisir la répression privilégiant la garantie de l ordre public, en mobilisant même l armée. D autre part il répond à certaines revendications ouvrières par l adoption d une législation sociale. 4. L amélioration de la condition ouvrière est réalisée en trois temps. La solidarité entre les ouvriers dans le cadre des sociétés mutuelles de secours permet une première amélioration de leur condition. La lutte syndicale qui s inscrit dans un rapport de force avec le patronat débouche sur de nouveaux acquis, limités cependant à chaque entreprise. La grève et les manifestations sur la voie publique comme l action politique des partis socialistes contraignent les États à développer une législation sociale. 3. Mouvement ouvrier et politique, p Doc. 13 : Cette affiche allemande illustre la fraternisation ouvrière à l échelle mondiale. Elle reprend l appel de Karl Marx adressé aux prolétaires de tous pays à s unir. Outre la présence d un ouvrier de chaque continent, on remarque celle, en haut, de l allégorie de la Liberté. La II e Internationale prend la suite de la I re ( ). Fondée au congrès de Paris en 1889, elle incite à la création de sections dans tous les pays et organise des congrès internationaux. Elle est marquée par les conflits entre réformateurs et révolutionnaires. En mars 1919, une III e Internationale (Komintern) est créée à l initiative de Lénine afin de fédérer les partis communistes. Après cette scission, la II e Internationale rassemble les partis socialistes et sociaux-démocrates. Doc. 15 : En 1875, le programme de Gotha rassemble les propositions des sociaux-démocrates allemands qui ont fait le choix de la réforme plutôt que de la révolution. Le projet est à la fois politique il revendique la démocratie et les libertés fondamentales et social avec la promotion d une législation sociale généreuse. Doc. 16 : Lénine reprend les thèses de Marx sur la lutte des classes, moteur de l Histoire, dont la logique débouche sur le renversement violent de la bourgeoisie par le prolétariat. Dans cet extrait de L État et la Révolution, il prône donc un mouvement radical et révolutionnaire, fondé sur le combat du capitalisme, pour instaurer une dictature du prolétariat préalable à une société sans classe et sans État. Doc. 17 : L extrait du discours de Marcel Cachin au Congrès de Tours de 1920 révèle la division entre les sociaux-démocrates, partisans de la réforme, et les révolutionnaires. C est l acte de naissance du Parti communiste français, groupe majoritaire qui quitte la SFIO, pour s aligner sur le Parti communiste russe. Doc. 18 : Cette une du journal de la CGT du 8 juin 1936 rend compte de la victoire des ouvriers après la signature des accords Matignon. Ceux-ci accordent garanties et droits sociaux ainsi que des augmentations de salaires. Ces accords entre organisations professionnelles sont signés sous les auspices du nouveau gouvernement de Front populaire. 1. Le slogan de Karl Marx invitait les travailleurs et plus largement les classes laborieuses à s unir entre elles, audelà des frontières, contre les bourgeoisies pour renverser l ordre établi au moyen d une Révolution. L Union sacrée montre lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale l échec de cette stratégie. En France comme en Allemagne, les syndicats comme les partis de gauche ont fait bloc avec les autres partis face à l ennemi national. 2. Le Parti social-démocrate allemand veut transformer la condition ouvrière en renforçant le statut de citoyen dans un régime plus démocratique et en accordant une législation sociale qui protège davantage l ouvrier en lui garantissant plus de droits. 3. Lénine fait le choix de la Révolution pour donner aux travailleurs la place qui leur revient selon lui. La dictature du prolétariat est une étape révolutionnaire qui doit permettre d abattre le capitalisme. La finalité du projet est d une société sans classes. Cachin fait sienne la stratégie de Lénine et appelle à un alignement sur Moscou. 4. Cette une de journal se réjouit de la signature des accords de Matignon, qui permettent des augmentations salariales et des garanties sociales supplémentaires. La CGT est l une des signataires des accords. 5. Les principes et les valeurs auxquels les syndicats et des partis politiques adhèrent, les rassemblent. Tous portent les revendications ouvrières, pour l amélioration des conditions de vie des travailleurs et pour leur donner une place correspondant à leur nombre dans la société. Les méthodes d actions les divisent. Les syndicats inscrivent leur combat dans le domaine professionnel, et 28
29 ont recours le plus souvent à la grève et aux manifestations. Les partis politiques ouvriers prolongent la lutte dans la vie politique. Les partis communistes (PCF, PCUS ) appellent à la révolution, seul moyen selon eux pour reconstruire la société sur de nouvelles bases. Les partis socialistes font le choix de la réforme et la participation gouvernementale, pour rendre la société plus juste et plus démocratique. BIBLIOGRAPHIE Démier, F., «La société européenne au XIX e siècle, hiérarchies et mobilité sociales», La Documentation photographique, n 8024, La Documentation française, décembre 2001 Rebérioux, M., Georges, C., Moret, F., «Socialisme et Utopie», La Documentation photographique, n 8016, La Documentation française, août 2000 Rioux, J.-P., Sirinelli, J.-F. (dir.), Histoire culturelle de la France, tome 4, Le temps des masses : le XX e siècle,le Seuil, 1998, p FILMOGRAPHIE Claude Berri : Germinal, Immigration et immigrants, p Démarche du sujet d étude Ce sujet d étude est proposé en approfondissement (après les leçons 1 à 5 p. 18 à 27) car c est l industrialisation qui a déclenché le plus grand mouvement migratoire de l histoire. Cependant, on peut le traiter en étude de cas en dégageant plusieurs problématiques qui font le lien avec les leçons : Quelle est la place de l émigration européenne dans la diffusion de l industrialisation dans le monde? (leçon 5) ; En quoi les immigrants sont-ils un facteur de transformation sociale? (leçons 3 et 4) ; Comment prendre en compte cette mobilité démographique dans le processus d industrialisation et de croissance? (leçons 1 et 2). Plusieurs thèmes peuvent être proposés aux élèves pour la réalisation d un dossier documentaire en autonomie autour de ce sujet : «L immigration en France» (à partir du sujet d étude) ; «Immigration et classe ouvrière (en croisant avec le sujet d étude Le mouvement ouvrier, p ) ; «La domination de l Europe sur le monde ( )» (toute la partie Histoire du manuel) 1. De l émigration européenne à l immigration en Europe, p Doc. 1 : Ce planisphère présente les principaux flux d émigration depuis l Europe vers tous les autres continents. Entre 1820 et 1914, c est plus de 50 millions d individus qui s installent hors d Europe, dans les «nouveaux mondes». Le continent américain reste la première destination. Doc. 2 : Ces flux massifs d émigrants sont inégaux selon les époques et selon les pays d Europe. En Russie comme en Italie, ces flux croissent sur l ensemble de la période, en France et en Allemagne, ils atteignent un pic à la fin du XIX e siècle et globalement fléchissent dans la première moitié du XX e siècle. La Russie compte plus de émigrants de 1851 à 1910 lorsque le Royaume-Uni (Irlande comprise) en compte près de 13,5 millions. Doc. 3 : Cette photographie tirée du film de Charlie Chaplin illustre le plus puissant flux d émigration d Europe. Les États-Unis sont la première destination des Européens. Jusqu au début du XX e siècle, ce jeune État accueille largement les immigrants. L image est tirée du film The immigrant (The Mutual Company, 1917). Le film de Chaplin reprend l image de l immigrant pauvre, souvent paysan (les femmes ont des foulards sur la tête). Doc. 4 : Ces trois graphiques permettent d apprécier la situation des étrangers en France en 1851, en 1901 et en En raison du droit du sol, la liaison entre étrangers et immigrés en France est étroite. Les pays frontaliers sont les pays de départ de la plupart des immigrés. On observe en 1931 le flux important depuis la Pologne, et la montée des flux depuis l Afrique. Doc. 5 : La sévère crise démographique de l entre-deuxguerres amène les responsables politiques à s interroger sur l intégration et la naturalisation des émigrés qui pourraient compenser l inertie démographique. Le projet de loi de 1927 illustre cette préoccupation. La dernière phrase de l extrait témoigne de l enthousiasme relatif du député et même des craintes que la loi peut susciter. 1. Les Européens se dirigent vers tous les continents, en particulier les Amériques. Le film de Chaplin rappelle que les États-Unis sont la première destination des Européens de l Ouest jusqu au milieu du XIX e siècle, puis des Européens de l Est. L afflux massif de ces populations conduit les autorités américaines à construire le port d Ellis Island. Les migrations vers la Sibérie et le Turkestan illustrent l expansion coloniale russe. 2. Entre 1880 et 1890 le Royaume-Uni est en tête des pays d émigration avec 3,2 millions de départs. L Allemagne et l Italie en fournissant respectivement 1,3 million et émigrants sont des foyers d émigration importants. Au début du XX e siècle, le Royaume-Uni demeure un pôle d émigration important, devancé cependant par l Italie qui fournit désormais 1,6 million de personnes. L émigration allemande s est effondrée. La Russie devient le troisième pays d émigration avec près d un million d individus dont le plus grand nombre se dirige vers la Sibérie ou l Europe de l Ouest. La France est très en retrait de ce mouvement : la décennie correspond à un pic d un peu plus de émigrants. Thème 1 Diffusion et mutations du modèle industriel 29
30 3. Les effectifs des étrangers montrent que la France est plutôt un pays d accueil qu un pays de départ. La part des immigrés dans la population française s élève à 1,1 % en 1851, 2,6 % en 1901 et 6,5 % en Elle est donc multipliée par 6. Sur l ensemble de la période, les émigrés des pays frontaliers sont les plus nombreux. La Belgique et l Italie sont les deux premiers pays d origine jusqu au début du XX e siècle. À partir de cette date, on observe une montée des flux polonais et espagnols. L arrivée des Africains témoigne d une immigration extra-européenne, en liaison avec les relations coloniales de la France. 4. Le député Mallarmé voit dans les émigrés une solution à la crise démographique. L intégration de ces populations peut permettre de compenser le déficit de population observé dans les années Ces populations sont aussi une main-d œuvre disponible pour participer au développement économique de la France. 5. L Europe du milieu du XIX e jusqu au milieu du XX e siècle est avant tout une terre d émigration. La transition démographique et les conditions économiques et sociales sont des facteurs d explication de ces flux. Le Royaume- Uni (dont l Irlande) est au XIX e siècle le premier espace d émigration. L Italie lui succède au XX e siècle. Certains pays présentent un pic d émigration dans la décennie 1880 (Pays scandinaves, Allemagne, France) avant une nouvelle croissance des flux au début du XX e siècle. À partir de 1870 la Russie s affirme comme un pays d émigration. Ses émigrés atteignent presque le million à la veille de la Première Guerre mondiale. La France fait figure d exception, elle est davantage un pays d immigration. Sa crise démographique amplifiée par la Première Guerre mondiale renforce son statut de pays d accueil. Les immigrés apparaissent comme une solution à cette préoccupation ainsi qu une main-d œuvre de substitution. 2. Partir pour construire une vie meilleure, p Doc. 6 : La couverture de l almanach du petit colon de 1893 met en valeur l œuvre de la colonisation telle qu elle est perçue à la fin du XIX e siècle. Elle est illustrée par le développement urbain, portuaire, agricole. Le chemin de fer rappelle l industrialisation et la modernisation des transports. On retrouve l idée développée par les Républicains d une France civilisatrice. Le colon symbolise ici la population européenne qui a choisi l Algérie. Doc. 7 et 8 : Ces deux documents rapportent trois témoignages différents d immigrés : celui d un enfant, d une femme et d un homme dans l entre-deux-guerres. Ils permettent de suivre trois destins depuis le départ du pays d origine jusqu à leur installation. Le premier témoignage évoque une immigration illégale. On retrouve les éléments des filières d immigration avec les passeurs. Les témoignages suivants font état d une immigration légale et suscitée par les industriels. Celle-ci bénéficie d une inté- gration rapide dans le bassin houiller, avec papiers en règle et octroi d un logement. Doc. 9 : Les flux d émigration ne relèvent pas toujours de la recherche d un travail : ils sont aussi motivés parfois par la recherche d un refuge. C est le cas de ces populations juives d Europe centrale (aigle à deux têtes austro-hongrois) qui cherchent asile aux États-Unis (aigle américain). Le départ de ces populations est la conséquence de l antisémitisme et des pogroms d Europe centrale et orientale à la fin du XIX e siècle. Doc. 10 : La photographie montre une famille polonaise dans la Cité de la Chapelle à Billy-Montigny (Pas-de-Calais) en Elle est à mettre en relation avec le doc. 8. Les Polonais sont recrutés par des bureaux de la Société générale d immigration (SGI) installés en Pologne. Ce sont environ Polonais qui émigrent vers la France dans les années 1920, envoyés dans les mines du Nord Pasde-Calais. La photographie évoque le dynamisme démographique de ces populations. On peut mettre en relation cette vue avec le doc. 5, qui reprenait l idée d un «dépeuplement» de la France. 1. L Algérie d après cet almanach apparaît comme une destination attractive : elle offre la possibilité d une vie calme sans pour autant être archaïque comme en témoigne les relations maritimes, le développement de l urbanisation, la présence du chemin de fer et l accès à la presse. L idée de prospérité domine à travers une agriculture florissante centrée sur la viticulture, l élevage et la céréaliculture. 2. Les Italiens et les Polonais sont à la recherche d un emploi, source de revenus. Ils s orientent vers la filière industrielle et minière, où ils trouvent des emplois peu qualifiés. Cette immigration répond souvent à un appel des employeurs. Ceux-ci se chargent des démarches administratives. Ils facilitent leur intégration, en proposant des logements. Cette immigration peut également être plus spontanée par le biais de filières illégales. 3. Les inscriptions hébraïques, en haut du document, permettent d identifier une immigration juive aux États- Unis. Ce pays est ici un pays refuge pour des populations victimes d un antisémitisme latent en Europe qui s exprime parfois par des pogroms en Europe centrale et orientale. 4. Les pays industrialisés trouvent dans l immigration un double intérêt. C est un moyen de compenser parfois une crise démographique, comme en France. Ces populations présentent le plus souvent des comportements démographiques plus dynamiques (doc. 10). Les immigrés sont aussi une main-d œuvre, souvent meilleur marché, dans un contexte de développement industriel qui crée de nombreux emplois. 30
31 3. Vivre l immigration, p Doc. 11 et 12 : La confrontation de ces deux photographies de l entre-deux-guerres souligne l ambiguïté de la politique d immigration comme celle de la perception des immigrés. Le besoin de main-d œuvre à la fin de la guerre conduit à un accueil festif des immigrés, tandis que la crise économique des années 1930 les rend indésirable. Doc. 13 : Ce document insiste sur la réalité d une intégration à travers le témoignage d un immigré italien. Les bals populaires et plus largement les fêtes ouvrières des années 1930 sont l occasion d échanges et de mélanges culturels. La dernière phrase interroge sur les limites de ces acculturations : le bal du dimanche n était-il pas réservé aux seuls Français? Doc. 14 : La photographie des enfants d immigrés polonais recevant des cours de langue et de culture d origine financés par le gouvernement polonais interroge sur le caractère définitif de ces déplacements de population. Cet enseignement peut témoigner de l attachement durable au pays d origine ; il peut montrer aussi la perspective d un retour envisagé de ces populations. Les Polonais ont en effet beaucoup de mal à s intégrer. Ils restent entre eux et reconstruisent en terre étrangère une micro-société en exil, en attendant un hypothétique retour au pays. C est ce que constate le préfet du Pasde-Calais dans un rapport du 11 octobre 1929 : «Les Polonais travaillant aux mines, vivant en groupe, n ont que peu ou pas de rapports avec nos ressortissants. Loin de les rechercher, ils s efforcent de vivre uniquement entre eux, encouragés en cela par leurs ministres du culte et par leurs autorités consulaires elles-mêmes.» Doc. 15 : La caricature de Roger Roy, parue dans Gringoire (du 18 septembre 1936), journal de la droite extrême, fasciste, anti-républicaine, anticommuniste et antisémite, assimile les populations immigrées, ici les réfugiés politiques aux déchets de l Europe qui seraient déversés sur la France par les régimes autoritaires et totalitaires limitrophes (Allemagne nazie, Italie fasciste, Espagne franquiste). On peut citer les paroles d Henri Béraud dans le même journal du 7 août 1936 : «Sommesnous le dépotoir du monde? Par toutes nos routes d accès, transformées en grands collecteurs, coule sur nos terres une tourbe de plus en plus grouillante, de plus en plus fétide [ ].» Doc. 16 : Les difficultés des années 1930 amènent le gouvernement français à multiplier les mesures restrictives et répressives à l encontre des émigrés, ceux qui recherchaient un travail comme ceux qui cherchaient une terre d asile (réfugiés espagnols). Ces populations immigrées demeurent souvent des boucs émissaires face aux difficultés rencontrées. 1. La petite fête réservée aux immigrants italiens par la ville de Puteaux témoigne d un accueil positif de ces populations. Encadrée parfois par des compatriotes déjà installés, elle est le signe d une intégration en marche. Les bals populaires et plus largement les fêtes ouvrières des années 1930 évoqués par Richard Selva, lui-même d origine italienne, sont l occasion d échanges culturels. Le doc. 14 laisse entendre que la génération suivante est déjà acculturée puisqu il est offert aux enfants des cours de langue d origine. 2. La caricature publiée dans Gringoire illustre les sentiments de rejet de immigrés par les courants les plus réactionnaires et les plus hostiles aux immigrés. Ces derniers sont assimilés à des déchets des pays voisins, qui pollueraient la France. C est l expression d un rejet de ces individus installés récemment en France et la volonté clairement affichée de les expulser. La crise économique renforce ces sentiments d exclusion et contraignent les gouvernements à adopter une législation de plus en plus restrictive, qui conduit finalement à des expulsions collectives d immigrés encadrées par les autorités (Leforest, Pas-de-Calais, 1934). 3. Les immigrés sont confrontés à deux types de difficulté. La première est de nature législative et administrative. Dans les années 1930 les lois imposent des contraintes de plus en plus lourdes à ces populations et freinent par conséquent leur intégration. D autre part, les sentiments de rejet, de xénophobie, constituent une nouvelle épreuve pour des populations déjà fragiles. L aggravation des conditions économiques liées à la crise pèse d autant plus sur ces populations qu elles sont souvent des boucs émissaires. BIBLIOGRAPHIE Blanc-Chaleard, M.-C., «Les immigrés et la France XIX e - XX e siècles», La Documentation photographique, La Documentation française, n 8035, 2003 Dewitte, Ph. (dir.), Immigration et intégration, coll. L état des savoirs, La Découverte, Paris, 1999 Schor, R., Histoire de l immigration en France de la fin du XIX e à nos jours, Armand Colin, Paris, 1997 Noiriel, G., Population, immigration et identité nationale en France, XIX e -XX e siècle, coll. Carré Histoire, Hachette, Paris, 1992 Deroo, É., L illusion coloniale, édition Taillandier, Paris, 2005 «L immigration en France au XX e siècle», Historiens et Géographes, n 383, juillet-août 2003 SITES INTERNET Histoire sociale de l immigration : Immigration italienne : L exposition permanente de la cité internationale de l immigration : Thème 1 Diffusion et mutations du modèle industriel 31
32 Les pages Méthode du thème Réponses aux questions, p. 46 L extrait du Monde d hier est le témoignage d un intellectuel ouvert, bon connaisseur de l Europe grâce à ses multiples voyages, et qui porte un regard sensible et critique sur la société à laquelle il appartient. Avec du recul, mais marqué par ses souvenirs, il présente dans ces quelques lignes l Europe de la Belle Époque, les nouveautés de la seconde révolution industrielle, les changements de la vie quotidienne et la naissance d un esprit européen. Identifier le document Il s agit du témoignage d un contemporain des événements évoqués. Notons que la rédaction de cette œuvre est tardive par rapport aux faits relatés. Stefan Zweig, auteur dramatique, essayiste et romancier, est né à Vienne en De nombreux voyages lui permettent de connaître le monde. Il fréquente des intellectuels contemporains (Romain Rolland) et les milieux pacifistes. Malgré ses convictions, il accepte le devoir patriotique en Déclaré inapte aux combats, il ne prend pas part aux hostilités. Poursuivi par les nazis à cause de son ascendance juive, il choisit l exil. Il termine son autobiographie, Le monde d hier, avant de s installer au Brésil en septembre Il se suicide le 22 février La bonne compréhension du document nécessite de replacer l œuvre dans son contexte. Cet extrait est publié pendant la Seconde Guerre mondiale. Il ne faut pourtant pas s y tromper, la société décrite est celle de la Belle Époque comme en témoigne par exemple l allusion à Blériot, qui accomplit la traversée de la Manche en L utilisation de ce pronom montre le caractère autobiographique de l œuvre. Le lecteur retrouve les grandes mutations du siècle tout en découvrant des éléments de la vie de l auteur. L auteur fait preuve dans ses propos d un bel optimiste et d une confiance soutenue, teintée d une certaine nostalgie. Celle-ci s explique par le caractère tardif de la rédaction, achevée durant le second conflit mondial. Le monde d hier résume le projet littéraire de Zweig. Il s agit de décrire la Belle Époque, un monde et une société en mouvement, transformés par l industrialisation, le développement technologique et économique. C est un tableau dynamique d un passé désormais révolu. Analyser et exploiter le document Les villes subissent de profondes mutations. La population urbaine s accroît au rythme de l arrivée des ruraux. Les espaces urbains se dotent de nouveaux équipements : éclairage public, transports en commun. Ils deviennent des centres de culture grâce aux théâtres, bibliothèques et musées. La vie quotidienne est bouleversée par ces transformations. Les salles de bains, et les commodités se démocratisent. Le téléphone pénètre les milieux petit bourgeois. Les loisirs ne sont plus un luxe réservé à une élite, la réduction du temps de travail permet aux ouvriers d y accéder. Ces progrès bénéficient à toute l Europe, ce qui tend à estomper les frontières. «Pour la première fois, un sentiment de solidarité européenne» apparaît. La seconde révolution industrielle est à l origine de l essentiel de ces changements. Le rythme des découvertes scientifiques et des innovations s accélère, comme leur diffusion. Le moteur à explosion, la maîtrise de l électricité et les progrès de la médecine sont autant de facteurs modifiant la vie quotidienne. La croissance de la production, la création d emplois conduisent à un lent enrichissement de la population, à une amélioration globale des conditions de vie. L Europe apparaît au sommet de sa puissance dans le discours de Stefan Zweig. Cette puissance, ressentie par les Européens eux-mêmes, semble faire naître un sentiment de supériorité. Ce continent se caractérise par son dynamisme et sa modernité. Le texte de Stefan Zweig semble sur plusieurs points trop optimiste. Les progrès de la seconde révolution industrielle sont réels mais s imposent à un rythme lent et irrégulier en raison des fluctuations économiques. Les progrès s inscrivent également dans une perspective concurrentielle qui exacerbe les rivalités entre les grandes puissances économiques. Le protectionnisme reste souvent la solution pour protéger les marchés lors des crises économiques. Les changements de la vie quotidienne profitent encore à une minorité de la population, même si «le prolétariat s élevait pour prendre sa part». Les conditions de vie des ouvriers restent difficiles et les législations sociales progressent lentement. À «l esprit européen» répondent les réactions xénophobes et l antisémitisme qui traversent les frontières de l Europe (affaire Dreyfus en France). Le point de vue de Stefan Zweig reste donc subjectif. L écrivain s abandonne à la nostalgie. Le monde évoqué est déjà bien loin de celui qu il observe au moment où il écrit. À la Belle Époque ont succédé la Première Guerre mondiale, l entre-deux-guerres et la montée des totalitarismes. Le manuscrit est achevé après le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Réponses aux questions, p. 47 Identifier le document Le document est un graphique en barres ou histogramme. Il montre la répartition et l évolution du nombre d habitants par véhicule automobile à quatre dates (1913, 1920, 1925, 1930) et pour trois pays (France, États-Unis, Allemagne). Il s agit d un organisme public français, l Institut national des statistiques et des études économiques. La filière automobile est un excellent témoin des avancées technologiques, du développement industriel et de son impact sur les pratiques sociales. C est une filière centrale de la révolution industrielle. Le nombre d habitants par véhicule révèle le taux d équipement automo- 32
33 bile des populations. Il permet de mesurer leur enrichissement et les transformations des modes de vie. Donner une perspective européenne et américaine du développement de l automobile. Souligner le rôle des États-Unis pays du fordisme, et montrer la diffusion du modèle américain en Europe. Analyser et exploiter le document Le nombre d habitants par véhicule chute sur l ensemble de la période et pour les trois pays retenus. L évolution du nombre d habitants pas véhicule aux États- Unis montre le caractère pionnier de ce pays pour l industrie automobile. En 1913 le nombre de véhicules aux États-Unis est nettement supérieur proportionnellement à celui des pays européens. Dès 1920, on observe une situation plancher dans ce pays. À la veille de la Première Guerre mondiale les pays européens accusent un net retard. Le recul du nombre d habitants par véhicule semble plus régulier sur la période concernée. La France apparaît dans une situation intermédiaire. Les soubresauts économiques n affectent que partiellement le développement de l industrie automobile dans ces pays. La Grande Guerre n entame pas la croissance de cette filière. Elle semble tout juste accélérer son développement aux États-Unis et le freiner en Allemagne. L évolution reste dominée par la croissance industrielle. Le rythme de développement est très rapide aux États-Unis dès le début de la période ce dont témoigne le nombre d habitants pas automobile en 1913 puis en Le rythme de développement paraît plus irrégulier. L indicateur en France chute de 42 % alors qu en Allemagne, il ne baisse que de 22 % sur la même période. Dans la première moitié des années 1920, le rythme de développement témoigne d une tendance identique (l indicateur est divisé par trois en Allemagne comme en France). La deuxième moitié des années 1920 témoigne d un rythme de développement plus rapide en France qu en Allemagne touchée par une récession dès Ce graphique témoigne d évolutions sociales et économiques. La baisse du nombre d habitants par véhicule automobile révèle l augmentation du taux d équipement des sociétés et la croissance de leurs pouvoirs d achat. C est aussi une indication du changement des modes de vie, moins sédentaires, et d un plus grand accès aux loisirs. temps d activité plus long assure un gain de productivité adéquat pour garantir les profits. Une production industrielle implique donc une rationalisation de l espace de production (l usine) comme des méthodes (le travail à la chaîne, la rotation des personnels). Elle rassemble des moyens plus importants (machines), de la main d œuvre plus nombreuse (salariés : ouvriers plus ou moins qualifiés, contremaîtres et ingénieurs) et des capitaux. L usine, en remplaçant les ateliers ruraux, témoigne de la concentration industrielle. Quel est le rôle de la recherche et de l innovation dans le développement de l industrie (milieu XIX e -milieu XX e siècle)? L innovation est l application industrielle d une invention. C est un des moteurs du processus d industrialisation. Celle-ci est stimulée par la machine à vapeur et son application dans les transports dès le début du XIX e siècle. Associée au rail, elle est à l origine d une révolution des transports qui amplifie les échanges et réduit les distances. Le moteur à explosion trouve son application dès 1885 dans l industrie automobile, renouvelant les modes de déplacement. L innovation n est cependant qu un des facteurs de l industrialisation. La transition démographique amplifiée par les progrès de la médecine en Europe au XIX e siècle conduit à l augmentation de la population. Ce sont autant de consommateurs et de main-d œuvre pour le développement industriel. L accumulation de capitaux, par des familles bourgeoises est un autre facteur du processus industriel, au même titre que les progrès de l agriculture enregistrés dès la fin du XVIII e siècle. Dans quelle mesure l État est-il un acteur économique? L intervention croissante de l État dans l activité industrielle caractérise l évolution des économies au début du XX e siècle. Elle se limite alors à des politiques protectionnistes. Le développement des administrations est une première étape de l action de l État dans la vie économique. Cette évolution est renforcée à l occasion des guerres par des politiques dirigistes. Les crises économiques incitent les États à devenir de véritables acteurs économiques. L État finance ainsi des travaux d infrastructures, indispensables à la modernisation d un pays (réseaux de transports). Les interventions de l État s étendent au domaine social dès la fin du XIX e siècle par l adoption d une législation destinée à protéger les travailleurs. Dans le cas des régimes totalitaires, l État impose un contrôle complet de l économie. Les pages Horizon Bac du thème Questions à traiter, p. 49 Que représente l usine dans le processus d industrialisation? Face à la concurrence économique, l usine répond au défi d innovation et de rentabilité. Les industriels doivent proposer des produits sans cesse renouvelés et performants qui mobilise la recherche scientifique et technique, au coût élevé. Seule une augmentation sensible de la production par des machines plus nombreuses et un Sujet à traiter, p. 51 Réponse Cette iconographie extraite du supplément illustré du quotidien populaire Le Petit Journal illustre un mouvement de grève des électriciens à Paris. Ce supplément était accessible au grand nombre grâce à son prix modeste de 5 centimes. Ce 8 mars 1907, la capitale est plongée dans le noir. La voie publique est bondée, il règne une atmosphère de désorganisation. Les forces de l ordre sont présentes et éclairent de leurs torches les passants. Le Thème 1 Diffusion et mutations du modèle industriel 33
34 café reste ouvert : bougies et lampions assurent aux consommateurs un éclairage minimum. La désorganisation ambiante fait prendre conscience de l importance de l électricité dans le milieu urbain. La modernisation des villes s est accompagnée d une électrification de l éclairage public, des commerces et des habitations. On remarque, en effet, que les immeubles sont également plongés dans le noir. À l évidence, les électriciens détiennent un puissant moyen de pression. Cette grève témoigne de la naissance d un mouvement syndical dont les actions révèlent une solidarité qui concerne de nombreux corps de métier, une organisation et des moyens de revendication efficaces. 34
35 Thème 2 Guerres et paix ( ) Les problématiques du thème Extrait du programme et des documents d accompagnements Le traitement du manuel Magnard A. L Europe au coeur des grands affrontements Centrée sur la période , cette séquence place l Europe au cœur de l enseignement à travers l étude des deux guerres mondiales, des totalitarismes, des efforts pour construire la paix. On présente les événements militaires des deux guerres Cartes-clés : La Première guerre mondiale et ses essentiellement à l aide de cartes. conséquences, p et L Europe en guerre (1939- Combinées à une chronologie, les cartes peuvent servir de 1945), p support à un rappel de quelques événements clés [ ]. Repères : frise p et cartes p La Première Guerre mondiale marque durablement les Leçon 1 : La Première guerre mondiale : la brutalité sociétés par le renforcement de l État et par l expérience d un conflit, p de la violence. On posera la question du consentement En quoi la guerre de atteint-elle un degré de des opinions. violence inconnu jusqu alors? On retient surtout l expérience d une violence qui atteint Leçon 2 : La Première Guerre mondiale : une guerre une ampleur et un caractère collectif sans précédent [ ]. totale, p Pourquoi peut-on parler de guerre totale? La Seconde Guerre mondiale franchit de nouveaux seuils Leçon 4 : La marche à la guerre ( ), p dans la violence du fait des objectifs du nazisme et de Pourquoi, vingt ans après la paix de Versailles, l Europe l impérialisme japonais, de l implication des civils, est-elle engagée dans la Seconde Guerre mondiale? des armes utilisées (bombe atomique). Leçon 5 : La Seconde Guerre mondiale : seconde Elle déplace et dilue les distinctions traditionnelles qui guerre totale, p permettaient d opposer le front et l arrière. Entre 1939 et 1945, la guerre totale franchit de nouveaux seuils : lesquels et pourquoi? Leçon 6 : Les génocides, p Comment les nazis organisent-ils l extermination des Juifs et des Tziganes? On oppose les idées-forces des totalitarismes (Allemagne Leçon 3 : Les totalitarismes : des systèmes nouveaux, nazie et URSS stalinienne) et des démocraties, à travers p leurs fondements, leurs objectifs, leur fonctionnement. Qu est-ce qui caractérise les totalitarismes entre les deux Le but qui n a été atteint nulle part mais vers lequel ces guerres? trois régimes ont tendu, a été d abolir la «société civile» Leçon 4 : La marche à la guerre ( ), p en l absorbant dans cette entreprise collective. Pourquoi, vingt ans après la paix de Versailles, l Europe est-elle engagée dans la Seconde Guerre mondiale? On décrit et analyse les mécanismes qui entraînent les Leçon 1 : La Première guerre mondiale : la brutalité génocides de la Première Guerre mondiale (Arméniens), d un conflit, p puis de la Seconde Guerre mondiale (Juifs, Tziganes). En quoi la guerre de atteint-elle un degré de La planification des massacres jusqu à la volonté violence inconnu jusqu alors? d extermination Leçon 6 : Les génocides, p Comment les nazis organisent-ils l extermination des Juifs et des Tziganes? Thème 2 Guerres et paix ( ) 35
36 Extrait du programme et des documents d accompagnements Le traitement du manuel Magnard B. La recherche de la paix De la SDN à l ONU Sujets d étude [Approfondissements] [Ce sujet d étude] met l accent sur le rôle des États et leur De la SDN à l ONU : la recherche de la paix par action diplomatique. L établissement de la Société des l organisation des États, p nations en 1920, puis de l Organisation des Nations unies, 1. La SDN, des illusions à l impuissance et l échec vise à substituer l arbitrage à la guerre. [L ONU] tire 2. Née de la victoire, l ONU les leçons de cette première expérience. 3. Avec l ONU, un monde nouveau? Les grands procès après la Seconde Guerre mondiale Les grands procès après la Seconde Guerre mondiale, On s intéresse aux procès qui suivent la fin de la p Seconde Guerre mondiale en France, en Allemagne 1. Nuremberg-Tokyo, des procès historiques (Nuremberg), au Japon (Tokyo). 2. En France, des procès pour en finir avec les années [ ] le travail de deuil ne peut être conduit sans satisfaire noires à l exigence de justice. Celle-ci passe par l organisation 3. Juger le crime contre l humanité de procès qui impliquent de définir les crimes avant de condamner les coupables. Pacifisme et pacifistes À la recherche de la paix : pacifisme et pacifistes, L aspiration à la paix est dominante en Europe après p la Première Guerre mondiale. [ ] le pacifisme [ ], 1. Du pacifisme à l acceptation de la guerre action militante contre la guerre [ ], prend des formes 2. Diversité des pacifismes différentes selon les motivations et les objectifs poursuivis. 3. Les pacifismes et la montée des périls Les notions du thème Les notions du programme : Guerre totale ; Bellicisme ; Pacifisme ; Résistance ; Totalitarisme ; Fascisme ; Nazisme ; Stalinisme ; Crime contre l humanité ; Crime de guerre ; Génocide. Les notions se construisent au fur et à mesure des occurrences tout au long du thème et, plus largement, de l apprentissage de l élève. Les Repères p permettent de faire le point. Cependant, les définitions proposées doivent rester ouvertes. La démarche du thème Ce thème articule les deux notions de guerre et de paix pour la période La distance temporelle amène de plus en plus à considérer les deux guerres mondiales comme les pièces d un ensemble plus vaste qui alimente la réflexion et interroge sur l homme et les sociétés. Afin de conforter ou de fournir les points de repère indispensables l accent a été mis sur les questionnements suscités par des conflits identifiés dans leurs dimensions spatiale et chronologique. Cartes, frises, notions, questions et sujets d études permettent au professeur de construire un parcours dont les balises sont clairement identifiées par les instructions officielles. Les pages d ouverture du thème La guerre de est une rupture majeure, p Ancien combattant de la Grande Guerre, John Nash ( ) travaille de mémoire comme nombre de peintres de son temps. Dans cette œuvre d assez grand format (79,4 x 107,3 cm) conservée à l Imperial War Museum de Londres, l artiste évoque l assaut mené par le First Artist Rifles à Marcoing près de Cambrai, le 30 décembre L auteur est l un des douze rescapés (sur quatre-vingts) des premières minutes de l assaut. Le cadrage près du sol rend l ennemi invisible et l espace à conquérir inaccessible. La déchirure en zigzag de la tranchée devient une fosse pour les hommes tués par les tirs de préparation d artillerie. La neige fait ressortir l ocre de la terre et des visages, le vert des uniformes, le sang perdu et un ciel qui se distingue à peine. L absence d emphase, le choix de la simplicité figurative, le climat rendu donnent à cette œuvre une singulière puissance pour dire la guerre. La paix, p Le 14 mai 1945, l heure est à la célébration de la capitulation allemande (8-9 mai 1945). La photographie en noir et blanc, prise au niveau du sol en contre-plongée magnifie le défilé. La place de l Étoile et l Arc de 36
37 triomphe rétablissent le lien avec les triomphes passés et effacent le défilé de juin Cependant, la manifestation est dédiée non à la victoire comme en 1919, mais à la paix. On comprend ainsi pourquoi le photographe a voulu donner force à cette idée en centrant son cliché sur deux fillettes, habillées de robes que l on devine tricolores rappelant l alliance franco-américaine (étoiles et croix de Lorraine). Le défilé d unités féminines ainsi que la composition générale signent un renouvellement du regard sur la place des femmes dans une société qui aspire à pérenniser la paix. Les cartes-clés du thème Six cartes clés permettent de situer les principales phases des deux conflits mondiaux et les principales modifications territoriales qui en résultent. Elles sont complétées par la carte p. 264 qui donne les résultats de la victoire alliée en Europe. La Première Guerre mondiale, p Concernant la Première Guerre mondiale, on pourra repérer sur la carte 1 p. 56 les principaux États relevant des deux systèmes d alliance. Les offensives des Empires centraux durant la période sont signalées et débouchent sur des avantages territoriaux repérables par la localisation des fronts fin On rappellera que la sortie de guerre de la Russie est engagée dès 1917 par les deux révolutions de février et d octobre. Les principales batailles et offensives qui permettent le succès de l Entente sont signalées. La carte 2 p. 57 illustre la naissance d une Europe nouvelle marquée par la disparition des empires et la création de nouveaux États. Les zones démilitarisées et les villes placées sous mandats de la SDN permettent de réfléchir aux rivalités futures, tandis que les territoires sous mandats illustrent le partage anglo-français de l Empire ottoman. L Europe en guerre ( ), p Les grandes phases et les principaux résultats en Europe de la Deuxième Guerre mondiale peuvent être parcourus à l aide de 4 cartes p. 58, p. 59, p. 264 et p La carte p. 58 centrée sur les conquêtes de l Axe distingue celles de l Allemagne et de ses alliés. La carte p. 59 peut être étudiée en parallèle. On y retrouve les grandes étapes de la libération de l Afrique du nord et de l Europe. Les territoires encore contrôlés par l Allemagne au moment de la capitulation peuvent être comparés aux frontières de l Allemagne en 1924 : la guerre confronte des États, mais aussi des idéologies. Il s agit d un conflit mené jusqu à la disparition de l adversaire. La carte p. 264, montre une Europe aux frontières remodelées par les vainqueurs. Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, les États-Unis restent présents dans une Allemagne sans État. Cette présence américaine peut être mise en regard des gains territoriaux importants de l URSS. Les deux principaux vainqueurs de la guerre dominent l Europe. Ces constats peuvent être prolongés par l étude de la carte p. 265 à l échelle mondiale. En 1945, on peut déjà y lire la contestation des mouvements d émancipation. Les leçons du thème 1. La Première Guerre mondiale : la brutalité d un conflit, p Doc. 1 : Les photographies de combats réels sont très rares durant la guerre de , les films d actualités encore plus. Le danger et la lourdeur du matériel (la caméra repose sur un trépied et pèse 46 kg) l interdisent. Cette photographie évoque les procédés utilisés par Léon Poirier dans le film pacifiste Verdun, visions d Histoire réalisé en Comme sur les photogrammes de Poirier ( ), parfois attribués à des photographes de guerre allemands, l observateur se situe au niveau de la tranchée allemande. La claire silhouette du combattant français au second plan qui tombe frappé de plein fouet et la proximité du combat plaident pour la reconstitution. Prise au niveau du sol, cette vue peut être comparée à l œuvre de John Nash (p ). Elle veut nous donner le point de vue des combattants. La bataille de Verdun, qui dure dix mois en 1916, par son ampleur et sa brutalité, est devenue la bataille- symbole de la Grande Guerre. Doc. 2 : Cette lettre d un jeune médecin aux armées, relate avec précision un assaut. Les lieutenants sont des officiers subalternes, chefs de section : menant leurs hommes au combat, ils sont particulièrement exposés et subissent de lourdes pertes. Les sergents sont des sousofficiers appelés à remplacer les officiers tués. Le statut de la destinataire, la sœur, (et non la mère ou la fiancée qu il conviendrait d épargner), explique sans doute le caractère réaliste de la description. Cette lettre de poilu comme beaucoup d autres a été collectée en 1998, à la suite d une opération lancée par Radio France pour recueillir les archives familiales des auditeurs. Doc. 3 : Croquis schématique, ce document doit être croisé avec les doc. 1 et 2. Il s agit d illustrer le dispositif des lignes de front. L espace séparant les premières lignes est appelé glacis ou no man s land. Doc. 4 : Ce tableau statistique réalise une comptabilité des pertes consécutives à la Grande Guerre en Europe chez les principaux belligérants (tous ne sont pas cités). La confrontation des données des différentes colonnes et entre elles permet d inférer l impact différencié de la guerre sur les sociétés qui y sont confrontées. Thème 2 Guerres et paix ( ) 37
38 Doc. 5 : Cette photographie d un blessé de la face témoigne de l intérêt nouveau porté par les historiens mais aussi par les romanciers et les cinéastes aux conséquences physiques et psychologiques de la Grande Guerre (Marc Dugain, La chambre des officiers). Exposée comme d autres à l Historial de Péronne, elle illustre la situation de rescapés, honorés mais perdus pour la vie civile. Doc. 6 : Sur les 1,3 millions d Arméniens massacrés par les Turcs de manière systématique et planifiée en 1915, la majorité meurt sans sépulture. Cette photographie prise en plein air dans la cour d un hôpital est un des rares documents visuels qui nous sont parvenus sur les massacres. La vue a certainement été prise par un témoin soucieux de faire connaître le sort de la minorité arménienne de Turquie aux belligérants. Le génocide est le point d aboutissement de massacres qui ont commencé bien avant ( , 1909) mais qui n ont pas connu le caractère systématique de Le 30 mai 1915, une loi autorise les autorités militaires à déporter les populations suspectes de travailler contre leur pays. Les Arméniens doivent évacuer leurs résidences. Commence alors une longue marche vers la mort en direction de la Mésopotamie. Ceux qui résistent à la faim et à l épuisement sont massacrés par des assauts de l armée turque. L ambassadeur des États-Unis en Turquie donne l alerte. Mais dans l opinion alliée, le génocide arménien n est pas dissocié du sort fait aux populations occupées. 1. L ordre de l assaut est donné par l état-major. En théorie, l offensive a été préparée par des tirs d artillerie. Mais, le no man s land se transforme en abattoir. D abord parce que la proximité des lignes permet aux Allemands d ajuster précisément leurs tirs (trois lieutenants tombent dès la sortie des tranchées). Ensuite parce que le réseau de fils de fer qui protège les lignes allemandes, n a pas été détruit par les tirs de préparation d artillerie. En février 1915, la guerre de tranchées en est techniquement à ses débuts. Le commandement donne la priorité à l offensive. 2. Les doc. 1 et 2 rendent compte de la vie des combattants en première ligne. Ceux-ci sont confrontés à des conditions extrêmes de violence : un déluge de fer, de terre et de feu s abat sur eux. Dispersés, livrés à eux mêmes, sur un terrain étiré, ils se construisent des abris dérisoires. Après le combat vient le temps du retour sur les lignes arrières pour les survivants : c est l occasion de reprendre une vie faite de tâches plus ordinaires. Pour les blessés, la situation est tout autre. La France en dénombre plus de 3,5 millions. Les obus de gros calibres déchiquettent les corps par leurs éclats. Le «gueule cassée» fait probablement partie des polymutilés, si l on en juge par ses décorations. Sauvé par les progrès de la médecine, sa réinsertion sera difficile. Ces mutilés de guerre sont un rappel terrible pour des sociétés européennes. Les pensions qui leur sont versées ne résistent pas à l inflation de l après-guerre. 3. La Grande Guerre fait de 9 à 10 millions de morts. Les puissances secondaires n apparaissent pas (Turquie, Serbie, Bulgarie). Le classement donné par le document hiérarchise les pertes en % de la population totale. En valeur brute et par ordre décroissant : l Allemagne, la Russie, l Autriche-Hongrie et la France sont les plus touchées. En pertes relatives : l Autriche-Hongrie, la France, l Allemagne, l Italie, la Russie et la Belgique. La longueur de la guerre et des batailles, la puissance du feu, les déficiences des chaînes de soin, l absence de trêves permettant d évacuer les blessés, l engagement précoce ou différé dans la guerre (Italie, É.-U.) expliquent les disparités dans la comptabilité des morts. 4. L Empire ottoman se situe «à cheval» sur l Europe et sur l Asie, frontalier de la Russie, de la Bulgarie et de la Grèce. Il compte de nombreuses minorités dont des Arméniens chrétiens. Dans un contexte de guerre totale, ceux-ci sont considérés comme un ennemi intérieur à éliminer. Le génocide est enclenché au lendemain de débarquement allié des Dardanelles. Les victimes exposées dans cette morgue à ciel ouvert sont toutes civiles. 5. La violence de guerre qui caractérise la Première Guerre mondiale est sans équivalent avec les guerres passées. La puissance de feu est démultipliée, les batailles s étirent dans le temps et dans l espace, des offensives inutiles ou mal préparées fauchent la jeunesse mobilisée. La guerre fait de 9 à 10 millions de morts parmi les mobilisés, elle atteint physiquement des millions de «gueules cassées». Elle endeuille 1/3 des familles d Europe et frappe 1,3 millions de civils arméniens, victimes d un véritable génocide avant la lettre (première occurrence du mot : 1944). 2. La Première Guerre mondiale : une guerre totale, p Doc. 1 : Cette photographie en noir et blanc est conservée à l Imperial War Museum de Londres. Cadrée en format paysage, elle met en évidence les performances productivistes de l industrie d armement britannique. La Grande- Bretagne ayant renoncé au volontariat recourt à l obligation militaire. Pour ne pas désorganiser la production, elle fait appel aux femmes (les munitionnettes en France). Elles ne sont pas seules à suppléer les départs, mais ce sont elles qui accaparent d abord le regard. Le thème de la femme dans l industrie d armement est à la fois un thème de propagande de guerre et le signe d une réelle rupture dans le rôle assigné aux femmes par la société. Doc. 2 : Le document est une affiche placardée dans toute la France en août Pour une population encore majoritairement rurale (55 % de ruraux en 1911), la guerre éclate au pire moment : les mobilisables et une partie des animaux de trait sont partis. L aspect de la fiche évoque l ordre de mobilisation affiché quelques jours plus tôt. Il est cependant moins impératif. Il s agit de convaincre les 38
39 femmes d assumer une responsabilité vitale : nourrir le pays, approvisionner les combattants. Doc. 3 : Il s agit de la une d un périodique illustré pour enfants, La Croix d Honneur. Ce périodique est un des deux titres spécialisés dans la guerre publiés par le groupe de presse parisien Offenstadt. Ce dernier est un spécialiste de la presse pour la jeunesse (voir L épatant, Cri-cri, Fillette, etc.). Publié depuis janvier 1915, la Croix d honneur doit son succès à des méthodes reprises et adaptées de la presse illustrée pour adultes. On y trouve une illustration grand format en une pour accrocher le lecteur, des feuilletons, des photographies à l intérieur, peu de texte pour ne pas rebuter le public, un ton patriotique correspondant à la fois à la règle imposée par les services de censure mais aussi à la demande d un jeune public affecté par la guerre (pères, frères mobilisés), un prix de vente modique. C est par la presse que se gagne aussi «la guerre des enfants» (S. Audoin Rouzeau). Doc. 4 : Il s agit d un bon de souscription à un emprunt de guerre allemand. Celui-ci est demeuré inutilisé. La guerre se prolongeant, la bataille de Verdun (févrierdécembre 1916) faisant rage, la bataille de la Somme ayant mobilisé des moyens importants, il faut financer l effort de guerre. La mobilisation de l épargne des particuliers apparaît comme la solution pour les États. L image associée à la créance assimile le crédit fait à l État à l impôt du sang versé par les mobilisés. Doc. 5 : Ces extraits d un discours prononcé par l évêque anglican de Londres en 1915 sont cités par l historien britannique Jay Winter (The experience of World War One, 1988). Ce discours réagit à la nouvelle du génocide arménien. Cela amène le prélat à définir les enjeux idéologiques du conflit. On évitera de généraliser cette position à l ensemble des Eglises. Dès novembre 1914, Benoît XV dénonce la guerre dans son encyclique Ad beatissimi : «De tous côtés domine la triste image de la guerre, et il n y a pour ainsi dire pas d autre pensée, qui occupe les esprits. Des nations les plus puissantes et les plus considérables sont aux prises : faut-il s étonner si, munis d engins épouvantables, dus aux derniers progrès de l art militaire, elles visent pour ainsi dire à s entre-détruire avec des raffinements de barbarie? Plus de limites aux ruines et au carnage : chaque jour la terre, inondée par de nouveaux ruisseaux de sang, se couvre de morts et de blessés.» Ses tentatives de médiation et sa proposition de «paix blanche» le 1 er août 1917 ne seront pas entendues. 1. La Première Guerre mondiale est aussi une guerre de la production. Des industries civiles sont reconverties en usines d armement organisées pour la production de masse de produits standardisés (obus, par exemple). Femmes et jeunes gens sont utilisés dans des industries jusqu alors réservées aux hommes. La part des femmes dans l industrie métallurgique passe ainsi en France de 7 à 20 %. Les conditions de travail sont dures pour ces combattants d un nouveau genre. Les salaires sont faibles, les horaires s allongent, la syndicalisation recule, avant de remonter à partir de Les emprunts sont destinés à financer les dépenses extraordinaires des États engagés dans la guerre. En l absence de fonds suffisants pour assurer l équipement des armées et l approvisionnement du front, les États se tournent vers l impôt et vers l épargne individuelle. Donner son or compense le sang que l on n offre pas à la patrie. En conséquence, la dette publique est multipliée par 8 en France, par 30 en Allemagne. 3. C est parce que les hommes sont mobilisés que les femmes sont sollicitées par Viviani. Les femmes ont toujours été utilisées aux travaux des champs, mais il ne leur appartenait pas de décider de la date des moissons, de labourer ou de faucher. La guerre leur impose des travaux supplémentaires, exténuants, les hommes contrôlant à distance par courrier et depuis le front (voir le rôle de la correspondance). 4. La Croix d Honneur s adresse à des enfants et recrée, en partie, le conflit. L uniforme porté par les soldats français n est plus constitué en 1916 d une tunique bleue et d un pantalon rouge garance, mais de la tenue bleu horizon avec le casque Adrian. On notera que le dessinateur a éclairci le bleu foncé de la tunique de 1914 pour le mettre au goût du jour. Aux soldats français la résolution, aux Allemands la passivité. Alors que ceux-ci tombent sous l assaut, il n y a pas un blessé en face. Inutile de préciser que ce n est pas le réalisme qui caractérise cette publication. Cette vision de l assaut peut être croisée avec le doc. 2 p Il s agit de sauver «la liberté», «l honneur», «ce qu il y a de plus noble», «le monde», «la civilisation». Les atrocités de guerre sont exclusivement et sans réciprocité imputées à l ennemi, déloyal depuis l invasion de la Belgique trahie jusqu aux Arméniens massacrés. L adversaire est indifférencié (Turcs et Allemands sont amalgamés). Cette construction de l altérité n est pas propre au Royaume-Uni, tous les États belligérants dénaturent l adversaire au nom des principes mobilisés pour la cause. Ainsi, les Allemands luttent contre le despote russe, les républicains français contre le Kaiser. 6. La guerre totale mobilise tous les secteurs de la vie économique. L agriculture comme l industrie sont mobilisées pour approvisionner le front. Les civils sont la cible d une propagande efficace, ils prennent la place des soldats mobilisés ; ils mettent leur épargne au service de la victoire. La guerre de «défense de la civilisation» contre la barbarie adverse ne peut se passer de l engagement absolu de tous les membres des sociétés. C est de leur degré d implication autant que du courage des hommes engagés sur le front que dépend la victoire. Thème 2 Guerres et paix ( ) 39
40 3. Les totalitarismes : des systèmes nouveaux, p Doc. 1 : Les deux documents iconographiques illustrent l embrigadement de la jeunesse en Allemagne et en URSS. Leur étude conjointe permet de retrouver des formes communes. a. Le document présenté est sans doute postérieur à la Seconde Guerre mondiale (Staline est en tenue de maréchal), mais il illustre bien une thématique qui se met en place dès les années 1930 : l enfance reconnaissante célèbre le «petit père des peuple». Cela fait écho à la propagande impériale d avant On peut noter que le regard de Staline est dirigé vers ce jeune communiste au foulard rouge des Komsomols. Dans l édification de l État soviétique la première place est donnée au parti. b. Cette affiche de propagande nazie date de 1939 (83 59,4cm, Presse und Propagandaamt der Reichsjugendführung). En proposant un modèle idéalisé, elle vise à attirer la jeunesse vers l organisation nazie. La composition et les détails permettent de mettre en valeur les thèmes essentiels du nazisme : mystique du Führer, en arrière plan, dont la vision ouvre la route à la jeunesse, adhésion de celle-ci au projet et identification au Führer : les deux regards convergent vers un même avenir. Doc. 2 : Il s agit d un extrait de rapport publié à partir des archives de la police politique soviétique. Prises par les Allemands durant la guerre, celles-ci sont tombées aux mains des Américains en Elles permettent de mieux connaître la répression des années L extrait met l accent sur l ampleur de la répression et sur son apparente acceptation. La force répressive, la propagande qui fait des victimes les adversaires du régime, les occasions d ascension sociale ouvertes par les purges massives, sont des éléments d explication. La «liquidation des koulaks en tant que classe» décidée en 1929 entraîne des millions de paysans dans les camps. La famine organisée en Ukraine permet de briser les résistances. On notera que la répression touche aussi les villes. Doc. 3 : La vision raciste du monde mise en œuvre par le nazisme dès son origine, se déploie particulièrement dans l antisémitisme. Elle constitue les adeptes supposés d une confession en «race» et les exclut de la société. Les articles 1 et 4 montrent que désormais la citoyenneté allemande est ôtée aux Allemands de confession juive. Les articles 2 et 3 illustrent leur exclusion de la société. Les lois de Nuremberg pourront être resituées dans la progression qui, avant-guerre, à partir de Mein Kampf,va des exactions des SA et SS, aux pogromes, à la Nuit de cristal et aux premières déportations en camps. Doc. 4 : L ouvrier et la kolkhozienne de Véra Moukhina couronne le pavillon soviétique à l exposition universelle de L œuvre emblématique de la mobilisation de l art et des artistes au service du régime symbolise l alliance du prolétariat et de la paysannerie, thème central de l idéologie officielle soviétique. Le réalisme socialiste qui propose une vision positive et enchantée des réalités soviétiques est ici pleinement respecté. On notera que les deux personnages, vainqueurs, se dirigent avec énergie vers «l avenir radieux» chanté par le régime. Doc. 5 : La statue d Arno Brecker est réalisée en Sculpteur apprécié d Hitler, reprenant la thématique du nu antique, l auteur célèbre l armée allemande et le triomphe de la force. Sur le plan artistique son projet peut être opposé à celui des artistes condamnés par le régime, regroupés dans l exposition des «arts dégénérés» tenue à Munich en Personnifié par le dictateur : guide et référence de la jeunesse. 2. Par la répression de masse qui brise les sociétés, notamment paysannes, mais aussi grâce à l acceptation d une part significative de la population. 3. Ils sont exclus de la citoyenneté et de la société allemande. 4. L énergie de l homme nouveau : homo sovieticus et homo germanicus. Le triomphe de la force, de la décision, de la jeunesse et du mouvement. 5. En Allemagne et en URSS, le totalitarisme s exprime par la propagande omniprésente (affiche, art,) en faveur du leader charismatique, l embrigadement de la population (ici la jeunesse), la répression de masse et l exclusion des groupes entiers de la population. 4. La marche à la guerre ( ), p Doc. 1 : Cette carte historique localise les coups de force allemands. Les oppositions de couleurs s expliquent par la chronologie des extensions successives : en orange les espaces rattachés avant 1936, en vert violet brun ce qui a lieu après. On distingue les annexions allemandes et les extensions collatérales de la Hongrie. Un facteur d explication est mis en avant : le pangermanisme. Des flèches signalent les alliances européennes de l Allemagne et ses coups de force. Doc. 2 : Les quatre vignettes mettent en scène les premiers héros du dessinateur belge de bandes dessinées Hergé (de son vrai nom Georges Rémi, ) nommé directeur du Petit Vingtième un supplément hebdomadaire de jeunesse d un journal catholique conservateur, Le XX e siècle. Créés en 1930, Quick et Flupke sont des ketjes (gamins) de Bruxelles. En 1933, année de publication de cette série de vignettes, Hergé est à un tournant. Il puise dans l actualité le matériau des aventures de ses héros. Son trait s oriente vers la ligne claire d où disparaissent ombres et volumes. Il signale le danger représenté par le bellicisme des dictatures. La dénonciation fonctionne selon un système d opposition binaire : 40
41 aux discours musclés d Hitler et Mussolini, Chamberlain et Herriot répondent par des discours incohérent (Chamberlain) ou impuissant (Herriot). Les deux enfants, décontenancés, exprimant le point de vue d Hergé, manipulent la radio. Doc. 3 : Il s agit de la une de l édition spéciale du quotidien Paris-Soir, publié après la signature des accords de Munich, le 1 er octobre La mise en page valorise le titre sous la manchette. Ce quotidien lié au périodique Match dont il assure aussi la promotion, exprime l opinion dominante au lendemain de la rencontre des acteurs de la crise de Munich. Doc. 4 : L Époque, quotidien fondé en 1937, est une tribune de la droite nationaliste qui tire à exemplaires. Quelques jours avant la conférence de Munich, le député français se démarque de l opinion générale et appelle à la méfiance : la sécurité de la Tchécoslovaquie est la condition de la sécurité de la France. Les accords de Munich sont ratifiés par un vote de confiance de la Chambre le 4 octobre députés (88 %) les approuvent contre 73 (dont Henry de Kérillis). Ces accords ont aussi été l occasion du premier sondage d opinion en France sous l égide de l IFOP, fondé en avril 1938 par le sociologue Jean Stoetzel : en septembre 1938, 57 % des sondés les approuvent, tandis que 37 % les jugent «néfastes». Doc. 5 : Cette photographie, qui illustre la fin de la Tchécoslovaquie, est à mettre en relation avec le texte précédent. Prise depuis la foule des spectateurs et oubliée dans la presse occidentale, elle donne à voir l entrée des troupes allemandes motorisées dans Prague. Le document fait écho aux photographies de l entrée des troupes allemandes en Autriche (doc. 6 p. 73) un an avant. Il permet de voir quelques unes des réactions des Praguois (poings tendus, tristesse, colère). Il est possible d élargir le corpus de documents en s appuyant sur les pages 73, 80-89, Les coups de force allemands concernent à l Ouest la remilitarisation de la Rhénanie et la Sarre. À l Est, ce sont l Autriche puis la région des Sudètes qui sont annexés (1938). Ces remises en cause du traité de Versailles, se font au nom du pangermanisme. L invasion de ce qui reste de la Tchécoslovaquie (mars 1939) puis de la Pologne (septembre 1939) se font au nom du droit à l espace vital (Lebensraum). Pour la Pologne, les deux principes sont mis en avant, l ouest de la Pologne étant peuplé pour l essentiel de populations de langue allemande. 2. Hitler, comme Mussolini, tient un discours patriotique et guerrier. Ils haranguent les foules et utilisent une gestuelle adaptée. Mais, si tous deux en appellent au patriotisme et exaltent la guerre, ils ont aussi des singularités : Hitler désigne les «ennemis du Reich» (les Juifs), Mussolini en appelle à la jeunesse et lui propose des idéaux. Les dirigeants britanniques et français, tous deux anciens combattants de la Grande Guerre, en appellent aux valeurs des Anciens combattants et à l esprit de Genève. Ils mettent en œuvre, sous des formes diverses, une politique «d apaisement». 3. Henri de Kerillis revient sur la stratégie d alliances construites par la France dans l entre-deux-guerres. La Tchécoslovaquie, pays industrialisé doté d une industrie d armement, est une pièce maîtresse des alliances de revers signées par la France après la Grande Guerre. La Tchécoslovaquie abattue, Hitler a les mains libres pour attaquer ses voisins occidentaux. 4. La tribune (gros titre) la Paix, en majuscule et en gras, et la sous-tribune, accaparent 1/4 de la une. Les oreilles qui encadrent la tribune en déclinent le processus (avant à gauche, après à droite). Les trois photographies insistent sur la complicité, la cordialité des relations nouées par les chefs de gouvernement ou d État présents : poignées de main, conversations dans le creux de l oreille et sans traducteur, on est dans la mise en scène de la diplomatie ordinaire. Il s agit d illustrer un retour à l ordre après la tension engendrée par l annexion de la région des Sudètes. Le chef du gouvernement français, Daladier, est salué comme un héros. Chamberlain n est pas oublié : une souscription est lancée pour lui offrir une «maison de la paix» en France. 5. Les accords de Munich ne mettent pas fin aux annexions allemandes. La Tchécoslovaquie cesse d exister en mars 1939 et la Pologne est envahie le 1 er septembre de la même année. 6. Les démocraties libérales attachées au système de sécurité collective construit dans les années 1920 et sous la pression de leurs opinions publiques, ne s opposent pas efficacement aux coups de force allemands. La crise de Munich, provoquée par l annexion de la région des Sudètes, amène les démocraties à entériner au nom de l appeasement l annexion d une région appartenant à leur alliée tchécoslovaque. La paix gagnée ainsi est précaire. Les dirigeants français ne sont pas dupes : le réarmement est entamé dès 1935 et accéléré en Mais les concessions successives renforcent encore le bellicisme allemand : le 1 er septembre 1939, l invasion de la Pologne marque le début de la Seconde Guerre mondiale. 5. La Seconde Guerre mondiale, seconde guerre totale, p Doc. 1 : Cette photographie prise depuis une corvette canadienne (petit bâtiment d escorte utilisé dans la lutte anti-sous-marine) illustre la guerre de matériel que se livrent les puissances. Entré en guerre une semaine après l Angleterre, le Canada fournit une contribution essentielle en matériel et en hommes aux alliés. La bataille en cours est celle de l Atlantique. Les attaques des sous-marins allemands, sont ciblées sur les convois de bateaux, les liberty ships, destinés à relier l Amérique du Nord au Royaume Uni. Les corvettes canadiennes au prix de pertes Thème 2 Guerres et paix ( ) 41
42 importantes contribuent à sécuriser l acheminement de ces convois. Doc. 2 : Ce texte est composé d extraits d un discours du président des États-Unis, Franklin Delano Roosevelt. Prononcé le 6 janvier 1942, un mois après l agression nippone contre Pearl Harbor par un président à miparcours de son troisième mandat, ce discours s adresse d abord aux Américains. Il s adresse aussi aux alliés des États-Unis : la Grande Bretagne et l URSS. Il s adresse, enfin, à l adversaire. Aux uns et aux autres, il rappelle le caractère idéologique de la guerre. Cette dernière est la confrontation, jusqu à la défaite de l adversaire, de principes diamétralement opposés. Le Victory program, ambitieux programme de production d armements sera la première arme de ce combat. Doc. 3 : Cette affiche allemande placardée sur les murs de Paris le 29 août 1941 n est pas complète. En zone occupée, le document en langue allemande vient toujours en premier (doc. 22 p. 121). Rédigée par les forces d occupation, cette affiche diffusée après l exécution des trois résistants a une fonction d exemplarité. D Estienne d Orves, Barlier et Doornik ont été jugés par un tribunal militaire pour résistance. Le premier, polytechnicien brillant, a précocement rejoint de Gaulle en Angleterre. Sur ordre du général, il a regagné la France pour organiser un réseau de renseignement. Trahi par un de ses agents, il est arrêté avec Doornik et Barlier et fusillé au Mont Valérien. Au-delà de ces trois cas, nombreux seront ceux qui, par le système des otages et des représailles collectives, seront exécutés ou déportés sans être impliqués dans des actes de résistance. Doc. 4 : Ce tableau de statistiques a été réalisé par des historiens dans la vague éditoriale de la commémoration du cinquantenaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il ne prétend pas à l exhaustivité. Un certain nombre de pays jugés secondaires ne figurent pas. On notera qu il ne s agit que d estimations : tous les nombres sont des valeurs arrondies, la comptabilité est approximative (importance des disparus, difficultés à établir la mort de certains déportés, brassage de populations qui faussent les comptes, puissance des armes qui ne laissent pas de corps). Par son importance, par la place des civils, cette comptabilité macabre est l illustration même du franchissement de nouveaux seuils de violence. Doc. 5 : Cette photographie officielle est prise en février 1945, à la fin de la conférence qui s est tenue à Yalta, cité balnéaire située en Crimée. Elle illustre à la fois l alliance des nations unies contre l Axe et le nouveau rapport des forces qui s esquisse en cette fin de guerre. Doc 6 : Cette photographie aérienne, prise au lendemain du 6 août 1945, met en évidence la «guerre des sorciers» (Churchill). La première bombe atomique, mise au point après la capitulation allemande du 8 mai, est lancée sur Hiroshima au moment même où des tractations ont lieu entre États-Unis et Japon. C est à Harry Truman, tout récent président suite à la mort de Roosevelt, qu est revenu la décision d utiliser cette arme. Hiroshima, port industriel au Sud de l île de Honshu, est une plaque tournante de l accueil de réfugiés nippons. La photographie n a pas pour objet de dénoncer l arme atomique. Publiée dans la presse américaine et européenne, elle donne matière à l exaltation de la puissance de feu américaine. En France, Albert Camus dans le quotidien Combat fait entendre une voix discordante. 1. L effort de guerre allié se traduit par la mise en place d un programme d armement sans équivalent dans l histoire de la guerre. Lancé en janvier 1942, ce programme fixe aux industries d armement américaines des objectifs à atteindre ( avions, chars, 8 millions de tonnes de bateaux en 1942). Il définit des procédures, détermine des modalités de financement. Pour gagner la guerre, les États-Unis affirment le rôle de l État dans l économie. Ils mettent en place un véritable pont maritime pour fournir à leurs alliés l équipement et le ravitaillement indispensables à l effort de guerre. Les progrès techniques permettent de lutter, avec une certaine efficacité, contre les sous-marins allemands qui s efforcent de désorganiser ce pont maritime. La guerre, mondiale, ne peut se terminer que par la disparition d un des adversaires. 2. Alors qu entre 1914 et 1918 la guerre tuait d abord des combattants et endeuillait l arrière, celle de 1939 à 1945 ignore la distinction civils-combattants. Les soldats tués sont généralement moins nombreux que les civils atteints par les bombardements systématiques, les passages des armées, les représailles, les génocides. Ils sont également particulièrement éprouvés lorsqu ils s engagent dans les mouvements et réseaux résistants. Soumis au rationnement, ils sont vulnérables aux maladies. Le Canada, les États-Unis ne pleurent que des soldats tués au combat : leur territoire a été préservé de toute invasion. Aux 50 à 60 millions de morts officiels de la guerre, il faut ajouter des (dizaines de?) millions de civils chinois, victimes de massacres de masse. 3. Un avion, une bombe, morts sans compter les dizaines de milliers de victimes qui meurent des suites des radiations reçues le 6 août 1945 : sur le plan «technique» l opération est efficace. Déjà entamée par la Grande Guerre, l idée d un progrès continu fondé sur les découvertes scientifiques et technique, ne résiste ni à la bombe atomique ni à la découverte des génocides. Lancée contre une population citadine qui n abrite pas d arsenal ou de troupes, la bombe A mise au point par une équipe de savants de toutes origines est expérimentée in vivo en août La Seconde Guerre mondiale met en œuvre des armes nouvelles. Pour remporter la victoire indispensable dans le cadre d une confrontation d idéologies adverses, les belligérants réorganisent leur économie en économie de guerre. Les États-Unis sont les plus à même de concevoir un programme d armement efficace, le Victory program. Plus encore que durant la Première Guerre mondiale, les civils sont mobilisés par la guerre : ils la financent, ils y participent en s engageant dans des orga- 42
43 nisations de résistance, ils en sont les premières victimes. Jamais de tels efforts n ont été consentis. 6. Les génocides, p Doc. 1 : Cette photographie en noir et blanc est due à un officier SS. Ni datée ni localisée, elle donne à voir le point de vue du bourreau. Peut-être prise à l arrivée d un convoi, (la gestion des camps a été confiée à la SS), elle permet d identifier certaines caractéristiques des trains de la mort : le wagon à bestiaux, l étroitesse de la claire-voie qui laisse entrer le froid en hiver et ne donne pas de fraîcheur en été, les barbelés grillageant l ouverture. La déshumanisation est déjà à l œuvre : des hommes ne subsiste que le haut de la tête. La photographie ne donne pas à voir l arrière-plan : l entassement, la puanteur, la faim, les premiers cadavres Doc. 2 : Cette carte historique est centrée sur l Europe centrale et orientale. Elle superpose les frontières issues de 1937 déjà modifiées et les frontières nouvelles de l Europe allemande. Elle distingue trois types d espaces concentrationnaires. On mentionnera les camps de regroupement, les camps de transit Compiègne, Drancy, Pithiviers (doc. 13 p. 119) pour la France qui ne figurent pas ici. Doc. 3 : Changement d échelle : cette carte donne à voir le camp d Auschwitz comme un système concentrationnaire proliférant. Implanté près de la petite ville polonaise d Oswiecim en 1940, le camp s étend et se diversifie jusqu à sa libération en février Un examen attentif de la carte permet de voir que le camp n est pas un système clos, séparé du monde ordinaire. Doc. 4 : Marie-Claude Vaillant-Couturier, résistante communiste, est arrêtée en février 1942, maintenue au secret, déportée en janvier 1943 à Auschwitz-Birkenau, puis à Ravensbrück en août Ce texte est la retranscription écrite d un des rares témoignages oraux utilisés au cours du procès des principaux dirigeants nazis qui se tient à Nuremberg de novembre 1945 à octobre 1946 (1. Nuremberg-Tokyo, les procès historiques, p ). Ce témoignage, par sa clarté, son souci de précision et de rigueur, sa volonté d établir des faits (ici recueil et confrontation de témoignages), le dépassement de l expérience individuelle et la prise en charge d un destin collectif («nous») fait une très forte impression, d autant plus qu il émane d une femme fragilisée par l épreuve de l internement. Ce sont ces témoignages qui, historiquement, fondent un premier récit des procédures de gazage des déportés raciaux. Ils sont confirmés par celui de Rudolf Hoess, lors de son procès devant le Tribunal spécial de Pologne (1947) et par le travail d archivage et de repérage des traces matérielles et documentaires trouvées à Auschwitz en 1945 ou plus tard. Doc. 5 : Cette photographie, encore une fois prise par les bourreaux, se situe au cœur d un massacre de masse commis sur les marges occidentales de l URSS après l invasion allemande (juin 1941). Le génocide est déclenché sur le sol soviétique. Il est le fait d unités mobiles constitué de SS, de policiers allemands, parfois de collaborateurs locaux. La procédure de ces massacres de masse est toujours la même : les populations juives et tziganes sont séparées du reste de la population, acheminées vers des terrains isolés. Elles creusent une fosse commune puis sont exécutées en masse ou individuellement (repérer les témoins allemands de l exécution et l entassement des corps en fond de fosse) avant d être sommairement ensevelies. La durée des opérations de mise à mort (trois jours à Babi Yar près de Kiev pour tuer personnes en septembre 1941), le contact direct entre les victimes et leurs assassins est dévastateur pour ces derniers et va amener à privilégier d autres méthodes de meurtre de masse, dont les chambres à gaz généralisées à partir de Doc. 6 : Le tableau statistique est construit à partir de Raul Hilberg (La destruction des Juifs d Europe). Les statistiques proposées sur ce thème ne sont que des estimations : d abord parce que Juifs et Tziganes ne faisaient pas l objet avant guerre d un décompte spécifique ; ensuite parce qu avant l arrivée des alliés, les nazis ont tout fait pour faire disparaître les traces du génocide ; enfin parce que les déportés qui sont acheminés à Birkenau pour être gazés ne font pas tous l objet de procédures d enregistrement à leur arrivée au camp. Pour réaliser des estimations, on évalue donc le nombre de Juifs ou de Tziganes par pays : on en soustrait le nombre de rescapés et l on obtient un ordre de grandeur des disparus. 1. Trois grands types de camps apparaissent sur la carte. Les ghettos en sont la forme première. Surveillés, grillagés, ils sont administrés par les détenus eux mêmes (Judenrat) et constituent des zones de mort lente autant que des camps de regroupement avant la déportation. Les camps de concentration, initialement affectés à la rééducation des prisonniers politiques, sont en fait de véritables bagnes dont la main-d œuvre est indéfiniment renouvelée. Administrés par la SS qui loue parfois les détenus à des entreprises privées (doc. 3) ou à des laboratoires de recherche, ces camps sont de petites galaxies. Autour du camp principal gravitent une multitude de camps secondaires. L espérance de vie y est de quelques mois. Les camps se situent pour l essentiel dans les frontières de l Allemagne de Certains sont associés en Europe orientale aux camps d extermination (camps mixtes). Les camps d extermination apparus après la conférence de Wannsee (janvier 1942) sont des usines de mort destinées principalement aux Juifs et aux Tziganes. Ils sont situés sur le territoire polonais. 2. Auschwitz II Birkenau se situe à 2 km du village d Oswiecim (Auschwitz en polonais) ; les chambres à gaz en sont éloignées de 2,5 km ; la voie ferrée qui alimente le camp ceinture la ville. On en déduit que les habitants Thème 2 Guerres et paix ( ) 43
44 d Oswiecim ne peuvent ignorer la destination du camp de Birkenau. Les fumées qui s échappent des cheminées des crématoires empuantissent la ville. Cela explique que, dès 1942, quelques mouvements de résistance polonais tentent d alerter les dirigeants alliés et l opinion occidentale du génocide en cours. 3. Un tiers de la population tzigane est massacré systématiquement, près de la moitié des Juifs d Europe l est aussi. Les Juifs dont le sort est mieux étudié ont fait l objet d exécutions collectives en URSS, ont disparu dans les ghettos ou pendant leur déportation ou encore d épuisement quand ils ont été soumis au travail forcé. Ils sont massivement morts dans les chambres à gaz à partir de Si l on peut parler d industrialisation du crime à propos des génocides, c est parce que toutes les procédures appliquées en temps de paix à la production de masse sont affectées à la mort de masse. Les tâches sont parcellisées (doc. 4), des usines de mise à mort sont créées de toutes pièces, les déportés sont acheminés comme du bétail, tués par lots. Leurs restes font l objet d une sélection : ce qui peut être récupéré est trié et réutilisé. Leurs corps sont incinérés. L échelle (des millions de morts), la priorité assignée à l entreprise de mise à mort (les trains continuent d acheminer leurs lots de déportés au moment même où les fronts occidentaux et orientaux sont enfoncés) permettent donc bien de parler d industrialisation du crime. BIBLIOGRAPHIE «Auschwitz », L Histoire, n 294, janvier 2005 Auschwitz camp de concentration et d extermination, éditions Le musée d Auschwitz-Birkenau, Oswieçim, 1998 Audoin-Rouzeau, S., Becker, A., Retrouver la guerre, Folio, Gallimard, 1998 Audoin-Rouzeau, S., La guerre des enfants, A. Colin, 1993 Audoin-Rouzeau, S., «La guerre au XX e siècle, 1. L expérience combattante», La Documentation photographique, n 8041, La Documentation française, 2005 Audoin-Rouzeau, S., «La guerre au XX e siècle, 2. L expérience des civils», La Documentation photographique, n 8043, La Documentation française, 2005 Bock, F., Les sociétés, la guerre et la paix, , A. Colin, 2003 Dufour, J.-L., Vaïsse, M., La Guerre au XX e siècle. Hachette Supérieur, 2003 Hilberg, R., La destruction des Juifs d Europe, Fayard, 1988 Prost, A., Winter, J., Penser la grande guerre, un essai d historiographie, Seuil, 2004 Rousseau, F., (dir.), Guerres, paix et sociétés , Atlande, 2004 Rousseau, F., (dir.), La guerre censurée. Une histoire des combattants européens de 14-18, Seuil, 1999 Wievorka, A., Le procès de Nuremberg, Le Mémorial de Caen, 2005 Sites Internet Dans l atelier cartographique de Sciences-po Paris (en ligne), fonds de carte : Europe en 1914, Europe en 1938, Europe en 1947 ; cartothèque : camp d extermination d Auschwitz-Birkenau (plans). Les sujets d étude [Approfondissements] du thème De la SDN à l ONU : la recherche de la paix par l organisation des États, p Démarche du sujet d étude Le traitement du sujet d étude en approfondissement (après les leçons 1 à 5 p. 60 à 71) tel qu il est proposé permet de revenir sur trois moments abordés dans la première partie : Les conséquences de la Première Guerre mondiale (leçon 2), la marche à la guerre (leçon 4) et les conséquences de la Seconde Guerre mondiale (leçon 5). Le traitement proposé du sujet d étude en amont du thème selon la démarche de l étude de cas reprendra les points du Faire le point sur le sujet d étude, p. 77 en les contextualisant : Pourquoi la SDN? (leçons 1 et 2) ; Pourquoi la SDN a-t-elle échoué? (leçons 3 et 4) ; Pourquoi l ONU? (leçons 5 et 6). Plusieurs thèmes peuvent être proposés aux élèves pour la réalisation d un dossier documentaire en autonomie : «La SDN et les coups de force des dictatures», à partir du sujet d étude et des leçons ; et «Le maintien de la paix, d hier à aujourd hui» à partir de ce sujet d étude et de celui sur la Défense nationale p. 122 à La SDN, des illusions de la paix à l impuissance et l échec, p Doc. 1 : Trois capitales étaient candidates pour accueillir le siège de la SDN. La Haye avait pour elle le souvenir des conférences de 1889 et 1907, l existence du palais de la Paix édifié grâce à la fondation Carnegie et la présence 44
45 de la cour permanente d arbitrage. Bruxelles, soutenue par la France, est récusée par le président Wilson pour qui le poids de la guerre et le souvenir des combats y étaient rédhibitoires. Le siège de la SDN est fixé à Genève, capitale historique du calvinisme, siège de la Croix Rouge et surtout métropole d un État neutre. La première assemblée, convoquée par le président Wilson, eut lieu en On voit sur la photographie l importance de la participation. Le travail est facilité par la création de six commissions qui proposent des rapports ou des résolutions. L assemblée plénière les adopte ou les rejette. Doc. 2 : Deux grandes périodes peuvent être distinguées dans l évolution de la composition de la SDN. Juridiquement, jusqu au milieu des années 1930, le nombre d États membres progresse pour atteindre un pic avec 60 pays adhérents en À partir de cette date, la régression est rapide, même si 44 États sont toujours formellement adhérents de la SDN en Politiquement, le rythme est un peu différent puisque les États démissionnaires doivent respecter un délai de deux ans avant de quitter effectivement l organisation. Le Japon a pris la décision de quitter la SDN le 27 mars 1933 illustrant ainsi la première démonstration d impuissance de l organisation internationale impliquant une grande puissance. La sortie de l Allemagne est annoncée le 14 octobre 1933, alors qu est réunie la Conférence pour la réduction et la limitation des armements. L Italie, après avoir été condamnée par la SDN qui essaye de mettre en place des sanctions consécutives à l agression de l Ethiopie, décide sa sortie de l organisation internationale à l automne 1936, mais reste juridiquement membre jusqu en Doc. 3 : De 1925 à 1931, le ministre des Affaires étrangères français tente de réconcilier la France et l Allemagne. Sa politique reçoit un écho favorable chez Stresemann, ministre des affaires étrangères allemand. Le Pacte de Locarno est un premier succès. L entrée de l Allemagne à la SDN, le 8 septembre 1926, en est un second. Elle est célébrée avec beaucoup de lyrisme par ce discours d Aristide Briand prononcé dans l enceinte du palais des Nations à Genève. Illustration du «briandisme», caractéristique de «l esprit de Genève», on y retrouve le thème de la «guerre-catastrophe humaine» et le rôle essentiel que la SDN joue et doit jouer dans l organisation de la paix. Cette vision a de profondes résonances dans les sociétés des pays satisfaits par la Paix de Versailles. En France et en Angleterre, notamment, elle est défendue par de larges secteurs de l opinion publique des années Doc. 4 : La conférence pour la réduction et la limitation des armements s est ouverte en février 1932 dans l enthousiasme : une soixante d États représentés (y compris les États-Unis et l URSS), de nombreuses délégations de tous ordres. Très vite, les obstacles apparaissent : l Allemagne se retire de la Conférence et de la SDN, le 14 octobre Le 17 avril 1934, le gouvernement français déclare assurer «désormais sa sécurité par ses moyens propres». La caricature illustre l atmosphère qui prévaut alors : l arbre qui étend son ombre sur les négociateurs est fait d un canon. Ses branches sont des avions de combat, ses fruits, des obus. À côté les résolutions et les plans pour la paix s entassent dans la poubelle. Le texte en discussion contient deux indications : «arms embargo et Bolivia Paraguay». En 1928, à l occasion d un incident entre ces deux États, la SDN avait décidé que tous ses membres étaient égaux en droits et en devoirs. À cette époque, la France notamment refuse le réarmement de l Allemagne, d où la question de l égalité des droits et de l embargo. Doc. 5 : La liste des coups de force de Hitler contre la paix permet de cerner les logiques d agression : rétablissement du service militaire obligatoire pour disposer d une armée nombreuse, la remilitarisation de la rive gauche du Rhin, réalisation de l Anschluss, prise de la Tchécoslovaquie qui lui donne le contrôle de son appareil industriel. L invasion de la Pologne marque le début de la Seconde Guerre mondiale. On pourra signaler que les dispositions secrètes du pacte germano-soviétique signées 23 août 1939 organisent le dépeçage de la Pologne. Le pacte lui-même laissait à Hitler les mains libres pour commencer la guerre à l Ouest. Ce document est à mettre en relation avec la carte 1 p. 66. Doc. 6 : Cette photographie prise le 12 mars 1938 montre une foule acclamant l entrée des troupes allemandes en Autriche. L Anschluss bénéficie de sympathies actives. Le parti pronazi rencontre alors de larges soutiens comme l illustrent les drapeaux et les saluts nazis de la foule au passage des troupes allemandes. À mettre en relation avec le doc. 5 p L objectif de la SDN, organisation internationale des États, est de garantir la paix. Ses statuts proposent l arbitrage des différends et la mise en place de sanctions contre les agresseurs éventuels. 2. Les succès de la SDN appartiennent aux années L augmentation du nombre de ses membres jusque dans les années 1930 en est un (doc. 2). L entrée de grandes puissances dans l organisation en est un autre (Allemagne, doc. 3). La capacité à organiser des plébiscites dans les zones contestées après la guerre en est un troisième (Haute-Silésie par exemple). 3. Les États-Unis refusent d adhérer à la SDN, la Russie soviétique n y est pas admise avant L absence des États-Unis gagnés par «l isolationnisme» le sénat refuse d approuver le traité de Versailles rend difficile l organisation de la paix par la SDN et ses efforts pour la maintenir. D autant que son efficacité réelle est conditionnée par l accord entre grandes puissances. 4. Les échecs de la SDN se marquent d abord par la régression du nombre de membres à partir de 1933, l impuissance à conclure positivement la Conférence de la paix ouverte en 1932, l incapacité d empêcher les coups de force du Japon en Asie et de l Allemagne en Europe. 5. Organisation internationale des États, la SDN n est pas capable de garantir la paix car les décisions doivent être Thème 2 Guerres et paix ( ) 45
46 prises à l unanimité. Ne disposant pas de moyens militaires, elle est donc incapable de résister aux coups de force du Japon, de l Allemagne et de l Italie. Les décisions concrètes étant conditionnées par l accord des grandes puissances, celles-ci ont une large responsabilité dans l impuissance de la SDN. 2. Née de la victoire, l ONU, p Doc. 7 : Il s agit d une affiche de propagande de la «Grande alliance» durant la Seconde Guerre mondiale. L accent est mis sur l union qui fait la force et la puissance. Celle-ci se mesure non au nombre des hommes mais à la puissance de feu. La disposition des drapeaux permet de comprendre la représentation de l Alliance pour ses promoteurs : au premier plan celui des États-Unis, juste à côté celui de la Grande Bretagne. L URSS est à droite, séparée des deux autres moteurs de la grande alliance par celui de la république chinoise ( ). L expression nations unies est employé dans la charte de l Atlantique (août 1941) pour désigner la grande alliance en formation contre l Allemagne hitlérienne. Remarque, au premier plan de l affiche il y a quatre des cinq futurs membres permanents du Conseil de sécurité de l ONU Doc. 8 : La charte de l ONU est adoptée le 25 juin 1945 à l unanimité des 50 délégations présentes à la conférence de San Francisco. La conférence s est ouverte le 25 avril, alors que la victoire en Europe est certaine, mais tandis que la guerre se poursuit dans le Pacifique (capitulation japonaise, le 2 septembre 1945). Géographiquement, les 50 délégations présentes rassemblent 23 États Américains, 9 pays asiatiques et les 4 pays indépendants d Afrique. 13 États européens sont présents. Les vaincus et les neutres sont absents. L extrait présenté met l accent sur le but de la nouvelle organisation: garantir la paix. La paix n est possible que par le respect des droits fondamentaux de l homme, celui du droit international, la volonté de favoriser le progrès social, à pratiquer la tolérance (on songe aux deux systèmes politico-économiques qui coexistent chez les vainqueurs), à refuser de l usage de la force et à recourir aux institutions internationales pour régler les différends. Doc. 9 : L extrait de l article du Monde est intéressant par sa date, quelques semaines avant l adoption de la Charte. On se rappelle que la France a refusé de signer comme puissance invitante n ayant pas été associée à la conférence de Yalta et à la rencontre de Dumberton Oaks qui avaient organisé le cadre global de la nouvelle organisation. Le texte rappelle que le poids des cinq grands est décisif : ils proposent aux petits pays, qui peuvent les discuter, des textes devant être adoptés à la majorité des deux tiers. Le journaliste met en doute l efficacité des dispositions qui vont être retenues par la conférence de San Francisco : l entente entre les grandes puissances restera nécessaire. L ONU naissante ne pourra être l or- ganisation internationale démocratique des États, mais celle du réalisme des grandes puissances. Doc. 10 : Prise en février 1946, cette photographie illustre un moment de la vie du jeune Conseil de sécurité qui s est réuni pour la première fois le 17 janvier : disposés autour d une table en fer à cheval, les délégués des États votent. Derrière eux leurs collaborateurs les assistent. Les séances du conseil de sécurité sont publiques, sa présidence est tournante chaque mois. Le secrétaire général de l ONU participe à la discussion sans droit de vote. Six membres non permanents sont élus par l assemblée générale en tenant compte de la répartition géographique. Ils s ajoutaient aux cinq puissances disposant du droit de veto (États-Unis, Grande-Bretagne, France, URSS, Chine). À partir de 1966, le nombre des membres non permanents est porté à dix. Doc. 11 : Le planisphère rend compte des adhésions à l ONU en Au-delà du contraste entre le continent américain et l Afrique, la carte permet d attirer l attention sur le Moyen-Orient, qui est déjà juridiquement indépendant pour l essentiel ainsi qu une partie significative de l Asie. Doc. 12 : Cette représentation du système onusien met l accent sur l importance du Conseil de sécurité. Elle signale les rôles du secrétaire général, du conseil économique et social, de la cour de Justice de La Haye. Les institutions spécialisées proviennent souvent d organisations antérieures à la Première Guerre mondiale et rassemblées une première fois sous l égide de la SDN ou d organisations liées à elle (l Organisation internationale du travail). 1. Le message de l affiche est double : les nations sont unies contre les forces de l Axe (cf. charte de l Atlantique) ; la puissance née de leur union et de leur mobilisation permettra la victoire. 2. L objectif principal de la charte est de garantir la paix qui sera issue de la victoire contre les forces de l Axe. Pour cela des principes sont posés et une organisation nouvelle des États est mise en place. 3. L Afrique est peu concernée car elle est, sauf exceptions, colonisée. Alors que le mouvement de décolonisation est largement entamé au Moyen-Orient et amorcé en Asie. 4. Les sièges des organisations associées sont localisés dans les grandes capitales européennes (Genève, Paris, Rome) ou d Amérique du Nord. On remarque que les institutions associées à fort enjeu économique sont aux États- Unis (FMI, Banque mondiale). 5. Les principaux vainqueurs jouent un rôle fondamental dans la vie de l ONU : ils sont membres permanents du Conseil de sécurité qui organise le maintien de l ordre international. 6. L ONU prend la suite de la SDN en développant deux axes de son action. Celui des organisations associées ou spécialisées d une part, celui de l organisation de la paix d autre part. Les premières poursuivent leur vie à travers 46
47 des formes anciennes ou nouvelles (OMS). Le rôle du Conseil de sécurité ainsi que la possibilité de faire appel à la force militaire distinguent l ONU de sa devancière. Cela rend possible les interventions concrètes qui auront lieu dans la période suivante. Cependant, dans les deux organisations, l accord des grandes puissances dans l organisation et le maintien de la paix est essentiel. 3. Avec l ONU, un monde nouveau?, p Doc. 13 : Editée en 1945, pour célébrer la naissance de l ONU, l affiche reprend la thématique de la fondation d un monde nouveau à partir de la symbolique de l arbre planté. Si, en France, l image évoque les arbres de la liberté (1848, notamment), on peut y voir aussi la symbolique de l arbre de vie : de son jeune tronc partent les branches dont les feuilles de même taille sont constitués de drapeaux. L égalité des États est affirmée. Cependant, les États-Unis sont au faîte en position centrale : peuton y voir la reconnaissance de leur rôle dans la naissance et l organisation de l ONU? Doc. 14 : L article 73 du chapitre XI de la charte conclut la discussion sur les colonies et les territoires non autonomes qui a largement occupé la conférence de San Francisco. Le chapitre XI ne prend pas en considération les territoires sous tutelle et anciens mandats de la SDN qui relèvent des chapitres XII et XIII. Les territoires non autonomes dont il est question sont les colonies et protectorats. Les États-Unis, l URSS, la Chine, les pays arabes, latino-américains et asiatiques sont opposés à la colonisation. La France de la conférence de Brazzaville (janvier-février 1944) «écarte toute idée d autonomie, toute possibilité d évolution hors du cadre français et de l empire». La Grande-Bretagne sous la pression des dominions est plus favorable à une évolution, allant pour certaines colonies jusqu à une lointaine indépendance. Dès lors, le texte de la Charte se contente d évoquer «la mission sacrée» de favoriser «dans toute la mesure du possible» les progrès sociaux et politiques des populations colonisées. Malgré ces limites, bien des délégations espèrent étendre le régime de tutelle afin que l évolution de ces territoires vers l autonomie et l indépendance pèse sur le devenir des colonies. Doc. 15 : L UNRRA, créée le 9 novembre 1943, est la première organisation à porter le nom des Nations unies. Elle déploie ses efforts dans les zones libérées par les alliés en Europe. Les 2/3 des trois millions de dollars de secours d urgence sont apportés par les États-Unis. Les réfugiés et les prisonniers européens et asiatiques sont aidés par l UNRRA jusqu à sa disparition en Lui succèdent alors l Organisation internationale pour les réfugiés, puis le Haut-commissariat aux réfugiés à partir de La photographie, proposée ici sur le mode du reportage, illustre le rôle de l organisation en Italie : une infirmière de l UNRRA (l uniforme signe la compétence et le professionnalisme) apporte soin et assistance à un enfant nu. La composition renvoie à la thématique artistique (et chrétienne) de la mère à l enfant. Doc. 16 : L affiche de l UNESCO, sur le terrain de l éducation et de la culture, reprend les mêmes procédés. Mais, alors que le document précédent prétendait rendre compte sur le mode du reportage, la mise en valeur du projet de l UNESCO est présentée en mobilisant un art reconnu (la peinture) et ses procédés. Doc. 17 : À l initiative de la France et de la Grande- Bretagne, lors de la Conférence des Nations unies pour l établissement d une organisation éducative et culturelle (ECO/CONF) réunies à Londres en novembre 1945, est décidée la création d une organisation ayant pour but le développement d une véritable culture de la paix. Son acte constitutif déclare vouloir construire une «solidarité intellectuelle et morale de l humanité» afin d empêcher un nouveau conflit. Il est ratifié par vingt États début Trente États ayant droit de vote participent alors à la première conférence générale de Paris. Son premier président ( ) est le britannique Julian Huxley. La photographie permet de repérer la participation des États (drapeaux), et une assistance nombreuse. 1. La naissance de l ONU est porteuse d un monde nouveau en train de naître. 2. Des territoires non autonomes. L ONU recommande de favoriser les progrès politiques et sociaux dans les colonies, sans qu il y ait de caractère impératif : «dans toute la mesure du possible», «dans la mesure appropriée aux conditions particulières de chaque territoire». 3. L ONU intervient dans l aide aux populations, les réfugiés par exemple, l éducation et la culture. Le professeur pourra ajouter la santé (OMS) 4. La création de l ONU exprime la volonté de mettre en place un monde nouveau, dans la mesure où les fondateurs ont, en 1945, le sentiment que les conditions économiques, sociales et culturelles contribuent à favoriser la paix ou la guerre. Ils gardent en mémoire la déstabilisation économique et sociale des années 1930 qui a vu progresser le bellicisme. Ils sont également sensibles aux aspirations qui s éveillent dans les colonies. Dès lors, le projet onusien ne se résume pas à un dispositif de sécurité internationale, mais vise à favoriser le développement et le progrès pour établir les conditions favorables à la paix. Thème 2 Guerres et paix ( ) 47
48 BIBLIOGRAPHIE Dufour, J.-L. et Vaïsse, M., La guerre au XX e siècle, Hachette Supérieur, 2003 Gerbet, P., Le rêve d un ordre mondial de la SDN à l ONU, Imprimerie nationale, 1996 Lewin, A., L ONU, pour quoi faire? coll. Découvertes, Gallimard, rééd., 2006 SITE INTERNET Les grands procès après la Seconde Guerre mondiale, p Démarche du sujet d étude Le traitement du sujet d étude en approfondissement (après les leçons 1 à 5 p. 60 à 71) tel qu il est proposé permet de revenir sur les conséquences de la Seconde Guerre mondiale (leçons 5 et 6). Le traitement proposé du sujet d étude en amont du thème selon la démarche de l étude de cas reprendra les points du Faire le point sur le sujet d étude, p. 83 en les resituant dans un questionnement qui est au cœur du sujet : En quoi les procès de Nuremberg et Tokyo sont-ils une des issues à la violence du premier XX e siècle? Plusieurs thèmes peuvent être proposés aux élèves pour la réalisation d un dossier documentaire en autonomie : «Les génocides», à partir du sujet d étude et des leçons ; et «La mémoire de Vichy» à partir de ce sujet d étude et de celui sur l année 1940, p. 116 à Nuremberg-Tokyo, des procès historiques, p Deux photographies en noir et blanc, prises par des photographes accrédités, pour sensibiliser l opinion à l importance des procès, introduisent au cœur des tribunaux. Doc. 1 : Plan d ensemble. Il montre la justice en cours à Nuremberg. Le choix de la ville s explique par des raisons symboliques (grands congrès nazis) et pratiques (tribunal, prison et hôtels ont échappé aux bombardements). La photographie du procès de Tokyo (doc. 4) répond aux mêmes objectifs. Il s agit de médiatiser l ouverture du procès. Mais le cadrage moins large ne permet pas de voir l ensemble des protagonistes. Les deux tribunaux ont pour mission exclusive de juger les principaux dirigeants du pays. Doc. 2 : Extrait de l interrogatoire à charge et à décharge d un des généraux chargés de l invasion de l URSS en Von Manstein cité comme témoin fera l objet d un procès ultérieur et sera condamné à une lourde peine de prison. L interrogatoire est mené par la défense, représentée ici par le Dr Lanternser et par l accusation, le procureur militaire américain Telford Taylor. La procédure suivie est ici typiquement anglo-saxonne : le tribunal est une salle de travail où accusés et défense présentent des témoins et des preuves, les questionnent et font émerger la vérité. Doc. 3 : Liste des accusés à Nuremberg, des crimes qui leur sont imputés et des sanctions qui les frappent. Ce document est à compléter par la liste des organisations nazies, elles aussi jugées : Direction politique du parti nazi, Gestapo (police politique), SS, Jeunesses hitlériennes Durant le procès les chefs d accusation ont fini par être rassemblés (A+B ; C+D). Ce document élaboré par des historiens permet de rendre compte du verdict et de dégager une hiérarchie du crime. 1. Les accusés à Nuremberg comme à Tokyo sont des responsables de niveau national. À Nuremberg, on juge des proches de Hitler, des membres du gouvernement, de l état-major et de la Haute Administration ainsi que des idéologues. Les principaux responsables sont morts (Hitler, Himmler) ou en fuite (Eichmann). À Tokyo, ce sont essentiellement des militaires de l Armée de Terre, des diplomates ou des ministres qui sont jugés. L empereur, l aviation, les auteurs d expériences médicales sur des prisonniers de guerre ne sont pas représentés. Il y a quatre chefs d accusation à Nuremberg. Le crime contre la paix, le complot contre la paix (finalement regroupé avec le précédent), les crimes de guerre et le crime contre l humanité qui accapare l essentiel de l instruction. 2. Des interprètes traduisent en simultané les débats dans la salle du tribunal. Les accusés doivent pouvoir suivre les débats et les juges issus de quatre nations doivent pouvoir les comprendre et se concerter. Les projectionnistes et l écran blanc situés entre l accusation et la défense participent de la procédure accusatoire. Les sténographes et greffiers, personnages habituels dans un tribunal, sont là pour transcrire et garder trace de la procédure. Les journalistes et preneurs de vues sont moins habituels. Pour la postérité, ils doivent filmer les débats, enregistrer les réactions des accusés. 3. Les accusés comprennent les débats. Leur cas est examiné individuellement. La défense est un droit scrupuleusement respecté. Elle peut citer des témoins à décharge (doc. 2). La torture et l invective sont proscrites. Les condamnations sont faites sur preuves. L acquittement est possible, des circonstances atténuantes peuvent être prises en compte (doc. 3 et 4). 4. L accusation s appuie essentiellement sur des documents. Pièces d archives (doc. 2), photographies, objets ou films sont systématiquement convoqués pour établir la vérité. Trois films principaux sont montrés : Les camps de concentration nazis (États-Unis), un film soviétique consacré aux camps d Auschwitz et de Majdanek, un film de montage d actualités allemandes, Le Plan nazi. Les témoins sont peu nombreux à être convoqués. On 48
49 redoute leur fragilité si près de la Libération. Le témoignage de Marie-Claude Vaillant Couturier (doc. 4 p. 70) fait figure d événement. 5. Les procès qui se tiennent à Tokyo et à Nuremberg rompent avec les pratiques judiciaires des régimes totalitaires. Rendus par une cour internationale, ils font la vérité sur les crimes commis durant la guerre. La pratique de l interrogatoire et du contre-interrogatoire, l utilisation systématique des documents d archives, la possibilité laissée aux accusés de se défendre, font du procès de Nuremberg un procès équitable. À Tokyo, la justice rendue plus tard, à une époque où les relations interalliées se tendent est moins convaincante (absence de l empereur et de ses proches). En faisant émerger la qualification de crime contre l humanité, le tribunal de Nuremberg a forgé un outil juridique indispensable au jugement des acteurs des génocides. 2. En France, des procès pour en finir avec les années noires, p Doc. 5 : Cette vue est prise par le photographe reporter Robert Capa qui a couvert les opérations de débarquement en Sicile puis en Normandie. Dans le sillage des armées de Libération, il peut saisir sur l instant et frontalement la manière dont une partie de la population de Chartres, à peine libérée, sanctionne la «collaboration horizontale». Doc. 6 : C est un autre cortège en banlieue parisienne qui est photographié en octobre Au moment où de Gaulle s efforce de désarmer les milices patriotiques et d organiser le retour à l État de droit, ce cortège montre la «fièvre épuratoire» d une partie de la population. Doc. 7 : Les statistiques, réalisées par l historien américain Peter Novick (L épuration française , 1985) permettent de faire le point sur l ampleur de l épuration extra-judiciaire et judiciaire. Elles font justice de la légende noire de l épuration. Doc. 8 : Le maréchal Pétain est jugé, à Paris en juillet-août 1945 par une cour spéciale, la Haute Cour de Justice. Elle est composée de juges, de parlementaires et de vingtquatre jurés. La photographie en noir et blanc prise de face, le présente avec l un de ses avocats maître Isorni. Le cadrage retenu met le spectateur de la photographie dans la ligne de mire des juges et n est donc pas neutre. Doc. 9 : Il s agit d extraits de l acte d accusation de Philippe Pétain prononcé par le procureur-général Mornet, le 11 août et publié le jour du verdict par le journal Le Monde. Outre l approximation des chiffres de Mornet (voir la masse d archives non encore classées), on note le caractère d abord politique du réquisitoire. Il s agit de juger la collaboration d État. Doc. 10 : Le général de Gaulle, dans ses Mémoires de guerre, écrits durant sa traversée du désert et dont le troisième et dernier tome est publié après la mise en place de la V e République, revient sur l action de Vichy. Selon son jugement rétrospectif, l armistice est la faute première d où découlent tous les crimes. Doc. 11 : La vue a été prise en janvier Robert Brasillach est l un des premiers intellectuels à faire l objet d un procès pour collaborationnisme. Doc. 12 : Jean Galtier-Boissière, fondateur de la revue Le Crapouillot, fait une nouvelle fois preuve de son extrême distance par rapport à l information officielle. Dans son Journal de la Libération, il dénonce les insuffisances des Cours d épuration et exprime un point de vue largement répandu dans la mouvance du parti communiste. 1. La photographie montre un cortège dans une rue de Chartres au moment de la Libération. Femmes, hommes et enfants encadrent une femme tondue qui porte un nouveau né dans ses bras. Les forces de l ordre sont quasiment absentes. Avec sensibilité, Robert Capa nous place au cœur du mécanisme de l épuration extra-judiciaire : mouvement irrationnel et collectif qui veut faire expier les longues années de peur, de souffrance et de privation à ceux qui incarnent la collaboration. L épuration extra-judiciaire désigne des coupables, leur fait subir des violences symboliques ou réelles, les exécute parfois sommairement, la foule s érigeant en justicière. Cette photographie, diffusé dans la presse nationale et étrangère, amène le nouveau pouvoir à mettre très vite en place des chambres civiques ou des cours de justice pour restaurer l ordre. 2. Les accusés sont les responsables politiques du régime de Vichy et les collaborateurs. Philippe Pétain est jugé pour sa politique de collaboration avec l Allemagne (doc. 8 et 10 p. 118). Mornet montre que Pétain n a pas été un bouclier pour la France (voir Horizon Bac, p. 132). De Gaulle revient sur l armistice, faute originelle de Philippe Pétain. Les intellectuels qui ont soutenu la politique antisémite de l Allemagne sont eux aussi les cibles de l épuration judiciaire (Brasillach). 3. Les doc. 7 et 12 mettent en évidence le caractère relativement modéré de l épuration en France. L épuration touche moins de 1 % des Français (près de 6 % des Belges). La peine de mort est prononcée, mais pas systématiquement appliquée : par contumace (Céline), suivie de grâce (Pétain) ou commuée (la rigueur des tribunaux s atténuant avec le temps). Les statistiques montrent que sur sanctions, les exécutions représentent 1,77 % des verdicts alors que la dégradation nationale touche presque 56 % des condamnés. Selon Galtier- Boissière, une partie de l administration (la magistrature, la police et l armée notamment) et des industriels devrait être jugée et ne l est pas (doc. 12). Le cortège de Stains réclame une épuration plus dure et revendique l existence de tribunaux populaires (doc. 6). 4. Dans la France de la Libération, c est d abord une justice sommaire et populaire qui est rendue contre les collaborateurs les plus visibles : «femmes à boches», miliciens, commerçants enrichis par le marché noir Il s agit Thème 2 Guerres et paix ( ) 49
50 pour une population très largement attentiste de rompre de manière spectaculaire avec l ordre imposé par les troupes d occupation et par Vichy exécutions se font ainsi hors de tout cadre légal. La restauration de l État de droit se concrétise par de grands procès. Ce sont d abord les intellectuels qui sont jugés. Viennent ensuite les plus hauts responsables du régime de Vichy dont Pétain. Leurs procès sont ceux de l armistice et de la collaboration : le crime contre l humanité n est pas retenu, n étant pas encore intégré au droit français. Au total, l épuration en France se caractérise par son caractère relativement modéré. Les peines prononcées sont pour plus de la moitié des dégradations nationales. D où le mécontentement de certains. 3. Juger le crime contre l humanité, p Doc. 13 : Extrait d un ouvrage publié par le FNDIRP et intitulé La Déportation, il illustre de manière concrète la manière dont les criminels sont identifiés. La procédure d instruction commence d abord dans les camps. La vue en noir et blanc, ni précisément localisée ni précisément datée, oppose un détenu reconnaissable à son uniforme rayé à un responsable des camps désigné comme coupable de violences. Des commissions d enquête recueillent les témoignages, croisent les témoignages, font identifier les criminels et circuler leurs photographies parmi les détenus pour établir les actes d accusation. Doc. 14 et 15 : Ce sont des textes normatifs. Le premier, rédigé à Londres par une équipe de juristes, qualifie, pour les besoins du procès de Nuremberg, un crime nouveau : le crime contre l humanité. Cette qualification est reprise par l ONU au terme d un long processus dont le doc. 15 marque le début. La résolution n est définitivement adoptée qu en Cependant, elle n est pas accompagnée de la création d une cour pénale internationale ou de la transformation des statuts du Tribunal militaire international de Nuremberg. Doc. 16 : Cette chronologie marque l irruption en France des procès pour crime contre l humanité dans les années Font l objet de procédures des dignitaires nazis extradés par l Allemagne (Barbie) conformément au principe de la déclaration de Moscou (1943) et des Français convaincus de participation au génocide (Touvier, Bousquet et Papon). Doc. 17 : Ce texte de l historien Franck Michelin met en évidence les limites du procès de Tokyo. Doc. 18 : Le noir et blanc et l atmosphère hivernale de cette photographie accroissent encore la dimension dramatique de cette enquête à Auschwitz. Le document met en évidence la manière dont des tribunaux spéciaux nationaux poursuivent l œuvre entamée à Nuremberg en jugeant avec rigueur les criminels qui avaient jusque là échappé à la justice. Pour cela, il faut collecter des preuves. La Guerre froide gène la collaboration entre Allemands de l Ouest et Polonais. Doc. 19 : Ce dessin de Jean Plantu, publié à la une du Monde en octobre 1999, dénonce la demande de révision du verdict condamnant Maurice Papon. Celui-ci a été jugé moins d un an auparavant par la Cour spéciale de Bordeaux. 1. Le crime contre l humanité est forgé pour le procès de Nuremberg. Il s agit de qualifier des crimes de masse, préparés systématiquement contre des gens du fait de leur appartenance politique, raciale ou religieuse. Ce chef d accusation est rétroactif. Il concerne les génocides juif et tzigane. Son universalité lui permet d être progressivement intégré aux juridictions onusienne et nationales. Dans ce dernier cas, les criminels peuvent être extradés ou jugés sur leur sol. Il faut noter que l Europe de l Ouest maintient avec plus de ténacité que l Europe de l Est les poursuites engagées contre les criminels identifiés. 2. Commencée avec l ouverture des camps (1945), la procédure de recherche de criminels contre l humanité s étend jusqu à aujourd hui. L imprescriptibilité des crimes contre l humanité, le rôle de certains enquêteurs engagés (services secrets israéliens pour Eichmann, Fils et filles de déportés en France), l intervention de journalistes investigateurs permettent la comparution tardive de criminels. 3. Cela s explique d abord par le fait que nombre de complices de crimes contre l humanité ont disparu (Bormann), dissimulent leur passé (Papon, Touvier, Waldheim), se sont réfugiés sous des noms d emprunt dans des pays d Amérique latine (Barbie). Certains ont bénéficié d importantes protections pour des raisons politiques (Bousquet) ou de durcissement du contexte international (Unité 731, Hiro-Hito). Des criminels contre l humanité se cachent aussi parmi les détenus des camps rejoignant leurs bourreaux dans la zone grise du crime décrite par Primo Lévi. 4. Le procès de Nuremberg en définissant le crime contre l humanité, donne aux tribunaux nationaux les moyens de poursuivre les auteurs ou les complices des génocides. Ce chef d accusation est progressivement intégré au droit national des démocraties et au droit international onusien. Le caractère imprescriptible de ces crimes explique que des procès puissent encore avoir lieu aujourd hui. Si certains crimes demeurent impunis, notamment au Japon, le dessin de Plantu illustre bien la sensibilité de l opinion. Pour elle, le caractère massif et aveugle du génocide doit être sanctionné par une lourde peine. 50
51 BIBLIOGRAPHIE Auschwitz, camp de concentration et d extermination, éditions Le musée d Auschwitz-Birkenau, Oswieçim, 1998 Delage, Ch., L image dans le prétoire. De Nuremberg à Milosevic, Denoël, 2006 Wievorka, A., Le procès de Nuremberg, Le Mémorial de Caen, 2005 Poliakov, L., Le procès de Nuremberg, coll. Archives, Gallimard, 1971 FILMOGRAPHIE De Nuremberg à Nuremberg de Frédéric Rossif, avec Philippe Meyer, film français, documentaire, durée : 2 h 57 min, À la recherche de la paix : pacifisme et pacifistes, p Démarche du sujet d étude Le traitement du sujet d étude en approfondissement (après les leçons 1 à 5 p. 60 à 71) tel qu il est proposé permet de revenir principalement sur les conséquences directes et indirectes de la Première Guerre mondiale. Le traitement proposé du sujet d étude en amont du thème selon la démarche de l étude de cas reprendra les points de l encadré de la page 89 en les contextualisant : Comment s explique la puissance du pacifisme dans l entre-deux-guerres? (leçons 1 et 2) ; Pourquoi le pacifisme n a-t-il pas empêché une nouvelle guerre? (leçons 3 à 6) ; Pourquoi l ONU? (leçons 5 et 6). Plusieurs thèmes peuvent être proposés aux élèves pour la réalisation d un dossier documentaire en autonomie : «Les anciens combattants et le pacifisme», à partir du sujet d étude ; «Le pacifisme et les dictatures» à partir de ce sujet d étude et des leçons. 1. Du pacifisme à l acceptation de la guerre, p Doc. 1 : Publié de Suisse en 1915, Au dessus de la mêlée reprend les articles de Romain Rolland parus dans le Journal de Genève en Tolstoïen, l auteur de Jean- Christophe, célébré par Péguy, est alors dénoncé par l ensemble de la presse française. Les thématiques qu il expose dans cet extrait seront largement reprises après le conflit. On notera la dénonciation particulière des «tribuns socialistes» qui, après avoir fait campagne contre la guerre, se sont ralliés à l Union sacrée. Enfin, on pourra retenir l appel implicite à l action. À l issue du conflit, la littérature pacifiste (Le Feu d Henri Barbusse, Les Croix de bois de Dorgelès et À l Ouest rien de nouveau d E.M. Remarque) s appuie sur l expérience des tranchées pour refuser la guerre. Doc. 2 : Le monument aux morts de Gentioux, dans la Creuse, est l un des très rares monuments explicitement pacifistes. À l initiative du maire, maréchal-ferrant, ancien combattant touché par les gaz et des anciens combattants locaux, le monument est érigé en Cependant, il n a jamais été inauguré officiellement (la préfecture n admet pas son caractère pacifiste). Sous la liste des 63 victimes, on voit l inscription «Maudite soit la guerre». L enfant orphelin qui désigne l inscription de son poing levé (symbolique fortement ancrée à gauche) est un petit paysan (sabots, casquette) en vêtement d écolier. À sa manière, ce monument refuse la «nationalisation de la mort» (George Mosse). Il illustre le fait que le pacifisme n est pas simplement urbain, mais aussi largement rural, parce que les campagnes comptent une part importante des victimes de guerre. Doc. 3 : Cette photo de Roger-Viollet a été prise rue Saint Antoine à Paris, le 14 juillet Les partisans du «Rassemblement populaire pour le Pain, la Paix et la Liberté» au pouvoir, manifestent dans la suite des succès remportés par le mouvement gréviste de mai-juin Le cortège se signale par l impact visuel du message qu il souhaite délivrer (lettres du mot paix sur le toit des véhicules). Il est organisé par le Rassemblement universel pour la Paix, créé fin 1935 dans la mouvance communiste, mais dont le recrutement s étend bien audelà : ses deux co-présidents sont le britannique Robert Cecil et Pierre Cot, ministre radical du Front populaire. Le congrès universel pour la paix réunira délégués (dont français) venant de 35 pays début septembre 1936 à Bruxelles. Doc. 4 : Dans l entre-deux-guerres, le parti travailliste est l un des grands vecteurs, avec les Églises (mesurer l évolution par rapport au doc. 5 p. 63) et les mouvements pacifistes, du désir de paix en Grande-Bretagne. Les pays anglo-saxons voient se développer des mouvements pacifistes puissants dans lesquels les références chrétiennes jouent un rôle important. Le pacifisme s exprime notamment par l affiche. Celle-ci joue sur des thèmes éprouvés : l enfance innocente contre la brutalité des armes, le choix des dépenses militaires improductives contre l avenir, la morale contre la force. Les résultats du Peace ballot le 27 juillet 1935 disent assez l impact de cette vision : l appui à la SDN est partagé par presque 11,5 millions de Britanniques, plus de 10 millions se prononcent pour des sanctions économiques en cas d agression et presque 7 millions se disent même favorables à des sanctions militaires. L affiche exprime les inquiétudes d une opinion publique qui refuse la guerre, alors que se multiplient les agressions bellicistes. Sur le plan gouvernemental, cette attitude se traduit par la politique d apaisement. Doc. 5 : Cet extrait de L Étrange défaite rédigé par Marc Bloch ( ) au lendemain de la débâcle de 1940, revient sur l engagement des Français dans la Thème 2 Guerres et paix ( ) 51
52 guerre. L historien, ancien combattant et patriote engagé, témoigne à sa manière de la culture de guerre issue du premier conflit mondial pour une partie de la société française (beauté et caractère sacré du sacrifice). Il fait du caractère idéologique de la Seconde Guerre mondiale un des ressorts de l acceptation du conflit par ces «Français de l usine ou des campagnes» qui étaient les premiers visés par l argumentaire pacifiste. 1. Sous la forme d une adresse aux élites «guides moraux, maîtres de l opinion, chefs religieux ou laïques [ ]» Romain Rolland veut convaincre l opinion. Partisan de la paix en pleine guerre, il dénonce l absurdité criminelle du conflit qui déchire l Europe. Écartant l idée d une fatalité, il appelle à la reconnaissance des responsabilités et implicitement à l action contre la guerre. Ce faisant, il devient une référence des opposants à la guerre qui seront de plus en plus nombreux et divers à partir de l année Le refus de la guerre peut se manifester à travers le témoignage des deuils et souffrances de la guerre (ici, le monument aux morts), l organisation ou la participation à des manifestations (doc. 3), l organisation de campagnes d opinion (affiches et sondage privé en Grande Bretagne doc. 4). 3. Dans les documents présentés, l argumentaire pacifiste se déploie sur trois axes, dont l articulation fait la force. Le premier, moral, s élève contre le scandale de la mort de masse organisée au cœur de l Europe civilisée (doc. 1), le deuxième, mobilise les souffrances et les deuils individuels consécutifs aux combats (doc. 2), tandis que le troisième, en s appuyant sur l image de l innocence enfantine, oppose l avenir aux poids des armes. Cependant, le spectacle de la patrie agressée, renforcé par le caractère dictatorial de l agresseur lève l hypothèque pacifiste à l orée de la Seconde Guerre mondiale (doc. 5). 2. Diversité des pacifismes, p Doc. 6 : Des anciens combattants comme de Pouvreau- Baldy veulent sensibiliser l opinion aux horreurs de la guerre. C est le sens de cette statuette, intitulée par dérision Vive la guerre et interdite d exposition au Salon des indépendants par le préfet de police de Paris. Ici, l accent est mis sur les souffrances de la guerre et le deuil illustrés par un mort prisonnier des barbelés. En signe de protestation, la statuette sera exposée dans la permanence du Journal des Mutilés de guerre. L un de ses rédacteurs écrira, dans le numéro du 27 mars 1926, un article passionné en faveur de l œuvre censurée : «Cela impressionnera les foules, les déconcertera? Tant mieux. On ne peut pas toujours danser : il faut penser quelquefois.» De Pouvreau-Baldy est également l auteur du recueil Les éclats, poèmes du front. Aux armées (1920). Doc. 7 : Les anciens combattants, qui représentent la moitié des adultes masculins dans la France des années 1930, ont constitué de puissantes associations. Au-delà de l action pour leurs revendications propres (pension du combattant ), elles jouent aussi le rôle de gardiennes de «l esprit combattant» et se posent en force morale au nom des sacrifices de la génération du feu. Elles développent un pacifisme du vainqueur, fait de volonté de défense de la nation agressée et de soutien aux efforts d organisation de la paix. Le document illustre ces deux aspects. Il montre que la CNAC est favorable au renforcement de la SDN et de ses procédures. Il illustre ainsi les espoirs des années 1920 symbolisés par le pacte Briand-Kellog signé en 1928 à la veille d un retournement complet de situation : 1931, agression japonaise en Chine ; 1933, Hitler chancelier d Allemagne. Doc. 8 : Le 30 juillet 1922, Poincaré exige de l Allemagne de Weimar incapable de payer les réparations la remise en gage des mines de la Ruhr. La tension monte. La France est critiquée par l Angleterre et les États-Unis, tandis que les initiatives se multiplient. L affiche émane de citoyens d Utrecht qui organisent alors une conférence de réconciliation entre citoyens français et allemands. C est à une construction de la paix «par en bas» que s essaye ce mouvement pacifiste. On peut donc mettre en relation ce document avec les «congrès de rapprochement» des années À noter le poids marginal des associations pacifistes en Allemagne : les adhérents de la DFG, en 1927, pèsent peu face aux adversaires de la paix de Versailles et de la République de Weimar. Doc. 9 : Ce cahier de morale (cours complémentaire 2 e année), permet de saisir les conceptions dominantes véhiculées par l école et ses instituteurs : patriotisme (bien différencié du chauvinisme), humanisme et volonté de paix. L image du palais de la SDN renforce cette thématique. Dans les années 1930, une partie du syndicat des instituteurs, derrière A. Delmas son dirigeant, se range du côté du pacifisme «à tout prix». Doc. 10 : Catholique favorable au ralliement à la République, militant d éducation populaire, dirigeant du Sillon, député (1919 à 1924), fondateur du mouvement Jeune République rallié au Front populaire en 1936, Marc Sangnier ( ) développe des campagnes pacifistes et démocratiques durant tout l entre-deux-guerres. Dans son domaine de Bierville, il organise ainsi plusieurs rencontres franco-allemandes. La création de la Ligue française des auberges de jeunesse en 1930, s inscrit dans cette vision. Doc. 11 : L efficacité graphique de Jean Carlu (doc. 4 p. 24) a joué un rôle important à partir du milieu des années Artiste reconnu, il crée en 1932 l office de propagande graphique pour la paix. Placée sous le patronage du ministère de l éducation nationale cette journée est popularisée par le RUP (doc. 3 p. 85). On relèvera les liens entre le gouvernement de Front populaire et les organisations qui le soutiennent. La vision est planétaire et la figure symbolique du serpent (guerre = mal) 52
53 est terrassée par le poing serré emblématique du Front populaire. Doc. 12 : La thématique de cette affiche est largement diffusée dans les années Le désarmement moral souhaité s adresse d abord aux familles, aux parents à travers les enfants. En dénonçant la fausse innocence des jeux militaires de l enfance (soldats de plomb), la campagne souhaite éradiquer à sa source l esprit de guerre dans la société. Car, derrière les beaux uniformes se cache la mort. Cette démarche éducative est portée notamment par divers mouvements confessionnels et politiques ainsi que par la ligue internationale des combattants de la paix dont le comité d honneur compte notamment Stefan Zweig, Georges Duhamel, Jules Romain et André Jeanson. Réponse aux questions 1. Il s agit d une violente dénonciation de la guerre : de l ancien combattant, décoré, il ne reste qu un squelette pris dans des barbelés. La violence faite au corps est traduite par l inexistence des bras, le casque troué et surtout le crâne dont l expression de douleur est encore celle du visage. 2. La CNAC veut la paix par l organisation de la sécurité collective dans le cadre de la SDN. Elle demande à la fois l extension de la SDN à de nouveaux États et le renforcement de ses procédures. Elle prône l organisation de campagnes d opinion pour développer ses thèses et s engage à les mener en direction des anciens combattants et des jeunes des autres pays. 3. L organisation d une rencontre entre citoyens des anciens belligérants vise à rapprocher les pays par les populations. Les militants de la paix pensent que la pression populaire sur les dirigeants conduira ceux-ci à l organiser une paix stable. Cette affiche peut-être reliée au doc La guerre est mauvaise car génératrice de souffrances et de deuils (doc. 1). La paix est possible. Elle peut être garantie par l arbitrage (doc. 2) et favorisée par le rapprochement des citoyens et des peuples (doc. 8). On peut la construire aussi par l éducation populaire (doc. 10) et le désarmement moral (doc. 12), parfois avec l appui des institutions (doc. 11). 5. Les doc. 10 et 12 mettent l accent sur l éducation de la jeunesse par les rapprochements «entre les jeunes de tous milieux et de toutes nations» (doc. 10) et par le «désarmement moral» qui refuse la perspective de la guerre. 6. Les militants de la paix sont très divers. On trouve des artistes, beaucoup d anciens combattants dans les pays vainqueurs et satisfaits par le Traité de Versailles, des enseignants, des chrétiens, des militants politiques conservateurs ou communistes. La thématique de la paix est avancée par la dénonciation de la guerre, l appui aux projets de la SDN, la propagande directe dans la population (réunions nationales et internationales). 3. Les pacifismes face à la montée des périls, p Doc. 13 : Le relevé de l argumentaire belliciste déployé par Hitler (affirmation du caractère total de la guerre, du primat de la force contre le droit international, de la grandeur de la guerre et du droit d envoyer la jeunesse à la mort) peut être mis en relation avec l argumentaire pacifiste étudié dans les deux leçons précédentes. Doc. 14 : Je suis Partout hebdomadaire fondé en 1930, adopte en 1936 une ligne éditoriale violemment hostile au Front populaire. L accès à la rédaction d intellectuels rompant avec l Action Française (Robert Brasillach, Claude Jeantet, Lucien Rebatet ) accentue une orientation fasciste. Ralph Soupault, dessinateur, appartient au Parti populaire français (PPF) de Jacques Doriot. Les pancartes brandies devant le sous-officier glorieux, accablent celui-ci. Elles rappellent les positions de l extrême droite lors des crises internationales des années 1930 : contre l URSS, les républicains espagnols (guerre civile en 1936), les Juifs, l Ethiopie (Le négus est l empereur d Ethiopie Haïlé Sélassié attaqué par l Italie en 1935), la Chine (agression japonaise de 1931), les Tchèques (crise de Munich). Autrement dit, alignement sur les positions de l Italie et de l Allemagne. Doc. 15 : Totalement aligné sur la direction soviétique depuis , le parti communiste français, stimulé par un afflux d adhésions ainsi que par le renforcement de son poids électoral et syndical, est devenu l un des principaux partis français. Il connaît la plus forte progression des partis du Front populaire. Le document illustre la puissance nouvelle de la propagande communiste (motorisation, militants dévoués) et, surtout, la priorité donnée à la défense de la paix pour soutenir l URSS. Doc. 16 : Cette affiche concerne la mobilisation des réservistes en Le Centre syndical d action contre la guerre est né en Il regroupe essentiellement des syndicalistes de la CGT influencés par les anarchistes. Les autres organisations signataires sont aussi représentatives de courants «pacifistes à tout prix». On peut relever la signature de la Ligue internationale des combattants de la Paix fondée au début des années 1930 et dont les effectifs ne dépassent pas les adhérents (à comparer avec les adhérents de la Peace Pledge Union britannique). On note aussi la participation du Parti socialiste ouvrier et paysan, scission de gauche de la SFIO, du Comité de vigilance des Intellectuels antifascistes qui joue un rôle important au tournant des années , de La Patrie Humaine, journal de Sébastien Faure L affiche placardée au moment de la crise de Munich est une réponse à la mobilisation des réservistes décrétée par le gouvernement. Dans ce contexte international très tendu, les pacifistes qui s expriment dans le document demandent la poursuite des négociations avec Hitler. Thème 2 Guerres et paix ( ) 53
54 Doc. 17 : Dans ce texte célèbre publié dans l organe de la SFIO, le 2 septembre 1938, Léon Blum, dirigeant du parti et ancien chef du gouvernement de Front Populaire, décrit la situation internationale consécutive aux accords de Munich. Le partage «entre la honte et le lâche soulagement» éprouvé par l auteur a marqué les esprits. Il exprime le refus de la guerre en 1938 et la conscience que le système de Versailles a fait faillite. Par l emploi de formules négatives pour caractériser le résultat des accords de Munich, implicitement, il annonce le retournement possible de l opinion vers l acceptation à terme de la guerre. Doc. 18 : Marcel Déat a quitté la SFIO en 1933 avec Marquet et Renaudel. Il fonde le Parti socialiste de France qui accueille les «néo socialistes». Ministre de l air en 1936 dans le cabinet Sarrault, puis député de la circonscription d Angoulême en avril 1939, il encourage une politique de compromis avec l Allemagne. Collaborationniste durant la guerre, il meurt exilé en Italie en Cet article de L Œuvre connaît un grand retentissement, car il est publié dans un contexte international très tendu : en mars l Allemagne achève la conquête de la Tchécoslovaquie et revendique Dantzig. Cette demande est rejetée le 29 mars par la Pologne qui obtient la garantie française et britannique le 31. Mais la position de l URSS n est pas encore fixée. En mai, le refus de «mourir pour Dantzig» rassemble ceux qui sont favorables au compromis avec l Allemagne. 1. L hebdomadaire Je Suis Partout prône la paix devant les agressions de l Allemagne nazie, de l Italie fasciste et du Japon militariste. Pour cet organe fasciste et antisémite la guerre défendrait l intérêt des Juifs, des communistes, du négus Ethiopien, de la Chine et des Tchèques. On relève ici des arguments dont le lien est l alignement sur l Italie et l Allemagne. 2. Les arguments pacifistes sont utilisés au service de la défense de l URSS. 3. Il éprouve «honte» et «lâche soulagement». Car la paix n est maintenue qu en livrant à Hitler un État indépendant et allié de la France. Ce coup de force ruine l idée de sécurité collective défendue par la SFIO dont doit être garante la SDN. Le soulagement devant l éloignement de la guerre est largement partagé (doc. 3 p. 66). 4. Il refuse les alliances militaires à caractère automatique qui ont déjà entraîné le premier conflit mondial. La guerre ne peut être déclarée que sur des motifs engageant la survie «du territoire, des biens et des libertés» de la France et non pour des intérêts de peu d importance pour la France. Ce pacifisme, en fait, résulte d un alignement sur les positions allemandes. 5. L affiche placardée au moment de la crise de Munich est une réponse à la mobilisation des réservistes décrétée par le gouvernement. Dans ce contexte international très tendu, les pacifistes qui s expriment dans le document demandent la poursuite des négociations avec Hitler. 6. Dans la France des années 1930, très divisée, les arguments en faveur de la paix sont mobilisés par deux groupes : les pacifistes intégraux qui refusent toute guerre et les acteurs politiques (extrême droite, parti communiste ). Pour ces derniers, l argumentation conditionnée par leurs positions face aux régimes hitlérien ou soviétique, est une arme du combat politique. Dans un contexte de montée des périls, l audience des pacifistes intégraux s érode, même si la volonté de paix s exprime jusqu à la déclaration de guerre. BIBLIOGRAPHIE Rousseau, F., (dir.), Guerres, paix et sociétés, , Atlande, 2004 Vaïsse, M., (dir.), Le pacifisme en Europe des années 1920 aux années 1950, Bruylant, 1993 Santamaria, Y., Le pacifisme, une passion française, A. Colin, 2005 Vandenbussche, R., Michel, A.-R., (dir.), L idée de paix et ses représentations en Europe au XX e siècle, colloque de Lille, mai 1999, université Charles-de- Gaulle Lille 3, Presses du septentrion, 2001 SITE INTERNET Matériaux pour l Histoire de notre temps, n 30, 1993, S engager pour la paix dans la France de l entre-deux guerre : Les pages Méthode du thème Réponses aux questions, p. 90 Identifier le document Il s agit d une photographie de propagande. Le parti nazi organise en 1927, 1929 et de 1933 à 1939, son congrès annuel à Nuremberg. C est l occasion de faire une démonstration de force par la mobilisation des adhérents et la mise en valeur du Führer. C est un moment important pour la propagande qui joue sur les instruments modernes de la mobilisation politique (défilé, discours véhiculés par l image fixe et animée ainsi que par la radio). Ici, le photographe n est pas un reporter qui rend compte, avec son regard, d un événement politique. C est un ami personnel d Hitler, nazi convaincu, qui participe consciemment à la construction de l image du Führer et du nazisme par le choix de la mise en scène. Dès lors, cette image fixe doit s analyser comme un discours de propagande. Analyser et exploiter un document Le thème du document est le culte du chef, central dans la propagande totalitaire. 54
55 Plan large, grande profondeur de champ : mise en valeur de la relation du Führer avec la Jeunesse hitlérienne. Scène qui illustre l embrigadement de la jeunesse, Hitler passe devant la masse rassemblée et disciplinée qui lui rend hommage. L embrigadement militariste des jeunes est signalé par l uniforme, le salut et l ordre en rang serré. L ambiance générale est celle de la mobilisation de la jeunesse, de son enthousiasme et son énergie au service d un homme vu de dos, personnification de la mobilisation du parti (uniforme et brassard) servi par l apparat de la puissance (véhicule officiel, personnages en uniformes). L embrigadement de la jeunesse, la militarisation du régime, le culte du chef sont quelques éléments du régime mis en lumière par ce document. en «mois de lutte et de souffrances». À cette date Churchill parie sur un engagement militaire rapide des États-Unis. Churchill parle de l Empire britannique pour faire comprendre que le rayonnement et la puissance britannique (commerce international, flotte puissance et possession de vastes territoires) sont menacés par l expansion nazie. Les événements ont donné raison au Premier ministre britannique : le programme nazi appliqué dans les territoires soumis aboutit à l extermination des Juifs d Europe. La Grande-Bretagne est rejointe par les États-Unis en décembre La victoire contre le nazisme est obtenue par la mobilisation de toutes les ressources de la Grande alliance. Réponses aux questions, p. 91 Identifier le document Le 13 mai 1940, Winston Churchill est Premier ministre, depuis 3 jours. Il constitue le 11 mai un gouvernement d union nationale. Membre du gouvernement Chamberlain dès le 5 septembre 1939, il voit sa popularité grandir en incarnant la volonté de lutter jusqu au bout, habit qu il avait déjà endossé lors de la Première Guerre mondiale. Ce texte est un discours que le Premier ministre adresse aux députés anglais. Dans la monarchie parlementaire anglaise, le Premier ministre tire son pouvoir de la confiance de la Chambre. Prononcé au lendemain de l offensive allemande qui marque la fin de «la drôle de guerre» à l Ouest, il annonce un programme qui deviendra celui de la Grande-Bretagne. Le ton solennel et mobilisateur utilisé marque la détermination du Premier ministre qui engage la Grande- Bretagne dans une résistance acharnée à l Allemagne nazie. On note le parti pris du «langage de la vérité», variante des discours patriotiques habituellement tenus dans ces circonstances. Analyser et exploiter le document La «tyrannie monstrueuse» dénoncée par Churchill est celle du totalitarisme nazi au pouvoir en Allemagne. La soumission de l individu et de la société au projet belliciste et raciste des nazis conduit par le Führer est obtenue grâce à l embrigadement. Celui-ci est organisé par le parti unique et soutenu par la propagande omniprésente et une répression impitoyable. Ces valeurs sont contradictoires avec celles défendues par le système démocratique britannique. Churchill propose la mobilisation de toutes les ressources pour la victoire : elle suppose du sang (des combats), du labeur, de la sueur (mobilisation du travail), et des larmes (des sacrifices). Le but de guerre est simple : la victoire contre l Allemagne, qui sera aussi une victoire de la démocratie contre le nazisme. Aucun accord n est possible entre les deux systèmes opposés. Le prix à payer sera mesuré Les pages Horizon Bac du thème Questions à traiter, p. 93 Les nazis au pouvoir en Allemagne veulent créer un «homme nouveau» dans une société remodelée. Développant une vision raciste et organiciste du monde, les nazis veulent purifier «aryaniser» la population pour forger une nation belliciste composée d Allemands unis dans le culte du chef, de la force, et mobilisée en permanence sur les directives du parti unique. Ils la purgent des éléments qui ne correspondent pas à leur projet (Juifs, «asociaux», handicapés ). Ceux-ci sont exclus de la société allemande, enfermés dans des camps ou des prisons, exécutés. Dans ce modèle, l individu n est rien, il est à la disposition de l État et doit se soumettre à ses directives. Son contrôle permanent organise l ensemble des aspects de la vie individuelle et collective. Le «chef» incarne le projet développé par la propagande. Doté d un pouvoir absolu, il est le visionnaire et le guide infaillible à qui un véritable culte est rendu. Quelle est la nouvelle carte de l Europe en 1945? La conférence de Yalta réunit la Grande-Bretagne, l URSS, les États-Unis en février L organisation de l Europe d après guerre est évoquée. L idée qu un partage du monde et des zones d influences en Europe aurait été décidé à cette conférence ne fait plus l unanimité parmi les historiens. L étude de la carte permet, notamment, de mettre l accent sur la disparition de l Allemagne comme État, la reconstitution de la Pologne et le déplacement de ses frontières vers l Ouest au détriment de l Allemagne, les gains territoriaux de l URSS. L Italie perd Tende et La Brigue qui reviennent à la France, et l Istrie au profit de la Yougoslavie. Thème 2 Guerres et paix ( ) 55
56 Sujet à traiter, p. 95 Réponse La SDN était paralysée par l absence de forces militaires propres, l obligation de l unanimité, les rivalités entre les puissances et le refus d adhésion des États-Unis. Dans les années 1930, son action est encore affaiblie par d importants départs. Les fondateurs de l ONU veulent rompre avec ce schéma : les décisions du Conseil de sécurité s imposent à l Assemblée générale qui n est pas compétente en matière de sécurité internationale. Les grandes puissances sont de fait les garantes de la paix du monde (rôle et composition du conseil de sécurité, droit de veto). Le Conseil de sécurité dispose de forces armées propres. Cependant, comme pour la SDN, le maintien de la paix internationale suppose l accord entre les grandes puissances. 56
57 Thème 3 La construction de la République Les problématiques du thème Extrait du programme et des documents d accompagnements Le traitement du manuel Magnard A. Moments et actes fondateurs ( ) Ce thème d étude invite à une réflexion sur les fondements de la culture républicaine et non à un panorama détaillé de ce que fut la Troisième République. Les années font triompher une conscience Leçon 1 : La République : une démocratie, p nationale unitaire qui passe par l acquisition de Comment la République installe-t-elle durablement la références collectives (Déclaration des droits de démocratie? l homme et du citoyen, symboles, mémoire). Leçon 3 : La République, incarnation de la nation, p Comment se construit l identité nationale? Elles élargissent les modes d accès à la nationalité Leçon 3 : La République, incarnation de la nation, (1889, droit du sol). La colonisation est alors justifiée p au nom d une mission civilisatrice. Comment se construit l identité nationale? Leçon 4 : La République en danger, p À quelles menaces et contradictions la République a-t-elle dû faire face? La construction de la démocratie est réalisée par Leçon 1 : La République : une démocratie, p des lois qui établissent les grandes libertés et Comment la République installe-t-elle durablement la favorisent la fondation de partis, de syndicats, démocratie? d associations ( ). Elle est consolidée Leçon 2 : L affirmation des grands principes grâce à l extension des droits sociaux et à l égalité républicains, p politique entre les sexes (Front populaire, Libération). Quelles libertés et quels droits sociaux sont mis en place par la République? Elle peut être remise en cause (Vichy). Leçon 4 : La République en danger, p À quelles menaces et contradictions la République a-t-elle dû faire face? Préparée par la laïcisation de l école, la loi de 1905 Leçon 5 : La naissance de la République laïque, décide la séparation entre État et religions, garantit p la liberté de pensée et de culte pour chaque citoyen, En quoi la création de l école laïque et la séparation crée les conditions d une pacification sociale. des Églises et de l État ont-elles représenté un enjeu majeur pour la République? B. Débats et combats Ces deux sujets d étude visent à faire comprendre aux élèves que la République et la démocratie ne sont pas des données intangibles mais peuvent être l objet de combats politiques et idéologiques autour d enjeux essentiels. Sujet d étude [Étude de cas] L affaire Dreyfus est retenue comme événement L affaire Dreyfus : la République à l épreuve, p décisif dans la vie politique française et la lutte pour 1. Pourquoi l affaire Dreyfus? les droits de l homme. 2. Pour ou contre Dreyfus : la France divisée 3. L affaire Dreyfus, un révélateur pour la République Thème 3 La construction de la République 57
58 Extrait du programme et des documents d accompagnements Le traitement du manuel Magnard Sujets d études [Approfondissements] L année 1940 : au-delà de l armistice, le choix L année 1940 : la République emportée, p entre acceptation, collaboration et résistance met 1. Les Français sous le choc de la défaite en jeu les valeurs qui fondent la démocratie. 2. La mise en place de la collaboration 3. Les débuts de la Résistance La Défense nationale : le sujet traite des grands La Défense nationale, un enjeu pour la République débats et des orientations stratégiques de la défense p de la France dans ses dimensions militaires, 1. Armée et nation économiques et civiles. L étude est prolongée jusqu à 2. De la défense des frontières à la défense globale nos jours et introduit la dimension européenne. 3. Indépendance nationale et intégration Les notions du thème Les notions du programme : Nation ; Démocratie ; Laïcité ; État-nation ; Nationalisme ; Colonisation ; Colonialisme ; République parlementaire ; Libéralisme ; Radicalisme ; Socialisme ; Laïcisation ; Sécularisation. Les notions se construisent au fur et à mesure des occurrences tout au long du thème et, plus largement, de l apprentissage de l élève. Les Repères p permettent de faire le point sur les notions. La démarche du thème Ce thème ne saurait conduire à une explication exhaustive de ce que fut (et est toujours) la construction de la République. Il s agit d amener les élèves à réfléchir aux fondements de notre culture républicaine en mettant l accent sur des références majeures inscrites avec précision dans le temps. Ainsi «Moments et actes fondateurs ( )» et «Débats et combats» doivent-ils s articuler soigneusement. C est dans cette logique que le parti a été pris de traiter le sujet d étude «L affaire Dreyfus» en étude de cas. Cet épisode de l histoire républicaine apparaît comme une étape particulièrement importante dans la mise en place de la République et un moment décisif dans l affirmation des valeurs de cette dernière. Il donne chair aux développements ultérieurs. Les pages d ouverture du thème La fête du 14 juillet, un symbole de la construction de la République, p L œuvre d Alfred Roll ( ) constitue un témoignage de premier ordre sur l image que la III e République a voulu donner d elle-même. En créant une fête nationale la France met fin à dix ans de travail de deuil après la défaite de Le 14 juillet se veut, à l image du 14 juillet 1790, un jour de concorde et de joie pour une France qui a retrouvé prospérité et prestige. Ce tableau symbolise l harmonie entre la nation, son armée et le régime républicain. On mettra cette œuvre en relation avec le tableau de J.-B. Edouard Remise de ses nouveaux drapeaux et étendards à l armée française, le 14 juillet 1880 (doc. 1 p. 122). Peintre académique influencé par l impressionnisme, Roll fut l ami de Manet. 1880, fut aussi pour lui l année de la réalisation de sa Grève des mineurs, beaucoup moins consensuelle. Le suffrage universel, p La scène est la partie droite de l œuvre de Bramtot ( ). Derrière l apparent réalisme, le message relève du symbolique. Les personnages campent les différentes couches de la population que la République souhaite fédérer. L homme du peuple, à la sobre dignité de celui qui détient la souveraineté, tend son bulletin au président du bureau de vote. La face claire de l urne attire le regard et structure la scène. La rigueur paisible et solennelle du président du bureau est dominée voire inspirée par deux symboles de la République : le drapeau tricolore et le buste de Marianne. Relevons que la scène est exclusivement masculine : le suffrage ne deviendra donc réellement universel qu en Le sujet d étude [Étude de cas] du thème L affaire Dreyfus : la République à l épreuve, p Démarche du sujet d étude Le traitement proposé pour ce sujet d étude en amont du thème reprend la démarche de l étude de cas bien identifiée en géographie de seconde. L encadré Synthèse et contexte de l étude de cas p. 105 propose des pistes de contextualisation. Il s agit de mettre en perspective dans ce moment d histoire, les débats et combats qui ont nourri la conscience républicaine. Le traitement du sujet d étude en approfondissement (après les leçons 1 à 5 p ) reprendra la même structure. Il permettra de revenir sur plusieurs thématiques abordées dans les leçons 1 à 5 : les institutions, les forces politiques et l identité nationale (leçons 1 et 3), la mise 58
59 en question de la République (leçon 4), les principes républicains (leçons 2 et 5). Plusieurs thèmes peuvent être proposés aux élèves pour la réalisation d un dossier documentaire en autonomie autour de l affaire Dreyfus : «La Justice et l affaire Dreyfus», à partir du sujet d étude ; «L antisémitisme» en croisant ce sujet d étude, avec «L année 1940» et le thème 2 «Guerre et paix ( )» (leçons 3 et 6 et sujet d étude Les grands procès après la Seconde Guerre mondiale), etc. 1. Pourquoi l affaire Dreyfus, p Doc. 1 : La presse connaît alors une période exceptionnelle, ne comptant pas moins de 250 journaux d où émergent quelques grands titres. Ainsi, Le Petit Journal est un quotidien à fort tirage qui s est adjoint un magazine hebdomadaire illustré dont le succès populaire est immédiat. Il est imité par Le Petit Parisien et par La Lanterne (1889). Cette une du 13 janvier 1895 relate l événement du 5 du même mois. Très célèbre, elle reflète une conviction largement partagée cette année-là : Dreyfus est un traître et mérite un châtiment infamant. Dans la cour d honneur des Invalides, le capitaine Dreyfus, au gardeà-vous, dont les galons et les insignes ont été arrachés, subit l humiliation de voir briser son épée, symbole de son engagement pour la patrie. Le général Darras, qui vient de prononcer la sentence, est à cheval sur le côté droit. L impact de ce dessin est considérable, tendant à accréditer la thèse de l accusation. Doc. 2 : De cette chronologie explicative, on peut retenir quatre phases entrecroisées : la sanction qui frappe Dreyfus pour espionnage, l action militante des dreyfusards, le retournement progressif à partir de «J accuse» et du suicide du colonel Henry, la résistance de l état-major. Doc. 3 : La une de L Aurore du 13 janvier 1898 a une importance capitale. Créé en octobre 1897, le journal devient aussitôt le principal organe du dreyfusisme. Clemenceau y collabore et signe son premier article en novembre, lançant ainsi, jusqu en 1905, la plus formidable campagne de presse connue en France. La lettre ouverte de Zola s adresse au président de la République, Félix Faure. Elle s étale sur six colonnes à la une et se poursuit en page intérieure. Titrée par Clemenceau «J accuse», elle est tirée à exemplaires. Elle survient au lendemain de l acquittement d Esterhazy, le coupable démasqué par Picquart. Zola cherche à provoquer la justice civile afin de rouvrir le dossier sur la place publique. Interpellant la plus haute autorité de la République, il révèle dans le détail un complot monté par l état-major et dénonce l utilisation de pièces secrètes, au mépris des droits de la défense. Zola réussit au-delà de ses espérances, mais va payer cher son engagement. Doc. 4 : Ce «bordereau» est au centre de l affaire d espionnage. Il s agit d une feuille manuscrite ramassée dans une corbeille à papier de l ambassade d Allemagne par une femme de ménage, agent du contre-espionnage français. Destiné à l attaché militaire de l ambassade d Allemagne à Paris, Von Schwartzkoppen, il émane, manifestement d un officier d état-major. On apprendra beaucoup plus tard que c est le commandant Esterhazy qui en est l auteur. Pour l instant, après comparaison sommaire d écritures par Du Paty de Clam, la lettre est attribuée au capitaine Dreyfus, stagiaire à l état-major. Le «bordereau» fournit un certain nombre de renseignements sur le secteur décisif qu est l artillerie (le «120» est un obusier de 120 mm de calibre qu il s agit de moderniser ; «les troupes de couverture» sont destinées à protéger les régiments d artillerie lors des engagements). La fuite est particulièrement grave au moment où la France cherche à rattraper son retard en armement sur son puissant voisin d outre-rhin. Doc. 5 : Une photographie de la salle du deuxième conseil de guerre tenu à Rennes, le jour de l ouverture des débats, le 7 août À droite, l accusé, Dreyfus assisté de ses deux avocats, M e Demange et M e Labori. À gauche, les juges du tribunal militaire. Au premier plan, une assistance fournie. Ce procès, très médiatisé, est suivi dans le monde entier. Il montre l embarras de l état-major et du général Mercier (à la barre). Le verdict condamnant Dreyfus à dix ans de détention avec circonstances atténuantes, ne donne satisfaction à personne. En fait, son innocence est reconnue de manière implicite. L armée n a pas voulu se déjuger. Ce verdict ouvre la voie à la grâce présidentielle de septembre. Cette photographie peut amener à une réflexion sur la nature d une justice militaire dépendante d une hiérarchie. Les ministres de la Guerre étant alors choisis dans les rangs du haut commandement, les responsabilités sont partagées. 1. Le Petit Journal propose dans son supplément une illustration de la dégradation du capitaine Dreyfus, en janvier 1895 à la suite de la condamnation de décembre Dans la cour des Invalides, le condamné se tient debout devant un sous-officier qui, au nom de l institution militaire, brise la lame de son épée. Par cette mise en scène spectaculaire, symbolique et exemplaire à laquelle participe la troupe, il s agit de signifier que Dreyfus n appartient plus à l armée. La légende «Le traître» montre que cette publication prend parti contre Dreyfus comme le fait alors l immense majorité des Français. 2. Le «bordereau» montre que des renseignements militaires de première importance (quatre «notes» et un «projet de manuel») ont été transmis secrètement par un officier à l ambassade d Allemagne, le temps de les exploiter. Le fait que ce soit l Allemagne, vainqueur de la France dans la guerre de et adversaire potentiel, qui bénéficie de ces renseignements aggrave la responsabilité de l officier espion. La lettre révèle, en outre, les enjeux technologiques de la rivalité militaire franco-allemande dans un domaine qui se révèlera essentiel : l artillerie. 3. Zola, auteur à succès, prend parti de manière fracassante pour la révision durant l affaire Dreyfus en interpellant direc- Thème 3 La construction de la République 59
60 tement le président de la République dans une lettre publiée à la une du journal L Aurore, le 13 janvier Il accuse nommément le ministre de la Guerre de 1896 et les plus hauts responsables de l état-major, d avoir monté ou couvert un complot pour prouver la culpabilité de Dreyfus. La justice militaire est aussi directement mise en cause. Zola a choisi de rouvrir le dossier en s exposant volontairement à des poursuites. Il doit comparaître en justice par deux fois en Condamné, il est contraint à l exil. Zola défend le devoir de justice et les droits de l homme : pour lui, le droit doit passer avant l honneur de l armée. 4. Le second conseil de guerre de Rennes d août 1899 condamne de nouveau, sans preuves, le capitaine Dreyfus, ici debout devant ses juges, mais lui reconnaît des circonstances atténuantes. Avec la remise de la peine commence le lent processus de révision. 5. En 1894, un «bordereau» destiné à l ambassade d Allemagne est saisi par le contre-espionnage français. Cette pièce prouve que des secrets militaires sont transmis régulièrement à un pays considéré alors comme ennemi. Accusé, le capitaine Dreyfus est condamné à la déportation et dégradé de manière solennelle et infâmante en janvier Bien peu de Français doutent alors de la culpabilité du «traître». Cependant, un petit noyau, autour de sa famille, du colonel Picquart et de Clemenceau, lutte pour démontrer son innocence. Mais c est Zola qui fait campagne de manière spectaculaire pour la révision du procès, grâce à la publication de sa lettre «J accuse» dans L Aurore, le 13 janvier Si Zola est à son tour condamné, l Affaire est relancée. Le débat est ouvert entre dreyfusards et antidreyfusards. Le suicide de l officier faussaire, le colonel Henry, rend la révision inéluctable malgré l opposition de l armée. 2. Pour ou contre Dreyfus : la France divisée, p Doc. 6 : Ces affiches de propagande mettent en scène les principaux accusateurs et défenseurs de Dreyfus. L affiche favorable aux thèses de l état-major rassemble les piliers du ministère de la Guerre. Le général Mercier, ministre de la Guerre à l origine de l Affaire (1894), est persuadé de la culpabilité de l accusé. Au centre de l affiche, Joseph Cavaignac, nommé ministre de la Guerre en pleine tourmente (1898), à la place du général Billot. Il est à l origine de l internement de Picquart. Cependant, il fait arrêter Henry, le faussaire, dont le suicide provoque sa chute. Emile Zurlinden le remplace. Il refuse, à son tour, toute révision comme son successeur Jules Chanoine, le troisième ministre de la Guerre de l année 1898! Le message est clair : l armée, qui fait bloc derrière ses chefs, s oppose à toute remise en cause du verdict du premier conseil de guerre. L affiche favorable à Dreyfus rassemble la petite poignée d hommes qui ont lutté seuls contre tous : ce sont les premiers dreyfusards dont ne fait pas partie Jaurès, d abord hostile puis réticent, enfin actif. Manque Mathieu Dreyfus, à l origine du sursaut. On peut éclairer le rôle joué par Georges Picquart qui a été limogé pour avoir démonté l accusation, par Joseph Reinach, le premier historien de l affaire, par Bernard Lazare, le premier intellectuel à s engager, par Auguste Scheurer-Kestner, vice-président du sénat qui a mis son poids politique au service de la cause dreyfusarde. Ludovic Trarieux, avocat bordelais et sénateur, est le fondateur, en 1898, de la Ligue des droits de l homme dont il devient le premier président. Francis de Pressensé, journaliste au Temps, a publié Un héros, le colonel Picquart. Fernand Labori est l avocat de Zola. La forte personnalité de Clemenceau, journaliste et orateur incisif, permet de saisir l importance du courant radical dans le combat dreyfusard. Les deux affiches se répondent dans leur composition comme dans les valeurs invoquées. Seulement, derrière les formules parfois semblables, se cachent des conceptions différentes du pouvoir et de la société à mettre en parallèle avec les doc. 7 et 8. Doc. 7 : Barrès, considéré comme un des plus importants écrivains de son époque, fait figure de premier intellectuel antidreyfusard. Il s était déjà fortement engagé derrière Boulanger. Ce petit texte a le mérite de donner un aperçu de son argumentation. Pour lui, la nation prime l individu. L intérêt supérieur du pays dont l armée est un des fondements essentiels peut nécessiter de sacrifier une personne, même éventuellement innocente. Influencé par Drumont, Barrès exploite l antisémitisme qui transcende les clivages. La force du nationaliste Barrès, qui tente de retourner les arguments dreyfusards, réside dans la concision de son style. Doc. 8 : La Petite République est un quotidien dirigé par Alexandre Millerand, député radical puis socialiste dont l objectif est de défendre la République menacée par l Affaire. Jaurès entre en campagne de manière très active à l été 1898, au moment de la mise à l écart de Zola exilé en Angleterre. Il apporte, dans cet extrait, ses conceptions rassemblées dans l opuscule Les Preuves qui sont celles de l innocence de Dreyfus. Il montre la faillite des grandes institutions, l armée, les services de l État comme la justice civile. Dans sa quête de la vérité, il prend le relais du colonel Picquart et de Zola. Pourtant, au lendemain de «J accuse», Jaurès avait signé l appel du groupe parlementaire socialiste qui renvoie dos à dos les deux parties. La prise de conscience tardive de Jaurès permet de faire comprendre combien les avis ont pu évoluer sur plus d une décennie. Doc. 9 : La légende commune aux deux dessins de presse est directement exploitable. Le Psst!, au titre accrocheur, hebdomadaire sans texte surgit quinze jours après «J accuse». Ses auteurs, Forain et Caran d Ache, passent pour les deux meilleurs caricaturistes du moment. Ils défendent la thèse de l état-major. On voit ici la une croquée par Forain (signature en bas à droite). Cedant arma togae est le début d une période oratoire de Cicéron «Que les armes le cèdent à la toge», c està-dire ici au magistrat. Le képi d officier représente le commandement mis en cause par Zola. Il s agit d une 60
61 réaction à chaud au procès de l écrivain («Impressions d audience»), soulignée par l exclamation «Et on supporte çà!». Le fond mis à part, toute la force de la caricature politique transparaît ici : économie de moyens, passion. Le Sifflet est lancé par le dessinateur Ibels, ami de Zola, pour contrebalancer Psst! Permutant les acteurs, ce dessin montre un officier ventripotent qui projette la balance de la justice : il s agit de retourner l effet du dessin de Forain. Les deux journaux s affrontent ainsi pendant un an et demi, en , puis cessent de paraître. Doc. 10 : Le diptyque de Caran d Ache est entré dans l imaginaire collectif. Il montre combien, en plein procès Zola, les passions sont exacerbées et les avis partagés jusque dans les familles. Malgré la mise en garde de l aïeul, les passions sont les plus fortes. Un commentaire libre peut s avérer très savoureux. Doc. 11 : Dans ce court extrait d un article paru dans La Revue blanche en 1899, Charles Péguy s insurge contre l injustice faite à un homme au nom d une mystique développée autour de l honneur de l armée. En dénonçant ce mécanisme pervers, l écrivain se place au dessus des partis pour rappeler les fondements de l humanisme. Péguy est alors dans sa phase socialiste dont il attend bonheur et fraternité. Il voit dans l épreuve imposée à la France le moyen de retrouver les chemins de justice et de vérité. Dreyfusiste activiste, il quitte La Revue socialiste, à ses yeux trop timorée, pour La Revue blanche. Cette dernière ( ) s engage résolument derrière Zola au lendemain de «J accuse». Toute l équipe de rédaction, qui rallie de grands noms (Blum, Gide, Proust, Toulouse- Lautrec) devient le cœur du dreyfusisme. Elle se réclame, à l instar de Péguy, des principes universels. 1. Les slogans antidreyfusards et dreyfusards se répondent en reprenant les mêmes formules. Chacun se réclame de la France, de la République et de l armée. Malgré les apparences, les messages sont antagonistes. Dans un cas, les «traîtres» sont les dreyfusards qui déstabilisent l ordre établi, dans l autre, ce sont les antidreyfusards qui, préférant l injustice à la vérité, bafouent les valeurs démocratiques. La première affiche veut imposer l idée de la culpabilité de Dreyfus au nom de la patrie dont l armée est le soutien principal. La seconde, place au-dessus de tout, les droits de l être humain et les valeurs universelles. 2. Ainsi que l exprime Caran d Ache dans Le Figaro, les Français sont prêts à en venir aux mains pour défendre leur point de vue. L opinion est fortement sollicitée par de grandes campagnes de presse qui utilisent des méthodes modernes dont l impact est considérable. Chacun choisit son camp. Les antidreyfusards, très soudés autour de l état-major, martèlent des slogans nationalistes qui trouvent un large écho. La défense de la terre de France intègre souvent des réflexes antisémites. Un point de vue inverse se développe chez ceux qui donnent priorité aux droits fondamentaux de la personne humaine. 3. Les institutions les plus souvent mises en cause par les dreyfusards sont l armée et la justice. C est d abord l armée où les conseils de guerre ont rendu des verdicts injustes sur ordre d un état-major qui a réagi par réflexe de caste. Les officiers d état-major se sont cru au-dessus des lois. La justice civile qui aurait dû servir de contrepouvoir, n a pas joué son rôle. L armée est au cœur de la polémique parce qu elle a commis une erreur judiciaire qu elle a ensuite voulu imposer par tous les moyens, même les plus iniques. 4. Les Français sont déchirés par l affaire Dreyfus. Les passions politiques sont à leur comble, aiguisées par l engagement militant des journalistes, des caricaturistes et des écrivains. Les antidreyfusards, persuadés que Dreyfus est l espion traître à sa patrie, pensent défendre l honneur de l armée. La hantise de la revanche contre l ennemi allemand est bien présente. À l inverse, les dreyfusards, défenseurs des droits de l homme et du citoyen, cherchent à imposer la révision du procès. Les points de vue sont inconciliables. La République vit alors une crise majeure tant la fracture est large. Ce sont deux conceptions de l État qui s affrontent. Les institutions sont mises en cause de part et d autre. La tension est maximale en , lors du procès Zola et du procès de Rennes. 3. L affaire Dreyfus, un révélateur pour la République, p Doc. 12 : La Libre Parole a joué un rôle décisif dans le développement de l affaire. Fondée par Drumont en 1892 à la suite de l énorme succès de la France juive (1886), elle bénéficie d une large audience. En pleine enquête sur l origine du «bordereau», c est elle qui, le 1 er novembre 1894, annonce la culpabilité de «l espion» Dreyfus. Un coupable idéal puisqu il est juif. Le dessin nous montre des affairistes organisant un complot. Comme «Judas», Dreyfus reçoit, en sous-main, une bourse pour sa trahison. Le dessin fixe également les traits stéréotypés des visages afin de stigmatiser le bouc émissaire aux yeux du public. La répétition systématique de ces thèmes vise à mettre la communauté juive ou d origine juive à l écart de la nation. Drumont s appuie sur un fond xénophobe et construit une idéologie antidémocratique dont l objectif est de ruiner les valeurs libérales forgées pendant la Révolution. Son antisémitisme radical a fortement influencé de grands auteurs comme Barrès, Bernanos et Céline. Doc. 13 : On retrouve les idées de Drumont dans ce premier extrait. En attaquant sans retenue «la Juiverie» expression très péjorative l auteur prétend restaurer la puissance de la France en Europe. Il brandit le thème récurrent du complot sans l assortir d aucune preuve puisque, à ses yeux, le Juif est forcément le mal absolu. La violence de cet écrit peut amener à faire comprendre jusqu où peut conduire la logique antisémite qui annonce des lendemains funestes. Ce texte de Barrès, tiré de Ce que j ai vu à Rennes, le second procès Dreyfus, peut être étudié en parallèle puis- Thème 3 La construction de la République 61
62 qu il repose sur le même postulat : le Juif est néfaste a priori, donc coupable. Étranger par essence à la communauté nationale, il doit être combattu et banni. Comme dans le doc. 7 où il emploie déjà le terme de «race», Barrès forge une idéologie ouvertement raciste. Là encore, on peut faire mesurer quel danger de discrimination se profile dans cette logique de l exclusion. Rappelons que c est de l affaire Dreyfus que naît l idée du sionisme de Theodor Herzl. Doc. 14 : Paul Déroulède, ici au centre de l image, ceint de son écharpe tricolore il est député a fondé la Ligue des patriotes en D abord modéré, il se lance dans l agitation boulangiste antiparlementaire, ce qui vaut la dissolution de son organisation. Il prépare, dans une improvisation manifeste, un coup d État à l occasion des funérailles du président Félix Faure, le 23 février La scène est relatée dans Le Petit Journal. Les personnages du premier plan sont des ligueurs qui cherchent à entraîner les soldats vers l Élysée. Le comportement légaliste du régiment est relevé positivement. Déroulède sera acquitté, puis après une nouvelle tentative de sédition, condamné au bannissement pour dix ans en L incident, malgré l échec patent, montre bien jusqu où certains antidreyfusards ultranationalistes étaient prêts à aller, c est-à-dire jusqu à la disparition de la démocratie parlementaire. Cette scène tout comme celle de la réhabilitation de Dreyfus montre que l armée est loin de faire bloc avec les ligues antidreyfusardes et qu elle restera loyale vis-à-vis du régime. Doc. 15 : Jean-Denis Bredin livre ici un bilan somme toute positif de l affaire Dreyfus. Il y voit le triomphe de «l ordre républicain» et des idéaux démocratiques. Pour lui, les excès antidreyfusards, dans leurs méthodes et leurs discours, ont décrédibilisé pour longtemps leurs auteurs. Le soutien d une large fraction des catholiques, au camp antidreyfusard, a sans doute permis aux radicaux d imposer la séparation des Églises et de l État. De son côté, l armée a dû accepter le jeu démocratique : la démocratie et la justice ont fini par triompher. D autres lectures peuvent être avancées. La démocratie a été sauvée par les contre-pouvoirs et par une minorité agissante. Ses institutions et ses dirigeants se sont compromis ou ont longtemps hésité. De plus, la cassure idéologique est durable. Malgré sa défaite, le camp nationaliste garde ses convictions et ses méthodes. Elles ressurgiront dans les années 1930 avec les mêmes caractères et les mêmes slogans. L antisémitisme n a pas disparu loin s en faut. La République a montré ses fragilités. Doc. 16 : La réhabilitation de Dreyfus est obtenue par étapes. Le 12 juillet 1906, la Cour de Cassation, après une longue étude du dossier, reconnaît «que de l accusation portée contre Dreyfus rien ne reste debout», «annule le jugement du Conseil de guerre de Rennes» et, surtout «dit que c est par une erreur et à tort que cette condamnation a été prononcée». Ce jugement est décisif parce qu il rend à l homme sa liberté et son honneur. C est au tour de l armée de faire son mea culpa comme l indique la légende de la photographie. La cérémonie a lieu à l École militaire, à quelques pas du lieu de l humiliation. De capitaine dégradé, il est promu chef de bataillon, c est-à-dire commandant. Il deviendra lieutenantcolonel pendant la Grande Guerre. Doc. 17 : La statue se trouve dans le 6 e arrondissement, square Pierre-Lafue, à l intersection du boulevard Raspail et de la rue Notre-Dame-des-Champs. L inauguration, le 16 octobre 1994, a été présidée par le maire de Paris, Jacques Chirac. L intention de l auteur donnée en légende rejoint l appréciation de Charles Péguy (doc. 11). On peut citer également la reconnaissance officielle, le 7 septembre 1995, par l armée de sa responsabilité dans «une conspiration militaire». Enfin, en 2006, le centenaire de l arrêt de la Cour de cassation est inscrit au calendrier des célébrations nationales. 1. Les antidreyfusards, comme Barrès et Drumont, utilisent deux types d arguments. Tout d abord des arguments nationalistes : la campagne menée en faveur de Dreyfus aurait pour but de «déshonorer l armée» et d affaiblir la France. En second lieu des arguments racistes : les Juifs sont dangereux et traîtres parce que Juifs. Ils personnifient le mal. Grâce à la violence répétée des paroles, des images et des actes, il s agit, pour les antisémites, de transformer cette communauté en bouc émissaire. 2. La République est gravement mise en cause dans ses fondements. D abord, au niveau du droit de chacun à bénéficier d une justice honnête, équitable et impartiale. Ensuite, à celui de l égalité : parce que Juif, Dreyfus ne bénéficie pas de la présomption d innocence. Pour les antidreyfusards, il est forcément coupable. Cette volonté de discrimination s oppose à la fraternité. En définitive, ce sont des principes majeurs de la République qui sont directement rejetés. 3. Paul Déroulède, un ardent nationaliste, tente de renverser le gouvernement à l aide de l armée en profitant des obsèques du président Félix Faure. Avec ses amis ligueurs, il veut entraîner les troupes dans un coup d État. Il menace directement la démocratie mais il échoue devant l attitude de l armée qui reste disciplinée et attachée à la République, à l image du général Roget. 4. Malgré la violence des attaques antisémites, la campagne pour la réhabilitation de Dreyfus progresse. En 1899, après le procès de Rennes, le président Loubet le gracie. Enfin, en juillet 1906, il est définitivement réhabilité par la justice. L armée le réintègre : il reçoit la Légion d honneur. Le capitaine Dreyfus est lavé de tout soupçon : il retrouve tout à la fois sa dignité d homme et son honneur d officier. 5. Lors de l affaire, la République a montré sa fragilité. Mais le droit a fini par triompher. La démocratie a d abord été sauvée par les contre-pouvoirs. La classe politique a été longue à prendre ses responsabilités. Une recomposition profonde favorise la gauche en portant au pouvoir les dreyfusards. La République devient radicale. Les institutions civiles ont fonctionné si bien que l armée 62
63 a dû s incliner devant la justice. La défaite des catholiques intransigeants prépare la loi de séparation des Églises et de l État de Cependant, la résistance à l esprit républicain est forte ; un courant d extrême droite fortement structuré n a pas admis son échec. À terme, la République est renforcée : droits de l homme et défense de la patrie loin d être antagonistes, relèvent du même combat. BIBLIOGRAPHIE Birnbaum, P., L affaire Dreyfus. La République en péril, Découvertes Gallimard, rééd., 2004 Duclert, V., Alfred Dreyfus, l honneur d un patriote, Fayard, 2006 Bredin, J.-D., L Affaire, Fayard, rééd., 1994 L Histoire, «L Affaire Dreyfus. Vérités et mensonges», janvier Drouin, M., (dir.), L affaire Dreyfus de A à Z. Dictionnaire, Flammarion, 2006 FILMOGRAPHIE L Affaire Dreyfus, Film TV (2 x 100 min.) (1994). D après l oeuvre de Jean-Denis Bredin, l Affaire. Adaptation Jorge Semprun et Yves Boisset. Réalisation Yves Boisset. Les leçons du thème 1. La République : une démocratie, p Doc. 1 : Clemenceau, président du Conseil, se tient debout au premier rang du banc des ministres. De la tribune, Jaurès s adresse à la Chambre en invectivant les radicaux, tandis que la partie gauche de l assemblée, formée des élus socialistes, soutient son «tribun». Cette enceinte permet donc aux passions de s exprimer dans le respect des règles de la démocratie. Du haut du «perchoir», Eugène-Henri Brisson, radical comme Clemenceau, préside les débats. Doc. 2 : Les institutions de la III e République sont fixées par les lois constitutionnelles de L amendement Wallon sur le mode d élection du Président (janvier 1875), qui introduit le mot «république», est voté à une voix de majorité. À l origine, la fonction de président du Conseil n est pas prévue. Armand Dufaure est le premier à prendre, le 9 mars 1876, le titre de président du Conseil des ministres. D autre part, lors de la création du Sénat, 75 sénateurs étaient élus à vie. Les 225 autres l étaient, par de «grands électeurs». Il convient de bien distinguer la Chambre des députés de l Assemblée nationale d alors (Chambre et Sénat). Pour éviter les confusions, nous avons préféré sur cet organigramme l appellation d usage de «parlement» source de la notion d «antiparlementarisme». On ne peut pas dire que les lois cons- titutionnelles de 1875 définissent véritablement un «régime d assemblée». C est la pratique, qui l impose dans les faits après la dissolution manquée de Mac-Mahon en L abandon du recours à la dissolution réduit considérablement le rôle du président de la République. Doc. 3 : Le parti radical socialiste (ou parti radical) est le premier parti politique français fondé sous la III e République en Le mouvement radical existait avant cette date, il s exprime notamment dans le programme de Belleville formulé par Gambetta lors des élections de L affaire Dreyfus a marqué un tournant pour les radicaux, en posant les questions des droits de l homme et de la relation entre l État et l Église catholique. Le programme de 1907 illustre bien la pensée radicale : héritage de la Révolution, tout en rejetant le concept marxiste de lutte des classes ; défense de la propriété, tout en prônant un État régulateur intervenant dans le domaine social (instruction, rapports sociaux) ; laïcité ; renforcement du suffrage universel. Doc. 4 : Crées sous la Révolution, communes et municipalités n ont généralement pas, dans la première moitié du XIX e siècle, de bâtiment officiel. C est en 1884 que la loi fait définitivement du maire l élu du conseil municipal et lui impose de travailler dans une mairie spécialement affectée à cet emploi. La mairie est donc pour l essentiel une création de la III e République. Elle marque, avec l école, le paysage de chaque commune. Doc. 5 : La pratique de l affichage électoral est liée à la mise en place d une vie démocratique. De nombreux textes qui seront réunis dans un code électoral après la Seconde Guerre mondiale précisent les modalités de déroulement des élections. Les élections de 1885 au scrutin de liste voient les républicains obtenir 383 sièges grâce à leur alliance électorale et leurs adversaires 201. Mais, trois groupes d importance sensiblement égale s organisent, isolant les opportunistes entre les conservateurs et les radicaux et favorisant l instabilité ministérielle. La crise parlementaire favorise l action du général Boulanger qui veut remettre en question le régime. En février 1889 le mode de scrutin uninominal est rétabli. 1. Les députés sont élus au suffrage universel, direct et masculin. La Chambre peut renverser le gouvernement, qui est donc responsable devant elle : la France est une démocratie parlementaire. 2. Le parti radical veut que l État intervienne davantage dans les rapports sociaux, garantisse l égalité devant l instruction et la justice devant l impôt. Il souhaite que le suffrage universel soit mieux pris en considération et que la République reste laïque. 3. La démocratie parlementaire s appuie sur des bases locales : le conseil est le garant du bon déroulement des élections qui désignent les responsables des pouvoirs exécutif et législatif. La mairie est le cœur de la vie civique. 4. La III e République réunit les caractéristiques d une démocratie parlementaire : responsables désignés par le Thème 3 La construction de la République 63
64 suffrage universel, après des campagnes électorales ouvertes à plusieurs partis ; séparation des pouvoirs ; responsabilité politique du gouvernement face à la chambre des députés ; débats libres dans les assemblées. Mais les femmes restent privées du droit de vote. 2. L affirmation des grands principes républicains p Doc. 1 : Après les lois constitutionnelles de 1875 et la démission de Mac-Mahon en1879, la République devient réellement républicaine. La nouvelle Chambre élue après la dissolution de 1877 (la seule de l histoire de la III e République) vote, en 1881, sous le gouvernement Ferry, les premières mesures garantissant les libertés personnelles (réunion, presse). Il s agit de montrer combien la République est une construction législative. Doc. 2 : Sous le gouvernement du radical Sarrien, la CGT (Confédération générale du travail), pour réclamer la journée de 8 heures, annonce une manifestation à Paris pour le 1 er mai Clemenceau, alors ministre de l Intérieur, l interdit et fait arrêter les secrétaires de la confédération. Ainsi s engage le conflit entre le parti radical et la gauche ouvrière révolutionnaire. La diminution du temps de travail est une revendication essentielle du mouvement ouvrier. Doc. 3 : Appuyé par les grandes grèves du printemps 1936, Blum peut, quatre jours à peine après son entrée officielle en fonction comme président du Conseil, signer ces accords, importants non seulement sur le fond, mais aussi sur la forme : le gouvernement sert de médiateur entre patronat et salariés, l hôtel Matignon abritant la présidence du conseil. Une partie de ces acquis est remise en cause après la fin du Front populaire, en Doc. 4 : Les deux semaines de congés payés restent, dans les mémoires, la «mesure-phare» du Front populaire. La création du sous-secrétariat d État chargé des sports et des loisirs (confié à Léo Lagrange) suscite une politique globale du temps libre : réduction des tarifs de chemin de fer et des hôtels pour les vacanciers, création d auberges de jeunesse, de clubs de loisirs, subventions au théâtre populaire, encouragement des pratiques sportives C est le début d une nouvelle conception de l État, qui prend en compte le bien-être des individus. Doc. 5 et 6 : À l exemple du rapport Beveridge (1942) qui préconise un Welfare state accompagnant chacun «du berceau à la tombe», le gouvernement provisoire de la République française (GPRF), applique un programme social ambitieux dans un contexte politique favorable. La Sécurité sociale s appuie sur la conviction que les Français doivent être égaux et solidaires dans la protection contre les risques de la vie. Le Préambule de la Constitution de 1946 se fait l écho de cette exigence. En confiant la gestion des caisses maladie, vieillesse et retraite aux organisations professionnelles, Pierre Laroque son initiateur a voulu qu éloignée à la fois du système privatisé américain et du système étatisé soviétique, elle soit un modèle de citoyenneté sociale. 1. La République affirme les grandes libertés individuelles (de réunion, de la presse, d association) et syndicales. 2. Ce sont des droits sociaux. Ils portent sur les conditions de vie des personnes : droit aux loisirs, au repos. L État se préoccupe donc du bien-être des personnes. 3. Il est question des salariés, et plus particulièrement, dans l article 6, des ouvriers. 4. La Sécurité sociale est un organisme de protection sociale pour tous, financé par tous : elle relève du principe de solidarité. Elle protège de la précarité due à la maladie, à la maternité, à la retraite et aux arrêts de travail en versant des indemnités financées par les cotisations sociales. 5. La Seconde Guerre mondiale et la barbarie nazie ont déchiré le monde, et plus particulièrement l Europe. Le régime de Vichy, né de la défaite de 1940, a collaboré avec Hitler et a bafoué les droits de l homme. Il est donc nécessaire de réaffirmer ces derniers après la restauration de la République. 6. La République a instauré et garanti des libertés fondamentales. Celles-ci peuvent relever des Droits de l homme (liberté de la presse, de réunion et d association), du domaine syndical ou social (droit à la protection sociale, au travail, à la santé, à l éducation, aux loisirs ). Ainsi, la conception du rôle de l État évolue : l individu et son épanouissement sont eux aussi pris en compte. 3. La République, incarnation de la nation, p Doc. 1 : «Le triomphe de la République», sur la place de la Nation à Paris, est l œuvre d un ancien communard, ami de Rodin, Jules Dalou ( ). Le monument a été inauguré, avec un modèle en plâtre, pour les cérémonies du centenaire de la Révolution en 1889, puis avec la version définitive, en bronze, en La République, sur un globe terrestre placé lui-même sur un char, est encadrée par le Travail et la Justice, chacun avec un enfant symbolisant l Instruction (livre). Le char est tiré par deux lions, symboles du suffrage universel, guidés par le génie de la Liberté. À l arrière du convoi, la Paix distribue les fruits de l abondance. Doc. 2 : Cet ouvrage d instruction morale et civique s adresse à tous les enfants de l école publique, laïque, gratuite et obligatoire (leçon 5 p ). Il reprend la Déclaration des droits de l homme et du citoyen: la III e République se pose ainsi en héritière des principes de Ceci rassure également les possédants, car cette République, en réaffirmant la défense de la propriété et de l ordre, se situe bien dans la perspective de 1789, et 64
65 non dans celle de ou celle, plus récente, de la Commune. L instruction civique à l école est l occasion d une propagande militante en faveur d une république modérée, idéale, rassembleuse de la nation, dispensatrice d ordre et de paix. Doc. 3 : Ce document rappelle l origine du 14 juillet. On se reportera au tableau d Alfred Roll, p et au commentaire de l œuvre fait plus haut. Cette célébration fut l occasion, pour la jeune République, de rassembler la Nation autour de sentiments patriotiques, avec la distribution de nouveaux drapeaux aux régiments qui avaient perdu le leur en (tableau de J.-B. Édouard, p. 122), mais aussi l installation solennelle de la statue du lion de Belfort, place Denfert-Rochereau. Ce patriotisme nourrit également l expansion coloniale et le sentiment de revanche contre l Allemagne. Enfin, rappelons qu il s agit d un corrigé : il s adresse donc aux écoliers. Deux ans après les lois Ferry de 1882, l école est devenue un vecteur essentiel de la culture républicaine. Doc. 4 : Des femmes ont représenté la Liberté dès 1789, mais c est la République qui, en 1792, décide par décret de se représenter sous les traits de Marianne, femme vêtue à l Antique et couverte d un bonnet phrygien (signe distinctif des esclaves affranchis dans l Antiquité). Son nom de «Marianne» se serait imposé à la même époque. Après la Commune, la III e République veut «pacifier» Marianne en la coiffant d une couronne d épis de blé, plus «sage» que le bonnet révolutionnaire. Ses bustes se répandent dans les mairies. Néanmoins, la municipalité d Avignon en 1882 commande un modèle avec bonnet phrygien et écharpe rappelant les trois dates majeures de la République : 1789, 1848, Doc. 5 : Le navire de la République qui revendique la première expansion coloniale sous la monarchie, aborde la rive mi-africaine, mi-asiatique avec un rameau d olivier et une colombe. La France qui a renoué avec la prospérité cherche matières premières, débouchés pour son industrie et prestige international. Pour les républicains, la conquête coloniale doit permettre d étendre sur tous les continents les valeurs de la République. La «mission civilisatrice» se traduisit bien par des routes, chemins de fer, écoles, hôpitaux, l abolition de l esclavage. Cependant, ces réalisations, masquent difficilement l exclusion des colonisés du droit de vote, des postes à responsabilité, les spoliations, voire le travail forcé et même de véritables massacres. Clemenceau fut un des rares hommes politiques à dénoncer la «mission civilisatrice» des «races supérieures» envers les «races inférieures». Doc. 6 : La Marseillaise, proclamée chant national le 14 juillet 1795, avait été interdite sous l Empire et la Restauration. Elle fut remise à l honneur en 1830, puis rétablie hymne officiel en C est une commission composée de musiciens professionnels, diligentée par le général Boulanger (alors ministre de la Guerre) qui fixa définitivement la version «officielle» en Dans un contexte de mobilisation contre l Allemagne, le document fait allusion aux armées qui battirent les Autrichiens et les Prussiens lors des guerres révolutionnaires. Le fait que ce chant s appelât, à l origine, Chant de guerre pour l armée du Rhin, et qu il fût joué pour la première fois à Strasbourg, dans cette Alsace perdue (doc. 3) n est sans doute pas étranger à son adoption. 1. Ces allégories personnifient la République, comme source de paix, de prospérité et d abondance, de justice et de souveraineté populaire. 2. Il est question des libertés et droits fondamentaux : liberté individuelle, de conscience, égalité devant la loi, défense de la propriété, liberté de travail. Ce sont les principes hérités de la DDHC de La République apporte ses bienfaits (Progrès, Civilisation, Commerce) à tous les peuples de l Empire ; elle le fait dans la paix (elle tient un rameau d olivier et est survolée d une colombe), mais secondée par des soldats de différents âges, rappelant que la colonisation s inscrit dans la continuité nationale. Enfin, la présence de vaisseaux à l arrièreplan suggère la puissance et l avance technologique sur les peuples colonisés. Cette allégorie d une République civilisatrice sert de justification à la conquête et à la constitution d un vaste empire colonial français. 4. Le patriotisme est entretenu par le souvenir de la Révolution de 1789 (doc. 2 et 3), et également par le sentiment de revanche contre l Allemagne (doc. 3). 5. Les deux documents font référence à la Révolution française : ils veulent montrer que la III e République est l héritière de ses valeurs et qu elle les perpétue. 6. La République s est présentée comme l héritière et la continuatrice des valeurs de la Révolution (en contribuant au maintien et au développement des droits de l homme) tout en rassurant les modérés en les préservant de ses excès (protection de la propriété, respect des lois). Elle s est aussi approprié les valeurs de patriotisme, en prenant à son compte les plus grandes pages de l histoire de France (la domination de l Europe lors des guerres révolutionnaires, les premières conquêtes coloniales), en cherchant le soutien de l armée par l expansion coloniale, en entretenant le sentiment de revanche contre l Allemagne après la perte de l Alsace-Lorraine, vécue comme un drame national. Cette référence à la Révolution est constamment présente, avec des symboles hérités de cette période : l hymne national, le drapeau tricolore, la célébration du 14 juillet, Marianne L école publique a été un des vecteurs de cet attachement à la République. 4. La République en danger, p Doc. 1 : Le général Boulanger, ministre de la guerre est l espoir des nationalistes à la suite de plusieurs prises de positions retentissantes (affaire Schnaebelé, avril 1887) et de décisions populaires. Homme de belle prestance, il réunit sur son nom tous les mécontents (républicains Thème 3 La construction de la République 65
66 déçus, monarchistes, bonapartistes, la Ligue des patriotes ). Mis à la retraite, il est plébiscité dans plusieurs élections partielles. Député de Paris le 27 janvier 1889, il est pressé par ses partisans de marcher sur l Élysée. Hésitant, il fuit en Belgique, où il se suicide sur la tombe de sa maîtresse en C est la première manifestation d un nouveau courant anti-parlementaire français, qui se manifestera ensuite lors de l affaire Dreyfus. Doc. 2 : Les années 1890 sont marquées par une montée du mouvement anarchiste qui récuse l autorité de l État. Les anarchistes se manifestent, à partir de mars 1892, par des actions violentes essentiellement tournées contre les symboles du pouvoir. Ainsi une bombe explose à la Chambre des députés (décembre 1893) sans faire de victime. Mais l auteur de l attentat, Vaillant, est exécuté. Comme le Président Sadi Carnot a refusé sa grâce, il est assassiné par un autre anarchiste, Caserio, à Lyon, le 24 juin Le pouvoir fait alors voter deux lois répressives, appelées par la gauche «lois scélérates» parce qu elles confondent anarchistes et socialistes. Doc. 3 : La femme reste éternellement mineure sous la III e République. Pourtant, elle peut voter dans certains États des États-Unis, en Australie, en Norvège dès avant la Première Guerre mondiale. Celle-ci permet d élargir ce droit au Royaume-Uni, en Belgique Il faut attendre le Front populaire pour que des femmes intègrent le gouvernement comme sous-secrétaires d État : Irène Joliot-Curie (Recherche scientifique), Suzanne Lacore (Protection de l enfance) et Cécile Brunschvigg (Éducation nationale). C est l ordonnance du 21 avril 1944 qui leur accorde, enfin, ce droit fondamental qu elles pratiquent pour la première fois aux élections municipales du 29 avril Doc. 4 : La loi du 26 juin 1889 a renforcé le droit du sol : désormais, toute personne née sur le sol français de parents étrangers et, à sa majorité, domiciliée en France, devient automatiquement française. Cette mesure octroie des droits aux nouveaux citoyens (vote), mais impose aussi des devoirs, avec les obligations militaires. Mais c est le premier aspect de cette loi que retiennent des mouvements nationalistes, comme la Ligue de la patrie française. Ainsi, le problème de l immigration est particulièrement sensible dans le Sud de la France, où les Italiens sont nombreux : des émeutes anti-italiennes ont lieu à Aigues-Mortes en août 1893, où, dans un contexte de crise économique, les suites d un conflit entre ouvriers français et italiens des salines font au moins 8 morts et 50 blessés. Doc. 5 : L «affaire Stavisky» a ébranlé la République. Homme d affaire d origine russe et israélite, fondateur du crédit municipal de Bayonne, Stavisky détourne plusieurs millions de bons émis par cet organisme, gagés sur des bijoux volés ou faux. Ce scandale financier implique plusieurs personnalités de la classe politique éclaboussée par la mort suspecte de Stavisky. L enquête conclut au suicide. Cette crise provoque la chute du ministère Chautemps, remplacé par Daladier (30 janvier 1934). Sa volonté de changer de préfet de police de Paris (le titulaire, Chiappe, étant jugé trop favorable à la droite) exaspère l extrême droite. Le 6 février 1934, une manifestation, dirigée par l Action française et certaines ligues marche vers le Palais-Bourbon où éclate une fusillade qui fait 15 morts dont un policier. Daladier démissionne et est remplacé par Doumergue. Doc. 6 : L antisémitisme est virulent en cette fin de XIX e siècle. La France juive de Drumont, essai paru en 1886, est considéré comme le manifeste antisémite le plus systématique. La figure du «Juif errant», jamais vraiment intégré, est très présente dans la droite d alors, préparant le terrain des anti-dreyfusards dans l affaire qui débute deux ans après (doc. 13). 1. Ces actions s attaquent à l existence même de la République : le général Boulanger est tenté de la renverser par un coup d État, et les anarchistes s attaquent à la tête même de l État (Chambre des députés, président de la République). 2. Les suffragettes réclament le droit de vote, alors réservé aux hommes. Elles ne l obtiennent qu en 1944 et le pratiquent pour la première fois en L auteur dénonce l arrivée massive d étrangers qui, ditil, seraient des «rebuts» naturalisés contre leur gré et qui menaceraient non seulement les travailleurs français en prenant leurs emplois, mais aussi la souveraineté des électeurs en acquerrant le droit de vote. Ce discours est xénophobe, et même raciste. La loi critiquée est celle de 1889, qui renforce le droit du sol : toute personne née sur le sol français de parents étrangers et, à sa majorité, domiciliée en France, devient automatiquement française. 4. Les cibles des manifestants sont les députés corrompus dans l affaire Stavisky. Mais le mouvement dégénère en émeute en élargissant les critiques à toute la Chambre, et en s attaquant à son siège, le Palais-Bourbon, symbole de la République. C est une expression extrême de l anti-parlementarisme. 5. Un croisé (armure et bouclier ornés d une croix, masse d arme) écrase un Juif dont l image est caricaturée (nez crochu, sac d argent, tables de la Loi). C est de l antisémitisme. Les principes d égalité des hommes et de liberté de conscience sont ici bafoués. 6. Certains courants de pensée n ont jamais adhéré aux principes de démocratie parlementaire : ce sont ceux qui, au suffrage des urnes, ont préféré l usage de la force pour imposer leurs conceptions à la majorité des citoyens. Ils ont cru cela possible par des manifestations populaires dégénérant en coup d État (boulangisme) ou au moins en crise de régime (6 février 1934). Les anarchistes, sans prétendre à la prise du pouvoir, ont œuvré à sa destruction à la fin du XIX e siècle. 5. La naissance de la République laïque, p Doc. 1 : La salle de classe est un «temple du savoir» : cartes murales, bibliothèque, maximes La classe est mixte, d âge varié : il s agit d une classe rurale unique. 66
67 Doc. 2 : Celui qui fut ministre de l Instruction publique dans l éphémère «Grand ministère» Gambetta (14 novembre janvier 1882) était un adversaire acharné de l Église et de l enseignement catholique, partisan de l instruction primaire gratuite, laïque et obligatoire pour filles et garçons. Il présente ici ses conceptions de l instruction morale et civique qui est une sorte de «catéchisme républicain» : les enfants doivent non seulement connaître le fonctionnement des institutions mais aussi être persuadés que c est là le meilleur système possible. L école devient un vecteur de respect de la société et de stabilité sociale, tout en permettant aux meilleurs d émerger et de mettre leurs talents au service de la nation. Toutes ses idées furent appliquées peu après par Jules Ferry (lois de juin 1881 et de mars 1882). Doc. 3 et 5 : Grâce à son rapporteur, Aristide Briand, la loi du 9 décembre 1905 est un texte de compromis se situant à égale distance des catholiques les plus intransigeants et de l extrême gauche anti-religieuse. L art. 1 est révélateur à cet égard. Le plus fort des tensions religieuses a eu lieu avant. Tout d abord avec la loi du 1 er juillet 1901 excluant les congrégations du statut général des associations. Ensuite, avec celle du 7 juillet 1904 interdisant l enseignement congréganiste, même aux congrégations autorisées. Si la plupart des évêques se montrent conciliants, le pape Pie X, par ses encycliques Vehementer nos et Gravissimo officii (février et juillet 1906) n accepte pas l état de fait. Des heurts se produisent lors de certains inventaires prévus par l art. 3 (doc. 5). À la suite d un décès, Clemenceau y met fin. Doc. 4 : Ce témoignage est doublement intéressant. D une part, il montre la position d une confession minoritaire en France (il n y eut pas de heurts avec les protestants ni d ailleurs avec les juifs) qui approuve le projet de loi de séparation (inspiré de celui d un fils de pasteur, Francis de Pressensé). D autre part, il donne une définition de la laïcité, en écho à la fameuse déclaration de Jules Ferry plus de vingt ans auparavant : «Il ne s agit pas ici de voter pour ou contre Dieu : on ne vote pas Dieu dans les Assemblées». L État se désengage du domaine religieux, qui relève désormais de la sphère privée. 1. Cette photographie est représentative d une situation plus générale. L école met en avant l égalité des chances face à l instruction jusque dans les milieux les plus humbles, pour les garçons comme pour les filles. Elle montre aussi son attachement à des valeurs morales (cf. la maxime au-dessus du tableau) qui garantissent la cohésion de la société. L école est alors un enjeu car, jusqu en 1881, elle dépend souvent de religieux, hostiles à la République. Il s agit donc de gagner les jeunes générations au nouveau régime. 2. L instruction civique a pour mission non seulement de faire connaître le fonctionnement des institutions, mais aussi de convaincre de «la supériorité du régime démocratique». L école milite pour la formation de futurs républicains. Enfin, l idée de défense est brièvement évoquée («se dévouer, si nécessaire [ ] pour la défendre»). 3. L Église catholique voit se rompre les liens qui l unissaient à l État depuis le Concordat de Cependant, ce qu elle perd en salaire de ses ministres (ils étaient jusque là fonctionnaires), elle le gagne en liberté d action. Les locaux du culte devenus publics, peuvent être mis à la disposition des organisations cultuelles créées pour la circonstance. Notons que l Alsace-Moselle qui était allemande à l époque, est toujours de nos jours sous statut concordataire. 4. Il s agit d une définition de la laïcité : la pratique religieuse relève strictement du domaine privé, pas du domaine politique. Pour l auteur, la séparation, c est la liberté. Cette opinion est partagée par les protestants, par les juifs et certains catholiques. 5. Des fidèles catholiques gardent l entrée de leur église avec l aide de deux ours enchaînés Ils s interposent ainsi pour empêcher l inventaire de leur église, prévu dans l art. 3 de la loi de séparation. Cette scène peut donner une idée des tensions suscitées lors de ces inventaires, où la force publique fut parfois employée. 6. Avec la laïcité, la religion devient un domaine strictement privé où le pouvoir politique n a plus à intervenir, ni dans l organisation, ni dans le financement. L école, présente jusque dans les villages, instruit les élèves dans une morale laïque et républicaine : il s agit de les convaincre du bien-fondé des institutions qu il faudra respecter et, peut-être, défendre. De plus, s adressant à tous, garçons et filles, riches et humbles, urbains et ruraux, elles se revendique comme le lieu de l égalité d où les meilleurs s élèveront : c est l élitisme républicain. On se reportera avec profit aux indications bibliographiques des documents d accompagnement. Les sujets d étude [Approfondissements] du thème L année 1940 : la République emportée, p Démarche du sujet d étude Ce sujet d étude est proposé en approfondissement (après les leçons 1 à 5 p ). Ce parti pris est conforté par la position chronologique de l année Cependant, on peut le traiter en étude de cas en dégageant plusieurs problématiques qui font le lien avec les leçons : Les événements de l année 1940 mettent la République en danger. À quelles menaces et contradictions a-t-elle dû faire face? (leçon 4) En quoi la Résistance estelle porteuse des valeurs et de la symbolique de la démocratie et de la République? (leçons 1 et 3) En quoi, Thème 3 La construction de la République 67
68 paradoxalement, le régime de Vichy, par sa négation de la République, renforce t-il l attachement des Français à celleci? Plusieurs thèmes peuvent être proposés aux élèves pour la réalisation d un dossier documentaire en autonomie autour de l année «La France et l Allemagne en 1940» à partir du sujet d étude ; «L antisémitisme» en croisant ce sujet d étude et celui sur l affaire Dreyfus ainsi que les leçons 3 et 6 du thème 2 ; ou encore «Les Français dans la Seconde Guerre mondiale», avec le thème 2 1. Les Français sous le choc de la défaite, p Doc. 1 : L invasion de la France par l Allemagne a débuté le 10 mai La résistance de l armée s effondre. L avancée rapide de la Wehrmacht jette sur les routes des millions de personnes, Belges et Français. Ici, des familles désemparées avec ce qu elles ont de plus précieux dans un baluchon assemblé à la hâte. Insister sur l improvisation de ces départs où les gens se sentent abandonnés. Cet exode massif est l un des éléments qui entrent en compte, selon François Bédarida (doc. 14) dans «la désagrégation» des structures, sociales et politiques, en particulier. Ce n est pas par hasard si, le 17 juin, Pétain s adresse «aux malheureux réfugiés qui sillonnent nos routes». Cette compassion touche profondément les Français. Doc. 2 : Cette chronologie est exploitable tout le long du thème. Limitée aux événements militaires et politiques, elle permet de se situer de manière commode. Doc. 3 : Au Nord de la zone «non occupée», Vichy devient une capitale improvisée. Les accords d armistice sont passés avec l Allemagne, le 22 juin. Hitler impose ce découpage territorial. Dès juillet 1940, les Allemands installent des postes de contrôle aux frontières de 1871 de l Alsace-Moselle, marquant leur volonté d annexion, effective en De même, les deux départements du Nord et du Pas-de-Calais sont rattachés au commandement militaire de Belgique. La zone italienne est considérablement réduite par rapport aux ambitions du dictateur fasciste. Il faut insister sur le rôle joué par la ligne de démarcation, frontière intérieure qui permet un contrôle tatillon de l occupant. La France de Vichy, est un pays démembré et dominé où la souveraineté nationale relève de l invocation. Doc. 4 : Le 10 juin 1940, le gouvernement français a quitté la capitale. L armée allemande s y installe pour de longues années. Hitler en uniforme, entouré de son étatmajor, peut savourer sa victoire. Il faut rechercher, dans cette image de propagande, les éléments porteurs de sens pour les contemporains. Ce peut être l occasion d un rappel des relations entre les deux puissances. Le cliché, traité sur le mode épique, illustre l irruption de l image dans la guerre. Le sentiment de puissance qui s en dégage est à rapprocher des ambitions hitlériennes. Enfin, la Tour Eiffel bien sûr et l esplanade du Trocadéro, devenue place des Droits de l homme, symbolisent le rayonnement de la France et de Paris. Doc. 5 : Les tickets de rationnement vont accompagner les Français jusqu en La pénurie est imposée par la première phase des combats, la désorganisation de l appareil d État, et, bientôt, par les exigences du vainqueur. Les prélèvements de toute nature vont s accentuer avec la poursuite de la guerre. Les cartes d alimentation apparaissent pendant l été Ces tickets, valables pour deux mois, permettent, ici en 1940, d obtenir 600 g de viande par semaine. La ration sera de 120 g en Toutes les denrées de première nécessité, le pain, le riz par exemple, sont concernées. Doc. 6 : Un reporter allemand fixe la scène d un transfert vers l Allemagne. La file de soldats français, les bras levés, est photographiée de dos, ce qui accroît l impression d effondrement. Les hommes de troupe et les sousofficiers sont dirigés vers des Stalag, les officiers vers des Oflag. Pendant la retraite, près d un million et demi de militaires sont faits prisonniers par la Wehrmacht, essentiellement pendant la dernière semaine de la guerre, c est-à-dire après le 17 juin. Les captures massives enlèvent aux négociateurs français toute velléité de résistance à Rethondes. Elles fragilisent la position des parlementaires qui auraient voulu poursuivre la lutte. Cette masse énorme d otages devient un atout maître dans la main du vainqueur. Pétain et Laval espèrent, en vain, leur retour prochain dans les foyers. Le prisonnier, enfant chéri de Vichy, devient le symbole du pays meurtri dont la flamme patriotique ne s éteint jamais. L absence des hommes pèse sur les conditions de vie quotidienne. 1. Civils et militaires français souffrent cruellement de l invasion allemande. Ainsi, dans le doc. 1, les familles fuient sur les routes, dans le plus grand désordre, devant l armée allemande. Hommes, femmes et enfants marchent en emportant ce qu ils ont pu sauver. De la même façon, des soldats français en uniforme, avec casque et sac au côté, avancent en levant les bras sous la surveillance de militaires allemands (doc. 6). Ils marchent vers l Allemagne où ils vont rester prisonniers. L exode (doc. 1) se produit en mai-juin 1940, après l attaque allemande sur la Meuse. Les civils fuient vers le Sud pour se mettre hors de portée de l ennemi. La capture et le transfert des soldats vers l Allemagne s opèrent en juin La présence allemande se manifeste d abord par l entrée de l armée allemande et d Hitler en personne à Paris. Le fait de voir les grands chefs nazis parader au Trocadéro (doc. 4), près de la Tour Eiffel, accable les Français. Le triomphe de l Allemagne nazie paraît complet. Le territoire national est démembré. L Allemagne impose une occupation sur la zone Nord, laissant à Vichy, siège du gouvernement français, le contrôle de la «zone libre». L Alsace-Lorraine et le nord de la France sont détachés par le vainqueur qui affaiblit systématiquement le pays. 68
69 Une ligne de démarcation, gardée par l armée allemande, coupe la France en deux, d Ouest en Est (doc 3). 3. Ces tickets de viande de septembre-octobre 1940 donnent une idée de l ampleur des sacrifices imposés aux Français. Ils sont dus aux pénuries de denrées alimentaires. Ces restrictions s expliquent par les combats, par l exode, par le départ des hommes valides qui sont détenus en Allemagne et par les livraisons à l occupant. 4. La défaite militaire devant l Allemagne nazie, en mai et juin 1940, a de lourdes conséquences sur la vie quotidienne des Français. Massivement, des familles ont abandonné leur domicile dans l exode. Elles doivent s adapter et réapprendre à vivre. En zone occupée, l armée allemande est omniprésente. Les passages entre les zones sont étroitement surveillés. Tout le littoral est sous contrôle. Pour vivre, pour travailler ou pour circuler, il faut se soumettre aux règles de l occupant. La détention de centaines de milliers de prisonniers en Allemagne pose d énormes problèmes. Les hommes partis, les femmes doivent prendre à leur charge les travaux agricoles les récoltes de l été 1940 en particulier, le travail à l usine. L État impose aussi des tickets de rationnement, si bien que la préoccupation majeure est de trouver un minimum vital pour nourrir toute sa famille. Survivre devient une obsession quotidienne. 2. La mise en place de la collaboration, p Doc. 7 : Cet acte constitutionnel a été préparé par le vote solennel des parlementaires, le 10 juillet 1940, au grand casino de Vichy. 569 députés et sénateurs ont confié les pleins pouvoirs constituants au maréchal Pétain. 20 se sont abstenus et 80 ont voté contre. Ce projet de loi, arrêté le 8 juillet par le Conseil des ministres, est inspiré par Laval. Les 11 et 12 juillet, Pétain peut, l horizon ainsi dégagé de toute contrainte, mener à terme son projet de régime autoritaire où il cumule tous les pouvoirs. La III e République meurt juridiquement à cette occasion. En réalité, il n y eut pas de véritable constitution. Ce simple texte se contente d entériner une situation de fait en confiant au chef de l État les pleins pouvoirs exécutif et législatif, à une réserve près, la déclaration de guerre. L origine de cet acte est à rechercher dans la demande d armistice de Pétain qui crée les conditions de sa prise de contrôle du pouvoir. Sur le plan idéologique, le texte du 11 juillet représente la revanche tant attendue de la droite anti-parlementaire dont les racines plongent dans les thèmes césariens développés à la fin du XIX e siècle et dans les années Doc. 9 : L iconographie de la Révolution nationale triomphe dans l été Dans une première phase, elle est bâtie autour du maréchalisme. L icône de Pétain, le héros de la Grande Guerre, s impose, reprenant la tradition patriotique (les trois couleurs) et superposant en douceur de nouveaux symboles (la francisque, une devise en triptyque). La femme procréatrice et l enfant, au centre, sont l objet de toutes les sollicitudes du régime. Le peuple au travail perpétue les vertus ancestrales. Le culte de la personnalité comble un vide pour une opinion désorientée qui accepte la logique de l armistice et qui voit en Pétain un guide et un bouclier. Doc. 8 et 10 : L entrevue a été préparée, le 22 octobre, par un entretien entre Laval et Hitler. Le personnage au centre est l interprète. Le ministre des Affaires étrangères du Reich, Von Ribbentrop, assiste à l entrevue. Cette photographie montre que la collaboration est initiée au plus haut niveau. La propagande allemande l a abondamment exploitée. Sur le fond, quoiqu en dise Pétain dans son allocution, les deux parties ne sont pas au même niveau. D abord, c est la France de Vichy qui a sollicité cette rencontre. En effet, il s agit d obtenir une base de négociation pour normaliser les relations franco-allemandes. Pétain est amené à faire des propositions concrètes pour soulager l effort de guerre allemand. Hitler ne promet rien en contrepartie. Il a obtenu ce qu il voulait : obliger la France à accepter son vainqueur de plein gré et à la face du monde. Ainsi «la collaboration», va dans le sens des objectifs du Reich. L échec est complet pour la diplomatie vichyssoise. Ces deux documents peuvent être expliqués en parallèle pour montrer le contexte général et les grands enjeux du conflit en Ils posent aussi le problème de la nature de ce régime collaborateur. Doc. 11 et 13 : Vichy veut exclure tous ceux qui sont englobés sous le vocable d anti-france : étrangers, Juifs, francs-maçons, communistes La politique antisémite de l État français, on le sait depuis les recherches de l historien Robert Paxton, ne répond à aucune exigence allemande. Les deux documents proposés montrent la précocité et la radicalité de l antisémitisme d État. Le premier statut des Juifs, du 3 octobre 1940 un second le durcit en juin 1941 introduit le terme de «race», si bien que, pour la première fois en France, des citoyens, désignés par leur naissance, sont mis à l écart de la communauté. On voit bien le fond antisémite qui se manifeste violemment chez certains Français comme Rebatet (doc. 12). Les Juifs étrangers sont maintenus dans des camps, souvent dans la zone Sud, sur ordre des préfets qui procèdent à un internement administratif par la loi du 4 octobre. On rassemble des milliers d hommes, de femmes et d enfants, futures victimes des camps d extermination. Ce sont les douaniers et les gendarmes français qui accomplissent ces basses besognes comme l atteste la photographie. Doc. 12 : Lucien Rebatet, d abord journaliste à L Action française, s impose à la rédaction de Je suis partout en 1932, journal qu il réactive en Il se convertit au fascisme dès Les Décombres, qui retracent le temps de la défaite, paru en 1942, fut un énorme succès de librairie. Cet extrait permet de saisir l outrance verbale de l auteur qui se revendique haut et fort du fascisme. On perçoit aussi le rejet viscéral de tout ce qui est Juif à ses yeux. Il développe la thèse de la décadence de la France et ne voit de solution que dans l ultra-collaboration, ce qui Thème 3 La construction de la République 69
70 implique une entrée en guerre aux côtés de l Allemagne nazie contre la démocratie honnie. C est pourquoi, ce fervent collaborationniste n a pas de mots assez durs pour les Vichystes, présentés comme des politiciens timorés. C est peut-être l occasion de faire sentir les divergences de vue et de sensibilité dans un camp présenté souvent de manière uniforme et réductrice. Rebatet est arrêté le 8 mai 1945, tout un symbole. Doc. 14 : François Bédarida, historien des relations internationales, propose une réflexion de fond sur l impact de la défaite de Comment un événement militaire a- t-il pu mettre en péril, de manière radicale, les valeurs républicaines? Il attribue un rôle essentiel au ressort psychologique qui s est brisé. Au-delà, l auteur insiste sur l effondrement des structures, des repères auquel s ajoute la pression nazie. Le terme de nation, qui revient à trois reprises, est là pour signifier l interrogation majeure. C est à un faisceau de facteurs qu il faut s intéresser afin de montrer la complexité de l analyse. Du reste, Bédarida s interroge comme s interrogeait déjà Marc Bloch dans L Étrange défaite. 1. Sous le régime de Vichy, les pouvoirs sont concentrés, selon la loi constitutionnelle du 11 juillet 1940, dans la seule personne du chef de l État français. Ce dernier dispose tout à la fois de la plénitude du pouvoir exécutif (alinéa 1, 3) et du pouvoir législatif (2) ; seule restriction, il ne peut déclarer la guerre sans l accord du parlement. Dans la pratique, le chef de l État intervient dans le domaine administratif (4), militaire (4, 5), judiciaire (6), diplomatique (7) et dans celui du maintien de l ordre intérieur (8). 2. En médaillon, au centre, Pétain est d abord le maréchal les sept étoiles, le vainqueur de Verdun de 1916, couronné de lauriers. Placé au dessus du peuple en paix, il est aussi le sage qui regarde vers l avenir d un air assuré. La propagande de la Révolution nationale donne de Pétain l image sublimée du sauveur de la nation. La devise Travail, Famille, Patrie remplace la devise républicaine Liberté, Égalité, Fraternité. La France tourne le dos à la République. 3. Le terme de collaboration est ici utilisé dans le sens courant ; c est l idée de coopérer, de travailler en commun. Pétain prétend que la France qui reste «souveraine» n est pas soumise à son vainqueur (d où la formule : «Je n ai subi aucun diktat», mot qui rappelle le traité de Versailles, imposé par la France à l Allemagne en 1919). En réalité, Pétain reconnaît que «l armistice» impose «de nombreuses obligations» à son pays. Son objectif est d établir une paix durable avec le partenaire qu est Hitler, en espérant obtenir des compensations et alléger l occupation. La caricature du journal anglais, le Daily Miror, se moque de Pierre Laval, la grenouille, qui vient frapper à la porte de l Allemagne nazie avec un bouquet de fleurs. Laval est présenté comme l initiateur de la collaboration à sens unique. 4. L écrivain Lucien Rebatet est ouvertement et idéologiquement fasciste. Il poursuit plusieurs objectifs : à l extérieur, faire la guerre à l Angleterre aux côtés de l Allemagne, à l intérieur, lutter contre les Juifs et faire une véritable «révolution» pour instaurer un nouvel ordre. Rebatet veut ainsi accélérer la collaboration, d où le terme d «ultra» utilisé pour le qualifier. On parle aussi de «collaborationniste». 5. Ces deux lois d octobre 1940 lancent la persécution des Juifs français ou étrangers. La loi du 3 octobre fait des Juifs une «race» à part, mise à l écart de la nation. Cette discrimination est imposée par l État français. La loi du 4 octobre permet aux préfets d interner les Juifs étrangers dans des camps, à l exemple de celui de Pithiviers. On aperçoit des Juifs devant des baraquements, parqués derrière une palissade et gardés par des gendarmes comme des criminels. 6. L historien, François Bédarida, qualifie 1940 d «année terrible». Il avance plusieurs explications pour justifier cette expression. Les Français ont été profondément meurtris par la défaite qui leur a fait perdre tout repère. De plus, de manière stupéfiante, les structures du pays se sont effondrées. Plus gravement encore, la France a perdu toute cohésion : la voilà menacée dans son «identité» alors que l Allemagne accentue sa pression. 7. En 1940, la France de Vichy, dirigée par Pétain et Laval, choisit la collaboration avec l Allemagne nazie. Cette politique, justifiée par le maréchal devant les Français, revêt plusieurs aspects. Elle est militaire à cause des conditions imposées par l armistice ; elle est financière puisque la France doit payer des frais d occupation ; elle est politique parce que l État français prend des engagements ; elle est symboliquement mise en scène par la poignée de mains de Montoire. Les dirigeants français croient dans la victoire de l armée allemande et espèrent tirer bénéfice à terme de leur engagement. En réalité, ils renforcent l ordre hitlérien et menacent l unité de la nation. 3. Les débuts de la Résistance, p Doc. 16 : Les patriotes qui ont rejoint le général de Gaulle, parfois dès le 19 juin, prennent le nom de «Français libres». Il s agit de militaires démobilisés et de jeunes hommes qui ont rejoint l Angleterre. Fin juillet 1940, les effectifs de la France Libre atteignent hommes. C est beaucoup puisque de Gaulle est parti de rien, c est très décevant au regard des espérances soulevées par «l appel». Les témoignages des FFL survivants convergent sur la motivation avant tout patriotique plus qu idéologique de leur engagement. Doc. 17 : L appel du 18 juin est le document patrimonial par excellence. C est l occasion de montrer l impact tout relatif de la radio anglaise en France. Ce discours n a pas été enregistré par la BBC. Inversement, montrer combien de Gaulle et les siens ont compris, dès l origine, la néces- 70
71 sité de mener une guerre des ondes. L aide, aussi, très importante apportée par Churchill à celui qui n est encore qu un rebelle et un inconnu : le 28 juin, il le reconnaît comme «chef de tous les Français libres». Sur le fond, «l appel» s appuie sur un raisonnement géopolitique. On chercherait en vain toute référence idéologique. Enfin, c est dans ce discours que pour la première fois apparaît le mot de «Résistance». Doc. 18 : Cette affiche, placardée à Londres en juillet 1940 en vignette, en bas, la version anglaise synthétise l esprit de «l appel du 18 juin» en y ajoutant une formule qui fera fortune («La France a perdu»). La forme, une affiche blanche de mobilisation, rehaussée d un liseré tricolore et de drapeaux, a pour fonction de toucher la fibre patriotique du lecteur. Les mots évitent avec soin toute référence politique : celui de République n apparaît pas, en revanche sont utilisés «France» et «patrie». Le message repose sur le contraste liberté/servitude. La mention du grade comme celle d un quartier général contribuent à affirmer une démarche qui ne tient, pour l instant, que par la volonté de son initiateur et le soutien de Churchill. Radio, affiches : les ressources de la communication sont utilisées pour accompagner la création de «la France libre». Doc. 19 : Le tract de Charles Tillon, du 18 juillet 1940, a été distribué à quelques milliers d exemplaires à Bordeaux. La légende fournit des éléments biographiques. Elle montre aussi l émergence d un courant qui prendra toute sa place dans la lutte clandestine. Tillon a un passé de militant communiste : mutin de la mer Noire en 1919, il soutient le Front populaire et l Espagne républicaine. En , Tillon ne suit pas la ligne pacifiste et pro-soviétique du parti après le pacte germano-soviétique. Il s oppose ainsi à Maurice Thorez qui n engagera le parti dans la lutte qu en juin Refusant la passivité, il appelle à la résistance. Cet extrait du «manifeste» illustre la synthèse des idéaux communistes et des valeurs patriotiques réalisée par cette fraction du PCF, alors marginale. Doc. 20 : Le document présenté est la transcription d un manuscrit dont il respecte la mise en page. Il révèle toute la fragilité de cette manifestation en même temps que son importance symbolique. L ampleur de la répression est à la hauteur du défi : arrestations, fermeture des universités, limogeages. Doc. 21 : Cette petite revue Résistance diffuse, depuis décembre 1940, les idées du réseau des savants du musée de l Homme, à Paris. Le groupe rassemblera jusqu à 300 personnes et diversifiera ses activités : renseignement militaire, aide aux aviateurs britanniques et aux prisonniers évadés. Comme le montre cet exemple, l écrit est au cœur de l activité de propagande. Maurice Vildé fait référence à un «Comité national de Salut public» dont l évocation doit marquer le lecteur. Un journal baptisé également Résistance est créé à Paris en octobre 1942 par Marcel Renet. Ce second Résistance constitue ensuite un mouvement en zone occupée. Doc. 22 : Cet arrêt de la cour martiale a été placardé dans le dessein de terroriser la population. Une plaque rappelle à Troyes le sacrifice de Raymond Hossatte, premier résistant de l Aube exécuté dans le département. C est par ces affiches bilingues que les autorités allemandes annoncent ou relatent les exécutions de ceux qui sont désignés comme saboteurs, francs-tireurs, terroristes (voir également doc. 3 p. 68). En septembre 1941, après l assassinat d un officier allemand à Paris, la solution des otages est utilisée systématiquement par l armée allemande. Cette politique de la terreur produisit auprès de la population le résultat contraire à l effet recherché. 1. Pour le général de Gaulle, la France doit poursuivre le combat (doc. 17). Pourquoi fait-il le choix de la guerre? Pour lui, la France a de sérieux atouts : son empire, la puissance maritime, coloniale de son allié britannique, enfin, le soutien de l économie américaine. Son analyse diffère radicalement de celle de Pétain qui considère, dans le cadre strictement européen, la victoire nazie comme acquise. La France du maréchal veut devenir un partenaire du vainqueur afin d en obtenir des concessions (doc. 10). Pour de Gaulle, qui raisonne à l échelle planétaire, la défaite subie par l armée française s explique par la supériorité matérielle et tactique de la Wehrmacht. En conséquence, l essentiel est de forger les armes de la revanche. L affiche apposée à Londres le 3 août 1940 (doc. 18) fait penser à une affiche officielle de mobilisation. De Gaulle emploie un ton solennel, des termes pathétiques capables de rassembler la nation autour de lui. 2. Les motivations de ces premiers résistants sont multiples. L amour de la patrie est constamment présent (doc. 19, 20, 21). La libération du sol métropolitain apparaît comme un devoir sacré. Chacun veut préserver l identité nationale en perpétuant une tradition de grandeur et de sacrifice pour son pays (doc. 19, 20, 21). On trouve aussi des motivations morales : préserver sa liberté, sauvegarder sa dignité d homme face à l oppression, en un mot rester debout dans l épreuve (doc. 19, 20, 21). Les motivations idéologiques peuvent être présentes (doc. 19) : elles animent les résistants communistes. Dans leur diversité, toutes ces initiatives convergent vers un but commun. Ces hommes ou ces femmes risquent leur vie en s engageant ainsi à résister à Vichy et à l occupant (doc. 22). En effet, en zone occupée, les autorités allemandes pratiquent une répression impitoyable, espérant briser net toute tentative de révolte. Cette affiche indique que le châtiment réservé par les nazis à un résistant qualifié de «saboteur» ou de terroriste est la mort. Ce sera le cas pour les étudiants parisiens qui ont voulu commémorer l armistice du 11 novembre En placardant cet avis l occupant veut marquer les esprits. 3. Au début de la Résistance, les moyens utilisés pour continuer le combat sont, très disparates. La France libre, le mouvement du général de Gaulle utilise les médias, la guerre des ondes radiophoniques grâce à l aide de la radio anglaise, la BBC (doc. 17). Parallèlement, de Gaulle Thème 3 La construction de la République 71
72 cherche à constituer une petite armée, les Forces françaises libres (FFL), qui devra participer à la libération avec ses alliés (doc. 16). En métropole, où la présence allemande est dissuasive (doc. 22), les premiers résistants cherchent d abord à interpeller leurs concitoyens par voie de tract (doc. 19, 20), d affiches, de petits journaux (doc. 21), de manifestations symboliques (doc. 20) afin de provoquer une prise de conscience. Leurs moyens sont dérisoires, les réseaux sont très vulnérables, mais leur détermination est entière (doc. 19, 20, 21). 4. Les premiers résistants, qu ils soient engagés à Londres auprès du général de Gaulle ou bien sur le territoire métropolitain, manifestent une volonté peu commune. S ils choisissent de risquer leur vie dans ce combat dont l issue paraît bien incertaine en 1940, c est qu ils sont animés par de très fortes convictions. Indéniablement, les valeurs patriotiques, indépendance, intégrité du sol national, souveraineté, sont dominantes. Tous les mouvements, tous les individus, des gaullistes aux communistes inclus, ressentent le même désir de chasser l occupant. Le ciment de la résistance se retrouve dans cette volonté partagée. Les valeurs démocratiques sont moins souvent évoquées. Néanmoins l aspiration à la liberté ainsi que le refus de toute forme d oppression rapprochent des résistants encore très dispersés dans l action quotidienne. Les droits de l homme ne sont pas évoqués en tant que tels pas plus que les préoccupations politiciennes. C est l heure du réveil. Entretenir l espoir, voilà la priorité. Azéma, J.-P., Bédarida, F. (dir.), La France des années noires, coll. Points Histoire, Le Seuil, 2000 Bertin-Maghit, J.-P., Les documenteurs des années noires, Nouveau monde, 2004 Burrin, Ph., La France à l heure allemande, , coll. Points Histoire, Le Seuil, 1997 Laborie, P., L opinion française sous Vichy, les Français et la crise d identité nationale, , coll. Points Histoire, Le Seuil, 2001 La Défense nationale, un enjeu pour la République, p Démarche du sujet d étude À la différence des autres sujets d étude, «la Défense nationale» s inscrit dans un cadre chronologique qui déborde largement celui de la partie A du thème dans lequel il s inscrit (Moments et actes fondateurs ( ). En effet, il envisage l évolution de notre défense de 1880 à nos jours. D autre part, il dilate le champ géographique puisqu il intègre la dimension européenne. Le traitement du sujet d étude en approfondissement (après les leçons 1 à 5 p ) tel qu il est proposé permet de revenir principalement sur une thématique abordée dans les leçons : la place de la défense dans la construction de la République autour du lien armée-nation. En effet pour les républicains, le service militaire a été un des vecteurs essentiels, avec l école, de construction du modèle français de citoyenneté et d intégration. Le traitement proposé du sujet d étude en amont du thème selon la démarche de l étude de cas reprendra le premier point de l encadré de Faire le point sur le sujet d étude, p. 127 en proposant comme piste de contextualisation : En quoi le lien armée-nation constitue-t-il un élément essentiel de la construction de la République? (leçons 1, 3 et 4). Plusieurs thèmes peuvent être proposés aux élèves pour la réalisation d un dossier documentaire en autonomie autour de la défense nationale : «L armée et la nation» à partir du sujet d étude, mais aussi de «l affaire Dreyfus» et de «l année 1940». «La défense du territoire français de 1880 à 1940» à partir du sujet d étude et des leçons de ce thème mais aussi du thème 2 : guerres et paix ( ) 1. Armée et Nation, p Doc. 1 : La loi du 6 juillet 1880 fait du 14 juillet la fête nationale de la République. Celle-ci commémore la fête de la Fédération (14 juillet 1790). L accent est mis, dès le début, sur le caractère patriotique et militaire de la manifestation. Elle concerne toutes les communes. En 1880, pour le premier 14 juillet, le ministre de l Intérieur prescrit aux préfets de veiller à ce que cette journée «soit célébrée avec autant d éclat que le comportent les ressources locales». À Paris, dans le programme prévu, deux cérémonies importantes doivent dominer la journée : la distribution des nouveaux drapeaux à l armée et l inauguration, sur la place de la République de la statue de la République des frères Morice. Pour le défilé militaire, le champ de Mars est abandonné au profit de l hippodrome de Longchamp. Devant spectateurs et en présence du président Jules Grévy, le ministre de la Guerre distribue de nouveaux drapeaux et étendards. Ce tableau est à mettre en relation avec celui d Alfred Roll (p ). Le message est clair : dix ans après la défaite, la France, grâce à la République se tourne résolument vers l avenir confiante dans sa richesse, sa force et sa vitalité. Doc. 2 : Mise en place par la loi Jourdan en 1898, la conscription n est véritablement instituée que par la loi du 21 mars 1905 qui crée un service militaire universel masculin, obligatoire et égal pour tous. La conscription marque durablement la société française. Beaucoup de traditions et coutumes se sont constituées autour d elle. Avant l incorporation: défilé des conscrits enrubannés, charivaris avec repas copieux, libations, tapages nocturnes et autres débordements. Mais aussi pendant le service : initiations des bleus, traditions des chants de chambrée et à l approche de la «libération» : la quille du 72
73 libérable et le cercueil du Père Cent. La conscription s impose comme un rite de passage à l âge adulte. Doc. 3 : Avec le déclenchement de l insurrection algérienne en 1954, le gouvernement français doit envoyer des renforts pour maintenir l ordre. En 1956, le cabinet Guy Mollet décide d appeler le contingent. La durée de service passe de 6 à 9 mois puis à 24 mois en appelés servent en Algérie en Ils assurent des missions de protection et de maintien de l ordre. Le recours au contingent dans une guerre de décolonisation impopulaire fragilise le lien armée-nation et entraîne la montée de contestations. Cependant, ce sont les appelés qui refusent de suivre la tentative de putsch des généraux les avril 1961 et la font échouer. L expérience de la guerre d Algérie nourrira pendant des années l argumentaire anti-militariste. Doc. 4 : Avant 1905, la durée du service aux armées est longue, mais elle ne concerne pas tous les Français. On a recours à une conscription allégée qui laisse une grande place aux exemptions et aux remplacements. Dans sa forme moderne le service national est mis en place en 1905 avec une loi imposant le service personnel, égal et obligatoire. Sa durée est fixée à deux ans. La tendance générale de la durée du service est à la baisse sur l ensemble de la période. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, les nécessités de la guerre moderne diminuent les besoins en hommes. La suspension du service national en 1997 traduit l évolution des conceptions nouvelles d une défense qui s appuie sur une armée professionnelle, moins nombreuse et plus qualifiée. 1. Historiquement, c est dans la fête de la Fédération (14 juillet 1790) qui met l armée à l honneur, que la fête nationale trouve sa référence. Héritée de la Révolution, la conscription fait de l armée française une armée de citoyens. La présence de l armée lors des cérémonies très populaires du 14 juillet (défilé militaire) souligne le lien entre armée et nation. 2. En France, la conscription a été un outil d intégration de l ensemble des populations vivant sur le sol français. En partageant une expérience commune au service de leur pays, des jeunes d horizons très différents ont appris à se reconnaître les uns et les autres comme Français. 3. Voir la présentation du doc À travers les appelés du contingent, c est la nation tout entière qui remet en cause sa participation au conflit. Pour beaucoup, le territoire national est limité à la métropole et non à ce territoire lointain qu est l Algérie. Il s agit aussi d une guerre de décolonisation. Les appelés n avaient pas été mobilisés lors du conflit indochinois. L engagement des appelés dans ce conflit impopulaire a pour conséquence de fragiliser le lien entre la nation et l armée. 5. L idéal du soldat-citoyen est né de la Révolution française. Il est réaffirmé par la III e République lors de l institution du 14 juillet comme fête nationale. Il a été l objet de débats, notamment sur la durée du service militaire. C est vraiment à partir de 1905 que le principe du service obligatoire et universel est appliqué. Ce service militaire est alors un temps fort dans la vie de plusieurs générations de jeunes et un aspect essentiel du modèle français d intégration et de citoyenneté. 2. De la Défense des frontières à la défense globale, p Doc. 5 : La ligne Maginot est un dispositif complexe organisé en profondeur depuis la frontière. Elle a pour fonction de garantir l intégrité du territoire national en le protégeant d une nouvelle invasion allemande. À noter que l Allemagne a construit un système de défense symétrique : la ligne Siegfried ou Westwall. Doc. 6 : Il est à mettre en relation avec le doc. 10. Le discours de Jacques Chirac permet de préciser les orientations de la défense nationale aujourd hui : assurer la sécurité du territoire et de ses populations, de ses biens et de ses ressources, mais aussi la sécurité des approvisionnements et la défense des pays alliés. Les forces nucléaires, comme les forces conventionnelles, sont un élément du dispositif de dissuasion qui s inscrit dans une défense globale. Doc. 7 : L évacuation des ressortissants français de Côte d Ivoire en 2004 entre dans le cadre de l opération Licorne qui désigne la participation des forces armées françaises, sous commandement français, à l opération des Nations unies en Côte-d Ivoire. L opération Licorne a commencé dès septembre 2002 avec le début des événements de Côte d Ivoire, en dehors des Nations unies, dans le cadre de l accord de coopération militaire entre les deux pays. Doc. 8 : Le plan Vigipirate est un dispositif de sécurité destiné à prévenir les menaces ou à réagir face aux actions terroristes. Sa création remonte à 1978 au moment où l Europe connaît une vague d attentats. Le plan a été déployé pour la première fois en Aujourd hui, le plan Vigipirate retient quatre niveaux d alerte. À chacun de ces niveaux, définis par une couleur (jaune, orange, rouge, écarlate), le gouvernement déclenche une série de mesures pour atteindre un objectif déterminé. Le niveau le plus élevé est le niveau écarlate qui vise à «prévenir le risque d attentats majeurs [ ] pouvant [ ] provoquer des effets dévastateurs, et [à] mettre en place les moyens de secours et de riposte appropriés». Lors des attentats à Madrid du 11 mars 2004, le plan Vigipirate est passé au niveau rouge pour les gares et la SNCF. Doc. 9 : Le graphique traduit les conséquences de la suspension de la conscription et de la professionnalisation des armées, décidées par Jacques Chirac, en février 1996 et organisées par la loi du 28 octobre Volontaires et civils succèdent aux appelés. La professionnalisation des armées répond aux nouvelles réalités géostratégiques nées, en particulier, de la fin de la Guerre froide : la menace d une attaque directe du territoire ouesteuropéen a fait place au risque d une multiplication de Thème 3 La construction de la République 73
74 conflits locaux qui nécessitent des réponses rapides. L engagement des forces armées françaises dans ce nouvel environnement international implique des forces d un haut niveau technique, immédiatement disponibles, «projetables», capables de s intégrer rapidement à un dispositif international. Doc. 11 : L appel de préparation à la défense (JAPD) a commencé en 1998 pour les garçons et en 2000 pour les filles. Ils sont convoqués à l une des trois dates qui leur sont proposées par l administration du service national. Cette journée d appel a pour objectif de les sensibiliser aux questions liées à la défense de la nation. La journée est organisée sur des sites militaires ou civils. L information est dispensée par des cadres d active et de réserve. À l issue de cette journée les jeunes reçoivent un certificat individuel de participation qui doit être présenté pour s inscrire aux examens et concours soumis au contrôle de l autorité publique. 1. Jusqu à la Seconde Guerre mondiale, la priorité est la défense du territoire contre les agressions extérieures, en particulier de l Allemagne. La ligne Maginot, ligne fortifiée le long de la frontière, illustre cette conception. 2. Les nouveaux enjeux sont la sécurité des approvisionnements, la défense de pays alliés, la protection des ressortissants français à l étranger, la prévention d attentats terroristes, la participation aux opérations internationales de maintien de la paix et la défense européenne. 3. L armée s adapte à ces nouveaux enjeux par la professionnalisation et l augmentation de sa capacité d intervention rapide. 4. La conscription est suspendue. N étant pas supprimée, elle peut donc être réactivée. Les principes et l organisation de la défense font l objet d un parcours de citoyenneté en trois étapes. La première consiste en un enseignement obligatoire au collège et au lycée. La deuxième est constituée par le recensement et la troisième par la journée de préparation à la défense. La JADP sensibilise les jeunes Français aux questions liées à la défense de leur pays et à leurs responsabilités civiques. 5. En un siècle, la défense s est adaptée, dans ses objectifs (maintien de la paix dans le monde, intégration européenne, lutte contre le terrorisme, assistance humanitaire ) mais aussi dans ses moyens (modernisation des armements, professionnalisation). Aujourd hui la Défense n est plus seulement militaire : globale, elle est l affaire de tous. 3. Indépendance nationale et intégration, p Doc. 12 : Il convient de bien distinguer sur cette carte les différentes forces. Les forces de souveraineté agissent sur le territoire national. Les forces de présence et les forces temporaires sont des forces dites «prépositionnées». Elles sont déployées dans un but de prévention des crises dans les pays liés à la France par des accords bilatéraux (de défense ou de coopération). Les forces sous mandat international peuvent relever de statuts divers. Ainsi, dans les Balkans, sous mandat des Nations unies, des unités et des états-majors français ont successivement été engagés en Croatie et en Bosnie à partir de 1992, puis en Albanie (1997), en Macédoine (1998), enfin au Kosovo (depuis 1999). Les militaires français continuent d y assurer leurs missions dans le cadre de l ONU, de l OTAN ou de l UE. Doc. 13 et 14 : L engagement militaire français en Bosnie est effectif à Sarajevo dès l été 1992, dans le cadre de la FORPRONU. Parallèlement, à partir d avril 1993, l OTAN met en place des dispositifs auxquels participent les forces françaises de l opération Balbuzard : interdiction et surveillance aérienne et dispositif naval commun avec l UE. Suite aux accords de Dayton, ces forces se transforment et donnent naissance en décembre 1995 à l Implementation Force (IFOR) de l OTAN. La France y contribue à hauteur de hommes. Doc. 15 : Le concept d «action civilo-militaire» (ACM) est récent. Ce sont les actions menées durant la guerre du Golfe et la pratique américaine des civil affairs qui ont récemment mis en évidence la nécessité d associer solutions civiles et militaires. Les actions civilo-militaires françaises visent à «faciliter l exécution des missions opérationnelles avant, pendant et après l engagement des forces en favorisant l acceptation et le soutien des populations concernées». Doc. 16 : La brigade franco-allemande est une grande unité interarmes binationale. Par son organisation, elle participe aux efforts de rapprochement franco-allemand tant aux niveaux des hommes, que des équipements ou des règlements. La brigade est placée sous commandement opérationnel du corps européen. Réponse aux questions 1. Les forces françaises sont déployées dans le cadre des forces de souveraineté sur le territoire national (métropole, DOM, TOM, CT), dans le cadre de mandats internationaux (ONU, OTAN, UE), dans le cadre d accords bilatéraux (forces de présence ou temporaire en Afrique). 2. La France a rejoint l OTAN au moment de sa création en En 1966, de Gaulle la retire de la structure militaire intégrée de l OTAN, mais elle en reste membre. La crise yougoslave provoque un rapprochement avec une participation active des forces françaises aux opérations de sécurisation de la région. 3. Tenté au lendemain de la guerre mais rejeté en 1954 avec la CED, le projet d une défense européenne est relancé en 1988 avec l annonce puis la création d une brigade franco-allemande et en 1999 avec l instauration d une politique européenne commune en matière de sécurité et de défense (PECSD). 74
75 4. La France participe au maintien de la paix dans le monde dans le cadre des missions de l OTAN ou des Nations unies (missions de sécurisation ou missions à caractère humanitaire). 5. L action de la France s inscrit de plus en plus dans un cadre international par la présence des forces françaises sur tous les continents, mais aussi par sa participation au développement d une capacité européenne propre en matière de défense et son engagement au sein de l alliance atlantique. Par sa participation active aux relations internationales, la défense contribue à la prévention des conflits et des guerres. BIBLIOGRAPHIE Collectif, De la patrie en danger aux nouvelles menaces La défense nationale en question(s), Actes du colloque de Reims, mai 2004, coll. Documents, actes et rapports pour l éducation, CRDP Champagne-Ardenne, 2006 Collectif, Enseigner la défense, revue de l Association des professeurs d Histoire-Géographie (APHG), n 390, avril 2005 Gusse, D., Letestu, B., Magdonel, É. (dir.), 99 questions sur la défense, Montpellier, CRDP du Languedoc- Roussillon, 2004 «Éducation à la citoyenneté», Publications de l Unesco, Sur la défense au service de la paix. Institut des hautes études de défense nationale, Comprendre la défense, Éditions Economica, 2002 Crépin, A., Boulanger, Ph., «Le Soldat-citoyen, une histoire de la conscription», La documentation photographique, n 8019, La Documentation française, février 2001 «La défense, une histoire de citoyenneté», TDC, n 796, mai 2000 Guide républicain, l idée républicaine aujourd hui, Scérén-CNDP, Delagrave, 2004 SITES INTERNET Ministère de la défense : Institut des Hautes Études de Défense Nationale) : Portail de l Union Européenne : «Citoyenneté et Défense» : dossier très complet produit par le Scérén-CNDP : Comme indiqué, Le Populaire est l organe du Parti socialiste (SFIO), c est-à-dire Section française de l Internationale ouvrière. Il exprime le point de vue officiel de cette organisation politique de gauche. Le sujet abordé est un récit de l émeute qui vient d embraser Paris. La date a beaucoup d importance puisque le journal relate à chaud un événement dramatique qui s est produit la veille au soir. Analyser et exploiter le document Le journal relate les émeutes du 6 février 1934 à Paris. Sont décrits les affrontements entre manifestants et forces de l ordre sur les Champs-Élysées et le pont de la Concorde. Ce dernier permet d accéder au Palais-Bourbon qui est le siège de la Chambre des députés. On peut distinguer, d après ce récit, deux étapes. Dans un premier temps, la manifestation prend une forme violente. Dans un second temps, elle dégénère en une véritable émeute avec l utilisation d armes à feu contre les forces de l ordre. Durant ce drame, s opposent les manifestants dont le nombre doit être considérable («une vague») et les forces de l ordre chargées de protéger le Palais-Bourbon. Ces dernières passent progressivement d une attitude jugée passive («les mains dans les poches») au tir à balles réelles qui met fin à l assaut. Au début de l année 1934, à la suite du scandale Stavisky mettant en cause des parlementaires, le régime traverse une crise aiguë aggravée par le contexte économique et social. L antiparlementarisme avec les ligues d extrême droite retrouve une nouvelle vigueur. Pour le journal socialiste, les émeutiers ont tenté «un coup de force fasciste» qui a «échoué». L emploi générique de l adjectif fasciste appliqué à des organisations d inspiration différente (Action française, ligues diverses ) renforce l idée d un complot structuré en phase avec la montée en puissance européenne de ce nouveau courant idéologique. La foule est ici désignée de manière péjorative : «vague hurlante de manifestants», «les émeutiers», «les énergumènes», «perturbateurs». Le Populaire prend donc ouvertement parti contre la manifestation et ses dégradations. Il s attache à montrer le bien-fondé de la réaction d une police en état de légitime défense. Réaction d autant plus justifiée, selon le journal, que les manifestants étaient déterminés à «renverser la République et le régime parlementaire». Les pages Méthode du thème Réponse aux questions, p. 128 Identifier le document Le texte est un extrait d article de presse tiré de la une du quotidien Le Populaire. Réponse aux questions, p. 129 Identifier le document Il s agit d un dessin de presse tiré de l hebdomadaire d extrême droite Le Témoin. Son auteur, Paul Iribe, directeur du journal, est à la fois journaliste, dessinateur, caricaturiste et un décorateur important du courant «Art déco». Thème 3 La construction de la République 75
76 Le thème s inscrit dans un contexte d antiparlementarisme qui connaît son apogée le jour précisément de la publication de ce journal, le 6 février Analyser et exploiter le document En associant texte et image, il est possible de dégager deux registres d égale emprise. Le registre supérieur associe un poing surdimensionné et le jeu de mot lapidaire «le poing(t) final». Le registre inférieur associe un deuxième jeu de mots «dix solutions» et «dissolution» avec un Palais-Bourbon s écroulant. Les couleurs employées sont celles du drapeau national. Le message écrit semble en apparence simple : dans l intérêt du pays, la solution à la crise ambiante est de dissoudre la Chambre. La dissolution est une procédure prévue par les institutions de la III e République pour dénouer une crise, puisqu elle permet à l exécutif de renvoyer les parlementaires devant les électeurs. Cependant, son utilisation par Mac-Mahon en 1877, l a déconsidérée et elle n a jamais été employée depuis. Si l on s en tient au visuel, le message va beaucoup plus loin. Il ne s agit plus de provoquer de nouvelles élections, mais de mettre à bas l édifice parlementaire. Le poing de la colère populaire est une reprise de la symbolique de gauche et montre par quels moyens l objectif doit être atteint. Ce document est donc en phase avec l état d esprit de l extrême droite antiparlementaire dont les éléments les plus déterminés tenteront de s emparer du Palais-Bourbon, le 6 février Les pages Horizon Bac du thème Questions à traiter, p. 131 Après la Première Guerre mondiale, quelle a été la période durant laquelle la République a consolidé les droits sociaux? Dans les années 1930, la France connaît un contexte de crise économique due aux effets différés du krach de Wall Street et politique avec la montée des ligues d extrême droite et de l anti-parlementarisme. Le Front Populaire est porté au pouvoir par les élections de mai 1936 : c est une coalition regroupant communistes, socialistes et radicaux. Stimulé par les grandes grèves du printemps 1936, le nouveau gouvernement, dirigé par Léon Blum, fait signer les accords de Matignon en juin, entre patrons et salariés. Ces accords améliorent les conditions de travail (hausse des salaires, contrats collectifs de travail, élection de délégués du personnel, liberté syndicale ). Les mesures les plus emblématiques sont la création des congés payés et la semaine de 40 heures : elles mettent l individu et son bien-être au centre des préoccupations. La Marseillaise devient l hymne officiel en 1879? 1880? 1889? La Marseillaise est un chant créé lors des guerres révolutionnaires en La République décide d en faire l hymne national en 1879 ; mais ni la partition ni les paroles ne sont alors rigoureusement définies (ce n a été le cas qu en 1887 date qui n apparaît pas dans la question) est l année où le 14 juillet a été officiellement choisi comme jour de la Fête nationale. Quant à 1889, c est l année du Centenaire de la Révolution (qui s est traduite par l érection de la statue de Dalou, «Le Triomphe de la République» et l inauguration de la tour Eiffel, pour l exposition universelle de la même année). Toutes ces dates tournent donc autour de la même symbolique, l héritage de la Révolution de 1789 revendiqué par la III e République. Comment définir la laïcité? La République a voulu dissocier les institutions et les agents publics représentant l autorité de l État, du domaine religieux. Celui-ci est désormais considéré comme relevant de la sphère privée. Dans cette perspective, l État se doit de respecter une stricte neutralité tout en garantissant la liberté de conscience. Cela passe principalement par la mise à l écart du religieux dans l école publique dès , et par la loi de séparation des Églises et de l État (1905). La référence à la laïcité sera explicitement affirmée dans les constitutions de 1946 et de Sujet à traiter, p Répondre Le régime de Vichy est né de la défaite de la France en mai-juin Quelle interprétation Pierre Laval, vice-président du Conseil, et le maréchal Pétain font-ils de la défaite? Dans son discours du 9 juillet 1940, Laval met l accent sur la force de l ennemi qui, pour lui, n explique pas tout. Mais, à la différence du général de Gaulle dans son appel, il dénonce les causes de la faiblesse française comme dues au «régime parlementaire» et à «tout un monde qui a été et ne peut plus être». Les citations de Pétain dont le prestige est immense, accompagnent une affiche de propagande officielle. Elles ne mettent à aucun moment en cause l ennemi. La défaite, affectée avant tout d une dimension morale (jouissance/sacrifice, revendiquer/servir ) relève de la responsabilité du vaincu. Toute poursuite des combats hors du territoire métropolitain est disqualifiée. Ces discours conditionnent deux axes essentiels de la politique de Vichy. Tout d abord, la mise en place d un nouveau régime autoritaire en réaction avec la République dont la direction légitimement incombe à Pétain (seul au milieu des décombres à maintenir droit le drapeau français) et, ensuite, une politique d accommodement avec l Allemagne qui va se traduire par la collaboration. Ainsi, ces deux documents montrent combien la défaite a été vécue par certains Français comme une opportunité politique voire une revanche pour mettre en application leurs idées. 76
77 Les problématiques du thème Thème 1 Peuplement, réseaux et mobilités en France Extrait du programme et des documents d accompagnements Le traitement du manuel Magnard A. La distribution de la population L examen de cartes de densité fait apparaître les «vides» Leçon 1 : Une occupation du territoire contrastée, et les «pleins» [ ] On montre que les trames de p peuplement mises en évidence [...] ne sont pas statiques. Quelles sont les évolutions récentes de la population en Il s agit d étudier en premier lieu les contrastes des France? trames de peuplement. Ceux-ci traduisent les mutations séculaires du territoire français [ ]. L importance du fait urbain [ ]. Leçon 2 : Près de 80 % de citadins, p Quelques faits sont à souligner et à développer : [ ] Quels sont les effets de la croissance urbaine sur la fin du recul de la population rurale et le développement l organisation du territoire? de la périurbanisation [ ] la concentration dans un nombre réduit de villes. Le territoire est parcouru par de multiples mobilités Leçon 3 : La mobilité de la population, p (de travail ou de loisirs) ; les migrations internationales Quelles sont les caractéristiques des mobilités de influent aussi sur la répartition de la population [ ]. population en France? Les déplacements domicile/lieu de travail concernent de nos jours plus de 60 % des actifs (45 % en 1980). L organisation des réseaux de transports participe au Leçon 4 : Transports et métropolisation, p phénomène de métropolisation dont bénéficient Quelles sont les relations entre les transports et les villes principalement Paris et quelques unités urbaines. en France? Les aménagements structurants en matière de transport et de communication (TGV, autoroutes, aéroports) ont privilégié les axes et carrefours dynamiques, au détriment d une circulation interne diffuse. [ ] La concentration des nœuds de communication sur les aires urbaines caractérise la métropolisation. B. Des territoires en fonctionnement L accès de régions au rang de collectivité territoriale en Leçon 5 : Les nouveaux territoires, enjeux de 1982 a fait de ces dernières un maillon essentiel du l aménagement, p découpage territorial. [ ] Les départements et les À quelle échelle l aménagement du territoire se communes ont bénéficié à un moindre titre des lois de concentre-t-il aujourd hui? décentralisation, ils sont aujourd hui affaiblis par la région et les nouvelles entités supra communales : communautés de communes et pays. Les nouveaux territoires de l aménagement. [ ] Les orientations nationales récentes confèrent désormais plus de responsabilité, à défaut de davantage de moyens, aux cadres politico-administratifs de proximité. En opérant un changement d échelle, on conduit l élève à s interroger sur la gestion et l aménagement d un territoire régional. Thème 1 Peuplement, réseaux et mobilités en France 77
78 Extrait du programme et des documents d accompagnements Les mobilités à l échelle de la région ou d une agglomération urbaine. Le traitement du manuel Magnard Sujet d étude [Étude de cas] La mobilité dans l agglomération clermontoise, p Une mobilité croissante 2. Une mobilité liée à l organisation du territoire 3. La mobilité : un enjeu pour la ville Sujets d étude [Approfondissements] L organisation des transports à l échelle de la région L organisation des transports franciliens, p ou d une agglomération urbaine. 1. Un système de transport sans équivalent en France 2. Satisfaire les besoins d une Région métropole 3. Une nouvelle gestion des transports franciliens Une organisation intercommunale et ses réalisations. Un nouveau territoire, le Pays d Arles, p Un territoire en formation 2. Un territoire de projet 2. Un territoire à l épreuve de la décentralisation Les notions du thème Les notions du programme : Urbanisation ; Métropolisation ; Enclavement ; Réseau (voir les Repères, p ) sont les notions privilégiées par le programme qui ne commence pas par ce thème. En débutant par ce thème, on doit nécessairement approcher les notions de Territoire, État, Région, aménagement, environnement, acteurs spatiaux (voir la définition de ces notions dans les Repères, p ). La mise en réseau des centres d impulsion du territoire dans un contexte de métropolisation accroît l enclavement des espaces marginaux. Dans un cadre qui échappe de plus en plus à l initiative de l État, émergent de «nouveaux territoires» de l aménagement, qui mobilisent, à l échelle régionale, l ensemble des acteurs spatiaux. Les pages d ouverture du thème Saint-Quentin-en-Yvelines, ville nouvelle au Sud-Ouest de Paris, p Espace urbanisé ; parcs d activités Bois, champs, espaces verts RN 10 SNCF / RER C Place Georges Pompidou Bassin du centre commercial régional 2 Espace Saint-Quentin Gare de Saint-Quentin-en-Yvelines 3 Montigny-le-Bretonneux Immeuble international accueillant diverses 4 sociétés ainsi que la CPAM Immeubles de sociétés sur Guyancourt (membre de la Communauté d agglomération) Siège social de Bouygues sur Guyancourt Étang des Roussières, Guyancourt Bouviers, quartier de Guyancourt 10 Versailles Ville de Saint-Cyr-l École 11 Paris 78
79 Montigny-le-Bretonneux ( habitants) est la commune centrale et principale de l agglomération de Saint- Quentin-en-Yvelines créée par le schéma directeur d aménagement et d urbanisme de 1965 pour répondre, avec quatre autres villes nouvelles, à la croissance anarchique de l agglomération parisienne. Son activité économique trouve sa source principalement dans le secteur tertiaire (1 590 entreprises). Plusieurs grands sièges sociaux d entreprises internationales sont installés sur la ville (SAIPEM, BMW France, COGEMA...), qui compte en outre un grand nombre de PMI-PME spécialisées dans les secteurs technologiques. Fin 2002, l État a ainsi décrété la fin de l opération d intérêt national instituant le statut de ville nouvelle pour Saint-Quentin-en-Yvelines, dont les sept communes membres ont choisi un nouveau principe d intercommunalité, la Communauté d agglomération. La dynamique des nouveaux territoires, p Le pays de Brocéliande, en Ille-et-Vilaine, est situé à une trentaine de kilomètres de Rennes (la moitié Est du territoire est dans l aire urbaine de la métropole). Depuis 1991, il associe 43 communes et 5 communautés de communes ( hab.). Il est reconnu comme «Pays» depuis La Communauté urbaine de Bordeaux (CUB) a été mise en place le 1 er janvier Avec Lille, Lyon, Strasbourg, elle est l une des quatre communautés urbaines créées par la loi du 31 décembre 1966 qui a fixé le cadre de ses compétences ou missions. Les 27 communes regroupent hab. et forment la 6 e agglomération française. La communauté du pays d Aix est une communauté d agglomération née autour d Aix-en-Provence en janvier 2001 et associant 34 communes ( hab.). Les trois exemples suggèrent la diversité des nouveaux territoires. Si la CUB insiste sur le potentiel que représentent l association et la volonté d agir ensemble, les deux autres documents privilégient le projet d aménagement du territoire local. On peut identifier plusieurs ensembles : une France du Nord toujours féconde mais que l on quitte ; un Centre marqué par le vieillissement mais redevenu attractif, contrastent avec le reste des régions françaises qui cumulent solde naturel et migratoire positifs. À part les régions Île-de-France et Alsace, une opposition nette apparaît également entre les régions périphériques de l Ouest, des Midis et du Sud-Est dont le poids augmente dans l ensemble national et les régions du Centre et du Nord dont le poids s affaiblit. «La France inverse?» est toujours d actualité. 2. Une organisation possible de la France en 2020, p. 141 Cette carte prospective est inspirée du rapport de Jean- Louis Guigou, «Aménager la France en 2020», publié en 2000 : «S inscrivant dans un processus de relance de la planification territoriale de long terme [ ], la Datar propose une contribution prospective axée autour d une structuration polycentrique des cadres territoriaux (maillage en pays, agglomérations et interrégions) et ouvre le débat sur les politiques d aménagement du futur.» ( /0000.pdf) Elle correspond à l un des 4 scénarios proposés par la Datar, le «polycentrisme maillé» : «Le développement est structuré par un réseau urbain dont le polycentrisme s est affirmé à deux échelles territoriales : celle des ensembles interrégionaux, cadres de coopération-concurrence entre les villes, et celle des agglomérations et pays, nouvelles mailles de gestion des projets locaux.» (p. 62 du rapport). Ce scénario est celui retenu par la Datar : «Parmi les quatre scénarios exploratoires évoqués, la Datar fait le choix du polycentrisme maillé parce qu il est certainement le mieux à même de concilier les trois impératifs du développement durable que sont la solidarité et la cohésion sociale, la performance économique et la préservation des grands équilibres environnementaux.» (p. 64) Les cartes-clés du thème Dynamique géographiques et métropolisation, p Les dynamiques démographiques régionales entre 1999 et 2005, p. 140 Cette carte rassemble les principaux indicateurs démographiques sur les régions françaises (voir carte p. 266). Elle permet de mettre en évidence les grandes dynamiques régionales dans leur évolution la plus récente (enquêtes annuelles du recensement de l INSEE : De par la diversité des données proposées (données absolues, relatives ) et l échelle retenue, elle est un point d entrée récurrent pour la plupart des leçons de ce thème. Le sujet d étude [Étude de cas] du thème La mobilité dans l agglomération clermontoise, p Démarche du sujet d étude Le programme suggère que les élèves constituent un dossier ; le document d accompagnement conseille de «commencer [ ] en traitant le sujet d étude sur des territoires en fonctionnement selon la démarche d étude de cas. L année peut s ouvrir, ce faisant, par une approche géographique consacrée à l environnement de proximité des élèves.» La mobilité concerne directement le vécu des élèves. Dans le cadre de l éducation à l environne- Thème 1 Peuplement, réseaux et mobilités en France 79
80 ment et au développement durable, l ADEME soutient la réalisation de «plan de déplacement d école» (ex : Le sujet d étude sur la mobilité à Clermont-Ferrand donne un exemple de constitution de dossier en suivant la démarche de l étude de cas familière depuis la classe de 2 e. Le dossier établit un diagnostic sur les différents aspects de la mobilité, puis en recherche les facteurs explicatifs avant de conclure sur les enjeux pour la ville et son aménagement. Étude de cas ou approfondissement? Quelques pistes pour organiser l articulation du sujet d étude avec les leçons. Le sujet est proposé en étude de cas : le tableau Synthèse et contexte du sujet d étude, p. 147 fournit le questionnement conduisant à la contextualisation par les leçons. En approfondissement, le sujet d étude peut permettre de prolonger les leçons 2, 3 et 5. Quelles sont les caractéristiques de la mobilité à Clermont-Ferrand? En quoi la périurbanisation modifie-t-elle les modalités de déplacement dans l agglomération clermontoise? Quels sont les acteurs de l aménagement de l agglomération pour résoudre les problèmes de mobilité? 1. Une mobilité croissante, p Doc. 1 : La photographie a été prise le 19 septembre 2005 à 18h20 (donc hors période de congés-vacances scolaires) dans le sens Pont-du-Château Clermont- Ferrand (pour la localisation, voir le doc. 12 p. 145). Elle permet d aborder les migrations pendulaires entre domicile (Pont-du-Château) et travail (Clermont-Ferrand), la primauté de l automobile, et les difficultés de la gestion de ce trafic très intense aux heures de pointe peuvent être suggérées. Doc. 2 : Ce graphique permet de comparer Clermont- Ferrand à d autres agglomérations de taille comparable. La tendance générale est une hausse de la mobilité ces 20 dernières années. Doc. 3 : Le premier motif de déplacement est le travail, mais ce type de déplacement contraint est en diminution (36 % en 1992 contre 29 % en 2003) alors que les déplacements volontaires surtout de loisirs et d achats sont en augmentation (46 % contre 50 %). Doc. 4, 5 et 6 : Ils sont à étudier conjointement. Le doc. 4 présente l espace étudié ; le doc. 5 analyse les flux entre les différentes zones (les flèches du doc. 5 reprennent les couleurs des espaces géographiques dans lesquels elles s inscrivent dans le doc. 4) ; le doc. 6 montre l importance relative de ces flux. Doc. 7 : Ce graphique évoque l usage de la voiture qui est particulièrement élevé à Clermont-Ferrand (2,4 déplacements sur 3,7 contre 2,1 à Grenoble sur 4,2). Clermont-Ferrand : majorité des flux internes (37 %) Majorité des flux externes (16 %) Flux en forte augmentation (+ 38 %) Flux en forte diminution Banlieue Périphérie Mieux équipées en emplois et en services publics 1. Les déplacements se font plus nombreux, plus lointains et sont fortement individuels (utilisation majoritaire de la voiture). 2. Le motif premier reste le travail, mais les déplacements volontaires (loisirs, achats ) sont importants. 3. Le graphique ci-contre montre une schématisation possible des évolutions des déplacements. 4. La mobilité dans l agglomération clermontoise est croissante : 3,73 déplacements par hab. s effectuent par jour en moyenne, majoritairement sur le mode individuel. La voiture particulière est en effet le moyen le plus utilisé pour se rendre au travail et pratiquer loisirs et achats. Les heures de pointe sont les horaires de travail : 7h30-9h et 16h30-18h Une mobilité liée à l organisation du territoire, p Doc. 8 : Cournon ( hab.) est située dans la couronne dynamique de Clermont-Ferrand au Sud-Est. La population y a été multipliée par 12 en 40 ans. Sur la photographie, on distingue bien le vieux centre et les extensions sous forme d habitat collectif mais surtout pavillonnaire dévoreur d espace et générateur de déplacements individuels. 80
81 Doc. 10 : Cette carte fait clairement apparaître la croissance forte de la périphérie et donc illustre le phénomène de périurbanisation. La présence de terrains constructibles, moins onéreux permet aux ménages, bien équipés en voitures, de s installer dans des communes plus éloignées de la ville mais de mieux en mieux équipées en moyens de transport rapides de type voie express-autoroutes (doc. 11 et 12). L urbanisation en doigts de gant sur le doc. 12 est bien visible. 1 et 4. On peut inviter les élèves à dresser un croquis de synthèse à partir des documents. Riom Les contraintes du milieu Rebord du fossé limagnais (faille des volcans) Plaine de la Limagne PLAINE DE LA LIMAGNE MONTS DÔME Clermont- Ferrand Pont-du- Château Les infrastructures L habitat + Autoroute Voie express ou départementale importante Agglomération Les équipements Zones d activités et grands équipements publics Cournon Espace urbanisé Axe de développement de l urbanisation 2. L extension de l habitat selon les voies de communication, nombreuses depuis 1966, illustrent le phénomène de périurbanisation. 3. Les villes centre de Clermont-Ferrand et de Riom ont connu une baisse démographique marquée au profit de leur périphéries. 5. L habitat majoritaire est le logement pavillonnaire. 6. Les facteurs qui amplifient les mobilités sont variés : des facteurs démographiques : la croissance de la population s est faite en périphérie non pas par croissance naturelle mais par départ des populations jeunes du centre vers la banlieue ; des facteurs sociaux : ces départs se matérialisent par la construction de logements neufs, individuels de type pavillonnaire. Ce type de périurbanisation très diffus dans l espace urbain oblige à des déplacements individuels ; des facteurs physiques : un relief très compartimenté et méridien concentrent les déplacements sur un axe Nord-Sud, en plaine. Ainsi les infrastructures créées depuis les années 1960 et la périurbanisation ontt-elles trouvées à l Est de l agglomération de vastes terrains plans. 3. La mobilité : un enjeu pour la ville, p Doc. 14 : La loi sur l air et l utilisation rationnelle de l énergie du 30 décembre 1996 donne l obligation à toutes les agglomérations de plus de hab. d établir un plan de déplacement urbain (PDU). La loi fixe à 5 ans l évaluation de ce PDU. Il doit être compatible avec le schéma directeur régional et le plan régional pour la qualité de l air. La France s est engagé en 1997, à Kyoto, à réduire de 10 % les émissions de gaz à effet de serre. Les politiques publiques doivent refléter cet engagement. Doc. 17 : On remarquera que le tracé contribue à l inter modalité (route, voie ferrée, bus mais aussi vélo : possibilité de location à la gare SNCF et en centre-ville). Compte tenu du tracé et des équipements desservis, on peut dire que la ligne sera une véritable «colonne vertébrale» de la ville. Le tramway desservira entreprises dans un périmètre de 100 m de part et d autre du tracé c est-à-dire emplois et hab. dans un périmètre de 500 m. Les 14 km de ligne permettront de traverser la ville en 40 min. 1. L augmentation de la voiture particulière, la périurbanisation et l enclavement des quartiers collectifs sont les évolutions relevées. C est là un enjeu à la fois démocratique : il faut satisfaire tous les besoins de tous les habitants, faciliter l accès de tous aux équipements culturels, sportifs. C est aussi un enjeu environnemental puisqu il est nécessaire de limiter pollution et nuisances. 2. Le tracé du tramway passe par les principaux équipements publics scolaires, universitaires, culturels, sportifs Thème 1 Peuplement, réseaux et mobilités en France 81
82 et de loisirs de l agglomération. Mais il oublie la gare SNCF et l un des pôles d emploi industriel principal : l usine Michelin. 3. Les acteurs sont les collectivités territoriales (la commune, Clermont-Communauté, le Département, la Région), l État et l UE. La méthode de concertation s inscrit dans une démarche de démocratie de proximité puisque tous les grands partenaires sont consultés : État, collectivités territoriales, partenaires socio-économiques, citoyens. 4. L aménagement du territoire rassemble les grands acteurs traditionnels : l UE à travers le FEDER ; l État à travers sa politique d aménagement du territoire. Mais la politique de décentralisation a fait apparaître de nouveaux acteurs importants : la Région et les intercommunalités qui viennent épauler les projets locaux. Ce que l on constate aussi, c est que pour être menés à bien, les projets doivent aussi être bâtis dans la concertation entre les différents partenaires : usagers, acteurs économiques, élus et pouvoirs publics. BIBLIOGRAPHIE Jamot, Ch., «Clermont-Ferrand», Mappemonde, avril 2001 Bavoux, J.-J., Géographie des transports, A. Colin, 2005 «Les transports publics», TDC, n 815, mai 2001 SITES INTERNET Deux études fondamentales sur les mobilités : Site du Pays de Clermont : Les leçons du thème 1. Une occupation du territoire contrastée, p Démarche de la leçon Quelles sont les évolutions récentes de la population en France? Cette leçon d introduction au thème est l occasion de faire le point sur l acquis des élèves dans la connaissance de la répartition de la population française et de ses dynamiques. Les ordres de grandeurs (densités), les principaux ensembles régionaux et la population des principales villes sont autant de points de repères indispensables pour conduire l étude des leçons suivantes. La France est située rapidement dans le contexte européen, à la fois puissance démographique et pays moins densément peuplé que la moyenne de l Union européenne (UE). Le passage à l échelle nationale permet d opposer les «vides» (densité < 30 hab./km 2 ) et les «pleins» (densité > 100 hab./km 2 ) du territoire, mais aussi de souli- gner la polarisation du territoire autour des grandes unités urbaines, dont il est important pour les élèves de connaître, là aussi, la mesure. Une fois cette description réalisée, les principaux facteurs explicatifs, tant humains que naturels, peuvent faire l objet d un questionnement, sans négliger les évolutions de ces 25 dernières années, comme l héliotropisme ou l exurbanisation. Au final, les élèves identifient la France comme assez représentative démographiquement des pays du Nord, et ont identifié les pistes de réflexion des autres leçons du thème : urbanisation, mobilité, nouveaux territoires. Doc. 1 : À l échelle communale, cette carte permet une lecture assez fine de l inégalité du peuplement de la France : avec la présence du chevelu des fleuves et rivières elle conduit les élèves à émettre un certain nombre d hypothèses sur les facteurs de localisation ; elle fait ressortir également la hiérarchie des grandes unités urbaines et la difficulté d en limiter spatialement l étendue. Sur la forme, on peut amener les élèves à préciser les méthodes construction de cartographique, mais surtout réaliser un croquis de repérage qui sera utilisé ensuite pour l ensemble du thème. Doc. 2 : Le tableau permet d esquisser une typologie des États européens en fonction de leur poids démographique mais aussi de leur densité : la France, puissance démographique majeure de l Europe est cependant moins densément peuplée que ses voisins et apparaît souvent comme une réserve d espace (voir l installation des britanniques ou des néerlandais dans certaines régions). Ce document est également l occasion de rappeler les principaux indicateurs démographiques et la façon dont on étudie une population : son évolution (croissance naturelle), sa localisation (densité) et sa répartition (ici population urbaine ; on peut également rappeler la structure par âge. La comparaison peut être élargie grâce aux ressources des sites de l INED ( ou de l ONU ( Doc. 3 : Un document classique qui se prête bien au commentaire : en relation avec le doc. 1, se pose la question de la définition de la population urbaine très variable selon les États. En ce qui concerne la France, la question est abordée dans le cadre du doc.1 p L avantage du graphique en valeur absolue est de montrer le tournant des années 1970 avec la stabilisation globaleme de la population rurale après plus d un siècle d exode rural. 1. La population se concentre autour de grandes unités urbaines mais également le long d axes structurants du territoire : vallées, littoraux, bassins (densités > 100 hab./km 2 ). Ceci s explique par la concentration des activités humaines dans ces espaces. À l inverse, les montagnes, le Massif 82
83 central mais aussi l est du Bassin parisien ont des densités inférieures à 30 hab./km Si la France figure parmi les grandes puissances démographiques de l Union européenne, elle se distingue de ses voisins par une densité et une population urbaine plus faible (Espagne exceptée). À l inverse la croissance naturelle est plus forte. 3. La croissance urbaine est probablement l évolution récente la plus remarquable quantitativement, mais aussi spatialement, avec l exurbanisation. Pour cette raison, l opposition villes-campagnes reste marquée mais perd de sa pertinence en même temps que se développent les périphéries urbaines. 4. L occupation du territoire connaît des contrastes marqués qui s accentuent : à l opposé d une vingtaine de grandes unités urbaines reliées entre elles par des axes concentrant l essentiel de la population, les ensembles montagneux restés ruraux ont des densités très faibles souvent inférieures à 15 hab./km 2. À l image des autres États européens l urbanisation s accroît au même titre que la littoralisation pour répondre à l évolution des activités et à l héliotropisme. Cependant aussi bien la densité que le taux d urbanisation n ont pas atteint le niveau de la mégalopole européenne. 2. Près de 80 % de citadins, p Démarche de la leçon Quels sont les effets de la croissance urbaine sur l organisation du territoire? Après avoir précisé le phénomène d urbanisation mis en évidence dans la première leçon, les élèves sont conduits à souligner le maillage du territoire sous forme de réseaux urbains à l échelle nationale et régionale. Ce travail peut déboucher sur une schématisation de quelques unes des diverses formes de ces réseaux. La leçon porte ensuite sur les différentes caractéristiques des aires urbaines : la définition abordée sous l angle de la population dans la leçon précédente, est ici complétée d un point de vue spatial (découpage administratif, diffusion), des activités et des fonctions qui s y développent. Doc. 1 : Dans la logique de la carte 1 p. 148, cet ensemble documentaire focalise l étude sur le fait urbain : les schémas du bandeau inférieur explicitent les termes de la légende, montrent la complexité croissante du phénomène, et permettent d envisager le cas échéant une étude à l échelle locale sur l environnement de l établissement en s appuyant sur le SIG en ligne de la DIACT (Observatoire des territoires : Le rôle des villes dans la structuration du territoire apparaît aussi si l on met en relation découpage départemental et fait urbain. La hiérarchie urbaine est esquissée par la taille variable de la nomenclature. Doc. 2 : Ce tableau permet de mettre en évidence le poids démographique des aires urbaines et la concentration de la population dans un petit nombre d entre elles. Le document se prête à la construction d un croquis simple sous forme de figurés proportionnels à la population et d un dégradé de couleurs en fonction de la contribution à la croissance démographique. Ressort alors le dynamisme plus important des Suds. À noter que les aires urbaines retenues ici ne sont pas les 15 plus grandes par leur population mais celles qui ont connu la plus forte croissance en valeur absolue ; manquent Douai-Lens, 11 e rang avec hab., Rouen, 13 e rang avec hab. et Grenoble, 14 e rang avec hab. Doc. 3 : Ce schéma traditionnel du «modèle» européen d aire urbaine met en évidence la typologie des espaces urbains en fonction des facteurs évoqués dans la deuxième partie de la légende. Ce schéma peut faire l objet d une adaptation dans l hypothèse de l étude à l échelle locale évoquée à propos du doc L activité et la mobilité des populations joue un rôle de plus en plus important pour définir la population urbaine, avec la concentration d un minimum de population dans un espace continu. On obtient alors des aires urbaines de dimension variable, souvent circulaires pouvant couvrir une part importante, voire la totalité d un département ou d une région administrative (voir l aire urbaine de Paris). Des communes «rurales» selon le seul critère de population mais «périurbaines» selon la mobilité de leurs actifs résidents sont désormais intégrées dans la population urbaine. 2. Les aires urbaines les plus dynamiques peuvent s apprécier par l étendue de leur couronne périurbaine et par leur croissance démographique. Le grand Sud-Est connaît une croissance importante (de l ordre de 15 %), l aire parisienne connaît la plus forte croissance, mais perd malgré tout de son dynamisme depuis les années Cela confirme la pertinence des facteurs d évolution évoqués dans la leçon 1, p La croissance des espaces urbains se mesure à travers celle de leur population et de son appropriation de l espace voisin. Cela conduit à la multiplication des flux centre-périphérie pour répondre à la spécialisation des espaces entre logements et activités industrielles, commerciales et récréatives. Le réseau de communication, notamment routier joue donc un rôle important dans les dynamiques d extension de la ville. 4. On observe à l échelle nationale un développement plus rapide des espaces urbains que du reste du territoire, y compris à travers la croissance des pôles ruraux. Si l Est et la capitale gardent une avance dans ce domaine, les principales agglomérations du Sud et de l Ouest connaissent aujourd hui une croissance rapide qui tend à un rééquilibrage du maillage urbain du territoire. La zone Thème 1 Peuplement, réseaux et mobilités en France 83
84 d influence et les relations de ces métropoles organisent un nouveau découpage du territoire autour de 5 grands ensembles régionaux plus vastes que les régions administratives existantes. Sur le plan local, l extension des aires urbaines s accompagne d une redistribution des hommes et des activités ; d une spécialisation des espaces urbains en fonction des équipements, aménagements et des réseaux de communication. On assiste donc à un accroissement des contrastes à l intérieur des aires urbaines. Par rapport aux mobilités de travail au rythme le plus souvent quotidien, les mobilités de vacances sont saisonnières mais avec des rythmes très variés selon la destination comme le montre une étude récente de l INSEE (INSEE Première, n 1050 Novembre 2005, p. 3, La migration vers le Morbihan est essentiellement estivale alors que la Savoie est attractive en été comme en hiver. Paris est un pôle touristique attractif tout au long de l année. 3. La mobilité des populations, p Démarche de la leçon Quelles sont les caractéristiques des mobilités de population en France? Au sens strict, la mobilité est un déplacement qui ne remet pas en cause le lieu de résidence mais crée temporairement une «autre» occupation du territoire au cours de le journée, du week-end ou des vacances par exemple. Après avoir rappelé et différencié les différents types de migrations qui marquent le territoire national, cette leçon en tire les conséquences sur l organisation spatiale de la France. L essentiel du mouvement migratoire est le fruit de mouvements internes : la France est l un des pays d Europe où le solde migratoire a le plus faible impact sur l accroissement de la population. (1/4 de cet accroissement contre 4/5 dans l UE à 25 en 2004). L étude de ces migrations internes permet de comprendre leur rôle dans le renforcement des contrastes régionaux et la polarisation autour des centres urbains, voire le développement des Suds. Doc. 1 : Cette carte originale par sa densité, tirée de La Documentation photographique, n 8036, «La carte, enjeu contemporain», permet de visualiser l importance des mobilités pour le travail. Elle souligne particulièrement la polarisation de ces mobilités aux échelles locales, régionales (région lyonnaise ou littoral méditerranéen) et nationales (poids de Paris). Son grand intérêt par rapport au doc. 1 p. 148 qui donne la vision statique habituelle de l occupation du territoire est de suggérer l importance des mouvements quotidiens de population. Doc. 2 : Dans le prolongement du doc. 1, cette carte met en évidence le maillage d un territoire régional et la concurrence entre les différents pôles urbains. L attraction parisienne affecte particulièrement le Sud de la région. D après une étude INSEE de 2002, «12 % des actifs occupés vivant en Picardie et 22 % de ceux de l Oise travaillent en Île-de- France. Les déplacements vers l Île-de-France concernent avant tout la zone du Sud-Oise : plus de personnes, soit le tiers des actifs occupés habitant cette zone, vont chaque jour travailler en Île-de-France.» en milliers j Présence journalière des touristes français en 2003 Paris Savoie Morbihan f m a m j j a s o n d Source : estimation direction du Tourisme. Doc. 3 : À l échelle de l Europe on retrouve le même phénomène de métropolisation que celui évoqué pour la France. Ici aussi, cette métropolisation a profité au Sud favorisé à la fois par l héliotropisme et une pression foncière et sociale plus faible vis-à-vis des entreprises. Cette «revanche des Suds» est à rapprocher de phénomènes observés dans les autres pôles développés de la planète (cf. «Sun Belt»). Doc. 4 : Cette carte croise données absolues et relatives : elle met en évidence la concentration des populations étrangères dans l Est et le Sud-Est du territoire national. Quantitativement le nombre d étrangers est à mettre en relation avec les grandes métropoles françaises. Doc. 5 : Le bilan migratoire régional entre 1990 et 1999 confirme les dynamiques évoquées dans la partie précédente du thème. Outre le gradient marqué entre Nord et Sud du pays on retiendra la situation de l Île-de-France dont la croissance démographique repose aujourd hui exclusivement sur l accroissement naturel et non plus sur l attractivité. 1. L ensemble des documents proposés présente les espaces urbains comme les points nodaux des échanges et mouvements de population. Par ailleurs, l essentiel de ces mouvements est lié à l activité urbaine, soit qu elle 84
85 soit émettrice de flux, soit qu elle soit facteur d attraction, tant par ses fonctions que par son image. 2. Les parties les plus attractives du territoire sont les régions ouvertes sur l espace européen, à l Est et au Sud du pays, Corse comprise. En données absolues, ce sont les régions qui comptent les principales aires urbaines qui sont les plus attractives, en raison de l activité potentielle qu elles proposent. 3. Les facteurs qui justifient actuellement les déplacements sont liés principalement à l activité : mobilité pendulaire pour relier travail et résidence, mais aussi déplacement des activités vers des zones plus attractives, périphéries sous-industrialisées jusque là délaissées. L héliotropisme joue donc également un rôle dans ces déplacements. 4. Aujourd hui les mobilités sont en augmentation sensible sur le territoire français. Cet accroissement s explique essentiellement par les déplacements internes. À l échelle régionale les régions du Sud sont les plus attractives, aussi bien pour l activité que pour l attrait climatique. Ces mouvements affectent également les aires urbaines et contribuent à l extension rapide des couronnes périurbaines. Ces mobilités contribuent donc à l affirmation des dynamiques mises en évidence dans les deux premières leçons de ce thème. 4. Transports et métropolisation, p Démarche de la leçon Quelles sont les relations entre les transports et les villes en France? Les leçons précédentes ont permis d établir les liens entre mobilités des populations et essor de la métropolisation. Cette leçon caractérise les métropoles comme les nœuds des réseaux de communication qui structurent le territoire. Celles-ci bénéficient donc des flux tout autant qu elles assurent le renforcement des principaux axes de communication français. Cette dynamique contribue donc fortement à marginaliser des espaces déjà les plus fragiles, sans que l action d aménagement n infléchisse véritablement cette tendance. Doc. 1 : Contrairement aux cartes précédentes, l organisation du territoire par les transports ouvre très largement l espace français sur l extérieur. L axe majeur saturé comme les axes en constructions ou en projet, s ils confirment la prééminence de la capitale, s intègrent également dans le quadrillage de l espace européen par les liaisons Nord-Sud et Est-Ouest. C est dans ce contexte qu il faut interpréter la concentration des projets qui relient l isthme Bordeaux-Montpellier et l axe Paris-Lyon-Marseille. Le désenclavement du Massif central n est donc pas une fin en soi, mais une obligation à plus petite échelle, afin de décongestionner l axe rhodanien. Doc. 2 : 25 km au Nord de Paris, Roissy Charles-de-Gaulle est le premier aéroport national, le 3 e européen et le 8 e mondial en 2004 avec 50,8 millions de passagers. Le terminal 2, «hub» d Air France depuis 1996, assure plus de 50 % du trafic. L intermodalité est assurée par l implantation d une gare TGV-RER au sein de l aérogare et par la desserte routière vers l autoroute A 1 voisine. Des entreprises tertiaires et industrielles sont installées dans des parcs d activités proches, voire dans l aérogare (hôtel Sheraton). Avec emplois créés en 2003, Roissy est la zone la plus dynamique des 300 zones recensées en France. Terminal aérien Accès routier vers A1 TGV Nord G H G TGV Nord G Gares RER et TGV Terminal aérien H Hôtel Sheraton Terminal aérien Thème 1 Peuplement, réseaux et mobilités en France 85
86 Doc. 3 : Ce texte permet de réaliser avec les élèves un travail de sélection d informations sur les fonctions urbaines, avant de les hiérarchiser. On peut poursuivre éventuellement par une recherche sur le poids relatif de Paris dans l activité nationale, voire internationale : si elle était un pays, l Île-de-France serait au 15 e rang mondial avec 422 milliards d euros de PIB en 2003, contre 415 au Brésil ou 365 à la Russie. Doc. 4 : Les vallées alpines sont probablement les meilleurs exemples de la saturation des axes routiers de communication. Avec camions en 2003, le tunnel du Fréjus est le 2 e tunnel alpin le plus fréquenté. La photographie met en évidence l étroitesse du passage, l importance des aménagements routiers nécessaires. La vallée est aussi un couloir ferroviaire. Doc. 5 : Dans l ouvrage cité, Jean Ollivro souligne l accroissement des mobilités déjà évoqué dans la leçon 3, p Il souligne ici que ces mobilités servent essentiellement les métropoles qu elles relient au détriment des espaces traversés : c est la définition même de «l effet tunnel» qui est donc donné ici. 1. C est l Est du territoire, et principalement l axe Manche-Bassin parisien-couloir rhodanien-méditerranée qui concentre les axes et carrefours de transport majeurs. Cet axe majeur profite essentiellement aux carrefours qui l animent, c est-à-dire aux principales métropoles françaises. Les espaces qui séparent ces métropoles ne tirent que peu de bénéfices de ces flux, en subissent même parfois des conséquences négatives. 2. Sous réserve d aménagements importants et d un risque de saturation accru, les montagnes ne sont pas un véritable obstacle aux axes de communications. Elles sont cependant les premières victimes de «l effet tunnel», au propre comme au figuré. 3. Paris est l une des rares métropoles mondiales car elle est à la fois le centre de l économie française, grande puissance mondiale, mais aussi le siège de nombreux organismes internationaux ; enfin son rayonnement la place au premier rang pour l attraction culturelle et touristique qu elle exerce. 4. En donnant à Paris un accès aérien de tout premier plan, l aéroport de Roissy renforce encore la vocation de carrefour de la capitale. Cette interconnexion accrue lui donne même une dimension de «hub» à l échelle de l Europe du Nord-Ouest. 5. Les réseaux de transport et les grandes métropoles qui leur servent de carrefours principaux constituent «la colonne vertébrale» du territoire français, le long de l axe Paris-Lyon-Marseille. De part et d autre de celui-ci des «barreaux» réalisés ou en projet assurent la liaison avec la mégalopole européenne à l Est, et l isthme aquitain à l Ouest, en direction de l Espagne. Depuis longtemps les vallées alpines ne font pas obstacle à ces relations, le franchissement des Pyrénées et plus récent tandis que celui du Massif central est en cours de réalisation. L essentiel de cette organisation renforce donc fortement les contrastes déjà identifiés entre centres urbains et périphéries du territoire. 5. Les nouveaux territoires, enjeux de l aménagement, p Démarche de la leçon À quelle échelle l aménagement du territoire se concentret-il aujourd hui? Face au déséquilibre grandissant du territoire, l État a très tôt cherché à en atténuer les conséquences les plus fâcheuses. Aujourd hui, face à la double exigence de la compétitivité des territoires au sein de l Union européenne et la défense d un développement équilibré et durable, l échelle d aménagement pertinente apparaît de plus en plus comme le niveau régional. Au niveau inférieur, après l intercommunalité dans les années 1990, les projets de territoire sont portés aujourd hui de plus en plus par les «Pays». Doc. 1 : La comparaison des deux cartes met en évidence la rapidité de déploiement des Pays. L observatoire des territoires ( fournit à la fois toutes les définitions nécessaires et une vision plus détaillée à l échelle régionale. Doc. 2 : Le texte est issu des réflexions croisées de l UMR du CNRS «Espaces géographiques et Sociétés» et de Klaus R. Kunzmann, de l Université de Dortmund, professeur à la faculté d aménagement de l espace. Il s agit d un «regard croisé sur l aménagement du territoire en France et en Allemagne». Le texte met en perspective l histoire de l aménagement en France, et souligne le développement des partenariats public-privé dans le cadre de la création de la Délégation interministérielle à l aménagement et à la compétitivité des territoires (DIACT). Doc. 3 : Les grandes lignes du budget de la Région Picardie mettent en relation les sources de financement et les piliers de l action régionale. Le document peut-être mis en relation avec le cas de la Région de l établissement, les budgets régionaux étant très facilement accessibles (notamment sur le site Doc. 4 : À travers un exemple de communication institutionnelle d une Communauté d agglomération, est suggérée la mise en activité des élèves autour de la communication des collectivités locales : les élèves identifient les critères de description de cette information avant de déboucher sur une comparaison ou une typologie. 1. La politique d aménagement du territoire vise au développement durable de la France en interaction avec le contexte de l Europe et de la mondialisation. Cet objectif passe par la résolution des problèmes évoqués dans les 86
87 leçons précédentes, notamment la question urbaine, et la définition d une armature du territoire adaptée à ces évolutions. 2. Les échelles régionales et locales sont au cœur de la réflexion évoquée à la question 1. Cela signifie repenser la distribution des compétences entre les différents acteurs, mais également les ressources liées à ces compétences. 3. L économie, la formation, les politiques du logement et des transports sont au cœur des compétences des Régions. 4. Si la politique d aménagement du territoire s est construite pour lutter contre les déséquilibres internes de la France, aujourd hui il s agit essentiellement de résoudre les problèmes liés à la métropolisation et à la saturation des espaces centraux du territoire dans un contexte économique qui dépasse largement les frontières nationales. La réponse proposée à cette difficile équation passe par une synergie accrue entre les acteurs nationaux mais aussi une intégration croissante avec la définition des politiques de développement à l échelle européenne ou mondiale. BIBLIOGRAPHIE «France 2005, portrait d une société», Sciences Humaines, Hors-série, n 50, sept.-octobre 2005 Piercy, Ph., La France, le fait régional, coll. Carré Géographie, Hachette, 3 e éd., 2005 Le territoire français, coll. Carré Géographie, Hachette, 2004 Guillaume, J., La France dans l Union européenne, coll. Memento Géographie, Belin, 2004 Blanc-Chaléard, M.-Cl., «Les immigrés et la France», La Documentation photographique, n 8035, La Documentation française, 2004 Smits, F., La France, un territoire de l Union européenne, coll. Initial, Hatier, 2003 Alvergne, Ch., Taulelle, F., Du local à l Europe, les nouvelles politiques d aménagement du territoire, PUF, 2002 Marconis, R., «Urbanisation et urbanisme en France», La Documentation photographique, n 8025, La Documentation française, 2002 Noin, D., Chauvire, Y., La population de la France, coll. U, A. Colin, 2002 Brunet, R., «L aménagement du territoire en France», La Documentation photographique, n 7041, La Documentation française, 1997 Damette, F., Scheibling, J., La France, permanences et mutations, coll. Carré Géographie, Hachette, 1996 L Atlas de France GIP-Reclus, La Documentation Française, , 14 volumes Pumain, D., Saint-Julien, T., Ferras, R., France, Europe du Sud dans Géographie universelle, Brunet, R., (dir.), Belin-Reclus, 1990 SITES INTERNET offre un espace enseignants. Le site de l Observatoire des territoires : Un dossier de Géoconfluences consacré à La France : des territoires en mutation : Le site GéoLycée des éditions Magnard propose vos régions en ligne : La cartothèque de la Documentation française : Cartes en temps réel de la circulation en Île-de-France : Les sujets d étude [Approfondissements] du thème L organisation des transports franciliens, p Démarche du sujet d étude Le sujet d étude donne un exemple de constitution de dossier qui peut servir pour guider la réalisation d un dossier par les élèves sur l organisation des transports dans la région où se trouve leur lycée. Il s agit d abord de faire l état des lieux sur les différents modes de transports, leur fonctionnement et leurs connexions à l échelle régionale ; puis de rechercher les causes des particularités du système de transport régional ; de s interroger sur les acteurs et les aménagements nécessaires. Approfondissement ou étude de cas? Quelques pistes pour organiser l articulation du sujet d étude avec les leçons. Le sujet est proposé en approfondissement des leçons 2, 4 et 5. Comment les transports sont-ils organisés dans une région-capitale? Quels sont les effets de la métropolisation sur l organisation des transports régionaux? Quels sont les acteurs de l aménagement des transports régionaux? En étude de cas, le sujet peut permettre d annoncer les principales problématiques. La région Île-de-France est une puissante région métropolitaine : Quelle est la distribution de la population sur le territoire? (leçon 1, p ; leçon 2, p ). Les transports doivent répondre aux besoins de mobilité des personnes et aux besoins des multiples activités franciliennes : Comment s organisent les mobilités et les transports en France? (leçon 3, p ; leçon 4, p ). La Région est un nouvel acteur dans l organisation et la gestion des transports franciliens : Quels sont les nouveaux territoires de l aménagements? (leçon 5, p ). Thème 1 Peuplement, réseaux et mobilités en France 87
88 1. Un système de transport sans équivalent en France, p Doc. 2 : Le STIF organise, cordonne et finance les transports publics de voyageurs en Île-de-France. Ceuxci sont assurés par la RATP, la SNCF et les compagnies de bus privés regroupées en association : l OPTILE. Ce système est unique en France. Doc. 3 : Ce texte ne fait pas état des 3 aéroports franciliens : Roissy Charles-de-Gaulle (2 e européen derrière Londres), Paris-Orly et Le Bourget. C est un établissement public, Aéroports de Paris, qui les exploite. Roissy et Orly concentrent 60 % du trafic de passagers et 90 % du fret français. Doc. 4 : La Défense est le 1 er quartier d affaires européen avec, entre autres, 150 entreprises et 3 centres de congrès. Il est équipé d un des meilleurs réseaux de transports au monde : métro, train, RER, tramway, accès direct à l A 86 et à A 14 ainsi que bus convergent vers le nœud multimodal «cœur transport». Ce réseau doit satisfaire les besoins de salariés, hab. et 25 millions de visiteurs par an ( par jour). D où des projets : prolongement de la ligne RER Éole, liaison directe avec Roissy, couverture de la RN 13 entre La Défense et la porte Maillot (soumise au débat public actuellement). Doc 5 : Sur 386 ha (52 ha de plans d eau ; 12 km de quais) le 1 er port du Port autonome de Paris combine 5 modes de transports : fluvial, maritime, ferroviaire, oléoduc et routier. Le Port autonome de Paris, établissement public créé en 1970, est le 1 er port intérieur français et le 2 e en Europe. 1. Il s agit d un réseau centrifuge très dense notamment en voies rapides surtout en Petite couronne (Paris et les 3 départements limitrophes, Hauts-de-Seine, Seine- Saint-Denis, Val-de-Marne). 2. Ce réseau peut être qualifié d exceptionnel parce qu il est complet routes, autoroutes, voies ferrées dont TGV, transports collectifs (métro, RER, tramway, bus, fluvial et Internet haut débit), dense, multimodal (interconnexions rapides) et moderne. 3. Les infrastructures marquent le paysage puisqu elles pénètrent au cœur de la ville, concentrant les activités économiques sur des espaces parfois très vastes (doc. 5). Elles remodèlent les paysages par un besoin incessant d agrandissement (terrains encore inoccupés ou transformés). 4. Les principaux intervenants sont l État et les collectivités territoriales (Conseil régional, Conseils généraux, communes). 5. Les pouvoirs publics en Île-de-France se sont attaché à doter la région d un réseau de transport dense et moderne qui forme un maillage complet sur tous les modes (individuel, collectif, rapide ). Ces réseaux forment un tout puisque les interconnexions et l intermodalité entre individuel et collectif, transport local et régional et transport national et international sont facilitées. 2. Satisfaire les besoins d une région métropole, p Doc. 6 : On peut faire plusieurs remarques : l essentiel des déplacements se fait en liaison internes (plus de 70 %) et connaît une augmentation importante ; les échanges entre les couronnes sont minoritaires (environ 20 %) ; ces changements peuvent traduire un meilleur équipement de proximité et une meilleure distribution des emplois au sein de l Île-de-France. Doc. 7 : Ces 3 graphiques font ressortir la position privilégiée de l Île-de-France à toutes les échelles (internationale, nationale, locale) tant pour le fret que pour les voyageurs. Doc. 9 : Les dernières recherches montrent que le développement des transports notamment en voies rapides n aboutit pas forcément au développement économiques des territoires traversés. Ce sont les ressources locales ou régionales (humaines, naturelles, industrielles ) qui constituent la condition du développement économique. Les infrastructures viennent alors en appui. Doc. 11 : La mobilité individuelle des Franciliens a peu varié ces 25 dernières années : 3,5 déplacements par jour (on pourra utilement comparer avec Clermont-Ferrand (doc. 2 p. 142). Mais la mobilité est plus grande à Paris qu en Petite et Grande couronne. La marche n est plus le mode prédominant depuis La voiture assure désormais 44 % des déplacements. L utilisation de la voiture est liée au lieu de résidence : plus son s éloigne de Paris, moins est dense la desserte en transports en commun et plus l utilisation de la voiture est nécessaire (inversement pour la marche à pied). 1. Les principaux besoins de transports sont localisés en Petite et Grande couronne. Le mode privilégié est la voiture pour la périphérie, la marche à pied et les transports en commun pour Paris. C est en Grande couronne que l offre de transport en commun est déficiente. 2. C est une région de transit car sa position est privilégiée en France : la centralisation du pouvoir y a fait converger les voies de communication ; Paris est au cœur d une région agricole riche et innervée par la Seine qui est navigable sur l ensemble de son cours. En Europe, la région se situe non loin de la Mégalopole, elles est située sur l axe Nord-Sud, Est-Ouest et enfin à l échelle mondiale (2 e aéroport européen). 3. Les activités économiques, industrielles et tertiaires (tourisme, congrès) jouent à 3 échelles (locale, nationale 88
89 et internationale) d où la nécessité d un réseau performant. 4. On attend des élèves qu ils classent les informations par grand type : des raisons économiques (1 re région économique française et de commandement (industrie, tertiaire : 1 re ville de congrès du monde, tourisme, commerce) ; des raisons géographiques (situation privilégiée sur le territoire nationale et européen) ; des raisons démographiques (région très peuplée (11 millions d hab.) et densément peuplée, population à haut niveau de vie). 3. Une nouvelle gestion des transports franciliens, p Doc. 13 : Dans les années 1960, les politiques d aménagement, dans le respect républicain de l équité, se sont orientées vers le tout autoroute et le TGV. Aujourd hui, les projets ont de nouveaux impératifs : limiter la pollution, préserver la nature et faire des économies d où la volonté d utiliser au mieux ce qui existe déjà et de privilégier l intermodalité. Le plan État-Région reflète donc cela. La carte fait état du plan État-Région : il s agit d un document contractuel (contrat de plan) signé entre l État et la Région. Le dernier en date est celui de Le SDRIF (Schéma directeur régional de l Île-de-France) est un document prévisionnel d où des décalages entre SDRIF et contrat de plan. Doc. 14 : La loi sur l air et l utilisation rationnelle de l énergie du 30 décembre 1996 donne l obligation à toutes les agglomérations de plus de hab. d établir un plan de déplacement urbain (PDU). La loi fixe à 5 ans l évaluation de ce PDU. Il doit être compatible avec de SDR et le plan Régional pour la qualité de l air. La France s est engagée en 1997, à Kyoto, à réduire de 10 % les émissions de gaz à effet de serre. Les politiques publiques doivent refléter cet engagement. La dualité sociale et territoriale fait référence au différentiel entre l Ouest et l Est de la région parisienne et plus encore le Sud-Ouest et le Nord-Est : le Nord-Est étant désavantagé en matière d emplois, de qualité de vie, de logement et de mobilité. Doc. 15 : 70 % des déplacements motorisés en Île-de- France sont internes à la banlieue (banlieue-banlieue) ; en Île-de-France, plus de 60 % sont des déplacements de rocade (liaisons internes) en Petite ou Grande couronne et 26 % sont radiaux (liaisons externes) et 4 % sont de transit par Paris. La forte augmentation des déplacements en banlieue et surtout en Grande couronne explique les tendances des politiques publiques à privilégier les rocades notamment de transports en commun en banlieue. Doc. 16 : Environ véhicules circulent à cet endroit (boulevard Périphérique et A 3). À proximité immédiate sont atteints des niveaux de pollution deux à trois fois supérieurs aux normes en matière de dioxyde d azote (NO 2 ) et de benzène. Le NO 2 augmente les crises d asthme et favorise les infections pulmonaires ; le benzène est cancérigène. (Source : d après la Mairie de Paris, 13 mai 2005.) À noter que les transports collectifs (fer et route) rejettent 10 fois moins de dioxyde d azote dans l atmosphère que la voiture individuelle (source : ADEME). On ne retrouve les taux moyens de pollution parisienne qu à 150 m du périphérique et de l échangeur. Doc. 17 : La Région a depuis la loi du 13 août 2004 relative aux libertés et responsabilités locales compétences pour les transports publics. Le doc. 17 fait état d un face à face à venir entre Région et commune de Paris. En effet, l État cède 17 sièges au Conseil d administration du STIF. Ce qui fait au total sièges à la Région et 5 sièges (inchangé) à la commune de Paris et 1 siège à chacun des départements. 1. Les collectivités territoriales : Région, Département, communes mais aussi structures intercommunales sont les nouveaux acteurs des transports. La volonté affichée est d être au plus prés des besoins des citoyens et des acteurs économiques aux différentes échelles communale et régionale. Mais les différentes échelles d intervention pourront engendrer des conflits d intérêts et des concurrences entre les différentes collectivités territoriales. 2. Les orientations de la politique des transports montrent le souci de préserver l environnement et la qualité de vie des habitants : ainsi, il est apparu nécessaire de privilégier les transports collectifs moins polluants et les modes de circulation doux (vélo, marche à pied). 3. Les besoins en transport sont les plus importants en banlieue et notamment en Grande couronne, là où l augmentation des emplois est la plus élevée depuis D où une augmentation des déplacements à l intérieur de la Grande couronne et la création ou la prolongation de tracés de rocade. 4. On attend des élèves qu ils dégagent des enjeux politiques et sociaux : c est un enjeu de démocratie locale : être au plus près des besoins de tous les citoyens ; des enjeux économiques : assurer une bonne desserte du territoire francilien permet de soutenir l activité économique ; des enjeux environnementaux : promouvoir les transports collectifs pour améliorer la qualité de vie des Franciliens. BIBLIOGRAPHIE Bavoux, J.-J., Géographie des transports, A. Colin, 2005 SITES INTERNET Le plan de déplacement urbain de l Île-de-France : Des études en ligne, des photographies, des cartes précieuses pour travailler sur le sujet : Un document intéressant sur la mobilité en Île-de- France : Thème 1 Peuplement, réseaux et mobilités en France 89
90 Un nouveau territoire : le Pays d Arles, p Démarche du sujet d étude Le sujet donne un exemple de constitution de dossier qui peut servir pour guider la réalisation d un dossier par les élèves sur une organisation intercommunale et ses réalisations. Il s agit de décrire les conditions dans lesquelles s est constitué le «nouveau territoire» et ce qui en fait l identité ; de confronter le projet du pays aux réalisations des différents acteurs ; de s interroger sur les limites de l intercommunalité face à certains problèmes d aménagement Approfondissement ou étude de cas? Quelques pistes pour organiser l articulation du sujet d étude avec les leçons. Le sujet est proposé en approfondissement des leçons 1, 2 et 5 sur les nouveaux territoires, enjeux de l aménagement. Qu est-ce qu un «nouveau territoire»? Quelles sont les réalisations de l intercommunalité? Quels sont les acteurs? Quelle est la pertinence du nouveau territoire faces aux problèmes d aménagement? En étude de cas, le sujet peut permettre d annoncer les principales problématiques. La communauté d agglomération d Arles rassemble la moitié de la population du Pays : Comment la population occupe-t-elle le territoire? (leçon 1, p ; leçon 2, p ). Le pays situé en carrefour au sein d un espace en voie de métropolisation devient un important pôle logistique : Quelles sont les relations entre les transports et les villes? (leçon 3, p ; leçon 4, p ). Le Pays d Arles fédère les acteurs les plus divers pour réaliser le projet de son territoire : À quelle échelle l aménagement du territoire se concentre-t-il aujourd hui? (leçon 5, p ). 1. Un territoire en formation, p Doc. 1 : Le Pays d Arles est un territoire de plus de km 2 soit 1/3 de la superficie des Bouches-du-Rhône et peuplé de hab. soit seulement 8 % de la population du département (densité de 74,6 hab./km 2 ; moyenne départementale : 345 hab./km 2 ). Doc. 2, 3, 4 et 5 : Les repères ci-dessous permettent de replacer la démarche des intercommunalités dans le contexte national. La nécessité ressentie de répondre à l éparpillement des communes par une législation favorisant la coopération remonte en fait à la fin du XIX e siècle : création des syndicats intercommunaux à vocation unique (SIVU) : création des syndicats intercommunaux à vocation multiple (SIVOM) : création des Syndicats d agglomération nouvelle (SAN) autour des villes nouvelles. 1992, 6 juin : loi Joxe sur l administration territoriale de la République : tournant pour l intercommunalité avec la création de deux nouvelles formes de regroupements communaux : communautés de communes en zone rurale et communautés de villes en zone urbaine. Il ne s agit plus seulement de gérer des équipements ou des services publics communs, comme le faisaient notamment les SIVOM ou les SIVU, mais d être un outil d orientation des choix politiques et de planification des projets dans deux domaines précis : l aménagement de l espace et le développement économique. 1995, 4 février : loi d orientation pour l aménagement et le développement du territoire (LOADT) dite loi Pasqua. Création des «pays». Le pays n est ni un échelon administratif, ni une collectivité territoriale supplémentaire, mais un territoire de projet. 1999, 25 octobre : loi d orientation pour l aménagement et le développement durable du territoire (LOADDT) dite Loi Voynet. Elle relance de la politique d aménagement du territoire à travers les Pays 1999, 12 juillet : loi Chevènement : création des Communautés de communes, Communautés d agglomération et Communauté urbaines ; l intercommunalité devient obligatoire. Les Communautés doivent former un ensemble d un seul tenant et sans enclave : de plus de hab. autour d une ou plusieurs communes-centres, de hab. pour la Communauté d agglomération, de plus de hab. pour la Communauté urbaine. 2000, 13 décembre : loi Solidarité et renouvellement urbain (LSRU). Création des Scot (Schémas de cohérence territoriale) : il s agit d assurer la cohérence de l aménagement à l intérieur d un même bassin de vie (habitat, transport). 2004, 13 août : loi Liberté et responsabilité locale. Simplification des règles de fonctionnement et accélération de l intercommunalité. L intercommunalité est inégale sur le territoire français : la Bretagne, les Pays de Loire par exemple sont très en avance, alors que l Île-de-France (malgré un rattrapage récent), la Corse sont en retard sur la signature des contrats de pays (voir doc. 1 p 156). Au 1 er janvier 2006, 85,4 % de la population réside dans l un des EPCI (Établissement public de coopération intercommunale) qui regroupent au total communes (pour plus de détails, voir : Données chiffrées intercommunalité, ministère de l Intérieur : _SETL/intercochiffres.htm). Doc. 2 : Saint-Martin-de-Crau est une commune de hab. située entre Alpilles et Camargue dans la plaine de la Crau. La loi Chevènement rendant l intercommunalité obligatoire, Saint-Martin se résout en 2001 à rejoindre la communauté de communes de la vallée des Baux. Le refus de celle-ci de l intégrer conduit Saint-Martin à se rapprocher d Arles. Le 4 décembre 2003, le Préfet signe l arrêté de création de la Communauté d agglomération, Arles-Crau-Camargue-Montagnette, avec effet au 31 décembre 2003, comprenant 5 communes dont Saint-Martin. Le document produit par la commune de Saint- Martin dans son bulletin d information montre les hésitations, les réticences qui président parfois à la formation des nouveaux territoires. 90
91 Doc.4 : La carte montre la constitution actuelle du pays et les limites de l intercommunalité. Certaines communes (ex. : Saintes-Maries-de-la-Mer) n ont pas franchi le pas en D autres territoires de projet (parc naturel existant ou à venir) recoupent le territoire du Pays. Doc. 5 : Les contrats de pays traduisent en termes opérationnels les orientations stratégiques déterminées dans la charte de développement. Conclus en application du volet territorial des contrats de plan État-Région, ils comportent un programme pluriannuel d actions élaboré en concertation avec les financeurs, le plus souvent l État, les Régions et les Départements intéressés, ainsi que l Union Européenne. Voir l Institut supérieur des métiers : Doc. 6 : Le logo de la Communauté d agglomération d Arles rassemble quelques symboles du pays : les cornes de taureau et l architecture des arènes ; l arcade des arènes et la Montagnette ; la couleur des galets de la Crau ; la couleur du Rhône et de la Méditerranée. Doc. 7 : Les arènes romaines construites vers 90 de notre ère sont inscrites au patrimoine de l Unesco depuis Elles peuvent accueillir spectateurs lors des corridas et surtout des courses camarguaises très populaires du Sud-Est de l Hérault à la Camargue. Elles symbolisent la richesse patrimoniale du pays. 1. Le contexte fondateur est politique (une série de lois nouvelles sur l aménagement du territoire) mais le texte fait allusion aux pressions foncières (périurbanisation marseillaise, avignonnaise). 2. Les facteurs qui font la cohérence du Pays d Arles sont : géographiques : la position du territoire entre delta du Rhône, littoral camarguais et Alpilles ; à la croisée de flux nationaux Nord-Sud et Est-Ouest le long du littoral méditerranéen ; une densité très faible par rapport aux autres territoires environnant ;des espaces naturels fragiles : Rhône, Camargue, Alpilles, Crau soumises aux inondations, aux feux l été ; du point de vue urbain : les zones d influence des villes majeures (Marseille, Montpellier, Nîmes) s y étendent ; économiques : agriculture fragilisée, industrie peu développée et importance du tourisme ; mais c est le genre de vie (tauromachie, élevage du taureau ), l histoire (passé romain très marqué dans l architecture) et l attachement aux paysages qui sont les facteurs les plus marquants. 3. Les fragilités sont visibles à plusieurs niveaux : politique : les communes doivent s entendre et leur engagement n est pas toujours très enthousiaste ; financier : le financement des projets engendre compromis et retard ; écologique : l eau, l environnement conditionnent tous les projets. 4. Le Pays d Arles est un territoire qui présente une grande unité. Une nature fragile, restée pour beaucoup sauvage, en fait un espace homogène. Mais le genre de vie avec l omniprésence du taureau par exemple, l importance du tourisme, un passé riche donnent à la population le véritable sentiment d appartenance au Pays d Arles. 2. Un territoire de projet, p Doc. 8 : Il s agit de la plate-forme de Katoen Natie à Saint- Martin-de-Crau. L entreprise belge spécialiste des «solutions logistiques mondiales intégrées et sur mesure à des clients-partenaires» (Décathlon, Bayer, Renault ) est installée sur la zone industrielle Écopôle depuis fin Elle a inauguré une nouvelle plate-forme logistique en janvier 2006, en présence du ministre délégué à l Industrie et du président de Région et annoncé la création d une troisième tranche. L image aérienne de synthèse montre au premier plan les bâtiments actuels, au second plan la future extension. Doc. 9 : Les nombreuses zones d activités de Saint-Martinde-Crau sont désormais gérées par la communauté d agglomération ACCM ce qui peut expliquer les hésitations de la commune face à la nécessité d intégrer un EPCI (Établissement public de coopération intercommunale). En effet, la création, l aménagement, l entretien et la gestion de zones d activité industrielle, tertiaire, artisanale, commerciale, touristique, portuaire ou aéroportuaire d intérêt communautaire, constituent l une des compétences obligatoires des communautés d agglomération. (Source : MINEFI, Collectivités locales.) Doc. 10 : Ce texte décrit la démarche spécifique du Pays. S agissant d un territoire de projet, il faut réunir tous les acteurs (conseil de développement) pour établir une charte de développement sur au moins10 ans. Le diagnostic est le premier élément de la charte. Il doit permettre d identifier : la situation du territoire dans son environnement (par rapport aux concurrences régionales, nationales et internationales, ainsi qu aux possibilités de coopération), en intégrant le bilan des actions passées; les problèmes majeurs auxquels le territoire est confronté ainsi que ses ressources (matérielles, humaines, etc.) ; les grands enjeux du territoire et les alternatives de développement possible. (Source : ETD, Projet de territoire.) Doc. 11 : La position de carrefour du territoire entre l axe rhodanien et le littoral méditerranéen favorise le développement des pôles logistiques (environ emplois, dont 900 emplois créés depuis 2 ans, voir doc. 8). Les quatre principaux pôles sont présentés par le document : Saint-Martin-de-Crau (140 ha) ; plate-forme quadrimodale d Arles (70 ha) ; plate-forme Distriport de Port-Saint-Louis (160 ha) ; Chateaurenard. Sur le Rhône, la plate-forme quadrimodale (route chemin de fer voie fluviale voie maritime) d Arles est organisée autour du port fluvial, second en termes de tonnage et d activité sur le fleuve après le port Edouard- Herriot de Lyon. Thème 1 Peuplement, réseaux et mobilités en France 91
92 Docs. 12 et 13 : Le doc. 12 est à étudier en liaison avec le doc. 13. Il donne un exemple précis des efforts de reconversion des anciens ateliers SNCF d Arles. La ville d Arles s est engagée dans la constitution d un pôle régional de compétence orienté vers les nouveaux médias numériques. Les doc. 10 et 13 sont des extraits de la «charte d objectifs partagés» entre l association du Pays d Arles et la Région PACA dans le cadre du contrat de plan État-Région et de l élaboration du schéma régional d aménagement et de développement du territoire. (SRADT) Cette charte (qui n est pas la charte du pays) prépare la négociation du contrat entre le Pays et la Région. Doc. 14 : La Communauté de communes Rhône-Alpilles- Durance a créé le label Val de Provence. Elle édite un guide et a implanté des panneaux d informations dans les 10 communes composant l intercommunalité. Doc. 15 : La chambre de commerce et d industrie d Arles mène une politique active de communication et de valorisation du pays d Arles. Elle a notamment créé un annuaire en ligne, «l annuaire du web en pays d Arles» comportant plus de adresses dans les 36 communes du pays et un «blog collaboratif» pour soutenir la dynamique économique du pays. 1. La démarche de Pays peut être résumée à une mobilisation des multiples acteurs du territoire pour une meilleure connaissance du territoire (diagnostic) et l élaboration d un projet de développement à long terme. Le Pays doit fédérer, coordonner et impulser des projets. 2. Un pôle logistique est un lieu qui offre des services spécialisés pour favoriser le stockage, le traitement et l acheminement des marchandises. Il se caractérise par sa position géographique : au cœur d un réseau moderne de transports à l échelle régionale et nationale; son aménagement : de vastes terrains disponibles à proximité d autoroutes ; des entreprises spécialisées dans le domaine des transports (stockage, conditionnement, acheminement). Le développement de cette filière dans le pays d Arles s explique par la situation de carrefour du territoire entre l axe rhodanien et la façade méditerranéenne ; la proximité du premier port français et méditerranéen. 3. La volonté de modernisation par l image et le numérique est affirmée dans la création du médiapôle doublé d un pôle numérique d un et dans l aménagement des anciens ateliers SNCF. Il s agit de répondre aux conséquences de la crise des années 1980 ; de sauvegarder le patrimoine et d intégrer le territoire dans les réseaux les plus modernes de production et de transport d informations et d images. Il s agit là d un savoir-faire et d une production «propre» s intégrant dans un environnement vert (nombreux espaces verts), ce qui confirme la volonté de promouvoir et protéger l environnement. 4. La création d un guide touristique labellisé aux couleurs du Pays permet d affirmer la spécificité du territoire et de le placer sur le marché touristique comme produit «local» et dans la tradition. Les chemins de Provence-Prestige entrent dans la même démarche, celle de valoriser les potentialités locales, à l échelle du Pays, des communes voire de l exploitation agricole. Cette proximité ne pèse pas sur l environnement que l on veut préserver. 5. Les grands acteurs du contrat de pays sont l État, la Région, les communes, les Communautés de communes et les nombreux acteurs privés : chambre de commerce ; firme multinationale ; producteurs locaux, etc. 6. Le Pays analyse les potentialités du territoire, trace les grandes lignes de son développement, coordonne les actions des acteurs privés, des communes, des intercommunalités. Ces dernières impulsent et finalisent, notamment en matière économique, de nouveaux projets, qui, parce qu ils opèrent dans des espaces plus vastes avec des moyens financiers et juridiques nouveaux, sont plus efficaces. 3. Un territoire à l épreuve de la décentralisation, p Doc. 16 et 17 : Le territoire traversé ou longé par le Rhône s inscrit en grande partie dans le delta. La Camargue entre les deux bras du Rhône et la Méditerranée est un espace disputé entre le fleuve, la mer et les hommes. La région a été isolée du fleuve et de la mer par des digues mais pour assurer son alimentation en eau douce et maintenir le milieu et les activités, des stations de pompage de l eau du Rhône et un réseau de canaux ont été aménagés. La Camargue est ainsi un milieu artificiel géré par l homme dans le cadre d un parc naturel régional depuis 1970 (autre territoire de projet ; voir doc. 4). Deux seules communes sont concernées pour ha (Arles et Saintes-Maries-de-la-Mer). Depuis 2002 la gestion est assurée par un Groupement d intérêt public du parc naturel régional associant les élus (communes, Département, Région), l État, les propriétaires camarguais et l ensemble des usagers. Plus du tiers de ce territoire est couvert d eau. L étang de Vaccarès couvre environ 65 km 2 à lui seul. La gestion de l eau, la protection contre les inondations sont donc une préoccupation importante du Pays, mais les acteurs de l eau sont nombreux (doc. 19 et 21). Le Symadrem (Syndicat mixte interrégional d aménagement des digues du delta du Rhône et de la mer) est un établissement public regroupant 19 collectivités : les deux régions limitrophes (Languedoc-Roussillon et PACA), les deux départements (Bouches-du-Rhône et Gard) et 15 communes suites aux dernières inondations. Doc. 18 et 19 : Les inondations de décembre 2003 sont la conséquence d une crue du Rhône provoquée par un épisode pluvio-orageux intense pendant plus de 48 heures sur le quart Sud-Est de la France (20 départements en «alerte orange» au sud de Lyon). La crue s étend du 1 er au 4 décembre. La zone industrielle Nord, les quar- 92
93 tiers de Trébon et Montplaisir (doc. 19) ont été noyés sous des hauteurs d eau allant de 60 cm à 2 m à la suite de la rupture des digues de protections des passages sous la voie SNCF, l eau étant bloquée par le canal de Vigueirat construit en surplomb de la plaine. Les habitants ont été évacués. Les quais du centre-ville ont été submergés et abîmés. La campagne arlésienne a été également inondée. Doc. 20 : La vue aérienne oblique montre le site exceptionnel des Saintes-Maries-de-la-Mer construit sur le cordon littoral à l Est du Petit Rhône (voir localisation sur le doc. 1), entre la mer au premier plan et les étangs de l intérieur. Si les ressources touristiques sont évidentes, le document suggèrent aussi toutes les contraintes, tous les risques d un tel aménagement. Doc. 21 : Le document montre les limites de la décentralisation et comment la multiplicité des acteurs fragilise finalement la gestion du risque. À la suite de ces inondations le périmètre d action du Symadrem a été élargi à toutes les digues de Camargue en décembre 2004 et le système de gestion de l ensemble des digues a été unifié. 1. L eau est omniprésente en Pays d Arles puisque les 2 bras du Rhône enserrent ce territoire. La Camargue occupe une grande partie de ce territoire. Mais les aménagements (canaux, systèmes d irrigation, digues ) montrent que l homme a voulu depuis longtemps maîtriser cet élément vital et dangereux. 2. Il s agit bien d un risque majeur puisque les populations sont exposées aux dangers des inondations d autant que les protections ne sont pas toujours adaptées (remblais SNCF). 3. Les inondations de 2003 ont soulevé la question de la multiplicité de la gestion des digues (État, SNCF, Syndicats intercommunaux) ce qui atomise la construction, l entretien et la surveillance des digues. Le coût de cette gestion ne peut être assuré par des petites communes ou structures sans moyens financiers. 4. Le rôle du Pays serait alors de coordonner la gestion, la surveillance, les secours, les démarches administratives 5. Le Pays peut donc avoir un rôle fédérateur dans l aménagement du territoire. Cependant, il n en a pas les moyens juridiques ni financiers. D autre part, la gestion du Rhône dépasse largement le territoire du Pays et même la Région Provence Alpes-Côte d Azur. Seul l État a, en effet les outils législatifs, techniques, d expertise et financiers pour assurer la gestion d ensemble du bassin versant d un fleuve de plus de 800 km. BIBLIOGRAPHIE Bleton-Ruget, A., Bodineau, P., Sylvestre, J.-P., (dir.), Pays et territoires, éd. universitaires de Dijon, 2002 Sites Internet Site de la Datar avec de nombreuses cartes actualisées sur l état d avancement des intercommunalités en France et des données statistiques sur chacune d entre elle. Dossier enseignant avec la France en 2020 téléchargeable : Site de la région Provence Alpes-Côte-d Azur, très riche en cartes et ressources statistiques, contrats de Pays : Site de l intercommunalité d Arles, Camargue, Crau, Montagnette : Le blog du Pays d Arles, le Pays d Arles ne s étant pas encore doté d un site propre : Le site de Geoconfluences propose un dossier Risques et société : Arles sous les eaux du Rhône : Les pages Méthode du thème Répondre aux questions, p. 170 Identifier le document Le document est un schéma qui représente les agglomérations par des figurés ponctuels et les contrastes de densité par des plages colorées qui opposent couleur chaude (orange) et froide (vert). L échelle retenue est l échelle nationale. La légende est organisée autour de deux thèmes : l urbanisation et la densité de population. Le phénomène étudié est donc celui de la répartition de la population française. La nomenclature est absente, elle est indispensable pour localiser précisément les informations représentées. Analiser et exploiter le document Rennes / Nantes / Bordeaux / Toulouse / Clermont- Ferrand / Lyon / Marseille / Nice / Strasbourg / Lille. Le réseau urbain associe un centre national et une couronne de métropoles en périphérie. Il oppose des espaces peuplés et urbanisés : bassins de l Ouest et du Nord, grandes vallées et littoraux à des «vides» : montagnes, espaces ruraux. Ce déséquilibre s explique par les contraintes naturelles mais aussi par l histoire politique, économique et les évolutions récentes comme l héliotropisme. Thème 1 Peuplement, réseaux et mobilités en France 93
94 Répondre aux questions, p. 171 Analyser le document Le graphique 1 est un graphique circulaire, le graphique 2 un histogramme. La source est absente pour le doc. 1, pour le doc. 2, on ne précise pas s il s agit de dépenses ou de recettes. Analyser et exploiter le document Ces deux documents traitent des finances des collectivités locales, plus particulièrement de leurs dépenses. L étude porte principalement sur les Régions. Il est possible de comparer leurs dépenses avec les autres collectivités car à l échelle nationale les données sont en valeurs relatives (doc. 1) et à l échelle régionale les 4 départements cités forment la Région Bourgogne (doc. 2). Les dépenses régionales sont faibles proportionnellement à celles des autres collectivités : le doc. 2 confirme, à l échelle de la Bourgogne l observation du doc. 1, même si les dépenses des communes (exceptée Dijon) et groupement de communes ne sont pas mentionnées. Les dépenses de la Région Bourgogne représentent moins du tiers des dépenses des 4 départements qui la composent et moins du double de celles de la métropole régionale. Dans ces conditions, la portée de la régionalisation se trouve limitée considérablement par les moyens dont disposent ces collectivités par rapport aux autres collectivités locales. Les pages Horizon Bac du thème Répondre aux questions, p. 173 L objectif de l exercice et de permettre aux élèves de s entraîner à rédiger des réponses courtes et construites en réponse à une question géographique simple. C est aussi le moyen pour eux de vérifier qu ils ont acquis les connaissances adaptées aux attentes de l examen. Pourquoi distingue-t-on une «diagonale» traversant le territoire du Sud-Ouest au Nord-Est? La diagonale qui traverse l espace français du Sud-Ouest au Nord-Est est un espace en voie de dépeuplement, caractérisé par de faibles densités (< 20 hab./km 2 ) et une faible urbanisation. Elle regroupe des régions particulièrement enclavées (Auvergne, Limousin, Champagne-Ardennes) et des régions de passage entre Bassin aquitain et Méditerranée (Midi-Pyrénées) et Paris-Lyon (Bourgogne). Le littoral du Sud de la France est-il attractif? Aussi bien sur la façade atlantique que sur la côte méditerranéenne le littoral du sud de la France est un espace attractif. Alors qu il était délaissé pour l essentiel jusqu aux années 1960, il fonde aujourd hui son déve- loppement non seulement sur l attraction touristique mais aussi sur l héliotropisme qui affecte également les autres secteurs de l économie. L attrait de métropoles à l image particulièrement positive, comme le développement de réseaux de communications complets expliquent que les soldes migratoires y soient parmi les plus élevés de France. En quoi les métropoles sont-elles des acteurs géographiques? L étalement urbain dépasse très largement le cadre administratif d une seule commune. Si le pôle urbain central garde un rôle prépondérant, les collectivités s organisent le plus souvent en communautés d agglomération. Par la diversité des fonctions qu elles concentrent, par leurs rôles de carrefour au cœur des réseaux de communication et par les flux qu elles génèrent elles étendent leur influence sur des territoires de plus en plus vastes, généralement à l échelle régionale. La métropolisation comme la politique de régionalisation font donc des capitales régionales un acteur géographique important dans la coordination des politiques d aménagements. Sujet à traiter, p. 175 Un exemple d intercommunalité : le Pays d Arles Situer le document Il s agit d une carte réalisée par un organisme de statistiques en 2002 : l INSEE. Il est donc fiable. Analyser le document L échelle régionale a été retenue. Mais les limites administratives communales et départementales ont permis de réaliser le document. Un aire urbaine est «un ensemble de communes d un seul tenant et sans enclave, constitué d un pôle urbain (plus de emplois) et par des communes rurales ou unités urbaines (couronne périurbaine) dont au moins 40 % de la population résidente ayant un emploi travaille dans le pôle ou dans des communes attirées par celui-ci». Celle d Arles est composée d un pôle et de communes rurales uniquement. Elle est très étendue par rapport à sa population. Le pôle urbain a donc un rayonnement important. Répondre Les aires urbaines voisines (Avignon, Nîmes, Montpellier, Aix-Marseille) sont étendues voire très étendues et leur rayonnement est important : il peut parfois atteindre, voire dépasser les limites du département (Montpellier, Marseille). Arles est encerclée par des aires urbaines nettement plus importantes. De ce fait, la constitution en Pays peut apparaître comme un moyen de lutter contre la pression urbaine environnante, qu elle soit politique, économique, culturelle ou foncière. 94
95 Les problématiques du thème Thème 2 Dynamiques de localisation des activités en France Extrait du programme et des documents d accompagnements Le traitement du manuel Magnard Il revient au professeur d établir quand il le juge pertinent Le rapprochement est facilité par le traitement d une un rapprochement entre histoire et géographie ; certains même filière en sujet d étude en histoire : Les mutations thèmes d étude y invitent plus que d autres, ainsi : de la filière automobile, p , et en géographie : Diffusion et mutations du modèle industriel en Europe L automobile, une filière dynamique, p en histoire et Dynamiques de localisation des activités (voir infra). industrielles en géographie. A. Activités et territoires Il convient de s interroger sur la localisation des activités Leçon 2 : Des espaces industriels entre héritage et et les facteurs qui la déterminent : pourquoi ici et pas renouveau, p ailleurs? Quelles sont les mutations des espaces industriels français? Les facteurs d attraction ou de répulsion sont variables Leçon 5 : Vers une diversification des espaces dans l espace et dans le temps, en fonction des données touristiques, p propres du lieu (ressources et contraintes, parmi Comment la France est-elle devenue le premier foyer lesquelles les données naturelles) et des types touristique du monde? d activités. Leçon 1 : Les mutations de l espace économique S y ajoutent de plus en plus des facteurs extérieurs français, p qui jouent à l échelle nationale, européenne ou Quels sont les effets de la mondialisation sur le territoire internationale. français? Quelle est la réalité du phénomène de «délocalisation» Leçon 3 : De nouveaux territoires pour l industrie, abondamment développé dans les médias? S agit-il p d une fuite généralisée des activités vers d autres lieux Pourquoi certains territoires sont-ils aujourd hui du globe? attractifs pour l industrie? Dans la concurrence entre territoires qui semble se Leçon 4 : Les nouveaux espaces de l agriculture manifester à l échelle planétaire, quels sont les atouts française, p du territoire français et quelles sont les stratégies Quels sont les effets et les évolutions de la politique existantes ou à développer pour y assurer le maintien agricole commune? et le développement d activités et d emplois? B. Une activité économique L étude plus approfondie d un secteur économique s appuie sur une filière de production. Sujets d étude [Approfondissements] En complément au programme d économie, 1 re partie des Sujets d étude : cette approche permet de placer l entreprise dans 1. Un pôle automobile, Rennes, p son contexte territorial, 1. Belle Dune, un village entre dunes et forêt, p Le maïs en Aquitaine, p de montrer le jeu des acteurs économiques, 2 e partie des Sujets d étude : leurs stratégies d implantation et de production aux 2. Une filière automobile en mutation, p différentes échelles (depuis celle du lieu de l activité 2. Pierre et vacances, leader européen, p ou de l unité de production jusqu aux échelles européenne 2. La seconde filière céréalière nationale, p ou mondiale). 3 e partie des Sujets d étude : Cette étude intègre les enjeux environnementaux. 3. Perspectives et enjeux, p Cette étude doit aussi permettre, dans la perspective de 3. Poursuivre le développement, p contribution à l EEDD (Éducation à l environnement pour 3. Une filière en question, p un développement durable), une prise de conscience quant aux effets écologiques [...]. Thème 2 Dynamiques de localisation des activités en France 95
96 Les notions du thème Les notions du programme : Localisation ; Flux ; Acteurs spatiaux ; Contraintes ; Ressources ; Risques. La notion de localisation, centrale dans ce thème, est complexe et peut être abordée à différents niveaux (voir les Repères, p ). Lorsqu elle désigne l acte de choisir un lieu, elle met en jeu les acteurs spatiaux et engendre des flux. C est dans ce choix qu intervient la mesure des ressources, des contraintes et des risques dont l évolution peut conduire à remettre le choix en question au profit d un autre lieu (délocalisation). On peut donc facilement mettre les notions du thème en réseau autour de cette notion centrale. Voir également : Baud, P., Bourgeat, S., Bras, C., «Industrie», «Localisation», «Délocalisation», dans Dictionnaire de Géographie, Hatier, Les pages d ouverture du thème LandyFrance, un nouveau pôle tertiaire au Nord de Paris, p Stade de France Quatiers d habitations Axes de communication Espaces verts Paris Activités tertiaires LandyFrance est un exemple du renouvellement des localisations des activités en France. Ancien espace industriel sinistré dans les années 1970, c est aujourd hui un pôle tertiaire et d habitation avec un vaste programme en cours de construction : m 2 de bureaux ; 500 logements diversifiés ; un square d un hectare, des commerces, services établissements d enseignement. La construction du stade de France en 1998 a marqué le début du renouveau de ce vaste espace bénéficiant de la proximité de Paris et de voies de communication majeure (A 1 et A 86). La Communauté d agglomération de Plaine commune, qui regroupe huit communes, pilote l opération de valorisation des friches industrielles. Kinépolis, le plus grand multiplexe de France p Le groupe Kinépolis constitué en 1997 est un groupe d échelle européenne qui mise sur la complémentarité sur un même site, proche des grandes agglomérations, de l activité de diffusion cinématographique et d autres activités de loisirs. Le complexe de Lomme dans lilloise, est emblématique du développement périurbain récent des activités tertiaires. Pour des informations sur le groupe Kinépolis : &Language_code=FRA Les cartes-clés du thème Localisation et dynamiques des activités en France, p Les espaces agricoles, p. 180 La carte des espaces agricoles croise deux données caractéristiques des deux évolutions dominantes : une spécialisation accrue des espaces agricoles et une concentration économique des exploitations, conditions actuelles de la pérennisation de l activité agricole. Le recul des régions de polyculture désormais essentiellement réduites aux périphéries du Bassin parisien, du Bassin aquitain et des Alpes est patent ; différents modèles de spécialisation s y substituent : cultures céréalières et industrielles dominantes (Picardie, Beauce, Berry, Landes), élevage spécialisé (Bretagne, montagnes) ou encore cultures délicates et vignobles. C est le produit à la fois d aptitudes des terroirs mais aussi et surtout de choix économiques et techniques, largement encouragés par 30 années de Politique agricole commune (PAC), misant sur le productivisme (doc. 4 p. 191). Une étude croisée avec le doc. 1 p. 190 permettra de mesurer l impact paysager de cette spécialisation à échelle locale. Le phénomène de concentration économique est lisible par ses effets ; les régions à revenu agricole élevé correspondent aux régions où la taille des exploitations a connu une forte croissance (une augmentation de plus de 50 % de la taille moyenne des exploitations depuis 1988). Le Bassin parisien et quelques régions d agriculture très spécialisée, dont les vignobles de qualité forment l essentiel aujourd hui de la production agricole française en valeur. Les autres régions, qui n ont pas mis en œuvre une intensification poussée de l agriculture sont actuellement en déprise et voient le progrès des friches, de la reforestation ( ha de surfaces agricoles perdus entre 96
97 1992 et 1999) ainsi que la diminution rapide du nombre des actifs agricoles. 2. Les espaces industriels, p. 181 La carte des espaces industriels met l accent sur l héritage historique et sur les dynamiques actuelles de la localisation industrielle. Elle résume la complexité actuelle de la situation française. De nombreuses régions témoignent de la précocité du développement industriel : Nord-Est en reconversion, poids encore lourd de la capitale parisienne (1/6 e des emplois industriels) ainsi que des espaces sous-industrialisés : la périphérie Est du Bassin parisien, le Massif central et le Sud des Alpes. Toutefois, l étude croisée avec la carte 2 p. 186 est l occasion de montrer le glissement amorcé depuis les années 1960, lui aussi lisible sur la carte, et répondant aux facteurs actuels de localisation. Le poids déterminant de la maîtrise des technologies et des savoir-faire fait émerger un Sud et un Ouest industriels où les activités sont concentrées autour des métropoles régionales, sièges de technopôle. Ce sont les industries de haute technologie qui s y implantent, tendance renforcée par la politique récente des pôles de compétitivité. Le contexte de la mondialisation valorise également les espaces les plus ouverts et les mieux reliés, notamment dans une dimension européenne : littoraux et zones industrialo-portuaires, centres industriels desservis par des voies de communication européennes (doc. 5 p. 189), reconversion accélérée des zones reliées à l Union européenne. C est encore cette nouvelle dimension de l économie mondiale qui stimule l Alsace et la région Rhône-Alpes en en faisant des terres d élection de l investissement international. La carte de l industrie en France est aussi le reflet du jeu complexe des acteurs. Le glissement vers le Sud et l Ouest est aussi le résultat de la politique d aménagement du territoire depuis quarante ans. L inégale reconversion des vieilles régions industrielles est liée aussi aux choix politiques. Ces facteurs essentiels de localisation, lisibles à échelle nationale, le sont également à grande échelle quant il s agit d envisager la mise sur pieds des plate-formes multimodales (doc. 1 p. 188) ou des systèmes productifs locaux, porteurs d emplois (doc. 2 p. 188). 3. Les espaces touristiques, p. 182 La localisation des espaces touristiques en France résulte d une politique volontariste désormais ancienne qui vise à entretenir la place de leader mondial qu occupe le pays ainsi que la valeur économique de cette activité : 7 % du PIB et premier poste de la balance des paiements. Ressources et intervention des acteurs de l aménagement se combinent pour entretenir les flux importants de touristes européens et mondiaux. La carte permet de faire l inventaire raisonné des ressources : patrimoine naturel multiple des littoraux et des massifs montagneux, patrimoine historique et culturel présent sur tout le territoire avec une concentration exceptionnelle dans la région capitale. Les aménagements, réalisés sous l impulsion politique et financière de l État, touchent aussi bien à la mise en valeur de ce patrimoine que son accessibilité et ses possibilités d exploitation économique. La politique des transports fait des hautes montagnes et des littoraux français des espaces touristiques d échelle européenne. Les plans d équipement, qu il s agisse des grands ensembles balnéaires (mission d aménagement du Languedoc- Roussillon en 1963) ou des stations de sports d hiver (plan Neige en 1964) ont créé des capacités d accueil qui soutiennent cette politique. De même la création des parcs naturels témoigne de la volonté de préserver un patrimoine à la source de l activité touristique. À cette première localisation de l activité touristique qui privilégie le Sud et l Ouest ainsi que le pôle parisien, s ajoutent d autres espaces touristiques, certes économiquement moins fertiles à échelle nationale, mais qui témoignent de la naissance de nouveaux territoires touristiques. Il s agit aussi bien des parcs d attraction, à proximité des espaces métropolitains et des voies de communication, que des espaces plus diffus du «tourisme vert» (doc. 3 p. 192). 4. Les dynamiques du territoire, p. 183 La carte des dynamiques du territoire est le reflet d une économie où les trois secteurs traditionnels (primaire, secondaire et tertiaire) s interpénètrent désormais au sein de filières qui marquent leur solidarité. Les pôles de compétitivité mis sur pieds en 2005 (carte 5 p. 185) en sont la concrétisation récente. Elle est également le résultat de facteurs renouvelés de localisation qui permettent de dégager quatre espaces principaux : une région polarisée par Paris qui continue et amplifie sa domination sur l économie nationale, des régions du Nord-Est qui portent toujours la trace de leur passé industriel, un vaste arc périphérique qui englobe l Ouest, le Sud et l Est de l hexagone et enfin les terres délaissées de la «diagonale du vide». Pour ces quatre grandes régions, les facteurs déterminants par leur présence comme par leur absence sont les mêmes. En premier lieu, dans une économie ouverte sur le monde, l accessibilité des marchés extérieurs, sont privilégiées les régions desservies par les axes majeurs du transport national et européen ; la liaison avec les voies maritimes mondiales comme avec la mégalopole européenne est le facteur majeur du dynamisme de l Est français comme de la façade de la Manche. Encore mal relié, le centre français ne peut prétendre à bénéficier de cette intégration mondiale des économies et reste, par exemple délaissé par les investissements étrangers (carte 3 p. 184). À grande échelle, le développement des activités tertiaires le long des voies ou des nœuds de communication (doc. 1 p. 184) participe du même mouvement. En second lieu, les régions dynamiques sont aussi celles qui peuvent s appuyer sur une ou plusieurs métropoles susceptibles de mobiliser acteurs et ressources du déve- Thème 2 Dynamiques de localisation des activités en France 97
98 loppement économique. Siège des entreprises, des pouvoirs politiques locaux ou régionaux, lieux d implantation des universités et des centres de recherche, concentration de population et donc de consommateurs, les pôles urbains sont au cœur des activités, notamment tertiaires qui priment aujourd hui. Cette carte ne rend pas compte du phénomène initié dans les années 1990 des délocalisations qui touchent l industrie mais aussi les services et répondent à des logiques de rentabilité autres que les tendances lourdes exprimées ici. Royaume- Uni Tunnel Belgique Les leçons du thème 1. Les mutations de l espace économique français, p Démarche de la leçon Quels sont les effets de la mondialisation sur le territoire français? La leçon permet d inscrire la question de la localisation des activités dans le contexte général de mondialisation qui commande désormais l économie française. Elle est également destinée à aborder la multiplicité des acteurs de ces localisations (État, collectivités locales, entreprises). Elle aborde d emblée la multiplicité des échelles auxquelles doivent se lire les évolutions. Les documents permettent de mettre en évidence les liens étroits qui existent entre les régions économiques françaises et l extérieur : accessibilité des marchés extérieurs, dépendance à l égard des capitaux extérieurs, stratégie internationale des entreprises française. Les conséquences spatiales de cette mondialisation, en terme de localisation mais aussi de délocalisation, sont abordées à grande comme à petite échelle. Doc. 1 : La Cité de l Europe à Coquelles a été aménagée en 1995 près de l entrée du tunnel sous la Manche inauguré en C est une illustration des facteurs nouveaux de localisation : l ouverture sur l Europe et la proximité des moyens de communications. Desservi par l A 16, par la gare TGV de Calais-Frethun, au débouché des navettes du tunnel et à proximité du port de Calais (1 er port passagers français) le site de Coquelles réunit un centre commercial complété depuis 2003 par une galerie de magasins d usines, un multiplexe, des hôtels, un centre d affaires, ainsi que des entreppôts logistiques. Port Espace urbanisé Autoroute et axe routier A16 Boulogne Paris Cité de l Europe Ligne TGV Doc. 2 : Ce texte dresse une typologie dynamique des grandes régions économiques françaises : la permanence, voire le renforcement du poids de l Île-de-France ; trois grandes régions qui attirent les localisations et dessinent un vaste arc périphérique ; des régions de déprise correspondant à d anciens facteurs de localisation. Ce texte montre les limites de la politique volontariste d aménagement qui peine à inverser les tendances de fond que sont la métropolisation forte du territoire et le déclin des secteurs primaire et secondaire. Doc. 3 : Cette carte montre l importance globale des partenaires européens (plus de la moitié des emplois créés par les IDE) mais les États-Unis sont le premier investisseur devant l Allemagne, l Italie et le Royaume-Uni. Les régions frontalières et les régions métropolisées sont les lieux d accueil privilégiés. Doc. 4 : Le site du journal Ouest-France consacre un dossier en ligne à cette entreprise ( L entrée par une entreprise permet d aborder la question des localisations à la fois sur la longue durée et dans son environnement régional. Le dossier Moulinex a également été abordé par Laurent Carroué in La mondialisation, A. Colin, Doc. 5 : Cette carte permet d introduire l action de l État et des collectivités locales dans la politique actuelle (juillet 2005) en matière d aménagement et de décision industrielle. 1,5 milliards d euros sont prévus par l État sur trois ans pour concrétiser les 66 projets retenus par le CIADT (Comité interministériel d aménagement du territoire). La carte ne retient que les pôles à vocation mondiale souvent implantés dans les régions à grandes métropoles ; plusieurs pôles ont également une dimension trans-régionale (voir également : 98
99 1. La Cité de l Europe est un centre commercial à l anglo-saxonne qui concentre à la fois le commerce de grande distribution, les commerces d enseignes et les activités de loisirs associées désormais à ces pôles. Elle est installée sur de vastes terrains de la périphérie calaisienne, à proximité du terminal du tunnel sous la manche et de l A 16. Elle draine une clientèle régionale et britannique. 2. Les productions françaises, tous secteurs confondus, restent concentrées sur la région Île-de-France. On note toutefois un rééquilibrage entre les régions françaises. À la vieille distinction Est-Ouest se substitue lentement un nouvel équilibre au profit des périphéries métropolisées du territoire. Quelques régions restent cependant en retrait ; c est toujours le cas, par exemple, du Massif central dont le poids économique demeure mineur. 3. La mondialisation est source de nouvelles localisations d activités sur le territoire national mais aussi cause de délocalisation des industries traditionnelles. Par des investissements extérieurs (IDE) ou dans le cadre de stratégies d entreprises françaises visant les marchés extérieurs, nombre de régions voient apparaître de nouvelles activités, le plus souvent tertiaires. Le différentiel de coût de production entre la France et des pays moins développés se traduit par la fermeture d unités de production (mais aussi de services) sur le territoire national et leur installation ailleurs en Europe ou dans le monde. 4. Face à la compétition internationale, l État cherche à valoriser les ressources et les savoir-faire français en favorisant le rapprochement d acteurs complémentaires (entreprises et collectivités) autour de projets technologiques compétitifs. Il reste un acteur important de l aménagement en soutenant des initiatives locales ou régionales. 5. Le cadre mondial et européen dans lequel s inscrit aujourd hui l économie française place les moyens de communication au cœur de la localisation des activités. Ils sont essentiels à la production désormais souvent scindée entre diverses unités ou réalisée dans le cadre de filières de production. Ils sont déterminants dans le cadre de la recherche constante de marchés extérieurs. Ils sont un critère de choix quand il s agit de l implantation d une entreprise étrangère à la conquête de marchés français ou européens. Les régions les mieux desservies par le réseau national, l Île-de-France en tête sont ainsi siège de l essentiel de l activité. À échelle locale, la proximité des axes et des nœuds de communication est un facteur majeur d implantation. Les régions à l écart des grands axes ou celles pour lesquelles les aménagements restent incomplets sont laissées pour compte. 2. Des espaces industriels entre héritage et renouveau, p Démarche de la leçon Quelles sont les mutations des espaces industriels en France? L étude du tissu industriel français est au cœur de cette deuxième leçon. Encore largement tributaire de son industrie malgré une tertiarisation accrue, l économie française s articule autour des lignes de force héritées d une lente construction. C est l occasion de mettre en lumière les principales périodes qui ont engendré différentes régions. Une partie du territoire français reste, malgré la désindustrialisation, commandé par des localisations héritées du XIX e siècle où ressources naturelles et abondance de main d œuvre étaient les facteurs déterminants. Une seconde «strate» de localisations est à rechercher dans le «basculement des années 1960» : l ouverture des économies dynamise les littoraux, l intervention de l État favorise la déconcentration vers des terres jusqu alors peu industrialisées. Outre qu elle laisse une trame, cette histoire des localisations est également la source des risques industriels, préoccupation majeure à l heure de penser un développement durable. Doc. 1 : Le port de Dunkerque est le troisième port français, port autonome depuis Le trafic a atteint un nouveau record en 2005 avec 53,3 millions de tonnes. C est le premier port français d importation des minerais et charbon, de fruits, de cuivre et d exportation d acier et de sucre. Il profite d une situation à proximité de la mégalopole européenne et de la voie maritime la plus fréquentée dans le monde qui explique sa prospérité. Il bénéficie d une desserte autoroutière (A 16 et A 25), ferroviaire et fluviale (canal à grand gabarit) qui le met en liaison avec un vaste arrière-pays. C est la plus grande zone industrialoportuaire d Europe, spécialisée en partie dans le domaine énergétique (voir aussi : Une première usine sidérurgique «sur l eau» existe à Dunkerque dès 1913 (usine des dunes). Cependant la littoralisation des activités pour bénéficier des facilités du transport maritime est spectaculaire à partir des années 1960 avec l installation de la raffinerie BP en 1958 et l implantation de Sollac en En 1974, Usinor-Sollac met en service le haut fourneau n 4 ( t d acier par jour) alors que la crise s accentue en Lorraine. En 1990 Péchiney s installe à proximité de la centrale nucléaire de Gravelines. La disparition des chantiers de construction navale a toutefois laissé place à des friches industrielles qui sont aujourd hui en cours de réhabilitation au sein d un grand projet urbain lancé depuis les années 1990 (projet Neptune). Le nouveau port de plaisance visible en bas à gauche de l image fait partie des nouveaux aménagements. Doc. 2 : La carte pointe les lignes de force anciennes du tissu industriel français encore lisible par les pourcentages Thème 2 Dynamiques de localisation des activités en France 99
100 élevés qui subsistent au Nord-Est et dans les régions centrées sur Paris et Lyon. Elle met également en évidence le rééquilibrage en cours depuis les années 1960 au profit du Sud-Est et de l Ouest français. Doc. 3 : Ce texte est l occasion d aborder la question de la reconversion industrielle sous l angle de l implantation d activités nouvelles et de la modification des facteurs de localisation. Depuis début 2004, la plate-forme Delta 3 est la première activité pourvoyeuse d emplois de la région en remplacement de l orientation historique industrielle liée au charbon. Ce sont désormais les voies de communication qui priment par la combinaison offerte de moyens autoroutiers, ferroviaires et maritimes via le canal de liaison avec Dunkerque. Une étude couplée avec le doc. 1 est souhaitable. Doc. 4 : Là encore, il s agit d une localisation historique de l industrie française dont la poursuite tranche avec la reconversion vue précédemment. On mettra en avant l implication des acteurs publics, à toutes échelles, pour préserver le site. Si l assemblage de l A 380 est réalisé à Toulouse, l aménagement intérieur est effectué à Hambourg. Doc. 5 : Il ne s agit plus d aborder l étude des facteurs de localisation mais de sensibiliser les élèves aux risques liés à l industrialisation dans le cadre du développement urbain. On insistera sur l extension du tissu urbain et sur les mesures de protection mises en œuvre par l État (PIG et PPI). 1. Le site du port de Dunkerque est privilégié par l ouverture directe sur la voie maritime majeure de la Manche et de la Mer du Nord ; la desserte en moyens de transports autoroutiers, ferroviaires et fluviaux ; l existence de vastes terrains disponibles. 2. Le Nord-Est français fait figure de région industrielle majeure. La lecture fine de la carte permet de mettre en avant les régions où se trouvent soit une très grande agglomération (Paris, Lyon) ou une façade maritime importante. 3. Depuis le déclin du facteur «ressources naturelles», l implantation des industries est conditionnée par la situation au regard des grandes voies d échanges internationaux, l existence d équipements de transport et la volonté politique de rééquilibrer le territoire ou de répondre au déclin des industries traditionnelles. 4. Il y a risque quand une société est menacée. Les activités industrielles qui mettent en œuvre une technologie susceptible de provoquer des accidents sont génératrices de risques. Ces risques sont décuplés par l extension urbaine qui englobe désormais des espaces industriels initialement implantés en périphérie comme à Toulouse ou par l accumulation d installations dangereuses en milieu urbain (raffineries, dépôts de carburant, centrale nucléaire) comme à Dunkerque. 5. Des localisations héritées sont des localisations fondées sur d anciens facteurs. Il s agit pour l essentiel des localisations industrielles fondées sur la présence de ressources du sous-sol et d une main-d œuvre abondante, critères déterminants pour le développement des premières révolutions industrielles. Le facteur essentiel dans un contexte de mondialisation des économies est désormais l ouverture sur les marchés, qu elle se traduise en terme de moyens de communication ou de compétitivité face aux autres producteurs. 3. De nouveaux territoires pour l industrie, p Démarche de la leçon Pourquoi certains territoires sont-ils aujourd hui attractifs pour l industrie? Les documents utilisés dans cette leçon visent à dresser un inventaire raisonné des nouveaux facteurs de localisation industrielle et partant une typologie des nouveaux espaces industriels en France. Le raisonnement met en jeu à la fois les ressources déterminantes pour l implantation des industries mais également l action des acteurs du développement économique. Le corpus permet d aborder ces questions à différentes échelles, du local (système productif local) au national (maîtrise des technologies) ou à l international (implantations asiatiques en Alsace). Doc. 1 : La page d accueil du site de Pyrène Aéro Pôle, plate-forme multimodale, met l accent sur les atouts du groupement de communes du canton d Ossun ; outre l environnement naturel au pied des Pyrénées, il s agit des infrastructure de communication (autoroute A 64, voie ferrée et aéroport Tarbes-Lourdes) mais aussi de l environnement technologique (d industries de haute technologie déjà implantées, pôle universitaire technologique tarbais) ainsi que des compétences d aménagement des collectivités locales (voir http :// Parmi les entreprises installées sur le site, on peut citer : ADB : décolletage et mécanique de précision ; ALUMAFEL : menuiseries aluminium ; DIATOMIC : fabrication de micro pièces en céramique et montage de connecteurs en fibre optique ; EADS SOCATA : aéronautique (aviation légère/ aérostructures). Doc. 2 : Le texte extrait du site de la DATAR (aujourd hui DIACT) met en avant le rôle des acteurs privés notamment les PME-PMI. «Clusters, districts industriels, systèmes productifs locaux ou réseaux d entreprises sont autant d appellations pour qualifier différentes formes de coopérations interentreprises. Toutes répondent cependant à une même problématique : réaliser collectivement ce qu une entreprise ne peut faire individuellement, faute de temps, de moyens financiers ou humains. Dans un environnement mondialisé, la concurrence ne se situe plus nécessairement chez le voisin mais à l échelle nationale voire internationale.» Source : ETD (Entreprises, Territoires et développement). Le travail du verre est présent dans cette région de Seinemaritime depuis le Moyen Âge. Actuellement une trentaine 100
101 d entreprises sont regroupées dans le système productif local (SPL) qui est également en contact avec d autres SPL à orientation proche, par exemple «Cosmetic Valley» dans la région Centre ou le «District industriel de Marihka Grande» au Portugal. Une étude de la DATAR relevait une centaine de SPL dans l hexagone en Doc. 3 : L industrie de haute technologie est aujourd hui un des secteurs moteurs de l industrie en France. La carte permet de relever la concordance entre la maîtrise technologique et les principaux technopoles (par ex. à Lyon et Grenoble en Rhône-Alpes) ; c est l occasion d introduire la notion de métropolisation des industries de pointe. On rapprochera cette carte de la carte 5 p. 185 (pôles de compétitivité). Doc. 4 : L atout décisif pour les entreprises japonaises est la situation dans l espace rhénan et l accessibilité à la zone euro. On retrouve l importance des moyens de transport : liaison fluviale avec Rotterdam et aéroport Bâle- Mulhouse-Fribourg («Euroairport» depuis 1987) : 2 e aéroport de fret en France, en cours d extension. Ce dernier est également le siège d une plate-forme industrielle et commerciale qui regroupe 150 entreprises et plus de emplois. L aspect nouveau est ici la réalisation transfrontalière. Voir le sujet d étude Le Rhin supérieur, «laboratoire» de l Europe?, p Le texte met aussi l accent sur la «palette de services» nécessaire aujourd hui. Doc. 5 : L affiche reprend, avec l exemple de la seconde métropole française, l ensemble de ces nouveaux facteurs de localisation. Ce document peut être utilisé au final de la leçon en guise d évaluation. 1. La communauté de communes du canton d Ossun est l initiatrice du projet de plate-forme. Son portail Internet insiste sur la dimension européenne et la desserte en moyens de transports ; plus largement, il s agit de mettre en avant un environnement (nature, aménagements, entreprises, ) attractif pour les entreprises. 2. Les entreprises misent sur leur complémentarité pour renforcer leur présence face à la concurrence internationale. Concrètement les entreprises ont instauré un système de mutualisation des achats en amont de leur production. Le système est encouragé par les collectivités locales et l État. 3. Les hautes technologies sont indissociables des métropoles qui concentrent centres universitaires et laboratoires de recherche (publics ou privés). La carte montre la concordance entre maîtrise des technologies et régions pourvues d une grande agglomération : Paris, Lyon, Toulouse, Marseille pour les quatre principales. 4. Si la mondialisation est bien l accroissement constant des échanges internationaux de biens, de personnes et d invisibles, les espaces attractifs sont ceux qui offrent l ouverture maximale sur les marchés, c est-à-dire une accessibilité à échelle européenne et mondiale. La proximité des frontières et/ou d un réseau de transport efficace est donc déterminante. 5. Les métropoles sont au carrefour des trois facteurs de localisation étudiés dans cette leçon. Elles sont le siège de la maîtrise des technologie par la présence des universités et des centres de recherche et donc dispose d une main-d œuvre de haute qualification indispensable au développement de l industrie de pointe. Par leur situation géographique ou simplement par le réseau de transport qui les relie, elles disposent de la dimension européenne vitale pour le développement industriel à l heure des politiques communes. Elles sont également des nœuds de communication qui favorisent l implantation d une combinaison industrie services logistique au cœur de l industrie du XXI e siècle. 4. Les nouveaux espaces de l agriculture française, p Démarche de la leçon Quels sont les effets et les évolutions de la politique agricole? La leçon et le corpus documentaire qui la soutient tendent à mettre l accent sur la situation paradoxale de l agriculture en France. Elle est l héritière d une longue tradition qui se traduit encore dans les paysages et dans l organisation des régions de production. Elle est d autre part le reflet de mutations récentes qui tendent à bouleverser la géographie agricole du pays : intensification agricole croissante de certaines régions au nom de la rentabilité ou, à l inverse, déprise agricole des régions qui ne sont pas parvenues à s intégrer à cette économie de marché. L autre versant de la leçon est l importance croissante de la question environnementale, qu il s agisse de la gestion des ressources en eau ou de la protection de la qualité des sols. La leçon pose alors la question de la remise en cause possible du modèle productiviste initié par la PAC. Doc. 1 : Le paysage montre une réussite de l agriculture productiviste française dans une région peu favorisée au départ, «Champagne pouilleuse», dépourvue de limon et sèche à cause de son sous-sol crayeux. Les engrais et une intense mécanisation en ont fait l une des régions agricoles les plus riches : céréales (avoine, blé, escourgeon, maïs, orge), luzerne et plantes sarclées (betterave à sucre, carotte, pomme de terre, etc.). La présence du silo témoigne de l intégration dans la filière agroalimentaire. Le parcellaire rectiligne révèle le travail d aménagement réalisé pour favoriser l intensification des productions par la mécanisation complète de la production. Doc. 2 : La carte croise trois données qui mettent en évidence les enjeux agricoles actuels. Il est aisé de montrer la concordance entre taille élevée des exploitations et importance du revenu agricole, de telle sorte que le Bassin parisien apparaît comme le cœur de l agriculture intensive française. On n omettra pas d y ajouter la Thème 2 Dynamiques de localisation des activités en France 101
102 plaine d Alsace ainsi que des régions dont le revenu est lié à l orientation viticole ou maraîchère. La présence, très minoritaire, des exploitations biologiques permet d introduire la remise en cause actuelle du modèle productiviste et de faire le lien avec la carte 3. La Bretagne, zone de forte pollution est aussi celle de l implantation maximale de l agriculture biologique (voir le sujet d étude La Bretagne, région à la pointe de l Europe, p ). «Ils ne sont que 7 000, soit 1 % de l ensemble des exploitants agricoles. Près de autres, en phase de conversion au moment du recensement agricole de l année 2000, les rejoindront d ici peu. Ces agriculteurs ont choisi l agriculture biologique pour tout ou partie de leur exploitation. Leurs pratiques agricoles, qui écartent la majorité des traitements chimiques et nécessitent beaucoup d attention et de présence, n ont certes pas vocation à devenir universelles. Elles connaissent toutefois un développement rapide puisque le nombre d exploitations de l agriculture biologique a doublé de 1995 à 2000 selon l Observatoire national de l agriculture biologique.» Source : Agreste. Doc. 3 : En croisant cette carte avec la Carte-clé p. 180 on fera remarquer que pollution chimique ou menaces sur les ressources en eau sont à rapprocher de l extension du productivisme, qu il soit appliqué à l élevage ou aux cultures. Voir le sujet d étude Le maïs, une filière agroindustrielle majeure, p Doc. 4 : L extrait présente l effet principal de la PAC sur l agriculture française : son orientation spécifique vers les productions de grande culture dans le cadre d exploitations de plus en plus concentrées. Un rappel des étapes de la PAC peut être fait. Il peut s accompagner d un croisement avec la carte 3 qui pose le problème de la pérennité du système intensif et permet d introduire la réforme en cours, à savoir le découplage entre aide et production. Doc. 5 : L affichette présente le pôle de compétitivité Picardie Champagne-Ardenne retenu parmi les pôles à vocation mondiale en juillet Les deux collectivités territoriales veulent valoriser le potentiel des agroressources dans des domaines tels que les biocarburants, la plasturgie (emballage), l industrie textile, la pharmacie, les biomatériaux ou l agroalimentaire. Il intègre également les exploitants agricoles, les industries et les centres de recherche publics ou privés. Travaillant sur le domaine des énergies renouvelables, il prend en compte le développement durable. 1. Le paysage présente les deux caractéristiques principales de l agriculture intensive : la liaison entre agriculture et industrie agroalimentaire symbolisée par le silo d une part et un parcellaire géométrique destiné à favoriser la mécanisation agricole. 2. La carte agricole française se partage entre les grandes cultures, notamment céréalières ou à vocation industrielle, les cultures délicates (maraîchage, vignoble) et l élevage. S ajoutent les régions de polyculture et d élevage horssol. L évolution, soutenue depuis 40 ans par la PAC, est à l extension des régions d agriculture intensive aux dépens des régions herbagères ; seules les régions hautement spécialisées dans une culture à forte valeur ajoutée, comme les grands vignobles, résistent à ce mouvement. 3. Le paradoxe agricole français réside dans une évolution contradictoire ; le phénomène de concentration lié à l intensification des pratiques agricoles reste fort ; il est encouragé récemment par le choix de valorisation par l industrie de certaines productions végétales ; les régions qui ne s y adaptent pas sont victimes de déprise agricole. La réforme en cours de la PAC et le souci de préservation de l environnement font naître une autre réflexion qui trouve une réalisation par exemple avec la multiplication des exploitations biologiques. 4. Les ressources sont indéniablement menacées par les pratiques productivistes de l agriculture : réserves en eau, qualité du sol et des nappes phréatiques. Trois réponses face à cette situation : une prise en compte par la PAC des enjeux environnementaux depuis 1992 ; l apparition d autres méthodes de production (biologiques ou raisonnées) ; de nouveaux débouchés : la transformation des ressources en produits industriels à pollution limitée comme les carburants verts. 5. On distingue deux types d évolution des régions agricoles : une tendance couplée à la spécialisation et à l intensification des cultures, en fonction de leur rentabilité d une part, une tendance nette à la déprise et donc à la reconversion agricole dans les régions qui ne peuvent s intégrer à cette agriculture concurrentielle d autre part. Les évolutions récentes se traduisent par de nouvelles pratiques agricoles (agriculture raisonnée, agriculture biologique) qui prennent en compte la dimension environnementale ainsi que par la recherche de nouveaux débouchés, industriels, pour valoriser les productions. 5. Vers une diversification des espaces touristiques, p Démarche de la leçon Comment la France est-elle devenue le premier foyer touristique du monde? L activité touristique en France est favorisée par les ressources multiples du territoire. L objet de cette leçon est de montrer comment à partir de ces ressources une politique a été mise en œuvre par les différents acteurs du secteur afin de faire du tourisme une activité économique majeure. Cette politique est à l origine de la constitution d espaces touristiques spécifiques mais également d une imprégnation plus large du territoire français. Dès lors que les aménagements interviennent, le risque est également présent ; sa prise en compte devient à son tour un facteur dans la localisation. Doc. 1 : Val Thorens est au cœur d un vaste domaine skiable de plus de 400 km 2 qui joint les vallées de St-Bon 102
103 (Courchevel, La Tania), des Allues (Méribel, Brides les Bains), des Bellevilles (Saint Martin, Les Menuires, Val Thorens). C est la plus haute station d Europe à m d altitude, représentative de la politique d aménagement des Alpes initiée par l État. C est également une station qui diversifie son offre vers le tourisme estival avec des équipements qui rivalisent avec ceux de la station hivernale (piste de VTT, sentiers de randonnée, festival). Pour expliquer le fonctionnement d une station intégrée, on pourra utiliser le modèle suivant : Remontée mécanique Amphithéâtre Parking m Domaine Vallée Route d accès STATION Front de neige m skiable montagneux Exemple de station de ski «intégrée» d après R. Knafou. Doc. 2 : Ce texte met l accent sur le poids économique et l internationalisation de l activité touristique. Il permet d aborder la notion de ressource de façon élargie ; aux ressources naturelles, s ajoutent désormais les ressources patrimoniales. On peut concevoir aisément un travail de recherche sur les différentes ressources du tourisme en croisant ce document avec le doc. 1 à partir du site de Val Thorens, la station dresse en effet un catalogue exhaustif de ses patrimoines. Doc. 3 : Le document publicitaire édité par le département du Gard servira d appui pour comprendre la notion de tourisme vert. Le vocabulaire employé «secrètement», «caractère affirmé» est à exploiter pour définir la «cible» visée par cette campagne. Doc. 4 : La caricature de Ravanel est extraite d un document de l ONG Pro Mont blanc ( fondée en 1991) pour une protection transfrontalière du massif du Mont Blanc. Elle invite les membres des associations adhérentes à N S Vue sur la vallée Circulation automobile Circulation des piétons et des skieurs Vue sur les pistes pratiquer un tourisme et un alpinisme «socialement et écologiquement durable» illustré par le personnage de gauche, et dénonce la bétonisation de la montagne (doc. 1). Elle pose la question de la politique d aménagement des années 1960 et 1970 qui est aujourd hui remise en question. Doc. 5 : Cette couverture permet d introduire le rôle nouveau de l acteur public qui d aménageur s est fait protecteur des ressources. Le site du conservatoire ( rappelle ses missions : «membre de l Union mondiale pour la nature, c est un établissement public créé en Il mène une politique foncière visant à la protection définitive des espaces naturels et des paysages sur les rivages maritimes et lacustres et peut intervenir dans les cantons côtiers en métropole, dans les départements d Outre-mer, à Mayotte, ainsi que dans les communes riveraines des estuaires et des deltas et des lacs de plus de ha.» Au 1 er janvier 2006, le domaine s étend sur ha, 880 km de rivages, 400 sites naturels. La couverture porte également la marque d un acteur privé très controversé (fondation Total) après le naufrage de l Erika et la marée noire de décembre Sur la photographie, apparaissent les divers infrastructures d hébergement : hôtels, résidences collectives qui enserrent le centre de la station dédié aux commerces et aux loisirs ; vers le fond de la vallée se distingue la route qui permet l accès ainsi que vers le sommet, le départ des pistes et des équipements de remontée. 2. On peut demander une réponse sous forme de tableau : Atouts naturels : les multiples littoraux ; le domaine climatique méditerranéen ; les hautes montagnes (pente et enneigement) ; la variété des paysages ; la situation intermédiaire entre Europe du Nord et Europe du Sud. Patrimoine culturel : le patrimoine architectural ; le patrimoine historique ; le patrimoine religieux ; le patrimoine économique ; les autres formes de patrimoine culturel. 3. On peut exiger une réponse ordonnée qui classe les différents aménagements à repérer dans les documents en fonction de leur destination : infrastructures de transport, équipement d hébergement, équipements de loisirs, aménagements à vocation de protection de l environnement. Pour les risques on demandera un classement qui mette en évidence le risque naturel (avalanche, inondation...), la pollution, les atteintes aux paysages. 4. Les évolutions récentes de l activité touristique sont le fait de trois facteurs : une demande de plus en plus large et plus diverse, une recherche de nouvelles «productions» touristiques (tourisme vert ; tourisme culturel) et un double souci de l acteur public : valoriser et protéger le patrimoine. 5. Longtemps cantonné dans des régions qui pouvaient arguer d un patrimoine naturel ou historique exceptionnel (littoral ; montagne ; monuments historiques) le tourisme Thème 2 Dynamiques de localisation des activités en France 103
104 est aujourd hui une activité présente sur tous les territoires. Elle est activité principale ou activité secondaire, parfois moteur d une reconversion régionale. Cette évolution vient de l extension sociale de l activité touristique et de la diversification des attentes : tourisme vert dans le monde rural ; tourisme industriel ; tourisme urbain, etc. Les sujets d étude [Approfondissements] du thème L automobile, une filière dynamique, p BIBLIOGRAPHIE Généralités Noin, D., Le nouvel espace français, coll. Cursus, A. Colin, Agriculture et secteur agricole Diry, J.-P., «Campagnes d Europe, des espaces en mutation», La Documentation photographique, n 8018, La Documentation française, 2000 «L exploitation agricole française : des espaces et des hommes», TDC, n 812, CNDP, 2000 Charvet, J.-P., La France agricole dans son environnement européen et mondial, Liris, Industrie et secteur industriel Mérenne-Schoumaker, B., La localisation des industries, enjeux et dynamiques, coll. Didact Géographie, PUR, 2002 Scheibling, J., «Une industrie française?», La Documentation photographique, n 8012, La Documentation française, 1999 Dupuy, C. et Burmeister, A., (dir.), Entreprises et territoires. Les nouveaux enjeux de la proximité, La documentation française, 2003 Bloc-Duraffour, P., L industrie française, coll. Synthèse, A. Colin, Tourisme et secteur touristique Dewailly, J.-M. et Flament, E., Géographie du tourisme, coll. Campus, Sedes, 2000 Barron, P. et Yeles, N., Le tourisme en France : territoires et stratégies, coll. Prépa, A. Colin, 1999 Peyroutet, C., Le tourisme en France, coll. Repères pratiques, Nathan, Démarche du sujet d étude La filière automobile a connu de profondes mutations technologiques et spatiales qui rendent compte des dynamiques de localisations des industries en France depuis quelques décennies. Confrontée à une très vive concurrence, la filière a connu de profondes mutations technologiques et spatiales. L étude du pôle automobile de Rennes permet de comprendre comment fonctionne un site à l échelle régionale. Puis le fonctionnement de la filière est envisagé à l échelle nationale et internationale. Enfin, il convient de s interroger sur les perspectives. Comment assurer la pérennité des activités de la filière sur le territoire français? Approfondissement ou étude de cas? Quelques pistes pour organiser l articulation du sujet d étude avec les leçons. Le sujet est proposé en approfondissement dans le prolongement des 3 premières leçons : Quelles sont les mutations spatiales de la filière automobile? Quels sont les facteurs de localisation de la filière automobile en France? Quelles menaces pèsent sur la filière et ses localisations? En étude de cas, le sujet peut permettre d annoncer les principales problématiques. La filière automobile a connu de profondes mutations spatiales : Quelles sont les grandes mutations de l espace économique français? (leçon 1, p ). Les évolutions technologiques, les politiques d aménagement des territoires, la concurrence internationale ont modifié les localisations de la filière : Quels sont les principaux facteurs d évolution des localisations des activités? (leçon 2, p ; leçon 4, p ; leçon 5, p ). Les délocalisations, les enjeux environnementaux pèsent sur l avenir de la filière en France : Quels sont les atouts du territoire? Comment les préoccupations environnementales interviennent-elles dans la localisation des activités? (leçon 2, p ; leçon 3, p , leçon 4, p ; leçon 5, p ). La filière automobile en histoire (thème 1) et en géographie (thème 2). Il est intéressant de mettre en perspective les sujets d étude proposés en histoire (Les mutations de la filière automobile, p ) et en géographie en proposant, par exemple, aux élèves de recomposer des dossiers autour de thèmes transversaux. Quelques pistes : «Évolution des localisations à travers l exemple d un grand constructeur, tel Renault» ; «Évolution des modes de production» ; «Automobile et société». Les documents d accompagnement recommandent «de faire travailler les élèves selon des démarches plus diver- 104
105 sifiées». Certains sujets peuvent faire l objet d une recherche documentaire par les élèves qui réalisent «des dossiers à partir des documents issus du manuel, apportés par le professeur, ou recherché le cas échéant par les élèves». 1. Un pôle automobile : Rennes, p Doc. 1 : Le site de Rennes-la-Janais fabrique la Citroën C5 et la Peugeot 407 et depuis 2005 la Citroën C6 et le coupé Peugeot 407, véhicules de haut de gamme. Rennes Métropole a créé en 2002 un parc industriel automobile de 30 hectares (zone de la Touche Tizon), face au site de production PSA Peugeot Citroën. Ce parc accueille des équipementiers ou des services (par ex. : Gefco : logistique ; Visteon : panneaux de porte, climatisation ; Inergy : réservoir d essence ; Lear : faisceaux électriques ; Bretagne Ateliers : ventilateurs) afin d assurer le développement de liaisons synchrones entre l usine et ses fournisseurs. En concertation avec PSA, la Communauté d agglomération a organisé un site fonctionnel: connexion directe à l usine par un pont au-dessus de la départementale 837, double réseau de circulation à l intérieur du parc industriel des fournisseurs (PIF) afin de faciliter au maximum les relations entre l usine et les équipementiers. C est le stade le plus avancé de l intégration dans la filière. Le DRH d une usine du PIF de Renault-Douai en précise les avantages : «En synchrone, quand on a 70 minutes pour produire et livrer, il n est pas possible d être à 20 kilomètres. Le maximum possible est 2 ou 3 kilomètres. Donc il vaut mieux être dans le PIF. Il aurait fallu investir, si on avait été à l extérieur, et les surfaces de stockage coûtent cher. On n a aucun intérêt à stocker. Nous on livre en camion dans l enceinte de Renault, et on n a pas d autorisation à demander, si Renault décide de travailler un jour férié. Si on est à l extérieur du site, il faut demander l autorisation d utiliser le trafic routier un jour férié pour le camion.» Doc. 2 : Cette usine est l exemple type de «déconcentration» dans l automobile favorisée par la politique d aménagement du territoire. La maison mère était installée quai de Javel. Citroën a transféré une partie de ses activités vers la Bretagne en Doc. 3 : La carte réalisée à partir du site Citroën-Ouest montre le système d approvisionnement de l usine de Rennes à partir des autres usines du groupe (Metz, Valenciennes...) et du réseau de sous-traitance de l Ouest (avant la création du PIF). Les livraisons se font en fonction des commandes, (flux tendus), de façon à éviter les stocks. Les équipementiers et les sous-traitants doivent alimenter les chaînes dans un très court délai. La carte permet donc de comprendre ce qu est une filière de production. Doc. 4 : La confrontation de la carte avec le texte de Jacques Scheibling met en évidence les changements intervenus dans l organisation du travail (juste à temps, robotisation). L usine n est plus conçue pour fabriquer l intégralité d une voiture mais pour être le lieu d assemblage d éléments venus d autres usines du groupe ou de la soustraitance régionale. Doc. 5 : La carte permet de comprendre le fonctionnement de la filière à l échelle nationale. L organisation de la filière est fondée sur la complémentarité des lieux de production et de montage distincts et distants. Le document montre la spécialisation des différents centres. Doc. 6 : Le pôle automobile de Rennes bénéficie aussi du dynamisme de la technopole d Atalante et de la proximité des centres de recherches travaillant en partenariat autour de projets communs en particulier dans le cadre de Performance Ce système productif local permet aux PME-PMI de fonctionner en réseau réalisant une concentration de compétences. Le pôle automobile de Rennes associant unités de production et laboratoires de recherches tend donc à renforcer le poids de la métropole rennaise. La notion de métropolisation peut être introduite. 1. L usine Citroën de la Janais est située à 6 km au Sud de Rennes, dans le bocage, en position «exurbanisée». Les grands bâtiments de construction récente abritent les chaînes de montage. Le parc industriel est en cours d aménagement. 2. La réponse doit montrer la multiplicité des facteurs : la présence de grands terrains disponibles, peu coûteux à proximité d une grande métropole ; un bassin de main-d œuvre peu qualifiée, d un moindre coût salarial et adaptée aux besoins du taylorisme ; la politique d aménagement du territoire par les pouvoirs publics : l usine de Rennes est un exemple de «déconcentration industrielle» soutenue par les collectivités territoriales qui ont aménagé des axes de transport et facilité l installation des équipementiers. Le pôle automobile de Rennes bénéficie aussi de la proximité de centres de recherche publics (grandes écoles, université) et privés. 3. La notion de filière de production prend en compte les différentes étapes de l élaboration d un produit. L usine de Rennes, devenue un lieu de montage d éléments livrés par les sous-traitants et équipementiers, met en évidence la filière. L usine de Rennes assure les phases finales de fabrication des véhicules. C est une usine d assemblage terminal. 4. Dans un souci de meilleure productivité, la production à flux tendus est introduite (modèle japonais). En 2002, la nécessité de rapprocher encore plus fournisseurs et usine a entraîné la création d un PIF (Parc industriel de fournisseurs) par Rennes Métropole en face de l usine pour assurer des flux synchrones entre l usine et ses fournisseurs. 5. L implantation de Citroën a tout d abord créé de nombreux emplois. Elle a aussi un effet d entraînement sur l ensemble du tissu industriel régional puisque l usine de Rennes est devenue le lieu de montage d élé- Thème 2 Dynamiques de localisation des activités en France 105
106 ments venus de la sous-traitance régionale. Plusieurs établissements de fournisseurs ont été créés depuis Il convient aussi de ne pas oublier les emplois induits (transports des ouvriers, commerce ). L industrie automobile organisée autour d un système productif local Performance 2010 travaille en partenariat avec la technopole Atalante. Le pôle automobile de Rennes associant unités de production et laboratoires de recherches tend donc à renforcer le poids de la métropole. 2. Une filière automobile en mutation, p Doc. 7 : La photographie de «Smart-ville», inauguré en 1997, montre le stade le plus récent de l intégration dans la conception même du site industriel : les usines d équipements automobiles sont situées dans l enceinte de l usine de montage et reliées directement à la chaîne de montage. Doc. 8 : La carte montre comment, à partir de trois pôles historiques, s est diffusée l industrie automobile : vers l Ouest où il s agit de déconcentrations industrielles (vallée de la Seine, Rennes) ; vers le Nord et Nord-Est où l État a encouragé les délocalisations dans le cadre de la reconversion industrielle. Doc. 9 : Présentation du centre technique de PSA- Peugeot-Citroën. Les activités de recherche et de conception sont localisées dans les grandes métropoles et, en particulier, en Île-de-France où se trouvent 75 % des chercheurs qui travaillent pour l industrie automobile. (Mettre en relation avec le doc. 5 page 195.) Doc. 10 : Cette carte est à mettre en relation avec le doc. 12. À l heure de la mondialisation, les firmes automobiles repensent leurs stratégies. L exemple choisi lancement de la Logan par Renault introduit les menaces qui pèsent sur la localisation de la filière en France et, de manière plus générale, sur l industrialisation du territoire français. Doc. 11 : Cette chronologie permet de suivre l évolution des localisations des implantations industrielles depuis un siècle et les différentes stratégies adoptées par la firme pour relever les défis actuels et s adapter à la mondialisation des activités et des échanges. Une attention particulière doit être portée sur l internationalisation de la filière (implantations, alliances avec firmes étrangères telle Nissan ). 1. Les exigences de proximité ont été renforcées. Les fournisseurs se sont rapprochés au maximum de l usine terminale. Le site de «Smart-ville» a été conçu pour les installer dans la même enceinte et l usine est reliée par convoyeurs aériens aux locaux des différents fournisseurs. Le gain de temps est donc optimisé. 2. Au cours des dernières décennies, en fonction du contexte économique et social, la localisation des sites a évolué. La proximité d une main-d œuvre importante, d un grand marché et des axes de transport explique en grande partie les localisations anciennes (Paris, Lyon, Sochaux). Dans le cadre de l aménagement du territoire, les industries ont été redéployées vers le Bassin parisien et vers l Ouest. L État a aussi encouragé les délocalisations dans le cadre de la reconversion industrielle. La mondialisation des échanges et la concurrence internationale imposent d être plus compétitif. Une profonde modernisation des modes de production (juste à temps, robotisation) s est accompagnée d une délocalisation des usines vers des pays où la contrainte sociale est moins forte (durée et coût du travail) et à proximité des grands marchés (Chine). 3. Le pôle parisien a sans nul doute connu les transformations les plus importantes. Les usines de montage ont abandonné le site d origine. La reconversion réussie (parc Citroën ) ou en attente (île Seguin ) montrent que ce pôle historique a connu d importantes transformations. Mais Paris et l Île-de-France demeure le centre d innovation pour l industrie automobile. 4. L industrie automobile est confrontée à une très vive concurrence. La filière automobile doit donc constamment améliorer sa productivité. La profonde modernisation des moyens de production entraîne une suppression des emplois. Plus menaçante, la délocalisation d une partie des activités vers l étranger où les coûts de production et perspective d un marché prometteur sont attractifs. Ainsi, des usines de montage Renault sont implantées en Amérique latine. Le lancement de la Logan modèle d entrée de gamme en Roumanie et les débuts de montage en Russie sont aussi révélateurs de cette délocalisation. Quel avenir pour la filière automobile en France? 5. Dans une économie mondialisée, la filière automobile doit résister à la concurrence internationale. Pour garder sa compétitivité, elle doit améliorer la productivité et moderniser l appareil productif (robotisation, juste à temps ) ; se redéployer sur le territoire et valoriser les compétences et savoir-faire dans des centres de recherche-développement ; s internationaliser : délocaliser vers des pays à faible coûts de production, conquérir les marchés des pays émergents, signer des accords de coopération et alliances avec des producteurs étrangers. Il s agit de penser la production à l échelle européenne et mondiale. 3. Perspectives et enjeux, p Doc. 13 : Depuis le 31 janvier 2001, l usine Toyota d Onnaing, près de Valenciennes, produit la version européenne du modèle Yaris. L usine d Onnaing est une unité de production très moderne, «compacte», où les activi- 106
107 tés d assemblage de la Yaris sont regroupées au sein d un seul bâtiment, à l image de Toyota-City près de Nagoya au Japon. Une Yaris est produite toutes les 60 secondes. Le marché français a longtemps été très protégé de la concurrence japonaise. Le constructeur s affirme comme un constructeur français. Doc. 14 : Déjà implanté en Grande-Bretagne, Toyota décide de construire sa deuxième usine en France plutôt qu en Pologne ou en Irlande. Après le choix de Mercedes de produire la Smart en Lorraine, la décision de Toyota apparaît comme un nouveau succès pour la France. Cette décision est historique parce que c est la première fois depuis la guerre (si l on excepte la Smart en Lorraine) qu un constructeur automobile étranger s implante en France. (Mettre en relation avec le commentaire et le croquis accompagnant le doc. 13.) Doc. 15 : Sur le site même où Toyota s est implanté, plusieurs équipementiers étaient présents. De nouvelles implantations ont suivi. Le tissu industriel régional sinistrée depuis l effondrement de la sidérurgie est donc dynamisé par l installation de Toyota. Cela s est traduit par une progression de 20 % des emplois. Doc. 16 : Les normes environnementales (lutte contre effet de serre, recyclage de matériaux..) se font de plus en plus pressantes pour les constructeurs qui poursuivent leurs efforts en matière de recherche-développement. Doc. 17 : Un véhicule propre assurant bien-être et sécurité dans un souci d efficacité économique, tels sont les enjeux du «Véhicule du futur». C est le concept sur lequel travaille le pôle automobile d Alsace-Lorraine qui a obtenu en 2005 le label «pôle de compétitivité». Un avenir heureux, respectueux de la nature peut alors être envisagé comme le montre, sur ce document, la gaîté du personnage, sautillant dans les prés. Sous les bulles, les termes de «mobilité», «environnement», «énergies» rappellent les enjeux du développement durable. Une bulle plus importante est consacré à «l innovation». C est devenu une priorité pour les constructeurs. Doc. 18 : Ces deux affiches évoquent la mise en place depuis 1998 d une journée sans voiture, le 22 septembre. Initiative gouvernementale qui traduit les inquiétudes engendrées par les nuisances de la voiture en ville. Le retour du tramway dans les grandes villes montre également la recherche d alternative au tout automobile (voir le sujet d étude La mobilité dans l agglomération clermontoise, p ). 1. «Made in France» tel est le slogan choisi par Toyota pour promouvoir les voitures Yaris fabriquées en France. Le slogan apparaît comme un label de qualité et suscite la confiance. Toyota souhaite obtenir la confiance et la reconnaissance des consommateurs et voir ainsi sa part du marché français augmenter. 2. Alors que les délocalisations se multiplient, l implantation d entreprises étrangères montre l attractivité du territoire français qui dispose de nombreux atouts : une situation favorable à proximité de la mégalopole ; un marché prometteur au cœur de la zone euro qui lui procure d excellents moyens de distribution et de communication ; une main-d oeuvre de qualité et la présence d un important réseau d équipementiers ; un réseau d infrastructures particulièrement dense ; des aides conséquentes de la part de l État et des collectivités locales préoccupés du devenir d une région sinistrée. 3. Les constructeurs doivent respecter les normes européennes environnementales, assurer sécurité et bien-être. Ils s inscrivent donc dans une perspective de développement durable. C est aussi l opportunité de conquérir de nouveaux marchés et d assurer l avenir de la filière en valorisant savoir-faire et compétences. 4. Concevoir le «véhicule du futur», poursuivre les efforts vers une «éco-conception» et donc devenir un acteur du développement durable : tels sont les défis que doit relever le pôle de compétitivité. La mise en place de réseaux de compétences permet de valoriser les ressources et savoirfaire autour de projets technologiques compétitifs. Le pôle de compétitivité est créateur d emplois et attire de nouvelles entreprises. 5. Valoriser les atouts des régions industrielles anciennes, encourager les dynamiques fondées sur l innovation et la recherche-développement, en particulier par la création de pôles de compétitivité, devenir un acteur du développement durable. Tels sont les défis que la filière automobile doit relever pour affronter la concurrence et gérer les enjeux environnementaux. Ces choix permettront-ils de maintenir la filière automobile sur le territoire français? BIBLIOGRAPHIE Mérenne-Schoumaker, B., La localisation des industries, enjeux et dynamiques, coll. Didact Géographie, PUR, 2002 Scheibling, J., «Une industrie française?», La Documentation photographique, n 8012, La Documentation française, 1999 Dupuy, C. et Burmeister, A., (dir.), Entreprises et territoires. Les nouveaux enjeux de la proximité, La documentation française, 2003 SITES INTERNET Sites des collectivités territoriales et des pouvoirs publics : ; ; Sites des constructeurs : ; ; Sur les questions environnementales et de développement durable : ; www1.environnement.gouv.fr/ Thème 2 Dynamiques de localisation des activités en France 107
108 L explosion des résidences de tourisme et de loisirs, p Démarche du sujet d étude Voyagistes, chaînes d hôtels sont devenus les acteurs essentiels de l aménagement touristique. L un d eux, Pierre & Vacances, s est spécialisé dans l aménagement des résidences de tourisme. La stratégie de développement et d implantation menée par ce groupe, devenu le leader européen des résidences de vacances, est révélateur des évolutions des espaces touristiques en France. Le village de Belle Dune est l une des destinations récente offertes par Pierre & Vacances. Ce domaine, espace inventé, aménagé en fonction d une demande spécifique permet de comprendre à quels enjeux et à quels défis est confronté le groupe. La stratégie et les perspectives de développement du promoteur sont ensuite étudiées à une échelle plus petite, comme le programme y invite. Approfondissement ou étude de cas? Quelques pistes pour organiser l articulation du sujet d étude avec les leçons. Le sujet est proposé en approfondissement dans le prolongement des leçons 1 et 5 : De quelles mutations de l espace touristique la filière des résidences de vacances est-elle révélatrice? Quels sont les acteurs, les évolutions de la filière? comment la filière répond-elle à la concurrence des nouvelles destinations touristiques et aux objectifs du développement durable? En étude de cas, le sujet peut permettre d annoncer les principales problématiques : les résidences de vacances et de loisirs se sont multipliées dans toutes les régions : Quelles sont les grandes mutations de l espace économique français? (leçon 1, p ) ; le développement des séjours de courte durée, du tourisme d affaire; l élargissement de la demande touristique ; les politiques d aménagement des territoires ont diversifié les implantations de la filière : Quels sont les principaux facteurs d évolution des localisations des activités? (leçon 2, p ; leçon 4, p ; leçon 5, p ) ; la mondialisation du tourisme, la sensibilisation au développement durable imposent des adaptations : Quels sont les atouts du territoire? Comment les préoccupations environnementales interviennent-elles dans la localisation des activités? (leçon 2, p ; leçon 3, p ; leçon 4, p ; leçon 5, p ). 1. Belle Dune, un village entre dunes et forêts, p Manche Fort-Mahon-Plage Mer Espace dunaire plus ou moins boisé Station balnéaire 1 1 Vers Quend Plage Belle Dune Route Place centrale : accueil ; services appartements Cottages Plan d eau aménagé Principales activités du village gérées par P & V ou le SMACOPI 1 Golf 2 Aquaclub 3 Tennis 4 Tir à l arc Vers Rue Sentier vers la plage Doc. 1 : La résidence de Belle Dune, située sur la côte picarde, entre massifs dunaires et forêt de pins à 5 min de la plage, est un espace «créé» par Pierre & Vacances en cottages sont répartis autour de plans d eau artificiels. L architecture traditionnelle picarde a été en partie respectée pour la construction des cottages. Doc. 2 : La carte met en évidence la localisation privilégiée de Belle Dune à proximité de Paris et de la mégalopole européenne. L ouverture récente des autoroutes A 16 et A 29 et du tunnel sous la Manche ont «rapproché» la côte picarde des grandes métropoles et de la Grande-Bretagne. Belle Dune est aussi située dans un environnement de qualité, protégé, à quelques kilomètres du parc ornithologique du Marquenterre et de la baie de Somme, hauts lieux de biodiversité. 108
109 Doc. 3 : Le village est né de la collaboration entre collectivités territoriales préoccupées d aménager la côte picarde et d un promoteur. Le SMACOPI (Syndicat mixte d aménagement de la côte picarde) a pour vocation d aider les communes du littoral par une politique concertée d aménagement du territoire. Il lança un appel d offres et accepta la candidature de Pierre & Vacances, spécialisé dans la création et l aménagement de résidences de tourisme. Il assure toujours la gestion des équipements réalisés avant l implantation du village : aquaclub, golf, etc. Doc. 4 : Le graphique souligne l importance de la clientèle étrangère, attirée par le golf réputé de 18 trous et par un tourisme soucieux du respect de l environnement. La clientèle étrangère est surtout très présente en hors saison (printemps et automne). En haute saison touristique, la clientèle prioritaire est la famille plutôt française résidant à une ou deux heures du site, venant du Nord Pas-de-Calais et de la région parisienne. Doc. 5 : Le domaine de Belle Dune s est implanté à proximité d un site naturel protégé, la dune du Royon, propriété du conservatoire du littoral et géré par le SMACOPI. Pierre & Vacances doit donc s engager à respecter certaines normes environnementales. Depuis janvier 2005, WWF est partenaire de Pierre & Vacances. «Un éco-village de loisirs Conçu pour répondre à une demande touristique de plus en plus orientée vers l écologie et la culture, Belle Dune se veut une référence en matière de protection active de l environnement sur le site et ses alentours par : la mise en valeur des espaces dunaires, des forêts, des plans d eau. À titre d exemple, le parcours de golf, conçu par Jean Manuel Rossi, dispose d un système de récupération des engrais par bâche et respecte le paysage naturel, en particulier les «pannes» (trous humides dans les dunes) ; la qualité du traitement paysager et architectural (maisons basses, plantation d espèces locales, aménagement de lacs) ; la gestion des ressources en eau (arrosage du golf avec de l eau non-potable) ; le traitement des déchets avec tri sélectif ; la gestion de la vie quotidienne : lampes longue durée, produits d entretien bio-dégradables ; l utilisation réduite de l automobile (village sans voiture, transport aux plages par le petit train routier).» Source : d après le site de la baie de Somme. Doc. 6 : Comment les collectivités territoriales peuventelles valoriser les ressources touristiques locales et ouvrir le littoral en toute saison? Quel produit touristique fautil concevoir? Telles sont les questions abordées dans cet article mis en ligne par l AFIT. 1. Les aménageurs, en particulier le SMACOPI et Pierre & Vacances, ont été soucieux d allier développement touristique et respect des sites naturels, en particulier du massif dunaire. L architecture traditionnelle picarde a été en partie respectée pour la construction des cottages. Le domaine de Belle Dune, entièrement piétonnier, offre calme et loisirs aux résidents, dans un cadre apparemment préservé. 2. Située sur la côte picarde, à proximité de l autoroute A 16 et du tunnel sous la Manche, Belle Dune bénéficie d une localisation très privilégiée à deux heures de Paris et de Lille et proche de la mégalopole européenne. Belle Dune est aussi située dans un environnement protégé à quelques kilomètres du parc ornithologique du Marquenterre et de la baie de Somme. Enfin, outre les activités sportives offertes dans le village, Belle Dune bénéficie aussi des ressources offertes par les stations balnéaires de Quend-Plage-les-Pins et Fort-Mahon-Plage. Belle Dune attire une clientèle parisienne mais aussi européenne. Les prestations offertes par Belle Dune satisfont une clientèle urbaine intéressés par de «petites vacances» familiales, en quête de calme, de «nature», de loisirs sportifs. 3. Il a fallu cependant valoriser le site et l aménager. Les pouvoirs publics (conseil régional, conseil général, FEDER) ont pris en charge les grands équipements (parc aquatique, golf) devenus le point d ancrage d une station, «produit touristique» créé par un promoteur, Pierre & Vacances. Depuis, ce dernier a attiré une clientèle d affaires en aménageant des salles de séminaire. 4. L implantation entre la baie de Somme et la baie d Authie, à proximité d un site protégé, la dune du Royon, impose le respect de normes environnementales (protection des espaces naturels sur le site et aux alentours, aménagements paysagers en harmonie avec la nature environnante, site sans voiture, respect du massif dunaire...). Le village Belle Dune est devenu un site pilote «écovillage» en matière de développement durable. 5. Aux activités traditionnelles proposées par les stations balnéaires se sont ajoutés de nouveaux loisirs, parc aquatique couvert et golf, très réputé aujourd hui. Cette diversification des activités a permis d attirer une clientèle séduite par ces séjours de «remise en forme» venue en particulier de Grande-Bretagne, du Benelux et des métropoles voisines (Paris, Lille) et d allonger la période d activités. 2. Pierre & Vacances, leader européen, p Doc. 7 : Chaleur et palmiers sont garantis sous la gigantesque bulle des Bois-Francs, implantée en 1998 par Center Parcs, à une centaine de kilomètres de la capitale. «29 toute l année... Profitez toute l année du climat tropical pour vous offrir des moments intenses dans les lagons, bains à remous, cascades et vagues. [...] Quant aux plus petits, plage et bassins dédiés leur assurent, joie, confort et tranquillité.» Source : d après le site de Center Parcs. Thème 2 Dynamiques de localisation des activités en France 109
110 Doc. 8 : Ces graphiques publiés dans le rapport d activités de Pierre & Vacances mettent en évidence l implantation européenne du groupe qui s adresse à une clientèle de pays à hauts revenus (Europe du Nord et Ouest). Aujourd hui, Pierre & Vacances réalise plus de 90 % de son chiffre d affaires dans le tourisme en France, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Belgique et tout récemment en Italie. Cette implantation européenne privilégie un tourisme de proximité permettant à la majorité des familles de se rendre sur leur lieu de vacances en voiture. Doc. 9 : Pierre & Vacances s impose aujourd hui comme leader européen des résidences de tourisme après le rachat de Maeva (2001), Center Parcs (2003). Maeva est plutôt considéré comme un produit de moyenne gamme à côté de Pierre & Vacances qui s adresse à une clientèle haut de gamme. L acquisition de Center parcs permet de développer l offre de courts séjours à proximité des grandes métropoles. Doc. 10 : Le doc. 8 souligne l importance du parc touristique français. La carte 10 met en évidence la diversité des destinations offertes par l hexagone. Si les implantations à vocation balnéaire sont les plus nombreuses, le groupe est aujourd hui soucieux de développer le tourisme vert. Doc. 11 : Le portail de location du groupe Pierre & Vacances est intéressant pour plusieurs raisons : il évoque la diversité des implantations, l acquisition de Maeva, Center Parcs et MGM (résidences de prestige), la nature du produit proposé (location de résidences dans des complexes touristiques de qualité), la volonté de privilégier la vente directe du produit en utilisant Internet, car plus économique. Doc. 12 : Cet article permet de comprendre la stratégie du groupe qui souhaite répondre aux attentes d une clientèle intéressée par de courts séjours de proximité. Destinations variées, services et loisirs à la carte sont proposés. 1. Le complexe touristique de Belle Dune, produit d une collaboration entre collectivités territoriales et promoteur, valorise des ressources touristiques locales. La «bulle tropicale» de Center Parcs est un espace inventé, un parc de loisir construit de toutes pièces, un monde clos et rassurant, une «bulle paradisiaque». Le tourisme devient alors «créateur de lieux». 2. Le groupe Pierre & Vacances s est spécialisé vers les résidences de loisirs pour des séjours familiaux de longue, moyenne ou de courte durée. Sont proposés des appartements situés dans des résidences implantées dans de grandes stations touristiques ou des cottages localisés dans des villages créés sur des sites vierges. 3. Pierre & Vacances s est donc spécialisé dans un type de produit et, après le rachat de Maeva et Center Parcs, s est imposé sur le marché des résidences de tourisme et de loisirs. Il s adresse à une clientèle bien ciblée : familles aisées de deux enfants françaises ou venant des pays d Europe du Nord et de l Ouest (Benelux) c est-à-dire de pays à haut niveau de vie. Il tend à s adapter aux attentes d une clientèle en quête de courts séjours de proximité, de «petites vacances». Le groupe satisfait donc les besoins d une large gamme de clients urbains. 4. Des implantations touristiques d une grande diversité sont proposées. Cependant, les espaces valorisant les ressources touristiques traditionnelles (mer, montagne ) sont privilégiés. Ainsi, en France, 77 destinations sont proposées : 46 à la mer, 20 à la montagne, 4 à la campagne et 6 en ville. L engouement pour le tourisme vert incite Pierre & Vacances à s implanter dans les zones rurales. 5. La majorité des touristes apprécient toujours le tourisme de villégiature dans les résidences implantées à la mer ou à la montagne. Cependant Pierre & Vacances doit aujourd hui tenir compte des nouvelles attentes d une clientèle séduite par le tourisme vert, avide de loisirs, à la recherche de dépaysement dans un environnement proche et protégé. Il lui faut aussi considérer la tendance au fractionnement des vacances. Émergent ainsi de nouveaux centres touristiques à la périphérie des grandes agglomérations et en particulier à proximité de Paris (domaine de Belle Dune, villages Center Parcs). 3. Poursuivre le développement, p Doc. 13 : En partenariat avec Eurodisney, à Marne-la- Vallée, un nouveau concept de village de loisirs à proximité des parcs à thème est né. À des conditions avantageuses, les résidents de Pierre & Vacances City Val d Europe peuvent participer aux diverses activités proposées par le parc Disneyland. Doc. 14 : En 2007, à moins de deux heures de Paris, dans l Aisne sur le site du parc nautique de l Ailette, un nouveau village Center Parcs ouvrira ses portes. Ce village doit accueillir un grand centre de congrès et de séminaires. La proximité du Chemin des Dames et des champs de bataille de la Grande Guerre a été déterminante dans le choix de cette implantation orientée vers le tourisme d affaire. C est en 2006 le plus grand des chantiers de construction d équipement touristique en France (80 ha, 840 cottages, m 2 d espaces aquatiques, un million de nuitées marchandes à l année). Doc. 15 : Cette publicité traduit la volonté du groupe de développer le pôle immobilier. C est un axe important du modèle de développement adopté par le groupe : vente sur plan des appartements auprès d investisseurs particuliers. Ce pôle est porté par un marché de l immobilier en expansion. Le document témoigne aussi de l engouement croissant pour le tourisme vert et pour les «bulles tropicales» symbolisées par le logo Center Parcs. Doc. 16 : Comme toute filière de production industrielle (exemple filière automobile) ou agricole, la filière touristique est soumise à une vive concurrence. Les destinations plus lointaines telle la Malaisie offrant dépaysement, belles plages, loisirs sous les tropiques 110
111 apparaissent comme une menace pour Pierre & Vacances. «Voyage pas cher», comme bon nombre de tours-opérateurs, proposent des séjours à des coûts très abordables, dans les pays en développement en particulier, pour une clientèle aisée à la recherche de nouveaux loisirs. Doc. 17 : Cet article paru en 2005 évoque les engagements pris par Pierre & Vacances en matière de développement durable. Le village de Belle Dune est de nouveau présenté comme site pilote. Les enjeux de développement durable sont pris en considération lors de la construction de nouveaux villages (choix de matériaux, utilisation des énergies renouvelables ). 1. Les séjours proposés dans les villages de vacances situés dans les pays en développement sont d un prix très abordable. Les tours-opérateurs bénéficient aussi de la diminution des coûts de transport aérien. Pierre & Vacances doit aussi intégrer les nouvelles normes environnementales et s engager sur la voie du tourisme durable. 2. Pour poursuivre son expansion, P&V suscite des collaborations avec différents partenaires : collectivités territoriales (Ailette), entreprises privées (Disneyland) et organisation de protection de la nature (WWF-France). Cette stratégie permet de renforcer une politique commerciale offensive. 3. Le groupe poursuit son expansion en diversifiant la filière et en prenant en compte les nouveaux centres d intérêts: parcs à thèmes, tourisme vert, tourisme culturel, tourisme d affaire. Plusieurs projets ont été lancés, sont réalisés ou en cours de réalisation : «Résidences City» à Paris et à Marne-la-Vallée, domaine du lac de l Ailette. La proximité du Chemin des Dames et des champs de bataille de la Grande Guerre a été déterminante dans le choix de cette implantation orientée vers le tourisme d affaire. Pierre & Vacances souhaite aussi multiplier ses implantations hors de France en Europe du Sud (nouveau village sur l île d Elbe). Le développement du pôle immobilier permet de fidéliser la clientèle. 4. Pierre & Vacances s efforce d intégrer et de respecter certaines normes environnementales. Pour répondre à cette question, il est nécessaire de prendre en considération les informations données lors de l étude de Belle Dune, premier éco-village. Les principaux axes de la politique menée par Pierre & Vacances sont les suivants : limiter la consommation d eau et d énergie (détecteur de commandes pour éclairage, économiseurs d eau), utilisation de produits naturels pour l entretien des sites, plantations d arbres, respect des espaces naturels (au parc de l Ailette, le parcours des oiseaux sera respecté), tri sélectif des déchets, partenariat avec des associations. Les enjeux de développement durable sont pris en considération lors de la construction de nouveaux villages. 5. Une autre forme de trace écrite exercice de changement de langage peut être envisagée, par exemple sous la forme d un schéma mettant en relation les trois volets du développement durable : BIBLIOGRAPHIE Dewailly, J.-M. et Flament, E., Géographie du tourisme, coll. Campus, Sedes, 2000 Barron, p. et Yeles, N., Le tourisme en France : territoires et stratégies, coll. Prépa, A. Colin, 1999 Peyroutet, C., Le tourisme en France, coll. Repères pratiques, Nathan, 1999 Lozato-Giotard, J.-P., Géographie du tourisme : de l espace consommé à l espace maîtrisé, Pearson Éducation France, 2003 «Le Tourisme autrement», Alternatives économiques, hors-série, mars 2005 SITES INTERNET Environnement Efforts menés pour intégrer les critères environnementaux Partenariat WWF Société Partenariat avec l offre touristique environnante Opérations de sensibilisation au développement durable Économie Poursuivre le développement du groupe en diversifiant les activités Le maïs, une filière agro-industrielle majeure, p Démarche du sujet d étude Le sujet d étude approche plusieurs problématiques de l agriculture française. Dans un premier temps, il permet d aborder l activité agricole «en son terroir», comme une activité humaine étroitement dépendante du milieu où elle Thème 2 Dynamiques de localisation des activités en France 111
112 se déploie. Elle devient alors constitutive de l économie et de la société locale et révélatrice d un trait courant des économies régionales. Dans un second temps, la culture du maïs est envisagée à plus petite échelle. Il s agit de montrer une filière qui intègre des acteurs nombreux, publics ou privés, touchant à tous les secteurs et dépendante d un marché mondialisé. Enfin la question du maïs est placée au cœur des problématiques actuelles de l agriculture, mais aussi d autres secteurs, à savoir le débat de fond entre rentabilité économique et enjeux à plus long terme de préservation des ressources et des écosystèmes. Approfondissement ou étude de cas? Quelques pistes pour organiser l articulation du sujet d étude avec les leçons. Le sujet est proposé en approfondissement dans le prolongement des leçons 1 et 4 : Quels sont les facteurs de localisation de la maïsiculture? Quels sont les acteurs de la filière? Quelles menaces pèsent sur la filière et ses localisations? En étude de cas, le sujet peut permettre d annoncer les principales problématiques : La maïsiculture s est largement diffusée hors de son «berceau» aquitain : Quelles sont les grandes mutations de l espace économique français? (leçon 1, p ) ; la recherche scientifique, la PAC, le développement de la filière à toutes les échelles ont entraîné la diffusion de la maïsiculture : Quels sont les principaux facteurs d évolution des localisations des activités? (leçon 2, p ; leçon 3, p ; leçon 5, p ) ; la recherche d une agriculture durable, la sensibilisation aux risques pèsent sur l avenir de la maïsiculture : Comment les préoccupations environnementales interviennent-elles dans la localisation des activités? (leçon 2, p ; leçon 4, p ; leçon 5, p ). 1. Le maïs en Aquitaine, p Doc. 1 : Ce paysage témoigne de l importance de la maïsiculture en Aquitaine, notamment dans les Landes où elle peut-être pratiquée dans de grandes clairières. Elle rend compte aussi du recours à l irrigation, indispensable l été, ici sous forme circulaire à partir d un forage dans la nappe phréatique. Dès l étude de ce paysage le lien entre culture et industrie est posé. D après le recensement agricole 2000 la production de maïs grain dans les landes est passée de t à t entre 1980 et 2000 (maximum en 1996) ; les surfaces de ha à ha (maximum en 1988). Doc. 2 : Longtemps seul foyer maïsicole, l Aquitaine est aujourd hui une terre où le maïs tend vers la monoculture. Le poids de l irrigation est croissant et pose la question des effets sur l environnement (voir la 3 e partie du sujet d étude, Une filière en question). Le document ajoute aussi une pièce à la filière avec l élevage des volailles. Doc. 3 : Situé à l embouchure de l Adour, à égale distance des ports de Bordeaux et de Bilbao (Espagne), le port de Bayonne est le 9 e port français avec un trafic annuel de 4 millions de tonnes. C est le débouché de la première région maïsicole européenne tonnes ont été exportées en 2005 mais ce chiffre est soumis à de forte variations annuelles (baisse de 24 % due à la mauvaise récolte de l été 2003 liée à la canicule). Doc. 4 : Agralia est une entreprise de négoce agricole. Elle brasse un chiffre d affaires de 80 millions d euros et travaille avec clients locaux : les exploitants agricoles. Elle fournit des semences, des engrais et des produits phytosanitaires. Enfin elle dispose de capacités de stockage qui permettent de répondre aux mouvements du marché. 95 % de la collecte porte sur des surfaces en maïs avec trois vocations principales : exportations communautaires 60 % ; amidonnerie 17 % ; alimentation animale régionale 23 %. Doc. 5 : La carte révèle la forte implantation de culture du maïs dans les Landes en particulier dans la vallée de l Adour. C est dans les plaines, que se trouvent en majorité des systèmes intensifs basés sur une quasi mono-production du maïs. La tendance est à la diminution du nombre des exploitations alors même que leur surface augmente. Doc. 6 : Maïsadour est un autre acteur de la filière en Aquitaine. L entreprise est issue d une coopérative céréalière créée en 1936 pour apporter aux agriculteurs de la région débouchés et innovations techniques ; elle devient le groupe coopératif Maïsadour en Depuis 1962, elle est spécialisée dans la production et surtout la sélection de semences. Elle réalise également des productions animales, des productions de nourriture pour l élevage, gère des points de ventes de matériel agricole, etc. C est un groupe à implantation européenne. 1. La contrainte principale, sur des sols favorables est celle de l eau et des besoins importants de la plante en particulier durant sa période de maturation l été qui coïncide avec les faibles pluviométries. 2. Trois étapes sont à identifier : les débuts de la culture au XVII e siècle sous l influence du port de Bordeaux et de son commerce avec le Nouveau Monde ; l expansion à des fins autarcique sous le Premier Empire en réponse au Blocus anglais et enfin le développement rapide depuis les années cinquante avec les premières productions des hybrides. On pourrait également souligner le développement récent du maïs irrigué encouragé par la PAC. 3. Le maïs est devenu la culture dominante à la fois en raison d aptitudes naturelles et surtout parce qu une filière économique complète existe en Aquitaine, qui offre aux exploitants, sur place, l ensemble des services nécessaires au développement de l agriculture productiviste : fourniture de matériels, de semences et d intrants, capacités de stockage et de transport, ouverture sur les marchés extérieurs. 4. Outre les exploitants agricoles eux-mêmes, la filière du maïs en Aquitaine est un des grands pourvoyeurs d emplois par l étendue de ses activités. En amont se trouvent toutes les activités de services aux exploitations en terme 112
113 d approvisionnement : semences, matériel, produits phytosanitaires ; en aval se développent toutes les activités nécessaires à la valorisation du maïs (amidonnerie, industrie de transformation) au stockage ou à la commercialisation. Initialement regroupées en coopérative, les entreprises qui gèrent ces différentes étapes sont devenues des entreprises capitalistes classiques. 5. Si la culture du maïs en Aquitaine a des origines à la fois historiques et naturelles liées à une situation climatique favorable, elle tire son importance d une évolution économique récente. Elle doit en effet son développement à l implantation régionale de structures de services nécessaires à l agriculture moderne dès les années trente. Elle le doit surtout à la capacité qu ont eu ces acteurs du développement à intégrer les évolutions scientifiques et technologiques des années 1950 (les hybrides) et à rechercher une dimension internationale aujourd hui incontournable. 2. La seconde filière céréalière nationale, p Doc. 7 : 45 % des 3 millions d hectares de maïs sont destinés à la production de fourrage consommé sur l exploitation par les troupeaux (vaches laitières, viandes). 55% ont d autres utilisations industrielles (alimentaires ou non alimentaires) dont le document donne quelques exemples. On peut utiliser un document plus ludique pour aborder cette question : «Bonjour je m appelle Régis, j ai 31 ans et je consomme du maïs depuis ma plus tendre enfance. Ça a commencé dès le biberon puisque j avais développé une allergie au lait de vache et au lait de soja.» Source : Doc. 8 : La carte (en milliers d hectares cultivés par département) montre la spécialisation de l Ouest (Aquitaine, Pays-de-Loire, Bretagne : 40 % du maïs français), et la diffusion du maïs vers d autres espaces autrefois destinés au blé ou à d autres cultures industrielles. La production française de maïs s élève à 16 millions de tonnes environ, sauf aléas climatiques. Doc. 9 : André Cauderon, membre de l académie des Sciences, est un spécialiste de la génétique appliquée à l agriculture longtemps directeur de recherche à l INRA. Le texte met ici en lumière le rôle des progrès scientifiques dans la diffusion de la culture du maïs. Doc. 10 : Conformément à l orientation générale de l économie française, l économie du maïs est tournée vers l exportation et essentiellement vers le marché européen. La concurrence des pays à grande SAU (surface agricole utile) reste forte hors du périmètre communautaire. Doc. 11 : Appartenant au premier groupe céréalier européen, Champagne Céréales, Champagne Maïs est une entreprise de transformation industrielle du maïs qui travaille t de maïs par an. 29 % des produits sont vendus en France, 48 % dans l Union Européenne et 23 % vers les pays tiers. Les clients sont donc mondiaux : des brasseurs, des fabricants d ingrédients alimentaires, des huiliers, des fabricants de snacks et de céréales pour petit déjeuner. 61 % des expéditions sont destinées à l alimentation humaine et 39 % à l alimentation animale. Doc. 12 : Le document permet de montrer la filière complète en ajoutant à ce qui a été repéré à l échelle de l Aquitaine les industries de transformation peu présentes dans la région mais fortement développées à l échelle nationale. Réponse saux questions 1. Deux sources principales sont à relever pour expliquer l extension actuelle de la culture du maïs : le rôle moteur des laboratoires de recherche dans la mise au point des hybrides depuis les années 1950, ce qui a permis d étendre les cultures à des régions plus froides, ainsi que la multiplicité des débouchés du produit qui a incité à produire plus. 2. Outre l alimentation animale par le maïs fourrage, le maïs est un composant important de nombreux produits alimentaires (huile, biscottes, confiture..), mais aussi, et de plus en plus, de produits industriels les plus divers (béton, peinture, pneumatique ). 3. La production est essentiellement tournée vers le maïs grain dans le cadre d une filière commandée par les industries agroalimentaires. Elle est prioritairement tournée vers l exportation. 4. La mondialisation commande aujourd hui l activité maïsicole. La moitié de la production dépend des marchés étrangers. Les exploitations sont intégrées à des systèmes industriels de transformation dont les clients sont disséminés sur le globe. La mondialisation est également sensible par la forte concurrence que connaît la France de la part des autres pays producteurs. 5. On repère différents échelons d acteurs dans la filière du maïs. Au cœur, restent les exploitants agricoles, producteurs de la céréale. Ils ne peuvent désormais réaliser une production rentable qu avec le secours des industries et des services en amont, notamment le recherche. Leur production est la matière première de groupes industriels d échelle internationale. L État, indirectement, par le financement de la recherche publique mais aussi par sa politique commerciale conditionne le destin de ces productions. 3. Une filière en question, p Doc. 13 : La photographie montre la confrontation entre forces de l ordre et Faucheurs volontaires. Il s agit d un mouvement de personnes opposées à l utilisation des organismes génétiquement modifiés en agriculture. En France, il compte à militants qui agissent par destruction de parcelles d OGM (organisme génétiquement modifié) au nom du principe de précaution, inscrit dans la charte de l environnement. Ils reçoivent ponctuellement le soutien d élus locaux qui tentent par arrêté municipal d interdire ce type de culture. Ils reven- Thème 2 Dynamiques de localisation des activités en France 113
114 diquent les principes de non-violence et de désobéissance civile et se heurtent aux producteurs, aux laboratoires de recherche et aux multinationales qui réalisent des essais de plein champ en France. (Pour en savoir plus : Doc. 14 : Jean-Paul Charvet, professeur à l Université de Paris X-Nanterre, spécialiste des questions agricoles et alimentaires se fait ici défenseur de la culture des OGM. Ce texte a été repris par le site de Syngenta, une des multinationales les plus en pointe dans la recherche sur les OGM. Il dresse par conséquent un inventaire des avantages offerts par cette technologie. Doc. 15 : Ce dessin de Plantu, publié à la une du Monde en août 2005, outre qu il pose la question du partage de la ressource en eau en France témoigne de l acuité du débat durant la sécheresse de l été 2005, après plusieurs saisons de déficit pluviométrique. Une étude de l UFC-Que Choisir (2005) dénonce la faiblesse du coût de l eau qui incite à irriguer et non à économiser la ressource dans les régions les plus concernées. Doc. 16 : Cet extrait pose le problème de la pollution des nappes phréatiques, ce que viennent confirmer de nombreuses études locales. Doc. 17 : Le document met l accent sur le rôle majeur de la politique agricole commune par le système des primes : 1 ha de prairie reçoit au maximum 45 euros de subvention, un hectare de maïs 330 euros, 200 euros de plus s il est irrigué. Les nouvelles orientations «vers une agriculture durable» devrait remettre à plat ce système. Doc. 18 : Ce graphique vient confirmer à échelle nationale ce qui a pu être observé à échelle de l Aquitaine sur la part majoritaire du maïs dans les prélèvements en eau de l agriculture. 1. Trois avantages sont présentés. D abord un avantage économique en terme de rendement donc de rentabilité des exploitations agricoles. En second lieu, un avantage technique par la capacité d adaptation des variétés transgéniques aux besoins des industries. Enfin, réponse aux critiques actuelles, la science semble en passe de produire des maïs moins gourmands en eau et en produits phytosanitaires polluants. 2. La culture du maïs pose le problème du partage de la ressource en eau des sociétés (disponibilité mais aussi partage des coûts de traitement). Le maïs est la première production en terme de surfaces irriguées : presque 60 % de la consommation agricole totale. Cette forte consommation est liée au rythme de croissance de la plante qui nécessite beaucoup d eau l été, période de moindre pluviosité. Par ailleurs, la question de l eau est aussi celle de la pollution des nappes par une culture qui est fortement consommatrice d engrais et de pesticides, sans assurer de protection des sols et donc des nappes l hiver. 3. L Union européenne est un acteur majeur de la filière maïs par la Politique agricole commune. La forte croissance des surfaces en maïs est à rapprocher de la réforme de 1992 qui avantage les surfaces irriguées ; le maïs étant grand consommateur d eau, il en est un des principaux bénéficiaires. Le changement amorcé en 2003 par la dernière réforme en date pourrait bien remettre en cause cet avantage avec la prise en compte du critère environnemental. 4. Le débat est d abord économique autour du choix agricole entre agriculture productiviste et agriculture durable. La société civile s est également emparée du sujet par le biais d associations de défense de l environnement qui font du maïs le symbole des OGM et des pratiques nuisibles aux écosystèmes dans leur lutte pour un autre développement. 5. Sous l effet de l opinion publique et des associations de défense de l environnement, les débats de société actuels portent de plus en plus sur la nécessité de préserver les écosystèmes. Cette tendance profonde rencontre également une réflexion économique qui vise à faire prévaloir un développement durable. Dans ce cadre, le maïs est un enjeu important. D un côté les exploitants agricoles, mais aussi toute une filière industrialo-tertiaire, porteuse d emplois y voient une plante susceptible d assurer la rentabilité économique au prix de choix productivistes ; d un autre côté, consommateurs et associations stigmatisent cette culture, consommatrice d eau et génératrice de pollutions. BIBLIOGRAPHIE Cf. supra les ouvrages consacrés à l agriculture «Les OGM, richesses et servitudes», TDC, n 829, CNDP, février 2002 SITES INTERNET Pour la filière en Aquitaine : ; ; ; Le site de l Association générale des producteurs de maïs : Le site du Groupement national interprofessionnel des semences, premier groupe céréalier européen : Pour le débat sur les OGM et plus généralement sur les questions environnementales : ; le site des Faucheurs volontaires : ; ; le site de planète bleu info : 114
115 Les pages Méthode du thème Réponses aux questions, p. 212 Identifier le document La station de Mimizan est située sur la côte Aquitaine dans le département des Landes. La photographie est une vue aérienne oblique. La photographie a été prise en été. La plage est fréquentée par les touristes. Analyser et exploiter le document Le 1 er plan montre le cordon littoral. Le 2 e plan présente la station balnéaire construite dans les années 1960 de part et d autre du Courant de Mimizan. Enfin, la forêt des landes, formée de pinèdes, occupe le 3 e plan. C est un paysage d aménagement littoral touristique. Plages de sable fin sur plusieurs dizaines de kilomètres, air vivifiant, forêts de pins maritimes attirent les touristes en quête d activités sportives. Petite station, Mimizan a su préserver un cadre de vie paisible. Pour accueillir les touristes a été construite une station balnéaire dans les années La photographie aérienne ne permet pas de distinguer les aménagements balnéaires ou équipements de loisirs. L océan représente un premier danger : la baignade y est rendue dangereuse par de puissantes lames de fond et de violents courants. Il faut aussi préserver le littoral de la construction immobilière. Réponses aux questions, p. 213 Identifier le document La carte couvre un espace plus vaste (au moins 15 km vers l intérieur d après l échelle) et apporte davantage de précisions (espaces naturels et aménagements). D après les indications de la carte, environ 6 km séparent Mimizan-Plage de Mimizan-Bourg par la route. La légende n est pas présente ce qui gêne la lisibilité de la carte. Analyser et exploiter le document La commune de Mimizan s est développée entre mer et forêt. Les pointillés de couleur rouge représentent le massif dunaire, les pointillés bleus, la plage de sable qui peut être couverte par la mer par rapport au niveau moyen (0). Le tourisme et l exploitation de la forêt sont les activités principales. L agriculture peut exister dans les clairières. Mimizan-Plage dépend de la commune de Mimizan. Le bourg plus ancien se présente plutôt sous la forme de village en tas, plus ramassé. La station, nouvellement construite, a adopté un plan géométrique et s étire le long du front de mer et de la route départementale 626, aménagée en voie rapide qui permet d y accéder. Mimizan est un village plus ancien doublé d une station plus récente. Située sur le littoral atlantique, à proximité de la forêt, la station de Mimizan propose un environnement séduisant. Mimizan invite à la baignade, à la pratique d activités nautiques (surf, planche à voile, voile...) sur l océan mais aussi sur le lac d Aureilhan. Balades à pied, en VTT, à cheval sont aussi proposées en forêt. Il a fallu aménager : base nautique, pistes cyclables, centres équestres. Croiser les informations fournies par les deux documents La côte landaise offre des ressources touristiques variées. Les informations apportées par la photographie : Belles plages, forêt landaise. Les informations apportées par la carte : Lac d Aureilhan, pistes cyclables, maison forestière. Les causes et les conséquences du dédoublement de Mimizan. Les informations apportées par la photographie : Aménagement récent d une station en bord de mer. Station très fréquentée l été. Les informations apportées par la carte : Mimizan est situé à 6 km de la côte. Le dédoublement par l aménagement d une station en bord de mer, reliée par une voie rapide au village ancien, a permis de diversifier les activités touristiques en alliant les ressources balnéaires à celles du tourisme vert. Cordon de dunes littorales Étang Littoral de type «landais» : structure très discontinue, avec dédoublement des sites résidentiels traditionnels. Route Forêt des Landes Ville ancienne et doublement récent (ex. : Mimizan et Mimizan-Plage) Thème 2 Dynamiques de localisation des activités en France 115
116 Les pages Horizon Bac du thème Questions traitées, p. 214 La première partie de l épreuve écrite évalue la capacité des candidats à cerner une question et son intérêt historique ou géographique. Le candidat doit être en mesure, à partir du libellé, de formuler une problématique à la fois simple et pertinente. Dans cette optique, les quatre questions proposées, en exemples traités ou en exercices, abordent quelques unes des grandes problématiques du thème 2 : la reconversion économique (question traitée 1) ; la politique d équipement et d aménagement du territoire (question traitée 2) ; la politique d aménagement touristique (question à traiter 1a) ; la déprise et la reconversion agricoles (question à traiter 1b) ; les mutations récentes des localisations industrielles (question à traiter 2). Cette épreuve a également comme finalité de mesurer le degré de connaissance d une question, c est-à-dire la capacité à mettre en relation des données étudiées durant le déroulement complet de la séquence consacrée au thème 2. Les sources données pour chaque question visent à inciter les élèves à se référer de façon raisonnée, avec une problématique précise, à l ensemble des leçons. Il s agit enfin pour le candidat de produire un écrit de qualité, c est-à-dire une réponse courte mais organisée. Les deux exemples traités offrent une piste d organisation par thèmes : question traitée 1 : reconversion des régions industrielles ; reconversion des régions agricoles ; question traitée 2 : la Politique agricole commune ; la politique d aménagement du territoire. Questions à traiter, p. 215 Localisez la ville de la Grande-Motte Les pistes proposées pour «cerner la question» incitent l élève à relier le sujet de la localisation de la Grande-Motte à celui plus large des régions touristiques. Il peut retrouver dans la leçon 5 la notion de «ressource» : la Grande-Motte combine la situation sur le littoral et les avantages du climat méditerranéen. Dans cette même leçon sont également traitées les politiques d aménagement qui ont permis la valorisation des ressources du patrimoine naturel : infrastructures de transport et équipements nécessaires à l économie touristique (hébergements, structures de loisirs). Une réponse possible : La Grande-Motte est une ville de la région Languedoc-Roussillon, située dans la Petite Camargue. Proche de Montpellier, elle est située sur le littoral méditerranéen et bénéficie d un climat chaud et sec en été. Créée au milieu des années 1960, elle est l un des symboles des grandes opérations régionales d aménagement du territoire français. Le développement du tourisme de masse durant les années de la prospérité fait du patrimoine naturel du littoral Sud une ressource essentielle. L État se lance dans une politique d équipement et de construction. Les voies autoroutières permettent une desserte rapide en provenance de Paris ou des pays du Nord de l Europe. La ville, novatrice dans sa conception en grands immeubles, est construite en intégrant les hébergements et les services nécessaires à l activité touristique. Localisez le Jura. Les pistes proposées pour «cerner la question» incitent l élève à la réflexion qui met en jeu un espace qu il faut délimiter et définir avec précision. C est l opportunité de réfléchir sur la notion complexe de région qui peut être administrative, naturelle mais qui n a de sens géographique qu en tant qu unité socio-spatiale différenciée. Plus simplement, le sujet permet d aborder la notion de déprise économique. La comparaison des différentes cartes-clés, p montre un Jura qui glisse d une agriculture traditionnelle d élevage et d une industrialisation diffuse à une orientation plus touristique. Une réponse possible : Le département du Jura, qui tire son nom du massif montagneux à la charnière entre France, Allemagne et Suisse, est l un des départements qui composent la région Franche-Comté. C est donc une région de moyenne montagne qui culmine à m d altitude en périphérie Est du territoire français et s abaisse en plateaux vers l Ouest. Le Jura dispose d atouts indéniables : la proximité de l espace européen, de la métropole lyonnaise, du Rhône comme du Rhin. Les autoroutes A 36 et A 39 permettent une facilité de liaison vers l Allemagne et vers les grandes métropoles françaises. Toutefois l absence de métropole de taille nationale a longtemps cantonné cet espace dans une activité restreinte : agriculture tournée vers l élevage bovin et industrie diffuse en milieu rural. Récemment le Jura bénéficie du développement des nouvelles formes de tourisme, tourisme hivernal et tourisme vert estival. Peut-on déterminer une période à partir de laquelle la localisation des activités industrielles connaît de fortes mutations? Les pistes proposées pour «cerner la question» incitent l élève à la réflexion sur les rythmes mais également sur les causes des évolutions des localisations industrielles. Les trois leçons citées en référence, mais également le sujet d étude sur l industrie automobile, permettent de recenser les causes des évolutions des localisations industrielles : déclin de l importance des ressources naturelles et de la quantité de main-d œuvre dans le choix des implantations, poids croissant des technologies pour produire et transporter, ouverture de l économie nationale sur l Europe et sur le monde, tertiarisation de l économie et politique volontariste d aménagement. Ces mutations donnent aux littoraux, aux grandes agglomérations et aux régions transfrontalières un attrait croissant pour l industrie. Une réponse possible : Issue de la première révolution industrielle, la géographie de l industrie en France s est longtemps confondue avec les régions du Nord et de l Est, 116
117 bien pourvues en charbon et en fer, ainsi qu avec quelques grandes villes, qui apportaient une maind œuvre indispensable. Ces vieilles régions industrielles ont subi de plein fouet, à partir des années 1960, la concurrence étrangère ainsi que les progrès en matière de transport et ont ainsi perdu leur compétitivité. À partir de cette date, plusieurs tendances se font jour. Les régions traditionnelles, avec l aide de l État, et avec une réussite variant selon leur proximité des marchés extérieurs, entament une reconversion vers des industries plus diversifiées. Plus généralement, les régions littorales voient naître des complexes industrialo-portuaires tournés vers le monde, les grandes agglomérations appuyées sur le réseau des transports et la présence d universités et de centres de recherche sont à la pointe des industries de haute technologie en plein essor. Les régions proches des frontières sont également le siège de nouvelles implantations liées aux synergies transfrontalières. Le glissement des implantations de l entreprise Renault, du foyer initial parisien vers Le Havre est une des illustrations de ce phénomène. Sujet traité, p L exercice proposé invite à répondre de manière argumentée à une ou deux questions sur documents en les confrontant pour comprendre une question ou une notion. À proximité de la région parisienne, la ZIP du Havre constitue une excellente ouverture sur le monde. «L offre logistique» (entrepôts, terre-pleins, dessertes maritime, fluviale et ferroviaire) est aussi performante. Répondre Pour développer l argumentation, on pourra prendre en considération le sujet d étude mené en histoire Les mutations de la filière automobile, p Les premières implantations sont urbaines à proximité d une importante main-d œuvre, de grands marchés et d axes de transport. Ainsi, les premières usines Renault étaient-elles installées à Boulogne-Billancourt à proximité de Paris et de la vallée de la Seine (île Seguin). Dans les années 1990, le site historique de Boulogne-Billancourt, en pleine agglomération n était plus adapté aux conditions de la production automobile. Depuis quarante ans, la révolution des transports maritimes, l ouverture au marché mondial ont entraîné la littoralisation des activités. Par ailleurs, pour diminuer le poids économique de Paris, l État a mené une politique de déconcentration industrielle. En 1964 Renault a implantée une usine à Sandouvillle, dans la zone industrielle portuaire du Havre. La confrontation des deux documents est bien révélatrice du renouvellement des facteurs de localisation des activités industrielles. Situer les documents Document 1 : C est une photographie aérienne oblique, prise en 2004, de l île Seguin à Boulogne-Billancourt. En 1929 y fut inaugurée une usine Renault. Pour étendre et moderniser ses lieux de production en banlieue parisienne, Renault avait, en effet, racheté l île. Document 2 : Ce texte, rédigé par le Comité d expansion économique de la région havraise, fut mis en ligne en 2005 sur le site «Le Havre-Développement». Sur la zone industrielle portuaire du Havre, à Sandouville, s est implantée une usine Renault. Ce document présente les atouts dont dispose la ZIP du Havre, espace attractif pour les entreprises. Confronter les documents Les points communs : La filière automobile (constructeur et équipementiers) s est installée sur ces sites à proximité d importantes voies de communication (vallée et estuaire de la Seine). L accessibilité des marchés est un facteur de localisation décisif. Les différences, oppositions, évolutions : L île Seguin est située aux portes de Paris. Le manque d espace ne pouvait permettre aux usines Renault d envisager une extension de la zone industrielle de Paris. L usine de Boulogne- Billancourt fut fermée en 1992 et les bâtiments ont été détruits Le devenir de l île Seguin est encore incertain. Le port du Havre, en Normandie, se situe à l embouchure de la Seine, sur le littoral de la Manche. L usine de Sandouville est aujourd hui en expansion (production de véhicules de haut de gamme : Vel Satis, Laguna, Espace). Thème 2 Dynamiques de localisation des activités en France 117
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119 Thème 3 Les territoires européens Les problématiques du thème Extrait du programme et des documents d accompagnement Le traitement du manuel Magnard A. Caractères d unité et de différenciation des territoires européens L objectif poursuivi doit clairement être celui de la Leçon 1 : L Europe un espace géohistorique, formation du citoyen à la fois français et européen ; p ceci est d autant plus important qu il n y a pas d ECJS L Europe a-t-elle une unité géographique? dans cette section. Leçon 2 : L Europe : du morcellement à l unité [ ] cerner la nature de l objet géographique «Europe» politique, p et pose la question de ses limites. Les frontières entre les États européens sont-elles [ ] caractériser les territoires européens, sous en train de disparaître? les différents angles d un maillage dense, récent et Leçon 3 : États, Villes et Régions, p mouvant, de la diversité linguistique, de la différenciation Quels sont les acteurs spatiaux de l aménagement physique. en Europe? Leçon 4 : L Europe : centre et périphéries, p Quelles sont les principales disparités et dynamiques régionales en Europe? La position et la singularité du territoire français au sein Leçon 5 : La France au sein du territoire européen, de cet ensemble sont analysés. p La France occupe-t-elle une position singulière en Europe? B. Des territoires gérés et aménagés, l exemple d une région européenne La région choisie au titre de sa singularité [ ] est l occasion d analyser les enjeux de l aménagement, de l environnement et du développement durable. Le fil directeur consiste en une analyse du rôle des différents acteurs institutionnels, à toutes les échelles, sur le territoire. Sujets d étude [Approfondissements] Une région française. La Bretagne, Région à la pointe de l Europe, p La remise en question du «modèle Breton» 2. La voie d un autre développement 3. Face à de nouveaux horizons européens Une région d un autre État de l Union européenne. La Catalogne, Région moteur de l Espagne Dans le cas d une région européenne autre que française, et de l Europe, p on pourra davantage axer l analyse sur les relations de 1. Une région puissante à la forte personnalité l ensemble régional choisi avec le pouvoir centra [ ] 2. Les revers d un développement accéléré Une région transfrontalière 3. Une Région dynamique pour l Europe? Dans le cas d une région transfrontalière, on insistera Le Rhin Supérieur, «laboratoire» de l Europe?, sur le caractère souvent récent et original d une telle p construction. 1. de régions frontières à l EuroRégion 2. Un euro-corridor 3. De la communauté d intérêt à un espace de vie Thème 3 Les territoires européens 119
120 Les notions du thème Les notions du programme : Territoire ; État ; Région ; aménagement ; environnement ; frontière ; intégration territoriale. Voir les Repères, p «Territoire» est la notion centrale du thème. Les leçons et le sujet d étude permettent de préciser les contenus de ces notions déjà rencontrées dans les thèmes précédents. La définition donnée p. 261 pour territoire fournit une piste pour les mettre en réseau. Les pages d ouverture du thème Le Danube à Budapest, Hongrie, p Le document est une photographie aérienne oblique de la ville de Budapest montrant le plus ancien pont (1848, reconstruit en 1949) permettant la traversée du Danube entre Buda et Pest. La photographie attire l attention sur la nouvelle réalité européenne : l ouverture à l Est et l intégration de pays ayant des traditions culturelles différentes, qui se revendiquent généralement comme européen, ce qui permet d engager la double question de l identité européenne et des limites de l Europe. La photographie montre également la richesse du patrimoine urbain caractéristique du territoire de l Europe. Quelles dynamiques pour les territoires européens? p La une d un périodique et un document publicitaire pour l Arc atlantique ont pour objectif de montrer le rôle des périphéries dynamiques et donc l émergence de nouveaux types de territoires européens. La croissance des nouveaux pays de l Union européenne (UE) est rapide et les associations de régions littorales (organisation des Arcs) se développent. Il faut pourtant nuancer la présentation triomphale de ces deux territoires : le cœur de l UE reste la mégalopole européenne et les régions périphériques malgré leur dynamisme rencontrent des difficultés importantes. 2 1 Danube Buda Pest Île boisée Montagne 1 Pont des Chaînes 2 Parlement Les cartes-clés du thème Dynamiques et organisation des territoires européens, p Les dynamiques de la construction européenne, p. 222 «Le programme porte sur l étude de la France et de l Europe dans les contours de l Union européenne.» La carte se place à l échelle des États qui sont les éléments-clés de la construction européenne. Elle a pour objectif de présenter l UE comme acteur essentiel de l organisation du territoire européen et de souligner son dynamisme (leçon 2, p ). Depuis les années 1950, les États d Europe occidentale s associent dans un ensemble qui s approfondit, s élargit et constitue la forme d intégration la plus poussée. L UE est devenue un pôle d attraction puissant sur l espace européen : le nombre d adhésions ou de candidatures traduit ce succès. Le 120
121 contraste avec la CEI est fort. Cette attractivité conduit parfois à assimiler Europe et Union européenne, ce qui complique le problème de la définition de l espace européen (leçon 1, p ). Il faut aussi noter les tensions et les contradictions de la construction : candidatures problématiques, refus de l euro ou des accords de Schengen. 2. L organisation de l espace européen, p 223 La seconde carte étudie l organisation du territoire européen à une échelle infra étatique, ce qui permet de faire apparaître la multiplicité des acteurs d aménagement qui seront étudiés à la leçon 3, p La carte met en évidence une organisation centre-périphérie qui montre le rôle prépondérant de la mégalopole européenne (leçon 4, p et sujet d étude Le Rhin Supérieur, «laboratoire» de l Europe, p ). On voit que les espaces sont inégalement intégrés : les périphéries les mieux intégrées se situant à l Ouest ou au Sud tandis que les nouveaux pays entrés dans l UE accusent un certain retard. La carte met également en valeur le rôle des axes de circulation qui sont une des clefs du développement : lorsque l on abordera le sujet d étude, on pourra se reporter à cette carte pour étudier les connexions possibles entre la région étudiée et les axes principaux. Enfin, la carte aborde la logique des arcs qui est une stratégie d association régionale pour lutter contre les handicaps d une situation périphérique. Voir les sujets d étude La Bretagne, Région à la pointe de l Europe, p et La Catalogne, Région moteur de l Espagne et de l Europe, p Les leçons du thème 1. L Europe : un espace géohistorique, p Démarche de la leçon L Europe a-t-elle une unité géographique? La leçon pose la question centrale de l identité européenne : qu est-ce que l Europe? Quels sont les éléments sur lesquels s appuyer pour définir «l objet géographique Europe» ainsi que la désigne le programme? Doc. 1 : La carte montre un élargissement progressif de ce que l on désigne sous le nom Europe, ce qui traduit à la fois la plasticité du modèle et son pouvoir de séduction : c est le sens de la volonté de Pierre le Grand de faire «géographiquement» de la Russie un État européen. Ce que l on appelle Europe change au cours de l histoire et «être européen» constitue un élément de prestige important. Le besoin de borner l Europe est d ailleurs indissociable de ces définitions : ni Hérodote, ni les géographes de Pierre le Grand ne donnent une définition claire de l Europe. L Europe selon eux est un espace d abord défini par ses limites, qui s appuierait sur des frontières naturelles identifiables. La carte montre également que ces frontières en réalité ne sont pas des limites imperméables : les constructions politiques les dépassent et dominent des périphéries, qui, si elles ne sont jamais considérées comme européennes au sens strict, font partie des mêmes ensembles. Doc. 2 : L intérêt du document est de fixer un certain nombre de connaissances élémentaires sur la géographie physique européenne et de montrer la très grande diversité des climats en identifiant le rôle de l influence océanique. L Europe ne peut s identifier à un type de climat. On ne peut s appuyer sur la géographie physique pour borner ou identifier l espace européen (voir la carte Le relief de l Europe, rabat de couverture). Doc. 3 : Le débat sur l identité européenne de la Turquie est un fait sans doute connu des élèves. L article montre que le Bosphore ou les Dardanelles sont des limites conventionnelles de l Europe. Ce sont aussi des espaces d échanges importants : les termes de «marchandises», «flux», «ponts» et «navettes» permettent de caractériser ces échanges et leur intensité. Doc. 4 : Aujourd hui européenne parce qu «italienne», la Sicile s est trouvée largement ouverte à des influences nombreuses et extra -européennes. Il peut être intéressant de s appuyer sur des notions vues en cours d histoire 2 e où la Sicile est abordée fréquemment, dans le cadre du chapitre sur la Méditerranée au XII e siècle. La photographie montre les vestiges culturels d une influence ancienne, facilement identifiable ce qui permet de souligner à la fois l ancienneté de l occupation humaine et l importance de ces traces du passé qui sont des éléments essentiels de la culture européenne. La présence à l arrière-plan de la ville moderne montre l importance du fait urbain mais pose aussi la question de la gestion de l espace européen où une concurrence peut s établir entre la volonté de préserver un patrimoine et la nécessité de développer de nouvelles formes d activités. 1. Il n y pas de différenciation claire entre l espace européen et l espace asiatique. L espace européen est un finisterre de l Asie : le continent étant d ailleurs appelé «Eurasie». Si l influence maritime et océanique est importante, elle n est pas un élément suffisant pour définir géographiquement l Europe. Au cours de l histoire, on remarque deux tendances contradictoires. D une part, les hommes cherchent à délimiter un espace européen, de l autre, ces limites sont fluctuantes et n empêchent pas les influences réciproques. 2. Le Bosphore est une limite conventionnelle entre l Europe et l Asie car c est une limite établie par l homme mais qui, en réalité, est un espace d échanges actifs. Aujourd hui, ce détroit se situe à l intérieur d un État (la Turquie) et n est donc pas une frontière au sens strict. De plus, l intensité des flux (personnes, marchandises), les différents aménagements (ponts, navettes), la présence d une ville importante (Istanbul) en font un espace de passage et d échange et non une limite. Thème 3 Les territoires européens 121
122 3. L espace européen ne peut se définir ni par le relief ni par le climat. C est une construction historique, dont les traces peuvent se lire dans le paysage. Ce que l on appelle Europe a évolué au cours des siècles, néanmoins on peut remarquer l importance de l héritage gréco-latin. L Europe est le produit d une histoire complexe. Être européen c est se reconnaître dépositaire d un héritage historique partagé avec les autres Européens. Ces marques anciennes de l appropriation de l espace européen par ses habitants en font un territoire. 4. Au plan géographique, on peut souligner la diversité des climats. Ces climats se distinguent par les différences de volumes de précipitations, les amplitudes thermiques. Le relief est lui aussi un élément de diversité : à une Europe au relief plus marqué au Sud succède une Europe des plaines et des plateaux au nord. La plaine germano-polonaise largement ouverte vers l Est rend difficile la distinction entre les espaces asiatique et européen. 5. L identité européenne repose sur un ensemble de facteurs complexes. Il faut évoquer l importance et la diversité des héritages successifs. Le rôle de la culture grécoromaine, l influence judéo-chrétienne mais aussi l héritage de la Renaissance, des Lumières, l impact de la révolution industrielle sont à prendre en compte. Cet héritage s inscrit dans un espace dont les contours sont en constantes évolutions. Si des limites, souvent physiques, ont été données elles n ont jamais constitué des barrières pour les influences réciproques. La Turquie illustre la difficulté de fixer des limites. Rien dans la géographie physique ne permet d exclure l espace turc de l ensemble européen (climat méditerranéen, relief caractéristique de l Europe du Sud). La limite conventionnelle du Bosphore est aujourd hui un espace d échange actif. L espace turc est d ailleurs très lié à l histoire européenne : soit parce qu il a fait partie de certaines de ses constructions politiques (Empire romain), soit parce qu il a lui-même dominé des espaces considérés aujourd hui comme européens. Poser la question de la nature européenne de la Turquie pour déterminer son entrée dans l UE c est donc faire un choix politique car ni l histoire ni la géographie n apportent une réponse claire à cette question. 2. L Europe : du morcellement à l unité politique, p Démarche de la leçon Les frontières entre les États européens sont-elles en train de disparaître? À l intérieur du cadre d étude de l Union européenne, que définit le programme, on assiste à une dynamique nette d intégration territoriale qui conduit à un effacement de certaines frontières, longtemps disputées. Cela suffit-il à envisager la fin des frontières? Doc. 1 : L objectif est de montrer le passage d une logique d affrontement frontalier à une logique d intégration. La logique d affrontement est mise en évidence par la date d établissement des frontières : certaines sont relativement récentes (Europe centrale), d autres plus anciennes (Europe occidentale). La tendance générale est à leur multiplication avec l exception notable de l unification allemande. La dynamique d intégration est présentée à travers la construction de l UE et son inégal achèvement, dont l adhésion à la zone euro et à l espace Schengen, sont des indices. Doc. 2 : La carte humoristique offre l avantage de résumer simplement les deux dynamiques opposées de l espace européen : la dynamique d intégration à l Ouest, et le risque de balkanisation à l Est qui peut être abordé parallèlement avec le doc. 4. Doc. 3 : Le document présente les conséquences sur la vie quotidienne de la création de l espace de Schengen. Il précise ce qu est cet espace. Il offre aussi une ouverture sur la formation civique des lycéens en montrant que les institutions de l UE, loin d être des réalités lointaines, influencent la vie de chaque citoyen. On peut également s interroger sur le problème des migrations (contrôle aux frontières externes) et la complexité des relations entre États, l adhésion à l espace Schengen ne recoupant pas l adhésion à l UE. Doc. 4 : L objectif de ce document est de montrer la densité des liens existants entre États européens. L UE, cadre d étude du programme, n est pas la seule construction politique. On peut par exemple montrer que certains pays dont le caractère «européen» est contesté (la Turquie par exemple) sont déjà liés à des pays européens. Ce document peut être utilisé en appui de la leçon précédente où le cas de la Turquie est abordé. Doc. 5 : Le document présente le cas d une frontière contestée. Au-delà de la description des éléments caractéristiques d une frontière fermée, on peut utiliser la carte peinte sur le mur. Pour les Grecs, il s agit d opposer deux Chypres : celle du Sud «libre» (donc aux couleurs grecques) et celles du Nord «occupée» (donc peinte de couleur sang). Ce document peut être utilisé pour souligner l un des aspects problématiques de l intégration turque dans l UE (non-reconnaissance de l un des États membres) et montrer que l intégration frontalière (réalité à l intérieur de l UE) se heurte à de nombreux obstacles à l extérieur de cet ensemble. 1. L Europe politique est caractérisée par la multiplicité et la diversité des États. Actuellement, certains États d Europe de l Ouest se sont regroupés au sein de l UE : ces États se sont rapprochés de plus en plus en devenant interdépendants, par exemple la disparition des contrôles frontaliers (espace de Schengen) la création d une monnaie commune (euro) : il s agit donc d une intégration territoriale poussée mais inégale. À l Ouest de 122
123 l Europe, les frontières sont plus anciennes et plus stables, leur tracé est plus récent à l Est. 2. La multiplication des États s explique par le démembrement des Empires centraux multinationaux après la Première Guerre mondiale, et l implosion de certains États après la chute du rideau de fer (Yougoslavie et Tchécoslovaquie). 3. La fin du bloc soviétique (1989) en rendant leur pleine souveraineté aux États d Europe centrale et en supprimant les oppositions idéologiques a permis aux États de multiplier leurs liens (doc. 4) voire de rejoindre l UE (avec le cas particulier de l unification allemande). L UE est d ailleurs un acteur majeur de l unité européenne car c est elle qui en est le pôle le plus attractif (les PECO, par exemple, se sont détournés de l influence russe à son profit). 4. Plusieurs étapes peuvent être mises en valeurs dans l évolution des frontières dans l espace européen. Les frontières, lieu d affrontement et de division se sont d abord multipliées en même temps que les États (après la fin de la Première Guerre mondiale). La création de la CEE (1957), puis de l UE (à partir de 1992) a permis une intégration plus poussée. On est passé d un espace de libre circulation des biens (marché commun) à un espace de libre circulation des biens et des personnes (espace Schengen). La fin des tensions bipolaire en Europe (à partir de 1989) a quelquefois conduit certains États à la partition mais a aussi permis l élargissement de l UE. Cependant il faut noter que certaines frontières demeurent sources de conflits et que les frontières extérieures à l UE restent particulièrement surveillées. 3. États, Villes et Régions, p Démarche de la leçon Quels sont les acteurs spatiaux de l aménagement en Europe? La leçon s intéresse aux divers acteurs de l aménagement des territoires européens. Dans les deux premières leçons, en effet, seuls les États ont été évoqués. On soulignera donc l importance croissante de deux autres acteurs, en montrant les rapports et les tensions qui peuvent exister entre eux. Doc. 1 : L attention des élèves doit être attirée sur le rôle des métropoles. On peut dans un premier temps remarquer l inégalité de puissance qui existe entre elles (lecture de la légende) puis constater que les métropoles les plus puissantes sont aussi celles qui se trouvent à l intérieur de l UE. Doc. 2 : Le texte de l audition de G. Collomb prolonge cette analyse : la compétition entre métropole, ici Lyon, est abordée sous l angle des transports. Le texte offre un précieux contrepoint à la carte : une métropole de rang international peut être un atout, mais les faiblesses des autres villes d un réseau urbain macrocéphalique sont des éléments de fragilité. Le déséquilibre, ici dans le trafic aérien, pose un problème que l aménagement doit résoudre. Doc. 3. : Cette carte montre l importance de la Région en tant qu acteur d aménagement. Les partenariats entre Régions peuvent être de formes diverses (EuroRégions, Arcs, jumelage) et se situer à plusieurs échelles. Ce document peut être réutilisé lors du travail sur les sujets d étude. On attirera l attention des élèves sur les différentes échelles de coopération, et sur le passage d une logique d opposition le long de la frontière à une logique de coopération. Enfin une nuance doit être apportée quant au degré effectif de coopération qui n est pas le même dans l Arc atlantique (encore largement à construire) et les eurorégions (où il est plus avancé). Doc. 4 : L annonce permet d aborder le développement du rôle des Régions (ici Provence Alpes-Côte d Azur) dans les institutions de l UE. Le lobbying fait partie des missions à remplir par ce salarié, en poste près des institutions européennes à Bruxelles. Les élèves doivent donc voir que des stratégies offensives sont organisées par les Régions pour bénéficier des programmes européens. Doc. 5 : Les différentes formes d organisation d États sont à aborder. Les États fédéraux comme la Belgique ou l Allemagne privilégient l autonomie des Régions, tandis que d autres États (comme la France) sont encore très centralisés. L auteur de cet article défend l idée que la décentralisation est un facteur de développement économique. Il remarque que l autonomie s est également faite sur le plan culturel, dans un pays où les tensions nationales sont vives. Le problème de la partition possible n est pas évoqué mais on peut, dans le cas où le sujet d étude serait La Catalogne, moteur de l Espagne et de l Europe, p , faire le parallèle avec la situation de cette région d Espagne. Doc. 6 : L histogramme permet de souligner la puissance considérable de certaines villes par rapport aux États européens. On peut monter les inégalités entre villes également. L analyse des types de réseaux peut être complétée (exemple espagnol). On verra que les capitales politiques ne sont pas forcément les villes les plus riches dans certains pays (exemple de Milan). 1. La carte montre clairement une opposition entre l Europe de l Ouest (anciens pays de l UE) où les métropoles sont nombreuses et puissantes et l Est (nouveaux pays de l UE inclus) où les métropoles sont encore en développement. Certaines métropoles de l Ouest dépassent en puissance les nouveaux pays de l UE. 2. La ville de Lyon se situe dans un réseau macrocéphalique. Il lui faut donc s affirmer par rapport à une capitale puissante. Le domaine évoqué est celui des transports. Par une politique de coopération active («synergie») avec deux autres métropoles, elle espère développer un pôle actif de transport aérien au Sud de l Europe. Thème 3 Les territoires européens 123
124 3. Les régions dans le cadre d une décentralisation générale à l échelle européenne bénéficient d un renforcement de leur autonomie. Elles mettent au point des stratégies offensives de développement à l échelle européenne soit en se rapprochant, en développant leur autonomie culturelle (et donc en s affirmant face aux États) soit en pratiquant le lobbying à Bruxelles (et donc en s affirmant face aux institutions européennes). 4. Les États ne sont pas les seuls acteurs de l aménagement des territoires européens : les villes les plus puissantes mais aussi les Régions s affirment de plus en plus. Les villes représentent des puissances économiques et jouent un rôle dans l organisation des flux de transport. Les Régions développent les partenariats, s intègrent dans des programmes européens et renforcent leur autonomie culturelle quelquefois au risque du séparatisme. 4. L Europe : centre et périphéries, p Démarche de la leçon Quelles sont les principales disparités et dynamiques régionales en Europe? La leçon 3, p a montré quels étaient les différents acteurs de l aménagement du territoire en Europe. En affinant l analyse, on peut mettre en évidence des inégalités fortes existant entre le centre et les périphéries européennes. Doc. 1 : La photographie de Dublin, complétée par le court commentaire insiste sur le dynamisme de certaines périphéries européennes. Sur la photo sont identifiables le plus haut édifice de Dublin, le Liberty Hall, le dôme de la Customs House et au premier plan enjambant la Liffey le célèbre Ha Penny Bridge. L ensemble donne une image d une métropole dynamique, disposant d un patrimoine culturel important. Le texte souligne la rapidité de la croissance irlandaise soulignée par les investissements étrangers. La position périphérique de Dublin et de l Irlande n est donc pas un handicap. Doc. 2 : Erratum : les titres et les unités des deux cartes ont été inversés. La carte de gauche montre l évolution du PIB/hab. par rapport à la moyenne de l UE entre 1999 et 2002 en %. La carte de droite montre le PIB/hab. par rapport à la moyenne de l UE, celle-ci correspondant à un indice 100. La carte de droite montre la plus grande richesse des espaces centraux de l UE par rapport aux périphéries orientales (nouveaux pays) ou méridionales (Sud de l Espagne et de l Italie, Grèce). La carte de la croissance du PIB/hab., à utiliser en parallèle avec le premier document montre le dynamisme de certaines périphéries : l Irlande, l Espagne. D autres périphéries sont plus en difficulté : Sud de l Italie par exemple. De même la croissance de la richesse des espaces centraux est inégale : forte par exemple pour le Bassin londonien alors que le Nord de l Italie enregistre des contre performances. Doc. 3 : Le document produit d une compilation de sources, se place à une échelle plus grande pour étudier l opposition centre-périphéries : celle de la ville, déjà abordée dans la leçon 3, p Dans la répartition des activités et de la richesse, à l échelle d une ville, le cas français ici étudié montre une opposition entre un centre-ville favorisé et des périphéries moins bien équipées. Les politiques volontaristes conduisent parfois à redynamiser ces espaces. Doc. 4 : La tertiarisation des centres (ici à Londres) est un élément fort de dynamisme. Toutefois un questionnement peut conduire à interroger les élèves sur le type de population qui peut bénéficier de ces aménagements. L emploi industriel a disparu du centre des grandes métropoles européennes et a été relégué en périphérie, entraînant l exclusion des couches populaires des centres-ville. L emploi créé dans les centres d affaires de haut niveau est un emploi très qualifié et n offre pas de possibilité de reconversion aux ouvriers des docks. Cette opération d aménagement, élément de dynamisation du bassin londonien est donc aussi un élément de ségrégation spatiale. 1. On remarque que les régions de l Europe de l Ouest et du Nord organisées autour de la mégalopole européenne sont les plus riches. Pourtant l étude de la croissance de la richesse montre qu il existe une grande disparité de dynamisme. Certaines périphéries («Tigre celtique» par exemple) ont une forte croissance de même que certains espaces de la mégalopole européenne (Bassin londonien). Au contraire d autres périphéries accusent un retard qui s accentue (croissance faible) ainsi que certains espaces centraux. 2. L Irlande est un exemple de dynamisme périphérique. Ayant longtemps été une terre d émigration, en proie aux difficultés économiques et politiques, elle est aujourd hui un pays en forte croissance, attractif pour les investisseurs même si son niveau de richesse est encore faible comparativement aux États européens les plus puissants. Le rôle de métropole active de Dublin peut donc être souligné ainsi que celui, décisif de l intégration dans l UE. En utilisant les cartes-clés, p , on peut remarquer que l Irlande, est membre de la zone euro et région de l Arc atlantique (doc. 3 p. 228) même si elle n a pas ratifié les accords de Schengen. 3. Les inégalités peuvent être étudiées à une échelle plus grande : l échelle nationale. L Espagne accuse des inégalités de richesses entre le Nord et le Sud mais affiche une croissance globale forte de l ensemble des Régions. L Italie voit au contraire un Sud plus pauvre obtenir des taux de croissances supérieurs à ceux du nord plus riche. 4. L aménagement des docks traduit la tertiarisation et l enrichissement des centres-ville. Le texte 3 montre pour sa part les difficultés des périphéries urbaines. 124
125 5. Les oppositions majeures du territoire européens sont des oppositions centre-périphéries. Cette opposition fonctionne à toutes les échelles : européenne car la mégalopole européenne est plus riche que la périphérie, nationale (le Nord de l Italie, mieux intégré à la mégalopole européenne est plus riche que le Sud) et locale (le centre des villes est plus riche que la périphérie). Cependant l étude des dynamiques invite à nuancer ces analyses : le cas irlandais montre que la présence d une métropole dynamique et l intégration européenne peuvent dynamiser un État en position périphérique, de même la croissance du Sud de l Italie et le dynamisme de certaines zones franches urbaines montrent qu à d autres échelles le dynamisme des périphéries existe. 5. La France au sein du territoire européen, p Démarche de la leçon La France occupe-t-elle une position singulière en Europe? La leçon, centré sur l étude du territoire français dont «la position et la singularité» doivent être étudiées, privilégie l approche par les cartes à différentes échelles. Doc. 1 : Le document s intéresse à la place du territoire français à l échelle mondiale en montrant la diversité des types de gestions du territoire et des conditions physiques de l espace français. L éparpillement des «confettis de l Empire» mais aussi leur rôle économique et stratégique (rôle de la ZEE) peuvent être abordés. Doc. 2 : Le document montre la position du territoire français à l échelle européenne. Au centre de la petite Europe (carte-clé 1 p. 222) des années 1950, la France se trouve de plus en plus en finisterre avec l élargissement de l UE vers l Est. Doc. 3 : En contrepoint du doc. 2, les flux aériens montrent la position de carrefour toujours occupée par la France malgré l élargissement de l UE. Ce document peut être utilisé en complément du doc. 2 p. 228 (rôle potentiel de Lyon en lien avec Milan et Barcelone). Doc. 4 : La carte montre le rôle essentiel de Paris mais aussi la très forte implantation de filiales sur le sol français qui garde donc une importance centrale. Ce document peut-être utilisé en complément des sujets d étude (le rôle de Barcelone est par exemple très visible). Doc. 5 : La photographie permet d aborder le rôle de Paris comme capitale culturelle européenne. 1. Le territoire se caractérise à la fois par son ouverture maritime large, sa grande diversité de milieux (climatique relief) et sa position de carrefour européen. On peut enfin souligner la présence de Paris qui est l une des deux villes européennes les plus importantes. 2. L importance de l outre-mer français est une des originalités du territoire. Elle lui garantit une présence à l échelle mondiale. Ces territoires sont divers dans leur gestion : les DOM par exemple sont des départements dont le mode de gestion est similaire à celui des départements métropolitains, alors que les autres territoires (par exemple la Nouvelle-Calédonie qui est un Pays d outremer) ont une autonomie renforcée. 3. L UE s étant élargie vers l Est avec l entrée de dix nouveaux pays en 2004 et avec celle de deux États prévue en 2007, le territoire français se trouve en position moins centrale qu auparavant. Cependant l étude des flux aériens (polarisés par la mégalopole européenne) et surtout l implantation des sièges sociaux des grandes entreprises montrent qu en fait la dilatation de l espace européen ne s est pas traduit par un réel déplacement de son centre de gravité. Le territoire français garde une place centrale en Europe grâce à son importance économique. 4. Paris est l une des deux métropoles européennes de rang mondial. Elle joue un rôle économique (implantation de sièges sociaux de grandes entreprises), culturel (Bibliothèque nationale de France), politique (elle est capitale) importants. Elle est bien reliée à la mégalopole européenne. Cependant l étude des flux aériens montre qu elle occupe une position moins centrale que Londres. 5. Le territoire français se singularise dans l espace européen par sa situation de carrefour que l ouverture vers l Est n a pas vraiment amoindrie ; par sa variété climatique et naturelle que la diversité de l outre-mer vient encore enrichir (milieux tropicaux et polaires inconnus sur le territoire européen) ; par son ouverture sur la mer (avec l apport très important de la ZEE de l outre-mer) et enfin par la présence de Paris puissante métropole mondiale dont le dynamisme économique et culturel est un atout. BIBLIOGRAPHIE Barrot, J. et al., Europe, Europes, espaces en recomposition, Vuibert, 3 e éd., 2002 Boyer, J.-Cl., Les Villes européennes, coll. Carré Géographie, Hachette, 2003 Foucher, M., Fragments d Europe : atlas de l Europe médiane et orientale, Fayard, 1998 Mathieu, J.-L., «Quelle Union pour l Europe?», La Documentation photographique, n 8008, La Documentation française, 1999 Smits, F., La France, un territoire de l Union européenne, coll. Initial, Hatier, 2003 Steck, B. et J.-F., La France et ses régions, en Europe et dans le monde, coll. Amphi Géographie, Bréal, 2002 Guillaume J., La France dans l Union européenne, coll. Mémento Géographie, Belin, 2003 SITES INTERNET Assemblée des régions d Europe : a-e-r.org Association des régions frontalières : Comité des régions : cor.eu.int Thème 3 Les territoires européens 125
126 Portail de l UE avec un accès aux données statistique Eurostats, programme Interreg : Une carte intéressante sur les tensions nationales en Europe : Les sujets d étude [Approfondissements] du thème La Bretagne, Région à la pointe de l Europe, p Démarche du sujet d étude Le programme invite à étudier une région française sous l angle des «enjeux de l aménagement, de l environnement et du développement durable». La première partie rappelle les réussites spectaculaires mais aussi les revers du «modèle breton». La seconde partie montre les efforts pour un développement plus respectueux de l environnement. La troisième partie souligne la «singularité» d une périphérie de l Europe («en pointe» au sens littéral) qui n en est pas moins engagée dans la construction européenne et dans la construction de solidarités régionales (en «pointe» politiquement donc). C est en tant que périphérie dynamique de l UE que la Bretagne affirme sa singularité. Approfondissement ou étude de cas? Quelques pistes pour organiser l articulation du sujet d étude avec les leçons. Le sujet est proposé en approfondissement des leçons 3, 4 et 5 : En quoi la Bretagne est-elle un territoire? Quels sont les acteurs du développement breton? Quelle est la place de la Bretagne au sein du territoire européen? En étude de cas, le sujet peut permettre d annoncer les principales problématiques. Une identité, un «modèle» définissent la Bretagne : Comment définir l Europe? (leçon 1, p ; leçon 2, p ). La Région est très engagée dans la dynamique des nouveaux territoires : Quels sont les acteurs spatiaux de l aménagement en Europe? (leçon 3, p ). Le «modèle breton» a surtout bénéficié au littoral et à la métropole rennaise : Quelles sont les principales disparités et dynamiques régionale en Europe? (leçon 4, p ). La Bretagne est une région en pointe de l Europe : Quelle est la place de la France au sein du territoire européen? (leçon 5, p ). 1. La remise en question du modèle breton, p Doc. 1 : La légende identifie les activités : liées à la mer (proximité du littoral) mais aussi avec l agroalimentaire breton, la microbiologie et la sécurité alimentaire. Le tech- nopôle associe un socle de recherche de personnes, des centres de renommée internationale comme l IFREMER, sept écoles d ingénieurs comme l ESMISAB, des entreprises industrielles de pointe (Thales, Alcatel...). Le doc. 3 montre le réseau des technopôles. Doc. 2 : Ce texte montre la forte croissance économique de la Bretagne («modèle breton») en mettant en avant la multiplicité des actions volontaristes permettant l intégration de cette région longtemps perçue comme périphérique (voir Un pôle automobile : Rennes, p ). On peut attirer l attention des élèves sur la pollution des eaux, directement causée par les engrais et les lisiers riches en nitrates. Deux compléments : les modifications paysagères (destruction du bocage) dues au remembrement ont également un impact écologique important (problème d érosion accélérée) et l agriculture bretonne se heurte au problème de la surproduction d autant que la réforme de la PAC encourage la réduction des excédents agricoles. Doc. 3 : La carte de synthèse permet de relever les différentes activités en les localisant. Le déséquilibre entre un centre (moins dynamique) et une périphérie (dynamique) peut aisément être soulevé en s appuyant sur les déséquilibres du réseau de transports ou la distribution des technopôles par exemple. La taille des ports doit être relativisée : les grands ports français ou européens ne sont pas bretons et le grand trafic passe au large des ports bretons (avec les conséquences écologiques dramatiques des marées noires). Doc. 4 : La légende de cette photographie fait le lien entre la croissance des algues et l eutrophisation du milieu par le rejet des nitrates. Le programme de seconde doit avoir fourni les premières bases d analyse aux élèves. L étude de la photographie montre l impact probable sur le tourisme : la baie de Saint-Brieuc est un littoral touristique important (doc. 3). Doc. 5 : L évolution démographique est contrastée : elle traduit la jeunesse et le dynamisme des zones urbaines périphériques, en particulier de Rennes, et montre les difficultés du centre de la région. 1. Le développement économique de ces quarante dernières années est spectaculaire au point que l on a pu parler de «modèle breton». L agriculture est devenue productiviste : intensive, mécanisée, elle a fait de l augmentation de sa production un objectif prioritaire. L élevage industriel des porcs qui permet la production du lisier (réutilisé comme engrais dans l agriculture), ou avicole, les cultures maraîchères (côte Nord de la région où l on trouve un climat doux avec moins de quinze jours de gelée par an) se sont ainsi développés. L industrie automobile (Citroën) installée dans le contexte de desserrement industriel de la région parisienne, les industries de pointe (technopôles) plus récentes donnent à la Bretagne, qui fut longtemps une région surtout rurale, un poids industriel important. Ces activités sont le fruit de décisions politiques, engageant l État, la Région, notamment dans le 126
127 contexte de décentralisation, l UE et ont été accompagné d un développement des infrastructure de transport (le doc. 3 montre le raccordement du TGV à Rennes) qui permettent de relier la Bretagne aux centres décisionnels français (Paris notamment) et européens. Enfin la Bretagne s est largement tertiarisée. 2. Ces transformations ont eu des retombées inégales sur la région : elles ont surtout avantagé la périphérie régionale et notamment orientale. En effet, Rennes a bénéficié de l installation des activités industrielles, tertiaires. Les activités technopolitaines et universitaires sont réputées et la capitale régionale est fort bien reliée à Paris. L installation de technopôles a surtout avantagé les villes à proximité du littoral et les atouts touristiques sont très inégaux. Les inégalités entre périphéries Est et Ouest sont perceptibles : la position excentrée de Brest malgré la présence de voies rapides, est un handicap. L inégale attractivité des espaces se lit dans l évolution démographique régionale : si la région est à l échelle nationale jeune et désormais attractive ( habitants gagnés depuis les années 1960), ce sont les pôles urbains et leur ceinture périurbaine qui en bénéficient notamment l agglomération rennaise. Le centre de la région étant au contraire déficitaire. Enfin certains secteurs (pêche notamment) rencontrent des difficultés persistantes. 3. La question de l environnement constitue un grave problème pour le «modèle breton». L agriculture productiviste, ayant recours massivement aux engrais a entraîné la pollution des eaux souterraines, les rendant ponctuellement impropres à la consommation. De plus le doc. 4 montre qu en rejoignant la mer, les nitrates ont permis la prolifération d algues parasites détruisant les autres formes de vie marine et ayant un effet négatif évident sur le tourisme. 4. Le développement breton est un développement accéléré fondé sur l implantation d activités industrielles (automobile et technopôle) et le passage à une agriculture de type productiviste. Le tourisme, quoique moins important que dans d autres régions françaises, joue également un rôle important. Ces activités nécessitent des infrastructures de transport de bonne qualité pour contrer la position périphérique à l échelle européenne et nationale de cette Région. Cependant, les problèmes d environnement conduisent à questionner ce type de modèle de développement. Actuellement, dans le domaine agricole, on insiste sur la nécessité d un développement durable (agriculture de qualité) qui permette de maintenir le niveau de vie des exploitants, ménage les ressources du territoire en préservant l environnement et n empêche pas une réduction des excédents agricoles. 2. La voie d un autre développement, p Doc. 6 : La carte met en valeur le rôle de nouveaux acteurs de la gestion des territoires à l échelle locale : les Pays, la Communauté urbaine de Brest et les Communautés d agglomérations. La Bretagne s est particulièrement engagée dans le développement de ces nouvelles formes d organisation, ce qui souligne la vivacité des acteurs locaux. Doc. 7 et 8 : La carte 7 localise les principaux sites touristiques littoraux. L opération «Grand site» de la pointe du Raz est caractéristique de l application des principes du développement durable dans le tourisme : il faut aménager l espace touristique de façon à ce que l excès de fréquentation n altère pas son attractivité. Le texte 8, ayant pour origine le site présentant l opération (et qui n apporte donc aucune critique négative) permet de montrer la diversité des acteurs (avec le rôle notamment du Conservatoire du littoral), et de détailler les opérations de réhabilitation (destruction de certains établissements) et l aménagement d infrastructures plus discrètes permettant une sensibilisation de l usager au respect du lieu. Doc. 9 et 10 : Ces deux documents traitent du problème de l agriculture durable. Ils ne présentent de façon lisible que l état de l avancée de ce type de développement agricole. Une lecture plus fine doit permettre aux élèves de voir en filigrane «ce qui reste à faire». Doc. 11 : Ces trois plaquettes publicitaires soulignent la dynamique d engagement écologique des secteurs d activité vus dans la double page précédente. L aspect critique n est pas évoqué, le document montre l image que ces pôles veulent donner d eux mêmes et le soutient que leur apportent Région et État. Il importe cependant, dans l optique du programme de 1 re STG qui entend sensibiliser les élèves aux problèmes environnementaux, de préciser qu il n existe pas d opposition a priori incompatibles entre le développement économique et le respect de l environnement. 1. À l échelle la plus grande on constate le développement de nouvelles formes d organisation notamment en milieu rural : les Pays, ou les Communautés d agglomération ou urbaine. Il s agit de regrouper des territoires qui se heurtent à des difficultés communes de façon à mettre en commun des moyens existants. On peut aussi évoquer le rôle des simples citoyens (visiteurs des sites) qui sont partie prenante de la protection du milieu. Enfin il faut montrer le rôle des acteurs économiques et des producteurs (GAEC, entreprises des pôles de compétitivité), le rôle du mécénat (GDF) est lui aussi discrètement évoqué. À des échelles plus petites, on peut relever : le rôle des collectivités territoriales (département, Régions), de l État (notamment avec le rôle des ministères de l Agriculture et de l Environnement), du Conservatoire du Thème 3 Les territoires européens 127
128 Littoral (qui est un établissement public). Enfin, le doc. 8 évoque «l Europe» (l UE). 2. On peut montrer qu il s agit en fait des principaux secteurs économiques bretons : agriculture, activités agroalimentaires (Valorial), hautes technologie (Images et réseaux), activités liées à la mer (Sea-nergie) et tourisme. 3. Ces aménagements permettent de développer les activités économiques sans altérer l environnement. Par exemple, l élevage intensif s efforce de limiter les rejets de nitrates (épuration du lisier, limitation des écoulements). 4. On peut remarquer que le nombre d exploitations concernées reste faible, et il est difficile de savoir si la progression va continuer. La question du financement de ces changements (et donc de leur viabilité) n est pas évoquée : ces aménagements sont coûteux, qui doit donc supporter ce surcoût, le producteur? le consommateur? l État? Enfin on peut remarquer que le principe de l agriculture intensive n est pas remis en question (l élevage des porcs reste un élevage hors-sol). Il ne s agit donc pas d élevage labellisé «bio», ce qui montre un écart net par rapport aux principes de l agriculture durable, surtout dans un contexte de réduction des productions. 5. Il y a une continuité dans du modèle breton car ce sont toutes les activités qui sont concernées (agriculture, agroalimentaire, hautes technologies, tourisme, activités liées à la mer) et aucune ne voit son activité réduite. Les modifications engagées restent inégales. Cependant il y a une rupture quant au rapport à l environnement : la logique commune est de développer des mesures de protection afin de réduire les effets négatifs des activités économiques. On s éloigne donc de la logique productiviste. De nouvelles formes d organisation locales (les Pays) sont développées. 3. Face à de nouveaux horizons européens?, p Doc. 12 : Le sentiment d appartenance à l Europe est difficile à évaluer. L un des moyen est de s intéresser aux résultats de référendums : le traité de Maastricht (1992) et le traité constitutionnel de La réponse affirmative à ces deux traités peut aussi être lue comme une volonté manifeste de voir la construction européenne s accélérer. Que ce soit dans le cas du traité de Maastricht (adopté) ou du traité constitutionnel (rejeté), la Bretagne se situe toujours dans le groupe des trois ou quatre régions ayant le plus fort taux d approbation. Ce document pourrait aussi être utilisé pour Le sujet d étude Le Rhin Supérieur, «laboratoire» de l Europe, p Le taux d abstention est un autre critère possible : les Bretons se sentent plus «concernés» que leurs concitoyens puisqu ils s abstiennent moins. Résultats nationaux : référendum sur le traité de Maastricht : Oui 51 % ; Non 49 % ; abstentions 30 % (Bretagne : 28 %) ; référendum traité constitutionnel : Oui 45,3 % ; Non 54,7 % ; abstentions 31 % (Bretagne : 26 %). Doc. 13 : La une d un périodique local, Le Télégramme de Brest du 24 mai 2005 montre clairement l inquiétude locale face au tarissement possible des subsides européens qui ont favorisé le développement du modèle breton. La réforme de la PAC accentue également l inquiétude des agriculteurs bretons. Le «drapeau breton» (le «Gwenn ha du»), de création récente, souligne l importance de l identité bretonne. Doc. 14 : Une analyse scientifique montrant avec recul les atouts du territoire dans un contexte d économie mondialisée. L attention des élèves peut être attirée sur la variété des documents utilisés pour évaluer l attractivité du territoire. On pourra par exemple comparer ce document avec les plaquettes publicitaires suivantes. Doc. 15 et 16 : L affiche publicitaire 15 montre le développement de l Arc atlantique (doc. 3 p. 228) et permet d intégrer la Bretagne dans les stratégies de développement des régions périphériques. L affiche 16 présente le festival interceltique de Lorient : la culture locale est ainsi présentée comme un élément d intégration dans un ensemble plus vaste (ici un «espace celte»). On peut aussi souligner le rôle que peut jouer dans la promotion touristique une forte identité régionale (le festival débordant très largement le cadre d une «culture celte» : l affiche rédigée en français vise un public très vaste). Doc. 17 : L article complète la une du Télégramme de Brest et insiste sur le risque pour la Bretagne de se retrouver en position ultrapériphérique (déplacement du centre de gravité vers l Est). Deux compléments critiques peuvent être apportés : l Arc atlantique, en 2006 n a pas encore l importance décisive que semblent lui accorder les doc. 15 et 17, dans le prolongement de la leçon 5, p , les élèves devraient d eux même relativiser le déplacement du centre de gravité vers l Est. 1. L étude de l intégration territoriale de la Bretagne peut être menée à plusieurs échelles : à l échelle de l UE, dont les Bretons semblent avoir une vision très positive, à l échelle d un ensemble régional (l Arc atlantique) association de régions littorales favorisée par l UE et même dans un ensemble aux contours plus discutables, un espace culturel celte qui recouvre en partie les régions concernées par l Arc atlantique. 2. L UE a joué un rôle décisif dans le développement économique breton : l attribution de fonds structurels (FEOGA notamment) a permis la modernisation agricole. Actuellement l UE intervient au niveau régional en favorisant la constitution d un Arc atlantique (programme Interreg). Ceci est un élément important pour expliquer le fort attachement des Bretons à l accélération de la construction européenne que la réduction des aides européennes ne semble pour l instant pas avoir émoussé (résultats du référendum de 2005). 128
129 3. L Arc atlantique est une association de régions littorales potentiellement handicapées par leur position périphérique. Elle a pour but de favoriser la mise en commun des ressources et des activités (synergies) notamment dans le domaine de l agriculture, de la recherche, de l utilisation des ressources marines et de l environnement, de faciliter la promotion régionale (texte en anglais dans le doc. 15). Il s agit de désenclaver les périphéries occidentales à l heure où l ouverture vers l Est peut faire craindre un déplacement du centre de gravité de l UE. En fait, cet Arc a encore peu de réalisations concrètes, mais reste une possibilité intéressante. La Bretagne en est un élément moteur car il s agit d une région riche et dynamique, relativement bien reliée aux autres centres décisions français et européen, d autant que le programme de développement de l «autoroute des estuaires la favorise», elle se situe géographiquement entre le Nord et le Sud de l Arc et dispose de parentés culturelles revendiquées avec d autres régions européennes ce qui peut favoriser son intégration et faciliter son influence. Enfin c est à Rennes que se trouve le siège du secrétariat général de la Conférence des Régions périphériques maritimes. 4. Les atouts de la Bretagne sont nombreux : une position géographique favorable entre Europe du Nord et du Sud, une bonne desserte TGV (au moins jusqu à Rennes) et routière, des activités industrielles (voir volets précédents du sujet d étude), des facteurs sociaux favorables (faible taux de délinquance, peu de conflits sociaux, jeunesse de la population) auxquels on peut ajouter un bon niveau de formation générale, de nombreuses aménités et un bon potentiel touristique. L Arc atlantique est un atout de même que les incitations de l État français. 5. Être en «pointe de l Europe» c est se trouver en position de finisterre et donc potentiellement éloigné des centres européens. Mais cette position dans le cadre de la construction d arcs est aussi un atout car elle permet le développement de projets d intégration régionale poussée, favorisés par des proximités culturelles revendiquées. Ayant une vision positive de l UE qui a longtemps appuyé leur développement, les Bretons se tournent d autant plus volontiers vers ce type de projet. Ils se situent donc aussi politiquement «en pointe» de l intégration à l UE. BIBLIOGRAPHIE Cheize, R., Ched , S., Les Régions françaises. Atouts et problèmes, coll. Sup Géographie, Belin, 2003 Jouve, A. et al., La France des régions, Bréal, 2000 Limouzin, P., La France et ses régions, inégalités et mutations, A. Colin, 2000 Piercy, Ph., La France, le fait régional, coll. Carré Géographie, Hachette, 1997 Veyret, Y., Géo environnement, coll. Campus, A. Colin, 2 e éd.,2004 SITES INTERNET Site de la conférence des régions périphériques maritimes : Site régional de l INSEE : e/home_page.asp La Catalogne, région moteur de l Espagne et de l Europe, p Démarche du sujet d étude Le programme propose l étude d une région d un autre État de l UE. La Catalogne permet d aborder un grand nombre de notions. Communauté autonome d Espagne, c est une région puissante et motrice au niveau national, qui joue un rôle important dans l aménagement du territoire (1 re partie). L accélération de son développement est source de nombreuses difficultés, notamment environnementales (2 e partie). Enfin elle affirme une identité politique et culturelle qui la conduit à se démarquer fortement du reste du pays et à se projeter directement à l échelle européenne où elle se voit comme une «nation», ce qui permet d interroger les notions de frontières et d intégration territoriale (3 e partie). Les notions, ici en gras, sont définies dans les Repères, p Approfondissement ou étude de cas? Quelques pistes pour organiser l articulation du sujet d étude avec les leçons. Le sujet est proposé en approfondissement des leçons 2, 3, 4 : Quelle est la singularité de la Catalogne en Espagne? Quelles sont les problèmes d aménagement du territoire catalan? Quelle est la place, l ambition de la Catalogne en Europe? En étude de cas, le sujet peut permettre d annoncer les principales problématiques. La Catalogne présente une forte aspiration autonomiste qui peut sembler menacer l unité espagnole : Comment définir l Europe? Quelles sont les dynamiques politiques? (leçon 1, p ; leçon 2, p ). La Communauté catalane tente de répondre aux problèmes du territoire : Quels sont les principales disparités régionales, les principaux acteurs spatiaux de l aménagement en Europe? (leçon 3, p ; leçon 4, p ). Périphérie Sud de l Europe, la Catalogne veut néanmoins y apparaître comme l un des moteurs : Quelle est la place de la France au sein du territoire européen? (leçon 5, p ). 1. Une région puissante à la forte personnalité, p Doc. 1 : La carte localise la Catalogne et en présente les grandes caractéristiques : le contraste du relief entre «Pyrénées et Méditerranée» ; la présence d une très large ouverture maritime qui constitue l un des éléments essentiels du développement catalan ; le réseau urbain Thème 3 Les territoires européens 129
130 catalan, nettement macro céphalique, doté d une métropole littorale puissante Barcelone ; les autres villes de dimensions plus modestes se répartissent sur le littoral ou le long d un axe Manresa-Barcelone. La région est traversée par un axe majeur qui relie le Sud de l Espagne à la France et au reste de l Europe, et un second reliant Barcelone au centre de la péninsule ibérique (Madrid notamment) en passant par Saragosse. Barcelone est donc bien raccordée aux réseaux de communications même si les trains à grandes vitesse espagnols (AVE) ne peuvent pas encore rouler à vitesse maximale jusqu à Barcelone. On peut en appui utiliser le doc. 8 p. 248 pour mettre en valeur le rôle de carrefour de Barcelone. Doc. 2 : La lecture des deux diagrammes circulaires permet de caractériser rapidement la puissance catalane : poids démographique et poids de son économie dans le PIB national. Doc. 3 : Si l Espagne est divisée en Régions, toutes n ont pas les mêmes compétences, certaines (dont la Catalogne) ayant même une autonomie assez large (le texte donne l exemple des forces de police). Dans le prolongement de la réflexion engagée dans la leçon 2, p sur l unité politique on pourra montrer qu entre le fédéralisme allemand et la centralisation française, il existe d autres types d organisations politiques qui s efforcent de prendre en compte les spécificités de leurs territoires. Le second point à aborder est l épineuse définition de la nation. Si l Espagne se définit comme une «nation», les Catalans par la voix de leur parlement autonome, se revendiquent comme une «nation» différente dont on a déjà reconnu la langue (co-officielle avec le castillan). Les élèves doivent donc mesurer la difficulté de ce débat et l importance des enjeux : la reconnaissance nationale peut déboucher sur des visées séparatistes. Un nouveau statut élargissant son autonomie a été adopté par environ 75 % de Oui au référendum organisé le 18 juin 2006 en Catalogne. La définition de l identité de la Catalogne comme nation est inscrite notamment dans le préambule du statut. L usage du catalan devient un droit et un devoir. La communauté pourra récupérer 50 % des impôts, etc. Dénoncé par le Parti populaire comme le démenbrement de l État, le statut est aussi rejeté par les indépendantistes insatisfaits. Pour le Président du gouvernement espagnol, c est un compromis qui devrait servir d exemple. Doc. 4 : Barcelone est le second port marchand après Algésiras. L intégration de Barcelone dans les réseaux de transports terrestres espagnols et européens lui permet de jouer le rôle de plateforme logistique. Barcelone est aussi le premier port espagnol pour les croisières. Doc. 5 : L article montre les trois secteurs d activités catalans, en appui du doc. 2. La région est particulièrement attractive pour les entreprises étrangères. Doc. 6 : La carte situe les performances catalane au niveau national et européen. Doc. 7 : Les retombées des JO sont analysées dans le doc. 5. Le document montre qu ils furent aussi une façon d exprimer le sentiment national catalan : on voit, comme s il s agissait de deux pays différents, les autocollants «catalans» et «castillans», et aucun autocollant «mixte». Les couleurs catalanes aux origines médiévales furent interdites par le régime franquiste et ne purent être utilisées ouvertement à nouveau qu à partir de On notera également la présence d un autre élément de fierté nationale catalane : le club de football de Barcelone (le FCB ou Barça). 1. Les «communautés autonomes» sont le nom que les Espagnols donnent aux Régions : il y en a 17 plus deux villes autonomes (Ceuta et Melilla). Certaines d entre elles ont une autonomie plus large par rapport au pouvoir central. Ainsi la Catalogne dispose de ses propres forces de polices et le catalan est langue co-officielle avec le castillan. 2. La Catalogne est la région la plus riche d Espagne et la deuxième en nombre d habitants. Sa richesse par habitant la situe très nettement au-dessus de la moyenne européenne. La Catalogne est un moteur dans le domaine culturel, dans le domaine industriel (dans de nombreux secteurs, la production catalane constitue une part essentielle de la production nationale : par exemple l électronique grand public), dans le tourisme (balnéaire notamment) et enfin grâce à l intégration de la région dans les réseaux de transports terrestres et maritimes. 3. Les retombées économiques des JO ont pu conforter l avance économique catalane mais surtout l organisation d un événement médiatique de cette ampleur a permis à la Communauté autonome de disposer d une tribune pour s affirmer comme nation. 4. La puissance catalane est un atout pour l Espagne : elle joue un rôle important dans son dynamisme économique (industriel et touristique surtout). Elle participe à la promotion du pays à l échelle nationale (rayonnement culturel) et fonctionne comme une interface maritime et terrestre entre l Espagne et l UE ou le Bassin méditerranéen. Cependant, la Catalogne se revendique comme nation au sein de l ensemble espagnol et a obtenu une très large autonomie. Si le catalan est reconnu comme langue co-officielle, ce n est pas le cas de toutes les langues parlées en Espagne ce qui peut ouvrir la voix à des tensions entre communautés voire à terme menacer l unité espagnole. Or le départ de la Catalogne affaiblirait considérablement le reste du pays. 2. Les revers d un développement accéléré, p Doc. 8 : La photographie montre l étendue de la capitale catalane. On peut relier ce document au doc. 1 p. 240 qui permet une description assez fine du réseau urbain catalan. La puissance incontestable de Barcelone au plan national et régional doit être nuancée à l échelle euro- 130
131 péenne : la taille de la ville (carte-clé 2 p. 223 ou doc. 1 p. 228) ou son poids face à Madrid (doc. 4 p. 233). Deux activités importantes sont visibles au premier plan le port (on peut voir nettement le terminal pour les croisières) et les activités balnéaires. On peut identifier facilement la ville ancienne et son bâti plus dense (noter la trouée faite par Las Ramblas séparant le Barrio Gotic du Barrio Xinès ou Barrio Chino), à sa droite le parc de la Ciutadella, haut lieux du tourisme. La Ciutat Vella est entourée de bâtiments ordonnés selon un plan régulier de la fin du XIX e, époque de croissance importante et de développement pour la cité (la «Renaixença»). Doc. 9 : Alfredo Ruiz, dans son ouvrage Guapos y pobres, Beaux et pauvres, fait le portrait des Espagnols de sa génération (les ans) qui sont éduqués, ont un emploi, sont jeunes mais se retrouvent déclassés socialement et donc s éloignent considérablement des modèles Yuppies ou Dinkies des Anglo-saxons. L un des facteurs montrant cette difficulté d intégration est l impossibilité de trouver un appartement à louer dans les quartiers aisés. La hausse des prix de l immobilier dans des centresville attractifs et sur-côtés les marginalisent. On peut donc ici faire le parallèle avec Londres évoquée dans la leçon 3, p en précisant que l exclusion des espaces centraux ne concerne pas les seules couches populaires. L auteur montre également que la physionomie de la ville par son succès économique est en train de changer rendant perceptible le «global village» qui cohabite pour l instant dans le centre-ville populaire du port, le Barrio Chino notamment. Doc. 10 : Ce texte émanant d une source officielle évoque certaines des difficultés de la Catalogne : impacts environnementaux, congestion du trafic routier. L Objectif 2 est un programme d aide de l UE qui concerne les espaces en difficulté de régions qui par ailleurs ne le sont pas. En agissant à une échelle infrarégionale, le programme s efforce de redynamiser des territoires marqués par le chômage du fait de crise des activités agricoles, industrielles. Pour mémoire, l Objectif 1 est un programme qui ne concerne que les régions qui sont dans leur globalité en retard économiquement. Dans le cas de la Catalogne, il s agit principalement des activités agricoles qui ne fournissent que 1,4 % du PIB régional selon le doc. 5 p Il y a donc une opposition entre un littoral urbain, industrialisé, densément peuplé et dynamique et un arrière-pays plus rural, davantage tourné vers l agriculture, qui est en nette difficulté. Les élèves doivent ainsi aborder l idée d une Catalogne à deux vitesses. Doc. 11 : Cette carte illustre l idée principale du doc. 10. Il y a un fort contraste dans l évolution de la population qui privilégie le littoral et la frontière française (retombée du tourisme). Les noms figurant en italique sont ceux des quatre provinces qui constituent la Catalogne et non ceux des villes. On notera l exceptionnelle croissance de la ville de Tarragone (4,6 %) (phénomène de métropolisation) même si la province de Tarragone perd dans sa partie occidentale des habitants. Inversement si la province de Barcelone gagne des habitants, la ville elle-même voit sa population diminuer (entre 0 et 6 %) sur la période, baisse compensée par la forte croissance de la périphérie. Doc. 12, 13 et 14 : Ces documents étudient le problème de l eau en Catalogne. À l aide de la leçon 1, p on peut faire les rappels climatiques qui s imposent afin de présenter le milieu méditerranéen. L aridité estivale qui coïncide avec un pic de fréquentation entraîne une situation de stress hydrique pour la capitale catalane (article de L Express) qui doit partager les ressources en eau réduites avec les autres stations balnéaires vivant une même situation de pénurie. Cette fréquentation estivale peut s expliquer par l attractivité du tourisme balnéaire que l on pourra sommairement présenter à l aide du doc. 15. Les 13 millions de touristes étrangers sont à comparer au 6,7 millions d habitants de la Communauté ce qui donne la mesure de la fréquentation des sites. L eau du principal cours d eau alimentant Barcelone doit d ailleurs être particulièrement traitée du fait de risques spécifiques de pollution. Face à la situation de pénurie des aménagement sont envisagés : transvasement de l eau venant de France mais un tel projet, à l heure actuelle, est contesté et le doc. 14 envisage des solutions alternatives. On remarquera que le doc. 11 corrobore l estimation d une réduction de la croissance urbaine de Barcelone centre contrairement aux estimations de 1992 post-jo. 1. On remarque l affirmation d une Catalogne à deux vitesses : une Catalogne, dynamisée par Barcelone, côtière, urbaine, industrielle et dynamique, traversée par des flux importants, ouverte sur l Europe, l espace méditerranéen et l espace national et un arrière-pays catalan, moins peuplé, à l agriculture peu rentable et à la fréquentation touristique plus modeste. Cette inégalité se renforce car l attractivité des zones côtières polarise les flux humains et économiques : cela se traduit par une forte croissance démographique des espaces dynamiques. À grande échelle, on notera que les espaces les plus attractifs (centre-ville de Barcelone) deviennent progressivement des lieux de ségrégation sociale : les catégories les moins aisées ayant des difficultés à se loger. Le centre-ville perd ainsi des habitants au profit des espaces périphériques. 2. Le développement touristique est massif : il y a eu en 2004 deux fois plus de touristes étrangers (situation géographique favorable à l échelle européenne) que d habitants. Or ce tourisme se concentre principalement soit dans les grandes villes (tourisme culturel, attractivité de Barcelone) soit sur les côtes (tourisme balnéaire) aux périodes d aridité estivale. Il y a donc un double risque de saturation (des espaces, des axes de transports, ce qui, à terme, a un effet répulsif sur le touriste lassé de la foule) et de pénurie d eau (d autant qu il n est pas envisageable, sous peine de voir la fréquentation diminuer, de réduire les quantités d eau accessibles aux touristes). Enfin la présence de touristes au très haut niveau de vie Thème 3 Les territoires européens 131
132 à Barcelone peut avoir un effet inflationniste évident, préjudiciable à la population locale. 3. Les conséquences environnementales sont donc la pollution et la pénurie d eau. Deux solutions peuvent être envisagées pour ce dernier point : soit augmenter les quantités d eau disponibles en apportant de l eau extérieure (de France ou en la retirant moyennant dédommagement substantiel aux agricultures de l arrière-pays, ce qui peut avoir des conséquences sociales négatives, conséquences non envisagées dans le document), soit en utilisant plus économiquement les ressources d eau (meilleures techniques d irrigation, recyclage), soit en réduisant la demande d eau (rééquilibrage de la distribution touristique pour éviter la saturation). Le doc. 14 nuance d ailleurs la possibilité de stress hydrique en soulignant que la croissance urbaine (et donc la demande) est moins forte que prévue et que les problèmes ne se posent vraiment que pendant la sécheresse estivale. Plus généralement, les atteintes à l environnement sont de mieux en mieux prises en compte par la Communauté qui développe un arsenal législatif pour les réduire. Ainsi une loi récente a-t-elle été votée pour réduire la «pollution lumineuse» la nuit en Catalogne. 4. Le développement catalan accéléré a des conséquences positives : il dynamise les espaces côtiers (touristiques) et la ville de Barcelone, métropole de rang régional. Il favorise une croissance démographique forte de la partie orientale de la région. Cependant un tel développement creuse les inégalités à l échelle régionale (entre l Est et l Ouest) et locale (problème des centres-ville). Il pose un problème de stress hydrique (qui d ailleurs peut être atténué par des aménagements appropriés), d atteintes à l environnement et de saturation de certains sites ou axes. Il est donc essentiel de réfléchir à une meilleure répartition de cette fréquentation (par exemple en développant d autres espaces touristiques dans l arrière-pays). 3. Une région dynamique pour l Europe?, p Doc. 16 : Le dossier accorde une large part aux documents publicitaires qui sont un moyen d étudier l image que la Région souhaite donner d elle-même à ses partenaires : une image d interface combinant les atouts supposés de l Europe du Nord et du Sud. On remarquera les couleurs de la Généralité, l usage du catalan, l absence des couleurs espagnoles et l appellation de «pays» que la catalogne se donne. Ce document émanant de la Région invite à se poser la question de l autonomie : la Catalogne utilise l UE pour se définir comme si elle était un État indépendant. On peut relier cela à la leçon 2, p sur le morcellement et l unité de l UE. Si les différences entre États semblent s estomper à l intérieur de l UE, on voit se réaffirmer des particularismes régionaux forts bénéficiant justement de cet affaiblissement relatif de l État central. Doc. 18 : Cet article du Courrier international, montre que la reconnaissance au niveau européen du catalan comme «langue d usage officiel» est vu par les Catalans comme une étape vers la reconnaissance de leur langue comme langue officielle. Actuellement l UE ne reconnaît qu une seule langue officielle par État (il y en a 21 pour 25 membres). En ce qui concerne l Espagne, c est le Castillan. Par contre, l UE s efforce de développer des projets en langue régionale (charte européenne des langues régionales et minoritaires) et à ce titre reconnaît l usage du catalan pour certains projets. Dans le cadre actuel obtenir la reconnaissance du catalan comme langue officielle (en s appuyant sur le fait qu il est reconnu comme tel par l Espagne) cela reviendrait à être reconnu comme nation par l UE. Doc. 17 et 19 : À niveau de l UE, la Catalogne, pour conforter sa position, développe l intégration à l échelle régionale : constitution d un Arc méditerranéen (dont l article du Monde laisse deviner les insuffisances : il s agit davantage d un projet d auto-promotion politique plus que d un projet économique viable à court terme) ; à l échelle pyrénéenne, une association entre Régions frontalières confrontée aux mêmes difficultés (communauté de travail des Pyrénées : voir le doc. 3 p. 228) permettant de développer le potentiel montagnard, de faciliter la traversée du massif (pour délester les itinéraires côtiers). Doc. 20 et 21 : Ces documents s intéressent à un nouveau type d association les «Quatre moteurs». Il s agit de partenariat de régions qui disposent dans leur pays respectif de situation économique «en pointe» comparables (d où l expression de «moteurs»). Cette association a pour but de favoriser les échanges et la promotion réciproque. On remarquera qu il s agit d intégrer dans un ensemble des Régions qui ne sont pas voisines, ce qui est une logique différente des autres partenariats régionaux. Le doc. 20 montre l effort de promotion commune et le doc. 21 souligne le rôle essentiel de la densification du maillage des transports pour faciliter la circulation des hommes et de marchandises. Il s agit de développer les relations transversales et de raccorder la Catalogne à la mégalopole européenne, à l axe Europe du Nord Paris-Lyon qui est essentiel dans l économie française, de développer la liaison avec Toulouse (délestage de l axe côtier même si la liaison avec Toulouse ne peut remplir les mêmes fonctions) et développement du train à grande vitesse (AVE) depuis Madrid (en cours de réalisation). Le principe est de rapprocher la Catalogne des centres vitaux européens et de renforcer sa position d interface entre l Espagne et l Europe. 1. Les arguments utilisés visent à faire de la Catalogne (définie comme un pays!) une synthèse entre deux types d États: les États de l Europe du Nord (arbitrairement définis comme les plus riches, ceux de l activités «économiques) et de fait, la Catalogne fait jeu égal avec des régions riches de l UE, et les États de l Europe du Sud, arbitrairement définis comme ceux de la qualité de vie 132
133 (fortes aménités, culture et tourisme), potentiel dont dispose réellement la Catalogne. Il s agit donc d un jeu à partir de clichés très discutables. Ce type de communication reprend en fait les stéréotypes des Européens du Nord auxquels elle est destinée (la publicité est écrite en français). 2. La Catalogne se présente comme une synthèse entre deux types d Europe. Elle multiplie les stratégies d intégration régionales à trois niveaux. En tant que «Région du Sud», elle cherche à s associer à des régions similaires (doc. 17). Mais on peut s interroger sur la réalité des ambitions économiques de ce projet : ne s agit-il pas plutôt d asseoir une suprématie sur un Arc méditerranéen qui permettrait de conforter sa puissance? Elle développe les partenariats frontaliers (doc. 19) et s associe à des Régions du Nord plus riches (doc. 21). À l échelle européenne, elle s efforce d attirer investisseurs et touristes (doc. 16). Elle ambitionne de jouer à l échelle européenne le rôle d un véritable État dont elle réclame les prérogatives (doc. 18). 3. La Catalogne est en position périphérique en Europe, il lui faut donc se rapprocher des partenaires économiques importants et des foyers émetteurs de touristes qui constituent un apport économique essentiel. De plus elle s efforce de valoriser sa position d interface entre le reste de l Espagne (y compris interface maritime) et le reste de l Europe et du bassin méditerranéen. Les espaces européens sont l Europe du Nord, la région parisienne et la mégalopole européenne. 4. La Catalogne se tourne vers l Europe qui est un moyen de renforcer sa puissance. Elle espère voir la reconnaissance de ses spécificités de mieux en mieux reconnue par l Union européenne. Cette stratégie passe par un développement des infrastructures de transports et des stratégies d intégrations régionales qui toutes n ont pas les mêmes objectifs : s affirmer comme périphérie dynamique (Arc méditerranéen), favoriser la coopération frontalière locale ou s associer pour former un «club» de régions européennes riches et puissantes. Dans tous les cas la Catalogne développe une politique de communication efficace. BIBLIOGRAPHIE «Barcelone, un printemps en Catalogne», Géo, n 326, avril 2006 SITES INTERNET Le portail de l Union européenne offre de nombreuses ressources dont la charte des langues régionales ou minoritaires : Site officiel de la généralité de Catalogne : Site de l Institut cartographique de Catalogne : Site de l Institut catalan de statistiques : Site de l Institut national espagnol de statistiques : Le Rhin supérieur, «laboratoire» de l Europe? p Démarche du sujet d étude La région transfrontalière choisie est la région du Rhin Supérieur. L importance de l intégration territoriale en fait l une des régions les plus en avance sur ce point : c est une sorte de «laboratoire» expérimental des relations transfrontalières. Il s agit donc de voir comment s est construit une EuroRégion dans un espace aussi disputé au cours de l histoire ; comment se met en place la gestion transfrontalière d un couloir majeur de circulation en Europe ; les difficultés de construire une nouvelle identité régionale. Approfondissement ou étude de cas? Quelques pistes pour organiser l articulation du sujet d étude avec les leçons. Le sujet est proposé en approfondissement des leçons 1, 2, 3. Comment se construit une EuroRégion? Quels sont les acteurs de l aménagement transfrontalier? Quelles sont les réussites et les limites de la construction transfrontalière? En étude de cas, le sujet peut permettre d annoncer les principales problématiques : Le Rhin Supérieur montre des efforts pour dépasser les frontières et construire une nouvelle identité : Comment définir l Europe? Les frontières européennes sont-elles en train de disparaître? (leçon 1, p ; leçon 2, p ). La région pose les problèmes d aménagement d un couloir majeur de circulation en Europe : Quels sont les principales disparités régionales, les principaux acteurs spatiaux de l aménagement en Europe? (leçon 3, p ; leçon 4, p ). L État, la Région Alsace sont engagés dans l expérience transfrontalière : Quelle est la place de la France au sein du territoire européen? (leçon 5, p ). 1. De régions frontières à l EuroRégion, p Doc. 1 et 2 : Ces cartes à différentes échelles permettant de localiser l EuroRégion considérée (doc. 2) et d en préciser les grands ensembles : le Rhin et la plaine du Rhin joue un rôle essentiel pour donner une unité physique forte à cette EuroRégion. Les axes de communication orientés Nord-Sud (mégalopole européenne) et la densité des villes importantes le long du Rhin sont à remarquer, ainsi que la position de carrefour de l ensemble. Doc. 3 : Ce texte précise la carte 1 (présence des flux ). Il apporte comme complément d information quelques données statistiques notamment la très forte densité humaine qui lui confère une grande unité. Doc. 4, 5 et 7 : Ces documents montrent la construction effective des partenariats : le processus, initié précocement (à Bâle) s étend sur une période de quarante années Thème 3 Les territoires européens 133
134 en s étoffant progressivement. Le but est d associer autour de projets communs les régions voisines, rappelons que l EuroRégion n est pas administrativement dotée d institutions propres. Le doc. 5 souligne la multiplicité des partenariats. Tout d abord, deux programmes Interreg IIIA qui ont pour but de développer les dynamismes locaux (emplois ) : PAMINA dont le nom, inspiré de celui de l héroïne de la Flûte enchantée de Mozart, renvoie aux trois composantes principales de l espace géographique franco-allemand concerné : Palatinat du Sud, Mittlerer Oberrhein, Nord de l Alsace» ( et le programme «Rhin Supérieur Centre-Sud qui s étend du Nord-Ouest de la Suisse à l Alsace et jusqu au Sud de Bade» (ttp:// S ajoute une EuroRégion : «la RegioTriRhena est un espace économique et culturel trinational réunissant la Suisse du Nord-Ouest, le Sud Bade et le Sud de l Alsace» ( Ce rapprochement n abolit d ailleurs pas les spécificités nationales (voir les couleurs du document publicitaire 4). Le doc. 6 montre l histoire tourmentée de la région. Le Rhin a longtemps été vu comme une frontière coupure (au moins dans le discours politique). La fortification de cet espace (voir la ligne Maginot, doc. 5 p. 124) est d ailleurs caractéristique. On peut relier ceci avec la leçon sur la mobilité des frontières européennes. 1. L EuroRégion s appuie sur des caractéristiques communes qui en font l unité : un axe fluvial doublé de voie terrestre qui sert de voie de communication, une occupation humaine dense, des villes importantes, une histoire et un patrimoine culturel (et linguistique qui n est pas évoqué par les documents mais qu il faut garder à l esprit) commun. Enfin elle a une situation de carrefour entre la France, l Allemagne, l Europe du Nord et l Europe du Sud. 2. La région est aux frontières du royaume de France, c est de plus une région riche qui excite les convoitises : la France qui défend l idée de «frontières naturelles» (en l occurrence le Rhin) s empare au XVII e siècle de ces territoires alors qu ils étaient terres d empire. Au-delà de leur réel intérêt stratégique, le fait d être ainsi disputés en fait des symboles forts des patriotismes français et allemands. L Alsace Moselle est largement utilisée par la propagande de la République française et du Reich pour exciter les ardeurs nationalistes. De fait, elle change de mains plusieurs fois au cours des XIX e et XX e siècles. À cet espace déchiré, on peut opposer le calme du Sud de la région couvert par la neutralité suisse. 3. Les principaux acteurs sont les Régions qui souhaitent des rapprochements transfrontaliers ; les États qui signent des accords intergouvernementaux qui les favorisent notamment avec la réconciliation franco-allemande ; l UE qui les appuie par le développement de programmes spécifiques (Interreg), les associations et les citoyens dont les initiatives sont encouragées et même les villes (agglomération trinationale de Bâle par exemple). Cependant la multiplicité des partenariats rend souvent ce type d intégration complexe, les prérogatives se chevauchent et le citoyen en reste souvent mal informé malgré les efforts faits en ce sens. De plus, les échanges sont peu facilités par le fait que les EuroRégions sont des associations de régions aux compétences très limitées et non des «super régions» aux pouvoirs étendus. 4. L espace étudié est d abord marqué par une grande unité culturelle et humaine. Son rôle de carrefour renforce son unité et la perception de sa propre identité. L histoire commune est extrêmement troublée, la région ayant été l enjeu de sanglants conflits franco-allemands. Cependant on remarque la qualité la précocité et l intensité de l intégration transfrontalière. Dans la perspective d une réconciliation franco-allemande et peut-être favorisée par les souffrances subies en commun, les régions se sont rapprochées, en lien avec les régions suisses dès les années Les partenariats se sont multipliés depuis, servis par une politique de communication efficace et favorisé par une multiplicité d acteurs agissant à différentes échelles. 2. Un euro-corridor, p Doc. 8 : La carte de l Europe occidentale qui peut être complétée par la lecture de la carte-clé 2 p. 233 montre la situation de l EuroRégion au cœur de la mégalopole européenne. On peut facilement voir la position de corridor entre le Nord et le Sud mais aussi de carrefour (plus modeste il est vrai) vers la France (par Bâle et Lyon) ou Zurich. Cette carte, liée avec le doc. 11 qui est une analyse géographique, montre le rôle central de la région à petite échelle puisqu elle est un corridor pour le trafic fluvial stimulé par la conteneurisation (port de l Europe du Nord) même si l industrie lourde en difficulté a vu sa part décroître dans les échanges. L importance du trafic fluvial est d ailleurs corroboré par le doc. 9 où l on peut voir l importance d un réseau de ports fluvial équilibré. Doc. 10 : Ce texte montre que le partenariat pour l utilisation du Rhin a des racines fort ancienne (ce qui éclaire la précocité du rapprochement autour de ce thème) et qui a dépassé les antagonismes nationalistes dès la fin des guerres napoléoniennes (1815). Doc. 12, 13 et 14 : Ces documents étudient les efforts d aménagements et de protection d environnement réalisé le long du fleuve. Pour limiter les risques de crues et augmenter le trafic, l homme a endigué le fleuve dont il a rectifié le cours. Le milieu naturel (et notamment les zones humides particulièrement fragiles) a été profondément altéré. Des centrales hydroélectriques ont été construites. Dans le cadre des échanges frontaliers, les régions riveraines essayent de limiter les destructions paysagères : reboisement des terrains jadis stérilisés par les frontières et reconstitution des zones humides. Sur la photographie 14, on peut ainsi identifier à la fois les 134
135 installations pétrolières, les voies de communication terrestres mais également la présence d un couvert forestier entretenu aux fonctions écologique et paysagère en périphérie urbaine et même aux abords immédiats du terminal pétrolier. 1. La région est au cœur de la mégalopole européenne. C est un corridor Nord-Sud (transport fluvial, routier, ferroviaire) et un carrefour (plus modeste, le projet de liaison Rhin-Rhône a été abandonné) vers la France et l Espagne (transport routier) ou vers Zurich. Il s intègre au grand commerce international vers Rotterdam, grâce à la conteneurisation. 2. Les activités sont d abord le transport fluvial, activité la plus importante et la plus ancienne. Il s agit d un trafic croissant même si sa nature a évolué (conteneurisation et diminution du transport pétrolier et d acier). La présence de cette voie de communication stimule les activités commerciales et industrielles à l exportation tandis que la présence d un marché de consommateurs au haut niveau de vie stimule les importations. Le doc. 12 montre également l importance de l hydroélectricité. 3. La volonté d augmenter le trafic et de réduire le risque ont conduit à un endiguement du fleuve et à une domestication de son tracé, ce qui a eu pour effet de détruire les écosystèmes et d accélérer le débit (et donc l érosion). Le partenariat entre régions riveraines permet de prendre en compte des difficultés communes et de mettre en commun les ressources : par exemple les terrains jadis gelés par la frontière (secteur du pont de l Europe) sont reboisés. 4. Le Rhin est une artère vitale car elle ouvre la région sur l Europe entière et au-delà (via le commerce maritime) vers le monde. C est donc un élément fort de dynamisme qui stimule le territoire et oriente son organisation. La volonté commune d exploiter le Rhin est très ancienne et a survécu aux antagonismes nationaux : on peut donc dire que le Rhin est un élément d unité politique. Cette région joue un rôle important dans l économie européenne car elle permet la communication entre le Nord et le Sud et relie la mégalopole européenne au reste du monde. 3. De la communauté d intérêt à un espace de vie, p Doc. 15 et 16 : Les documents insistent sur la possibilité de créer une culture commune notamment en s appuyant sur des références historiques ou sur l utilisation de langues voisines. L affiche du manuel du Rhin Supérieur témoigne de cet effort puisqu il s efforce de faire le tour des parentés culturelles pour favoriser la prise de conscience chez les jeunes enfants d une identité commune. La difficulté est que ce document ne s intègre que ponctuellement dans les pratiques scolaires (en France le programme étant par exemple fixé au niveau national ne prend guère en compte les particularismes régionaux contrairement aux programmes allemands) et suppose le bilinguisme, qui s il est répandu localement reste limité (en France notamment où la pratique de l allemand hors région frontalière est faible). Ces problèmes sont d ailleurs évoqués par le texte 21 qui nuance les réussites de l intégration territoriale et montre les inégalités apparues dans le nouvel ensemble. Le site DeuFraMat.de est un site pédagogique francoallemand. Doc. 17, 18 et 20 : Ces documents étudient la réalité des migrations transfrontalières et de la mobilité. Celles-ci sont favorisées par le développement d infrastructures de communication (RER transfrontalier) qui permettent une mobilité pendulaire. Les travailleurs transfrontaliers restent en nombre limité et les flux sont polarisés par la différence de niveau de vie : de la France vers l Allemagne ou la Suisse (attractivité des salaires) ce qui peut déséquilibrer le marché de l emploi. Les migrations définitives se font dans le sens inverse (immobilier moins cher). L intégration facilitée par le traité de Maastricht, d après un journaliste local (doc. 18), se fait par les réseaux de sociabilité communs de part et d autres de la frontière (paroisse luthérienne). Doc. 19 : Biovalley est un «biocluster» initié par les grandes firmes baloises : pôle de compétitivité tourné vers le développement des biotechnologies dans la légende on peut voir les industries, les établissement de formations et de recherche et les secteurs hospitaliers. Ce pôle bénéficie des programmes Interreg II et III. Il a pour objectif de favoriser les échanges dans la recherche et la mise en œuvre de ses applications. Il concerne aujourd hui personnes réparties dans trois pays. 1. Leur objectif est de favoriser la connaissance des racines culturelles communes (manuel linguistique, musées) afin de forger une identité culturelle. Si les jeunes enfants sont concernés au premier chef, les programmes s adressent à un public très large. 2. Bâle est une agglomération trinationale. Elle développe des équipements pour accélérer la mobilité entre les trois États. De nombreuses entreprises ou administrations participant à Biovalley s y trouvent, ce qui montre l intensité de la coopération. Et enfin, le haut niveau de salaires pratiqué la rend particulièrement attractive pour des travailleurs frontaliers allemands ou français. 3. Les échanges concernent la recherche en biotechnologie mais aussi les flux migratoires : frontaliers mais aussi migrants définitifs qui souvent viennent s installer dans les zones où l immobilier est meilleur marché. 4. On peut remarquer que les échanges culturels sont limités : pratique de la langue allemande inégalement répandue, migrations peu nombreuses et déséquilibrée et surtout blocage politique qui montrent que les rivalités n ont pas disparu, parfois accentuées par les écarts de richesses entre régions. Thème 3 Les territoires européens 135
136 5. On peut voir dans la région s accélérer un processus d intégration régionale soutenue par un grand nombre d acteurs. Il y a d abord la volonté de créer de vrais échanges culturels fondés sur la reconnaissance d une culture commune, des partenariats dans la recherche et la mobilité transfrontalière (favorisée par le développement des infrastructures de transport). Cependant l obstacle linguistique est réel, la mobilité est assez limitée et surtout inégale et le rapprochement n a pas fait disparaître les antagonismes. On peut même craindre que l écart de richesse entre les espaces allemand ou suisse d une part et français de l autre ne soit à l origine d une prise de contrôle des territoires les moins développés. BIBLIOGRAPHIE Beaupré, N., «Le Rhin, une géohistoire», La Document photographique, n 8044, La Documentation française, 2005 SITES INTERNET Présentation du «cluster» de Biovalley : Site de la Mission opérationnelle transfrontalière (créée par la DATAR en 1997), avec des ressources sur les espaces transfrontaliers, notamment Bâle. : Site du CRDP de Strasbourg avec la possibilité de consulter le manuel du Rhin Supérieur en ligne : Site de ressources pédagogiques franco-allemandes : Les pages Méthode du thème Réponses aux questions, p. 252 Ce type de document est d un abord souvent malaisé pour les élèves : la difficulté consiste à «faire parler» le tableau (repérer et comparer les données importantes) après l avoir soigneusement identifié. Le sujet porte sur les différences économiques existant entre les États de l UE. On peut aborder cet exercice en complément de la leçon 4, p , qu il prolonge. Identifier le document Il s agit d un tableau centré sur l UE à 25 à laquelle s ajoutent les pays dont l entrée est prévue en en 2007 (Bulgarie et Roumanie). Les sources sont les statistiques officielles de l UE. Ce sont donc des données fiables. Le tableau met en parallèle un indicateur social (le taux du chômage de longue durée défini par l INSEE comme supérieur à un an) et un indicateur économique la croissance du PIB. La question posée est évidemment le lien éventuel entre les deux. Le chômage représente l ensemble des personnes en âge de travailler (15-74 ans), privées d emploi et en recherchant un (définition INSEE). Le taux de chômage représente donc la proportion de la population active se trouvant au chômage exprimée en %. Le PIB, défini par l INSEE, est égal à la somme des valeurs ajoutées brutes des différents secteurs institutionnels ou des différentes branches d activité, augmentée des impôts moins les subventions sur les produits (lesquels ne sont pas affectés aux secteurs et aux branches d activité). Analyser et exploiter le document Il s agit de taux, donc de valeurs relatives : on ne compare pas effectivement le nombre de chômeurs (valeur absolue) mais la proportion par rapport à une population active dont on ignore l effectif (valeur relative). Taux de chômage longue durée : maximum : 11,8 % (Slovaquie) ; minimum : 1 % (Royaume-Uni). Croissance du PIB : maximum : 8,5 % (Lettonie) ; minimum : 0,1 % (Malte). La moyenne de l UE sert de référence. On peut identifier les États au-dessus et au-dessous de la moyenne européenne pour les deux valeurs. Les taux de chômage les plus élevés concernent le plus souvent les nouveaux pays ou ceux qui ne sont pas dans l UE, plus l Allemagne et la Grèce. Le taux de croissance les plus élevés sont également dans les nouveaux pays ou ceux qui ne sont pas dans l UE. Les grandes puissances (Allemagne, France et Italie) ont en général un taux de chômage moyen ou fort et une croissance inférieure à la moyenne de l UE. Le Royaume-Uni est dans une situation différente : son taux de chômage est très faible et sa croissance forte. Réponses aux questions, p. 253 Ce document aborde une question centrale puisqu il s intéresse à la difficulté de donner des limites à l espace européen. Yves Lacoste, s appuyant sur le constat d une Europe d abord définie par la culture de ses habitants, en propose une vision élargie. On peut utiliser ce texte en appui de la leçon 1, p Identifier le document Il s agit d un article d analyse géographique et géopolitique dont le titre «Dans l avenir, une très grande Europe de l Atlantique au Pacifique?», extrait du n 118 de la revue Hérodote, paru en L auteur est Yves Lacoste, fondateur de la revue. Le nom de cette revue de géopolitique est celui du Grec Hérodote (v. 484-v. 425 av. notre ère), surnommé le «père de l histoire» et premier historien au sens moderne du mot. 136
137 Le thème du texte est la limite orientale de l Europe. Le titre en forme d interrogation montre bien que cette limite orientale mouvante est encore objet de débat. Analyser et exploiter le document L auteur s intéresse aux limites physiques de l Europe. Il remarque que les géographes ont essayé de borner par des frontières naturelles l espace européen : par exemple l Oural a été fixé par les Russes eux-mêmes comme frontière naturelle. Cependant l auteur remarque aussi que ce massif n a jamais été une véritable frontière. Les grandes chaînes de montagne qui pourraient servir de limite : le «Caucase, [ ] une très grande montagne [ ] dépassant mètres» et «aux grandes chaînes de montagnes [ ] du Kamtchatka sur le Pacifique». L Europe ne peut être délimitée comme les autres continents : «[ ] à la différence de l Afrique et de l Amérique qui sont des continents complètement entourés de mers ou d océans, l Europe [ ] se rattache sur l un des côtés (5 000 km) à l Asie (44 millions de km 2 )». La définition de l Europe est géopolitique : «[ ] le peuplement de la Sibérie [ ] est depuis longtemps européen pour l essentiel et cela justifierait que sur les cartes du monde l on représente une très grande Europe, s étendant de l Atlantique au Pacifique». Selon lui, l Europe se définissant par la culture de ses habitants, on pourrait considérer la Sibérie, peuplée d habitants européens, comme européenne et donc définir l Europe comme allant de l Atlantique jusqu à l extrémité orientale de la Sibérie, c est-à-dire le Pacifique. Les pages Horizon Bac du thème Questions à traiter, p. 255 Les trois question posées reprennent des éléments importants du programme : l aménagement est une notion à traiter dans la partie sur les territoires européens, la mégalopole est une définition vue dans le programme de seconde et qui permet efficacement de présenter les caractéristiques de l espace européen. Enfin la troisième question plus large permet de faire réfléchir l élève sur un sujet synthétisant les évolutions actuelles de l organisation des espaces européens. Qu appelle-t-on l aménagement? Cerner la question : L attention de l élève doit être attirée par la possible utilisation multiscalaire de la notion (par exemple sur les réseaux de transports). C est un terme largement utilisé (économie.) et qui suppose une action volontaire d une société pour organiser son territoire. Mobiliser ses connaissances : La leçon 3, p permet d aborder à la fois la multiplicité des acteurs, l analyse multiscalaire et des exemples d aménagements (actions d urbanisme). Tous les sujets d étude approchent également la notion. Rédiger : Les sociétés humaines transforment leur territoire pour mieux l organiser à plusieurs échelles : c est ce que l on appelle l aménagement. Les acteurs d aménagements sont nombreux et leurs intérêts sont parfois contradictoires. Par exemple, la création d un aéroport peut dynamiser une ville en la reliant aux autres pôles importants, mais cette décision peut avoir un impact négatif sur l environnement. Qu est une mégalopole? Cerner la question : Le mot est composé de deux racines grecques «megas» qui signifie «grand» et «polis» qui signifie «ville». Il n existe pas de seuil numérique, mais la mégalopole est composée de plusieurs très grandes villes. Elle désigne au départ la «Megalopolis» de la côte Est des États-Unis (terme forgé par le géographe J. Gottman en 1961). Mobiliser ses connaissances : L utilisation de la notion est à relier à la mégalopole européenne et aux problèmes de connexion avec elle qui se posent dans l organisation des réseaux de transports. Rédiger : Une mégalopole est un ensemble d agglomérations fortement reliées par tous les réseaux et exerçant un fort pouvoir de commandement. Elle compte plusieurs dizaines de millions d habitants. Elle se distingue de la mégapole qui est une agglomération (au moins 8 millions d hab.) isolée. Par exemple Paris est une mégapole, mais la mégalopole européenne est une mégalopole. On trouve des mégalopoles sur la côte Est des États-Unis et au Japon. L Europe tend-elle à s unifier ou à se fragmenter? Cerner la question : Rien n étant précisé, il importe de prendre la notion dans son sens le plus large : il s agit de l espace géographique «Europe». Si l économie est importante (la hausse générale du niveau de vie est un élément d unité), il faut remarquer que l unification pose également un problème politique. Il existe des tensions fortes entre États (Chypre et la Turquie par exemple), mais également des oppositions de certains États à une intégration territoriale poussée (refus des accords de Schengen). Au sein des États, on peut évoquer les tensions séparatistes. Mobiliser ses connaissances : La question de l Europe non réduite à l UE peut être abordée grâce à la leçon 1, p Les dynamiques d intégration initiées par l UE montrent les éléments d unité mais également les tensions entre États. Le sujet d étude La Catalogne, moteur de l Espagne et de l Europe, p souligne les risques séparatistes pour les États européens. Rédiger : Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l Europe de l Ouest est dans une dynamique d intégration territoriale. L unité est politique à l intérieur de l UE notamment, mais les niveaux de vie des États membres ont tendance à s aligner aussi. La disparition du bloc de l Est (rideau de fer) permet aux pays de l ex-europe de l Est d entrer dans l UE. L Europe stimulée par cette association est donc en voie d unité. Cependant le risque de fragmentation existe : certains États se sont divisés (Tchécoslovaquie, Yougoslavie). À l intérieur des pays d Europe occidentale les tensions séparatistes existent parfois (Belgique ; Espagne). Thème 3 Les territoires européens 137
138 Sujet à traiter, p L organisation de l espace breton L analyse des territoires européens doit privilégier les cartes. Dans l exercice, à partir du sujet d étude sur une région française au choix (ici la Bretagne ; voir le sujet d étude La Bretagne, Région à la pointe de l Europe, p ), les élèves sont invités à croiser deux cartes de même échelle (régionale) afin d étudier la mise en valeur de l espace breton (notion d aménagement et d acteurs). Situer les documents Document 1 : Il s agit d une carte de répartition de la population à l échelle régionale. Elle montre à la fois les écarts de densité, les pôles d activité et les infrastructures de communication. La légende est classée de façon à mettre en valeur les pôles importants, les densités puis les infrastructures de communication. Il n y a pas d information sur l évolution de la répartition de la population. La légende est cohérente avec le titre car elle reprend les mêmes éléments. Les symboles utilisés sont des cercles dont le diamètre est proportionnel avec la taille du pôle. Les infrastructures de communication sont représentées par des figurés linéaires et les densités par des plages de couleur. Document 2 : La carte montre les dynamiques d évolution des densités. La carte est construite d après les données de l INSEE, en l occurrence les variations des densités. L auteur a choisi d opposer les couleurs chaudes (croissance) aux couleurs froides (diminution), les espaces dont la densité n a pas varié sont cartographiés en gris. Il manque les valeurs absolues : on voit si la densité augmente (valeur relative), mais on ne connaît pas l importance réelle des effectifs de population. Confronter les documents Points communs : Les deux cartes représentent le même espace à la même échelle. On n a pas les effectifs globaux de la population, on ne sait donc si l on est dans un contexte de croissance globale de la population. On ne peut pas non plus évaluer les causes de la croissance de la population (solde naturel et solde migratoire ne sont pas donnés). Les deux cartes ont pour thème l occupation humaine de l espace breton. Les différences et/ou complémentarités : Les deux cartes se complètent car la carte 1 donne des éléments sur l importance des pôles et la répartition de la population. La carte 2 donne des éléments sur les évolutions de la répartition. C est une carte qui fournit des valeurs relatives. Elle permet de mesurer la croissance des écarts entre zones peuplées et zone peu peuplées. Les deux cartes montrent une grande inégalité dans la répartition des hommes. La carte 1 comporte des éléments inutiles au sujet (limite orientale de la langue bretonne, localisation du Parc régional d Armorique, etc.). Répondre La Bretagne montre une répartition très inégale des hommes et des activités. On constate que cette répartition est surtout périphérique : l intérieur étant moins peuplé que la côte ou la bordure orientale. Cette inégalité se retrouve dans l organisation des infrastructures de communication qui relient surtout les pôles périphériques. On peut noter également une dissymétrie entre l Ouest et l Est (plus peuplé mieux relié aux autres pôles nationaux et dynamisé par la présence de Rennes). La carte 2 montre que ces inégalités se renforcent : la densité augmente encore dans les pôles les plus peuplés ce qui traduit une augmentation de la population alors que les espaces intérieurs et ceux de la côte Nord (Saint-Brieuc excepté) ont une population qui stagne ou décroît. 138
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