1 Projet départemental groupe MDL29 «Des animaux mis en mots» Les difficultés liées au verbe Compte-rendu de la conférence de Lionel AUDION (22juin 2012, IUFM de Quimper) maître de conférence à l Université de Nantes Introduction «La nuit d hiver enveloppe le paysage d un épais brouillard argenté.» Les concepts grammaticaux tendent à se figer dans des querelles de désignation («complément d objet second» / «complément circonstanciel de moyen» / «complément essentiel» / «direct / indirect»). L appel au raisonnement («pourquoi peux-tu dire que?» «Comment as-tu fait pour arriver à cette réponse?» est fondamental mais le système orthographique comporte des contraintes arbitraires qui rendent le raisonnement problématique. Exemples : Le «complément d objet» = concept inutile inventé (par un jésuite) pour justifier la règle de l accord du participe passé avec avoir (programme du collège). On peut appliquer cette règle sans avoir besoin du COD : «Au moment où tu écris le participe passé est-ce que tu sais de quoi on parle?» / La pomme que j ai mangée / J ai mangé une pomme. «L accent circonflexe» : l imprimerie sous Louis XIV manque de caractères pour le «s» (lettre la plus fréquente avec le «e»). On décide que là où il n est pas prononcé et ne sert qu à coder le son [ei] on mettra un accent circonflexe sur le «e» (fenestre - fenêtre). Nénuphar s écrit nénufar jusqu en 1856 (mot arabe) où les académiciens le rapprochent de nymphéa (simplification non acceptée en 1990).
2 Le système orthographique comporte plus de régularités que d irrégularités. Seuls 4 à 5 % des verbes sont irréguliers. Malgré cela l enseignement réussit à convaincre les élèves qu il y a plein d exceptions! 1. Le verbe est difficile à repérer «Le chien mange sa pâtée.» / «mange» «car c est le 3 ème mot». «Il se tut le temps de la cérémonie» / c est le verbe «tuer» (d ailleurs la cérémonie est un enterrement ) Le repérage sémantique traditionnel peut être source de difficultés : «Il neige» / «neige» n est pas un verbe, car «il n y a pas d action» (pour un élève, action = action du sujet et sujet = moi). «Les enfants préparent un gâteau.» Verbe? E «préparent un gâteau» P Pourquoi? E Tu nous dis que le verbe c es ce que fait le sujet. Que font les enfants?. «Il a reçu une carte postale de Mamie.» / C est «Mamie» le sujet, c est elle qui fait l action. «Je ne fais rien» / verbe d action? Le verbe «être» est-il un verbe d état? «Je suis en Bretagne» / «Je suis chanteur» Il ya des attributs du sujet sans verbe d état : «Il fera la reine.» Reine est attribut car on peut mettre le signe = entre le sujet et la reine. Il y a équivalence, comme dans «tu seras roi», «tu parais fatigué». Le repérage syntaxique Ce passage demande une rupture avec la «tradition» sémantique. Le verbe est : - un mot qui se conjugue - un mot qui change quand le temps change - un mot qui change quand la personne change Pour faire apparaître cela : la pratique des «manipulations» (changement de temps, changement du sujet, changement des deux). A chaque fois, le verbe est le mot qui change. On dit qu il se «conjugue» (2 éléments sont reliés).
3 Un moyen de vérification : l encadrement par «ne pas». Ce n est pas un moyen d identification. Pour trouver le verbe, je change le temps / je change la personne. Une fois qu on a trouvé le verbe, on vérifie qu on ne s est pas trompé. Pour la recherche du sujet, la technique «c est qui» permet l identification (donne le sens). Approche mixte Etape sémantique dans un premier temps (CP-CE1), dans le stade «acquisitionnel» où un «faux provisoire» devra être rectifié. Le verbe est le mot qui dit ce que l on fait («ce qui se passe»). Première identification à partir de descriptions d images (catego) : Le chien L enfant court. dort. Dans chaque colonne, que sait-on? Qu est-ce qui se passe? terminaison change selon la personne terminaison change selon le temps VERBE peut prendre la négation Autre tactique possible : les exemples OUI/NON
4 (D après le diaporama de Lionel AUDION) 2. Le verbe est difficile à conjuguer La grammaire commence avant la conjugaison. Le mot «conjugaison» n apparaît pas dans les programmes 2008. Faire de la conjugaison pour elle-même n a en effet pas de sens. La langue, c est du vocabulaire, une grammaire et de l orthographe. Utiliser les «cueillettes» pour connaître les emplois du verbe, avant la conjugaison. Observation en classe : après une leçon de conjugaison échange avec une élève : «tu peux me conjuguer le mot «cartable»? L élève : «Je cartable / tu cartables». D abord reconnaître le verbe et les temps (qu est-ce que le verbe? Le futur? L imparfait?) avant de conjuguer. Cueillette : noter dans un carnet tout ce qui évoque par exemple : - Le futur Indicatif futur (peu utilisé à l oral) Le futur périphrastique : «je vais finir mes devoirs» (ce futur est la source du futur de l indicatif) Le présent complété : «je finis bientôt cet exercice» Le passé composé : «J ai bientôt fini cet exercice» Faire comprendre que les derniers cas ne sont pas corrects à l écrit. Ils ne peuvent se comprendre qu en situation. Après formulation orale, demander : «comment l écriraistu?» Autre résultat de la cueillette : le futur exprime l hypothèse : «si je gagnais au loto, je t en donnerai la moitié / si je gagne au loto, je t en donne la moitié / je gagne au loto, je t en donne la moitié» Etudier les temps du passé et enseigner la différence entre temps simples et temps composés (avant la conjugaison) Notion «d aspect» du verbe : accompli / en cours / non accompli L aspect du verbe ne correspond pas à la chronologie. Tous les temps simples (présent, imparfait, futur, passé simple) désignent une action non accomplie ou en cours. Les temps composés (passé composé, plus que parfait, futur antérieur) désignent une action accomplie. Le passé composé, c est «l accompli» du présent, c est le résultat présent de l action accomplie : «il a plu». C est pour cela que l auxiliaire est au présent.
5 Le passé simple est détaché du présent. Comme tous les temps simples, il renvoie à du «non accompli». «Quand il eut terminé (accompli) son repas, il commanda (non accompli, en cours) un café.» Phases et époques du verbe (B. Combettes, 1975) Le temps du verbe est à 2 dimensions. Epoques : «Il parlait» (hier) / «Il parle» (maintenant utiliser «maintenant» plutôt que «aujourd hui» qui amène le passé composé) / «Il parlera» (demain) Phases : pour chaque «époque» on trouve les 3 temps désignant : - Ce qui se passe au moment considéré (en cours) il est 8h - Ce qui se passe avant Il est 8h, il a parlé - Ce qui se passe après Il est 8h, il va parler CM1 enseigner l antériorité des époques CM2 enseigner l antériorité relative (la compréhension de cette antériorité relative est prédictive de réussite). Commencer l enseignement par l opposition temps simple / temps composé. Temps simples Temps composés Indicatif Présent Passé composé Conditionnel (fusion de l imparfait et du futur) Imparfait Passé simple Présent Plus que parfait (plus qu imparfait) Passé antérieur Passé Impératif Présent Passé («quand je rentrerai ce soir, aies mis la table») Le verbe «être» est le champion des transformations (je suis, tu es, il est, nous sommes, être, sont ). Il y a longtemps eu deux verbes être (sum / est). Le verbe «aller» est la fusion de deux verbes (ambulare / valere) Le verbe «aimer» est le plus régulier : 72 formes écrites et 47 formes orales. Qu est-ce qu un verbe régulier?
6 Il y a beaucoup de verbes réguliers dans les verbes du 3 ème groupe (cueillir est régulier) ces verbes sont exclus des programmes. Il ya des verbes irréguliers dans le 1 er groupe (lever). Le 2 ème groupe est identifié par sa conjugaison («nous cueillissons»? / «nous franchissons»). Cette identification par la conjugaison pour apprendre la conjugaison (!) est inutile. Il est nécessaire de commencer par les règles d engendrement : Personne Radical Désinence Nous cri (er) ons Dans les verbes usuels, 4% sont réguliers et certains verbes très fréquents sont irréguliers (être, avoir, aller, faire, dire, vouloir, savoir, devoir, prendre). Il faut les apprendre de manière systématique car c est le radical qui est irrégulier. Le reconnaître est un problème de lexique (qui fait appel à la connaissance de l histoire de la langue). La partie grammaticale est régulière. Apprendre les radicaux : «courir» - une base (cour) «sortir» - deux bases (sor et sort) Puis, apprendre les règles de formation des temps. Exemple de progression : Sollicitation orale de l imparfait (cueillette) Quelle carte avais-tu? Ecriture des verbes. Mise en correspondance avec les formes du présent (rappelées). Recherche, par comparaison avec le présent, des désinences permettant d identifier l imparfait. Utiliser plusieurs verbes. Faire apparaître que le radical de l imparfait est identique à celui de la première personne du pluriel du présent. Eléments du débat Le verbe en Grande section? Rétablir les personnes (je, tu, il, nous, vous, ils) à l école maternelle. Le langage quotidien est saturé d impératifs (sans indication de la personne). Favoriser une conscience syntaxique par les reformulations en utilisant les pronoms personnels («on» / «nous»).
7 Il y a une «masse lexicale critique» nécessaire pour commencer à réfléchir sur la langue, autour de 2 ans. Nécessité d enseigner le vocabulaire et d apprendre par cœur les mots qu on a extraits des albums. 400 000 mots en français (200 000 en anglais / 50 000 en latin) Adultes cultivés (bac+3, en production) = 40 000 mots Niveau bac = 4000 mots (1% du stock) Jeunes de milieux défavorisés = 400 (usage de mots passe-partout dans un langage de communion («du coup», «cool», «mortel» ).