Le Market Access : Profils et Evolution 1
Introduction Real Life Sciences met à votre disposition des études autour des métiers niches de l industrie pharmaceutique. Le Market Access fait bien entendu partie de ces métiers dits «niches», c est pourquoi une première étude a été élaborée en 2013. Elle présente un panorama du Market Access en France, de son organisation aux enjeux économiques afférents en passant par les salaires moyens. Cette deuxième étude, quant à elle, porte sur l évolution du Market Access : les profils, les métiers et les protagonistes de cette discipline. En effet, on constate un réel engouement pour le Market Access ces dernières années et ce principalement en raison de normes de plus en plus exigeantes en matière d accès au marché, le tout dans un contexte budgétaire restreint. Cependant, préparer au mieux l accès au marché ne constitue plus aujourd hui la mission principale des protagonistes du Market Access. Il faut aussi prendre en compte la question du maintien sur le marché. Dès lors, la notion de Market Access, dont la traduction littérale est «accès au marché», est sujette à réflexion car d un point de vue sémantique le terme n est plus approprié au contexte et aux missions actuelles. A la suite d une trentaine de rendez-vous avec les professionnels du Market Access, tous niveaux de séniorité confondus, vous trouverez dans ce document des pistes de réflexion quant à l évolution du Market Access, de la formation universitaire aux nouvelles attributions de la HAS en passant par les relations avec les payeurs privés et les patients. 1. Quelles formations pour quels profils? Le Market Access est une discipline récente de ce fait il n existe pas de formation spécifique, il n y a pas de parcours scolaire précis et incontournable. Les professionnels de santé rencontrés pour élaborer cette étude présentent des parcours et formations universitaires variés : 41% de pharmaciens ou médecins 41% de titulaires de master scientifiques : biologie, mathématiques et statistiques principalement 18% sans formations scientifiques ou médicales : IEP, ESSEC Business School et Doctorat en sciences économiques Cette hétérogénéité permet une multitude de points de vue et des visions différentes mais complémentaires de ce qu est le Market Access. Une tendance est cependant apparue ces dernières années : un Doctorat en Pharmacie suivi d un Master en Economie de la Santé, le plus prisé étant celui de l Université Paris Dauphine Economie et Gestion de la Santé. En deuxième année, le parcours Evaluation médico- économique et Accès au Marché offre une spécialisation axée sur les stratégies de santé, de l évaluation économique qui conditionne l accès au marché des produits de santé à la stratégie de prix et de remboursement. 2
En effet, 80% des nos interlocuteurs juniors du côté candidats ont suivi cette tendance, avec des formations complémentaires pour certains, telles que l Ecole Supérieure des Sciences Economiques et Commerciales (ESSEC) ou l European Market Access University Diploma (EMAUD). Ce dernier a été créé par l université Lyon I en collaboration avec l Ecole pratique des hautes études (EPHE) de la Sorbonne. La première session de ce diplôme universitaire sur l accès au marché a débuté en janvier 2010. Université de Chatenay Malabry Rentrée 2015 Mise en place par Isabelle Borget et Hélène van den Brink d un Master «Market Access & Evaluation médico-économique» à destination des étudiants de 6ème année de pharmacie, en apprentissage avec le LEEM. Outre les compétences techniques, des qualités personnelles appelées soft skills sont essentielles. Le Market Access, en quelques mots, c est expliquer l action du médicament ou du dispositif médical sur la maladie, argumenter sur sa valeur thérapeutique et économique, communiquer et convaincre les différentes parties prenantes, autant de missions qui nécessitent de la pédagogie, de la curiosité et n ayons pas peur des mots du charisme pour pouvoir se faire entendre : «savoir nouer des relations est primordial dans ce métier». Les avis des professionnels de santé rencontrés pour élaborer cette étude divergent quant à la bonne préparation allouée par ce parcours Doctorat et Master devenu un classique. Certains déplorent le manque de pratique, trop de théories, pas suffisamment de mises en situation concrètes alors que d autres pointent l absence d enseignement de finances il est plus important de comprendre les flux financiers que les essais cliniques. Nul doute que cette phrase ne mettra pas tout le monde d accord mais elle a le mérite de refléter la pensée anglo-saxonne. En effet, au Royaume- Uni la case Faculté de Pharmacie tend à ne plus être une généralité. Ce phénomène est dû à la plus grande importance accordée aux réalités économiques engendrées par la mise sur le marché d un médicament. Le National Institute for Health and Clinical Excellence (NICE), crée en 1999, est un institut indépendant d évaluation économique qui formule des recommandations basées sur les preuves cliniques et le rapport Cout/Efficacité. Cela signifie que le NICE évalue le rapport coût/efficacité de nouveaux produits en rapportant son prix à l efficacité thérapeutique calculée en «années de vie gagnées ajustées par la qualité» (Quality Adjusted Life Year, QALY). Ce paramètre économique est certainement à l origine des différences entre les profils Français et Britanniques. Effectivement, d après mes collègues britanniques, leurs candidats Market Access ont des formations variées. Il y a bien évidemment des médecins, pharmaciens et autres titulaires de diplômes scientifiques, mais on retrouve également des personnes issues de formations en marketing, management stratégique, finance, économie ou business. Les nouvelles attributions de la HAS sont-elles un pas vers le modèle anglo-saxon et pourraient-elles être à l origine d une nouvelle tendance en termes de formations universitaires? 3
2. Les nouvelles attributions de la HAS dans le domaine médico-économique La Haute Autorité de Santé a été créée par la loi du 13 août 2004 relative à l assurance maladie dans le but de contribuer au renforcement de la qualité des soins au bénéfice des patients et au maintien d un système de santé solidaire et équitable. Le contexte budgétaire restreint dans lequel les dépenses publiques sont de plus en plus réfléchies et encadrées n épargne pas l industrie de la Santé. Ainsi, depuis le décret du 2 octobre 2012 un avis d efficience reposant sur l évaluation médico-économique est requis dès la primo-inscription de certains produits. Cet avis d efficience concerne les produits de santé : revendiquant une ASMR de niveau 1, 2 ou 3 et étant susceptible d avoir un impact significatif sur les dépenses d assurance maladie, (c est-à-dire lorsque le chiffre d affaires annuel du produit est supérieur ou égal à 20 millions d euros) Cela signifie que la HAS, en plus d évaluer l efficacité médicale d un médicament ou d un dispositif médical, mène également une évaluation médico-économique en se basant sur le cout et l efficacité du nouveau produit par rapport à ce qui existe déjà. Lors de cette évaluation, la HAS prend en compte des critères comme les années de vie gagnées (critère commun au NICE au Royaume-Uni). L évaluation médico-économique est ensuite transmise au Comité Economique des Produits de Santé (CEPS) afin de participer à la fixation du prix du médicament ou du dispositif médical. Concernant la comparaison avec le modèle anglo-saxon, il convient de souligner que l évaluation économique réalisée par le NICE contribue à l inscription du produit de santé sur une liste dite positive, éligible à une prise en charge par le NHS. Alors qu en France, l évaluation médico-économique intervient seulement dans le mécanisme d aide à la fixation du prix entre le CEPS et l industriel sans aucune incidence dans la décision d éligibilité d une prise en charge par la Sécurité Sociale. Sur la question de cette nouvelle attribution, les professionnels rencontrés ont fourni une réponse relativement unanime quant à son utilité : il s agit d une approche intéressante mais trop récente pour pouvoir juger de son utilité et de son impact dès à présent. Les termes «opacité» et «manque de recul» ont été évoqués. Même si la majorité des personnes rencontrées émet un avis favorable quant à l insertion de ce paramètre économique, pour eux c est toujours la vision médicale qui prime et qui primera. Concernant l impact de l évaluation médico-économique sur les recrutements, les industries ont eu deux actions différentes : l ouverture d un poste dédié pour tout ou partie à cela l externalisation auprès de cabinets de conseil spécialisés L initiative d introduire un paramètre économique d importance dans le champ du Market Access ne représente pas la seule évolution notable de ces dernières années. Outre les institutions publiques, les laboratoires voient apparaître de nouveaux partenaires dans leur quotidien. 4
3. De nouveaux interlocuteurs : les associations de patients et les payeurs privés A. les associations de patients ou Patient Advocacy Group Impliqués. Voici le mot qui résume les patients d aujourd hui. C est à travers les associations de patients, qui jouent un rôle croissant dans le paysage du système de santé, que les patients réclament le droit à l information et à la participation aux réflexions des instances publiques et des industries de santé. Le but des associations de patients est de contribuer à l amélioration de la qualité de vie des personnes malades : «qui de mieux placé que le patient lui-même pour parler de sa maladie et de ses attentes en termes de qualité de vie». En effet, tenir compte des remarques des patients est un moyen de déboucher sur des solutions innovantes, collaborer avec eux est devenu essentiel pour gagner en expertise : lancement et amélioration de projets d études cliniques, déroulement des essais, accès aux médicaments, C est ainsi que de nombreux laboratoires ont décidé de soutenir et de collaborer avec les Patients Advocacy Group pour leur permettre de développer leurs activités. Cependant, ces partenariats sont encadrés et doivent se dérouler en toute transparence. L European Federation of Pharmaceutical Industries and Associations (EFPIA) est une organisation représentative de l industrie pharmaceutique en Europe. L EFPIA a établi un Code de bonnes pratiques relatif aux relations entre les entreprises du médicament et les associations de patients. De plus, le Code de la santé publique précise à l article L1114-1 que «les entreprises fabriquant et commercialisant des produits mentionnés dans la cinquième partie du présent code doivent déclarer chaque année, avant le 30 juin, auprès de la Haute Autorité de santé, la liste des associations de patients qu elles soutiennent et le montant des aides de toute nature qu elles leur ont procurées l année précédente». Il est ensuite du devoir de la HAS de publier les informations recueillies sur son site internet. Qui plus est, les dons destinés à encourager la recherche et la formation doivent faire l objet d une déclaration préalable au directeur général de l ARS. L ensemble de ces dispositions vise à instaurer des règles de déontologie afin d éviter toute ambigüité dans les relations entre les industries pharmaceutiques et les associations de patients. B. les payeurs privés Les payeurs privés ont également été cités comme nouveaux partenaires, même s il est vrai que nous sommes encore aux prémices des relations. D après les discussions tenues avec les professionnels rencontrés, la création de liens avec les complémentaires serait une «possibilité à creuser, particulièrement dans le cas de déremboursement d un produit». 5
Afin de limiter le déficit de l Assurance Maladie, le déremboursement, c est-à-dire une suppression ou une diminution du taux de remboursement, est de plus en plus pratiqué. En effet, à la suite d une réévaluation par la Commission de la transparence entre 1999 et 2001 du service médical rendu (SMR) de 4 490 spécialités remboursables (décret du 27 octobre 1999), 835 se sont vu attribuer un SMR insuffisant. C est ainsi que des «vagues de déremboursement» ont eu lieu dès 2003. Dernier exemple de déremboursement en date : les médicaments anti-arthrosiques à base de glucosamine depuis le 1er mars 2015. Quelles modalités de collaborations avec les complémentaires santé seraient alors envisageables dans ces cas là? Les professionnels rencontrés ont fait part d une possibilité en particulier : l inclusion dans un forfait d un médicament «déremboursé». Effectivement, après un déremboursement on constate toujours une diminution immédiate de la prescription par les médecins, ce qui entraine une baisse des ventes des médicaments concernés. Cette prise en charge par la complémentaire permettrait de maintenir un niveau de vente acceptable. Et également pour permettre aux patients prenant ce traitement de poursuivre leur traitement. D autres possibilités ont été évoquées, comme des accords prix/volumes mais là les obstacles juridiques sont nombreux. En tout cas, pour la majorité des personnes rencontrées, la question des partenariats laboratoires/complémentaires est à creuser. Conclusion L augmentation de l importance des évaluations médico-économiques et les liens de plus en plus étroits avec les payeurs privés et les associations de patients ont élargi le périmètre du Market Access, le confondant ainsi en partie avec les Affaires Publiques. Tous s accordent à dire que le Market Access est en évolution constante et que les missions dépendent à la fois de la taille de la structure et du périmètre accordé, il s agit donc d une discipline à géométrie variable. Pour ces raisons, le Market Access s épanouit au pluriel : il n y a pas un métier mais une palette de métiers complémentaires. Ainsi, cette discipline aux contours flous et aux périmètres flexibles ne peut et ne pourra bénéficier d une définition figée acceptée de tous. Cette étude a été réalisée par Julie Kopp Debellemanière. Pour toute information, merci de contacter Vincent Hogommat (v.hogommat@realstaffing.com) par téléphone au 01.42.99.10.44 6