Bulle n de Santé du Végétal - Auvergne Prairie - Campagnols Terrestres, Taupes Directeur de Publication : Gilbert Guignand, Président de la Chambre Régionale d Agriculture - Animateur filière : Sandrine LAFFONT FDGDON 63 - sandrine.laffont@fredon-auvergne.fr Pour tout renseignement, contactez : FREDON Auvergne : 04 73 42 16 27 FDGDON 15 : 04 71 45 55 56 FDGDON 43 : 04 71 02 60 44 FDGDON 63 : 04 73 42 14 63 A retenir Sommaire n 45/ 5 septembre 2015 Page 1 / 8 Surveillance Biologique du Territoire : Campagnols terrestres Surveillance Biologique du Territoire : Taupes Campagnols des champs en recrudescence Dynamique des populations de campagnols terrestres Où en est la recherche? Note nationale: les campagnols nuisibles aux cultures CANTAL : La pullulation semble bien amorcée sur une large partie du département, notamment sur certains secteurs déj bien touchés l automne-hiver. HAUTE-LOIRE : Activité importante des populations de campagnols terrestres sur certains secteurs du département. PUY-DE-DOME : Le Cézallier, le canton de Besse et St Anastaise et le Nord du canton de St Amand Tallende subissent le pic de pullulation du campagnol terrestre. Les secteurs de l ouest du département, fortement impactés en 2011/2012, sont en phase de croissance. Conditions météorologiques L été 2015 s est caractérisé par une sécheresse qui a débuté mi-juin et qui place 2015 parmi les années les plus arides de ces cinquante dernières années en France (source: inra). Les prairies auvergnates ont souffert du temps très chaud et sec du mois de juillet. Du fait des sols secs, l activité des campagnols terrestres a été peu visible en surface. En effet, ces derniers, plutôt que d extraire la terre sous forme de tumuli, ont ouvert des trous d évacuation la façon des campagnols des champs, mais avec un diamètre plus large ce qui permettait de les différencier de leurs cousins. Les précipitations tombées récemment permettent désormais de localiser les foyers de campagnols terrestres grâce des tumuli frais. Trou béant de campagnol Passage terrestre de herse - Cézallier - FDGDON 63 Eté 2015 - FDGDON 43 Surveillance des campagnols terrestres Explication légende des cartes «Campanet» 0/20 0 % 1/20 3/20 4/20 6/20 7/20 10/20 15 % 30 % 50 % 11/20 20/20 100 % nbre d intervalles avec présence de CT sur 20 intervalles parcourus % maximum d infestation Pour la période du 27/06/2015 au 11/09/2015 108 communes ont été observées. 932 observations (nbre de carrés observés de 1km/1km) ont été réalisées par le réseau d observateurs* dont 495 notations sur indices de campagnols terrestres. 0 0,5 1 2 3 Notes d infestation * Le réseau d observateurs est constitué par les techniciens des FDGDON et des agriculteurs. Rappel sur la règlementation: L arrêté interministériel du 14 mai 2014 réaffi rme les principes d un contrôle précoce, raisonné et collectif des populations de campagnols en combinant méthodes préventives et curatives. Ce BSV reprend des observations ponctuelles qui donnent des tendances départementales. La Chambre Régionale et la FREDON dégagent toute responsabilité quant aux décisions prises par les producteurs concernant la protection de leurs végétaux. Publication mensuelle : Toute reproduction Action pilotée par le Ministère chargé de l agriculture, même partielle est avec l appui financier de l office national de l eau soumise autorisation et des milieux aquatiques, par les crédits issus de la redevance pour pollutions diffuses attribués au financement du plan Ecophyto FDGDON 15-43 - 63
Cantal n 45/ 5 septembre 2015 Page 2 / 8 Surveillance Biologique du Territoire campagnols terrestres Le mois de juillet a été très chaud et sec. Les prairies cantaliennes ont donc beaucoup pâti de la sécheresse estivale. Une recrudescence de campagnols terrestres est venue aggraver ce phénomène climatique, accentuant ainsi les pertes fourragères. Les pluies d orages, tombées en août, ont permis localement un «reverdissement» des parcelles, avec une repousse sur les prairies fauchées et les pâtures. Très discrets durant la période sèche (galeries ouvertes, sans terre), les indices de campagnols sont en recrudescence depuis les dernières précipitations. Sur certains secteurs déj bien touchés l automne-hiver 2014, les observations confi rment cette reprise d activité. La pullulation semble bel et bien se poursuivre au cours de ce mois de septembre 2015. NB : Les communes en gras sont les communes de référence Marcenat Landeyrat Allanche Saint Vincent Trizac St Bonnet de Salers Laveissière Chaussenac Saint Cernin Les Ternes Laroquebrou Vic-sur-Cère Jabrun NB : Les communes en gras sont les communes de référence
SBT Cantal (suite) n 45/ 5 septembre 2015 Page 3 / 8 Secteurs moyenne et forte densité (Pullulation localisée généralisée) 4/20 6/20 7/20 10/20 11/20 20/20 Secteur du Cézallier : les communes d Allanche et Landeyrat restent en très forte densité de rongeurs. Plusieurs parcelles observées sur la commune de Marcenat montrent également une recrudescence de campagnols terrestres. Secteur de Pierrefort : La commune de Cézens subit de plein fouet la pullulation des campagnols terrestres, jusqu alors limitée au haut de la commune. Secteur de l Aubrac : de nombreuses communes du canton de Chaudes-Aigues subissent une pullulation localisée de campagnols. Sud de la Planèze : les communes de Lavastrie et Les Ternes sont localement très touchées par les rats taupiers. Secteur de Riom-Es-Montagne : Une activité très marquée des rongeurs a été constatée sur Trizac. Secteur de Murat : La commune de Laveissière connaît une recrudescence de campagnols terrestres. Secteur de Mauriac : Une activité importante de campagnols est constatée sur Drugeac. Montagne du Vernet : Une pullulation a également été observée sur le plateau jouxtant les communes de Vic sur Cère, Saint-Clément et Jou sous Monjou. Canton de Salers : Plusieurs communes subissent une pullulation localisée de rats taupiers. Des notations ont pu être effectuées sur les communes de Saint-Vincent de Salers, Le Falgoux, Saint-Paul de Salers, Fontanges, Le Fau. La pullulation se généralise et semble s intensifi er sur Saint- Bonnet de Salers. Secteur de Laroquebrou : Sur la commune de Saint-Etienne Cantalès, des dégâts importants de campagnols terrestres ont été observés sur des prairies, une parcelle de maïs et un chaume de blé. Indices de campagnols terrestres dans les chaumes de blé FDGDON 15 Secteurs en basse densité (Présence faible de foyers) 0/20 1/20 3/20 La commune de Saint-Cernin est actuellement en basse densité de campagnols terrestres. Les indices de taupes sont encore bien présents. Néanmoins, des tumuli plus nombreux semblent apparaître, notamment sur le haut de la commune. Les densités pourraient augmenter rapidement. Vigilance donc pour cette commune de référence. Sur le canton de Pierrefort, plusieurs communes sont en basse densité de campagnols. C est le cas d Oradour, Sainte-Marie, Narnhac, Saint-Martin sous Vigouroux. La commune de Brezons est globalement en basse densité de rongeurs, hormis sur le secteur de la Griffoul (limite avec Cézens) où les parcelles sont très dégradées. Dans les secteurs en basse densité, pensez au piégeage! Recherche observateurs! Les communes mentionnées dans ce BSV permettent d avoir seulement un aperçu de la situation des départements. Les FDGDON sont la recherche d observateurs afi n de couvrir une surface plus importante et d avoir ainsi une meilleure lisibilité de la situation. Trous béants de campagnols terrestres Eté 2015 - FDGDON 15
Haute-Loire n 45/ 5 septembre 2015 Page 4 / 8 Surveillance Biologique du Territoire campagnols terrestres Les sols relativement secs dans la plupart du département ne permettent pas d apprécier leur juste valeur les populations de campagnols avec les seuls tumuli visibles dans les parcelles. Secteurs en basse densité (Présence faible de foyers) 1/20 0/20 3/20 Siaugues Sainte Marie : Quelques dégâts de campagnols sont visibles dans les prairies. Les taupes sont actives dans les zones les plus humides. Seneujols : Quelques tumuli de campagnols observés, indices de taupes également. Activité plus marquée des campagnols des champs. Saint Jean Lachalm : Pullulation de campagnols des champs visible localement. Quelques dégâts de campagnols terrestres. Après avoir subi un pic de pullulation important ces dernières années, le plateau volcanique semble être entré en phase de basse densité. Cependant, ce diagnostic demande être confi rmé cet automne. Les communes ayant subi le pic ces dernières années (Siaugues Sainte Marie, Fay sur Lignon) sont quant elles en phase de basse densité. Dans les secteurs en basse densité, pensez au piégeage! Monlet Malgré cela, les campagnols montrent une activité importante dans certaines zones du département. La situation, déj marquée alors que les sols sont secs, risque de s amplifi er dès les premières pluies d automne. Secteurs forte densité (Pullulation localisée généralisée) 7/20 10/20 11/20 20/20 Moudeyres et Freycenet Latour sont depuis l hiver dernier en pic de pullulation. Malgré la sécheresse marquée, l activité des campagnols reste intense. Il est probable que les dégâts se multiplient cet automne dès les premières pluies. Secteurs en croissance (Pullulation localisée généralisée) 4/20 6/20 7/20 10/20 Mazeyrat d Allier, Saint Georges d Aurac et Chavaniac- Lafayette sont toutes les trois en phase de croissance, des indices sont présents de manière relativement importante sur les hauteurs de ces trois communes. Les taupes sont également actives mais de manière plus ponctuelle. Sur Couteuges et La Chomette, des parcelles subissent des dégâts importants de campagnols. St Geneys près St Paulien La Chomette Couteuges Mazeyrat d Allier Freycenet-Latour Siaugues Ste Marie Saint Martin de Fugères NB : La commune en gras est une commune de référence
Puy-de-Dôme n 45/ 5 septembre 2015 Page 5 / 8 Surveillance Biologique du Territoire campagnols terrestres La situation sur le département est alarmante. Cependant, le cycle n en est pas au même stade selon les secteurs. Le pic de pullulation est en cours sur le Cézallier, le canton de Besse et St Anastaise et le Nord du canton de St Amand Tallende. Beaucoup de secteurs du département sont en phase de croissance. La plus grande vigilance est de rigueur sur ces secteurs (confer paragraphe «secteurs en croissance»). NB : Les communes en gras sont les communes de référence Tumuli de campagnols terrestres La Godivelle - FDGDON 63 Charbonnières-les- Varennes Gelles Tortebesse Laqueuille Aydat Canton de Condat-les- Montboissiers Le Vernet Ste Marguerite Chastreix Roche Charles Lamayrand Besse et St Anastaise Saint Alyre Es Montagne Anzat le Luguet
SBT Puy-de-Dôme (suite) Secteurs en croissance (Pullulation localisée généralisée) 4/20 6/20 7/20 10/20 Les cantons de Rochefort-Montagne, Herment, Bourg-Lastic, une partie du canton de La Tour d Auvergne, les communes de Charbonnières les Varennes, Pulvérières et le Livradois sont en phase de croissance des populations de campagnols. Attention! Les indices de présence sont parfois discrets et masqués dans l herbe. Sur ces secteurs, les tumuli sont plus nombreux qu au printemps et leur nombre a fortement augmenté suite aux pluies. Canton de Saint-Germain-l Herm : Campagnols terrestres : Phase de croissance des populations signalée sur Echandelys, Chambon sur Dolore et Fournols. Taupes : Présence faible moyenne Briffons : Campagnols terrestres : Des foyers actifs de plus en plus nombreux sont signalés. Taupes : Présence faible moyenne. Tortebesse : Campagnols terrestres : Des foyers de rongeurs sont visibles sur tous les secteurs de la commune. L activité des campagnols est en croissance. Taupes : Encore présentes sur certaines parcelles. Chastreix/ La Tour d Auvergne : Campagnols terrestres : Des foyers actifs sont signalés sur toute la commune. n 45/ 5 septembre 2015 Page 6 / 8 Secteurs forte densité (Pullulation localisée généralisée) 7/20 10/20 11/20 20/20 Le Cézallier subit actuellement le pic de pullulation du campagnol terrestre. Cette pullulation a débuté en 2014, avec une explosion des dégâts suite aux fauches de l été dernier. Le canton de Besse et St Anastaise et le Nord du canton de St Amand Tallende sont aussi touchés par cette vague de pullulation. Le Vernet Sainte Marguerite : Campagnols terrestres : Une très forte présence de campagnols est visible sur cette commune Taupes : Présence variable selon les parcelles Présence d hermines La présence de nombreuses hermines est constatée sur le Cézallier. Ce mustélidé est un excellent prédateur des campagnols, puisqu il n hésite pas se faufi ler l intérieur des galeries pour capturer ses proies. Sa forte présence est corréler la pullulation en cours sur ce secteur. L hermine est un animal spécialiste du campagnol. Ainsi, les effectifs présentent des fl uctuations cycliques et régulières, dont l amplitude et la période dépendent du cycle de sa principale proie : le campagnol terrestre, mais avec un temps de décalage. En milieu semi-ouvert, l hermine circule en longeant les obstacles de son domaine : haies, murs, fossés, talus, lisières. Une hermine ne s éloigne jamais plus de 300 mètres d une haie ou d un abri. Secteurs en basse densité (Présence faible de foyers) 0/20 1/20 3/20 Le canton de Tauves semble aujourd hui en fi n de pullulation. Par ailleurs, les communes de la chaîne des Puys (Ceyssat, Mazayes, Olby) sont toujours en basse densité. Tauves : Campagnols terrestres : La présence des campagnols est faible. La phase de basse densité semble avoir débuté. Taupes : Présence faible moyenne. Tumuli de campagnols terrestres Roche Charles La Mayrand - FDGDON 63 Dans les secteurs en basse densité, pensez au piégeage!
Auvergne n 45/ 5 septembre 2015 Page 7 / 8 Surveillance Biologique du Territoire spécifique aux taupes Pendant la phase de croissance des populations de campagnols terrestres, les populations de taupes décroissent. Suite au déclin des populations de campagnols, les taupes recolonisent rapidement les parcelles, partir des zones boisées ou humides où elles trouvent refuge. Ainsi, les secteurs concernés par une forte présence de taupes sont principalement ceux épargnés par le campagnol terrestre au même moment. Actuellement, peu de secteurs de la région subissent de forts niveaux d infestation de taupes (confer carte ci-contre). Campagnols des champs en recrudescence Aire de présence Cet été, une recrudescence de campagnols des champs a été notée sur les départements du Cantal, du Puy de Dôme et de la Haute-Loire. Globalement, au niveau de la région, les densités de présence constatées cet été sont en augmentation par rapport aux années antérieures. Cependant, l impact de ce ravageur sur les récoltes fourragères est plutôt minime pour le moment. Alimentation et dégâts Le campagnol des champs est un rongeur granivore et herbivore. Il peut endommager les prairies par son alimentation base d herbe, de graines et de racines et par ses galeries. Les galeries, dont on voit l orifi ce béant de 3 4 cm de diamètre, sont reliées en surface par des coulées. Du fait de son faible gabarit, c est un animal diffi cile piéger. Seuls les pièges guillotine permettent de capturer effi cacement cet individu. Indices de campagnols des champs Cézallier - août 2015 - FDGDON 63 Méthodes de régulation Ces rongeurs sont plus sensibles la prédation (renards, rapaces...) que les campagnols terrestres, du fait de leur importante mobilité l extérieur des galeries. La lutte contre ce nuisible est encadrée, comme pour le campagnol terrestre, par l arrêté du 14 mai 2014. Elle répond au même tryptique: surveillance, prévention et lutte. Campagnol des champs (Microtus arvalis) Rochefort-Montagne - FDGDON 63
n 45/ 5 septembre 2015 Page 8 / 8 Dynamique des populations de campagnols terrestres Les populations de campagnols terrestres suivent la fois un cycle de pullulation pluriannuel et annuel. A l échelle d une année, la population de campagnols croit pour atteindre un maximum l automne suite la reproduction, qui a lieu généralement entre avril et octobre. En fonction des conditions climatiques, la reproduction peut se prolonger en hiver. Ce cycle est qualifi é de cycle annuel. Au cours de cette période, un couple de campagnols terrestres peut engendrer 100 descendants. Cycle annuel des populations de campagnols terrestres A ce cycle annuel, se superpose un cycle pluriannuel. Ce dernier se déroule sur une période de 5 6 ans en moyenne. Cette durée est très variable selon les régions et les secteurs. Ce cycle se décompose en quatre phases successives: la phase de basse densité, la phase de croissance, le pic de pullulation et la phase de déclin. La phase de basse densité entre deux phases de pullulation dure généralement deux trois ans sur les secteurs sensibles aux pullulations de campagnols terrestres. Le risque de pullulation augmente signifi cativement lorsque le ratio «surface toujours en herbe» sur «surface agricole utile» dépasse 70 80 % l échelle de quelques dizaines de km 2. Cycle pluriannuel des populations de campagnols terrestres Où en est la recherche? Thèse en cours sur la phase de déclin des populations Connaissances actuelles Chaque cycle de pullulation du campagnol terrestre est suivi par une phase de déclin et ce, quels que soient les secteurs et les durées de cycle. A l heure actuelle on ignore les facteurs provoquant ce déclin de populations. Cependant, on sait que le niveau de richesse parasitaire est supérieur dans les populations en prédéclin et déclin comparé celui observé en croissance et pullulation (Cerqueira et al., 2007). Cela suggère un rôle possible du parasitisme dans le cycle du campagnol terrestre. Ce parasitisme serait-il responsable de la chute des populations en fi n de pullulation? Il a aussi été démontré la mauvaise condition physique et reproductive des campagnols après le déclin (Boonstra et al., 1998) qui pourrait être induite par des infections. Recherche en cours La profession agricole franc-comtoise, initiatrice du projet, a collecté les fonds nécessaires pour une thèse. Les soutiens fi nanciers proviennent du Ministère de l Agriculture (Direction Générale de l Alimentation), de la Région Franche- Comté, de la Chambre Interdépartementale d Agriculture du Doubs/territoire de Belfort et de la Chambre Départementale d Agriculture du Jura, de la Députée Annie Genevard, du Crédit Agricole de Franche-Comté et de l Université de Franche- Comté. Cette étude de trois ans a débuté courant d été 2014. Le titre de la thèse est le suivant : «Déterminants de la phase de déclin des populations cycliques de campagnols terrestres : test de l hypothèse de la sénescence par l examen de l évolution du cortège de pathogènes et de la compétence immunitaire des campagnols.» Affaire suivre
Note nationale BSV Les campagnols nuisibles aux cultures Méthodes préventives et alternatives de lutte Note rédigée par la DGAl-SDQPV. Version 2012 Crédits photos : DGAl-SDQPV, Thomas Kraft (milan royal). Dessin : Maison de la réserve, Doubs. Préambule En France métropolitaine, plusieurs espèces de «rongeurs champêtres» ont un impact économique majeur en agriculture. En premier lieu, le campagnol terrestre (Arvicola terrestris) et le campagnol des champs (Microtus arvalis) dans les zones de plaine et de montagne d une grande partie de l hexagone, en second lieu le campagnol provençal (Microtus duodecimcostatus) en région méditerranéenne. Parmi ces espèces redoutées par les agriculteurs et qui se partagent globalement les espaces ouverts, ce sont surtout le campagnol terrestre, (appelé aussi rat taupier, taupe grise, mulot.) et le campagnol des champs qui posent le plus de nuisances par leur capacité développer brutalement, en quelques mois, des populations de plusieurs centaines d individus/ha, excédant rapidement les seuils de tolérance de la plupart des productions agricoles, (Prairies, cultures fourragères et porte-graines, grandes cultures, cultures fruitières, ornementales et maraîchères ). Figure 1. Prairie partiellement dénudée par des campagnols Figure 2. Tumulis de campagnol terrestre regroupés par tache A ces risques agricoles s'ajoutent des enjeux pour la santé humaine. Le campagnol terrestre et le campagnol des champs constituent en effet un réservoir de parasites ou de maladies (par exemple échinococcose alvéolaire, maladie pouvant être mortelle pour l'homme, tularémie, toxoplasmose, etc.). Par ailleurs le campagnol roussâtre est un des réservoirs identifiés de la FHSR (Fièvre Hémorragique Syndrome Rénal). De plus, le brassage des poussières de tumuli favorise le développement de moisissures responsables de la maladie du poumon de fermier. 1
Origine des pullulations Il est scientifiquement avéré (Giraudoux et al, 1995, www.campagnols.fr) que les pullulations de campagnols terrestres et de campagnols des champs ont une origine multifactorielle, avec pour premier facteur favorisant, l augmentation des surfaces toujours en herbe par rapport la surface agricole utile (STH/SAU). A l échelle régionale ce ratio sert d indicateur de la sensibilité des agro-écosystèmes aux risques de pullulations. En ce qui concerne le campagnol terrestre, dés que le ratio STH/SAU dépasse 70 80 % l échelle d un secteur, les risques de pullulation augmentent significativement. Pour le campagnol des champs le seuil de «basculement» se situe partir de 50% du ratio STH/SAU et il s abaisse 30% si une proportion importante de luzernières est présente. La structure du paysage a également un rôle important ; les grandes parcelles de prairies avec une faible hétérogénéité paysagère (zone ouverte = openfield), favorisent la colonisation par les rongeurs et n offrent pas le meilleur habitat pour leurs prédateurs. Selon les régions, les pullulations peuvent durer plusieurs années (avec 4 phases : basse densité, croissance, pullulation, déclin) et le pas de temps entre deux phases de pullulation peut aller de 2 3 ans (en Franche-Comté, Auvergne ), réalisant ainsi des cycles de 5 ou 6 ans et jusqu 6 8 ans pour d autres régions aux pullulations plus épisodiques. Figure 3. Cycle de pullulation Stratégie de lutte au niveau national Dans le cadre des travaux menés sur les campagnols, les équipes de recherche (Inra, Université de Franche-Comté, Etablissements d enseignements supérieurs agricoles ) et d application (SRAL, FREDON ) ont privilégié une approche «systémique» dans laquelle sont analysées de façon hiérarchisées (spatialement et temporellement) les interactions entre les campagnols, leur habitat (paysage, prédateurs ) et les pratiques agricoles, afin de mettre en évidence le plus grand nombre possible de facteurs de contrôle sur lesquels il est possible d agir, et l'échelle laquelle ces actions sont pertinentes. Figure 4. Relations entre les facteurs de contrôle (simplifié) 2
Ces études ont permis d initier une stratégie, expérimentée avec succès ces dernières années (par exemple, en Franche-Comté), qui privilégie la lutte raisonnée fondée sur le triptyque : - Observation ou surveillance en vue de la détection des premiers foyers de campagnol. - Engagement collectif sur un territoire regroupé au sein d un Groupement de défense, nécessaire pour la mise en œuvre de l'observation préalable la lutte. - Emploi de méthodes combinées et préventives, dès la détection des premiers foyers de campagnols lorsque les populations de rongeurs sont très basse densité : notion de boite outils. Compte tenu de la similitude dans la dynamique des populations des différentes espèces de campagnols terricoles, la stratégie de lutte mise au point contre le campagnol terrestre a vocation s étendre ces espèces. Les méthodes de lutte se décomposent en méthodes de lutte indirectes (qui agissent sur l habitat des rongeurs et sur les causes des pullulations) et en méthodes directes, pouvant être mises en œuvre par les agriculteurs des échelles spatiales les plus larges possibles (parcelle, ilot, commune..) et en fonction de leurs contraintes d exploitation (parcellaires, spéculations, temps de travail ) : Méthodes indirectes : - Piégeage des taupes Le piégeage des taupes, dans la mesure ou les réseaux de galeries de ces insectivores constituent un facteur favorable l installation de nouvelles colonies de campagnols pendant la phase de croissance de leurs populations. - Travail du sol Le travail du sol (labour, façons superficielles) qui offre plusieurs avantages, mais aussi des contraintes. A l échelle parcellaire, il permet de supprimer les anciennes galeries, de faciliter le repérage des nouveaux indices de présence, et de freiner le développement des rongeurs. A une plus large échelle et allié une rotation des cultures il peut contribuer diminuer le ratio STH/SAU. Cependant, l utilisation du labour doit être réfléchie afin de diminuer le risque de recolonisation accélérée des parcelles, lié l ameublissement du sol. La réflexion tiendra compte pour cela la fois de l environnement des parcelles (degré d ouverture des milieux notamment), de l historique des luttes, de la pression «taupe-campagnol» et du choix et de la durée de l emblavement. Le labour des prairies suivi d une implantation de cultures doit être effectué préférentiellement vers les réseaux de haies qui vont assurer les déplacements et la reproduction des prédateurs. Par ailleurs, d un point de vue réglementaire, il faut prendre en compte les contraintes réglementaires vis--vis des Références Herbe et de la Prime Herbagère Agro- Environnementale (PHAE). D un point de vue agronomique, en particulier pour les grandes cultures, le travail du sol peut être incompatible avec la généralisation des conduites en itinéraires techniques simplifiés qui visent respecter l intégrité des sols et de leurs équilibres biologiques pouvant être mis mal par des pratiques culturales destructurantes. Une analyse bénéfice/risque doit alors initiée par les exploitants engagés dans ces stratégies de non travail du sol qui pourront privilégier d autres outils de luttes. 3
- Alternance fauche/pâture En prairie, l alternance fauche/pâture sur les parcelles exclusivement en fauche de façon assurer une destruction totale ou partielle des galeries et freiner le développement des colonies de campagnols. - Gestion du couvert végétal dans les parcelles et dans les abords La gestion du couvert végétal dans la parcelle est essentielle que ce soit en grandes cultures, cultures fruitières, ornementales et cultures prairiales ; le déchaumage, l enlèvement des résidus de récolte, le broyage des refus, le girobroyage, la conduite en gazons courts, le passage d outils de scarification/décompactage, sont autant de techniques efficaces pour gêner les campagnols dans leurs terriers et les rendre plus vulnérables aux prédateurs. L entretien des bordures herbacées des parcelles (fossés, bermes), qui constituent des zones refuges en particulier pour les campagnols des champs, est primordiale dans la mesure où ces zones servent la recolonisation des parcelles. Figure 5. La culture du triticale (en second plan) dans une zone de prairie permanente de Franche Comté permet de réduire la population de campagnol terrestre. Cette mesure de lutte intégrée contre les vertébrés nuisibles, sans traitement chimique, est intimemen - Prédation : La mise en place d outils concernant la gestion de l habitat et la protection des prédateurs en essayant de recréer, dans certains territoires trop uniformes, l hétérogénéité paysagère source de biodiversité, de fragmentation des habitats favorables aux campagnols avec l aménagement d habitats favorables la communauté de prédateurs qui se nourrit de campagnols (prédateurs terrestres, rapaces diurnes et nocturnes ) : implantation de réseaux de haies et de bosquets, implantation de perchoirs pour les rapaces, des nichoirs et des abris (ex. : murgers) pour les petits prédateurs (mustélidés). Figure 6. Le milan royal : un rapace charognard, prédateur opportuniste de campagnols 4
Ces mesures concernent les agriculteurs mais aussi les associations de protections de la nature (fédérations de chasse, environnementalistes ) et les acteurs impliqués dans l aménagement du territoire. Il appartient également aux gestionnaires publics de mettre en œuvre des mesures de protection des prédateurs (ex. : déclassement d espèces classées nuisibles, qui sont prédatrices de campagnols) et des aménagements paysagers, l échelle régionale. Méthodes directes : Le piégeage des campagnols dès l apparition des premiers indices avec pose de pièges en quadrillant la surface du terrier de façon piéger tous les occupants; cette méthode traditionnelle permet d obtenir la même efficacité qu une lutte chimique l aide d appâts empoisonnés, au prix toutefois d un temps de travail plus important. Figure 7. Piège guillotine, le plus pratique et utilisé contre le campagnol terrestre. Le constat qui a été validé au niveau national, c est qu il n existe pas une seule solution, mais un ensemble de solutions, mettre en œuvre de façon collective, raisonnée et adaptable dans le contexte régional. Deuxième constat, et c est incontournable pour le campagnol terrestre et le campagnol des champs, il n est pas envisageable d arriver la maîtrise des pullulations, si ne sont pas mis en œuvre des mesures de gestion qui visent en priorité agir sur les causes et pas seulement sur les conséquences. 5