Alimentation et migrants



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Transcription:

Alimentation et migrants Dorothée Romand: diététicienne Hôpital Saint-Louis Paris Atefeh Ander: diététicienne Hôpital Saint-Louis Paris et Aline Seif: généraliste médecin coordinateur du réseau ARèS 92 Julien Gelly: chef de clinique de médecine générale Paris7

Sujet inépuisable Smen dolo dakatine bissap Poulet DG Tiep igname Fonio gombos Plantain Msemen zaalouk Harira Corrige madame foufou N dolé Tajines

Culture alimentaire: des sens à tiroir Le comestible et le non comestible. Halal, Cacher, Pur-Impur, Poison-Potion Le culinaire: savoir-faire et symbolique souvent marqués géographiquement. Le plaisir du mangeur: le plat qui nous rappelle notre enfance, notre région d origine (Jean-Pierre Corbeau) «Plat Totem» Dr Le Cléziau Des constructions individuelles et collectives qui évoluent Sous influence: Information nutritionnelle ou éducation aux cultures alimentaires

Alimentation et dimension culturelle Habitudes: éducation alimentaire Codes culturels du groupe Nécessité économique et géographique Dimension cultuelle Représentations Identité/ racines/ reconnaissance Relation affective Évolution, mondialisation, colonisation, relation interculturelles, messages santé, média.. Le langage, les mots..

Des différences subjectives «Croyances et pratiques alimentaires chez les diabétiques de type 2 à Bamako (Mali)»: A. Coulibaly, H.Turgeon O Brien, I.Galibois: Cahiers de Nutrition et de Diététique,vol 44, juin 2009 3 repas /jour : 65% H et 75% F Assiette individuelle au dîner: 70% Homme et 90% Femme «Particularités de l alimentation des patients diabétiques originaires d Afrique Subsaharienne» Pr J.F Gautier, Dr C.Bouche, Dr M.P Etcherry, diététiciennes service de diabétologie hôpital Saint-Louis 2008 Consommations: G / L / P, kcal/j, fibres et alcool = groupe contrôle caucasien

Des situations différentes Mr B malien, 33 ans, musulman, en France depuis 10 ans vit en foyer, travaille comme ouvrier sur des chantiers, diabétique de type1 depuis 2 ans sous basal/bolus, poids normal, vient pour bilan et équilibration de son diabète. Mr N Ivoirien, 50 ans, professeur de math, en situation irrégulière, habite chez un cousin, ne travaille pas, en surpoids diabétique de type 2 sous traitement oral (glucophage), a déjà eu de l insuline au début de son diabète, bien équilibré, vient pour un bilan après rupture de suivi.

Tellement différentes. Mme Z chinoise, 60 ans, ne parle pas français, vit et travaille en famille dans un restaurant elle est hypertendue mal contrôlée, vient pour adaptation thérapeutique. Mme A, marocaine, musulmane, 70 ans, parle un peu le français, vit avec son fils, obèse, sédentaire, consulte sur la demande de sa belle fille qui est inquiète. Mr T, français, originaire du sud de la France, 55 ans vit en famille, commercial dans le vin, obèse, qui présente une hypercholestérolémie, vient pour son bilan annuel.

L alimentation: le recueil de données Les questions à poser Les réponses: des éléments à prendre en compte Le contexte de vie: ressources, habitat, autonomie, avenir Les repas: horaires, lieux, avec qui, cuisine et organisation, les goûts, les aliments courant, les lieux d approvisionnement, grignotage.. Les connaissances et représentations : sur l alimentation et le diabète. L entourage: soutien, médiateur, acteur. Les projets: de vie et alimentation.. Les souhaits, les demandes.

Alimentation typique d Afrique subsaharienne La cuisine connaît peu de frontières si ce n est celle des ethnies et des ressources alimentaires. La base: épices, «sauces», céréales ou tubercules. Les légumes et les fruits sont plus ou moins représentés. Cependant il n y a pas une cuisine africaine mais des cuisines africaines! Une diversification (surtout en France) dont il faut tenir compte.

Les féculents: céréales Le riz: céréale de base, entier ou brisé. Le mil ou millet: Afrique sahélienne, en semoule ou en farine (tô) Le fonio ou petit mil: Afrique de l ouest, en semoule. Le mais: entier ou en farine (foufou ou foutou). Le blé: en couscous ou en pain.

Les féculents: tubercules L igname: entier ou en farine. Le manioc: entier, en bâton, en semoule (attiéké) ou farine (foufou ou foutou). Le macabo, taro, la patate douce: entière ou frites ou en farine. La banane: entière ou en farine ou frites (aloco).

Légumes verts et fruits Les feuilles: N dolé, feuilles d igname de manioc (saka saka) etc.. Gombos, aubergines, tomates, etc. Cuisinés dans les sauces. Suivant les régions et les saisons. Les fruits sont plus ou moins consommés suivant les régions: Ananas, banane, papaye, orange

Les matières grasses Les huiles: d arachide ou de palme (ou autres) L arachide: entier ou en pâte. Et les épices et assaisonnements Sel +++ Le piment est plus ou moins représenté. Ail, oignons, crevettes et poissons séchés, Bouillon kub, concentré de tomate, et autres épices.. Ce sont les élément de base des sauces.

Les viandes ou équivalents et produits laitiers Viandes : suivant la disponibilité et la religion: bœuf, agneau, porc, poulet, abats. Poissons: frais, séchés, fumés Crustacés et coquillages: frais, et surtout séchés. Cuisinés dans les sauces, grillés ou frits. (oeufs) Produits laitiers : lait, peu de fromage.

Quelques compositions de recettes Sauce feuille : 40g de lipides par personne 40g de protéines 5g de glucides Mafé :70g de lipides par personne. Foufou: 100g de glucides par personne.

Les boissons et produits sucrés Boissons: bière+++, et boissons sucrées++ (thé sucré, sodas et jus). L alcool surtout dans les pays catholiques. Le sucre et les produits sucrés sont surtout consommés par les urbains et dans les pays proche du Maghreb. Le sucre est souvent sacralisé.

Organisation et structure des repas Le plat peut être commun pour tous les convives qui y mangent à la main ou avec une cuillère. Les quantités cuisinées sont abondantes pour les invités qui peuvent arriver à toute heure de la journée. Convivialité et hospitalité font du repas un moment important!

Organisation et structure des repas Fréquence : 1 (à 3 repas) par jour aux horaires variables. Le repas du soir est souvent le plus important. Le petit déjeuner : à la Française ou à base de bouillies. Le repas principal : Plat unique: une sauce type ragoût, accompagnée de l aliment de base, céréale ou tubercule (équivalents du pain). Ou une friture de poissons ou grillade de viande. Rarement des salades et fruits. Grignotage de maïs, arachides, fruits

Maghreb: Habitudes alimentaires Plus ou moins épicées suivant les régions. Plat commun (Maroc ++) La main droite (pouce index majeur) Pain = fourchette (consommation importante)

Aliments typiques Les féculents: pain (blé, orge), semoule (blé ou orge), pomme de terre, riz, pâtes, légumes secs.pains, galettes Beaucoup de légumes verts Et de fruits frais ou secs et oléagineux Laitages: lait caillé, fermenté, frais, yaourt, fromage fondu, gruyère Viandes hallal: mouton, bœuf, volailles, Œufs poissons

Aliments typiques HUILES, smen Épices Sucre et pâtisseries: miel, sucre, gâteaux Boissons : thé sucré, café, jus de fruits, soda, lait sucré Alcool?

Plats typiques Entrées : salades (zaalouk, salatat), bricks, soupe (harira, chorba) Plats en sauce à base de légumes ou de pommes de terre, d huile, d épices et de viande ou de poisson : tajine fritures, brochettes, couscous Pâtisseries: makrout, beghrir, sucrées et grasses. Pain fait maison (+ gras)

Organisation des repas 3 repas par jour (horaires variables) Petit déjeuner occidental, ou à base de pain et d huile d olive (olives) ou de crêpes (msemen). Ajout de fromage et d œufs Midi et soir (suivant les revenus) Entrées plats fruits++ pain+++ Soupe le soir. Goûter : thé sucré et pâtisseries, fruits frais ou secs

Des pratiques alimentaires différentes Les quantités cuisinées, les horaires des repas Le plat unique ou les plats multiples, le plat commun.. Un gros repas/jour ou de nombreux petits repas.. Les jeûnes Des représentations qui influencent les pratiques Si tu manges, tu es protégé Régime = exclusion de la communauté. Abondance de sucre de miel = honneur à l invité Abondance d huile = richesse Apporter des fruits aux malades, des gâteaux si on est invité

Des représentations, idées reçues, comportements vis-à-vis de la nourriture Certains aliments sont assimilés à des médicaments: Fonio, miel, orge, huile, dattes. Le piment : bon ou mauvais? Les aliments chauds et froids (chine) des légumes verts, des feuilles, «les herbes» Certains ont perdu leurs glucides: Riz noir, riz lavé pomme de terre = légume Les pâtes sont meilleures que le riz pour le diabète La nourriture occidentale peut soigner: la nourriture traditionnelle est «trop riche», déconseillée.

Adaptation en France Alimentation traditionnelle à 90% surtout pour certaines femmes (transmission de la vie et de la culture) Les hommes sont amenés à varier leur alimentation même si ils sont favorables au maintien des traditions. Les enfants et les femmes qui travaillent s opposent parfois à ce mode alimentaire (poids, identité culturelle.) Les enfants sont demandeurs de produits alimentaires différents

Adaptation en France Les plus influencés par l alimentation européenne sont ceux qui prennent des repas à l extérieur. Souvent les moyens financiers limitent la diversification de l alimentation. Les hommes font la cuisine ou achètent des plats cuisinés typiques vendus dans les foyers, restaurants.

Adaptation en France Fonction du niveau socio-économique Une dépendance vis-à-vis de l entourage ou des associations caritatives Pour certains plus de légumes verts et de fruits, mais surtout de produits industriels (plats tout prêts) Mais aussi de boissons et produits sucrés, sandwich, aliments type fast-food (KFC)..

Souvent un manque de connaissances Pour mieux connaître ce que mange les patients : des sources d informations: Les livres, les tables de composition des aliments Les films, photos.. Les sites Internet www.novodiet.com www.cerin.org www.saveursdumonde.net Les marchés Les associations : uraca, café social, interprètes, médiateurs culturels.

Conclusion Ce qui est important: L écoute La documentation, la formation. Rester attentif au risque de globaliser, de généraliser. Développer le conseil personnalisé, ciblé et progressif Travailler en pluridisciplinarité