Portrait de situation d Antoine-Labelle Avril 2011
Table des matières Introduction...3 Condition 1 Le développement et la diversification économique...5 La nécessaire diversification...5 L industrie forestière...11 L industrie agroalimentaire...18 L industrie récréotouristique...22 Le secteur du transport avancé...26 La culture entrepreneuriale...30 Les défis à retenir...32 Condition 2 Relève motivée et qualifiée...33 L offre de formation aux trois ordres d enseignement...33 Le bas niveau de scolarisation...35 La réussite éducative...37 Le besoin de relève...39 Les défis à retenir...41 Condition 3 Dynamisme de la communauté...43 Le territoire et population...43 La pauvreté et ses impacts...46 Un état de santé à améliorer...49 Le rôle essentiel des organismes communautaires...51 Les défis à retenir...58 Condition 4 Milieu de vie de qualité...59 Le logement...59 Le transport et les communications...61 L offre de sport, loisirs et culture...62 Les services de santé...64 Les défis à retenir...65 Condition 5 Mise en valeur durable de l environnement...67 Des ressources à préserver...67 La valorisation des déchets et le potentiel énergétique...71 Les défis à retenir...73 Condition 6 Leadership et participation citoyenne...75 L engagement dans les lieux de pouvoir...75 La participation à la vie démocratique...77 Les défis à retenir...79 Annexes...80 Les membres du comité de pilotage...80 Les personnes consultées...81
Introduction À l été 2010, les membres du comité de pilotage de la démarche collective «Voyons loin, agissons ensemble pour un développement durable» confiaient à l Institut pout le progrès socio-économique (IPSÉ) l importante mission de les accompagner dans ce projet participatif. Le but: faire émerger une vision d avenir commune et un plan d action concret et réaliste pour la réaliser, ceci en mobilisant le plus grand nombre d acteurs concernés. Pour atteindre cet objectif, il était essentiel de se doter d un portrait de situation actualisé et complet. C est sur cette base que seront élaborées par la suite, de concert avec tous les partenaires et les citoyens, des actions structurantes et concrètes pour améliorer la situation. Ainsi, au cours des derniers mois, l IPSÉ a entrepris une consultation sur le terrain afin de brosser un portrait du territoire, en faisant ressortir les forces et les faiblesses ainsi que les grands enjeux à maîtriser. Rappelons des étapes importantes de réalisation de ce portrait. Six conditions de succès essentielles Au départ, six conditions de succès ont été ciblées de concert avec le comité de pilotage : ces six conditions de succès sont essentielles pour assurer la revitalisation socioéconomique du territoire et, ce faisant, une meilleure qualité de vie aux citoyens. Ce portrait de situation présente le diagnostic de chacune de ces six conditions de succès. Ceci a permis de mettre en relief et de cibler les forces et faiblesses d Antoine-Labelle et de faire ressortir les défis les plus importants. Pour chacune des conditions, un principe fondamental est sous-jacent : le développement durable d Antoine-Labelle et on y a accordé une attention particulière, une attention qui devra se refléter d ailleurs dans le plan d action qui sera adopté à la fin de ce vaste processus de mobilisation. Dans la Loi sur le développement durable du Québec, on retrouve cette définition qui concrétise bien ce principe de durabilité : «Au Québec, le développement durable s entend donc d un 3
développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. Le développement durable s appuie sur une vision à long terme qui prend en compte le caractère indissociable des dimensions environnementale, sociale et économique des activités de développement.» Cela signifie de repenser les rapports qu entretiennent les êtres humains entre eux et avec la nature dans une perspective globale où le partage équitable de la richesse prend tout son sens. La démarche Voyons loin, agissons ensemble pour un développement durable épouse donc ces objectifs du développement durable: Maintenir l'intégrité de l'environnement pour assurer la santé et la sécurité des communautés humaines et préserver les écosystèmes qui entretiennent la vie ; Assurer l'équité sociale pour permettre le plein épanouissement de toutes les femmes et de tous les hommes, l essor des communautés et le respect de la diversité ; Viser l'efficience économique pour créer une économie innovante et prospère, écologiquement et socialement responsable. La consultation préalable sur le terrain Dans le cadre de cette démarche, la consultation sur le terrain des intervenants et des citoyens était très importante. Cette approche a d abord permis de prendre le pouls des premiers et de mettre en relief des pistes de réflexion. Plus de 80 intervenants socioéconomiques ont participé à six tables rondes d une demi-journée, afin d approfondir l état de situation de chacune des six conditions de succès et d identifier de grands enjeux et défis pour la région. Cette consultation des intervenants a été suivie de cinq consultations citoyennes qui se sont déployées sur autant de territoire en février dernier : Rivière-Rouge (Vallée de la Rouge), Notre- Dame-de-Pontmain (pour la Lièvre Sud), Lac-des-Écorces (pour la Vallée de la Kiamika), Ferme- Neuve (pour la Lièvre Nord) et Mont-Laurier. Quelque 230 citoyens ont donné leur point de vue sur le portrait de situation et identifié plusieurs pistes d action qui pourront être discutés dans le cadre du grand Forum citoyen du 30 avril prochain. On retrouvera dans les pages qui suivent le portrait de situation qui nourrira la réflexion des participants. 4
Condition 1 Le développement et la diversification économique Dans la MRC d Antoine-Labelle, l objectif de la diversification reste entier dans un contexte de changement important sur le plan de l économie régionale. L industrie forestière vit une période d incertitude liée à l entrée en vigueur d un nouveau régime forestier dont on ignore encore l orientation précise sous plusieurs aspects. L arrivée en force de Forex sous contrôle américain qui détient les trois principales scieries régionales annonce également de grands chambardements sur un territoire qui a toujours fonctionné avec un réseau de petites et moyennes entreprises locales. Pendant ce temps, l industrie explore de nouvelles voies de transformation et la certification FSC ouvre des possibilités. L émergence de la notion de forêt de proximité qui s appuie sur un contrôle local et territorial progresse lentement dans l attente de précisions supplémentaires du régime forestier. Dans ce dernier cas, la MRC explore diverses voies de développement et se tient prête à toute éventualité. Par ailleurs, une stratégie d ensemble fondée sur le concept de la multifonctionnalité des ressources ne reçoit pas un appui unanime de la part des décideurs. Les deux autres piliers, l agroalimentaire et le récréotourisme sont dans des situations différentes. Le premier éprouve des difficultés et doit mettre l accent sur la transformation et la commercialisation. Le biologique offre une voie distinctive. Le deuxième se structure, mais cherche toujours le «grand projet» à travers les quatre pôles qui sont clairement déterminés. Il y a enfin une nouvelle voie qui s ouvre, celle du transport avancé qui ne reçoit pas non plus tout l appui qu il devrait. La culture d innovation et la synergie devront être renforcées. La nécessaire diversification Pour atteindre son plein potentiel de développement, la région d Antoine-Labelle doit prendre ses distances à l égard de son appellation de «région ressource» et adopter résolument une approche de diversification économique dans son sens le plus large, c est-à-dire passer par une reconversion de son tissu industriel afin d assurer le développement futur de son territoire. La reconversion ne signifie pas tourner le dos à son passé industriel pour ne prendre qu une seule nouvelle et unique voie d avenir, ni remplacer une industrie par une autre. Elle propose plutôt de rediriger les secteurs industriels existants vers des activités ou des créneaux à valeur ajoutée. La reconversion devient alors l élément actif de la diversification économique, diversification qui implique aussi d identifier des secteurs industriels entièrement nouveaux ouvrant de nouvelles perspectives d avenir. Voilà la véritable diversification économique. Une très légère amélioration de la diversification La plupart des régions ressources et des régions rurales qui dépendent fortement du secteur primaire sont confrontées à des objectifs de diversification économique, c est-à-dire qu elles doivent répartir leur population active dans plusieurs secteurs d activité industrielle ou économique. Cela leur permet d être moins vulnérables lors d une crise comme celle qui sévit depuis plusieurs années dans l industrie forestière québécoise. Une économie locale diversifiée a de meilleures chances d être stable et de prospérer. Qu en est-il exactement de l état de diversification économique dans la MRC d Antoine-Labelle? On peut l établir en utilisant l indice de concentration économique de Herfindahl, dont le nom provient de l économiste Orris C. Herfindahl, grand spécialiste des économies basées sur les ressources 5
naturelles. L indice est égal à la somme des carrés des parts d emploi de chaque branche d activité dans chaque collectivité. Ainsi, pour la MRC d Antoine Labelle, l indice qui était de 0,27 en 2001 est passé à 0,25 en 2006, une baisse qui signifie théoriquement que l économie régionale s est quelque peu diversifiée durant cette période. En effet, une augmentation de l indice signifie que l économie s est spécialisée ou concentrée davantage, alors qu une baisse signifie qu elle se diversifie. Le recensement de 2011 sera d ailleurs éclairant à cet égard. Il faut être prudent dans l interprétation de l évolution dans le temps de l indice, car on doit aussi prendre en considération le contexte économique et l évolution de la population active durant la même période. Le résultat des calculs est nécessairement influencé par la stagnation de l industrie forestière (tendance à la baisse) et, à l inverse, par l augmentation de la population active et du niveau de chômage. Dans le cas d Antoine-Labelle, nous pouvons conclure à une réelle amélioration de la base économique, si minime soit-elle, car l augmentation de la population active a compensé la baisse de l emploi dans le domaine des ressources. Lorsqu on utilise l indice de Herfindahl, aucune norme officielle définit avec précision une collectivité dite diversifiée ou, à l inverse, dite spécialisée, voire monoindustrielle. On convient généralement d un seuil de 0,20 pour départager les économies diversifiées et celles qui sont plus spécialisées. Il est alors intéressant de se mesurer par rapport aux autres collectivités rurales, celles qui sont non adjacentes à une région métropolitaine; l indice varie entre 0,09 pour les plus diversifiées et 0,36 pour les plus spécialisées. L objectif de la diversification reste entier Le premier objectif d Antoine-Labelle est nécessairement de se situer sous la barre du 0,20. L effort pour atteindre cet objectif n est pas le même pour toutes les municipalités qui forment la MRC. Les villes plus urbanisées doivent viser à atteindre le but plus rapidement que celles qui le sont moins ou qui sont plus éloignées de leur centre nerveux, par exemple. Les collectivités à l intérieur d une même MRC peuvent être près l une de l autre géographiquement parlant, mais elles ne partagent pas nécessairement les mêmes caractéristiques. Ainsi, dans Antoine Labelle, l indice de Ferme-Neuve (0,22) donne à penser que l emploi y est plus diversifié qu à Mont- Laurier (0,25) ou qu à Rivière-Rouge (0,27). Il faut donc reconnaître que le contexte régional ne suppose pas forcément des possibilités économiques semblables, pas plus qu il ne les limite. Ce serait plutôt l inverse. N importe laquelle des trois principales municipalités mentionnées ci-dessus pourrait agir comme levier dynamique du développement économique de la MRC. Il faut commencer par choisir le meilleur projet, celui qui aura un impact assuré en retombées économiques sur l ensemble du territoire, celui qui rejaillira sur l ensemble du territoire, quelle que soit sa provenance géographique. Il faut certes éviter l éparpillement. La communauté et les autorités locales doivent d abord identifier un projet porteur, tous secteurs confondus, celui qui offre le meilleur levier à long terme. «Un pour tous et tous pour un», pourrait-on dire. Ceci étant dit, les trois secteurs phares de l économie ne doivent surtout pas être mis de côté, bien au contraire. Si l on veut atteindre un bon seuil de diversification, il faut maintenir et accroître l emploi dans les autres secteurs d activité, sinon les efforts déployés sur un seul secteur conduiront à concentrer l économie, ce qu il faut éviter à tout prix. Les trois secteurs phares de l économie, soit la forêt, l agriculture et le récréotourisme, doivent être partie prenante des efforts de diversification ou de reconversion vers des créneaux à valeur ajoutée. 6
Finalement, il est sage de regarder à l horizon et de choisir un créneau innovateur, qui ne manquera pas d étonner parce que sortant des sentiers battus. Il suscitera possiblement la perplexité, voire le rejet au premier abord. Il y a là, certes, des efforts à consentir pour rallier tout le monde à cette nouvelle voie de développement. Dans le cas présent, le choix du transport avancé est fort intéressant à plusieurs égards, comme nous le verrons un peu plus loin. En somme, la diversification et la création de valeur sont intimement liées. On diversifie en créant de la valeur dans des domaines existants, et on crée de la valeur en se diversifiant vers de nouveaux secteurs. La revitalisation d une économie régionale se fonde à la fois sur la base de la reconversion et d un virage économique ou industriel. En fait, il s agit de savoir moderniser les secteurs existants, tout en explorant constamment de nouvelles avenues. Le caractère de région ressource Les données sur l emploi selon les secteurs industriels permettent de qualifier l activité économique du territoire. Les personnes en emploi habitant la MRC d Antoine-Labelle se répartissaient dans les secteurs d activité suivants : 7,8 % dans le secteur primaire, 16,2 % dans le secteur secondaire et 75,9 % dans le secteur tertiaire. (Voir le tableau à la page suivante.) À l instar des économies occidentales, le secteur tertiaire est prédominant dans la MRC. Rappelons que les données portent sur le nombre de personnes en emploi peu importe leur lieu de travail. Comme nous le verrons un peu plus loin, plusieurs personnes exercent leur emploi à l extérieur de la MRC, voire hors de la région. Certains secteurs d activité sont davantage concernés par cette réalité. Secteur primaire Le caractère de région ressource de la MRC d Antoine-Labelle s observe par le fait que 1 130 personnes (7,8 %), sur un total de 14 530 personnes en emploi dans la région, travaillent dans le secteur des ressources naturelles. L importance du secteur primaire est largement supérieure à ce qui prévaut dans la région des Laurentides (1,9 %) ou dans l ensemble du Québec (2,7 %). La forte présence des ressources naturelles dans la MRC d Antoine-Labelle découle non seulement de l activité forestière, mais également de l agriculture. Souvent occultée par l activité forestière, cette dernière génère à peu près le même nombre d emplois dans la région que la foresterie. En proportion, la MRC génère deux fois plus d emplois en agriculture que dans l ensemble du Québec, ce qui confère une importance réelle à ce créneau sur le territoire. Reste toutefois qu en termes relatifs, ces deux secteurs demeurent moins importants en nombre d emplois tant dans la région des Laurentides que dans l ensemble du Québec, par rapport aux emplois regroupés dans les secteurs secondaire et tertiaire. Secteur secondaire Lors du dernier recensement, 2 360 personnes en emploi habitant la MRC d Antoine-Labelle (16,2%) travaillaient dans le secteur secondaire, soit plus du double du secteur primaire. Cette part était toutefois moins importante dans la MRC que dans la région des Laurentides (21,7 %) et dans l ensemble du Québec (19,5 %). Concernant la fabrication, ce sont évidemment les usines de première transformation du bois (945 emplois) qui sont prédominantes. Avec une part de 6,5 % de la main-d œuvre locale, elles se trouvent loin devant la transformation alimentaire (220 emplois), soit seulement 1,5 % du total des emplois. C est ainsi que la foresterie prend son importance : elle génère plus d emplois directs tous secteurs confondus (primaire, secondaire, tertiaire) que l agriculture. Selon une étude d ÉcoTec publiée en 2004, soit avant la crise forestière, 128 entreprises avaient été identifiées dans le domaine, générant un peu plus de 2 450 emplois directs. Évidemment, ces derniers chiffres sont très certainement moindres aujourd hui, mais le secteur forestier demeure néanmoins prédominant. 7
Tableau 1.1 Emplois et entreprises selon le secteur industriel, 2006, MRC d Antoine-Labelle MRC d Antoine-Labelle Le Québec Emplois Entreprises Emplois Part du Nombre Part du Nombre Variation Nombre total des moyen total des d emploi 2001-2006 d entreprises emplois d'employés emplois (n) (%) (%) (n) (n) (%) Secteur primaire 1 130 7,8 37,0 162 7,0 2,7 Agriculture 475 3,3 69,6 88 5,4 1,7 Foresterie/exploitation forestière 415 2,9 13,7 69 6,0 0,3 Soutien agriculture/foresterie 140 1,0 40,0 ** ** 0,2 Extraction minière 85 0,6 13,3 5 17,0 0,4 Secteur secondaire 2 360 16,2 4,9 196 12,0 19,5 Construction 895 6,2 40,9 142 6,3 5,0 Fabrication aliments et boissons 220 1,5-25,4 11 20,0 1,9 Fabrication de produits en bois 945 6,5-16,0 16 59,1 1,2 Impression et activités connexes 80 0,6 + 4 20,0 0,7 Transformation des métaux 75 0,5 + 10 7,0 1,9 Fabrication de matériel transport 35 0,2 + 4 8,8 1,3 Fabrication de meubles 40 0,3 + 3 13,3 1,0 Secteur tertiaire (services) 11 035 75,9 18,2 999 11,0 77,8 Commerce de gros et de détail 2 425 16,7 5,0 268 9,0 16,4 Transport et entreposage 785 5,4 17,2 137 5,7 4,6 Services financiers et immobiliers 455 3,1 19,7 63 7,2 5,5 Services professionnels, scientifiques et techniques 420 2,9 44,8 67 6,3 6,4 Gestion d'entreprises, services administratifs et autres 340 2,3 83,8 39 8,7 3,6 Services d'enseignement 935 6,4 21,4 6 155,8 7,0 Soins de santé/assistance sociale 2 200 15,1 19,2 74 29,7 11,6 Information, culture et loisir 355 2,4 9,2 32 11,1 4,4 Hébergement et restauration 1 105 7,6-3,5 158 7,0 6,1 Administration publique 905 6,2 57,4 23 39,3 6,3 Ensemble des secteurs 14 530 100,0 16,7 1357 10,7 100,0 Source : Recensement de 2006, Statistique Canada. L industrie de la construction est aussi particulièrement présente sur le territoire, accaparant 6,2 % des personnes en emploi. La région d Antoine-Labelle n enregistre pourtant qu une faible croissance démographique. La poussée immobilière dans la MRC des Laurentides, au sud, comme l émergence de la villégiature sur le territoire expliquent sûrement en partie cette donnée. Secteur tertiaire Comme dans l économie nationale, l industrie des services occupe aussi la place la plus importante dans l économie locale. Plus des trois quarts des personnes en emploi (11 035 personnes) dans la MRC d Antoine-Labelle travaillent en fait dans l industrie des services. 8
Parmi les principaux employeurs, on retrouve au premier rang le secteur du commerce de détail (16,7 %), plus important en nombre d emplois (2 425) que le secteur secondaire (2 360) au grand complet. Vient ensuite le domaine de la santé et des services sociaux (15,1 %), comprenant une bonne partie de l économie sociale ainsi qu un certain nombre d activités des organismes communautaires. On trouvera d ailleurs des précisions sur l apport essentiel des organismes communautaires dans l emploi et ce faisant sur leur rôle trop souvent oublié dans le développement de l économie régionale (voir Condition 3, Dynamisme de la communauté, page 51). Les services d hébergement et de restauration (7,6 %), d enseignement (6,4 %) et de transport et d entreposage (5,4 %) sont également très présents. Le rôle de capitale régionale de Mont-Laurier fait en sorte que la fonction publique et le domaine institutionnel y sont assez présents. On trouve en effet plus de 900 emplois (6,2 %) dans l administration publique, un nombre presque aussi important que dans l enseignement. Les trois secteurs phares de l économie Depuis très longtemps, trois secteurs d activité économique sont prédominants dans l économie de la région. Ils sont liés, de près ou de loin, à la présence de richesses naturelles sur le territoire : la forêt, les terres agricoles, l eau et les paysages. Tableau 1.2 Emplois des trois industries phares (tous secteurs combinés), MRC d Antoine-Labelle Secteurs primaire 1971 1991 2006 et secondaire (n) (%) (n) (%) (n) (%) combinés Bois et forêt 1080 16,0 1000 8,6 1500 10,3 Agroalimentaire 375 5,6 665 5,7 700 5,0 Récréotourisme (1) 480 7,1 856 7,5 1450 10,0 1 Le récréotourisme comprend le secteur de l hôtellerie et restauration ainsi que celui de l information, culture et loisir Source : Recensements de 1971, de 1991 et de 2006, Statistique Canada. Surtout connue pour son industrie du bois et sa foresterie, la MRC d Antoine-Labelle a toujours eu un caractère agricole important et une base récréotouristique croissante. Depuis plus de 40 ans, un équilibre relatif existe entre les trois secteurs, celui du bois et de la foresterie étant le plus sensible à la conjoncture économique. Sa part de l emploi localisé fluctue effectivement à travers les années. En 1971, ce secteur employait un peu plus d un millier de personnes, ce qui représentait alors 16,0 % des emplois. Après une légère baisse durant les années 1990, le nombre d emplois a grimpé à près de 1 500 dans ce secteur en 2006, ce qui représentait 10,3 % des emplois sur le territoire. Le secteur agroalimentaire est peut-être le moins connu des secteurs phares de l économie locale. On qualifie très rarement la région d Antoine-Labelle de région agricole. Pourtant, le secteur des fermes et de la transformation des aliments emploie plus de 700 personnes, soit 5,0 % de tous les emplois sur le territoire. Et cette part est relativement constante depuis longtemps. En 1971, les 375 personnes que ce secteur employait représentaient une part similaire du total des emplois, soit 5,6 %. Le secteur récréotouristique prend quant à lui une place de plus en plus importante dans l économie régionale. De 480 emplois en 1971, il est passé à 1 450 en 2006. Sa part s est accrue, passant de 7,1 % du total des emplois à 10,0 % au cours de la même période. Le secteur récréotouristique est donc presque devenu aussi important que le secteur du bois et de la foresterie dans la région au chapitre de l emploi. En termes de revenu, le secteur du bois et de la foresterie demeure toutefois plus important. La valeur ajoutée dans le secteur récréotouristique est plus limitée. 9
Les indices de dévitalisation s améliorent Trois municipalités d Antoine-Labelle sont parmi les plus dévitalisées du Québec (-5,0) selon les données du recensement de 2006 et sont de ce fait reconnues par les autorités du ministère des Affaires municipales et de l Occupation du territoire (MAMROT) dans le cadre du Plan d action gouvernemental à l intention des municipalités dévitalisées. Il s agit d une nette amélioration comparativement à 2001 alors que neuf municipalités affichaient alors une forte dévitalisation. L indice de dévitalisation (ou de développement) est calculé dans le tableau ci-dessous à partir des données des trois derniers recensements. Il comprend sept variables : 1) l évolution de la population, 2) le taux de chômage, 3) le taux d emploi,4) le % de transferts gouvernementaux, 5) la prévalence de faible revenu, 6) le revenu moyen, 7) le % de la population sans diplôme secondaire. Tableau 1.3 Les indices de dévitalisation (de développement) de la MRC d Antoine-Labelle Municipalités 1996 2001 2006 Évolution 2001/2006 Sainte-Anne-du-Lac -7,68-4,67-9,21 Recul marqué L'Ascension -5,64-6,10-7,23 Recul léger Lac-du-Cerf -6,89-7,50-6,11 Amélioration Notre-Dame-de-Pontmain -4,30-6,73-4,92 Amélioration Notre-Dame-du-Laus -6,31-6,05-4,06 Amélioration Rivière-Rouge -2,31-2,93-3,37 Recul léger La Macaza -2,35-3,31-3,33 Sans changement Ferme-Neuve -5,01-3,44-3,25 Sans changement Mont-Saint-Michel -10,09-6,75-3,22 Amélioration Kiamika -0,60-5,57-2,18 Amélioration Chute-Saint-Philippe -8,31-5,81-1,76 Amélioration marquée Lac-des-Écorces -3,13-3,47-1,13 Amélioration Lac-Saguay -10,60-8,03-0,75 Amélioration marquée Mont-Laurier -1,6-2,39-0,29 Amélioration Lac-Saint-Paul -14,68-7,13 +0,05 Amélioration marquée Saint-Aimé-du-Lac-des-Îles -2,53-2,93 +1,34 Amélioration marquée Nominingue +0,25-2,97 +1,61 Amélioration marquée Source : Direction du développement rural, MAMROT, d après les recensements 1996, 2001, 2006, Statistique Canada Onze municipalités du territoire sont classées légèrement à moyennement dévitalisées ayant un indice de développement négatif. Seulement trois municipalités montre un résultat positif de développement se retrouvant dans le groupe des faiblement vitalisées. Les pages qui suivent passent en revue les trois secteurs phares de l économie ainsi que le nouveau créneau en émergence, le transport avancé. Tous des leviers essentiels à la relance de la région. 10
L industrie forestière L industrie forestière dans la région d Antoine-Labelle a toujours progressé selon une logique d innovation. Elle a même créé plus d un précédent non seulement sur le plan industriel, mais aussi sur celui de l environnement. Heurtée de plein fouet par une crise structurelle, elle doit affronter de nouveaux défis qui ne seront pas nécessairement des plus faciles à relever, mais qui peuvent s avérer stimulants et rentables à moyen terme. D ailleurs, la MRC d Antoine-Labelle a une longue histoire d initiatives innovantes et originales en matière de foresterie durable. La fabrication de produits en bois et la foresterie ont presque toujours été intégrées l un à l autre. Du temps du régime des concessions, comme de celui des contrats d approvisionnement et d aménagement forestier (CAAF), les opérations de récolte et de mise en valeur de la forêt publique ont toujours été la responsabilité des usines de transformation elles-mêmes. Les activités forestières étaient accomplies directement par ces entreprises ou par leurs sous-contractants. L avantage de cette forme d intégration aura été de lier directement les activités de transformation du territoire aux ressources forestières qui s y trouvent. C est de cette façon que la région d Antoine- Labelle a réussi à se bâtir un tissu d entreprises indépendantes, de petite ou de moyenne taille, dont les activités sont liées essentiellement à la transformation du bois plutôt qu à la production des pâtes et papiers. Les usines de première transformation du bois de la région fabriquent des produits de scierie et de rabotage, des portes, châssis et autres bois travaillés, des armoires et placards de cuisine, des bâtiments préfabriqués et des charpentes de bois, des panneaux agglomérés, du bois d œuvre et autres panneaux. Elles font aussi du déroulage et de la préservation du bois. Une industrie dans la tourmente Depuis 2004, l industrie vit une crise importante. L effondrement du marché immobilier américain, la crise financière et la récession ont entraîné des fermetures d usine et des pertes d emploi importantes dans la région. Le raffermissement de la compétition internationale sur le marché du bois est aussi un facteur structurel important. Plusieurs piliers du secteur forêt ont dû se résoudre à la faillite avant d être rachetés. C est le cas de l entreprise centenaire Max Meilleur et Fils de Ferme-Neuve, acculée à la faillite en avril 2010 par le créancier principal qui a refusé la proposition de règlement soumise par le syndic de faillite. Ceci a pavé la voie au rachat de la scierie Meilleur en août 2010 par le Groupe Forex (famille Cossette) de Montréal, groupe qui appartient depuis août 2000 au géant américain Louisiana-Pacific de Nashville, une entreprise spécialisée dans les produits de construction ayant réalisé l an dernier un chiffre d affaires consolidé de 1,4 milliard $. Quelques jours plus tard, c est au tour de la scierie de résineux Henri Radermaker et Fils de subir un sort semblable. L entreprise de Rivière-Rouge, secteur Sainte-Véronique, passe elle-aussi sous le contrôle du Groupe Forex après une faillite. Même si dans la région, on continue de parler de la famille Cossette comme du nouveau propriétaire plutôt que de Forex, il faut se rendre à l évidence : les décisions qui seront prises par Forex ne seront pas fondées sur des considérations locales ou régionales. Le rendement financier devient l unique critère décisionnel. L avenir ultime des deux principales scieries de résineux d Antoine-Labelle se trouve désormais entre des mains américaines situées dans l État du Tennessee. Par ailleurs, le Groupe Forex vient de se porter acquéreur de la principale créance de Bois Nobles Ka N Enda, créance de 1,7 million $ détenue par la Caisse centrale Desjardins. Le Groupe Forex prend ainsi une option sérieuse sur le rachat éventuel de Bois Nobles Ka N Enda, supplantant par le 11
fait même Commonwealth Plywood, l un des plus importants transformateurs de feuillus au Québec, qui avait aussi l œil sur la scierie de Mont-Laurier. Cette dernière se spécialise dans les opérations de sciage, de déroulage et de mise en copeaux de feuillus. On se souvient qu en décembre 2007, un groupe d investisseurs privés, soutenu notamment par différentes composantes du Mouvement Desjardins ainsi que par le Fonds de solidarité de la FTQ et Investissement Québec, avait donné l espoir d une relance de la nouvelle entreprise Bois Nobles Ka N Enda employant une soixantaine de personnes. Trois ans plus tard, l entreprise doit se mettre sous la protection de la Loi sur la faillite. Aujourd hui, il semble acquis que Forex va accroître une fois de plus sa mainmise sur l industrie forestière d Antoine-Labelle. Ces prises de contrôle successives des opérations de transformation du bois dans la MRC par le puissant Groupe Forex viennent bouleverser de fond en comble la structure industrielle de la région dans le secteur du bois et de la foresterie. La page qui vient d être tournée met fin irrémédiablement à l ancienne structure de producteurs indépendants qui faisait jadis l orgueil d Antoine-Labelle. À moins d un revirement inattendu, il semble que le Groupe Forex va bel et bien se retrouver dans une situation de monopole à l égard des nombreux petits producteurs de la région, pour la plupart propriétaires de fermettes, qui travaillaient jusqu à maintenant en complémentarité avec les trois scieries indépendantes d Antoine-Labelle. Voudra-t-on maintenir cette toile d araignée? Comme tout changement en profondeur, la situation actuelle en inquiète plusieurs dans la région. Voilà une autre incertitude qui, s ajoutant à celle de l entrée en vigueur prochaine d un nouveau régime forestier, vient perturber le futur de l industrie forestière régionale. Un réseau d innovation Pour sortir de la crise et traverser cette période de grands chambardements, l industrie locale peut compter sur un réseau d innovation qui s est développé au fil des ans. Le Centre de formation professionnelle Mont-Laurier offre un ensemble de formations liées à la foresterie et à la transformation du bois. Le Réseau d innovation et d expérimentation opérationnelle Forêt (RIE-Forêt) permet aussi de structurer l innovation sylvicole et la gestion par projet des activités d aménagement et d approvisionnement forestiers sur le territoire. Les acteurs locaux jouissent également d une organisation vouée au renouvellement d une relève dans le secteur forestier : la Table Forêt Laurentides. Le réseau d innovation pourra également miser sur les résultats du projet Le Bourdon, dont les objectifs sont énoncés en détail dans la condition «Mise en valeur durable de l environnement». On trouve sur le territoire de la région administrative des Laurentides la présence d un créneau d excellence ACCORD dédié à «l utilisation et à la transformation de la forêt mixte : produit à valeur ajoutée». Comme on sait, le programme ACCORD (Action concertée de coopération régionale de développement) a été mis en place par le ministère du Développement économique, de l Innovation et de l Exportation pour identifier les forces régionales et miser sur la recherche de l excellence dans les secteurs clés du Québec. Il favorise le regroupement de gens d affaires et d entrepreneurs d une même région, qui ont une vision commune de leur secteur d activité et qui définissent une stratégie à long terme pour le mettre en valeur. Dans le cas présent, la mission du créneau ACCORD est d introduire le maximum d innovations possibles de l arbre jusqu au marché dans le but d optimiser l utilisation du bois. Il a permis la mise sur pied de Signature Bois Laurentides, dont le siège social se situe à Mont-Laurier. Cet organisme sans but lucratif rassemble 23 entreprises qui souhaitent jouer un rôle plus actif dans le développement de l industrie forestière de la région. Son objectif principal est de commercialiser une signature pour les 12
produits ligneux de qualité en provenance des forêts feuillues et mixtes du territoire, et qui témoigne de leur contribution au développement durable. Le marché privilégié pour les nouveaux débouchés est celui des structures de bâtiments commerciaux et institutionnels. Pour arriver à percer ce marché, il faut mettre en place un maillage efficace avec des firmes d architecture, de génie et des entrepreneurs en construction. Il faut également pouvoir compter sur un certain support politique pour amener la réglementation à changer et faciliter la construction de structures commerciales et institutionnelles en bois. Il serait également cohérent que les gouvernements locaux donnent l exemple en modifiant leurs propres règlementations et en optant pour des structures en bois dans la construction de leurs bâtiments institutionnels. La certification FSC Au cours des dernières années, l un des principaux développements de l industrie de la foresterie et de la transformation du bois sur le territoire est l obtention de la certification du Forest Stewardship Council (FSC) pour une part importante (85 %) de la forêt locale appartenant au domaine public. Cette certification permet d attester que les pratiques forestières respectent les grands principes du développement durable. Il s agit de la norme la plus exigeante de certification reconnue mondialement. La MRC d Antoine-Labelle détient actuellement la superficie de forêt publique certifiée FSC la plus importante au Québec. Le Forest Stewardship Council (FSC) est une organisation non gouvernementale (ONG) sans but lucratif qui a été créé en 1993 par un groupe représentatif de diverses organisations provenant de 25 pays. Ces organisations comprennent des groupes environnementaux, sociaux, de commerce du bois et du secteur industriel forestier. Le FSC a développé des principes et des critères de gestion forestière qui déterminent ce qui constitue une bonne gestion forestière. Les forêts dont la gestion est évaluée de façon indépendante et qui se conforment aux normes établies peuvent être certifiées comme bien gérées selon le FSC. Il s agit d un potentiel intéressant pour la reconnaissance du savoir-faire local et pour la mise en valeur du bois récolté sur le territoire. Cela ouvre également la porte à de nouvelles perspectives d affaires. Parmi les clients de l industrie du bois, on retrouve de plus en plus de joueurs majeurs, comme IKEA ou Home Depot, qui exigent qu un certain volume de bois soit certifié parmi leur inventaire. Leurs fournisseurs sont ainsi amenés à se démarquer sur le plan de la qualité de leurs pratiques d aménagement, et non plus seulement en matière de prix. Il s agit là d un changement de paradigme pour lequel les entreprises locales ont déjà un positionnement avantageux. Malheureusement, pour l instant, certaines entreprises par où le bois certifié transite tardent à entreprendre le processus de certification (chaîne de traçabilité), compte tenu des coûts et des contraintes que cela exige : on n y voit pas encore suffisamment de retombées concrètes. Pourtant, au-delà du fardeau supplémentaire occasionné, il y a une réelle opportunité de se positionner sur les marchés de consommation. Des efforts de sensibilisation devraient d ailleurs viser à mettre en lumière ces atouts. Un nouveau régime forestier À partir de 2013, la forêt située sur le territoire public de la MRC d Antoine-Labelle sera soumise à un nouveau régime forestier. Il s agit là d un changement majeur en matière de gestion de la forêt publique. Toute la gestion et la planification seront désormais dévolues à l État. Les détenteurs actuels de CAAF bénéficieront d approvisionnements garantis, mais une partie considérable des volumes devrait être vendue à l enchère (25 %). Ce pourcentage a été avancé par la ministre des Ressources naturelles et de la Faune, mais il n apparaît nulle part dans les documents officiels. 13
Ce 25 % soulève bien des interrogations. D aucuns se demandent tout simplement s il ne s agit pas d un leurre. En effet, l exploitation de la ressource forestière exige des connaissances particulières et une capacité financière qui n est pas donnée à tout le monde. On craint donc que ce 25 % profite davantage aux entreprises organisées qui viendront de l extérieur de la région, ou encore à des entreprises, également de l extérieur, qui ont acquis des entreprises locales. L impact sera majeur sur l industrie. Pour la première fois de l histoire, les entreprises de transformation du bois seront déconnectées de la gestion de la ressource. La foresterie fonctionnera de façon indépendante et sous la responsabilité de l État. De l avis de plusieurs intervenants forestiers d Antoine-Labelle, cette stratégie gouvernementale dans son ensemble n est pas adaptée à une forêt mixte du type de celle des Hautes-Laurentides, où le feuillu est dominant. Elle a été davantage conçue pour la forêt boréale. Plusieurs acteurs de la région craignent que le nouveau régime forestier entraîne une gestion de la forêt à partir de l extérieur de la région. Signature Bois Laurentides a déposé un mémoire dans le cadre des consultations publiques portant sur la stratégie d aménagement durable des forêts (SADF). Les «commentaires» présentés au ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF) en janvier 2011 s attardent tout particulièrement aux aspects de gouvernance du nouveau régime forestier et au maintien de l expertise développée en région. Le ministère admet que «les connaissances sont essentielles à l aménagement durable des forêts» et il identifie certains domaines de recherche qui vont de l état et du fonctionnement des écosystèmes à la fabrication des produits issus de la forêt ( ). Le document de travail du MRNF identifie les organismes de recherche comme étant ceux qui génèrent les connaissances. Il limite le rôle des praticiens et des utilisateurs de la forêt à l identification des besoins. Cet aspect est d autant plus préoccupant qu il n y a pas de centre de recherche, ni d université, dans les Laurentides comme c est le cas par exemple en Abitibi, au Saguenay-Lac-Saint-Jean ou en Outaouais. «Or, souligne le mémoire, la qualité des travaux menés dans la région des Laurentides et la pertinence des résultats obtenus démontrent, d une part, que les chercheurs ont intérêt à travailler en étroite collaboration avec les professionnels et les gestionnaires qui œuvrent sur le terrain et que, d autre part, il est important que les professionnels et les gestionnaires terrain puissent mener des activités d innovation et d expérimentation opérationnelle qui améliorent leurs pratiques et enrichissent les travaux menés par les chercheurs.» Les deux questions que pose alors Signature Bois Laurentides vont de soi : Quelles sont les conditions que le MRNF compte mettre en place pour que des activités d innovation et d expérimentation opérationnelle puissent continuer de s exercer sur le terrain? Comment compte-t-il s y prendre pour s assurer que les connaissances développées dans la région des Laurentides contribuent à la mise en œuvre de la SADF? Autrement dit, l engagement de tous demandé par le gouvernement doit s étendre au domaine de l acquisition et du partage des connaissances. Les réponses vont être déterminantes. La nécessité d un cadre de gestion Si le partage des connaissances est un élément crucial de la prise de décisions éclairées, la mise en place d un cadre de gestion du développement durable l est tout autant. «Or, remarque-t-on, la stratégie gouvernementale ne fait référence à aucune étude d impact économique pour les communautés locales et pour la structure industrielle régionale existante. Elle ne fait pas non plus référence à une évaluation des ressources humaines et financières qui devront être mobilisées pour sa mise en œuvre.» 14
La question qui se pose est cruciale pour les travailleurs œuvrant en foresterie, pour les entreprises qui s approvisionnent sur le territoire forestier public et pour les communautés locales qui sont directement concernées par ces choix. On se demande comment le ministère compte intégrer les préoccupations de maintien du niveau des activités économiques reliées à la sylviculture et celles du maintien d un approvisionnement adéquat des usines en fonction de la catégorie des produits qu elles transforment, à la planification forestière tactique et opérationnelle? Ces deux types de question reflètent un enjeu majeur pour l avenir de l industrie et, bien sûr, pour celui du régime. Il est évident qu une perte d expertise locale pourrait en résulter, à moins que le gouvernement ne remette la gestion de la forêt publique aux communautés locales par l intermédiaire des MRC, lesquelles pourront s adjoindre les experts forestiers locaux. La gouvernance demeure un enjeu majeur, car les acteurs locaux, surtout en tenant compte de l historique d Antoine-Labelle, doivent continuer de jouer un rôle actif dans la gestion de la forêt. L établissement de pratiques innovantes doit nécessairement être lié aux possibilités de transformation qui existent sur le territoire. Le nouveau régime forestier ouvre également la porte au marchandage du bois. Le lien qui existe entre les usines de transformation et la gestion des ressources étant rompu, les volumes de bois récoltés sur le territoire deviendront plus mobiles. Plutôt que d être garantis aux usines locales, ils pourront être transportés plus aisément à l extérieur de la région. Il y a donc là un risque également pour les entreprises locales de transformation. Seules les usines les plus efficaces pourront s approprier les volumes de bois supplémentaires. On craint, non sans raison, que le gouvernement aura de la difficulté à intégrer les aspects particuliers demandés par les régions dans son modèle de gestion. La stratégie d aménagement est certes un élément important, mais le futur règlement d application de la stratégie l est tout autant, sinon plus encore. Après avoir tenu une consultation publique du 12 octobre 2010 au 28 janvier 2011 sur la stratégie dans son ensemble, le gouvernement vient d entreprendre (en mars 2011) une phase de consultations régionales, cette fois sur les aspects opérationnels de la stratégie. Un premier rapport sur les résultats de la consultation publique devrait être publié au cours du printemps 2011. Reste donc à savoir, au moment de produire le présent document, vers quoi tout cela conduira précisément l industrie forestière dans Antoine-Labelle. On prévoit que la stratégie d aménagement durable des forêts entrera en vigueur en 2013. Le concept de forêt de proximité Dans ce contexte politique en pleine transformation apparaît aussi le concept de «forêt de proximité». Ce dernier est mentionné dans la stratégie d aménagement durable du gouvernement sans y être défini de façon très précise. Il ne s agit pas d un concept nouveau, car il existe déjà plusieurs expériences en ce domaine au Québec : certaines ont pris leur envol dans la foulée du mouvement coopératif, d autres ont vu le jour à partir d un concept similaire lancé au début des années 1990 : la «forêt habitée». Le concept demeure flou, car il n y a jamais eu de loi ou politique réellement établies par le gouvernement en cette matière que Solidarité rurale du Québec (SRQ) nomme la «foresterie communautaire». Mentionnons que cette coalition, formée d une vingtaine d organismes nationaux et d une centaine d organisations régionales, a pour mission la promotion de la revitalisation et du développement durable du Québec rural. SRQ a d ailleurs publié récemment le Guide sur la foresterie communautaire, un document unique et démystifiant qui recense les nombreuses expériences québécoises en la matière. 15
Mais où se situe la forêt de proximité? Dans son rapport soumis en 1996, le groupe de travail interministériel sur la forêt habitée a proposé ce concept pour l ensemble des territoires municipalisés ainsi que pour 10 à 15 % du territoire sous CAAF à cette époque. Le gouvernement a déjà adopté une politique permettant aux MRC, principalement, d assurer la responsabilité des lots intramunicipaux, soit des lots épars de terres publiques au sein des limites municipales non régies par les CAAF. La MRC d Antoine-Labelle a signé une telle entente en mai 2000, laquelle a été renouvelée au début de 2006 jusqu à l entrée en vigueur du nouveau régime en 2013. La responsabilité de la MRC est de «planifier, en concertation avec l ensemble des intéressés, l aménagement intégré du territoire public intramunicipal (TPI) en vue d une utilisation polyvalente et d une mise en valeur harmonieuse des potentiels et des possibilités de développement qu il présente». Dans Antoine-Labelle, la superficie totale actuelle atteint quelque 11 150 hectares. L inventaire multiressource fait état d une possibilité annuelle de coupe de plus ou moins 20 000 m3 de bois et un potentiel acéricole de 134 000 entailles. On mentionne également plusieurs autres ressources à explorer comme les champignons, les petits fruits, les plantes médicinales, la sève de bouleau, le ginseng, etc. Les TPI recèlent également une faune variée et abondante. Même si la MRC d Antoine-Labelle se montre prudente quant au potentiel réel des TPI, elle a néanmoins pris son rôle de planification à cœur en réalisant plusieurs projets. Depuis 2001, on a récolté près de 100 000 m 3 de feuillus et environ 18 000 m3 de résineux, ce qui a dégagé des revenus de plus de 4 millions $. Ces revenus ont été versés dans un Fonds TPI et partiellement réinvestis dans des projets sur les TPI. Parmi les projets développés avec, dans certains cas, des tentatives de commercialisation, on trouve : une pouponnière de plantes de rive pour répondre à la problématique de la dégradation des rives; la culture intensive d arbres sur courte rotation pouvant servir notamment de murs antibruit; la fabrication de panneaux MDF en collaboration avec l usine Uniboard de Mont-Laurier; le reboisement avec des boutures de saule, dont la première récolte est prévue cette année; l exploitation acéricole (5 permis) de 164 hectares (33 000 entailles sur les 134 000 potentielles); l inventaire des produits forestiers non ligneux (plantes comestibles, huiles essentielles, noix); la mise en disponibilité de lots de villégiature avec construction de routes et électrification; une étude sur le potentiel des TPI, dont les conclusions devraient être connues prochainement. Certains de ces projets ont été abandonnés (Uniboard), se sont révélés plus longs à réaliser (boutures de saule), ont été ralentis par l instauration d un contingentement (acériculture), ou se sont avérés plus difficiles à réaliser compte tenu du manque d expertises spécifiques (agriculture). Cependant, il faut reconnaître que la MRC se tient prête à développer la forêt de proximité si jamais celle-ci devient un enjeu majeur intégré dans la mise en application du prochain régime forestier. Tant que la situation ne sera pas plus claire, on préfère se montrer prudent à l égard des potentiels réels. Même si certains tenants du modèle de foresterie traditionnelle n y croient guère, on continue malgré tout d explorer le domaine des produits forestiers alternatifs (PFA), expression qui remplace désormais l ancienne appellation «produits forestiers non ligneux» (PFNL). En agroforesterie, par exemple, soulignons la production de champignons, de plantes sauvages comestibles, de bleuets; en pharmacologie, les extraits d écorce (notamment celle du saule, dont on connaît les effets analgésiques). On trouve aussi des initiatives intéressantes dans le domaine de la forêt récréative, notamment la mise en valeur de la rivière Rouge (canot-camping) et la réalisation de sentiers pédestres. Mentionnons également l entreprise Aventure Quatre Saisons, même si son point d ancrage se trouve à Labelle, juste à l extérieur de la MRC d Antoine-Labelle. On y offre des séjours de canot-yourte 16
(tente mongolienne) et de kayak-yourte, ainsi que des descentes en rafting à partir de Labelle sur une distance de 27 kilomètres à travers les méandres de la rivière Rouge. L intérêt de l approche communautaire réside essentiellement dans le fait qu elle concerne la gouvernance locale des forêts, un des aspects qui préoccupe grandement Signature Bois Laurentides et plusieurs autres intervenants sur la nouvelle stratégie gouvernementale. Concrètement, l expression «foresterie communautaire» regroupe toutes «les initiatives où les collectivités locales jouent un rôle central dans la prise de décisions concernant leurs forêts locales.» Et toutes ces initiatives ont pour mandat «de rediriger» les profits de l exploitation forestière vers les collectivités locales. L innovation intersectorielle On cherche donc à ajouter de la valeur au bois en le transformant sur place plutôt qu en expédiant la matière brute à l extérieur pour fins de transformation. Un élément intéressant se dégage de toutes ces expériences : la très grande majorité de ces initiatives ne se limitent pas à l exploitation ligneuse. La forêt devient un site de développement multifonctionnel, un site où se côtoient les multiples utilisations de la forêt, dont notamment l agroforesterie et le récréotourisme, domaines qui s appuient sur les deux autres secteurs phares de la MRC qui sont développés ci-après à tour de rôle. Puisque l on s inscrit dans une perspective de développement durable, mentionnons également au chapitre des utilisations à valeur ajoutée la capture de dioxyde de carbone (peu rentable actuellement en raison du faible prix à la tonne) et la biomasse forestière (plus intéressante à court terme pour combler les besoins énergétiques), ou encore au chapitre des approches préventives payantes, les écoservices des citoyens à la communauté ou le développement de pratiques forestières alternatives. Comme on peut s en rendre compte, la multifonctionnalité de la forêt ou l intersectorialité (notamment l agroforesterie et la récréoforesterie) est un élément clé de la valeur ajoutée et, ce faisant, de la diversification économique de la MRC d Antoine-Labelle. Il faut, d un commun accord, miser davantage sur le potentiel nature du territoire. Une multitude de petits projets locaux sont souvent plus efficaces que les grands projets qui, en raison des investissements requis, peuvent prendre des décennies à se réaliser ou même jamais voir le jour. La filière bioénergétique Une voie intéressante pour la MRC d Antoine-Labelle, permettant de diversifier les activités liées à l exploitation forestière, est celle du développement d une filière bioénergétique à partir de la biomasse forestière. «Il est clair, fait remarquer l Association des produits forestiers du Canada (APFC), que l industrie forestière ne peut entreprendre seule cette transformation. Des partenariats avec les nouvelles bio-industries ainsi qu avec d autres secteurs de l économie sont cruciaux pour la réussite d une bio-industrie.» Et cela est aussi vrai à l inverse : la bio-industrie ne peut pas non plus effectuer seule ce virage. En plus de continuer à fabriquer certains de ses produits traditionnels, le secteur forestier pourrait grâce à ces alliances compter sur de plus en plus de possibilités de convertir la biomasse la fibre de bois de multiples façons, qu il s agisse d électricité, de chaleur pour les édifices ou les usines, de carburants pour les véhicules, de produits biochimiques pour des solvants ou des plastiques ou de biomatériaux de nouvelle génération. «C est un mélange d ancien et de nouveau, souligne l APFC, des activités traditionnelles renouvelées combinées à des possibilités durables dans la bio-industrie.» Cette conversion met à profit les forces de l industrie forestière, tout en permettant à cette dernière de se sortir de ses difficultés actuelles et d aller de l avant dans la nouvelle économie durable. «Les entreprises qui font 17
la conversion peuvent commencer à profiter du marché international en pleine croissance de l énergie propre et des produits neutres en carbone. Mais il n y a pas de temps à perdre.» Il s agit d un marché émergent qui gagne rapidement en popularité au Canada, particulièrement dans les projets liés à la foresterie communautaire ou au concept de forêt de proximité. Dans Antoine- Labelle, il y a très peu de projets en marche pour l instant, mais il y a certes un potentiel intéressant, notamment en ce qui a trait à la production de bioénergie. La hausse de la demande en énergie et la diminution des réserves mondiales en combustibles fossiles rend cette voie de diversification fort intéressante. En Finlande, par exemple, la biomasse forestière fournit déjà 20 % de l énergie consommée. La voie biotechnologique constitue non seulement un dossier commercial, mais aussi un dossier de choix politique qui permettrait l intégration harmonieuse de l industrie canadienne des produits forestiers à la nouvelle bioéconomie, tout en privilégiant une voie énergétique alternative plus «douce» à l oreille que l approche éolienne. Cette voie énergétique est abordée plus en détail dans la condition «Mise en valeur durable de l environnement». Il s agit également d une voie explorée et soutenue par Signature Bois Laurentides. Le projet Le Bourdon Avant d aborder les secteurs agricoles et récréotouristique, il y a lieu de rappeler l initiative innovatrice Le Bourdon de la MRC d Antoine-Labelle. Dix-huit partenaires en lien avec la forêt se sont regroupés afin de faire en sorte de concevoir et de mettre en œuvre un plan de développement des ressources du territoire qui respecte les principes de l'aménagement forestier durable, au profit des collectivités qui y vivent et qui en vivent. Le projet se poursuit présentement jusqu en 2012. C'est en décembre 2007 qu'un accord de contribution a été signé entre Ressources naturelles Canada et l'association des intervenants forestiers des Hautes-Laurentides dans le cadre du Programme sur les collectivités forestières. Le projet Le Bourdon vise notamment à favoriser le développement d'activités économiques basées sur les richesses du milieu naturel. Le modèle de développement qui sera élaboré devrait créer la synergie nécessaire entre les différents acteurs qui y participent. Les deux principaux objectifs visent d abord l optimisation de la capacité de production du territoire dans une perspective d'aménagement forestier durable, en respect de la biodiversité à l'échelle du paysage, et ensuite, l accroissement des retombés économiques relatives aux secteurs récréotouristique et agricole et, bien sûr, forestier. Les résultats des initiatives mettront à la disposition des partenaires du projet et des collectivités forestières de la MRC d'antoine-labelle les outils nécessaires leur permettant de réagir à l égard des enjeux et des possibilités liés aux ressources du milieu forestier. Ils pourront ainsi participer activement aux réseaux locaux, nationaux et internationaux d'échange portant sur la gestion forestière durable et le développement des collectivités. L industrie agroalimentaire Au recensement de 2006, on comptait environ 500 emplois dans l agriculture et 200 emplois dans la fabrication d aliments, ce qui représente 5 % des emplois de la région. Il faut ajouter à cela une part des 2 500 emplois du commerce de détail liés à l alimentation, ainsi qu une part des 1 000 emplois d hôtellerie et de restauration qui s y rattachent. Le total représente donc environ 15 % de l emploi local. 18
Les 258 producteurs agricoles (recensement de 2006) ont généré des revenus bruts de quelque 34 millions $, qui se répartissent ainsi : industrie laitière (48 %), production bovine (13 %), production d autres animaux (19 %), culture en serre (14 %) et autres (6 %). Le secteur agricole comptait alors 43 entreprises laitières, 72 entreprises bovines et 21 entreprises de production horticole en 2006. Une période de consolidation L industrie laitière est le chef de file de la MRC d Antoine-Labelle. Au cours des dernières années, la production laitière a connu une production en dents de scie, mais on assiste actuellement à une stabilisation. Le nombre de fermes laitières, qui avait chuté jusqu à 38, atteint aujourd hui 42. Les fermes d élevage du bovin doivent compter sur des mesures de redressement (assurance stabilisation du revenu agricole), car la performance économique des entreprises est déficiente. Rappelons que le Programme d'assurance stabilisation des revenus agricoles (ASRA) vise à garantir un revenu annuel net aux entreprises agricoles du Québec. Une compensation est versée lorsque le prix moyen de vente d'un produit est inférieur au revenu stabilisé. Les éleveurs d ovins (moutons, brebis) sont quant à eux en processus continu de consolidation : ils ont besoin de financement pour adopter une stratégie d expansion tout en consolidant leurs bases. Ils ont aussi des efforts à consacrer à la mise en marché pour mieux tirer leur épingle du jeu. Il y a lieu de souligner que la région se démarque également dans d autres productions de spécialité telles le grand gibier (le cerf, notamment) et l élevage caprin (chèvre), ainsi que l aquaculture. Le territoire pourra enfin disposer d un abattoir après plusieurs années d attente, ce qui permettra d éliminer les importants coûts de transport. Maintenant que le projet est accepté, il faut faire en sorte qu il réponde aux normes et que l on puisse faire de la découpe. La présence d un abattoir de catégorie A (bovins) avec une salle de découpe performante permettrait la vente au détail, ce qui rentabiliserait cette infrastructure essentielle. On coordonne donc les efforts en ce sens afin de se doter d un modèle gagnant. Des difficultés à surmonter Globalement, il reste des difficultés à surmonter pour prendre la voie de la croissance et les agriculteurs démontrent encore une certaine vulnérabilité. Il faut s attaquer à trouver des stratégies de maillage et, également, à résoudre l épineuse question du transfert des entreprises, une situation malheureusement généralisée au Québec. Dans la région, les prix des terres sont abordables, mais les conditions d acquisition restent difficiles pour la relève, sans compter que cette dernière n est pas attirée en grand nombre par les métiers de l agriculture. Le rythme de travail est exigeant et l agriculture souffre d un déficit d image auprès des jeunes. Les intervenants réfléchissent à la mise en place d outils financiers pour faciliter l accès aux propriétés agricoles. On imagine par exemple une participation du ministère de l Agriculture, des Pêcheries et de l Alimentation (MAPAQ) et des municipalités aux taxes foncières, ou un prélèvement d un petit pourcentage sur les valeurs foncières agricoles, pour constituer un fonds d investissement, mais il y a encore beaucoup à faire pour concrétiser cette approche innovatrice. L entrepreneuriat collectif se présente aussi comme une approche pertinente, et il y a des modèles inspirants dans la région, que l on pense à la Coopérative forestière ou encore à la Coopérative de travailleurs actionnaire de l'artographe. La toute nouvelle Coopérative Biograin a d ailleurs emprunté cette voie. Dans chaque cas, on regroupe les principaux intéressés pour partager les risques et les fruits du développement. On se donne une approche collective pour la formation, le financement, la gestion et la production. 19
Des atouts pour l agriculture biologique La MRC d Antoine-Labelle a plusieurs atouts pour développer l agriculture biologique, compte tenu de la configuration géographique et des vastes espaces qui permettent d éloigner les productions biologiques des OGM et des contaminants liés aux cultures intensives. On parle d un véritable îlot biologique se déployant au milieu des montagnes. Cette situation est favorable pour des agriculteurs qui ont fait le choix de proscrire les engrais chimiques de synthèse et les pesticides. En fait, l agriculture biologique s inscrit parfaitement dans une vision du développement durable, car il s agit d un système de production agricole basé sur le respect du vivant et des cycles. Elle favorise donc l'agrosystème, mais aussi la biodiversité, les activités biologiques des sols ainsi que les cycles biologiques. Pour atteindre leurs objectifs en privilégiant un mode de culture extensive, les agriculteurs misent sur la rotation des cultures, l'engrais vert, le compostage et l'utilisation de produits naturels. Certains intervenants souhaiteraient d ailleurs obtenir une appellation régionale en prenant appui sur le caractère «naturel et authentique» qu on reconnaît à Antoine-Labelle. Le sol d Antoine-Labelle est également propice aux cultures fourragères et céréalières, notamment le soya. À cet égard, un projet de production de grains biologiques est actuellement en plein développement dans la région et une coopérative, Biograin, a été formée en janvier 2011 pour assurer la transformation du grain produit dans la région. Ce projet s inscrit dans la foulée du Laboratoire rural soutenu par le MAPAQ et orchestré par le CLD d Antoine-Labelle. L avoine, le blé, le soya, le sarrasin, le canola et l épeautre sont des pistes explorées. En fait, le bilan des essais de productions céréalières biologiques réalisés en 2009 par les sept fermes partenaires du Laboratoire aura permis de sélectionner des cultures, des taux de semis et d espacement des rangs, des techniques de désherbage et des plantes intercalaires plus propices aux conditions agronomiques de culture. On prévoit pour la prochaine année, explorer de nouvelles avenues en transformation et créer une chaîne de valeur associée à un moulin à farine de la région. Des produits innovateurs et à fort potentiel Par ailleurs, il faut souligner d autres produits de grande qualité qui ont acquis une réputation d excellence à l extérieur de la région, qu il s agisse des vins de miel de Desrochers D et des Miels d Anicet, certifiés biologique. Il y a aussi l élevage de reines d Api-Culture Hautes-Laurentides, qui a acquis un rayonnement international grâce à ses lignées d élevage nordique bien adaptées aux conditions écologiques de l Amérique du Nord, et les produits des Serres Frank Zyromski, le plus gros producteur de géraniums au Canada. De son côté, l acériculture présente un énorme potentiel malheureusement sous-exploité. On estime que les régions de l Outaouais et des Laurentides possèdent la plus grosse réserve non entaillée. Le développement acéricole est actuellement bloqué par l établissement de quotas provinciaux qui limitent la production annuelle. Un comité a été formé pour effectuer des représentations auprès de la Fédération des producteurs acéricoles et de l Union des producteurs agricoles (UPA). Par ailleurs, le service aux entreprises du Centre de formation professionnelle Mont-Laurier a été accrédité pour offrir un diplôme d études professionnelles en acériculture. Ce dernier créneau s ajoute à la dizaine d autres programmes dans le domaine de la foresterie. L agroforesterie est une d ailleurs une voie de diversification à privilégier pour tirer partie de cette richesse, une fois que l on aura bien établi les conditions de cohabitation harmonieuse et fructueuse pour les secteurs agroalimentaire et forestier. 20
Un mix économique pour réussir C est en prenant appui à la fois sur l agriculture conventionnelle et sur l agriculture biologique que l on pourra optimiser les retombées économiques du secteur. Une autre stratégie consisterait à mettre en place des entreprises qui vont fournir des produits de base tels des produits maraîchers au grand secteur des HRI (hôtel, restaurant, institution), un marché considérable et stable. Il y a un rapprochement à faire à cet égard avec les fournisseurs des HRI. Enfin, il y a lieu de rendre davantage accessibles les produits biologiques aux consommateurs. Il est essentiel de faire des efforts pour améliorer la distribution de ces produits et faire en sorte que non seulement ils se retrouvent régulièrement sur une tablette, mais ceci à un prix raisonnable. L important défi de la commercialisation La commercialisation des produits est actuellement le maillon faible dans le secteur agroalimentaire. On a bien sûr mis en place des points de vente, on fait la vente à la ferme et l agrotourisme se développe, mais il manque une stratégie concertée et continue. Un organisme, Saveurs Hautes-Laurentides, a été créé il y a quelques années avec comme mission la commercialisation des produits agroalimentaires. Il a toutefois fermé ses portes depuis pour plusieurs motifs d ordre administratif, mais également compte tenu des difficultés de s acquitter de son rôle en raison du manque de constance et de l essoufflement des producteurs. Il y aurait lieu de tenter une nouvelle expérience, car les producteurs/transformateurs locaux ont besoin d une offensive structurée pour se tailler une place sur les marchés des Laurentides et du Québec. Encore aujourd hui, les chaînes d alimentation et les restaurants se montrent peu réceptifs aux produits locaux. Il y a également les limites budgétaires du panier à provisions qui freinent les achats des consommateurs. Au rang des défis, on souligne l importance de développer une fierté des produits du terroir en s associant entre autres à des cas succès. La nécessité de valoriser l achat local est également un élément qui ressort de la réflexion des intervenants et enfin, le développement d une stratégie de commercialisation concertée et adaptée à la dynamique locale. L industrie récréotouristique Au recensement de 2006, on dénombrait dans la MRC d Antoine-Labelle environ 1 100 emplois en hébergement et restauration et 350 emplois en information, culture et loisir, ce qui représente en tout près de 10 % des emplois locaux. En ce qui concerne les infrastructures d hébergement et de restauration, la région compte une quarantaine d hôtels, gîtes et motels (600 unités), 200 entreprises de location de camps et de chalets, 57 pourvoiries (en consolidation), 29 entreprises de terrains de camping, 140 restaurants et 60 cassecroûte. La région des Laurentides a été reconnue pour l un des créneaux du projet ACCORD (Action concertée de coopération régionale de développement), soit «Tourisme de villégiature quatre saisons». Comme on le sait, cette stratégie s appuie sur les forces régionales et sur l excellence des secteurs clés du Québec. Elle favorise le regroupement de gens d affaires et d entrepreneurs d une même région qui ont une vision commune de leur secteur d activité et qui définissent une stratégie à long terme pour le mettre en valeur. C est donc un levier pour les Hautes-Laurentides, d autant plus 21
qu au rang des forces identifiées, les paysages, les plans d eau, la grande nature ont été ciblés et sont d ailleurs parties prenantes du plan stratégique de l organisme régional Tourisme Laurentides. De plus, Antoine-Labelle s est doté de son propre levier pour s assurer que son développement soit fondé sur ses atouts distinctifs. Il s agit de l Agence de développement touristique des Hautes- Laurentides, qui réunit autour de sa table les principaux intervenants en tourisme de la MRC d Antoine-Labelle. Il faut également souligner le rôle d un atout de taille, l Aéroport international La Macaza-Mont- Tremblant situé à La Macaza, qui peut accueillir des vols commerciaux en provenance des États-Unis par l intermédiaire de Continental Airlines (New York) et de Porter Airlines (Toronto). Dans la foulée, un consortium privé-public est né. Il s agit de Tourisme aérien Laurentides (TAL), constitué pour assurer la promotion touristique liée à ces vols qui amènent dans la région des touristes américains fervents du tourisme de plein air et grande nature. Dans les Hautes-Laurentides, la pratique des activités de plein air et la grande nature représentent une expérience différente, compte tenu des grands espaces, de l accès à la forêt, de la faune abondante et diversifiée et des plans d eau exceptionnels. La destination est recherchée depuis longtemps par les amateurs de pêche et de chasse, mais aussi et peut-être surtout par les amateurs de plein air motorisé (quad, motoneiges, etc.). Notons que le créneau des véhicules hors route (VHR) constitue le secteur le plus mature de l industrie touristique des Hautes-Laurentides. La demande évolue actuellement, ce qui ouvre de nouvelles perspectives fondées sur l écotourisme et l aventure douce. On y compte pas moins de 4 500 lacs, dont le fameux lac du Cerf reconnu pour sa limpidité et recherché par les plongeurs et le lac Nominingue qui ravit les villégiateurs depuis des années, deux réserves fauniques et six ZECS. De plus, deux des trois rivières majeures des Laurentides y ont leur lit : la rivière Rouge (53 km en terres publiques) et la rivière du Lièvre. Caractérisée par sa forêt dense, sa grande variété d essences et de peuplements, allant de la forêt feuillue pure au sud à la forêt entièrement résineuse au nord, la région des Hautes-Laurentides a tout pour plaire aux touristes qui veulent vivre une expérience exaltante permettant un dépaysement complet. Si les familles, les cyclistes, les randonneurs, les observateurs de flore et de faune viennent grossir les rangs, ils ont par contre de nouvelles attentes. La qualité, la sécurité, le confort sont exigés alors que la diversité des produits est aussi souhaitée. Ainsi, le tourisme d apprentissage, le tourisme culturel et l agrotourisme peuvent contribuer à élargir l éventail, à condition de miser sur la synergie de tous les acteurs concernés. L évolution des pourvoiries Il y a quelque 57 pourvoiries sur le grand territoire d Antoine-Labelle, dont 33 à droits exclusifs. On a assisté à une importante évolution au cours de la dernière décennie et la clientèle s est transformée. Le concept «Auberge en forêt» gagne en popularité, ce qui exige que les pourvoiries se refassent une beauté et améliorent leurs infrastructures. D autant plus que les baby-boomers vieillissent et ont de plus grandes attentes du côté du confort et de la sécurité. De plus, les jeunes familles sont de plus en plus nombreuses à prendre leurs vacances dans les pourvoiries. Il faut donc prévoir de multiples activités de plein air, dont l observation de la faune et de la flore. Le produit «pourvoirie par hydravion» gagne également en popularité. L engouement pour la motoneige et le quad permet également aux pourvoiries de profiter des touristes sur quatre saisons. Parallèlement, la montée de l écotourisme attire une nouvelle clientèle à la recherche d un mode de vie plus «authentique» en forêt. 22
Mais, pour tirer profit de cette clientèle québécoise et internationale, tant les pourvoiries que les hôtels et les restaurants de la région devront adopter une culture de la qualité des services et moderniser leurs installations. La maîtrise de la langue anglaise est aussi essentielle. Une stratégie gagnante consiste à travailler en partenariat afin d offrir une offre diversifiée et faire ainsi en sorte que les touristes prolongent leur séjour dans la région. L approche de forfaitisation permettant d offrir des séjours thématiques et d en faire profiter d autres partenaires touristiques de la région est à développer pour consolider l offre et gagner en retombées économiques. La détermination de quatre pôles touristiques Au cœur de la stratégie récréotouristique mise de l avant dans les Hautes-Laurentides, on retrouve quatre pôles touristiques : Poisson Blanc, Montagne du Diable/Baskatong, Réservoir Kiamika et Haute-Rouge. S ajoutent les villes de Mont-Laurier et de Rivière-Rouge, deux centres de services qui viennent compléter l offre touristique de ces quatre pôles, qu il s agisse d hébergement, de restauration ou de commerce de détail. Plusieurs critères ont été pris en considération pour déterminer ces pôles : regroupement d attraits naturels et patrimoniaux uniques; axe routier principal connecté à des réseaux routiers secondaires donnant accès au territoire défini; offre d hébergement variée; gamme de produits et de services touristiques diversifiée; concentration d infrastructures d accueil; prise en charge du milieu par un groupe d acteurs reconnus ou une structure de gouvernance; population locale majoritairement favorable au développement touristique de son territoire. Une stratégie de développement concertée a été adoptée par le comité de travail interpôle, afin de favoriser la complémentarité entre les pôles identifiés ainsi qu avec l offre commerciale des deux centres de services. 1. Pôle du Poisson Blanc (tourisme de villégiature et d aventure) Cette zone touristique couvre le secteur de la Vallée du Lièvre (Notre-Dame-du-Laus, Notre-Dame-de-Pontmain, Lac-du-Cerf, Saint-Aimé-du-Lac-des-Îles, Lac-des-Écorces, Kiamika, Mont-Laurier). On retrouve dans ce pôle quatre écosystèmes exceptionnels et un réseau de sentiers récréatifs qui commandent une harmonisation des usages efficace et rigoureuse. Il y a aussi une aire protégée de l habitat floristique de l érablière. Les activités de plein air priorisées sont les suivantes : camping rustique, interprétation de la biodiversité, forfaits canot et kayak, randonnée pédestre avec belvédère, plage, escalade, etc. On se concentre actuellement sur les activités suivantes : mise en œuvre du plan de développement du parc régional, poursuite du développement du réseau de sentiers et d aménagement des infrastructures d accueil et mise en valeur des attraits naturels (telles les îles du réservoir du Poisson Blanc), ajouts de nouvelles unités d hébergement et amélioration des établissements existants, consolidation du village d accueil des Hautes-Laurentides. 2. Pôle de la Montagne du Diable/Baskatong (tourisme d aventure multiactivité) Ce pôle couvre le secteur de la Vallée de la Lièvre nord (Mont-Laurier, Ferme-Neuve, Mont-Saint-Michel, Lac-Saint-Paul, Saine-Anne-du-Lac et TNO) Il s agit ici de mettre en valeur un site exceptionnel, le mont Sir-Wilfrid-Laurier, connu sous l appellation non officielle de Montagne du Diable et qui, avec ses 520 mètres d altitude, offre une vue impressionnante sur la Vallée-de-la-Gatineau et sur la Vallée de la Lièvre Sud. Deuxième sommet des Laurentides après Mont-Tremblant, la Montagne du Diable est constituée de trois sommets. Culminant à près de 800 mètres, elle domine le réservoir Baskatong et la municipalité de Ferme-Neuve. On y a aménagé le plus important sentier de longue randonnée (70 km) et quelque 10 000 hectares de sentiers balisés multifonctionnels permettent aux amateurs de ski hors piste, raquettes et véhicules hors route de s offrir des circuits de choix. La plus grande partie de la 23
superficie de 866 km 2 se retrouve sur des terres publiques. On y retrouve 250 lacs et 105 îles, dont l île Mystérieuse. En plus de peuplements forestiers diversifiés, les visiteurs peuvent observer un écosystème rare et exceptionnel (forêt rare du Crique-de-la-Carpe, faune diversifiée), sans compter l aspect sauvage et la vastitude du réservoir Baskatong ainsi que les îles, plages, pentes et parois de roc abruptes qui en font un site d une beauté à couper le souffle. On s active actuellement à la réalisation du plan d aménagement et de gestion du futur parc régional, et à consolider l offre de produits écotouristiques ainsi que celle des infrastructures et des sentiers dédiés à la clientèle VHR. À ceci s ajoute le développement d un concept de village-parc à Ferme-Neuve, le repositionnement du produit «pourvoiries» et l intégration de l offre touristique dans une vision misant sur la complémentarité (futur parc régional, village Windigo, chutes du Windigo, agrotourisme, pourvoiries). L un des défis de ce pôle est de concerter les nombreux intervenants, clubs, associations, bénévoles, et de poursuivre le développement de ce projet dans une approche de parc habité faisant appel à la participation de la population. 3. Pôle Réservoir Kiamika (écotourisme) La Société de développement du réservoir Kiamika (SDRK) est née en 2004 à la suite d un consensus du milieu. En plus de la MRC, trois municipalités sont impliquées, soit Rivière-Rouge, Chute-Saint-Philippe et Lac-Saguay. Ce site offre des atouts exceptionnels compte tenu de la grande diversité des perspectives et des points de vue que procurent l amplitude du plan d eau, sa configuration et la présence des îles. On remarque également l intégrité du paysage, considérant la présence d un couvert forestier quasi indemne au sein du bassin visuel. S ajoute à ces atouts l unicité du milieu naturel de l île de la Perdrix Blanche, une forêt mature centenaire. La proximité de la forêt d expérimentation de Mousseau représente un attrait pour le tourisme forestier. Enfin, les adeptes de la pêche seront attirés par une faune halieutique rare et recherchée, le saumon d eau douce ou ouananiche, qui génère d ailleurs une activité touristique importante. On projette dans ce lieu unique le développement de concepts originaux de calibre international. Mais bien sûr, pour ce projet d envergure comme pour les autres d ailleurs, le défi demeure de trouver des investisseurs solides. Des études diverses sont en cours, notamment pour l aménagement d infrastructures et de services, pour un projet hôtelier et un camping. La planification de la mise en valeur des îles du Kiamika et l analyse des concepts d «écovillage» et d «écolodge» sont également sur les tables à dessin. 4. Pôle Haute-Rouge (tourisme de villégiature et culture) Le secteur de la Vallée-de-la-Haute- Rouge comprenant les municipalités de Lac-Saguay, de L Ascension, de Nominingue, de La Macaza et de Rivière-Rouge est également un pôle privilégié. On consacre beaucoup d efforts au développement de l aéroport international La Macaza-Mont-Tremblant et au développement de forfaits et de circuits touristiques par Plein Air Haute-Rouge, notamment avec le club de ski Les Six Cantons. La consolidation de l offre culturelle est une autre priorité. Il y a également le projet d une maison du tourisme, la «Porte de la Haute-Rouge», à un endroit stratégique, soit l entrée du territoire des Hautes-Laurentides. Il faut aussi souligner la création d un parc national à L Ascension. Il y a plusieurs attraits à noter dans ce pôle : la rivière Rouge considérée comme une école pour le canotage, le camping Sainte- Véronique qui a reçu le prix du tourisme des Laurentides, le Festival de la Rouge à Nominingue. Soulignons également que la ville de Rivière-Rouge est la seule à posséder une rivière et une piste cyclable. 24
Par ailleurs, le lac Nominingue est considéré comme un lieu de villégiature des plus attractifs. Il abrite des auberges et des gîtes qui attirent notamment les amateurs de vélo, compte tenu de sa proximité avec la piste renommée Le P tit Train du Nord. Il y a également des sentiers de motoneige à proximité et un accès à la réserve faunique Papineau-Labelle; il faut aussi souligner le Festival La Rouge et plusieurs activités nautiques au Grand Lac Nominingue. Il y a aussi un golf de 18 trous, et le Labyrinthe du domaine de la forêt perdue offre des sentiers pour observer la faune et la flore ainsi que des sentiers glacés en hiver. Les récents travaux menés pour la voie de contournement ont aussi été l occasion de revitaliser les noyaux urbains de la ville de Rivière-Rouge à la hauteur du secteur de L Annonciation, et de rendre le transport plus fluide sur cette partie de la 117, une artère très fréquentée sur laquelle la congestion à la hauteur de l Annonciation a découragé plus d un touriste au cours des dernières années. Mais il reste des efforts à faire pour faciliter la circulation en période de grande affluence. Cependant, il faut souligner que le ministre délégué aux Transport et ministre responsable de la région de l Outaouais a anoncé le 18 avril dernier la réalisation d une étude de tracé et de faisabilité pour une chaussée à quatre voies entre les municipalités de Labelle et Rivière-Rouge ainsi que la poursuite du plan d intervention de la route 117 qui a pour but d améliorer la sécurité et la fluidité de cet axe routier important. La nécessité d établir des priorités L approche des pôles de développement est pertinente, car elle permet de cibler les efforts. Il sera toutefois nécessaire de moduler les investissements en tenant compte des stades d avancement différents de chacun des projets. Il ne serait pas sage de faire tout à la fois. On convient facilement qu il vaut mieux aller jusqu au bout d un projet structurant qui aura des retombées indirectes sur les autres en attirant dans la région une nouvelle clientèle touristique. En finalisant un projet et surtout, en faisant un succès, l effet d entraînement se fera sentir sur l ensemble de l industrie touristique, ce qui inspirera la suite des choses Malgré les efforts pour concentrer les efforts, il y sur la table beaucoup de projets en développement actuellement. On craint un certain éparpillement, d autant plus que les investisseurs ne sont pas encore au rendez-vous. De plus, plusieurs de ces projets devront compter sur des bénévoles pour la mise en œuvre, notamment dans le cas des sentiers et des parcours non motorisés et motorisés, et il y a un certain essoufflement à cet égard. Il faut reconnaître le rôle important d organismes comme VHR Antoine-Labelle et la Table des véhicules hors route des Laurentides dans l harmonisation, le soutien, la représentation et la pérennité des réseaux. Des efforts à consacrer pour améliorer l harmonie entre les multiples usagers Même si des pas de géant ont été franchis au cours des dernières années, la cohabitation harmonieuse entre les entreprises forestières et touristiques de même que l ouverture des villégiateurs et des habitants de la région à l égard du développement touristique ne sont acquises. La perception que la forêt publique appartient à la communauté locale et le manque d enthousiasme pour la partager constituent un frein. On en fait un secret trop bien gardé et on s inquiète de la croissance du tourisme. Il ne s agit pas de s opposer à la quiétude des lieux, mais de permettre aux résidents et aux touristes de profiter des atouts particuliers des Hautes-Laurentides (tant la motoneige ou le quad que les activités non motorisées). Tous s entendent pour adopter une gestion responsable et durable du territoire, mais c est dans la déclinaison concrète de ce concept que les avis diffèrent. 25
Haute-Voltige Laurentides En juin 2012, Antoine-Labelle sera le théâtre d un événement culturel et sportif de grande envergure visant à promouvoir les nouvelles technologies, le transport avancé et les énergies vertes. Ce sera une occasion privilégiée de faire la promotion des atouts des Hautes-Laurentides, ce qui amènera nécessairement des retombées sur l industrie touristique mais également sur la fierté de la population locale. On attend 35 000 personnes pendant les quatre jours que dureront ces activités à grand déploiement. Les organisateurs se sont investis d une mission : le dépassement de soi avec une vocation écologiquement responsable. Les participants seront invités à un spectacle multisensoriel qui fera revivre l histoire en accéléré au moyen de contes et de légendes. Ce spectacle conçu par Ambiances Design, entreprise qui a participé à l élaboration du Moulin à images de Québec, sera projeté sur la façade de la cathédrale de Mont- Laurier. Il se poursuivra pendant tout l été. Haute-Voltige Laurentides, c est aussi la célébration des forces des Hautes-Laurentides, soit le transport aérien et le nautisme. Des activités et des compétitions, dont certaines à sensation forte, se dérouleront pendant quatre jours. Snowbirds, CF-18 et avion acrobatiques se déploieront sur le site de l aéroport de Mont-Laurier. On pourra également assister à des démonstrations de parachutisme de l école Voltige de Guillaume Lemay-Thivierge. La rivière du Lièvre sera également un pôle d attraction majeur où se tiendront des compétitions de wakeboard, de kayak, de canot et de ski nautique, ainsi que des compétitions de volley-ball de plage et des spectacles. Le but premier de cette initiative regroupant les principaux acteurs économiques du milieu est de développer et de faire valoir des secteurs d activité tels que le tourisme et le transport avancé, ceci dans une volonté de diversification économique et de relance durable du territoire. On prévoit des retombées de 13 millions $ sur trois ans. Le secteur du transport avancé Jusqu à maintenant, on a surtout envisagé la diversification sous l angle de la multifonctionnalité (agroforesterie, récréoforestier) dans des domaines bien connus par les intervenants économiques d Antoine-Labelle. Dans le cas de la forêt proprement dite, on a aussi traité de la dimension environnement, qui offre des possibilités intéressantes en bioénergie, notamment. La multifonctionnalité constitue certes une voie d avenir qui est aujourd hui relativement bien acceptée pour tous les domaines touchant les ressources que l on possède, soit le couvert forestier, les terres agricoles, les actifs touristiques. Les trois domaines, en se complétant, offrent donc des voies intéressantes de diversification. Dans tous les cas, la diversification rime avec innovation. On peut innover en identifiant des secteurs nouveaux auxquels on ne pense pas d emblée, des secteurs qui peuvent même soulever des réactions d incompréhension, voire des réactions spontanément défaitistes. Même si l innovation fait peur, il faut la prendre au sérieux avant de l ignorer complètement. Rappelons-nous l exemple de la montre suisse. Les entreprises helvétiques qui étaient les maîtres du monde de l industrie horlogère ont perdu cette suprématie en levant le nez sur une découverte du Centre électronique horloger de Neuchâtel : la montre-bracelet à quartz. Ils préférèrent s en tenir aux mécanismes mécaniques qui avaient fait leur réputation. C est la compagnie japonaise Seiko qui s est 26
emparée de cette innovation suisse et qui est devenue, du jour au lendemain, un leader mondial. Encore aujourd hui, les horlogers japonais ont la cote. Pourquoi cette analogie? Parce qu elle fait ressortir un piège à éviter. L idée originale de se lancer dans le domaine aéronautique en a fait sourciller plus d un dans la grande région des Laurentides, y compris dans la MRC d Antoine-Labelle. Mais cette idée mise de l avant en 2008 par le Centre de formation professionnelle Mont-Laurier a maintenu le cap et a débouché, à l automne 2009, sur la formation d une Société de développement en transport avancé. Une idée originale de diversification Quand on y regarde de plus près, l idée de choisir le transport avancé comme secteur de diversification pour Antoine-Labelle tient la route à plusieurs égards. Ce n est pas une voie facile, mais elle vaut certes la peine d être explorée. D abord, une définition : le transport avancé est un champ d activité très large qui touche à des secteurs économiques importants au Québec, notamment : ceux liés au transport (l aérospatiale, l automobile, les véhicules commerciaux, les véhicules récréatifs, les véhicules spéciaux, le ferroviaire ); dans leurs aspects les plus avancés, soit les matériaux légers, les nouveaux modes de propulsion, les micros et nanotechnologies, la sécurité et la résistance des matériaux, l efficacité énergétique, le développement durable, etc. En un mot, le transport avancé s inscrit dans la mouvance technologique qui permet de faire «avancer le transport». On est aujourd hui dans l économie de demain. Il y a plusieurs raisons qui militent en faveur de cette initiative dans Antoine-Labelle : Premièrement, la région des Laurentides offre plusieurs atouts dont peut profiter la MRC d Antoine-Labelle et ses entreprises; Deuxièmement, la MRC d Antoine-Labelle s est doté d un organisme de soutien et elle détient des infrastructures «structurantes»; Troisièmement, on y découvre un petit noyau d entreprises axées sur l innovation, un noyau qui peut s accroître avec le temps; Quatrièmement, la MRC d Antoine-Labelle offre une multitude d attraits d implantation, un avantage non négligeable par rapport à ses concurrentes des Basses-Laurentides. Les atouts laurentiens Il y a d abord, dans la région des Laurentides, la présence du créneau ACCORD élaboré par le ministère québécois du Développement économique, de l Innovation et de l Exportation (MDEIE) et nommé Transport terrestre avancé. Ce créneau d'excellence regroupe «toutes les activités de conception et de fabrication de systèmes complets, de composantes et de procédés de fabrication de véhicules à la fine pointe de la technologie en ce qui a trait : aux modes de propulsion, à l'efficacité énergétique, à la sécurité, à la résistance, au poids et à l'impact positif sur l'environnement». Grâce à une expertise et à des infrastructures uniques au Canada, le créneau se distingue dans le domaine des essais, des certifications et des homologations de véhicules terrestres. Forte d une tradition d une quarantaine d années dans la fabrication de pièces et l assemblage de véhicules de transport, la région se distingue incontestablement dans le domaine. Cette tradition se caractérise par un bassin de main-d œuvre spécialisée et une concentration unique d assembleurs de véhicules. 27
À cela s ajoutent quatre centres d expertise intimement liés au développement du transport avancé, qu il soit terrestre ou aérien. Il y a d abord les trois centres collégiaux de transfert de technologie (CCTT) de la région des Laurentides : le Centre de développement des composites du Québec (CDCQ) et l Institut du transport avancé du Québec (ITAQ), tous deux rattachés au Cégep de Saint- Jérôme, ainsi que le Centre d innovation en microélectronique du Québec (CIMEQ), rattaché au Collège Lionel-Groulx de Sainte-Thérèse. Il y a aussi le Centre national du transport avancé (CNTA), anciennement connu sous le nom du Centre d expérimentation des véhicules électriques du Québec (CEVEQ). Le CNTA, établi à Saint- Jérôme, se spécialise dans le transport terrestre avancé tout en poursuivant la mission du CEVEQ dans le domaine des véhicules électriques au sens large, que ce soient des véhicules routiers, maritimes ou encore des appareils de transport personnel motorisés. On retrouve également une importante association pancanadienne, Mobilité électrique Canada, qui regroupe les entreprises intéressées aux technologies électrique et hybride. La mobilité électrique comprend tous les modes de transport de surface, incluant les véhicules hors route, utilisant une propulsion électrique fournie par : batteries (incluant les supercondensateurs), caténaires, hybrides et piles à combustible. Cette association, dont le bureau principal se situe à Mississauga en Ontario, s est doté d un pied à terre québécois dans les bureaux du CNTA. Des initiatives facilitantes S il faut savoir regarder autour de soi, il faut savoir miser sur les atouts qu on a à proximité. Depuis plus d un an maintenant, la Société de développement en transport avancé (SDTA) des Hautes- Laurentides s est installée dans le bureau de la Société d'aide au développement des collectivités (SADC) d Antoine-Labelle pour développer dans la région les possibilités offertes par le transport avancé. L organisme sous la responsabilité d Alain Desjardins, l ancien propriétaire de la station de radio CFLO-FM à Mont-Laurier, est parrainé par la Caisse Desjardins de Mont-Laurier, la SADC d Antoine-Labelle et la Commission scolaire Pierre-Neveu. Il dispose d'un budget de 205 000 $ sur deux ans. La SDTA n attend pas que les projets tombent sur sa table de travail, au contraire, elle sollicite les entreprises et les organismes de développement technologique comme l Institut du transport avancé du Québec (ITAQ) et le Centre de développement des composites du Québec (CDCQ) mentionnés précédemment. L organisme sans but lucratif est membre notamment de l Association des manufacturiers d'équipements de transport et de véhicules spéciaux (AMETVS). «L idée est d aller frapper aux portes, d être présent là où sont les projets.» C est la Commission scolaire Pierre-Neveu qui a été en quelque sorte la bougie d allumage du projet de transport avancé dans la MRC d Antoine-Labelle, en mettant sur pied le programme de formation Montage de structures aérospatiales. Le programme d une durée de 975 heures, qui ressemble fortement à celui de Montage de câbles et de circuits offert par l École des métiers de l aérospatiale de Montréal (ÉMAM), est donné par le Centre de formation professionnelle de Mont-Laurier. Pour mettre toutes les chances de son côté afin d attirer les entreprises du secteur des transports avancés, la SDTA élabore présentement deux projets facilitants. D abord, un portfolio de la MRC d'antoine-labelle. Celui-ci présentera les avantages distinctifs régionaux, notamment au plan financier (MRC ressource), des ressources humaines et des infrastructures (terrains disponibles près des aéroports de La Macaza et de Mont-Laurier) dont pourrait bénéficier une entreprise qui établirait ses activités principales ou secondaires sur le territoire. Ensuite, un fonds d investissement privé de 500 000 $ pour le prédémarrage de projets, le segment d aide financière qui fait le plus défaut au 28
Québec. Aux dernières nouvelles, la collecte allait bon train, ayant dépassé la moitié de l objectif final. Les actifs d Antoine-Labelle La MRC d Antoine-Labelle possède également des atouts et des actifs dans le domaine du transport avancé sur son propre territoire. Au chapitre des infrastructures, mentionnons : l aéroport international Rivière-Rouge/Mont-Tremblant à La Macaza, qui permet une présence dans l aviation commerciale et touristique internationale, grâce à; l hydrobase de Sainte-Véronique (Rivière-Rouge), qui propose un endroit structuré où offrir un service de transport aérien vers des pourvoiries du territoire d Antoine-Labelle; Air Mont-Laurier, un transporteur aérien qui a installé sa base principale à Sainte-Véronique, mais qui est aussi présent à Parent en Mauricie et sur le territoire de la Baie-James (LG-4); l aéroport régional de Mont-Laurier, situé à cinq kilomètres de la ville, actuellement impraticable, mais qui pourrait reprendre vie si la mairie de Mont-Laurier, actuellement en réflexion, décide d aller de l avant avec un projet de revitalisation. Outre les aspects distinctifs liés au transport aérien, il faut mentionner également les projets en cours de développement. Parmi ceux qui ne sont pas sous embargo, mentionnons : Tapanee Aviation à Mont-Saint-Michel, fabricant des kits Pegazair et Lévitation, des avions sportifs ultralégers à décollage et à atterrissage courts (STOL); Aéro-Macaza à La Macaza, en attente de trois projets de développement en partenariat avec des entreprises d ici et d ailleurs; Air Melançon et ses trois hydravions à Sainte-Anne-du-Lac (vol de brousse), avec la possibilité d un établissement d entretien et de peinture; deux projets de motorisés : une moto électrique et une «motomobile» à trois roues et deux places assises imaginées par des ingénieurs qui connaissent bien la région. Il y aussi quelques autres projets qui doivent demeurer confidentiels pour l instant. Comme le disait Normand Bélanger, directeur général de la Commission scolaire lors du lancement de la SDTA, «on ne vise pas la Série C à Mont-Laurier, mais on peut croire à la venue de sous-traitants». Quant on y pense sérieusement, il est souvent plus facile, plus rapide également, d être fournisseur de Bombardier à Mirabel si l on est situé dans Antoine-Labelle qu en Montérégie-Est, où la traversée du fleuve peut être parfois chronophage. Donc, on peut croire en la venue de sous-traitants, certes, mais aussi au lancement de projets innovateurs et il y en a, comme on peut le constater. L essentiel, tenter l expérience On sait tous que l industrie aérospatiale est concentrée principalement sur le territoire métropolitain de Montréal, notamment à Mirabel dans la région des Laurentides. Toutefois, il faut reconnaître que c est un domaine en pleine effervescence, pas seulement chez les grands avionneurs, mais aussi chez les petites entreprises qui visent plutôt le marché des petits groupes ou des particuliers. Et ce dernier marché a nettement tendance à se régionaliser. Des entreprises de ce secteur qui s apparente au transport avancé tel que défini précédemment viennent s installer en région, hors de la métropole. Ce fut le cas à Saint-Jean-sur-Richelieu, par exemple, avec deux projets d avions amphibies de Dornier, une entreprise allemande : le Seastar, un appareil de douze places fabriqué de matériaux composites, et le Seawind, un appareil de quatre places disponible en kit. Ce fut également le cas de Cobalt à Saguenay, où cette petite entreprise française vient de finaliser et de certifier un appareil turbopropulsé (CO-50) aux lignes futuristes et pouvant transporter cinq passagers. Il s agit d un cas 29
intéressant qui ressemble à certains projets en développement suivis de près par la Société de développement en transport avancé (SDTA) des Hautes-Laurentides. Un autre exemple intéressant : Trois-Rivières, en Mauricie, a commencé à structurer un petit secteur aéronautique autour de son aéroport, lequel a subi des rénovations majeures ces dernières années. Ces réfections ont incité Premier Aviation, entreprise de services d entretien et de peinture, à s installer à proximité. Dans la foulée, la municipalité a développé un parc industriel aéroportuaire, qui accueille une dizaine de petites entreprises liées à l entretien des petits avions et aux vols nolisés vers les pourvoiries de la Haute-Mauricie. Aujourd hui, après une dizaine d années d efforts, on peut lire sur le site de la ville que «Trois- Rivières et ses environs représentent la plus large concentration d entreprises du domaine de l aviation au Québec, à l extérieur du grand Montréal». Il s agit d y croire pour se donner la chance d avancer sur la voie de la diversification. À tout le moins, les Caisses Desjardins de Mont-Laurier et de Ferme-Neuve y croient : «Nous sommes conscients que les retombées de ce projet peuvent se matérialiser à moyen et à long terme. Nous avons décidé de tenter l'expérience, car arriver à diversifier notre économie, générer de nouveaux emplois, démarrer de nouveaux cours dans nos institutions d'enseignement, stimuler les investissements locaux et gouvernementaux demande la mise en place d'initiatives, des capitaux, du temps et de l'esprit d'équipe». La culture entrepreneuriale La MRC d Antoine-Labelle possède un bon tissu d entreprises. La fibre entrepreneuriale est relativement développée sur le territoire. 15,0 % des personnes actives travaillent à leur compte dans la région. Il s agit d un taux relativement élevé. Dans l ensemble du Québec, cette proportion est plutôt de 10,9 %. Évidemment, parmi les personnes qui travaillent à leur compte, plusieurs le font à titre de travailleurs indépendants. Tableau 1.3 Employés rémunérés et personnes qui travaillent à leur compte en 2006, MRC d Antoine-Labelle et le Québec MRC d Antoine-Labelle Le Québec n % % Employés rémunérés 13 445 84,1 88,8 Travailleurs autonomes 2 405 15,0 10,9 Non incorporé et sans personnel 1 110 6,9 5,1 Incorporé ou avec personnel 1 295 8,1 5,9 Note : Travailleurs autonomes selon Statcan. Source : Recensement de 2006, Statistique Canada. Ce sont des contractuels ou des pigistes qui ne sont rattachés à aucune entreprise et qui n ont pas d employés à leur charge. Les travailleurs autonomes qu on pourrait qualifier d entrepreneurs sont plutôt ceux qui possèdent une entreprise incorporée ou qui ont des employés à leur charge. Ces personnes sont au nombre de 1295 dans la région d Antoine-Labelle, ce qui représente 8,1 % de la population active. Encore là, il s agit d un taux plus élevé que ce que l on retrouve en moyenne dans l ensemble du Québec, soit 5,9 %. On peut ainsi dire que la culture entrepreneuriale est relativement 30
plus développée sur le territoire de la MRC d Antoine-Labelle qu elle ne l est dans le reste du Québec. Au delà des statistiques, il faut s assurer de maintenir vivante les nouvelles entreprises en leur apportant du soutien à des étapes cruciales non seulement du démarrage, mais aussi à des étapes clés de leur croissance. Si la fibre entrepreneuriale est relativement riche dans la région, cela ne veut pas dire que les problèmes de relève entrepreneuriale y seront moins sévères dans l avenir. Comme il est mentionné dans la condition suivante «Relève motivée et qualifiée», il faut s attendre à ce que la relève manque, et à tous les niveaux. Les problèmes de relève entrepreneuriale seront peut-être même plus importants dans la région, puisque qu une part plus grande de la population en dépend. Les défis à retenir Il y a plusieurs défis à relever pour accentuer la diversification économique dans la MRC d Antoine- Labelle. Le portrait présenté ci-dessus en a fait ressortir plusieurs. Il faut reconnaître que la sensibilisation est en cours, que l on vise de plus en plus la valeur ajoutée et la mise en valeur des forces distinctives du territoire. On s ouvre aussi à de nouvelles voies et notamment à la multifonctionnalité. Mais, il existe des préalables importants. Le premier défi est donc de trouver des investisseurs intéressés et sérieux, et le deuxième, tout aussi important, est de se doter d une stratégie ciblée pour un développement bien structuré, ce qui s impose d autant plus dans une vision de développement durable. Il faudra également, troisième défi, dépasser la phase de la consolidation pour identifier des créneaux porteurs, innovateurs, et y attirer une relève tant chez les travailleurs que chez les entrepreneurs bien formés. Pour s assurer du développement de ces nouvelles voies, le soutien politique est un atout indéniable qui fait défaut trop souvent actuellement; un défi qui sera également abordé dans plus d une condition de succès du présent état de situation. Quant à la population, il est essentiel de l impliquer et de l inciter à agir comme ambassadeur pour attirer des visiteurs dans la région. Finalement, il est essentiel d accentuer la promotion et de se donner une signature forte, distincte, dont on sera fier 31
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Condition 2 Relève motivée et qualifiée En matière d offre de formation, la MRC d Antoine-Labelle dispose d un réseau d institutions relativement étendu, comprenant des établissements de formation élémentaire, professionnelle, collégiale et universitaire. À ceci s ajoutee un centre de formation aux adultes. Toutefois, la variété des programmes offerts localement demeure limitée. Le bassin restreint de population sur le territoire demeure un frein à l augmentation de l offre de formation. Il y a une tendance à la sous-scolarisation et pendant ce temps, le marché local requiert des gens qualifiés ou des diplômés provenant de champs d étude non offerts sur le territoire. Les parents et les entreprises ont un rôle majeur à jouer : valoriser l éducation, encourager les jeunes à suivre des formations à l extérieur au besoin. Pour l instant, la population affiche un niveau de scolarité relativement faible. Il est essentiel de rehausser le niveau global de scolarité de la population locale non seulement pour accroître la productivité des entreprises de la région, mais également pour être mieux outillé face au défi de la relève qui se dessine à l horizon. Il y a un sérieux problème de relève entrepreneuriale : on peine à attirer et retenir les jeunes et le transfert d entreprises est ardu. Une offre de formation aux trois ordres d enseignement Malgré sa densité de population, la MRC d Antoine-Labelle dispose d un réseau d éducation relativement développé. Pour la formation générale, on y retrouve neuf écoles primaires réparties dans 21 établissements, une école regroupant le primaire et le secondaire et une école secondaire. Notons qu une partie des jeunes du sud de la région complètent leurs études secondaires à la polyvalente de Mont-Tremblant, située dans la MRC des Laurentides (pour les 3 e, 4 e et 5 e années du secondaire). De plus, à Rivière-Rouge, le secondaire est offert jusqu à la 3 e année seulement. Un peu plus de 3 700 jeunes fréquentent les établissements primaires et secondaires. S ajoute à cela un centre de formation aux adultes comptant près de 1 000 élèves. La région dispose également d un centre de formation professionnelle, d un centre d études collégiales et d un centre de services universitaires. Le Centre de formation professionnelle Mont- Laurier offre des programmes dans les domaines de l administration, de la protection des territoires fauniques, de la mécanique, de la coiffure, de la foresterie, de la santé, ainsi qu en transport. Plus de 600 jeunes s inscrivent à temps plein chaque année dans l ensemble de ces programmes. Du côté de la formation collégiale, le Centre collégial de Mont-Laurier, affilié au Cégep de Saint- Jérôme, offre des programmes de formation générale préuniversitaire en sciences pures et en sciences humaines, ainsi que des programmes techniques en soins infirmiers, en éducation spécialisée, ainsi qu en comptabilité et gestion. Le Centre collégial compte plus de 300 élèves. La formation universitaire, quant à elle, est assurée par un centre de services rattaché à l Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue. Ce centre offre divers programmes de 1er et 2e cycles dans des domaines liés au travail social, à l éducation, aux soins infirmiers et à l administration. Près de 130 étudiants (équivalent temps plein) sont inscrits dans l un ou l autre des programmes universitaires offerts à Mont-Laurier. 33
Tableau 2.1 Domaines d études en formation professionnelle, collégiale et universitaire Centre de formation professionnel Mont- Laurier - Administration (comptabilité, entrepreneuriat, secrétariat) - Protection des territoires fauniques - Mécanique d engins de chantier - Coiffure - Métiers de la foresterie (affûtage, aménagement, classement, machinerie, abattage, sciage, travail sylvicole) - Santé, assistance et soins infirmiers - Transport par camion Un manque de diversité des programmes Centre collégial de Mont- Laurier (Cégep de Saint- Jérôme) - Programmes préuniversitaires (sciences pures et sciences humaines) - Techniques de soins infirmiers - Techniques d éducation spécialisée - Techniques de comptabilité et de gestion Centre de services de l Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue - Travail social - Éducation - Soins infirmiers - Administration Même si plusieurs institutions sont présentes dans la région, la variété des programmes offerts reste limitée. En formation professionnelle, les programmes sont plus courts. Ils permettent donc plus facilement de trouver des élèves et de maintenir une certaine variété de programmes. Pour la formation collégiale et universitaire, les problèmes de recrutement et d abandon sont plus importants, ce qui limite la possibilité d offrir un ensemble de programmes diversifié. Certaines normes institutionnelles sont également contraignantes pour les établissements situés dans la MRC d Antoine-Labelle. Les critères d inscription pour permettre d ouvrir de nouveaux programmes de formation professionnelle et collégiale sont les mêmes à Montréal et à Mont-Laurier. Le défi est donc majeur pour une région dont la population est beaucoup plus faible. Pour attirer plus d élèves, il faut regarder la possibilité de former davantage de gens qui viennent de l extérieur. La mobilité et l éloignement deviennent alors des enjeux majeurs de développement de l offre de formation sur le territoire. Une pénurie de main-d œuvre qualifiée L une des conséquences les plus négatives découlant du manque de diversité des programmes de formation offerts sur le territoire est que les jeunes limitent souvent leurs aspirations de carrière aux seules formations disponibles dans la région. Ils choisissent des domaines d études qui ne respectent pas nécessairement leurs intérêts ou qui ne les amènent pas aussi loin que leurs capacités l auraient permis. Certains se contenteront d une plus faible scolarité. D autres seront démotivés par des champs d études qui ne les passionnent pas. Dans tous les cas, le résultat est le même : les jeunes de la région ont tendance à se sous-scolariser. Pendant ce temps, le marché de l emploi local requiert des gens qualifiés et des diplômés provenant de champs d études non offerts sur le territoire. Pour embaucher ce type de travailleurs, les employeurs locaux doivent recruter des candidats dans les centres de formation professionnelle, collégiale ou universitaire de l extérieur de la région. Mais lorsque les diplômés de ces centres ne sont pas des jeunes issus de la région, ils sont plus difficiles à recruter. En bout ligne, la région se retrouve donc avec un manque de ressources humaines dans certains domaines (ceux dont les formations ne sont pas disponibles sur le territoire), et avec une abondance de main-d œuvre plus ou moins motivée dans d autres domaines (ceux pour lesquels les formations sont offertes dans la MRC). 34
de la mobilité et de l isolement entraîne plusieurs effets. Si la région d Antoine-Labelle souhaite développer davantage de programmes d études sur son territoire, elle doit les rendre accessibles à un nombre croissant de personnes, et donc à des candidats provenant de l extérieur de la région. En même temps, si la région veut faire en sorte que ses jeunes puissent avoir accès aux formations auxquelles ils aspirent, elle doit les encourager à migrer temporairement vers l extérieur, où ces formations sont disponibles. Dans ce cas, les parents jouent un rôle majeur, car ils doivent encourager leurs jeunes à suivre des formations à l extérieur, et même leur apporter un soutien financier dans bien des cas. Il est donc important qu ils valorisent suffisamment l éducation afin de surmonter certaines de leurs inquiétudes, et qu ils puissent faire face aux contraintes financières que commande une telle situation. Le bas niveau de scolarisation Lorsqu on compare la région d Antoine-Labelle à l ensemble du Québec, on constate que le niveau de scolarité moyen de sa population est relativement faible. Les personnes sans diplôme y sont nombreuses. Elles représentent une part de 28,5 % des 25 à 64 ans vivant sur le territoire. Il s agit d une proportion deux fois plus élevée que ce que l on retrouve en moyenne dans l ensemble du Québec. Les personnes qui détiennent au plus un diplôme d études secondaires comptent quant à elles pour 20,7 % de la population. On peut donc dire que près de la moitié des forces vives de la région ne détiennent aucun diplôme de qualification (professionnelle, collégiale ou universitaire). Par ailleurs, l analphabétisation est une problématique inquiétante dans la MRC d Antoine-Labelle et elle remonte à plusieurs années, transmise de père en fils. Les jeunes suivant les traces de leur père sont allés travailler dans le bois sans se soucier de l importance d apprendre à lire et à écrire pour assurer leur avenir. Si bien qu aujourd hui, plusieurs de ces travailleurs âgés qui ont perdu leur emploi dans la foulée de la crise forestière et des multiples fermetures d entreprises se retrouvent donc dans une position très vulnérable sur le plan de l employabilité. Les personnes qui détiennent des diplômes de formation professionnelle comptent pour 25,6 % de la population des 25 à 64 ans d Antoine-Labelle. Cette proportion est significativement plus élevée que ce que l on retrouve dans l ensemble du Québec, soit 18,1 %. Parmi les jeunes de 25 à 34 ans, le contraste est encore plus marqué. Plus d un jeune sur trois détient un diplôme d études professionnelles comme plus haut diplôme dans la MRC d Antoine-Labelle, ce qui est deux fois plus élevé que ce que l on retrouve dans l ensemble du Québec. La région ne souffrirait donc pas d une dévalorisation de la formation professionnelle par ses jeunes. Bien au contraire, il semble que ce type de formation soit très attrayant. Quant aux diplômés de la formation collégiale ou universitaire, on les retrouve en moins grand nombre sur le territoire de la MRC Antoine-Labelle. Les diplômés collégiaux comptent pour 12,5 % de la population régionale âgée de 25 à 64 ans, contre 17,5 % dans l ensemble du Québec. Les diplômés universitaires, de leur côté, sont deux fois moins nombreux en proportion que dans l ensemble du Québec. En fait, seulement 9,0 % de la population locale détient un diplôme universitaire de niveau baccalauréat ou supérieur, contre 20,8 % dans l ensemble du Québec. 35
Tableau 2.2 Plus haut diplôme obtenu chez les 25 à 34 ans et les 25 à 64 ans en 2006 MRC d Antoine-Labelle Le Québec 25-34 ans 25-64 ans 25-34 ans 25-64 ans Aucun diplôme 760 22,9% 5 740 28,5% 11,9% 17,1% Diplôme d'études secondaires 440 13,3% 4 160 20,7% 15,8% 21,1% Diplôme d'une école de métiers 1 145 34,5% 5 140 25,6% 18,7% 18,1% Diplôme collégial 500 15,1% 2 505 12,5% 21,5% 17,5% Diplôme universitaire (Cert.) 80 2,4% 755 3,8% 4,6% 5,4% Diplôme universitaire (Bac et +) 390 11,7% 1 805 9,0% 27,5% 20,8% Source : Recensement de 2006, Statistique Canada. Bien que la scolarité moyenne de la population soit plus faible dans la MRC d Antoine-Labelle, on constate que la situation s améliore. Si l on observe seulement les personnes âgées de 25 à 34 ans, on s aperçoit qu il y a moins d individus sans diplôme ou sans qualification parmi ces jeunes, et que les proportions de personnes détenant des diplômes de niveau supérieur sont plus importantes. Cette évolution s observe toutefois également dans l ensemble du Québec, ce qui fait que l écart de scolarité entre la MRC d Antoine-Labelle et l ensemble du Québec ne se résorbe pas. L écart persistant entre le niveau de scolarité de la MRC d Antoine-Labelle et celui de l ensemble du Québec s explique principalement par les traits caractéristiques du marché local d emploi. Les diplômés de la formation professionnelle y sont particulièrement nombreux, parce que les emplois locaux exigent surtout ce type de formation. Les opportunités d emploi pour les diplômés universitaire sont plus limitées sur le territoire. On retrouve donc moins de gens détenant des diplômes universitaires parmi la population locale, ce qui est tout à fait normal. Le manque de scolarité de la population locale ne serait donc pas mesuré adéquatement en comparant les données locales à celles de l ensemble du Québec. Des techniciens et des diplômés universitaires en demande Cela dit, il est toutefois possible d affirmer qu il existe actuellement une certaine surabondance de travailleurs non qualifiés ou de travailleurs détenant des diplômes de formation professionnelle sur le territoire, alors qu il manque de travailleurs dotés de diplômes collégiaux ou universitaires. On fait ce constat en analysant les taux de chômage selon le niveau de scolarité. Ainsi, le taux de chômage de l ensemble de la population active au recensement de 2006 s élevait à 10,6 % dans la MRC d Antoine-Labelle et à 7,0 % dans l ensemble du Québec, alors que les taux de chômage des personnes sans diplôme étaient respectivement de 18,8 % et de 12,6 % sur ces deux territoires. Il faut rappeler que les gens qui ne détiennent aucun diplôme affichent un niveau d employabilité plus faible. Et cela se vérifie grandement dans la MRC d Antoine-Labelle. Dans le cas des diplômés de la formation professionnelle, le taux de chômage atteint 9,8 % dans la MRC d Antoine-Labelle, alors qu il est de 7,0% dans l ensemble du Québec. Dans les deux cas, il s agit de taux similaires au taux d ensemble, mais inférieurs aux taux de chômage des personnes qui ne détiennent pas de diplôme de qualification. On peut donc dire que les diplômes de formation professionnelle permettent d améliorer l employabilité des personnes, autant dans la MRC d Antoine-Labelle que dans l ensemble du Québec. 36
Tableau 2.3 Taux de chômage selon le plus haut diplôme obtenu en 2006 Antoine-Labelle Le Québec Aucun diplôme 18,8 12,6 Diplôme d'études secondaires 10,7 7,3 Diplôme d'une école de métiers 9,8 7,0 Diplôme collégial 4,6 5,1 Diplôme universitaire inférieur au baccalauréat 6,0 5,3 Diplôme universitaire de baccalauréat ou supérieur 2,0 4,7 Ensemble des personnes 10,6 7,0 Source : Recensement de 2006, Statistique Canada. L analyse des taux de chômage par niveau de scolarité devient intéressante pour la MRC d Antoine- Labelle quand on porte attention aux taux de chômage des diplômés collégiaux et universitaires. Le taux de chômage des diplômés collégiaux est de 4,6 % dans la MRC d Antoine-Labelle alors qu il est de 5,1 % dans l ensemble du Québec. Celui des diplômés universitaire est de 2,0% dans la MRC d Antoine-Labelle contre 4,7 % dans l ensemble du Québec. Ainsi, les diplômes collégiaux et universitaires permettent non seulement d améliorer l employabilité de façon substantielle sur tous les territoires au Québec, mais cela semble encore plus vrai dans la MRC d Antoine-Labelle. Un taux de chômage aussi faible que 2 % est d ailleurs généralement considéré comme un signe de pénurie de main-d œuvre. Cette analyse permet de conclure qu il y a une certaine surabondance de travailleurs ne détenant aucun diplôme de qualification dans la MRC d Antoine-Labelle, alors qu un manque de travailleurs possédant des diplômes collégiaux et universitaires est apparent. Le niveau de scolarité y est donc non seulement relativement faible en comparaison de celui de l ensemble du Québec, mais également en comparaison de ses propres besoins d emploi. La réussite éducative Il apparaît donc important que les acteurs locaux valorisent davantage la formation et l obtention de diplômes de niveau supérieur. La valorisation de la formation passe notamment par la promotion de la persévérance scolaire. Si les jeunes de la MRC d Antoine-Labelle n obtiennent pas les diplômes nécessaires pour soutenir leur propre marché de l emploi, c est entre autres parce qu ils ont tendance à décrocher plus facilement de l école. La mesure généralement utilisée pour le décrochage scolaire est celle du taux de sortie sans diplôme de l école secondaire, que l on calcule à partir des jeunes qui ont quitté l école secondaire durant une année donnée sans avoir obtenu leur diplôme et qui ne se sont pas réinscrits dans un établissement ailleurs au Québec avant la fin de l automne suivant. Ce taux est calculé par rapport au total des jeunes qui ont quitté l école secondaire, avec ou sans diplôme. Il faut noter que la mesure du taux officiel de sortie sans diplôme au secondaire a été modifiée à partir de 2009 par le gouvernement du Québec, pour allonger la période durant laquelle il était possible de se réinscrire dans un établissement secondaire au cours de l année suivant la sortie. Ce changement a pour effet de diminuer les mesures de taux de sortie sans diplôme et de rendre les comparaisons historiques impossibles. 37
Tableau 2.4 Taux de sortie sans diplôme au secondaire, moyenne 2003-2007 Antoine-Labelle Réseau public Le Québec Garçons 47,5 35,2 31,0 Filles 24,0 21,0 18,7 Total 36,2 28,1 24,7 Source : Gouvernement du Québec, ministère de l Éducation, du Loisir et du Sport. Pour la période allant de l année scolaire 2003-2004 à celle de 2006-2007, le taux moyen de sortie sans diplôme pour la région d Antoine-Labelle s élevait à 36,2 %. Chaque année, plus d un jeune sur trois quitte donc l école secondaire sans avoir obtenu un diplôme. Même si plus du tiers des décrocheurs finissent par compléter leurs études secondaires avant d atteindre l âge de 25 ans, ce taux d abandon demeure élevé. Selon les données portant sur le niveau de scolarité, on sait que 22,9 % des jeunes de 25 à 34 ans résidant sur le territoire n ont toujours pas complété leurs études secondaires. Sachant que le taux de décrochage s établit à environ 36 %, on peut en déduire que plus du tiers des décrocheurs finissent par retourner sur les bancs d école avant l âge de 25 ans pour compléter leur diplôme d études secondaires. Dans l ensemble du Québec, ce sont 28,1 % des jeunes qui fréquentent le réseau public ou 24,7 % des jeunes de l ensemble de la province qui quittent chaque année l école secondaire sans avoir obtenu de diplôme. Dans l ensemble du Québec comme dans la région d Antoine-Labelle, ce sont surtout les garçons qui décrochent. Leur taux de décrochage est près du double de celui des filles. La situation semble d ailleurs particulièrement dramatique chez les jeunes garçons de la MRC d Antoine-Labelle, pour qui le taux de décrochage avoisine les 50 %. L un des facteurs déterminants du taux de décrochage chez les jeunes est le niveau d éducation de leurs mères. Selon l Agence de la santé des Laurentides, entre 2001 et 2005, 22,8 % des naissances sur le territoire d Antoine-Labelle furent données par des mères faiblement scolarisées. Cette proportion était de 12,5 % dans l ensemble du Québec. La scolarité des mères a une influence importante sur la réussite, puisque ces femmes représentent le principal vecteur de valorisation de la formation auprès des jeunes. En 2010, des acteurs de l ensemble de la communauté d Antoine-Labelle se sont unis pour former le Comité Action Persévérance (CAP), ayant pour slogan «Tous ensemble, CAP sur la persévérance». Le comité est composé d une vingtaine de représentants de différents secteurs de la communauté. Il poursuit deux objectifs principaux : 1) faire connaître l importance de la persévérance et valoriser la formation; et 2) promouvoir la reconnaissance de l éducation auprès des employeurs. Ces efforts viennent appuyer ceux qui sont déjà mis en place dans le réseau scolaire. Pour l année 2007-2008, le taux de décrochage de la région d Antoine-Labelle s est établi à 29,1 %, ce qui représente une baisse significative par rapport aux années précédentes. Il reste à espérer, avec tous ces efforts, que cette tendance à la baisse puisse se confirmer au cours des prochaines années. La sensibilisation des entreprises Valoriser la formation est un moyen d améliorer la productivité des travailleurs. Pour une région comme Antoine-Labelle, l amélioration de la productivité est essentielle, surtout dans un contexte où la main-d œuvre se fait de plus en plus rare. Il s agit aussi d un moyen de prévenir le problème de relève qui se dessine à l horizon. 38
À cet égard, les entreprises de la région jouent un rôle important dans la valorisation de la formation. Par leurs pratiques en matière de ressources humaines, elles ont la possibilité de récompenser ou non les travailleurs qui possèdent une formation plus poussée. Malheureusement, trop d entreprises locales se contentent d une main-d œuvre moins qualifiée afin de réaliser des économies salariales. D autres refusent carrément de rémunérer les employés en fonction de leurs qualifications, ce qui récompense indirectement les personnes les moins qualifiées. Tout cela se fait évidemment sans tenir compte de la productivité des travailleurs, ni de leur employabilité à moyen terme. Pour améliorer les pratiques, les employeurs, les syndicats locaux et le milieu de la formation doivent mieux se concerter. Les entreprises peuvent également choisir d investir elles-mêmes dans la formation de leurs employés. Des programmes de formation continue sont offerts sur le territoire, mais les entreprises les utilisent très peu. Ce sont surtout les individus qui manifestent le besoin de suivre ce type de formation pour améliorer leurs acquis. Les employeurs se montrent plus hésitants; ils ne voient pas toujours comment les compétences augmentent la productivité de leurs employés. Ils craignent également qu une fois formés, leurs employés les quittent pour un concurrent. Le besoin de relève Lors du recensement de 2006, le taux de chômage chez les jeunes de 15 à 24 ans dépassait 20 % dans la région d Antoine-Labelle. Avec la crise forestière des dernières années, il est fort probable que la situation se soit dégradée. La région peine donc à offrir du travail à ses jeunes. N est-ce pas là une indication qu il n y a pas de problème de relève à l horizon? Figure 2.5 Taux de chômage selon l âge en 2006 Source : Recensement de 2006, Statistique Canada. Les données sur les taux de chômage par niveau de scolarité indiquent toutefois que les surplus de main-d œuvre se trouvent surtout parmi les catégories de travailleurs les moins qualifiés, dont les jeunes. Parmi les personnes détenant des diplômes collégiaux ou universitaires, il y aurait plutôt pénurie, donc problème de recrutement et de relève. Si l on se fie aux données sur les perspectives démographiques de 2006 à 2031, le problème risque d ailleurs de s aggraver lourdement dans la région d Antoine-Labelle. 39
Tableau 2.6 Perspectives démographiques selon l âge 2006-2031 MRC d Antoine-Labelle Le Québec Part dans la population 2006 Perspectives de croissance 2031 Part dans la population 2006 Perspectives de croissance 2031 0-14 ans 14,5-15,0 16,4 5,5 15-24 ans 10,9-17,2 12,8 0,1 25-44 ans 23,0-14,5 28,4-2,9 45-64 ans 35,3-17,0 28,5 0,2 65 ans et plus 16,3 137,0 14,0 112,4 Total 100,0 9,0 100,0 15,8 Source : Institut de la statistique du Québec. Selon les données sur les perspectives démographiques publiées par l Institut de la statistique du Québec, les personnes en âge de travailler devraient voir leur nombre diminuer d environ 15 % d ici 2031 dans la MRC d Antoine-Labelle (tous groupes d âge confondus). À l opposé, le groupe des personnes en âge de prendre leur retraite devrait quant à lui connaître une croissance de près de 137 % au cours de la même période. Et ce phénomène est beaucoup plus marqué dans la MRC d Antoine-Labelle qu il ne l est dans le reste du Québec. Certains employeurs reconnaissent déjà que le recrutement de la main-d œuvre se fait de plus en plus difficilement. Quelques-uns ont mis en place des incitatifs pour s assurer de garder leurs meilleurs travailleurs. Dans le système de la santé, les pénuries sont déjà bien installées, et le manque de concertation entre les centres hospitaliers, les syndicats et les institutions de formation a pour effet d aggraver les conséquences de cette pénurie. Les infirmières de la région, par exemple, évoluent dans un contexte de pénurie et de précarité à la fois, ce qui n est pas propice au recrutement de la relève. Afin de mieux accompagner les employeurs en matière d enjeux liés relève, la Corporation de développement de la formation et de l enseignement supérieur de la MRC d Antoine-Labelle mène actuellement une étude sur les besoins futurs de main-d œuvre qualifiée dans la région. Ses résultats sont attendus pour mars 2011. Au moment d écrire ces lignes, il était encore trop tôt pour en obtenir copie. Mais il faut noter que cette étude devrait servir de point de départ à la réflexion qui doit avoir lieu dans la région sur l enjeu de la relève. Le besoin d une relève entrepreneuriale Du côté de la relève entrepreneuriale, le défi est aussi important. Plusieurs entrepreneurs de la région s apprêtent à quitter la direction de leur entreprise pour se diriger vers la retraite. Pour assurer la pérennité de ces entreprises, il doit y avoir une relève entrepreneuriale. Sans cette relève, plusieurs entreprises pourraient être contraintes de fermer leurs portes. Les jeunes entrepreneurs éprouvent actuellement des difficultés d accès au capital. Ils ne possèdent pas les fonds nécessaires pour prendre la relève des entreprises en place. En matière de gestion, on tente aussi de les rapprocher des gestionnaires actuels, mais il existe souvent un clivage important entre les jeunes et leurs mentors. Ce choc découle notamment du fait que les jeunes sont souvent mieux formés en gestion que leurs prédécesseurs, mais qu ils n ont pas l expérience requise sur le terrain. Le profil de l entrepreneur local est en transformation, et les acteurs en place doivent en prendre conscience. Le manque de réseaux d échange dans la région est aussi évoqué comme un frein à la relève entrepreneuriale. 40
Les défis à retenir On l a dit en matière d offre de formation, la principale force de la région repose sur son réseau d institutions. La présence d établissements de formation élémentaire, professionnelle, collégiale et universitaire sur le territoire constitue un atout majeur mais l adéquation formation-emploi reste un défi constant.. Au chapitre de la relève, la région dispose d outils intéressants pour attirer des nouveaux travailleurs mais le défi reste important. Par ailleurs, du côté de la relève entrepreneuriale, on a besoin d une nouvelle génération de gestionnaires avec des compétences solides car le contexte d affaires est de plus en plus exigeant et complexe. De l avis général, toutefois, les points faibles demeurent importants. Plusieurs lacunes ont été décelées concernant la capacité de la région à faire face aux défis d attraction et de rétention de la relève. Bien que le réseau d institutions de formation dans la région soit bien développé, la diversité des programmes offerts sur le territoire demeure limitée. La région pourra progresser sur le plan de la formation seulement si elle s ouvre sur l extérieur. Cela implique non seulement d être en mesure d attirer des gens à s inscrire dans les programmes offerts sur le territoire, mais aussi d encourager davantage les jeunes de la région à suivre des formations à l extérieur. Le faible niveau de scolarité de la population demeure un frein au développement. L offre limitée de programmes de formation sur le territoire contraint les jeunes à abandonner la poursuite de leurs études ou à aller à l extérieur pour faire des études dans le domaine de leur choix. Mais, comme l accès à la formation désirée est difficile, la tentation de laisser tomber est grande car on ne valorise pas suffisamment la formation et les diplômes dans la région. Il y a des gains importants à faire pour rehausser le niveau de formation bien qu il y a lieu de reconnaître que les efforts consacrés à la valorisation de la formation ont portés. On remarque que le niveau de scolarité de la région progresse et que les jeunes sont de plus en plus scolarisés. Le nombre de jeunes qui ne terminent pas leurs études secondaires est en baisse. Les signaux sont encourageants mais il faut poursuivre les efforts Un autre défi consiste à développer une culture de formation continue au sein des entreprises en faisant la promotion de meilleures pratiques des entreprises en matière de ressources humaines.. Il y a une lutte à faire pour diminuer le travail au noir qui est également considéré comme un frein au développement des compétences dans la région. Si les gens travaillent dans les secteurs «informels», ils ne cumulent officiellement aucune expérience de travail. Ils peuvent alors plus difficilement mettre en valeur leurs acquis. Il en va de même pour les entrepreneurs qui travaillent au noir. Au moment de vendre leur entreprise, ce ne sont que les chiffres officiels qui sont garants de la valeur réelle de leur entreprise. Les opportunités liées à l économie de la région sont donc difficiles à saisir, et toutes les compétences qui y sont associées ne peuvent être mises en valeur. 41
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Condition 3 Dynamisme de la communauté On constate une croissance de la population dans la MRC d Antoine-Labelle, où plus du tiers de celle-ci est constituée de villégiateurs. Le vieillissement de la population a un impact sur le dynamisme de la communauté, notamment sur la main-d œuvre. La situation fait aussi pression sur les ressources en santé et sur les proches aidants. L intégration des communautés autochtones n est pas toujours facile, même si l on observe que la situation évolue. De façon générale, les nouveaux arrivants éprouvent eux aussi des difficultés d intégration. L implication dans le milieu ou la création de liens au travail permettent d amoindrir ces difficultés, mais l étiquette «étranger» reste longtemps collée à la peau des nouveaux venus. Le sentiment d appartenance est élevé dans les villes et les villages, mais il n y a pas de sentiment identitaire à la MRC Antoine-Labelle. En dépit des graves turbulences économiques des dernières années, le climat social est bon dans la MRC. Le milieu communautaire est très dynamique et concourt concrètement au mieux-être de la population dans toutes les dimensions de la vie collective (économique, sociale, culturelle, environnementale). C est également un créateur d emplois important dans la MRC. Par ailleurs, il est de plus en plus reconnu comme un partenaire actif dans le développement même si des pas restent à franchir dans les milieux politiques et économiques. Le modèle coopératif fait partie intrinsèque de la culture de développement d Antoine-Labelle et plusieurs cas mériteraient d être imités. Le territoire et la population La MRC d Antoine-Labelle est située à l extrémité nord de la région administrative des Laurentides, au Québec. Plus précisément, on retrouve au sud d Antoine-Labelle la MRC Les Laurentides (Mont- Tremblant), à l ouest la MRC de La Vallée-de-la-Gatineau, au nord la MRC de La Tuque et à l est la MRC de Matawinie. Ainsi, au croisement des régions de l Outaouais et de l Abitibi-Témiscamingue, Antoine-Labelle représente 72 % de l espace régional des Laurentides, mais la majeure partie de son territoire est non-organisé (TNO) (9 855 km 2 sur 14 796 km 2, 2009), c est-à-dire non-municipalisé. Divisé en 11 TNO, cette partie du territoire est occupée principalement par des pourvoiries (20) et des zecs (6) puis on y retrouve de la coupe forestière. Tel que mentionné auparavant, la forêt occupe plus de 80% du territoire de toute la MRC et elle est à 85 % en tenure publique. Deux réserves fauniques sont situées en partie sur le territoire : Rouge- Matawin (à l est, près de L Ascension et La Macaza) et Papineau-Labelle (au sud-est, entre Nominingue et Rivière-Rouge). Le Parc du Mont-Tremblant traverse également une petite partie du territoire, adjacent à la Réserve Rouge-Matawin, donc au sud de celle-ci. Le territoire de la MRC d Antoine-Labelle est composé de 17 municipalités. Dans la vallée de la Lièvre, on retrouve Mont-Laurier, Ferme-Neuve, Lac-Saint-Paul, Mont-Saint-Michel, Sainte-Annedu-Lac, Saint-Aimé-du-Lac-des-Îles, Notre-Dame-du-Laus, Notre-Dame-de-Pontmain, Lac-du-Cerf, Kiamika, Chute-Saint-Philippe, Lac-des-Écorces. La vallée de la Rouge est constituée des municipalités suivantes : Nominingue, Rivière-Rouge, La Macaza, L Ascension et Lac-Saguay. Deux villes sont présentent sur le territoire : Mont-Laurier qui, à elle seule, concentre 37 % de toute la population de la MRC (13 242 habitants) et Rivière-Rouge qui en regroupe 13 % (4 498 habitants). 43
La majorité des autres municipalités, soit 10, compte chacune moins de 1 000 habitants. C est le territoire le plus vaste et le moins densément peuplé de la région des Laurentides, avec environ 2,2 habitants par km². L évolution de la population Le profil démographique y est parmi les plus âgés de la région. Il faut également noter la présence d une population saisonnière importante. En 2006, la population atteignait 35 000 habitants. On a connu une croissance de 4,6 % entre 2001 et 2006, plus élevée que celle du Québec qui était de 4,3 %. On estime la population des villégiateurs à quelque 17 100, soit plus (33 %) de la population totale lorsqu on y inclut les villégiateurs. Quant à la population immigrante, elle ne représente que 1,3 %, soit 455. Selon les chiffres 2010 du MAMROT, Antoine-Labelle compte maintenant 35 414 habitants. Il n y a pas de communauté autochtone établie dans la MRC, mais on entretient beaucoup d interactions avec la communauté Atikamekw de Manawan dans Lanaudière (entente-cadre sur les droits), ainsi qu avec les communautés algonquines de Lac-Rapide et de Kitigan Zibi en Outaouais. Un vieillissement plus rapide de la population Le vieillissement de la population est plus rapide dans la MRC d Antoine-Labelle qu ailleurs au Québec. Le phénomène des retraités qui viennent finir leurs jours dans la région explique en partie de cette situation. La MRC d Antoine-Labelle va connaître au cours des prochains 25 ans un vieillissement important de sa population, la proportion des personnes de 65 ans et plus passant de 14,0 % en 2006 à 25,6 % en 2031. Les aînés représenteront plus du tiers de la population dans 33 des 104 MRC ou territoires équivalents du Québec. Arrivera en tête la MRC Les Basques (45 %), située dans le Bas-Saint- Laurent, suivie de Mékinac (41 %), en Mauricie. À l horizon 2031, selon les projections de l Institut de la statistique du Québec, tous les groupes d âges de la MRC d Antoine-Labelle seront en baisse, sauf celui des 65 ans et plus qui verront leur nombre bondir de 137 %, une progression beaucoup plus forte que celle qu on observe au Québec. Comparativement à la région des Laurentides, la situation Tableau 3.1 Perspectives de vieillissement de la population à l horizon 2031 Groupes MRC d Antoine-Labelle Région des Laurentides Province de Québec d âges 2006 2006-2031 2006 2006-2031 2006 2006-2031 00-14 ans 14,5% - 15,0% 16,4% + 5,5% 15-24 ans 10,9% - 17,2% 12,8% + 0,1% 25-44 ans 23,0% - 14,5% 28,4% - 2,9% 45-64 ans 35,3% - 17,0% 28,5% + 0,2% 65 ans plus 16,3% + 137,0% 14,0% + 112,4% Total 100% + 9,0% 100% + 15,8% Source : Statistique Canada et Institut de la statistique du Québec L âge médian, qui sépare la population en deux parties égales, passera de 40,5 ans en 2006 à 45,2 ans en 2031 dans l ensemble du Québec. Dans 81 des 104 MRC ou territoires équivalents du Québec, cet âge médian sera surpassé, atteignant même 61,6 ans dans la MRC Les Basques. L âge médian de la population sera d ailleurs supérieur à 45,2 ans en 2031 dans toutes les MRC de six régions, soit le 44
Bas-Saint-Laurent, le Saguenay Lac-Saint-Jean, la Mauricie, l Estrie, l Abitibi-Témiscamingue et le Centre-du-Québec. Ce sera également cas dans Antoine-Labelle. La difficile intégration La difficulté de s intégrer à la communauté d Antoine-Labelle est largement ressortie lors des tables rondes sectorielles, et non seulement lors de celle portant sur le thème «Dynamisme de la communauté». Il apparaît compliqué de s insérer dans des réseaux existants. La situation est encore plus difficile pour les personnes seules, car les réseaux sociaux sont centrés autour de la famille. Cette situation semble plus ardue encore lorsqu on appartient à autre nationalité. Ce phénomène a évidemment un impact négatif sur l attraction des jeunes. Les communautés autochtones n habitent pas dans la MRC d Antoine-Labelle, mais tel qu indiqué précédemment, il existe des liens avec ces dernières et on tente d établir des relations harmonieuses et fructueuses. Il faut noter qu au cours des dernières années, des expériences de travail et de formation dans le secteur forestier ont eu un effet bénéfique sur la méfiance des autochtones, tout en permettant à la communauté locale de mieux comprendre leur culture et leurs valeurs ancestrales. Le changement de perception est lent, mais les efforts commencent à porter fruit. Ces différents groupes ne sont pas les seuls aux prises avec des questions d intégration; les générations le sont aussi. Les jeunes possèdent effectivement des valeurs différentes de leurs aînés, un mode de vie également très différent et influencé par l ère numérique et ses progrès rapides. Les liens sont donc difficiles à tisser, mais les initiatives intergénérationnelles qui voient le jour permettent de rapprocher les visions et facilitent le transfert du savoir tant dans un sens que dans l autre. Le mentorat est d ailleurs une formule gagnante qui permet à la relève de tirer profit de l expérience d entrepreneurs aguerris maintenant retraités. Inversement, les travailleurs plus âgés apprécient l aide des plus jeunes quand il s agit d apprivoiser les nouvelles technologies. Ceci dit, la génération Y a des attentes qui ne sont pas encore comprises ou acceptées par les générations plus âgées, et on assiste encore à des conflits dans les milieux de travail comme dans les milieux sociaux et politiques. Mais, ce choc des idées a l avantage, en bout de piste, de faire évoluer les uns et les autres. Par ailleurs, les intervenants soulignent que la tranche d âge des 6 à 12 ans est souvent laissée-pourcompte dans les services offerts, et encore davantage les jeunes qui débutent le secondaire (10 à 12 ans), ce qui est préoccupant puisque ces jeunes auraient davantage besoin d encadrement en dehors des heures de classe, notamment dans les cas des parents qui travaillent à l extérieur. Ils ne viennent plus au service de garde, n aiment plus fréquenter les camps de jour qui ne sont pas adaptés à leur intérêt et se retrouvent ainsi isolés, ce qui peut entraîner divers problèmes (mauvais coups, vandalisme). 45
La pauvreté et ses impacts La situation économique des citoyens d Antoine-Labelle est préoccupante. Les revenus sont plus faibles que dans l ensemble du Québec. La crise économique et forestière des dernières années a certainement eu un impact sur cette situation de même que le fait que certains secteurs comme le tourisme et l agroalimentaire ont beaucoup d emplois saisonniers, ce qui aggrave la précarité de la situation de certaines catégories de travailleurs. Tableau 3.2 Revenus et sources des revenus dans la MRC d Antoine-Labelle Types de revenus Antoine-Labelle Rég. Laurentides Prov. de Québec 2008 $ 2004/08 2008 $ 2004/08 2008 $ 2004/08 Revenu d emploi 15 629-0,2% 23 723 1.0% Revenu de placement 2 666 5,6% 3 949 2.8% Transferts publics 6 541 2,6% 5 523 3.8% Revenu personnel 24 908 1,1% 33 333 1.7% Revenu personnel disponible 19 737 1,2% 25 504 1.0% Source : Statistique Canada et Institut de la statistique du Québec Un niveau de défavorisation généralisé Le ministère de l'éducation, du Loisir et du Sport (MELS) calcule annuellement deux indices de défavorisation pour les 69 commissions scolaires linguistiques du Québec. Les données sur la situation des familles québécoises ayant des enfants âgés de 0 à 18 ans (tableau 3,2) proviennent du Recensement 2006 de Statistique Canada actualisé par l Institut de la statistique du Québec. Les milieux socioéconomiques d ou proviennent les enfants correspendent au territoire desservi par chaque école primaire ou secondaire. Le calcul s appuie sur deux éléments distincts : 1) la proportion des familles avec enfants dont la mère n'a pas de diplôme (les deux tiers du poids de l'indice), 2) la proportion de ménages dont les parents n'étaient pas à l'emploi durant la semaine de référence du recensement canadien (le tiers du poids de l'indice). Les indices annuels des écoles sont regroupés en rangs déciles (entre 1 et 10) afin de situer la place relative de l'école dans l'ensemble du réseau. Tableau 3.3 Indices de défavorisation 2009/2010 Commission scolaire Pierre-Neveu Nom de l école Nombre d élèves Seuil de faible faible revenu Indice de défavorisation Rang décile Niveau primaire École de la Madone et de la Carrière 278 14,24 15,71 8 École de Ferme-Neuve et des Rivières 236 12,70 27,58 10 École de la Lièvre-Sud 111 18,86 18,13 9 Ecole aux quatre vents 185 11,78 21,55 9 École du Val-des-Lacs 129 06,15 23,41 10 École des trois sentiers 203 18,56 18,68 9 École Jean-XXIII 204 14,60 14,87 7 École Saint-Eugène 286 12,75 13,29 7 École du Méandre 220 19,48 16,18 8 Niveau secondaire École polyvalente Saint-Joseph 1 648 13,67 18,62 9 École du Méandre 204 19,14 17,62 9 Source : le ministère de l'éducation, du Loisir et du Sport (MELS), Recensement 2006, Statistique Canada 46
Dans le cas de la Commission scolaire Pierre-Neveu, on peut se rendre compte dans le tableaux cidessus que la grande majorité des écoles primaires ainsi que les deux écoles secondaires se situent parmi les plus défavorisées ayant des rang décile de 9 et 10. Quatre écoles primaires se retrouvent parmi le groupe un peu moins défavorisé avec des rang décile de 7 et 8. De façon générale, on ne peut conclure qu à un niveau de défavorisaton élevé pour l ensemble de la MRC d Antoine-Labelle couvert par la commission scolaire Pierre-Neveu pour la période 2009-2010. Le seuil de faible revenu, quant à lui, se définit comme le niveau de revenu selon lequel on estime que les familles consacrent 20 % de plus que la moyenne générale à la nourriture, au logement et à l'habillement. Il fournit une information qui sert à estimer la proportion des familles dont les revenus peuvent être considérés comme faibles, en tenant compte de la taille de la famille et du milieu de résidence (rural, urbain, agglomération, etc.). Un niveau de pauvreté préoccupant Ces données ainsi que les éléments de pauvreté dans le tableau 3,4 pointent tous dans la même direction : Le niveau de pauvreté est préoccupant. En effet, les données sur les transferts gouvernementaux et le faible revenu présentées ci-dessous démontrent qu Antoine-Labelle se trouve dans une situation pire que dans la région des Laurentides et que l ensemble du Québec. Tableau 3.4 Éléments de pauvreté tirés du recensement 2006 Éléments de pauvreté Antoine- Région Province Labelle Laurentides Québec Part des revenus de transfert dans les revenus totaux 22,7 % 13,9 % Prévalence du faible revenu dans les ménages 8,5 % 12,5 % Prévalence des familles monoparentales à faible revenu Source : Statistique Canada et Institut de la statistique du Québec Le climat social 14,6 % 19,8 % Antoine-Labelle n est pas différente des autres régions. On est aux prises avec des problèmes de criminalité et de délinquance, mais ce n est pas pire sur ce territoire qu ailleurs au Québec. La violence conjugale semble avoir augmenté durant les dernières années, et les intervenants ont tendance à faire un lien avec la montée de la pauvreté liée à la crise économique qui a sévi. Il faut préciser que les cas de violence conjugale dénoncés peuvent être liés à une aggravation de la situation économique et/ou aux campagnes de sensibilisation effectuées au cours des dernières années, lesquelles ont eu pour effet d amener les victimes à se reconnaître et à baisser leur niveau de tolérance à l égard de la violence vécue. Par ailleurs, la maison d hébergement La Passe-R-Elle observe que les femmes qui font appel à ses services, surtout en hébergement, sont de plus en plus démunies et vivent souvent dans une très grande pauvreté. De multiples problématiques sociales La Passe-R-Elle observe également chez les utilisatrices de ses services une forte augmentation de cas où les femmes sont éprouvées par des multiples problématiques (toxicomanie, alcoolisme, santé mentale et physique, etc.), et ce, en plus du contexte de violence conjugale avec lequel elles doivent composer. Souvent, les problématiques multiples sont les conséquences directes de la violence vécue. Cette situation complexe exigera au cours des prochaines années que des efforts supplémentaires soient consacrés à la formation des ressources, afin de répondre aux diverses problématiques, 47
notamment en santé mentale. Sans compter que les intervenantes devront être davantage outillées pour aider les femmes et les enfants dans leur globalité. D ailleurs, il faut souligner que les délais sont souvent longs avant qu une femme puisse avoir accès aux services d un éducateur, un suivi en toxicomanie ou en consommation, ou de l aide psychiatrique. Les cas de femmes éprouvées de multiples façons amènent l organisme à travailler beaucoup plus fréquemment en partenariat avec d autres organismes du milieu ainsi qu avec le réseau de la santé et des services sociaux, afin de répondre aux besoins multiples de la clientèle. On observe que de plus en plus de femmes sont aux prises avec des problèmes de santé mentale et qu elles sont de plus en plus médicamentées. L analyse des causes qui mènent à cette situation devient essentielle. Un taux élevé de criminalité Les difficultés qu a connu la région au cours des dernières années a aussi eu un effet sur la criminalité, comme le démontre les chiffres de la période 2007-2009. Pour les crimes contre la personne et la propriété, on dépasse la moyenne du Québec. Tableau 3.5 Éléments de criminalité (2007-2009) Antoine-Labelle Laurentides Québec Nombre Par 100 000 h. Par 100 000 h. Par 100 000 h Crimes contre la personne 451 1 267 1 061 Crimes contre la propriété 1 465 4 113 3 404 Total des infractions 2 322 6 520 4 977 Source : Institut de la statistique du Québec Une problématique de consommation de marijuana doit également être soulevée, et là encore, on fait le lien avec la pauvreté mais aussi avec le désœuvrement des jeunes. À cet égard, les intervenants souhaitent que le travail de rue soit davantage développé et structuré. Les ressources sont réellement déficientes et elles ne sont actuellement présentes qu à Mont-Laurier, alors qu il faudrait qu elles soient déployées sur tout le territoire. Par contre, il faut souligner qu Antoine-Labelle est la seule MRC qui possède un centre de jour itinérant dans la région. Un autre phénomène préoccupe les intervenants depuis le début de la décennie : le taux de mortalité par suicide dans la MRC, qui était l un des plus élevés au Québec entre 2001 et 2004, soit le double de la moyenne québécoise (35 suicides contre 16 au Québec). Des chiffres récents ne sont pas encore disponibles, mais cette problématique reste sur haute surveillance dans le réseau de la santé et des services sociaux ainsi que chez les services policiers. L isolement et le manque de participation À l instar des jeunes, les personnes aînées sont isolées, notamment celles qui sont défavorisées. L offre incomplète de transport collectif n arrange pas les choses. Les aînés comme les personnes démunies qui vivent dans les parties éloignées du territoire ont difficilement accès aux services, sans compter qu elles ne peuvent pas aisément participer à la vie communautaire. Heureusement, les organismes communautaires offrent à ces clientèles un soutien et des services qui contribuent à briser leur isolement. Il existe un bon éventail d activités dans la région, mais comme on le verra plus loin dans la condition «Milieu de vie de qualité», elles sont concentrées à Mont-Laurier et à Rivière-Rouge. Les gens qui n habitent pas dans ces centres ne participent pas beaucoup aux événements, non seulement à cause des lacunes en transport mais également parce qu ils préfèrent participer à des événements 48
dans leur localité. Ceci entraîne une faiblesse des taux de participation et cristallise les positions sur le «Mont-Laurier-centrisme», puisqu on véhicule l impression que tout est organisé par et pour Mont-Laurier, dans le but de répondre avant tout aux besoins des Lauriermontois. Les efforts de promotion et l harmonisation des calendriers culturels ne semblent pas avoir donné de résultats tangibles, et les organisateurs se questionnent sur ce désintérêt des citoyens et sur la meilleure stratégie à adopter. Il est d ailleurs surprenant de constater que les médias locaux ne donnent pas toujours l heure juste sur le réel taux de fréquentation des événements, entretenant ainsi l illusion que les objectifs de participation ont été atteints et qu on a connu de bons succès Un état de santé à améliorer Sur le territoire d Antoine-Labelle, les facteurs de risque pour la santé et le bien-être en lien avec les naissances fluctuent en dents de scie, mais restent tout de même les plus élevés de la région. Par exemple, voici quelques caractéristiques présentées dans le plan d organisation des services (PLOS) du CSSS d'antoine-labelle en 2006, démontrant la vulnérabilité de la population qu il dessert : 21,9 % des familles sont monoparentales; 17,9 % des familles vivent sous le seuil de faible revenu; 39,5 % des familles déboursent plus de 30 % de leur revenu pour le logement; 15,4 % des personnes de plus de 12 ans vivent de l insécurité alimentaire; 56 % de la population consomme moins de 5 fruits et légumes par jour; 48,7 % de la population est inactive; 39,8 % de la population fait de l embonpoint; 13,2 % de la population souffre d obésité; 28,5 % de la population fume, dont 20 % des jeunes de 12 à 19 ans; 2,1 % de la population consomme 5 verres d alcool plus de 12 fois par année; 6 % de la population souffre de diabète. Tableau 3.5 Espérance de vie à la naissance et population avec incapacité (2006) Antoine-labelle Laurentides Québec Espérance de vie à la naissance (en années) 77,6 % 79,5 % Part de la population avec une incapacité 14,4 % 11,1 % Source Centre de santé et services sociaux (CSSS) d Antoine-Labelle Comme c est le cas dans plusieurs autres régions du Québec, Antoine-Labelle est aux prises avec un manque flagrant de médecins de famille. Par contre, la mise en place d unités de médecine familiale avec résidents a amélioré la situation dernièrement. Mais il faut tenir compte qu il s agit pour le moment d un projet pilote. La prévention doit constituer une priorité dans la région, notamment auprès des jeunes. Par exemple, une proportion importante des 12 ans et plus présentent des habitudes de vie qui constituent des facteurs de risque de développer des maladies chroniques. Il faut aussi souligner que plus du tiers des 12 ans et plus souffrent d embonpoint, et plus du dixième, d obésité. Plusieurs jeunes mères sont âgées de moins de 20 ans, ce qui s avère également préoccupant et exige un soutien particulier de la part des organismes qui œuvrent auprès des familles. 49
Encore aujourd hui, le tabagisme fait partie des défis à relever en matière de santé, puisque le quart de la population fait un usage régulier ou occasionnel de tabac. Concernant les grandes causes de morbidité et de mortalité (cancer, maladies cardiovasculaires, maladies respiratoires), les taux s apparentent à ceux des autres régions. Prenant acte de ce diagnostic, le CSSS d Antoine-Labelle a instauré une approche inspirée d une logique de santé publique. Ainsi, une bonne partie des interventions sont axées sur la prévention, la promotion et l information. Le CSSS a adopté ce modèle compte tenu des caractéristiques de la population dite vulnérable. Pour répondre aux besoins, il a revu sa prestation de services afin de développer une première ligne forte qui interviendra en amont des problèmes de santé et sociaux. En plus de se doter d une équipe solide vouée à l information sanitaire, à la prévention et à la promotion de même qu'au dépistage, le CSSS a opté pour le partenariat et soutient les organismes locaux visant à répondre à un problème social ou de santé. Des initiatives liées au transport collectif ou au logement social sont d ailleurs considérées, compte tenu de leur impact démontré sur la santé de la population. De plus, afin de répondre aux besoins d une population dispersée sur un vaste territoire, l organisation des services de santé et des services sociaux se fait sur une base territoriale dans plusieurs secteurs, notamment l organisation communautaire, la nutrition et le travail social. Cette approche territoriale a l avantage d être en prise concrète avec les besoins locaux et d offrir des services plus près des gens. Ceci doit en plus favoriser l accès et la continuité des services. Un regroupement des efforts pour de saines habitudes de vie Depuis les dernières années, une initiative de taille a permis de progresser en matière d acquisition de saines habitudes de vie, notamment auprès des jeunes. Il s agit de Québec en forme, agissant avec un regroupement local de partenaires. Rappelons qu en 2009, dans la foulée des consultations effectuées lors du Sommet sur les stratégies québécoises sur la promotion des saines habitudes de vie, les ministères et les organismes présents ont conclu à la nécessaire contribution des organismes régionaux aux stratégies de promotion nationale et de mobilisation des communautés locales, et à l importance de leur donner la capacité de mener à bien des projets régionaux répondant à des besoins qui leur sont propres. Depuis, les regroupements locaux des Laurentides ont mis en œuvre plusieurs stratégies et actions pour agir efficacement sur la «saine alimentation et le mode de vie physiquement actif». Elles touchent autant la pratique d une activité physique et la consommation de fruits et légumes que l accessibilité à des équipements sportifs ou à des aliments frais. Plus spécifiquement, dans les Laurentides, le projet «S'entraider et outiller pour mieux manger» a pour objectif la mise en place des conditions propices pour favoriser chez les jeunes de familles défavorisées de meilleures habitudes alimentaires, ceci en augmentant l accessibilité à des produits laitiers, des fruits et des légumes, des produits protéinés et en agissant sur les comportements individuels (connaissances, habiletés, croyances, attitudes). Ainsi, des initiatives portées par le comité d action local d Antoine- Labelle en forme et en santé (Fondation Chagnon) ont commencé à porter fruit. Une attention à porter aux soins des aînés et au soutien des aidants Force est de constater un manque de résidences avec services pour les aînés en perte d autonomie. Heureusement, le maintien à domicile arrive à fonctionner sur ce vaste territoire. Le CSSS vise d ailleurs le développement d un réseau intégré de services aux personnes adultes en perte d autonomie, en faisant du domicile le lieu privilégié de prestation des services et donc, du maintien à domicile, une priorité. À cet égard, il faut noter que la proportion de personnes bénévoles donnant 50
des soins aux aînés dans le réseau local de services de santé et de services sociaux (RLS) d Antoine- Labelle est la plus élevée de la région. Outre ces ressources bénévoles, s ajoute bien sûr le soutien apporté par les aidants naturels à leurs proches. Il existe une problématique aiguë chez les proches aidants, qui montrent de grands signes d essoufflement compte tenu du manque de soutien en ressources humaines et financières. Il faut noter que le Carrefour des proches aidants (initiative en partenariat avec la Fondation Chagnon) constitue un pas dans la bonne direction, puisqu il permet une réflexion commune pour des solutions pratiques, du répit, etc. Mais il reste encore beaucoup d efforts à faire pour apporter aux proches aidants un réel soutien au quotidien, car leur besoin de répit est aigu et ceci passe par l injection de nouveaux fonds. Le rôle essentiel des organismes communautaires Une cinquantaine d organismes communautaires et des entreprises d économie sociale sont présents sur le territoire d Antoine-Labelle et sont répartis dans la région de la Vallée de La Lièvre et de la Vallée de La Rouge. Il faut souligner qu une seule corporation de développement communautaire existe dans la région des Laurentides, la Corporation communautaire des Hautes-Laurentides (CDCHL), et que c est à Mont-Laurier qu elle a pignon sur rue depuis 2003. Il s agit en fait du prolongement de la table de concertation des organismes communautaires en santé, services sociaux du territoire de la MRC d Antoine-Labelle, mis sur pied en 1987 (Beau Groupe). Depuis la conversion de la CDCHL, le membership a augmenté très rapidement. De 2006 à 2010, plus de 20 organismes ont joint la CDC, ce qui a permis d élargir l éventail. En tout, 38 organismes sont maintenant membres de la CDCHL sur un total possible de 49. Tous partagent l objectif de lutter contre la pauvreté et la volonté d affronter les problèmes de désintégration sociale, écologique et économique que l on retrouve dans le milieu d Antoine-Labelle. Un apport important à l économie locale Les résultats de deux sondages menés en 2008 et 2009 démontrent que le milieu communautaire contribue de façon significative au développement économique de la région. Le premier sondage mené auprès des organismes communautaires de la région (21 organismes répondants sur une possibilité de 49) permet d établir que le secteur génère au minimum quelque 300 emplois directs. De plus, quelque 250 bénévoles siègent aux divers conseils d administration de ces organismes. Le deuxième sondage réalisé auprès des seuls organismes membres de la CDCHL (21 membres répondants sur une possibilité de 33), permet de chiffrer les retombées directes à plus de 6 millions $ en salaires et dépenses de fonctionnement. Au chapitre des revenus d emploi, les 91 postes recensés totalisent plus de 3,8 millions $ en salaires. Ceci laisse entrevoir des retombées encore plus importantes, si l on pouvait totaliser la part de tous les organismes communautaires présents sur le territoire et non seulement celle des membres de la CDCHL qui ont répondu à ce dernier sondage. Bien que les salaires ne soient pas encore comparables aux secteur privé et public, les organismes communautaires offrent de plus en plus d avantages sociaux (assurance collective et régime de retraite). Ils se sont bien adaptés aux besoins actuels de la main-d œuvre, puisque la plupart font preuve de souplesse au chapitre des conditions de travail, notamment en ce qui touche la conciliation travail-famille, le télétravail, la reconnaissance des compétences. Enfin, il y a lieu de noter que les organismes communautaires représentent une première chance de réinsertion au marché du travail pour les personnes dites exclues ou loin du au marché du travail. 51
Le communautaire : une approche distincte et inclusive Malgré le fait que les organismes communautaires se réunissent et travaillent sur des problématiques plus larges, comme la lutte à la pauvreté, une certaine confusion persiste sur leur mission ainsi que sur les actions qu ils mènent par rapport à celles des clubs sociaux. Plusieurs intervenants et citoyens ne font pas la distinction. Il est important de rappeler que les organismes communautaires sont d abord issus de comités de citoyens qui reconnaissaient une problématique ciblée, à laquelle ils ont trouvé comme solution la création d un organisme communautaire. Qui dit organisme communautaire dit services à la communauté, et donc pas d obligation d être membre pour avoir accès aux services. Les clubs sociaux, qui ont aussi leur place dans la MRC, visent uniquement leurs membres. De plus, l une des actions importantes des clubs sociaux (Club Optimiste, La Lauriermontoise, Chevaliers de Colomb, Aigles, etc.) est l organisation de campagnes de financement, non pas pour offrir directement des services à la communauté mais pour soutenir des causes. Il y a lieu de faire cette distinction, car trop souvent on ne fait pas la différence entre des initiatives ponctuelles (telle l offre de paniers de Noël organisée par les Chevaliers de Colomb) et les services réguliers de sécurité alimentaire (comme ceux de la Manne du jour ou du Centre communautaire de Ferme-Neuve). Il faut aussi souligner une particularité importante du milieu communautaire. Il s agit de son approche globale de la personne, une approche de complémentarité permettant de référer une personne à un autre groupe pour l aider dans un autre aspect de sa vie, au besoin. La CDCHL est d ailleurs née de ce tissu actif de relations entre les organismes communautaires, et elle contribue maintenant à faire connaitre leurs services en d encourager les groupes à mieux se connaître eux-mêmes. C est pour cette raison que l on parle d une culture de concertation. Par ailleurs, cette approche globale de la personne amène une lecture sociale systémique. En effet, les organismes communautaires reconnaissent que certaines problématiques proviennent de la structure (approche structurelle) et de l organisation sociale. Pour aller à la source de ces problématiques, ils agissent comme des acteurs de changement social, en se portant notamment à la défense de droits sociaux par différents moyens comme l éducation populaire, la formation, la diffusion soutenue d information dans les médias, la sensibilisation via des manifestations ou des événements, etc. Un déploiement dans tous les secteurs et sur tout le territoire de la MRC Adolescence-Jeunes adultes Aide à domicile-bénévolat-personnes âgées Alcoolisme-Toxicomanie-Hébergement Alimentation Commerce Carrefour Jeunesse Desjardins L Écluse des Laurentides (travail de rue) Maison des jeunes de Mont-Laurier Mesures Alternatives des Vallées du Nord Association des abeilles actives de Notre-Dame-du-Laus Centre d action bénévole Léonie-Bélanger Coopérative Défi-autonomie D Antoine-Labelle Maison Lyse-Beauchamp Manne du Jour Chambre de commerce de Mont-Laurier Coopérative Funéraire de Mont-Laurier L Essentielle, coop d aliments naturels Rues principales de Mont-Laurier 52
Culture et patrimoine Défense de droits Développement communautaire Éducation Emploi-entreprenariat Enfance-Famille Environnement Femmes-Soutien-Violence ou abus Logement Personnes handicapées physiques- Déficience intellectuelle Santé physique-santé mentale Solidarité internationale Transport Centre d exposition de Mont-Laurier Double défi Société d histoire et de généalogie des Hautes-Laurentides Regroupement pour les droits des assistées sociales de Mont-Laurier Corporation de développement communautaire des Hautes- Laurentides La griffe d alpha Zone emploi (fusion du Carrefour Jeunesse emploi et de Défi-emploi d Antoine-Labelle) Fonds d emprunts des Laurentides Intégration travail Laurentides Centre communautaire de Ferme-Neuve Centre de la famille des Hautes-Laurentides Centre ressource jeunesse de Notre-Dame-du-Laus CPE, la fourmilière CPE, les vers à choux La Mèreveille Association de protection de l environnement des Hautes- Laurentides Association de chasse et pêche de Lac-du-Cerf Comité du bassin versant de la rivière du Lièvre Regroupement des associations pour la protection des lacs et des cours d eau des Hautes-Laurentides Services-conseil Envir eau Société d horticulture et d écologie de Mont-Laurier La Passe-R-Elle L Élan CALACS Signée femmes, le centre de femmes Les Habitations aux jardins verts Association de la personne handicapée de la MRC Antoine- Labelle Centre d aide aux personnes traumatisées crâniennes et handicapées physique des Laurentides Domaine des prés d or Les Papillons de Nominingue Mouvement des personnes d abord de la Vallée de la Rouge Regroupement le Prisme Albatros Groupe relève pour personnes aphasiques des Laurentides Maison Clothilde Solidarité Laurentides Amérique centrale Transports collectifs de la MRC Antoine-Labelle Concernant les comités et les tables de concertation, on retrouve dans la communauté d Antoine- Labelle : Comité d action local d Antoine-Labelle en forme et en santé (Fondation Chagnon) Comité d action local Mont-Laurier/Rivière-Rouge (Avenir d enfant Fondation Chagnon) Table de concertation 16-24 ans 53
Table de concertation de la petite enfance Table de concertation en matière de violence conjugale, familiale et sexuelle de la MRC d Antoine-Labelle Table sur la sécurité alimentaire d Antoine-Labelle Table des aînés des Laurentides Les services communautaires couvrent plusieurs volets : accueil et référence; information et sensibilisation; entraide; cours, formation, conférences; accompagnement et suivi; activités éducatives; promotion et défense des droits; documentation et recherche; aide à domicile; services de garde; formation de bénévoles; représentation et concertation; aide à la création d emploi; aide à l employabilité; aide juridique; consultation budgétaire; dépannage alimentaire; dépannage, répit; écoute, soutien et relation d aide; hébergement; réadaptation; sensibilisation; regroupement, représentation d organismes; service de transport; etc. Il faut souligner que les organismes communautaires agissent de façon curative, mais plus encore, ils ont une approche préventive. Plusieurs d entre eux, soit 60 %, couvrent tout le territoire d Antoine- Labelle, et près de 10% offrent des services dans plusieurs municipalités. Au-delà des services la démocratie en action En plus de dispenser des services, les organismes communautaires ont une vie démocratique, une vie associative. Les lieux offerts par ces organismes sont accessibles et profitables pour tous les citoyens. Grâce à des rencontres informelles, les participants tissent des liens, créent un réseau et brisent l isolement. De plus, l approche de prise en charge par et pour soi («empowerment») amène les participants à s impliquer autrement dans ces organismes, car il s agit de lieux où l expression citoyenne est acceptée et favorisée. Des liens sont donc à faire avec le politique, car les gens impliqués au sein des conseils d administration des groupes peuvent représenter un bassin de relève pour le milieu municipal. Des solutions en mode d innovation continue Les organismes communautaires des Hautes-Laurentides sont solidement ancrés dans le milieu et ils se distinguent par leur approche multisectorielle. Ils agissent en véritables partenaires du développement, et sont à la source de plusieurs initiatives socioéconomiques novatrices répondant aux besoins évolutifs de la communauté grâce à des pratiques porteuses (alternatives) et à une offre de service diversifiée. Les groupes communautaires sont en constante évolution, du fait qu ils s adaptent aux besoins de la population et ont le souci de demeurer toujours grandement accessibles à la communauté. Deux conditions incontournables leur permettent de s adapter aux besoins : leur facilité d adaptation et leur résilience. Compte tenu de leur structure autonome, reflétée au sein du conseil d administration, les organismes communautaires peuvent plus facilement se moduler en fonction des besoins de la communauté : la «machine» est plus facile à virer de bord. Compte tenu de la proximité de la population (contact direct) que possèdent les organismes communautaires, ils peuvent agir en amont des problématiques et faire émerger des nouvelles solutions. Ils agissent sur le plan de la conscientisation et de la mobilisation autour d enjeux, de besoins ou de problématiques vécus par la population locale. Il s agit donc d acteurs importants dans une approche de continuum de services, afin de répondre aux besoins de la population. Ils font également le pont entre les autres intervenants du milieu, les instances politiques, les organismes économiques dans une volonté de vision globale. 54
Pour être constamment en phase avec les besoins de leurs clientèles, les organismes communautaires misent sur des réseaux formels (regroupement sectoriel national). Les uns et les autres y font appel pour échanger sur des pratiques gagnantes ou transposer dans leur réalité des approches expérimentées par leurs pairs pour répondre à des problématiques particulières. Le transfert d expériences est ainsi à la source de plusieurs innovations sociales. Et cette approche privilégiée par les organismes permet de puiser dans un vivier d idées et d expériences pour inventer une nouvelle réponse bien adaptée aux attentes de la clientèle. Mentionnons quelques exemples qui sortent des sentiers battus. Le premier, la Maison Lyse- Beauchamp, un organisme qui dispense des services aux personnes aux prises avec des problèmes liés à la toxicomanie, a trouvé une façon inusitée de faciliter la réinsertion sociale de ses clients après une désintoxication. L organisme s est porté acquéreur d un édifice de 21 logements, a fait les adaptations nécessaires afin de rendre disponibles à sa clientèle des logements supervisés. Une popote collective permet aux résidents de bien se nourrir. Cette solution améliore les chances de réhabilitation tout en favorisant la création d un réseau de soutien. Le second est l organisme Naissance-Renaissance des Hautes-Laurentides, né en 1981 et incorporé en 1984. Sa mission est de redonner aux femmes enceintes la confiance en elles-mêmes dans leur capacité de mettre au monde un enfant et de le materner. La promotion et la reconnaissance de la pratique sage-femme ont toujours été au cœur de ses revendications. Depuis 1985, des services directs sont offerts aux femmes de la MRC d Antoine-Labelle. En 1994, l obtention d un programme d action communautaire pour les enfants (PACE) a permis d accroître les services et de développer de nouvelles façons de faire en concertation. En 1998, Naissance-Renaissance des Hautes- Laurentides a mis sur pied le premier Centre de ressources périnatales au Québec : La Mèreveille. En plus d une maison à Mont-Laurier, La Mèreveille a un point de services à Rivière-Rouge, depuis 2008. La Mèreveille offre donc des services avant la naissance (rencontres individuelles et personnalisées, yoga prénatal, hypno-naissance, journée de préparation à la naissance), lors de la naissance (accompagnante à la naissance) et après celle-ci (services de relevailles, rencontres d allaitement individuelles et de groupes, marraines d allaitement, rencontres parent/bébé, yoga postnatal), en plus d une halte-garderie, de cuisines collective pré et post-natales, d une friperie ainsi qu une foule d ateliers. Depuis quelques années, un comité sage-femme est sur pied afin de tracer le chemin pour l arrivée des sages-femmes dans les Hautes-Laurentides. Aussi, plus récemment, l avènement de la 42 e agence PAIR, qui sera mise en place par le Centre d action bénévole Léonie-Bélanger, constitue tout un défi pour l organisme, compte tenu des difficultés à obtenir du financement pour déployer le service sur tout le territoire Il faut que ce projet puisse compter sur des partenaires du milieu pour se réaliser. Rappelons que Le programme Pair (programme d'aide individualisé pour retraités) est un service de prévention pour les aînés et toute personne dont l'état de santé nécessite une supervision. Cette démarche permet à une centrale téléphonique informatisée de placer un appel quotidiennement aux abonnés afin de s'assurer de leur bien-être. Ce programme existe dans la plupart des régions du Québec et il a permis de sauver des vies tout en améliorant la qualité de vie de ses membres. Il est des plus pertinent dans une région de grands espaces comme Antoine-Labelle Le service est offert gratuitement à la population de la MRC Antoine-Labelle depuis le 6 avril 2010, par le biais du Centre d'action bénévole Léonie-Bélanger auquel se sont associés des partenaires du milieu. Une première phase de recrutement se déroulera au printemps 2010 pour la région Mont- Laurier pour s'élargir ensuite vers les autres municipalités. 55
Des partenaires engagés dans le développement socioéconomique Ayant une approche globale basée sur la prévention, la multisectorialité et le développement durable, les organismes communautaires ont la volonté d agir comme des partenaires proactifs du développement local. Ils reconnaissent aujourd hui que tout est interrelié et que les sphères sociale, économique, politique et culturelle ne peuvent être traitées sans tenir compte de leur interdépendance. Le partenariat avec les autres acteurs de la communauté est possible pour les groupes communautaires, puisque ces derniers sont à une étape de leur développement que l on peut considérer comme mature. En fait, la majorité des organismes communautaires ont été constitués vers la fin des années 1970 jusqu au milieu des années 1990, ce qui signifie que l étape de consolidation des services tire à sa fin, leur conférant ainsi une maîtrise de leurs services, un champ d expertise précis et une analyse encore plus large en lien avec le développement durable. Le partenariat est une option incontournable pour les groupes communautaires, et ce, dans un esprit où les valeurs de solidarité, de justice sociale, d égalité, de respect et de transparence priment. Il reste encore beaucoup de pas à faire pour convaincre les milieux économiques et politiques que la CDC est un partenaire incontournable du développement socioéconomique. Mais la CDC persévère et marque des points chaque jour, grâce notamment au soutien du milieu qui reconnaît de plus en plus son rôle d acteur influent et dynamique. La démarche «Voyons loin, agissons ensemble» initiée par la CDC en est un exemple éloquent. Inspiré par la base, ce projet de construire ensemble une vision durable et de se doter d un plan collectif a réussi à mobiliser jusqu à ce jour près de 300 citoyens d Antoine-Labelle. Pour lancer cette démarche d envergure, la CDC a réuni autour de la table un comité de pilotage composé d élus et de décideurs des institutions publiques, des organismes de développement économique, des organismes communautaires, de groupes environnementalistes et de transport, d intervenants de l industrie touristique et forestière ainsi que d institutions financières. Depuis le début du projet, la participation active des membres du comité de pilotage ne se dément pas. Un modèle indissociable du développement Le mouvement coopératif a joué un rôle de premier plan dans l histoire d Antoine-Labelle. La première coopérative à s installer est l initiative de vingt-six agriculteurs qui fondent, au début des années 30, leur propre beurrerie. Par la suite, ces mêmes agriculteurs ont mis sur pied une meunerie, un poste de criblage, un poste de mirage des œufs et un poste à essence. Plusieurs autres coopératives font également partie de l histoire de la région dont la Coopérative d électricité de Mont-Laurier qui avait le mandat de desservir les maisons dans les rangs alors que les compagnies d électricité de l époque évoquaient la rentabilité pour ne pas investir à ces endroits. Cette coopérative a favorisé le développement de Mont-Laurier et des environs jusqu à la nationalisation de l électricité. Il y aussi pour répondre à des préoccupations environnementales la Coopérative de récupération de la Lièvre créée en 1985 Et dans le domaine forestier, un fleuron nait en 1985 : la Coopérative avec plus de 450 travailleurs membres. À ceux-ci s ajoutent maintenant les coopératives de travailleurs autonomes comme Pièces d autos Léon Grenier et l Artographe inc., qui se sont mis sur pied à des moments cruciaux de relève. Un cercle de plus en plus restreint de bénévoles Par contre du côté des bénévoles, le cercle se rétrécit. Avec le vieillissement de la population, on assiste bien sûr à un vieillissement des bénévoles et on peine à les remplacer. Si l on veut aller 56
chercher des compétences au sein des retraités, on se rend compte qu il devient important d identifier leurs attentes, car ils souhaitent contribuer mais dans leur sphère de compétences et d intérêts. Certains suggèrent de proscrire le terme «bénévolat», qui fait référence à une structure et non à la valeur de base qui est l entraide. De plus, note-t-on, les gens veulent de moins en moins s engager dans une mission à long terme. Il faut revenir à l essentiel, dit-on, et redonner leur sens aux valeurs. On estime que la valorisation de soi par la satisfaction d avoir «fait du bien» est la meilleure récompense. Par contre, il faut reconnaître l impact positif de la reconnaissance publique. Par ailleurs, les contraintes posées par la sécurité constituent des obstacles, et les exigences de plus en plus grandes à cet égard freinent bien souvent l enthousiasme de nouveaux bénévoles. À ceci s ajoute le fait que les baby-boomers préfèrent vaquer à d autres occupations telles que des voyages, des activités de loisir, ou encore s impliquent à fond auprès de leur famille immédiate comme gardiens de leurs petits-enfants. «On est en train de transposer le bénévolat pour les autres en bénévolat pour soi», explique-t-on, et ceci change tout le rapport de l organisation vis-à-vis les bénévoles. De plus, le renouvellement de bénévoles est moins facile, car la situation financière des futurs retraités retarde leur départ du milieu du travail. On estime d ailleurs qu un retraité sur trois devra retourner au travail. On sent également que la contribution des personnes aînées n est pas reconnue. Elles sont trop souvent vues comme un fardeau alors qu elles ont une compétence et une riche expérience à partager. Cette mentalité tend à changer, mais la mise en place de projets intergénérationnels permettrait certainement un partage de savoir très enrichissant, ainsi qu une évolution des perceptions à l égard des valeurs différentes entre les générations. Enfin, on ne valorise pas assez le travail bénévole, a-t-on entendu à plus d une reprise. Cette valorisation devrait commencer dès le primaire. En donnant très tôt le goût aux jeunes de s investir dans des activités à titre de bénévole, on leur permet de vivre une première expérience et on peut ainsi les inciter à la répéter plus tard. «Il y a une culture du bénévolat à développer», souligne-t-on. D ailleurs, il y a un phénomène observable partout selon lequel la majorité des bénévoles âgés faisaient déjà du bénévolat lorsqu ils étaient plus jeunes. Un sentiment identitaire et une fierté d appartenance à développer On l a souvent dit, les atouts d Antoine-Labelle sont un secret bien gardé. Il y a une fierté à développer, surtout dans un contexte où la région doit s ouvrir sur l extérieur pour attirer des entreprises, une relève et des promoteurs. Au-delà de la fierté, il y a surtout un sentiment d appartenance à développer, non seulement dans les villages mais à l échelle de la MRC. L attachement à Antoine-Labelle ne semble pas exister; plusieurs suggèrent même de changer le nom de la MRC pour celui de la MRC des Hautes-Laurentides, une appellation d ailleurs largement utilisée par les organismes ou par les secteurs d activité. Le faible niveau d appartenance a un impact négatif sur le dynamisme de la communauté, sa cohésion sociale et son engagement. Les intervenants ont d ailleurs témoigné de ses effets sur plusieurs aspects du développement, qu il s agisse de la diversification économique (qui passe par l entrée en scène de nouveaux entrepreneurs et investisseurs) ou encore des difficultés à attirer et à retenir les jeunes dans la région. 57
Les défis à retenir Il y a plusieurs défis à relever pour améliorer le dynamisme de la communauté. Le défi le plus important en est un d intégration des nouveaux venus, des jeunes en particulier, si l on veut un souffle nouveau dans la région à un moment où les efforts de relance sont importants pour assurer le mieux-être à long terme de la population. On souhaite un milieu ouvert aux différences et aux autres idées. Des liens plus serrés méritent d être tissés entre jeunes et moins jeunes pour favoriser le transfert du savoir. Il faut aussi gagner des points en matière de saines habitudes de vie au plan nutritionnel et en ce qui concerne les activités physiques. Le milieu a la chance de pouvoir compter sur des ressources engagées tant dans le domaine de la santé et des services sociaux que dans le milieu communautaire. Cela est précieux, et des liens à tisser avec le milieu économique pourraient être profitables pour retrouver une plus grande vitalité. On observe une forte culture de concertation et une approche de complémentarité entre les organismes communautaires d Antoine-Labelle. L innovation est aussi très présente : le milieu foisonne de projets et d initiatives. Les organismes communautaires jouent un rôle très précieux en tant que partenaire du développement notamment dans une perspective de développement axée sur le développement durable et une meilleure répartition de la richesse. Un de leur défi réside dans le fait qu on reconnaisse pleinement leur rôle au sein des instances politiques et économiques. Par ailleurs, dans la région comme ailleurs au Québec, le milieu communautaire se heurte à d importants problèmes de financement. Et ceci constitue un défi au quotidien tant pour assurer leur survie que leur déploiement efficace sur le territoire dans un contexte où les besoins sont grands. Dernier défi à ne pas négliger car il a des répercussions sur la vie sociale, culturelle et économique : renforcer le sentiment d appartenance des citoyens à la région, au point qu ils deviennent des ambassadeurs enthousiastes capables d attirer des gens de l extérieur et également intéressés à s impliquer dans le développement de la communauté. Également, en lien avec ce défi, le manque de dynamisme des leaders exerce une influence sur la communauté et sur sa confiance en son avenir. Plusieurs souhaiteraient être davantage stimulés, encouragés au moment de lancer des projets. Ils demandent davantage de soutien et un accueil facilitant à leurs projets de développement. Autrement dit, «plus de collaboration que d opposition». 58
Condition 4 Milieu de vie de qualité Dans la MRC d Antoine-Labelle, la qualité du milieu de vie repose avant tout sur un cadre naturel magnifique. L accessibilité au logement est également un atout indéniable. Par contre, les principaux axes de transport n offrent pas toujours la fluidité et la sécurité recherchées. Des défis se posent également en matière de transport collectif. L accès aux infrastructures de télécommunications demeure aussi relativement limité à certains endroits sur le territoire. L offre de service en matière de sport et de loisir s avère quant à elle relativement bonne, même si elle ne satisfait pas tous les groupes, surtout lorsqu on tient compte de la faible densité de la population locale. Quant à l offre culturelle, elle est très variée. En matière de soins de santé, les contraintes concernent surtout des problèmes d accès à des soins auprès des professionnels de la santé, sans compter la rareté des médecins de famille mêm si la situation s améliore présentement. Par ailleurs, le vieillissement de la population exerce une pression de plus en plus forte sur le système. La demande s accroît, alors que le personnel médical se fait plus difficile à attirer dans la région. Le logement Le concept de milieu de vie s articule inévitablement autour de celui d habitation. Dans la MRC d Antoine-Labelle, l offre d habitation se démarque de l ensemble du Québec. Les maisons individuelles y sont prédominantes. Elles représentent 75,6 % de tous les logements, contre 45,7 % dans l ensemble du Québec. Outre les maisons individuelles, 19,5 % des logements se trouvent dans des édifices multilogements de cinq étages ou moins. Cette proportion est de 40,8 % dans l ensemble du Québec. Sur le territoire de la MRC d Antoine-Labelle, 74,2 % des logements sont occupés par leur propriétaire, et 25,8 % sont consacrés à la location. Les logements locatifs sont donc relativement peu abondants. Dans l ensemble du Québec, ce sont plutôt 40 % des logements qui sont offerts en location. Tableau 4.1 Types de logement, MRC d Antoine-Labelle et le Québec (2006) MRC d Antoine-Labelle Le Québec Maisons individuelles 75,6 % 45,7 % Multilogements de cinq étages et moins 19,5 % 40,8 % Part des logements occupés par leur propriétaire 74,2 % 60,1 % Source : Recensement de 2006, Statistique Canada. Bien qu il y ait proportionnellement moins de logements locatifs sur le territoire d Antoine-Labelle, l offre globale semble adéquate. Les acteurs du milieu s entendent pour dire qu il est relativement facile de se trouver un logement dans la région, et ce, pour un prix raisonnable. La valeur moyenne des logements occupés par leur propriétaire y est d ailleurs plus faible que dans l ensemble du Québec. En 2006, les propriétaires-occupants estimaient à 112 183 $ la valeur de leurs logements dans la MRC d Antoine-Labelle, alors que cette valeur était estimée à 182 339 $ dans l ensemble du Québec. 59
Cet écart s est même accru entre 2001 et 2006. La valeur moyenne des logements a progressé de 41,5 % dans la région, et de 64,8 % dans l ensemble du Québec. Tableau 4.2 Coûts des logements, MRC d Antoine-Labelle et le Québec (2006) MRC d Antoine-Labelle Le Québec Valeur moyenne des propriétés 112 183 $ 182 339 $ Appréciation entre 2001 et 2006 41,5 % 64,8 % Loyer mensuel brut moyen 468 $ 566 $ Appréciation entre 2001 et 2006 1,1 % 7,0 % Part des ménages consacrant plus de 30 % du revenu brut au logement 19,4 % 22,5 % Source : Recensement de 2006, Statistique Canada. Les loyers sont également plus faibles dans la MRC d Antoine-Labelle d environ 100 $ en moyenne par mois. La progression des loyers entre 2001 et 2006 a été relativement modeste dans la région, soit de 1,1 %. Dans l ensemble du Québec, ils ont augmenté de 7,0 %. Le prix des logements étant plus faible dans la MRC d Antoine-Labelle, l effort financier des ménages pour se loger s avère plus raisonnable. Parmi l ensemble des ménages de la région, 19,4 % consacrent plus de 30 % de leur revenu brut aux dépenses de logement 1. Dans l ensemble du Québec, cette proportion est plutôt de 22,5 %. Les personnes à faible revenu ou sans emploi restent toutefois plus vulnérables en matière de logement. Ces personnes se retrouvent généralement dans des logements locatifs; or, l offre de logement locatif est plus restreinte sur le territoire de la MRC d Antoine-Labelle. Il y a donc une certaine pression qui s exerce sur les loyers. Ainsi, si les logements occupés par leur propriétaire affichent une valeur de près de 40 % inférieure dans la MRC d Antoine-Labelle par rapport à l ensemble du Québec, les loyers, eux, ne sont inférieurs que de 20 %. Toutes proportions gardées, les loyers sont moins bon marché dans la MRC d Antoine-Labelle que dans le reste du Québec. Manque de logements sociaux pour les clientèles sensibles Concernant le logement social, on dénombre 197 logements de type HLM sur le territoire, dont 60 sont occupés par des familles, 134 par des personnes âgées et 3 par des personnes handicapées. Il y avait, au 31 décembre 2008, 51 ménages en attente d un logement social dans la MRC d Antoine- Labelle. Les coupures budgétaires des dernières années dans les offices municipaux de logement ont toutefois forcé les investissements les plus récents vers l entretien des logements actuels, plutôt que vers de nouvelles constructions. Le vieillissement rapide de la population pose également un défi important en matière de logement. On prévoit une hausse substantielle de la demande de logement avec services au cours des prochaines années. Les principaux pôles urbains sont les plus susceptibles de pouvoir bâtir une offre convenable à ce sujet. Il sera plus difficile toutefois de desservir les populations vieillissantes dans les plus petits villages. Un risque de dévitalisation est alors envisagé. L appréciation des valeurs foncières dans les zones de villégiature génère aussi certains problèmes. Les résidents de longue date, parmi les plus âgés, voient leurs comptes de taxes s élever considérablement. Leurs revenus ne suffisent plus à payer l impôt foncier, mais la richesse foncière 1 On fixe généralement à 30 % du revenu brut le seuil d effort à partir duquel les logements ne sont plus considérés comme abordables pour les ménages qui les occupent. 60
qu ils détiennent est quant à elle relativement élevée. Plusieurs se voient alors contraints de vendre leur résidence. Malheureusement, cette vente entraîne un déracinement difficile à accepter. Pour faciliter le maintien à domicile de ces personnes, les municipalités peuvent mettre en place des pratiques fiscales permettant de payer les impôts fonciers à même la valeur des actifs immobiliers détenus, sans pour autant devoir les liquider. Le transport et les communications Les principaux défis en matière de transport et de télécommunication sur le territoire de la MRC d Antoine-Labelle touchent surtout l axe routier de la route 117, le transport collectif et l accès à Internet haute vitesse. Concernant le transport routier, le tronçon de la route 117 qui traverse le territoire de la MRC d Antoine-Labelle est considéré comme l un des plus dangereux au Québec. Il y circule de 5 300 à 10 000 véhicules par jour (MTQ, 2006). On y dénombre une moyenne annuelle de 95 accidents avec blessés et de 5 accidents mortels. Sur cette route, les problèmes de congestion sont importants, surtout durant les fins de semaine et la période estivale. Le point le plus touché est actuellement celui du centre-ville de Rivière-Rouge. Le ministère des Transport du Québec (MTQ) a entrepris la construction d une voie de contournement du centre-ville à cette hauteur. Il s agit d une déviation d une longueur de 7,5 km qui devrait entrer en service prochainement. On s inquiète toutefois de voir le problème s aggraver subséquemment ailleurs sur le territoire. Les municipalités de Lac-Saguay et de Lac-des-Écorces pourraient devenir plus problématiques. Plusieurs acteurs militent depuis des années sans succès pour l aménagement d une route à quatre voies avec chaussées séparées sur toute la distance qui sépare Labelle de Mont-Laurier. Les projets du MTQ concernant cette route sont beaucoup plus modestes. Il existe un risque réel de perdre une part de la circulation de transit si la fluidité du tronçon n est pas assurée sur toute sa longueur. Le besoin d étendre le transport collectif En ce qui concerne le transport collectif, un portrait détaillé des services et des besoins dans la région devrait se faire en 2011. Au moment d écrire ces lignes, ce travail n a pas encore été amorcé. L offre de transport collectif sur le territoire répond actuellement aux personnes âgées, démunies ou handicapées, et tous les services sont assurés par des bénévoles. Le financement provient essentiellement de deux sources : le MTQ et la MRC. C est un modèle réussi qui doit maintenant se déployer pour toucher d autres clientèles, notamment les jeunes adultes en formation et les travailleurs. L objectif, pour les prochaines années, est donc d élargir les clientèles mais également les sources de financement. Cela pourrait se faire grâce à une meilleure harmonisation des services de transport adapté, collectif et scolaire. Ces trois réseaux fonctionnent actuellement en parallèle, sans que les clientèles des uns ne soient admissibles aux services des autres. Les règles en vigueur forcent le dédoublement de certains services, alors que les ressources disponibles sont limitées. De plus, le problème du financement est récurrent. Si l on doit améliorer l offre de service, il faudra trouver les moyens financiers pour le faire. Des lacunes pour diffuser l information Certains services en place souffrent d un manque de popularité. L achalandage pourrait augmenter s ils étaient mieux connus. Plusieurs intervenants ont mentionné l exemple du service de taxi-bus de 61
Mont-Laurier. Il s agit d une offre intéressante, mais peu connue. La dépendance à l automobile demeure très forte, si bien que les gens n imaginent parfois pas qu il puisse exister des solutions alternatives. De l avis des intervenants, la mise au point de stratégies de communication efficaces est primordiale pour que le déploiement de nouveaux services soit soutenu par un nombre suffisant d usagers. Un piètre déploiement d Internet haute vitesse Sur le plan des infrastructures de télécommunication, on dénote qu il existe encore beaucoup de zones non desservies par Internet haute vitesse à l extérieur des noyaux villageois dans la MRC d Antoine-Labelle. Le développement des technologies sans fil apporte toutefois de nouvelles possibilités. L entreprise Vidéotron étend actuellement son service par câble le long de la route 117 (pour toutes les personnes qui résident à moins d un kilomètre de chaque côté). Le déploiement de l Internet haute vitesse partout sur le territoire représente une priorité pour tous. C est un atout dont il faut rapidement se doter si l on veut attirer dans la MRC des entreprises et des professionnels pour contribuer au développement. Les demandes se font pressantes, et on estime de plus en plus qu Internet haute vitesse représente un service essentiel et doit figurer au rang des atouts d un milieu de vie de qualité. L offre de sport, loisirs et culture Le cadre naturel de la MRC d Antoine-Labelle offre des sites avec des possibilités intéressantes pour la pratique des sports et des loisirs, notamment en plein air. Les lieux de chasse et de pêche y sont abondants. Des efforts considérables ont été consentis pendant les dernières années pour développer des réseaux de sentiers motorisés et non motorisés. L accès à des lieux de pratique pour les sports de plein air est également bon dans la région. Il en va de même pour les activités liées au nautisme durant la période estivale. Par contre, en ce qui concerne la pratique d activités de sport et de loisir d intérieur, les infrastructures sont moins abondantes, et les temps d utilisation, plus difficiles à concilier. Par exemple, il y a trois arénas dans la MRC : à Mont-Laurier, Rivière-Rouge et Ferme-Neuve. Outre le hockey, les jeunes ne peuvent pas facilement pratiquer de façon structurée et encadrée d autres sports d équipe comme le baseball ou le soccer, ce qui limite les choix. Toutes les municipalités ne possèdent pas d infrastructures de loisir et de sport mais des ententes ont été conclues entre certaines municipalités et la commission scolaire pour assurer aux citoyens un meilleur accès aux infrastructures existantes sur le territoire (salles communautaires et gymnases, notamment). La plupart des activités offertes reposent sur le bénévolat, ce qui monopolise plusieurs personnes dans un milieu où le besoin de recourir à des ressources bénévoles est grand. Par ailleurs, le problème d accès, surtout pour les jeunes, réside essentiellement dans les problématiques liées au transport. Même si les plateaux sportifs sont réservés à l usage des jeunes après les heures de classe, le transport scolaire quitte immédiatement après la fin de la journée scolaire. Il devient alors impossible pour les jeunes d utiliser les infrastructures ou de participer aux activités offertes. 62
Vers de saines habitudes de vie Québec en forme est un organisme qui fait la promotion des saines habitudes de vie auprès des jeunes. Des subventions sont accordées par cet organisme à divers projets mis en place localement et ayant pour mission d amener les jeunes à bouger après l école et la fin de semaine. Ces programmes sont bien appréciés, et les premiers résultats sur la hausse de participation des jeunes sont encourageants. On rappelle toutefois que pour qu il y ait subvention, il doit d abord y avoir des projets. Or, la responsabilité de créer des projets revient aux communautés locales. Sachant que les activités de loisir et de sport demeurent des conditions importantes de motivation pour les jeunes, il est primordial que les communautés s investissent. Lorsque les jeunes n ont accès à aucune activité, ils sont plus susceptibles d adopter des comportements indésirables, voire délinquants sans compter les effets négatifs sur la santé et sur la condition physique. Une offre culturelle riche et diversifiée L offre culturelle est relativement bonne dans la région, si l on tient compte de la population desservie. Plusieurs événements et initiatives méritent d être mentionnés, qu il s agisse du Festival de musique classique qui attire des gens de partout, de l École d été des arts et métiers d art de Mont- Laurier, des spectacles présentés par les troupes de théâtre, des activités offertes par la Société d histoire et de généalogie des Hautes-Laurentides, le Centre d exposition ou la Maison de la culture. De plus, il faut souligner les activités offertes par Les Gardiens du patrimoine archéologique et du développement socioéconomique de la Vallée de La Rouge, notamment leur événement «Au pays de l ocre rouge». Pour soutenir cette offre, il faut miser sur beaucoup de bénévoles, car on dénote très peu d emplois créés dans ce domaine, même autour des produits d appel régionaux. Par contre, le maillage avec l industrie touristique est tout de même prometteur. Il permet d envisager le développement de nouveaux produits et un meilleur soutien de l offre existante. De leur côté, les municipalités ont commencé à bâtir des calendriers culturels à cet effet, qu elles distribuent dans les points d information touristique de la région. Ce maillage soulève toutefois la question de l équilibre (au sein de l offre de produits culturels) entre les produits qui visent essentiellement les clientèles touristiques et les produits qui sont fondés davantage sur les intérêts de la population locale. De l avis des intervenants, il importe que l offre culturelle reflète d abord et avant tout les intérêts des résidants locaux. Un produit culturel soutenu par sa population est susceptible d attirer des gens de l extérieur éventuellement, contrairement à un produit de divertissement créé de toutes pièces pour des gens de passage. Sur le plan du patrimoine, très peu d actions sont entreprises sur le territoire de la MRC d Antoine-Labelle pour le préserver. D ailleurs, concernant la préservation du patrimoine bâti, on dénote un net manque d intérêt de la part de la population comme des promoteurs et des décideurs. Des équipements culturels plus performants Après avoir fait preuve de patience pendant 25 ans, les acteurs du milieu culturel devraient enfin avoir une salle de spectacle multifonctionnelle. Située au centre-ville de Mont-Laurier, la configuration de cette salle ultra moderne sera variable lui permettant d accueillir des productions majeures et de s adapter aux différentes présentations qu il s agisse de concert, cabaret, théâtre ou variété. Ainsi, sa capacité d accueil de 659 places pourra être ajustée au besoin allant d un spectacle à grand déploiement à une présentation à caractère intimiste. 63
Ce futur équipement répond à la fois aux besoins des citoyens de la région et à celle des visiteurs. En plus d être un lieu de diffusion de spectacles, le bâtiment pourra accueillir des salons, colloques, congrès et réunions d envergure. En avril 2009, la ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine a confirmé une subvention de 13 099 700 $ dans le cadre de son programme d aide aux immobilisations ce qui représentait 90 % du financement totalisant 14,5 millions $. Cependant, les coûts révisés du projet se chiffrent maintenant à près de 16,5 millions $ et les élus ont l intention de demander l aide du gouvernement fédéral pour compléter le financement. Une fois cette dernière tranche de financement obtenu, le projet pourra être mis en branle. De plus, dans le cadre du même programme provincial, une somme de 891 800 $ a également été réservée par le ministère de la Culture et des Communications et de la Condition féminine pour le réaménagement et l agrandissement du Centre d exposition de Mont-Laurier, ce qui vient aussi bonifier l offre culturelle. Le projet prévoit la mise aux normes muséales de la salle existante et la création d une deuxième salle d exposition. Les deux salles pourront même être jumelées dans le cas d événements de grande envergure pour rendre disponible une superficie de 200 mètres carrés. Les services de santé À l instar d autres régions du Québec, les services de santé présentent des lacunes sur le territoire d Antoine-Labelle. Le CSSS d Antoine-Labelle comprend deux centres hospitaliers (Mont-Laurier et Rivière-Rouge avec une spécialité en santé mentale), un centre de jour décentralisé, plusieurs pavillons et points de service et un CHSLD. Les infrastructures de soins généraux à la population sont relativement présentes, mais les unités spécialisées se font plus rares. Cela s explique essentiellement par le faible niveau de la population, qui ne permet pas de justifier l existence de telles unités. Par contre, la région dispose d un bon centre de traumatologie, mais on déplore l absence de spécialistes en oncologie ou en soins palliatifs, une lacune qui rend plus difficile les parcours de fin de vie des résidents. Récemment, la région s est dotée d une nouvelle ressource en orthophonie après plusieurs vaines tentatives. Celle-ci vient combler un manque important qui durait depuis déjà longtemps. Dans l ensemble, le problème du transport est également lié à celui de l accessibilité aux soins. Comme c est le cas pour tout autre service dans la région, l impossibilité de se rendre aux centres de service rend compliqué, voire impossible, l accès aux soins. Les impacts du vieillissement de la population Le vieillissement de la population exerce une pression supplémentaire sur les services de santé. Il force le développement de nouveaux services s adressant à la population aînée. L objectif est de garder les gens le plus longtemps possible à leur domicile, mais les ressources nécessaires pour y arriver, qu elles soient financières ou humaines, risquent de manquer. Le vieillissement de la population agit non seulement sur l augmentation des besoins, mais également sur la rareté des ressources. Une bonne partie du personnel médical et de soins du CSSS d Antoine-Labelle est aussi vieillissant. Plusieurs atteignent l âge de la retraite, alors que les jeunes qui arrivent sur le marché de l emploi sont en nombre insuffisant. Plusieurs avancent l idée de doter la région d une planification en matière de recrutement de personnel médical. Certains suggèrent la mise en place de groupes de médecine familiale ou de groupes de médecine spécialisée en collaboration avec d autres régions. On mentionne aussi l importance promouvoir les professions de la santé auprès des jeunes de la région, afin de les inciter à choisir ces profils de carrière. 64
Les défis a retenir Le portrait du milieu de vie de la MRC d Antoine-Labelle repose à la fois sur un cadre naturel exceptionnel et sur une offre d infrastructures et de services relativement bien adaptée à la population locale. La qualité de vie dans la région dépend pour plusieurs de la proximité avec la nature. Les logements sont relativement abondants et accessibles. Les problèmes de circulation et de sécurité routière constituent toutefois un irritant, comme c est le cas pour la route 117. Les nouvelles technologies permettront bientôt de desservir un plus grand nombre de citoyen en matière de télécommunication, mais on déplore de plus en plus le déploiement limité d Internet haute vitesse sur le territoire. L offre de service en matière de sport et de loisir est limitée, mais elle commence à être bonifiée grâce au soutien et aux initiatives de l organisme Québec en forme. Quand à l offre culturelle, elle se développe de concert avec les activités récréotouristiques, qui sont de plus en plus présentes sur le territoire. Par contre, il ressort un enjeu important lié à l accessibilité aux infrastructures et aux services publics dans la région : celui du transport collectif. La région demeure très dépendante de l automobile. Or, certains groupes de la population, dont les jeunes et les personnes en perte d autonomie, n y ont pas accès pour assurer leurs déplacements. Des efforts sont actuellement consentis pour améliorer la situation, ce qui est très positif. D ici là, toutefois, les lacunes en transport rendent plus difficile l accès aux plateaux scolaires en dehors des heures de classe, aux événements culturels et même aux services sociaux et de santé. Les lacunes en matière de soins de santé font partie des points faibles qui soulèvent le plus d insatisfaction. On manque de professionnels de la santé, mais également d infrastructures spécialisées comme un centre de radiothérapie, par exemple. Il n y a pas d unité d oncologie et de soins palliatifs, ce qui rend plus difficile les soins en fin de vie et la possibilité de mourir dans son coin de pays. De façon globale, le vieillissement rapide de la population dans la MRC d Antoine-Labelle représente également un défi de taille pour le maintien de la qualité de vie sur le territoire. La transformation sociale qu il engendre modifiera de façon importante les besoins des résidents locaux en matière de logement et de service (dont les soins de santé). Couplé au problème de la relève, le vieillissement de la population exercera une pression énorme sur les services de santé dans la région au cours des prochaines années. 65
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Condition 5 Mise en valeur durable de l environnement Les zones urbanisées occupent une part relativement modeste de la superficie totale de la MRC d Antoine-Labelle. Le territoire y est essentiellement composé de lacs, de rivières et de la forêt. Cette dernière joue un rôle déterminant, puisqu elle nourrit les usines, caractérise les paysages et amène la création de lieux de villégiature recherchés. Sa bonne santé est garante de la prospérité à long terme du territoire. Les plans d eau s avèrent aussi importants à l échelle de tout le territoire, car ils sont non seulement nécessaires à l approvisionnement des communautés, mais aussi à la pratique des activités récréatives estivales. Quant à l exploitation minière, elle joue un rôle moins dominant. Les normes environnementales qui l encadrent suscitent toutefois la crainte de certains citoyens. La MRC développe actuellement une expertise en matière de gestion des matières résiduelles et de mise en valeur des paysages. Beaucoup de travail reste toutefois à accomplir dans ces domaines. Certains entretiennent également des visées dans le domaine de la production d énergie propre. Des ressources à préserver Pour la gestion des ressources naturelles, la région peut compter sur la présence de la Commission des ressources naturelles et du territoire des Laurentides (CRNTL), laquelle a été mise sur pied en 2007 par la Conférence régionale des élus (CRÉ) des Laurentides. Bien que son mandat concerne l ensemble du territoire de la région administrative des Laurentides, son siège social se situe à Mont- Laurier, et la majorité de ses interventions touche spécifiquement la MRC d Antoine-Labelle. Le préfet de la MRC agit d ailleurs actuellement à titre de président de l organisme. L élaboration d un plan plan régional de développement intégré La CRNTL a pour mandat d élaborer et de mettre en œuvre un plan régional de développement intégré des ressources et du territoire (PRDIRT). Elle doit également animer un forum régional sur la question des ressources naturelles et du territoire, au sein duquel doivent être pris en compte les intérêts de tous les acteurs régionaux et des communautés autochtones. D autres mandats issus du ministère des Ressources naturelles et de la Faune du Québec, de la CRÉ des Laurentides ou des communautés autochtones peuvent lui être dévolus. La CRNTL est composée de 17 commissaires, dont 11 représentants élus provenant des 8 MRC de la région, et 6 commissaires non élus. À cela s ajoutent deux commissaires représentant les communautés autochtones de Manawan et de Lac- Barrière. Le PRDIRT permet d établir et de mettre en œuvre une vision régionale intégrée du développement et de la conservation des ressources naturelles et du territoire. Il définit cette vision à partir d enjeux territoriaux qui sont exprimés en termes d orientations, d objectifs, de priorités et d actions. Les enjeux concernés touchent la forêt, la faune, les mines et l énergie, et ceux touchant l eau ne sont pas abordés. La version finale du PRDIRT a été adoptée le 1er mars 2011 par la CRNTL, et entérinée en séance régulière par le conseil d administration de la CRÉ des Laurentides le 17 mars dernier. Par ailleurs, l Association pour la protection de l environnement dans les Hautes-Laurentides fait (APEHL) est un organisme qui a pour mission de sensibilisation visant à sauvegarder le riche patrimoine écologique du territoire des Hautes-Laurentides (MRC d Antoine-Labelle, de Ste-Anne- 67
du-lac à Notre-Dame-du-Laus jusqu à La Macaza. L organisme remplit sa mission en faisant de l éducation et de la sensibilisation auprès de la population et des intervenants locaux et régionaux. Qu il s agisse de l un ou l autre des thèmes suivants : la protection de la flore, la faune, l'eau et l'air, la gestion des coupes forestières et les répercussions des pratiques agricoles inappropriées sur l alimentation et la santé. Une forêt en santé et certifiée La forêt couvre plus de 85 % du territoire de la MRC d Antoine-Labelle et elle se déploie à plus de 90 % sur des terres publiques. Près des deux tiers des essences qui la composent sont des feuillus (alors que ce type d arbre constitue moins du tiers de la forêt dans l ensemble du Québec). Les principaux sous-domaines bioclimatiques représentés sont ceux des érablières à bouleaux jaunes et des sapinières à bouleaux jaunes. De façon générale, les experts s entendent pour dire que la forêt de la région se trouve en bonne santé. Le couvert forestier y est en progression. De plus, la collaboration entre les environnementalistes et les forestiers s est nettement améliorée sur le territoire, à tel point que l on peut maintenant parler de réelle complicité. Tel que déjà mentionné précédemment une partie importante de la forêt publique d Antoine-Labelle est maintenant certifiée par le Forest Stewardship Council (FSC). Cette certification, reconnue mondialement, permet d attester que les pratiques forestières respectent les grands principes du développement durable. Elle mise beaucoup sur le respect des normes environnementales et l intégration dans la communauté (voir Condition Développement et diversification, page 13). Le ministère des Ressources naturelles et de la Faune a répertorié plus de 65 écosystèmes forestiers exceptionnels dans la région administrative des Laurentides. Parmi eux, plus d une vingtaine bénéficient d une protection légale, la plupart étant situés sur le territoire de la MRC d Antoine- Labelle. Les écosystèmes forestier exceptionnels comprennent des forêts rares, des forêts anciennes et des refuges d'espèces menacées ou vulnérables. Le ministère caractérise et inventorie ces territoires dans le but de les protéger. Un nouveau régime forestier et ses inconnus Il ne faut pas perdre de vue qu à partir de 2013, la forêt d Antoine-Labelle sera soumise à un nouveau régime forestier. Toute la gestion et la planification de la forêt sera alors dévolue à l État. Les détenteurs actuels de contrats d aménagement et d approvisionnement forestier (CAAF) bénéficieront d approvisionnements garantis auprès du gestionnaire d État, mais une partie considérable des volumes (25 %) devrait être vendue à l enchère, selon le ministre des Ressources naturelles et de la Faune mais rien n a encore été officialisé formellement. Plusieurs acteurs craignent que le nouveau régime forestier n entraîne une gestion de la forêt à partir de l extérieur de la région (par le gouvernement provincial). Une perte d expertise locale pourrait résulter de ce changement. Mais il est également possible que l État délègue la gestion de la forêt publique aux communautés locales (essentiellement aux MRC). C est d ailleurs ce qui semble être le cas dans la MRC d Antoine-Labelle. Le nouveau régime forestier ouvre également la porte au concept de forêt de proximité, lequel demeure toutefois flou dans le projet de loi, ce qui suscite beaucoup d inquiétudes. Certain y voit l avenue d une «foresterie communautaire». Dans tous les cas, on sent une volonté de déléguer une partie de la responsabilité de la gestion des forêts aux communautés locales, fort probablement par l intermédiaire des MRC. Tel que mentionné précédemment la MRC d Antoine-Labelle se tient prête à toute éventualité (voir Les initiatives de la MRC en forêt de proximité, Condition 1, page 15). 68
La nécessaire cohabitation des multiples usagers de la forêt La forêt n est cependant pas uniquement la source de prélèvement des matières premières de l industrie du bois. Elle représente aussi le produit de base de l industrie touristique de la MRC d Antoine-Labelle. Les intérêts sont donc multiples dans l utilisation de la forêt publique, ce qui implique une certaine harmonisation des usages. En 2004, les acteurs de la MRC d Antoine-Labelle se sont réunis autour des travaux menés par le projet de «laboratoire d'expérimentation d'activités d'harmonisation des usages multiples de la forêt dans un contexte récréotouristique». Ce laboratoire a eu plusieurs effets positifs. Il a notamment permis de réunir les intervenants du secteur forestier et du secteur récréotouristique et d'instaurer un dialogue fructueux entre eux, fondé sur une lecture commune de la situation. Cette initiative a suscité la mise en place de solutions concrètes et réalistes favorisant la cohabitation harmonieuse des deux secteurs dans la forêt publique. Le projet «Le Bourdon» initié dans le cadre du programme des collectivités forestières du ministère des Ressources naturelles du Canada s inscrit d ailleurs dans le prolongement de ces travaux. Dans la foulée de la crise forestière de 2007, les intervenants ont senti le besoin de miser sur une plus grande diversification des activités liées à l utilisation de la forêt. Le projet «Le Bourdon» favorise la diversification des activités économiques basée sur la richesse des milieux naturels dans un esprit de partenariat. Cela se fait par la conception et la mise en œuvre d un plan de développement qui respecte les principes de l'aménagement forestier durable, au profit des collectivités qui y vivent et qui en vivent. À la suite de l ensemble des travaux menés sur le thème de l harmonisation des usages dans la MRC d Antoine-Labelle au cours des dernières années, on peut dire que la région est très innovatrice en la matière et qu elle figure parmi les leaders régionaux sur la question. Le concept de forêt habitée pose également certains problèmes dans la MRC d Antoine-Labelle. Le développement immobilier se fait de plus en plus au détriment de la forêt. Les zones urbaines repoussent tranquillement leurs limites. Ce développement menace, à certains endroits, des forêts qui ont une valeur écologique ou récréotouristique importante. Certains prônent un développement immobilier axé davantage sur la densification des milieux urbains, plutôt que sur le débordement des zones urbaines en forêt. L eau omniprésente L eau marque aussi le paysage de la MRC d Antoine-Labelle. Près de 10 % de la superficie du territoire est submergée. La région compte quelque 4 500 lacs, 3 réservoirs majeurs (Kiamika, Baskatong et Poisson Blanc) et 3 rivières importantes (La Rouge, du Lièvre et Gatineau). La santé de ces cours d eau est toutefois relativement précaire. Des problématiques importantes liées aux algues bleu-vert et au myriophylle à épi ont été recensées au cours des dernières années. Il y a également une problématique de moules zébrées. Les outils dont disposent les organismes qui veillent à la préservation des lacs et des cours d eau sont d abord fondés sur la sensibilisation, la diffusion des connaissances et l amélioration de la réglementation. Les normes en matière de bandes riveraines et de droits acquis sont déjà bien implantées dans la région, mais ne sont pas toujours respectées. Les municipalités hésitent dans ces cas à utiliser leur pouvoir coercitif. On préfère émettre des avis et conseiller les citoyens sur les bonnes pratiques bien qu on commence également à les mettre à l amende. Les principaux partenaires des municipalités en matière de gestion des eaux sur le territoire sont les agences de bassin versant, les groupes environnementaux et les associations de lacs. Le Comité du bassin versant de la rivière du Lièvre (COBALI) a pour mission de protéger et de mettre en valeur le bassin versant de la rivière du Lièvre, de la rivière Blanche et du ruisseau Pagé. L organisme de bassins versants des rivières Rouge, Petite Nation et Saumon (OBVRPNS) intervient aussi sur la 69
portion de la rivière Rouge qui s écoule sur le territoire de la MRC d Antoine-Labelle. Les organismes Bleu Laurentides, FloraBerge, Conseils Envir Eau et les associations de lacs sont aussi très actifs sur le territoire. Il existe également un regroupement des associations de lacs dans la MRC d Antoine-Labelle, mais il semble que son maillage avec les autres organismes soit relativement faible puisque plusieurs ignorent son existence. Dans la forêt comme sur les cours d eau, la MRC d Antoine-Labelle doit composer avec des enjeux d harmonisation des usages. L eau sert non seulement à la consommation des citoyens, mais également au développement d activités récréotouristiques. Or, l un des principaux vecteurs de propagation des infestations dans les cours d eau demeure les embarcations des villégiateurs et des touristes qui se promènent de lac en lac. Le défrichement des berges autour des chalets ou des maisons de villégiature représente aussi un facteur aggravant. Il est important que tous les acteurs de la région travaillent de concert avec les organismes de bassins versants afin de préserver la qualité des plans d eau. Et cela, sans compromettre les activités récréotouristiques qui y sont liées. La mise en valeur des paysages La mise en valeur des paysages est une préoccupation relativement nouvelle pour les acteurs de la région. On y est de plus en plus sensible, surtout lorsqu on sait que le paysage constitue un intrant important pour l industrie touristique locale. Au cours des récentes années, il y a eu plus d amélioration que de détérioration du paysage sur le territoire, mais beaucoup reste encore à faire. Les acteurs s entendent pour dire que la menace est plus importante dans les milieux urbains. Il s agit d un enjeu qui touche directement l aménagement et l urbanisme. Les noyaux villageois et les artères principales se dégradent et ont besoin d être revitalisés. Les villes gagneraient aussi à se doter d une politique de l arbre en milieu urbain. Il faut voir également à limiter les permis de bâtir dans des zones plus sensibles, comme les sommets de montagne, par exemple. On constate que les intervenants disposent de très peu d outils pour agir concrètement sur la mise en valeur des paysages. Cependant, il existe un laboratoire régional sur les paysages à la CRÉ des Laurentides. Des partenariats pourraient être établis afin de préciser des interventions dans la région. On gagnerait à cibler les secteurs sur lesquels on veut intervenir et à agir sur des éléments très concrets. Certains ont évoqué, à titre d exemple, les quatre pôles touristiques du territoire comme cibles d intervention. Des aires protégées Dans la région des Laurentides, la superficie totale des aires protégées est maintenant de 1 676 km 2 et la plus grande partie se trouve dans la MRC d Antoine-Labelle. Elles touchent la vallée de la Haute-Rouge (103 km 2 ) à titre de réserve aquatique projetée et, à titre de réserves de biodiversité projetées ; la montagne du Diable de Ferme-Neuve (Mont Sir Wilfrid-Laurier) (68 km 2 ) ; le secteur du réservoir Kiamika (46,2 km 2 ) ; et le lac Némiscachingue (44,7 km 2 ); la réserve de biodiversité des Buttes-du Lac-Montjoie dans la réserve Papineau-Labelle (98,3 km 2 ); et le Mont-Sainte-Marie dans le Parc régional du Poisson Blanc (31km). Rappelons qu au Québec une aire protégée doit répondre à cette définition : «un espace géographique clairement défini, reconnu, consacré et géré, par tout moyen efficace, juridique ou autre, afin d assurer à long terme la conservation de la nature ainsi que les services écosystémiques et les valeurs culturelles qui lui sont associés». Une aire protégée vise d abord l atteinte d objectifs de conservation des espèces et de leur variabilité génétique ainsi que le maintien des processus naturels et des écosystèmes qui entretiennent la vie et 70
ses diverses expressions. Toute activité ayant cours sur le territoire ou sur une portion de territoire d une aire protégée ne doit pas altérer le caractère biologique essentiel de l aire protégée. En cas de conflit, la conservation de la nature est prioritaire. Soulignons que le gouvernement québécois vise atteindre une superficie en aires protégées de l ordre de 8 % du territoire québécois. La faible présence de mines L activité minière est présente sur le territoire, mais demeure particulièrement modeste. Un gisement de graphite est exploité à Saint-Aimé-du-Lac-des-Îles. Il s agit de la seule mine de graphite en activité au Canada. Elle a une capacité annuelle de 25 000 tonnes. Une carrière est aussi exploitée à Lac-des-Écorces pour la pierre architecturale. Il se fait également de l exploration d uranium sur le territoire. Le gisement potentiel exploré s étend sur une grande superficie, touchant aux municipalités de Lac-Saint-Paul, Chute-Saint-Philippe, Sainte-Anne-du-Lac et Mont-Saint-Michel. Le minerai qui s y trouve offrirait toutefois un faible potentiel, selon les groupes environnementaux. La roche ne contiendrait que 0,05% d uranium, une donnée qui n a pu être vérifiée auprès des entreprises d exploration. Plusieurs s inquiètent de la possibilité qu une mine d uranium soit en opération sur le territoire de la MRC d Antoine-Labelle. Les risques environnementaux et pour la santé publique sont considérables. La présence de radon dans le sol est importante, et il pourrait être dégagé par l activité minière, ce qui représente un risque de propagation de matières radioactives et cancérigènes. Le nettoyage du minerai pourrait aussi entraîner des déversements de matières toxiques dans la rivière du Lièvre. Même lorsque des précautions sont prises, surviennent des accidents dont les conséquences environnementales sont sérieuses. La mine de graphite de Saint-Aimé-du-Lac-des-Îles déverse déjà des matières toxiques dans la rivière. La MRC a demandé, conjointement avec l Union des municipalités du Québec, qu il y ait un moratoire sur l exploitation des mines d uranium. Plusieurs acteurs de la région prétendent que la loi sur les mines n offre pas suffisamment de freins ou de mécanismes de contrôle sur l exploration et l exploitation minière au Québec. Ils voient donc un risque important à ce qu on tolère l exploration d uranium sur le territoire. La valorisation des déchets et le potentiel énergétique Sur le territoire desservi par la Régie intermunicipale de déchets de la Lièvre, une part de 34 % du potentiel des matières résiduelles du secteur résidentiel est effectivement mise en valeur. L objectif de la régie est de 65 %. Le taux de récupération des matières recyclables est quand à lui relativement bon; il dépasse 60 %. Toutefois, les matières putréfiées ne sont valorisées qu à 12 %, ce qui rend difficile l atteinte des objectifs de la Régie. Dans les secteurs industriel, commercial et institutionnel, le taux de mise en valeur des matières résiduelles est de 16 %. Il s agit d un taux relativement faible. Des incitatifs financiers auprès des entreprises et des institutions pourraient permettre d améliorer cette performance. Un centre d expertise en récupération des déchets pourrait aussi être mis sur pied. Certains suggèrent d en faire un projet d économie sociale pour la région. Un nouveau centre de traitement des boues de fosses septiques sera construit dans la région par la Régie intermunicipale des déchets de la Lièvre. Ces infrastructures pourront contribuer à l amélioration du bilan de la région en matière de gestion environnementale. Il y aurait lieu de songer à mettre sur pied des projets de valorisation des biogaz d autant plus que les gouvernements offrent 71
du soutien à cet égard. Il faut noter qu il y a également une Régie intermunicipale des déchets à Rivière-Rouge. Les énergies propres et la biomasse La biomasse constitue aussi une option intéressante pour le territoire, notamment grâce aux ressources forestières. Elle peut très bien être accouplée avec l approvisionnement en énergie des usines locales de transformation du bois. Pour que cette filière soit porteuse, il faut qu elle soit intégrée à la chaîne de production locale. Un projet d usine de cogénération de biomasse avait d ailleurs été implanté dans cet esprit à Sainte-Anne-du-Lac, mais le contexte économique des dernières années n a pas permis d en tirer les bénéfices souhaités. Il faut aussi noter que les Serres Frank Zyromski viennent de recevoir une contribution de plus de1m$ dans le cadre du programme de réduction de consommation du mazout lourd de l Agence d efficacité énergétique, ce qui permettra à l entreprise d installer une nouvelle chaudière de 400HP à la biomasse pour brûler des résidus d exploitation forestière verts et du bois de démolition pour chauffer les complexes des serres. Ainsi, on pourra cultiver à pleine capacité pendant la période hivernale et on entrevoit même l agrandissement de l entreprise. Sur le plan de la production énergétique, la MRC d Antoine-Labelle affiche un potentiel intéressant, surtout concernant les énergies propres. L ensoleillement y est propice au développement de l énergie solaire, et plusieurs aimeraient voir se développer cette filiale dans la région. Certains aimeraient également que se développe la géothermie dans la région. Les infrastructures nécessaires à un tel développement sont toutefois très dispendieuses, et la région ne bénéficie d aucun avantage de départ dans cette filière (le sol n y est pas plus favorable à la géothermie qu ailleurs). En guise de conclusion La mise en valeur durable de l environnement dans la MRC d Antoine-Labelle est liée de près à la gestion de la forêt. Au rang des forces sur lesquelles il faut miser selon l avis généralisé : une vaste forêt en santé et certifiée selon les plus hauts standards internationaux en matière d aménagement forestier. Par ailleurs, la multiplicité des usages forestiers et récréotouristiques a incité les acteurs locaux à se concerter et à mettre en place de nouvelles pratiques d harmonisation. Leurs efforts ont permis à la MRC d Antoine-Labelle d être parmi les régions dont les pratiques sont les plus avancées au Québec en matière d harmonisation des usages de la forêt en terres publiques. Les lacs et les cours d eaux du territoire représentent aussi un atout incontestable, notamment pour la pratique des activités récréatives estivales. Ils servent également à la mise en valeur des paysages naturels du territoire. Pour mieux intervenir sur les paysages, les acteurs locaux peuvent compter sur l appui du laboratoire régional sur les paysages, mis en place par la CRÉ des Laurentides. La présence de ce dernier sur le territoire est un atout en matière d intervention sur le paysage. Concernant la gestion des matières résiduelles ou de la production énergétique, on observe une volonté de mettre en place des projets de développement novateurs de la part des acteurs locaux. Le potentiel d ensoleillement de la région s affiche alors clairement comme une opportunité à saisir. 72
Les défis à retenir La région doit surmonter certaines faiblesses en matière de mise en valeur durable de l environnement. Même si elle est une figure de proue de l harmonisation des usages, les consensus obtenus en la matière demeurent fragiles et sont sans cesse à refaire. La période de transition liée à la mise en place du nouveau régime forestier pourrait fragiliser cette situation. Pour ce qui est des cours d eau, les dernières années ont aussi été difficiles, marquées notamment par la prolifération d algues indésirables dans plusieurs lacs et rivières. Les outils mis en place pour régler le problème paraissent peu efficaces pour l instant. Du côté de l exploitation minière, ce sont les visées de certaines entreprises d exploration qui inquiètent la population. Les risques environnementaux liés à l exploitation d une mine d uranium dans la région dépassent pour plusieurs tous bénéfices potentiels que la région pourrait en tirer. La loi sur les mines, très permissive, aggrave aussi la perception de menace à l environnement que les activités d exploration peuvent susciter. Si les paysages naturels représentent l une des principales forces caractérisant la région d Antoine- Labelle, plusieurs déplorent le peu d intérêt accordé à la mise en valeur du paysage bâti. Par exemple, la situation de plusieurs noyaux villageois se dégrade. Les nouveaux développements résidentiels se font sur des zones qui ont un certain potentiel naturel. Il y a là un défi important pour les aménagistes et les urbanistes qui œuvrent sur le territoire. 73
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Condition 6 Leadership et participation citoyenne En consultant les données sur la représentation aux différentes instances de la MRC et la participation des citoyens aux élections, on peut constater que les élus sont majoritairement des hommes et que les moins de 35 ans se font rares, même si la relève commence à apparaître sur la scène municipale et que les femmes font une percée remarquée et ont même atteint l équité dans des instances locales. Par contre, dans certaines municipalités, on observe un certain désintéressement à l égard de la chose publique. Et le peu d opposition présente n est pas étranger à cette situation. De leur côté, les intervenants consultés ont brossé un tableau assez nuancé de l état du leadership et de la participation citoyenne dans la MRC d Antoine-Labelle. Les ingrédients essentiels semblent faire défaut. Plusieurs insistent sur le manque de vision et de volonté politique et sur le besoin de renouvellement des leaders, le cercle étant trop petit en ce moment, ce qui donne une perception d élitisme. De plus, le morcellement du territoire entre les mains d un petit groupe d élus qui doivent assumer seuls de lourdes tâches aurait un effet négatif sur la cohésion territoriale : ils consacrent leurs efforts à leur municipalité, ils ont peu de temps et de ressources à consacrer au développement d une vision régionale. On sent le besoin de mutualiser les ressources pour limiter l essoufflement, diminuer le travail en silo et instaurer un réel climat de coopération. Il y a également des critiques sur la faible implication des citoyens dans la vie démocratique. On souhaiterait pouvoir miser sur un nombre plus grand de citoyens engagés, notamment pour venir prêter main-forte aux bénévoles. Par contre, la solidarité qui caractérise le milieu d Antoine-Labelle a permis l éclosion de mouvements structurants, notamment dans les périodes difficiles. Le coopératisme et l approche communautaire ont aussi favorisé l expression concrète de la participation citoyenne. L entrepreneuriat collectif d Antoine- Labelle fait d ailleurs figure de modèle. La représentation au sein des instances L engagement dans les lieux de pouvoir La démocratie est relativement vivante au niveau municipal dans la MRC d Antoine-Labelle. Pour combler 102 postes de conseiller, 160 personnes, soit 50 femmes et 110 hommes, ont posé leur candidature. Malgré tout, il n y a eu des élections que dans un peu moins de la moitié des cas (49 postes sur 102). Dans 10 municipalités sur 17, il y a eu une opposition à au moins 3 postes de conseillers sur les 6 qu avait à combler chaque municipalité. Toutefois, on peut déplorer qu à Mont-Laurier, la principale ville de la MRC qui regroupe 37,4 % de la population totale, seulement un seul poste de conseiller ait fait l objet d une opposition, ce qui a attiré une très faible participation de 924 personnes aux urnes. À Rivière-Rouge, la deuxième plus importante ville de la MRC regroupant 12,7 % de la population, trois postes de conseillers ont fait l objet d une élection, ce qui a suscité une certaine effervescence électorale. Dans les deux cas, le poste de maire a été pourvu sans opposition. 75
Tableau 5.1 Résultat des élections municipales en 2009, municipalités de la MRC d Antoine Labelle La MRC d Antoine-Labelle Municipalités, villes et villages Maires candidats Maires élus Conseillers candidats Conseillers réélus Conseillers nouveaux élus Total conseillers F H F H F H F H F H F H Chute-Saint-Philippe 0 2 1n 3 3 1s 1s 2s 2s 3 3 Ferme-Neuve 0 1 1r 2 9 0 1s 2e 3e 2 4 Kiamika 0 1 1r 1 5 1s 4s 0 1s 1 5 La Macaza 0 2 1r 4 8 1s 1e 0 0 4e 2 4 Lac-des-Écorces 0 1 1r 1 7 0 4s 1e 1s 1 5 Lac-du-Cerf 1 0 1n 0 6 3s 0 3e 0 6 Lac-Saguay 1 0 1r 1 6 4s 1e 1s 1 5 Lac-Saint-Paul 0 2 1r 6 5 2e 2e 1s 1e 5 1 L Ascension 0 1 1r 3 4 2s 3s 1e 0 3 3 Mont-Laurier 0 1 1r 2 5 1s 2s 1e 2s 2 4 Mont-Saint-Michel 0 1 1r 0 9 0 2e 1s 0 1e 2s 0 6 Nominingue 0 2 1n 4 9 0 0 2e 4e 2 4 Notre-Dame-de-Pontmain 1 1 1r 5 6 0 2e 3e 1e 3 3 Notre-Dame-du-Laus 0 2 1r 3 7 2s 1s 1e 1e 1e 3 3 Rivière-Rouge 1 0 1r 2 7 0 2s 3e 1s 0 1 5 Saint-Aimé-du-Lac-des-Îles 0 1 1r 5 9 0 1s 2e 1e 2e 1 5 Sainte-Anne-du-Lac 1 1 1r 3 5 0 4s 1e 1s 0 2 4 Total (17 municipalités, villes, villages) 5 19 4 13 50 110 11 41 21 29 32 70 Note : Dans la colonne des maires, n : nouveau maire, r : maire réélu; dans les colonnes des conseillers, e : élections, s : sans opposition. Partout où il y a eu élection au poste de maire, la participation des citoyens dépassait les 55 % en moyenne, avec une pointe de 71 % à Lac-Saint-Paul et un creux de 48 % à Notre-Dame-du-Laus. En tout, il y a eu des élections au poste de maire dans seulement 7 des 17 municipalités (41 %) de la MRC. Deux nouveaux maires ont ainsi été élus, soit à Chute-Saint-Philippe et à Nominingue. Dans ce dernier cas, deux équipes s affrontaient à tous les postes. Mentionnons également que Nominingue et Notre-Dame-de-Pontmain sont les deux seuls endroits où tous les postes, maire et conseillers, ont fait l objet d une opposition, ce qui entraîné une participation citoyenne de respectivement 57 % et 53 % des électeurs inscrits. Sur 160 candidats aux postes de conseiller, 50 étaient des femmes, ce qui représente un taux de 31,2 %. Il s agit là d un renouvellement politique intéressant. En tout, 4 femmes ont été élues mairesses, et 32, conseillères. En somme, 36 femmes sur une possibilité totale de 119 exercent un pouvoir municipal, soit une proportion de 26,9 % de femmes élues. Cette proportion se compare exactement au 27 % que l on retrouve en moyenne dans l ensemble du Québec. Toutefois, ce taux serait supérieur à la moyenne québécoise si l on devait retirer de cette comparaison l agglomération de Montréal, qui affiche un taux supérieur à 32 %. Il faut mentionner qu Antoine-Labelle est l une des MRC ayant le plus de jeunes élus (moins de 35 ans) dans la région des Laurentides. On compte en effet un maire et 16 conseillers/conseillères dans cette catégorie. En fait, 17 élus de moins de 35 ans représentent un taux de présence de 14,3 %, soit l un des plus élevés, sinon le plus élevé au Québec. Enfin, mentionnons que les femmes détiennent la majorité des postes de commissaires de la Commission scolaire Pierre-Neveu, soit 9 postes sur 16, un poste étant pour l instant vacant. Elles sont également majoritaires, dans la même proportion, au conseil d administration du Centre de santé et de services sociaux (CSSS) d Antoine-Labelle. 76
Des conditions à mettre en place pour assurer le changement de garde Lors de la table ronde portant sur le leadership et la participation citoyenne, les personnes présentes ont souligné la nécessité de créer des conditions pour attirer une relève en politique. Il y a notamment une structure salariale et d imposition plus favorable à mettre en place. Ce n est pas facile pour les jeunes qui débutent leur vie professionnelle de se lancer en politique, sans compter les responsabilités familiales qu ils doivent assumer. La conciliation de la vie politique et familiale est très difficile, ce qui constitue un frein pour les jeunes et les femmes. Mais plus profondément, le peu de valorisation du rôle de l élu a également des impacts négatifs. Non seulement a-t-on perdu confiance dans nos élus, mais on a peu de reconnaissance pour ce qu ils font, ce qui refroidit de plus en plus de candidats potentiels. Ce phénomène n est pas propre à la région, mais on en subit les effets pervers jusque dans les Hautes-Laurentides. Chose certaine, on a un défi de relève et de féminisation à relever pour assurer une meilleure représentation politique dans la MRC. Même si elles sont plus présentes, les femmes, par exemple, trouvent encore difficile d évoluer dans un monde d hommes. Pourtant, leur contribution est importante, car elle apporte un regard différent dans différentes dimensions socioéconomiques. Les initiatives permettant aux jeunes de démystifier la vie politique sont à poursuivre. On cite le laboratoire sur la vie citoyenne, où l école s est transformée en municipalité, ou encore le Parlement jeunesse, une simulation parlementaire non partisane qui reproduit le fonctionnement de l Assemblée nationale du Québec. Dans ce dernier cas, chaque année, une centaine de jeunes Québécoises et Québécois, âgés de 18 à 25 ans, se retrouvent à l hôtel du Parlement de Québec pour reproduire le fonctionnement de l'assemblée nationale. Ils occupent les sièges de véritables députés, émettent leurs opinions, préparent leurs interventions en Chambre, défendent leur point de vue, et sont appelés à voter pour ou contre des projets de loi. Ceci leur permet de comprendre les rouages de la démocratie québécoise. Il y a aussi eu les ateliers de formation offerts par Jeunes en tête. Enfin, on suggère d inviter les élus dans les écoles pour sensibiliser les jeunes à leur rôle et à leur véritable travail. La participation à la vie démocratique De façon générale, les citoyens participent peu à la vie démocratique dans la région. On sent pourtant le besoin de sortir du climat de défaitisme qui a longtemps régné. Mais, les gens n ont pas encore retrouvé la confiance nécessaire pour investir du temps dans de nouveaux projets collectifs. On a besoin de se donner une nouvelle vision d avenir et de se l approprier. En plus, signale-t-on, il faut sentir qu on a sa place dans un projet. Ce commentaire est souvent celui des jeunes et des nouveaux venus qui ne sont pas facilement intégrés, tel que déjà souligné dans les conditions précédentes. Le besoin de bâtir des réseaux ressort clairement des échanges, tant des réseaux de jeunes professionnels que des réseaux sociaux. C est le premier cercle d influence qui permet de définir une vision et de la partager. Les citoyens ont exprimé leur besoin d avoir davantage de lieux de rassemblement et d occasions de débat. Actuellement, le Conseil de ville représente selon plusieurs le seul véritable lieu de débat, mais c est un lieu trop formel où plusieurs ne se sentent pas à l aise de s exprimer et de faire valoir leur point de vue (sauf dans les cas d opposition à un projet ou de craintes d impacts négatifs). On est ainsi davantage réactif que proactif. Il faut provoquer des occasions d échange non seulement pour prendre le pouls des citoyens, mais aussi pour recevoir leurs idées et les impliquer concrètement dans la réalisation de grands projets. On suggère par exemple d instaurer le budget participatif pour susciter un dialogue «nouveau». 77
Plusieurs intervenants et décideurs déplorent aussi le manque d entrepreneurs pour créer un noyau solide de leaders économiques et d être les porteurs du développement économique dans le virage actuel. «Si on ne veut pas refaire le même débat dans 15 ans, prévient-on, il faut créer du génie, miser sur des innovateurs. Le lien se fait rapidement avec la formation et la recherche. «Une bonne façon de lutter contre le décrochage scolaire est d impliquer les jeunes dans des projets d avenir, de créer des lieux de transfert du savoir, des chaires de recherche dans nos champs de prédilection, d associer de jeunes entrepreneurs dans des centres de recherche». Il faut également faire preuve d ouverture sur l extérieur pour enrichir notre bassin d expertise. Chose certaine, cette nécessité de miser sur une relève motivée, compétente et engagée se vérifie à tous les niveaux, qu il s agisse de la diversification économique, du dynamisme de la communauté et encore pour renouveler le leadership. Un incubateur de participation citoyenne Les organismes communautaires peuvent constituer de réels incubateurs de participation citoyenne. En effet, les personnes qui viennent demander du soutien auprès des organismes apprennent à les connaître et à apprécier leur rôle. Certains décident de s impliquer davantage et deviennent même membres du conseil d administration. Cette première expérience au sein d une instance leur permet de se familiariser et donne à certains le goût de siéger au sein d autres instances. Dans certains cas également, on observe que la participation dans le milieu communautaire peut constituer une passerelle vers la vie politique. Mais des ponts sont à créer entre ces deux mondes, le communautaire et le politique. Une concertation de parole et non d action Les intervenants consultés estiment que la concertation est très présente et que l on retrouve les bonnes personnes autour des tables de concertation. Cependant, le passage à l action ne se fait pas rapidement, ce qui fait dire à certains qu on se plaît à se concerter mais qu il manque quelquefois la bougie d allumage au moment agir ensemble. Point positif, il faut reconnaître que les acteurs du milieu ont une approche de plus en plus décloisonnée, qu il s agisse de réunir des gens de tous les secteurs quand il est temps de parler de développement économique et de tous les milieux quand il s agit de parler de développement social. Il faut aussi souligner qu à plus d une reprise, le développement durable a été une occasion de mener des réflexions collectives inspirées d une volonté de concertation. Qu il suffise de nommer le «laboratoire d expérimentation des usages multiples de la forêt» visant à développer une vision commune et harmonisée entre les secteurs forestier et récréotouristique (2004), le projet Le Bourdon réunissant depuis 2006 une quinzaine d organismes autour de la mise en valeur durable du territoire et de la diversification d Antoine-Labelle, et plus récemment le «colloque sur le développement social et durable», tenu en 2009 sous l égide de la Corporation de développement communautaire des Hautes-Laurentides et qui a donné naissance à la présente démarche : la démarche la plus inclusive que la région ait connu jusqu à présent, une démarche également fondée sur une large participation citoyenne. Il y a certes un modèle à réinventer en s inspirant du milieu communautaire, qui vise la participation du plus grand nombre de citoyens pour assurer le développement de la communauté et son mieuxêtre. Chose certaine, l histoire d Antoine-Labelle a clairement démontré que les mouvements de solidarité ont été structurants à plus d une occasion. 78
Les défis à retenir À maintes reprises, les questions du leadership et de la participation citoyenne ont été abordées dans la préparation de ce portrait de situation, et non seulement au moment de consulter les personnes concernées sur ce thème précis. L essoufflement du leadership politique et le manque de volonté politique pour soutenir des projets sont souvent venus sur la table. Le pouvoir de la ville centre, le «Mont-Laurier-centrisme», a également été évoqué comme un irritant majeur : on souhaiterait un meilleur équilibre du pouvoir, mais surtout une vision d ensemble et non pas uniquement centrée sur les bénéfices que peut en retirer Mont-Laurier. Dans cet esprit, l un des défis soulevé est celui de réussir à nouer des partenariats pour permettre aux municipalités de se développer dans le grand ensemble que constitue la MRC d Antoine-Labelle. Enfin, le manque d appui aux projets, surtout les projets qui sortent des sentiers battus, refroidit les ardeurs et a un impact sur la confiance en soi du milieu. Du côté des citoyens, on convient qu il y a lieu de créer des conditions pour faciliter leur participation, mais on s entend également pour dire qu ils doivent se responsabiliser eux aussi. Un message qui s adresse aux jeunes également. 79
Liste des membres du comité de pilotage de la démarche collective Animateur Claude Tremblay Agence de développement touristique des Hautes- Laurentides Pierre-Luc Brodeur, Directeur général Caisse Desjardins de Mont-Laurier Annie Robidoux, Directrice au développement et à la vie associative CDC des Hautes-Laurentides Stéphanie Giroux, Coordonnatrice CLD de la MRC d Antoine-Labelle Stéphane Lapointe, Directeur général Frédéric Houle, Directeur adjoint Commission scolaire Pierre-Neveu Normand Bélanger, Directeur général CSSS d Antoine-Labelle Gaétan Chartrand, Président Lucie Demers, Organisatrice communautaire (S. tech.) Député de Labelle Sylvain Pagé, Député Katrine Pilon, Attachée politique Députée de Laurentides-Labelle Johanne Deschamps, Députée Marie-Hélène Gaudreau, Attachée politique Imprimerie L Artographe Linda Tennier MRC d Antoine-Labelle Jackline Williams, Directrice générale Déborah Bélanger, Conseil des maires, Mairesse, Rivière-Rouge Normand St-Amour, Conseil des maires, Maire, Chute-St-Philippe (substitut) Représentant de la Rouge Jean-Claude Giguère SADC d Antoine-Labelle Benoît Cochet, Directeur général Signature Bois Laurentides Denise Julien, Directrice Transports Collectifs MRC d Antoine-Labelle Paul Lamarche, Coordonnateur Union des producteurs agricoles de la Lièvre MRC d Antoine-Labelle Mario Lauzon, Président Zone Emploi d Antoine-Labelle Stéphane Gauthier, Directeur 80
Liste des participants aux consultations sectorielles Diversification économique Table 2 Mardi 30 novembre 2010, de 13h à 16h Alain Desjardins Commissaire industriel Société de développement. en transport avancé des Hautes-Laurentides Benoît Cochet Directeur général SADC d Antoine-Labelle Christian Parent Coordonnateur Parc régional de la Montagne du Diable Christine Labrecque Agente de dév. - tourisme CLD d Antoine-Labelle Claudette Jean-Legros Vice-chef Communauté Wenawac Jocelyn Séguin Vice-président Corporation de développement économique de la Rouge Joël Fex Comité développement forestier et économique Communauté Wenawac Miguel Gauthier Chargé de projet Société de développement du réservoir Kiamika 8 participants Relève motivée et qualifiée Mercredi 1er décembre 2010, de 9h à midi Caroline Crépeau Membre Corporation de développement de la formation et l enseignement supérieur MRC d Antoine-Labelle Faby Brière Conseiller en orientation CSPN Faby Castonguay Agente de migration Place aux jeunes Carrefour jeunesse-emploi d Antoine-Labelle Gilbert Massé Agent CLE de Mont-Laurier Isabelle Legault Agent de développement, secteur jeune promoteur et mentorat d affaires CLD Antoine-Labelle Lucienne Barbe Agente de liaison UQAT à Mont-Laurier Marie-Chantal St-Jean Consultante Innovaction Normand Bélanger Directeur général CSPN Stéphane Gauthier Directeur Défi-emploi Antoine-Labelle 9 participants Dynamisme de la communauté Table 1 Lundi 29 novembre 2010, de 13h à 16h Anne-Sophie Fournier Coordonnatrice Comité d action locale Mont-Laurier/Rivière-Rouge Annye Forget Conseillère en main-d oeuvre Intégration Travail Laurentides Christine Côté Directrice CPE La Fourmilière (Coordination Service de garde milieu familial territoire d'antoine-labelle) Danny Rail Capitaine Sûreté du Québec, poste Antoine-Labelle David St-Germain Archiviste Société d histoire et de généalogie des Hautes-Laurentides Emily Séguin Directrice générale Carrefour jeunesse-emploi Jackline Wiliams Directrice générale MRC Jean-Claude Giguère Président Table des aînés d Antoine-Labelle Louise Picard Organisatrice communautaire CSSS d Antoine-Labelle Stéphanie Giroux Coordonnatrice CDC des Hautes-Laurentides Suzanne Guimond Adjointe à la direction Centre de la famille Hautes-Laurentides Mylène Mayer Directrice adjointe MRC d Antoine- Labelle 12 participants 81
Dynamisme de la communauté Table 2 Mercredi 1er décembre 2010, de 13h à 16h Andrée Campeau Coordonatrice de service Centre d action bénévole Léonie-Bélanger Carole Béland Organisatrice communautaire CSSS d Antoine-Labelle Claudette Jean-Legros Vice-chef Communauté Wenawac Guylaine Guy Directrice intérimaire La Mèreveille Jean-François Tessier Membre du CA Jeunes en tête Joël Fex Comité développement forestier et Communauté Wenawac économique Linda Tennier Présidente de la coopérative de travailleurs actionnaires Imprimerie L Artographe Lucie Demers Organisatrice communautaire CSSS d Antoine-Labelle Nathalie Vaudry Directrice Centre communautaire Ferme-Neuve Normand St-Amour Membre du CA Forum jeunesse Laurentides Pierre Laporte Travailleur de rue L Écluse des Laurentides 9 participants Milieu de vie de qualité Jeudi 2 décembre 2010, de 9h à midi Annie Mathieu agente de développement économique CLD d Antoine-Labelle - Soutien au travail autonome Céline Beauregard Agent de développement rural CLD Antoine-Labelle Christine Bellefleur Coordonnatrice Muni Spec Mont-Laurier David St-Germain Archiviste Société d histoire et de généalogie des Hautes-Laurentides Élaine Brière Coordonnatrice intérimaire Transports collectifs MRC d Antoine-Labelle Francine Lussier Responsable Office municipale d habitation Mylène Gagnon Adjointe à la direction MRC d Antoine-Labelle Mylène Mayer Directrice ajointe MRC d Antoine-Labelle Jocelyn Campeau Directeur Aménagement territoire MRC d Antoine-Labelle Michèle Meilleure Directrice services à la communauté CSSS d'antoine-labelle Vicky Diotte Coordonnatrice Québec en forme Judy Ann Mayer Coordonnatrice des fêtes du 125e Ville de Mont-Laurier Sylvain Valiquette Directeur du services des loisirs et de la culture Ville de Rivière-Rouge 13 participants Mise en valeur durable de l environnement Jeudi 2 décembre 2010, de 13h à 16h David Duchesne Directeur général Organisme de bassins versants des rivières Jacques Supper Directeur général Commission des ressources naturelles et du territoire des Laurentides Jani Larivière coordonnatrice Cobali Jimmy Brisebois Directeur général Régie intermunicipale des déchets de la Lièvre Justine Lacoste Ancienne présidente Orvert Mélissa Thibault coordonnatrice Table forêt Laurentides Michel Simard Dossier uranium Association de protection de l environnement des Hautes-Laurentides Pierre-Luc Brodeur Directeur Agence de développement touristique des Hautes-Laurentides Réal Richer Président Association de protection de l environnement des Hautes-Laurentides 9 participants Participation citoyenne Lundi 24 janvier 822011, de 9h à 12h
Johanne Deschamps Députée Laurentides Labelle Sylvain Pagé Député Labelle Roger Lapointe Préfet MRC d Antoine-Labelle André Benoît Président Regroupement des associations de lacs et cours d eau de la MRC d Antoine-Labelle Normand St-Amour Maire Rerésentant de la MRC Municipalité de Chute-St-Philippe Forum jeunesse Laurentides Claude Blain Secrétaire Table des aînés Antoine-Labelle Benoît Desjardins Agent de mobilisation à la participation citoyenne Carrefour jeunesse-emploi d Antoine-Labelle Michel Adrien Maire Ville de Mont-Laurier Déborah Bélanger Mairesse Ville de Rivière-Rouge Daisy Constantineau Directrice générale Municipalité de Notre-Dame-de-Pontmain Stéphanie Giroux Coordonnatrice CDC des Hautes-Laurentides André Bélanger Président SFPQ, Mont-Laurier (fonction publique québécoise) Paul Lacoste Président Comité de citoyens de Nominingue Marie-Chantal Germain Administratrice Jeunes en tête 14 participants Merci à Alain Desjardins, commissaire industriel pour la Société de développement en transport avancé des Hautes-Laurentides pour le prêt de la photo aérienne de la municipalité de Chute-Saint-Philippe. (photo couverture: source inconnue) 83