La libéralisation des secteurs du gaz et de l électricité en Région wallonne Jehan Decrop, Thibaud De Menten, Christine Steinbach Le droit à un logement décent l exige! Une publication du Rwadé, avec le soutien de RISE et de la Région wallonne
La libéralisation des secteurs du gaz et de l électricité en Région wallonne Jehan Decrop, Thibaud De Menten, Christine Steinbach Décembre 2005
Sommaire Introduction 3 1. Demain, nous serons tous éligibles 5 Qu est-ce que la libéralisation? Qu est-ce qui va être libéralisé? Qu est-ce qu un client éligible? Quels sont les effets attendus de la libéralisation? 2. Les compétences des gouvernements en Belgique 7 Quelles sont les compétences du gouvernement fédéral? Quelles sont les compétences des gouvernements régionaux? 3. Le paysage du marché libéralisé 9 Comment cela se passait-il avant la libéralisation? Qu en était-il du prix? Comment cela se passe-t-il dans le marché libéralisé? Qui sont les nouveaux acteurs? Comment choisir un fournisseur? Que faut-il faire si l on veut changer de fournisseur? Comment se présentera la facture? A qui faut-il s adresser pour être raccordé? 4. Les obligations de service public 18 Quelles sont les OSP environnementales? Favoriser l électricité verte Le système des certificats verts L obligation d information L obligation d action L obligation de résultats L obligation tarifaire Quelles sont les OSP sociales? Un tarif social Le compteur à budget Le limitateur de puissance Le cas du client protégé La guidance sociale énergétique 5. Le fonds Energie wallon 23 Qui gère le fonds Energie? De quoi se composent les recettes? A quoi ce fonds est-il affecté? 6. L impact de la consommation d énergie sur l environnement 26 7. A propos du Rwadé et de RISE 30 2 La libéralisation des secteurs du gaz
Introduction La libéralisation des secteurs du gaz et de l électricité se profile à l horizon. Déjà réalisée en Flandres depuis juillet 2003, ce sera chose faite pour l ensemble des consommateurs wallons en janvier 2007. La Région bruxelloise devrait suivre en juillet 2007. L électricité et le gaz font partie de notre quotidien. Nous en avons besoin pour nous chauffer, cuisiner, laver Plus récemment, les technologies de la communication sont entrées dans les foyers et nous sommes de plus en plus nombreux à utiliser également l électricité pour nous connecter avec le monde extérieur. Aussi les changements qui se profilent dans ces secteurs énergétiques ne sont-ils pas anodins. Mais que vont-ils signifier concrètement pour les consommateurs? Qu est-ce qui sera libéralisé? Qui contrôlera dorénavant ces secteurs? Quelles incidences ces bouleversements auront-ils sur les tarifs et la facture? C est pour permettre à tous ceux qui désirent en savoir un peu plus de trouver des réponses à ces questions et à quelques autres, que le Réseau wallon pour l accès à l énergie durable (Rwadé) publie la présente brochure, avec le soutien du Réseau intersyndical de sensibilisation à l énergie (RISE). Notre ambition, modeste, est de permettre, par cet outil, une première approche d un secteur et d une réalité au demeurant fort complexes. Le Rwadé se préoccupe de chercher des solutions qui permettent de garantir non seulement l accès à l énergie mais aussi les outils de maîtrise de cet accès. Entre autres actions, il entend informer les citoyens dans ce domaine, afin de renforcer leur capacité de participation sur les politiques énergétiques. RISE vise à sensibiliser les travailleurs et leurs représentants aux questions liées à l environnement. Il réalise, notamment, des missions d informations et soutient des expériences pilotes menées en entreprises pour développer la concertation sociale en matière d environnement. Nous vous souhaitons bonne lecture. t de l électricité en Région wallonne 3
Dénominations et abréviations CLAC : CREG : CRIOC : CSC : CV : CWaPE : Elia : FGTB : Fluxys : GRD : IBGE : IEW : Indexis : Commission locale d avis de coupure Commission de régulation de l électricité et du gaz Centre de recherche et d information des organisations de consommateurs Confédération des syndicats chrétiens de Belgique Certificat vert Commission wallonne pour l énergie Société de transport d électricité (sous haute tension) Fédération générale du travail de Belgique Société de transport du gaz (sous haute pression) Gestionnaire du réseau de distribution Institut bruxellois pour la gestion de l environnement Inter-Environnement Wallonie Société de comptage (relevé des compteurs) Netmanagement : Société d exploitation et d entretien des réseaux de distribution OSP : RISE : RW : Rwadé : SLSP : URE : Obligations de service public Réseau intersyndical de sensibilisation à l environnement Région wallonne Réseau wallon pour l accès à l énergie durable Société de logements de service public Utilisation rationnelle de l énerg 4 La libéralisation des secteurs du gaz
1. Demain, nous serons tous éligibles Qu est-ce que la libéralisation? Libéraliser un secteur signifie que l on met fin au monopole d un état en ouvrant ce secteur à la concurrence. Cette notion ne doit pas être confondue avec ce que l on appelle la privatisation : dans ce cas, il s agit de vendre totalement ou partiellement une entreprise publique au privé. La libéralisation participe d une conception de l économie qui estime que l ouverture à la concurrence est une garantie d un meilleur fonctionnement du marché, notamment en faveur des consommateurs. Cette conception est portée par l Union européenne, qui mène depuis plusieurs années une politique de libéralisation dans différents secteurs, tels les services postaux et les télécommunications. Par une directive de 1996, l Europe a ainsi imposé à l ensemble de ses Etats membres la libéralisa- t de l électricité en Région wallonne 5
tion partielle des secteurs du gaz et de l électricité. Pour ce faire, les Etats doivent organiser la séparation des différentes activités au sein des secteurs et nommer un organe régulateur. Ce dernier sera chargé d une double mission de contrôle et de conseil en ce qui concerne le fonctionnement et l organisation du marché. Qu est-ce qui va être libéralisé? L électricité ainsi que le gaz doivent d abord être produits, puis transportés et distribués via les réseaux pour être fournis aux clients. L option prise consiste à dissocier ces différentes activités et à libéraliser complètement la production et la fourniture de gaz et d électricité. Qu est-ce qu un client éligible? Lorsque ce marché sera ouvert à la concurrence, tous les clients deviendront éligibles. Ce terme signifie qu ils pourront choisir librement leur fournisseur. Par opposition, les clients qui ne choisissent pas leur fournisseur sont appelés clients captifs. En Belgique, depuis juillet 2004 les clients non résidentiels (entreprises, secteur public) sont devenus éligibles. En Wallonie, pour le moment, seuls les ménages qui souhaitent recourir à l électricité dite verte sont d ores et déjà éligibles. (1) L électricité verte est celle produite au départ d énergies renouvelables. Quels sont les effets attendus de la libéralisation? Les promoteurs de l ouverture à la concurrence attendent de ce processus une plus grande transparence du marché, ainsi qu une diversification des services et une baisse significative des prix pour les consommateurs. Ajoutons également que l Union européenne impose aussi dans sa directive des dispositions en faveur de la préservation de l environnement. 1. C'est également le cas pour les clients professionnels 6 La libéralisation des secteurs du gaz
2. Les compétences des gouvernements en Belgique En Belgique, les compétences en matière d électricité et de gaz sont réparties entre le gouvernement fédéral et les trois Régions. Quelles sont les compétences du gouvernement fédéral? Le gouvernement fédéral est compétent pour ce qui demande une mise en œuvre homogène sur l ensemble du pays, à savoir : - la gestion du réseau de transport de l électricité sous haute tension (jusqu à 70.000 volts) ; - la gestion du réseau de transport du gaz sous haute pression ; - le plan d équipement national pour le secteur de l électricité ; - les grandes infrastructures de stockage - le cycle du combustible nucléaire ; - la production de l énergie ; - les tarifs ; Le régulateur fédéral est la Commission de régulation de l électricité et du gaz la CREG t de l électricité en Région wallonne 7
Quelles sont les compétences des gouvernements régionaux? Les gouvernements régionaux sont compétents en ce qui concerne : - la gestion du réseau de distribution et de transport local de l électricité (moins de 70.000 volts) et du gaz; - l accès aux réseaux de distribution et l éligibilité des clients ; - les obligations de services publics (voir chapitre 4) ; - les certificats verts (voir chapitre 4). Les régulateurs régionaux sont : - En Wallonie : la Commission wallonne pour l énergie la CWaPE ; - En Flandre : de Vlaamse Reguleringsinstantie voor de elektriciteits en gasmarkt la VREG ; - A Bruxelles : l Institut bruxellois pour la gestion de l environnement l IBGE. 8 La libéralisation des secteurs du gaz
3. Le paysage du marché libéralisé Puisque les différents métiers seront scindés, et certains ouverts à la concurrence, de nouveaux acteurs vont apparaître sur le marché libéralisé. Il n est pas facile de se représenter ce que veulent dire production, transport, distribution et vente dans le domaine de l énergie. Pour une marchandise comme une voiture, un meuble ou même une citrouille, c est plus concret! Prenons une chaise fabriquée dans une usine. Celle-ci en produit une quantité. Ensuite, ces chaises sont transportées par camion vers différents points de distribution, les magasins d ameublement. Vous, client, allez dans le magasin qui vous convient, et achetez au vendeur la chaise de votre choix. C est presque aussi simple que cela. Pour l électricité, il faut imaginer cette chose invisible, immatérielle qu est l énergie, produite dans des centrales électriques, transportée par des lignes haute tension jusqu aux postes de moyenne et basse tension, au niveau des intercommunales, qui fournissent les clients (industries, PME, ménages, écoles ). C est nettement moins simple. Mais gardons quand t de l électricité en Région wallonne 9
même l image en tête et, avant de parler des changements, jetons un coup d œil sur la situation telle qu elle se présente avant l ouverture du marché. Production. Transport. Distribution. Fourniture. (vente au consommateur final) Groupe verticalement intégré conditions Des d'accès régulé au réseau pour Fourniture. (vente au CF) Production. Transport. Distribution. les sociétés concurrentes Comment cela se passait-il avant la libéralisation? En Belgique, avant le processus d ouverture du marché, la production d électricité est assurée par la société Electrabel qui gère aussi le réseau de transport. En tant que producteur, celle-ci devait remettre tous les dix ans un plan d équipement devant assurer la satisfaction des besoins (équilibre entre production et consommation). Ce plan devait être approuvé par les autorités publiques. La distribution et la fourniture constituent un monopole de droit aux mains des communes. Celles-ci organisent la distribution de l énergie via des régies communales ou intercommunales, souvent en association avec Electrabel (on parle alors d intercommunales mixtes). Dans les faits, Electrabel a donc connu une situation de monopole pour l ensemble du secteur, pour lequel on parle de marché intégré. Du côté du gaz, la situation est assez semblable, sauf qu en Belgique, nous produisons notre électricité mais nous importons le gaz de l étranger. C est la société Distrigaz qui achète le gaz, le stocke et en organise le transport. Les communes détiennent un monopole pour la distribution et la fourniture, via des intercommunales pures et mixtes dont Distrigaz assure la gestion. 10 La libéralisation des secteurs du gaz
Qu en était-il du prix? La situation de quasi-monopole occupée par Electrabel et Distrigaz donnait à ces acteurs une influence prépondérante sur la fixation des prix. Néanmoins, celle-ci était contrôlée par les pouvoirs publics et le Comité de contrôle de l électricité et du gaz (le CCEG). En outre les secteurs étaient soumis au principe d égalité de traitement des usagers. Concrètement, ce principe était appliqué par ce que l on appelle la péréquation tarifaire. Autrement dit, tous les clients payaient le même prix où qu ils habitent. En effet, les coûts plus élevés pour un raccordement dans une région où l habitat est dispersé étaient compensés par ceux moins élevés d une région dense. Comment cela se passe-t-il dans le marché libéralisé? Il y a séparation des métiers. D une part, l activité de transport est désormais gérée par des sociétés tout à fait autonomes, ELIA, pour l électricité et FLUXYS, pour le gaz. D autre part la fourniture est dissociée de la gestion des réseaux. On a convenu de conserver une infrastructure unique pour chacun des secteurs, mais il y aura plusieurs vendeurs, puisque l activité de fourniture est ouverte à la concurrence. Les intercommunales n ont donc plus d activité de vente mais sont responsables de l entretien, la réparation et l extension des réseaux. Enfin, la production devient aussi entièrement libre. Qui sont les nouveaux acteurs? Disons-le franchement, si le marché intégré n est pas nécessairement simple, le marché libéralisé est nettement plus complexe, notamment parce qu un grand nombre d acteurs apparaissent. Commençons par essayer de les identifier dans leurs rôles. Ce sont donc les sociétés autonomes ELIA et FLUXYS qui gèrent désormais le transport de l énergie, depuis les centrales ou les postes frontaliers (puisque le gaz est importé) jusqu aux réseaux de distribution. Ces sociétés doivent assurer l équilibre entre l offre (la production) et la demande (la consommation). Cette activité est régulée par la CREG qui fixe notamment les tarifs de transport. t de l électricité en Région wallonne 11
Du côté de la distribution, les intercommunales deviennent des GRD, à savoir des Gestionnaires du Réseau de Distribution. Ce sont donc les GRD (et non plus Electrabel) qui assurent désormais le parcours de l électricité venant des lignes haute tension jusqu aux clients finaux, et celui du gaz naturel depuis l entreprise de transport jusqu aux postes de réception de ces clients. Les GRD sont également chargés d entretenir les réseaux de distribution, de faire les réparations et les constructions nécessaires. L exploitation en tant que telle des réseaux de distribution requiert des compétences techniques. C est pourquoi elle se fera via un partenariat avec une entreprise privée, NETMANAGEMENT, mais sous la direction des GRD. En tant que régulateur fédéral, la CREG contrôle aussi les tarifs de distribution. Les GRD jouent aussi le rôle de fournisseur de dernier recours. Autrement dit, une personne qui, pour une raison ou une autre, n aurait pas conclu ou respecté un contrat avec un fournisseur privé, sera fournie par le GRD. On l aura compris, les fournisseurs historiques, c est-à-dire Electrabel pour l électricité et Distrigaz pour le gaz, n ont plus le monopole de la vente. D autres sociétés apparaissent sur le marché. L organisation d un marché libre implique encore de rendre indépendantes certaines activités connexes. Ainsi, la collecte et le traitement des données de consommation des clients ne peuvent plus être pris en charge par les services d un fournisseur historique, sans quoi il pourrait être avantagé par rapport à ses concurrents. Une société de comptage indépendante a donc été créée. Elle se nomme INDEXIS. Cette société doit veiller à la confidentialité des données. Autrement dit, elle ne peut transmettre des renseignements sur la consommation d un client qu au seul vendeur avec lequel celui-ci a passé contrat. Comment choisir un fournisseur? En fait, le plus difficile, pour le consommateur, sera très certainement de faire l étude de marché préalable. Il faut connaître sa consommation, tenir compte du type de tarif actuellement facturé (standard, bihoraire, nuit, tarif social), comparer les offres des fournisseurs existants, vérifier les prix Rappelons qu il sera désormais possible de recourir de préférence à l électricité verte. Comme pour le secteur de la téléphonie, s y retrouver entre les différentes propositions du marché exige une capacité de jongler avec les chiffres. Autant le savoir et prendre le temps de lire l information disponible, à commencer par les contenus des contrats. 12 La libéralisation des secteurs du gaz
Que faut-il faire si l on veut changer de fournisseur? Le changement de fournisseur ne nécessite aucune modification dans le raccordement. Une fois que l on a fait un choix, il faut contacter le vendeur, et signer avec lui un contrat. Ceci est nouveau, puisque dans le marché intégré, il n y avait pas de contrat. Le fournisseur avec lequel le client a signé se charge ensuite des démarches nécessaires (résiliation du contrat éventuel précédent, récupération des données de consommation ). Comment se présentera la facture? Le prix de l électricité est la somme de plusieurs composantes, suivant la même logique que le fonctionnement du marché décrit ci-dessus, chaque opérateur prenant au passage une commission pour le travail fourni et les capitaux investis. Il y a tout d abord le prix exigé par le producteur d électricité (prix de gros) : il s agit pour lui de couvrir ses coûts (frais de combustibles, coûts salariaux,...) et de dégager un bénéfice. Libre à lui de fixer ses marges bénéficiaires comme il l entend, puisque l on est dans un cadre libéralisé. Le mécanisme de la concurrence est censé exercer une pression des prix vers le bas, mais tant que le producteur dominant aura une position hégémonique sur le marché de la production (actuellement, environ 85% de la production d électricité provient d Electrabel), il n y a pas de raison économique que les prix baissent de sitôt. Ensuite, les gestionnaires de réseau de transport (Elia) et de distribution (Intercommunales) prélèvent une commission pour chaque Kwh transitant par leur réseau : contrairement aux producteurs, ici le tarif est régulé. Le régulateur (CREG) est habilité par la loi à fixer le niveau de tarification, en tenant compte de l ensemble des coûts des gestionnaires de réseau augmenté d une rémunération équitable des capitaux investis. Enfin, le fournisseur, avec qui les clients finaux passent le contrat, répercute l ensemble des coûts ci-dessus dans le prix final, tout en s octroyant également une marge bénéficiaire qu il détermine en tenant compte des prix pratiqués par la concurrence. Ici aussi, les forces du marché sont censées réguler les prix, pour autant que la concurrence soit suffisante En outre, les pouvoirs publics appliquent des surcharges pour financer une série de politiques énergétiques mais aussi de solidarité. Le pouvoir fédéral prélève ainsi : - La cotisation énergie, affectée directement au fonds pour l équilibre financier de la sécurité sociale ; - La cotisation fédérale, affectée à des politiques énergétiques : les frais de fonctionnement du régulateur (fonds CREG), le financement t de l électricité en Région wallonne 13
du passif nucléaire (fonds dénucléarisation), l achat de quotas de gaz à effet de serre (fonds Kyoto), l aide aux CPAS dans le cadre de leurs missions de guidance et d aide sociale financière en matière d énergie (fonds social énergie) ; - La surcharge clients protégés : ce nouveau fonds, créé en faveur des clients protégés résidentiels (essentiellement les minimexés), vise à indemniser les entreprises d électricité qui ont approvisionné ces usagers aux prix sociaux maximaux qui leur sont imposés ; Le pouvoir régional prélève également des redevances. En Wallonie, il s agit de : - La redevance de voirie, prélevée en faveur des communes afin de compenser leurs pertes de revenus suite à la libéralisation ; - La redevance de raccordement au réseau électrique, destiné à financer le fonds énergie qui est principalement affecté à l octroi de primes aux ménages et aux entreprises. Mais concrètement, comment se compose le prix de l électricité en Belgique? En d autres termes : je paie quoi et pour qui? La CREG a récemment réalisé une étude intéressante relative aux composants du prix de l électricité en Belgique et dans les pays voisins. Les dernières données disponibles datent de 2003. Sans entrer dans les détails, retenons les constats les plus importants pour les clients domestiques standards : - Le prix total de l électricité est d environ 15 eurocents/kwh, ce qui nous situe dans la moyenne des pays limitrophes (France, Allemagne, Pays-Bas, Angleterre); - Les grandes composantes du prix sont la production d électricité (environ 25%), l acheminement de l électricité (environ 43%) et la fiscalité (31%, TVA comprise). - La marge bénéficiaire du producteur est significativement plus élevée que dans les pays avoisinants, et cette marge ne diminue pas de manière importante avec le temps malgré l ouverture du marché. 14 La libéralisation des secteurs du gaz
100% 90% 80% 70% 60% 50% 40% 30% 20% Cotisations et TVA Marge du fournisseur Coût de distribution Coût de transport Profit du producteur Coût de production total 10% 0% Belgique client domestique captif Moyenne Fr, All, Nl, UK client dom. Captif Source: Calculs propres à partir des chiffres de l étude de la CREG d avril 2004 Remarque : La marge du fournisseur d électricité sur le marché captif bénéficie à l heure actuelle aux intercommunales, en Wallonie et à Bruxelles. A qui faut-il s adresser pour être raccordé? Le contrat de raccordement est signé entre le client et le GRD de la localité où il emménage. C est donc avec ce GRD que se règlent les aspects concernant le raccordement (installation, panne, accident ). t de l électricité en Région wallonne 15
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4. Les obligations de service public En vertu des directives européennes, dans le cadre de l ouverture du marché du gaz et de l électricité, les gouvernements des Etats membres peuvent imposer aux entreprises des obligations de service public (OSP) La Région wallonne a pris certaines dispositions en ce sens, pour ce qui concerne les volets environnemental et social. Quelles sont les obligations de service public environnementales? Favoriser l'électricité verte En Régions wallonne et bruxelloise, on entend par électricité verte, toute forme de production d'électricité qui utilise des sources d'énergie renouvelables (vent, soleil, biomasse humide ou sèche, petit hydraulique) ou qui valorise la chaleur généralement perdue (dans les tours de refroidissement). Cette dernière technique s'appelle cogénération. Pour atteindre ses objectifs (8% d'électricité renouvelable et 15% de cogénération), la Région wallonne a mis en place un système de certificat vert. Celui-ci constitue de loin l'obligation de service public la plus conséquente. 18 La libéralisation des secteurs du gaz
Le système des certificats verts Chaque fois qu un producteur vert économise 456 kg de CO2 par rapport à la meilleure centrale au gaz, il reçoit de la CWaPE (2) un certificat vert (CV). Pour le calcul, il est tenu compte de l'ensemble de la filière du combustible (centrale de turbine gaz-vapeur à 55% de rendement, le reste étant perdu sous forme de chaleur dans les tours de refroidissement). Dans le cas d'une éolienne, le producteur recevra un certificat vert pour chaque millier de kwh produit. Dans le cas d'une centrale au bois, le producteur devra produire environ deux milliers de kwh pour obtenir ce même certificat. Il aura en effet dû couper, sécher et transporter ce bois, ce qui dégage du CO2. Par ailleurs, tout fournisseur a l'obligation d'acheter un certain quota de certificats verts. Ce quota va croissant : 5 CV en 2005, 6 CV en 2006 (3), et ce pour chaque centaine de milliers de kwh qu'il vend à ses clients. S'il ne remplit pas ses obligations, il doit payer une amende de 100 euros. Tandis que le producteur vert a, lui, l'occasion de remettre (ou de laisser) son CV à la CWaPE, contre 65 euros puisés dans le budget du fonds Energie. Le prix du certificat devrait donc varier entre ces 65 et ces 100 euros. Actuellement, il tourne autour des 90 euros. Notons que ce marché des certificats verts est complètement séparé de celui de la vente des kwh. Un producteur vert peut très bien vendre ses kwh à tel fournisseur (entre 1 et 2 centimes le kwh) et ses CV à tel autre fournisseur. Sachant que l on consomme près de 25 milliards de kwh en Région wallonne, les fournisseurs (dont les intercommunales actuelles) ont du, en 2005, acheter 1 million de CV. Cela représente un volume financier de près de 90 millions d'euros en faveur des énergies renouvelables, répercuté sur l'ensemble des consommateurs, quoique de façon différenciée. Les gros producteurs ont en effet obtenu un rabais : leur fournisseurs ne doivent s'acquitter que de la moitié de leurs obligations. L obligation d'information Les fournisseurs sont tenus de présenter à leurs clients résidentiels des factures lisibles, mentionnant, dans la "facture bilan" tout au moins, des 2. C'est également le cas pour les clients professionnels CWaPE : Commission wallonne pour l'énergie. Le régulateur régional en Wallonie. 3. Le gouvernement doit décider, dans le courant du premier semestre 2006, du niveau des quotas jusque 2012. Cette décision sera déterminante pour le développement des énergies renouvelables. t de l électricité en Région wallonne 19
informations telles que les niveaux de consommation des années précédentes, la consommation moyenne d'un client présentant les mêmes caractéristiques. Ils sont également tenus de joindre à cette facture tout document que la Région voudrait communiquer aux consommateurs d'électricité. En effet quel meilleur moment que celui de la facture pour donner un conseil afin d économiser de l'électricité? Notons que les frais liés à cette obligation sont couverts par le fonds Energie. L obligation d'action Les fournisseurs sont tenus, le cas échéant, d'octroyer une prime énergie, toujours financée par le fonds Energie. Cependant, depuis la suppression des primes "électroménager", cette obligation, qui évitait à la Région de devoir gérer l'octroi des primes, n'est pratiquement pas mise en oeuvre. L obligation de résultats Dans certains pays, comme le Danemark, la France, l'italie, ou la Flandre, les fournisseurs ou les GRD ont l'obligation de réduire, en puisant dans une liste d'actions possibles, la demande d'énergie d'un certain pourcentage annuel. Rien de tel n'a jusqu'ici été prévu dans la législation wallonne. Ni bruxelloise, d ailleurs. L obligation tarifaire Les fournisseurs sont tenus de proposer aux clients résidentiels une offre tarifaire favorisant l'utilisation rationnelle de l'énergie. Ils doivent déterminer leur prix exclusivement en fonction de la quantité consommée, à l'exclusion d'un forfait leur permettant de couvrir leurs coûts fixes. Ceci ne les empêche pas de proposer un prix du kwh plus alléchant pour les gros consommateurs résidentiels que pour les petits. Quelles sont les obligations de service public sociales? Un tarif social Le service universel a été reconnu comme une OSP. Il s'agit d'assurer l accès à une fourniture suffisante d électricité à un prix abordable, quel que soit l endroit où l on habite. Concrètement, cela se traduit par la définition d'un tarif social : suppression de la redevance fixe, 500 kwh gratuits et exonération de la cotisation sur 20 La libéralisation des secteurs du gaz
l'énergie. Ces avantages sont financés par un fonds qui dispose d'environ 15 millions d'euros. Le prix pratiqué en mai 2005 (indépendamment du GRD) était de 16,52 pour le tarif normal ainsi que pour la consommation "jour" du tarif bihoraire ; et de 8,32 pour la consommation "nuit". Les bénéficiaires de ce fonds sont des personnes qui disposent : du revenu d intégration du revenu garanti aux personnes âgées d une allocation de remplacement de revenus aux personnes handicapées d une allocation d aide aux personnes âgées d une allocation pour l aide d une tierce personne d une aide sociale financière dispensée par un CPAS à une personne inscrite au registre des étrangers Notons qu'en 2005, le tarif social était souvent supérieur aux prix que certains fournisseurs proposaient aux ménages flamands. Des débats sont en cours à la CREG pour remédier à une telle situation. Le compteur à budget En cas de difficulté de paiement (après deux mois de retard, un rappel et une mise en demeure), un compteur à budget est installé par le GRD chez le client. Ce n'est que si le client refuse expressément le placement du compteur à budget que le fournisseur pourra décider de suspendre la fourniture d'électricité. Le courant lui est fourni à condition qu il réalimente la carte liée au compteur. Le limitateur de puissance Si le client répond aux conditions pour bénéficier du tarif social, s'il est candidat réfugié, s'il a entamé une guidance sociale énergétique, ou s'il est suivi par un service de médiation de dette, le compteur à budget est alors placé gratuitement mais accompagné d'un limitateur de puissance. Le CPAS peut porter sa fourniture minimale à 2600 W en prenant le surcoût à sa charge. Cette procédure, notons-le bien, est indépendante du règlement de sa dette. Si le client ne recharge pas son compteur pendant 6 mois et ne paye pas le montant de la fourniture minimale d électricité, il sera traduit devant la Commission locale d avis de coupure (la CLAC). Celle-ci peut décider soit d une remise partielle de sa dette et prolonger le maintien de la mesure, soit de lui enlever son limiteur de puissance. Comme le client non protégé, il disposera toujours d un compteur à budget. Pendant la durée de la procédure, il sera fourni par le GRD. La carte ne peut servir en aucune façon à rembourser la dette qui fait l'objet d'un recouvrement séparé. t de l électricité en Région wallonne 21
Lorsque le client a recouvré une situation saine ou pris des mesures pour apurer sa dette, il peut demander le retour à une fourniture normale, au fournisseur de son choix. Celui-ci doit s exécuter sauf si la personne ne paye pas sa fourniture minimale pendant 6 mois. C est alors le GRD qui fournit l électricité. Le cas du client protégé Le client protégé correspond grosso modo aux bénéficiaires du tarif social (voir plus haut). Si le client en difficulté est un client protégé, le compteur à budget qui sera placé chez lui sera couplé à un limiteur de puissance. Le limiteur de puissance permet au client protégé qui ne dispose plus suffisamment de ressources financières pour continuer à alimenter son compteur à budget, de bénéficier d'une fourniture minimale garantie de 1.300 Watts. Si le client protégé bénéficie de la fourniture minimale garantie pendant une période ininterrompue de six mois et n'a pas acquitté les factures relatives à sa fourniture, son fournisseur le déclare en défaut récurrent de paiement. A partir de ce moment, il sera fourni en électricité par son gestionnaire de réseau de distribution. Lorsque le client protégé est déclaré en défaut récurrent de paiement, le gestionnaire de réseau de distribution lui adressera une facture portant sur ses consommations sous la fourniture minimale garantie avec un délai de paiement de 15 jours minimum. Si, à l'expiration de ce délai, le client n'a pas apporté de solution pour payer cette facture, le gestionnaire de réseau lui envoie une mise en demeure par recommandé ; Celle-ci l'informe que, sans proposition de sa part dans les 15 jours, le gestionnaire de réseau de distribution saisira la Commission locale d'avis de Coupure (CLAC) pour que celle-ci statue sur sa demande de suspension de l'électricité pour cause de mauvaise volonté manifeste du client protégé. La guidance sociale énergétique Afin de répondre de façon "curative" ou "préventive" à des problèmes de paiement, les CPAS peuvent mettre en place une guidance sociale. Deux volets la composent : le premier comprend des actions de sensibilisation aux comportements et aux petits gestes économes ; Le second concerne le préfinancement d'équipements plus performants. Les CPAS peuvent obtenir une subvention de la Région pour mener à bien une telle guidance (4). 22 4. (voir sur www.kyotocommunes.be les CPAS qui ont mené la guidance et les commentaires et rapports disponibles) La libéralisation des secteurs du gaz
5. Le fonds Energie wallon Dans la foulée de l ouverture à la concurrence du marché de l électricité, le fonds Utilisation Rationnelle de l Energie (URE) mis en place depuis 1996 par l ancien Comité de contrôle et géré par les intercommunales, disparaît au profit du fonds Energie Qui gère le fonds Energie? C est le gouvernement wallon qui gère le fonds Energie. Il doit annuellement rendre compte des ses recettes et de son affectation à la CWaPE, au Comité énergie et au Parlement wallon. Le premier rapport devrait, à l heure où vous lisez ces lignes, être disponible. En vertu de la loi sur l accès à l information, tout citoyen peut en faire la demande auprès de l administration concernée. t de l électricité en Région wallonne 23
De quoi se composent les recettes? Alors que le budget wallon de l ancien fonds URE tournait autour des 3 millions d euros, les recettes fixes du fonds Energie s élèvent à plus de 13 millions d euros. Cette augmentation conséquente s explique par plusieurs facteurs. Tout d abord, la redevance qui l alimente a été multipliée par trois (elle est passée, pour la clientèle basse tension (c est-à-dire les clients résidentiels), de un à trois centimes de nos anciens francs par kwh consommés). Ensuite, et ceci est nouveau, les gros consommateurs haute tension (industries) y contribuent aussi, bien que le niveau de leur redevance soit moitié moins importante que pour les consommateurs résidentiels. Enfin, et c est un deuxième fait nouveau, les consommateurs de gaz y contribuent également, quoique dans des proportions dix fois moins importantes. Cette dernière distinction se justifie principalement par le fait que la consommation de gaz a un impact environnemental largement inférieur à celui de l électricité. Notons déjà que l absence de contribution des consommateurs de mazout justifie, aux yeux du gouvernement, l absence de primes pour des chaudières au mazout performantes. Outre ces recettes fixes, il convient de mentionner les recettes plus aléatoires qui alimentent le fonds. Il s agit des redevances pour examen des dossiers de déclaration d utilité publique pour une nouvelle ligne et d octroi d une licence de fourniture ainsi que de diverses amendes administratives, notamment pour non respect des quotas de certificats verts. Si les premières sont négligeables, en revanche le nombre important d amendes versées en 2003 et en 2004 pour non respect des certificats verts a pratiquement doublé le budget du fonds. Mais ceci pourrait bien ne pas durer. Le nombre d amendes versées est en effet en baisse, tandis que la CWaPE prévoit pour 2006 que le nombre de certificats verts octroyés aux producteurs d électricité verte sera supérieur au nombre de certificats verts exigés des fournisseurs. En attendant, ces ressources supplémentaires ont permis au gouvernement, comme nous allons le voir, d amplifier considérablement son programme d action 2005. A quoi ce fonds est-il affecté? L affectation du fonds énergie est définie par le gouvernement et précisée dans un programme d action. Celui-ci présente l enveloppe budgétaire consacrée à chacun des postes. Deux programmes d actions ont été élaborés jusqu ici. Le premier, courant de la période du premier octobre 2003 au 31 décembre 2004, a été prolongé jusqu au premier mars 2005. Un nouveau programme d action 2005-2007 a été défini par le nouveau gouvernement. Par rapport au premier 24 La libéralisation des secteurs du gaz
programme, deux changements majeurs sont à noter dans les affectations : la suppression des primes électroménagers et l extension des bénéficiaires aux indépendants et aux syndic d immeubles. Voici comment se répartissent les dépenses : Postes budgétaires Dépenses 2004 Budget 2005 Financement des dépenses de la CWaPE (incompressible) 3,2 3,22 Surcoûts liés aux obligations de service public relatives à la protection de l'environnement (facture informativ e) Etudes et actions de sensibilisation relatives à la maîtrise de la demande énergétique en Région wallonne 0,15 0,15 4 Primes URE pour les particuliers 5,75 6 Primes URE pour les entreprises, syndic d immeubles, SLSP, 0,4 7 Etudes et actions de gaz et d'électricité renouvelables et cogénération 2,5 Aide à la production d'électricité verte et de gaz issu de renouvelables 0, 74 Guidance sociale énergétique 3 Remboursement de la dette liée à la 2 fourniture minimale garantie suite à la décision de la CLAC Total 10,95 21,61 t de l électricité en Région wallonne 25
6. L impact pour l environnement Quel impact la consommation d énergie a-t-elle sur la qualité de l environnement? Notre confort dépend fortement de l énergie. En Belgique, les ménages participent pour 30% à la consommation finale d énergie, utilisée dans le logement et pour le transport. L essentiel de cette énergie est tirée de matières fossiles (charbon, pétrole, gaz naturel) ou fissiles (uranium). Outre que toutes ces sources d énergie ne sont pas inépuisables, leur combustion a un impact sur l environnement. Ainsi la consommation croissante de combustibles fossiles, dûe à l activité humaine, est responsable d une augmentation sensible des émissions de 26 La libéralisation des secteurs du gaz
gaz à effet de serre. Ceux-ci sont constitués pour 87% de dioxyde de carbone (CO2) et, dans une moindre mesure de protoxyde d azote et de méthane. Le CO2 provient essentiellement de l activité industrielle, du transport et de la consommation résidentielle. La concentration de ces gaz dans l atmosphère entraîne des perturbations climatiques, notamment une augmentation de la température moyenne sur la terre. En Belgique, le réchauffement prévu sera probablement accompagné d un changement dans les précipitations : davantage en hiver, moins en été. L augmentation des risques de sécheresses et d inondations qui en découle aura des conséquences sur la santé des personnes et sur la biodiversité. Outre les gaz à effet de serre, l utilisation de combustibles fossiles produit également l émission de substances acidifiantes (dioxyde de soufre, ammoniac, oxydes d azote) dont les retombées peuvent avoir des effets nuisibles sur les plantes, les sols et les eaux de surface. La combustion des carburants entraîne encore la présence de fines particules en suspension dans l air, dont l inhalation peut endommager le système cardio-pulmonaire, et augmente la quantité de composés organiques volatils (COV). Ces COV ainsi que le gaz méthane favorisent à leur tour la présence d ozone dans la basse atmosphère. A ce niveau, la présence d ozone a une incidence novice sur la santé humaine (affection des voies respiratoires) et contribue au renforcement de l effet de serre. L énergie nucléaire provient, elle d une matière fissile, l uranium 238. Elle n engendre guère de pollution atmosphérique mais produit, par contre, des déchets radioactifs qui ont la vie longue. Quels sont les engagement politiques pris pour réduire ces pollutions? Ces différentes pollutions menacent dont sérieusement l équilibre de l écosystème et de la santé des personnes. La grande majorité des experts sont d accord pour dire que la meilleure énergie, c est celle qu on n utilisera pas. Comment assurer cela en permettant d assurer aussi les besoins des personnes? Il existe donc deux grandes orientations : utiliser le plus rationnellement possible l énergie, notamment grâce aux apports de techniques propres et se tourner vers des sources nettement moins polluantes, les énergies dites renouvelables (biomasse, éolienne, solaire) Le protocole de Kyoto ratifié par 55 pays industriels prévoit la réduction de l émission des gaz à effet de serre. La Belgique s y est engagée à concurt de l électricité en Région wallonne 27
rence de 7,5%. Ce chiffre est le même pour la Wallonie. Or les estimations ne vont pas dans le bon sens : si des progrès ont été enregistrés entre 1990 et 2002, ils proviennent surtout du remplacement par le gaz naturel du pétrole et du charbon (plus polluants) dans divers domaines, et de quelques phénomènes conjoncturels. Mais globalement, la consommation continue d aller croissant, avec des pointes en matière d électricité, dûe à la hausse des équipements. C est donc là que des efforts substantiels restent à faire. Quel impact la libéralisation risque-t-elle d avoir sur la consommation? La libéralisation du marché de l'électricité met en concurrence différents fournisseurs. Ceci risque d'inciter à la surconsommation, car l'objectif principal des fournisseurs d'électricité sera de vendre le maximum de kwh aux particuliers et aux secteurs privé et public. Or, les énergies renouvelables ne pourront probablement pas couvrir cet accroissement. De nouveaux investissements dans des centrales thermiques ou nucléaires seront donc nécessaires, avec tous les impacts négatifs que nous avons évoqués plus haut. Il est donc essentiel d'inciter les fournisseurs d'énergie et/ou les gestionnaires de réseau de distribution à développer le marché des services énergétiques : l'idée est de ne plus proposer des kwh, mais un service énergétique à part entière, à savoir de la chaleur, de l'éclairage. Les entreprises de services énergétiques (ESCO's) sont en développement. Elles ont, elles, intérêt à diminuer leurs coûts par des mesures d'efficacité énergétique. Afin de favoriser l essor de ce concept, il est essentiel que les pouvoirs publics se fixent des objectifs de réduction de consommation d'énergie, comme ceux proposés par la Commission européenne. C est ce qu illustre un extrait du Livre Vert sur l'efficacité énergétique de la Commission européenne, publié en mai 2005, et que nous reproduisons cidessous : "En elle-même, la baisse des prix de l énergie ne constitue pas une incitation pour une consommation plus économe et en faveur des investissements en efficacité énergétique. De nombreuses sociétés fournissent des solutions d efficacité énergétique et se rémunèrent sur les économies d énergie réalisées ( ESCO ) Ces sociétés, qui ne sont qu au début de leur développement, ont encore besoin d être soutenues par une assistance à l extension de leurs activités, par des normes de qualité, et par l accès au financement. Le développement futur d une activité ESCO pourrait grandement contribuer à la mise en 28 La libéralisation des secteurs du gaz
place de nombreux projets rentables supplémentaires, et peuvent jouer un rôle important en comblant le fossé entre les différents acteurs de l énergie et des technologies d approvisionnement d une part et parmi les consommateurs d autre part. Consciente de la contradiction entre une efficacité accrue due à l introduction des forces du marché, la baisse de prix qui en résulte, et l impulsion à une plus grande consommation que cela entraîne, la Commission a proposé une directive relative à l efficacité énergétique dans les utilisations finales et les services en décembre 2003. Si les États membres ont reconnu la nécessité d assurer une meilleure efficacité énergétique, ils hésitent cependant à s engager sur des objectifs précis et contraignants. Leur réticence porte sur l obligation de s engager sur une réduction de consommation d énergie de 1% par an, comme le stipule la proposition de directive sur les services énergétiques. Le système de tarification actuel des produits énergétiques n oriente pas le consommateur vers un mode de consommation plus économe et plus rationnel de l énergie. En effet, il ne tient pas compte de la valeur énergétique relative des produits ni de l impact environnemental de leur consommation. Le système actuel de tarification ne garantit pas l intégration des coûts externes, à savoir, les coûts liés à cet impact. Inciter le consommateur à consommer moins ou à produire l énergie à partir de sources plus respectueuses de l environnement, suppose donc d instaurer des politiques de tarifications plus adaptées à l objectif d efficacité énergétique. t de l électricité en Région wallonne 29
Le droit à un logement décent l exige! 7. A propos du Rwadé et de RISE Le Rwadé Le Réseau Wallon pour l Accès Durable à l Energie a été mis sur pied en 2005 sur le territoire wallon. Il rassemble différents partenaires : la CSC, la FGTB, les Equipes Populaires, IEW, La Ligue des Familles, le Moc, Solidarités Nouvelles et le CRIOC. Le réseau se préoccupe de chercher des solutions qui permettent de garantir non seulement l'accès à l'énergie mais aussi les outils de maîtrise de cet accès. Chacun doit pouvoir se chauffer tout en tenant compte de l avenir de la planète. Sa création s inscrit, en outre, dans le contexte de libéralisation prochaine du secteur de l électricité et du gaz. Le réseau craint que celle-ci place le consommateur domestique en particulier le consommateur fragilisé dans une position d isolement face à des fournisseurs privés puissants sur lesquels il ne pourra guère exercer de pression pour s assurer d un bon rapport qualité/prix. Le Rwade entend lutter pour garantir l accès durable à la fourniture d énergie comme une fonction de service public et veut favoriser la participation des acteurs concernés, tout particulièrement les usagers, dans la mise en oeuvre et l évaluation des politiques énergétiques. 30 La libéralisation des secteurs du gaz
RISE : Depuis 1996, les ailes wallonnes de la FGTB et de la CSC, via leurs instituts de formation respectifs (le Cepag et la FEC) développent en commun différentes actions sur le thème de l environnement dans le cadre du projet RISE. Ce Réseau Intersyndical de Sensibilisation à l Environnement bénéficie du soutien de la Région wallonne. RISE poursuit trois objectifs : - sensibiliser les travailleurs et leurs représentants à l environnement ; - stimuler la concertation sociale en environnement dans les entreprises ; - renforcer la capacité d intervention des délégués sur les questions environnementales. Pour y parvenir, RISE mène des actions d information et de sensibilisation des délégués et des permanents syndicaux via des formations, des articles dans la presse syndicale et par la création d outils pédagogiques. Le Réseau réalise aussi des expériences pilotes dans des entreprises wallonnes pour développer la concertation sociale en matière d environnement, mettre en œuvre des actions concrètes et sensibiliser les travailleurs à la problématique. Enfin RISE développe des outils d appui technique pour faciliter l accès des délégués aux informations nécessaires à leur travail syndical sur le thème de l environnement. Ces outils sont, notamment un site Internet (www.rise.be), une revue de presse électronique ou encore des brochures. t de l électricité en Région wallonne 31
Photos : Crédit Communauté européenne 32 La libéralisation des secteurs du gaz et de l électricité en Région wallonne
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