[UTILISATION DU MALATHION DANS LA



Documents pareils
HUMI-BLOCK - TOUPRET

PRODUITS MORTELS LES PESTICIDES DANS LE COTON

Décrets, arrêtés, circulaires

FICHE DE DONNÉES DE SECURITÉ Demand CS

FICHE DE DONNEE SECURITE

PRODUITS PHYTOSANITAIRES

SECTION 1: Identification de la substance/du mélange et de la société/l entreprise

La réglementation Mardi de la DGPR. sur les produits biocides 05/04/2011

Vulcano Pièges Fourmis

Solvants au Travail. Guide pour travailler en sécurité avec les solvants.

RAID PIEGES ANTI-FOURMIS x 2 1/5 Date de création/révision: 25/10/1998 FICHE DE DONNEES DE SECURITE NON CLASSE

BDL2, BDL3 Enviro Liner Part A. Dominion Sure Seal FICHE SIGNALÉTIQUE. % (p/p) Numéro CAS. TLV de l' ACGIH Non disponible

SECTION 3: Composition/informations sur les composants 3.2. Mélanges % CAS # (EC) No 1272/ /45/EC Deuterium oxide 99.

Fiche documentaire FAIRE LES PRODUITS D USAGE DOMESTIQUE SANS DANGER POUR L AIR

A-ESSE s.p.a. FICHE DE SÉCURITÉ

Fiche de données de sécurité Selon l Ochim (ordonn. produits chim.) du , paragr.3

FICHE DE SECURITE FUMESAAT 500 SC

Protéger. son animal. la gamme FRONTLINE. grâce à la gamme. Contre les puces et les tiques. Efficace plusieurs semaines (1) Résistant à la pluie,

1.1.2 : Indiquer la voie de pénétration du microorganisme

2.0 Interprétation des cotes d évaluation des risques relatifs aux produits

AVIS. de l'agence nationale de sécurité sanitaire de l alimentation, de l environnement et du travail

Contact cutané. Contact avec les yeux. Inhalation. Ingestion.

Parasites externes du chat et du chien

Fiche de données de sécurité selon 1907/2006/CE, Article 31

FICHE DE DONNÉES DE SÉCURITÉ conformément au Règlement (CE) nº1907/2006 REACH Nom : KR-G KR-G

Fiche de données de sécurité

1. Identification de la substance ou préparation et de la Société. 2. Composition/ informations sur les composants

Contenu de la formation PSE1et PSE2 (Horaires à titre indicatif)

Le VIH et votre foie

: SC Johnson S.A.S. C.S Cergy Pontoise Cedex France

1. IDENTIFICATION DE LA SUBSTANCE/PRÉPARATION ET DE LA SOCIÉTÉ/ENTREPRISE

CLP : Obligations, impacts et opportunités pour les entreprises

Acides et bases. Acides et bases Page 1 sur 6

Centre Antipoison et de Toxicovigilance Strasbourg Tél:

MASTER 2 CONTAMINANTS EAU SANTE

Enterprise Europe Network, CCI de Lyon Contact : Catherine Jamon-Servel Tél : Mail : jamon@lyon.cci.fr

Insecticide SCIMITAR MC CS

LIGNES DIRECTRICES CLINIQUES TOUT AU LONG DU CONTINUUM DE SOINS : Objectif de ce chapitre. 6.1 Introduction 86

FICHE DE DONNEES DE SECURITE. 1 Identification de la Substance / du Mélange et de la Société / l Entreprise

Cahier des bonnes pratiques pour un nettoyage écologique des locaux du Conseil Général de la Gironde

Nouveaux produits antiparasitaires aux extraits naturels pour chiens et chats.

EVALUATION DU RISQUE CHIMIQUE

Fiche de données de sécurité

: Raid Aérosol Fourmis Araignées Cafards

GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LA COLLECTE DE PILES ET ACCUMULATEURS AU LUXEMBOURG

Bienvenue sur la planète des insectes!

RAID - Aérosol Fourmis, Araignées et Cafards

FICHE DE DONNÉES DE SÉCURITÉ HGX poudre contre les fourmis & autres insectes rampants

SECTION 1 : IDENTIFICATION

Principes et objectifs du CLP classification, étiquetage et emballage des substances et mélanges chimiques

Appât insecticide anti-fourmis en gel OPTIGARD

FICHE DE DONNÉES DE SÉCURITÉ Barbarian Super 360

PARTIE 5 NOTICE HYGIENE ET SECURITE

Fiche de données de sécurité Selon l Ochim (ordonn. produits chim.) du , paragr.3

SECTION 1- Identification de la substance/du mélange et de la société / entreprise

Granulés anti-limaces : pas sans risques!

étiquetage des produits chimiques

Mieux informé sur la maladie de reflux

Fiche de données de sécurité. 1.2 Utilisations identifiées pertinentes de la substance ou du mélange et utilisations déconseillées

LUTTE ANTI-VECTORIELLE EN ETABLISSEMENT DE SANTE

La seule gamme naturelle efficace dès 5mn sur les poux et les lentes

Vaccinations - Rédaction Dr BOUTON

Canada Province de Québec Ville de Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson

Pour tester vos connaissances, répondez correctement aux questions suivantes. Bonne chance!

Hygiène alimentaire en restauration collective

Hygiène alimentaire en restauration collective

«L énergie la moins chère et la moins polluante est celle qu on ne consomme pas»

LES FORMATIONS CONTINUéES

Gestion des épidémies en FAM et MAS. 2 ère réunion annuelle FAM/MAS 20 mars 2015

1. Identification de la substance / préparation et de la société / entreprise. Peinture Aimant

L'œsophage L'œsophage est un tube musculaire qui traverse de la bouche à l'estomac. Causes

Feuille de garde contenant les suppléments nationaux à la feuille des données de sécurités UE OLDO AKTIV OX

Afssa Saisine n 2007-SA-0028

L APS ET LE DIABETE. Le diabète se caractérise par un taux de glucose ( sucre ) trop élevé dans le sang : c est l hyperglycémie.

PRIMAIRE MUR ET PLAFOND

FICHE DE DONNEES DE SECURITE

Enjeux et Perspectives de la composante «Environnement Santé» du Plan d Action de l Initiative Environnement du NEPAD

Precor MD EC. CONCENTRÉ ÉMULSIFIABLE Empêche l'émergence des puces adultes à l intérieur des bâtiments

biocides : définitions d et frontières res réglementaires

Jeu de l ingénierie écologique. mémo du joueur

Gestion de la crise sanitaire grippe A

Fournisseur Safety Kleen Systems, Inc North Central Expressway, Suite 200 Richardson, TX USA T (800)

Eau (N CAS) Non classifié Urea (N CAS) Non classifié. Version : 1.0

Ensemble de documents d orientation sur la maladie à virus Ebola

Municipalité de la paroisse de Saint-Lazare

FICHE DE DONNEES DE SECURITE Selon les règlements 1907/2006/CE (REACH) et 453/2010/CE MONITOR

DURCISSEUR DE MUR - TOUPRET

Quelles sont les pratiques et les modalités d évaluation de la LAV?

1. GES 5 : Production de céramiques pour l'électronique et de céramiques à fonctionnement thermique contenant du Ni

Parties communes et services

FICHE DE DONNÉES DE SÉCURITÉ

L évaluation des biocides à l Anses

PREVENTION ASV. Partie réalisée par Aurélys ANTOINE. Le 09/05/2015

DOSSIER DE PRESSE. Organisateur. Contact. Carolina Cardoso life.eu Chargée de communication + 32 (0)

Fiche de données de sécurité

Transcription:

FOCUS INFORMATION [UTILISATION DU MALATHION DANS LA LUTTE ANTI-VECTORIELLE EN GUYANE] Observatoire régional de la santé en Guyane 19 Aout 2014 1

Observatoire régional de la santé en Guyane 19 Aout 2014 2

Sommaire Contexte... 4 Stratégie de lutte... 5 Qu est-ce que le Malathion?... 6 Recours au Malathion... 7 Effets sur la santé et toxicité... 8 Impact environnemental... 10 Réglementation... 10 Avis du HCSP... 11 Avis de l ANSES... 12 Bibliographie... 13 Sous la direction de Marie-Josiane CASTOR-NEWTON Equipe de l ORSG ALLEN Romain, BOUTIN Jocelyne, CHICHMANIAN Anissa, DANIEL Marie-Thérèse, DULONDEL Cédric, KOIVOGUI Akoï, LARUADE Christelle, LAUBE Sylvaine, MONNY Rose, WEISHAUPT Ludmya. Coordonnées de l observatoire régional de la santé de Guyane 771, route de Baduel 97335 Cayenne Tél. : 05 94 29 78 00 Fax : 05 94 29 78 01 Mail : documentation@ors-guyane.org Heures d ouverture au public : Lundi, Mardi et Jeudi de 7h30 à 12h30 et de 13h30 à 15h30 Mercredi et Vendredi de 7h30 à 12h Observatoire régional de la santé en Guyane 19 Aout 2014 3

Contexte Une épidémie de chikungunya touche actuellement la Guyane 1 : Lieu Nombre de cas Nombre de décès Nombre de décès directement lié indirectement lié Saint-Martin 3860 0 3 Saint- Barthélémy 860 0 0 Martinique 55 920 0 19 Guadeloupe 73 120 8 1 Guyane 1665 0 0 L OMS a établie que : l existence de sites de reproduction du moustique vecteur à proximité des lieux d'habitations représente un sérieux facteur de risque de chikungunya ainsi que d'autres maladies transmises par ces espèces. La prévention et la lutte reposent donc dans une grande partie sur la réduction du nombre des récipients naturels et artificiels pouvant contenir de l'eau et favorisant la reproduction des moustiques. Cela passe par la mobilisation des communautés affectées. Lors de flambées épidémiques, l une des stratégies de lutte est la projection d insecticides pour tuer les moustiques, en les appliquant sur les surfaces à l'intérieur et autour des récipients où les moustiques se posent, et en traitant l'eau contenue dans ces récipients afin de tuer les larves 2. Afin de prévenir et lutter contre la propagation de l épidémie de chikungunya, la préfecture de Guyane a sollicité la DGS (Direction Générale de la Santé) et la DGPR (Direction Générale de la Prévention des Risques) pour obtenir une autorisation pour utiliser des produits de lutte contre les moustiques adultes à base de malathion (CAS n 121-75-5) ou de fénitrothion (CAS n 122-14-5). La DGS et la DGPR ont sollicité l Anses, en lien avec le Centre National d Expertise sur les Vecteurs (CNEV), afin de définir si le malathion et le fénitrothion représentent les seuls moyens de lutte à court terme pour éviter la propagation de l épidémie à la Guyane 3. 1 InVS. Point épidémio au 14 Aout : bulletin du 28 Juillet au 10 Aout. N 27, 2014. Disponible sur : http://www.invs.sante.fr/publications-et-outils/points-epidemiologiques/tous-les-numeros/antilles- Guyane/2014/Situation-epidemiologique-du-chikungunya-dans-les-Antilles.-Point-au-14-aout-2014 (consulté le 20 Aout 2014) 2 OMS. Chikungunya. Aide-mémoire N 327. Mars 2014. Disponible sur : http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs327/fr/ (consulté le 20 Aout 2014) 3 ANSES. Avis de l ANSES relatif aux substances actives biocides pouvant être utilisées dans le cadre de la prévention d une épidémie de chikungunya en Guyane. Saisine n 2014-SA-0060. 18 Mars 2014. 64 p. Disponible sur : https://www.anses.fr/sites/default/files/documents/bioc2014sa0060.pdf (consulté le 19 Aout 2014) Observatoire régional de la santé en Guyane 19 Aout 2014 4

La PAHO considère la présence du chikungunya en Guyane comme extrêmement préoccupante. Le chikungunya 4 est une maladie virale transmise à l homme par des moustiques infectés. Elle provoque de la fièvre et des arthralgies (douleurs articulaires) sévères. Les autres symptômes sont myalgies, céphalées, nausée, fatigue et éruption. Il n'existe pas de remède contre cette maladie et depuis 2004, le chikungunya sévit sur le mode épidémique, entraînant une morbidité et des souffrances considérables. Dans ce contexte, la gestion du risque doit être conduite par l objectif prioritaire de retarder l explosion épidémique en Guyane afin de préparer le dispositif de santé à faire face : - à une explosion brutale du nombre de cas (phase aiguë) qui pourrait déstructurer l offre de soins, tant hospitalière qu ambulatoire déjà sous-dimensionnée. Contrairement à la dengue, le chikungunya arrivant au sein d une population naïve sur le plan immunitaire, touche de manière importante les sujets âgés et/ou vulnérables pouvant conduire à des formes sévères à l origine d une létalité élevée ; cette phase dure habituellement 4-5 mois ; - à la prise en charge des formes chroniques (douleurs rhumatismales aiguës) qui risquent d affecter 20 % des victimes de l infection (selon les enseignements de La Réunion) nécessitant des soins au long cours coûteux et difficiles, pour lequel le département n est actuellement pas armé (par exemple, il n existe aucun rhumatologue dans le département). C est donc actuellement un combat «de retardement» pour qui l objectif prioritaire est de gagner des mois «d épidémie quiescente». Cette stratégie n a de sens que si les autorités sanitaires en tirent profit pour améliorer l offre de soins et assurer la disponibilité des médicaments et lits qui risquent d être nécessaires. 5 Stratégie de lutte L unique manière de prévenir ou de réduire la transmission du virus du chikungunya consiste à lutter contre les moustiques vecteurs ou à empêcher le contact entre l homme et le vecteur. L OMS préconise donc l approche stratégique appelée gestion vectorielle intégrée pour lutter contre les moustiques vecteurs. La transmission vectorielle peut être réduite par l utilisation de l une ou d une combinaison de ces trois méthodes qui ne dispensent pas néanmoins d appliquer une protection individuelle et protection des habitations par le biais de vêtements qui réduisent l exposition de la peau, de répulsifs, de moustiquaires imprégnées ou d insecticides : 4 Le nom de «chikungunya» vient d'un verbe de la langue kimakonde qui signifie «devenir tordu»" ce qui décrit l'apparence voûtée de ceux qui souffrent de douleurs articulaires. (OMS. Disponible sur : http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs327/fr/ (consulté le 20 Aout 2014) 5 HCSP. Avis relatif aux conditions d utilisation et aux mesures de gestion à mettre en place si une dérogation était accordée pour l emploi du malathion en Guyane pour la lutte anti-vectorielle dans le but de prévenir la propagation de l épidémie de chikungunya se développant actuellement dans les Antilles. Mai 2014. 10 p. Observatoire régional de la santé en Guyane 19 Aout 2014 5

- Gestion environnementale qui vise à détruire, modifier, supprimer ou recycler les récipients non indispensables qui constituent un habitat pour les œufs, les larves et les nymphes. Ces mesures devraient être la pierre angulaire de la lutte antivectorielle. On peut citer notamment : l amélioration des systèmes d approvisionnement et de stockage de l'eau ; la protection des citernes de stockage de l eau contre les moustiques ; la gestion des «déchets solides» (déchets ménagers communautaires et industriels non biodégradables) ; le nettoyage des rues 6. - Lutte biologique fondée sur l introduction d organismes qui s attaquent aux populations de l espèce cible, les parasitent, entrent en concurrence avec elles ou parviennent autrement à en réduire la densité. - Lutte chimique : Bien que les produits chimiques soient largement utilisés, l application de larvicides devrait être considérée comme complémentaire de la gestion environnementale et, sauf en cas d urgence, être uniquement réservée aux citernes et récipients qui ne peuvent pas être traités autrement ou éliminés. Les méthodes de lutte chimique ciblant les vecteurs adultes visent à agir sur la densité des populations de moustiques, leur longévité et d autres paramètres influant sur la transmission. Les adulticides doivent être appliqués soit en traitements de surface à effet rémanent soit en pulvérisations spatiales. La pulvérisation spatiale est un moyen de lutte qui n est recommandé que dans les situations d urgence pour enrayer une épidémie en cours ou prévenir une épidémie imminente. Elle a pour objectif la destruction massive et rapide de la population adulte de vecteurs. En pratiquant une pulvérisation spatiale dès le début d une épidémie et à suffisamment grande échelle, on peut réduire l intensité de la transmission, ce qui laisse du temps pour appliquer d autres mesures de lutte antivectorielle assurant une protection à plus long terme 7. Qu est-ce que le Malathion? Nom chimique 8 : Phosphorodithioate de S-[1,2-bis(éthoxycarbonyl) éthyle] et de O,O-diméthyle CAS : 121-75-5 Noms commerciaux : Riddex Cythion (Kemsan), Malathion 500 (United Agri Products), Gardex (Gardex Chemicals), Fyfanon ULV (Cheminova) Type de pesticide : Acaricide et insecticide Groupe chimique : Thiophosphates Formule chimique : C10H19O6PS2 6 OMS. Dengue Control : Gestion environnementale pour prévenir la propagation du vecteur. Disponible sur : http://www.who.int/denguecontrol/control_strategies/environmental_management/fr/ (consulté le 20 Aout 2014) 7 OMS. Dengue Control : Lutte chimique. Disponible sur : http://www.who.int/denguecontrol/control_strategies/chemical_control/fr/ (consulté le 20 Aout 2014) 8 Ministère de l Environnement (2002). Répertoire des principaux pesticides utilisés au Québec, Les Publications du Québec, Sainte-Foy, 476 p. Observatoire régional de la santé en Guyane 19 Aout 2014 6

Mode d action Le malathion (C10H19O6PS2) est un insecticide ou un acaricide organophosphoré utilisé pour lutter contre divers insectes et acariens sur une vaste gamme de plantes agricoles et horticoles, ainsi que pour lutter contre les moustiques, les mouches, les insectes de maison, les ectoparasites et, chez l'homme, contre les poux de tête et de corps. Recours au Malathion Le malathion peut constituer un moyen complémentaire de Lutte anti-vectorielle L expérience de La Réunion montre qu une situation épidémique explosive peut faire suite de manière imprévisible à une situation épidémique localisée apparemment maîtrisée 9. L efficacité des produits biocides contenant de la deltaméthrine utilisé aujourd hui (CAS n 52918-63-5) comme seule substance active adulticide est diminuée par la résistance d Aedes aegypti 10. En effet, des essais réalisés à l île de la Martinique ont montré que la deltaméthrine tuait moins de 50% des moustiques adultes issus de la population locale (Corriveau et al., 2003). Ces faibles taux de mortalité s expliquent par des résistances fortes de populations sauvages d Ae. aegypti aux pyréthrinoïdes (Mebrahtu et al., 1997 ; Brengues et al., 2003) 11. Mais dont l efficacité reste à prouver : L ANSES souligne que très peu de données récentes sont disponibles sur la Guyane. En l état, il est impossible de se prononcer sur l efficacité actuelle de cette molécule sur les populations d Ae. aegypti en Guyane 12. Les populations d Ae. aegypti de la Guyane sont pour la plupart résistantes au fénitrothion (insecticide organophosphoré très proche du malathion), mais à des niveaux moindres que pour la deltaméthrine. Des essais semi-opérationnels ont montré que la substance conservait une certaine efficacité sur le terrain. Le fénitrothion peut donc être considéré comme un substitut intéressant du point de vue de l efficacité pour les zones pour lesquels la deltaméthrine n est plus efficace. 9 DIREN La Réunion. Juin 2006. Rapport «Premier bilan sur les impacts des traitements anti-moustiques, dans le cadre de la lutte contre le chikungunya, sur les espèces et les milieux de l ile de la Réunion» Disponible sur : http://www.side.developpementdurable.gouv.fr/simclient/consultation/binaries/stream.asp?instance=exploitation&eidmpa=ifd_ficjoint _0000688 (consulté le 19 Aout 2014) 10 ANSES. Avis de l ANSES relatif aux substances actives biocides pouvant être utilisées dans le cadre de la prévention d une épidémie de chikungunya en Guyane. Saisine n 2014-SA-0060. 18 Mars 2014. 64 p. Disponible sur : https://www.anses.fr/sites/default/files/documents/bioc2014sa0060.pdf (consulté le 19 Aout 2014) 11 IRD. Insecticides larvicides et adulticides alternatifs pour les opérations de démoustication en France : Synthèse bibliographique., p.6 Disponible sur : http://www.observatoirepesticides.gouv.fr/upload/bibliotheque/243276630222695379378019036706/synthese_bibliographique_ird_2 0070312.pdf (consulté le 20 Aout 2014) 12 Ibid. p.11 Observatoire régional de la santé en Guyane 19 Aout 2014 7

Le manque de données récentes sur l efficacité du malathion ne permet pas de se prononcer sur l efficacité de cette substance sur les populations d Ae. aegypti en Guyane. D autre part, la résistance au fénitrothion n engendre pas nécessairement de résistance au malathion, les mécanismes de résistance étant différents. Aussi, les données d efficacité concernant le malathion sont trop parcellaires pour conclure quant à l intérêt de leur utilisation opérationnelle. Il est par conséquent urgent de réaliser des tests de résistance (bioessais), en particulier sur des populations d Aedes aegypti des principales communes du littoral. Réalisés rapidement, ces bioessais permettraient, à court terme, d évaluer l intérêt du recours à cette substance pour éventuellement réorienter les efforts de lutte anti-vectorielle. 13 Il peut être utile de rappeler que le recours aux substances adulticides n est qu un des outils de la lutte antivectorielle et d insister sur l importance des autres actions qui contribuent à diminuer la densité des populations de vecteurs : lutte mécanique, intensification de l usage des larvicides (Bti en particulier), mobilisation communautaire et promotion des mesures de protection personnelle antivectorielle (répulsifs, adaptation de l habitat) 14. Effets sur la santé et toxicité Chez les mammifères, le malathion est rapidement et efficacement absorbé par le tractus gastro-intestinal. Il est métabolisé et excrété promptement en grande partie par l urine. L absorption cutanée chez l humain est non négligeable et varie selon la zone corporelle. Le malathion présente une toxicité aiguë faible par les voies orale et cutanée et par inhalation. Les signes de toxicité aiguë concordent avec l inhibition de la ChE et sont, notamment des tremblements, des convulsions, une salivation excessive et une dyspnée. Le malaoxon (métabolite actif du malathion) a une toxicité aiguë élevée par la voie orale. Le malathion cause une irritation oculaire légère et une irritation cutanée peu sévère chez le lapin. Il n est pas un sensibilisant cutané chez le cobaye dans les conditions expérimentales. Il est peu toxique comparativement aux autres pesticides organophosphorés, mais il peut quand même être mortel si la dose d exposition est importante. L'exposition chronique au malathion peut conduire à une diminution cumulative de l'activité des cholinestérases à un niveau critique. Les effets rencontrés, outre l'inhibition de l'activité des cholinestérases étaient entre autres, une baisse de la survie et du gain de poids corporel, une augmentation de la consommation de nourriture, des changements dans les paramètres hématologiques, une augmentation de l activité de la γ-glutamyl transpeptidase, une augmentation du poids du foie, des reins, de la thyroïde et de la parathyroïde et enfin, une dégénérescence et une hyperplasie de l épithélium olfactif. Le malathion a été classé comme ayant une évidence suggestive de cancérogénicité même si celle-ci n est pas suffisante pour bien évaluer le potentiel de cancérogénicité du malathion chez l humain. 13 Ibid. p.56-57 14 Ibid. Observatoire régional de la santé en Guyane 19 Aout 2014 8

Les effets sur le développement sont possibles chez les fœtus des rats qui semblent plus sensibles que les mères. Le malathion n'affecte pas les paramètres de la reproduction. Il n'est ni génotoxique ni un perturbateur endocrinien 15. Liste des effets aigus : Inhibition des cholinestérases (nausées, vomissements, maux de tête, diarrhée, vertiges, faiblesse musculaire, sensation d'oppression thoracique, vision brouillée, myosis, larmoiement, hypersalivation, douleurs abdominales, fasciculation musculaire, dépression cardiorespiratoire, convulsions, coma et mort par arrêt cardiaque ou respiratoire). Les symptômes d'intoxication peuvent apparaître après un délai. Liste des effets chroniques : Animal (ingestion): inflammation et ulcération gastrique, perte de poids, dommages hépatique (dégénérescence) et rénal (dégénérescence). Risque pour l opérateur Le malathion est autorisé en tant que substance active phytopharmaceutique. Pour les usages phytopharmaceutiques, l évaluation a considéré des applications foliaires par pulvérisation, à raison de 1,2 kg/ha de malathion. Au vu des niveaux d expositions en LAV, même si les doses appliquées étaient du même ordre de grandeur que les doses recommandées par l OMS pour la LAV (2 à 6 fois plus faibles), un risque serait toujours identifié. Risque pour la population Au regard du manque d information sur les expositions au malathion et au fénitrothion lors d application par nébulisation à froid sur véhicule et par atomiseurs à dos ainsi que des résultats des évaluations réalisées dans le cadre de la réglementation des produits et substances phytopharmaceutiques, du rapport de l Afsset (2007) et des compléments apportés par l Anses, les risques ne peuvent pas être écartés pour les résidents. Aussi, dans le cas de l utilisation de ces deux substances, des mesures organisationnelles et techniques sont nécessaires pour limiter au maximum les expositions de cette population. 16 Les risques ne peuvent donc pas être exclus pour les opérateurs malgré le port d EPI (Equipement de protection individuel), ni pour les résidents. L utilisation de ces substances en intérieur doit être écartée. Dans le cas de leur utilisation en extérieur, des mesures organisationnelles et techniques (telles que l évacuation ou le confinement des personnes à l intérieur des habitations pendant le traitement) sont nécessaires pour limiter au maximum les expositions de la population. 15 SAGE pesticides. Effets toxiques des matières actives : Malathion. 2014. Disponible sur : http://www.sagepesticides.qc.ca/recherche/resultats.aspx?search=matiere&id=141 (consulté le 19 Aout 2014) 16 Ibid. p. 38 Observatoire régional de la santé en Guyane 19 Aout 2014 9

Pour finir, le malathion et le fénitrothion présentent des profils de toxicité similaires, avec une inhibition de l acéthylcholinestérase comme effet commun. Ces deux substances sont des sensibilisants cutanés. La deltaméthrine est particulièrement associée à des effets hépatiques et neurotoxiques. Parmi ces trois substances, le malathion présente un profil toxicologique plus favorable avec les valeurs toxicologiques de référence les plus élevées. 17 Impact environnemental La synthèse sur les propriétés de danger vis-à-vis de l environnement de la substance se base sur les conclusions de l EFSA pour l usage phytosanitaire de la substance malathion (2009). L évaluation de l usage phytosanitaire considère des applications foliaires par pulvérisation, à raison de 1,2 kg de malathion par hectare. Un risque élevé pour les organismes aquatiques a été identifié, et qui nécessite la mise en place de mesures de gestion limitant l exposition du compartiment aquatique (limitation de la dérive lors de la pulvérisation). Un risque très élevé a également été identifié pour les abeilles. Concernant les risques vis-à-vis des organismes du sol (ver de terre, arthropodes non-cibles), celui-ci a été considéré comme faible 18. Réglementation En l absence de demande d inscription à l Annexe I de la directive 98/8/CE, l usage de la substance active malathion, insecticide organophosphoré, n est plus autorisé dans l Union européenne en tant que biocide depuis le 21/08/2008. Mais l interdiction d emploi du malathion peut faire l objet d une dérogation au titre de l article 55 du règlement (UE) n 528/2012. Il est autorisé et utilisé en tant que produit phytosanitaire dans l agriculture et en tant qu antiparasitaire externe (pour détruire les poux et leurs œufs (lentes)) chez l homme. 17 Ibid. p.57 18 Ibid. p.47 Observatoire régional de la santé en Guyane 19 Aout 2014 10

Avis du HCSP Le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) vient préciser : les conditions d utilisation du malathion en Guyane ; les zones pouvant faire l objet de traitement et les mesures environnementales ; et les mesures de gestion supplémentaires et de surveillance ciblée en direction des opérateurs et de la population en lien avec l Anses et l InVS. Le HCSP a formulé des recommandations pour l emploi dérogatoire du malathion, pour la durée de 180 jours, en réponse à la demande du préfet de Guyane dans le courrier du 21 février 2014 adressé au Directeur général de la santé et au Directeur général de la prévention des risques, comme moyen complémentaire de lutte contre les moustiques adultes vecteurs du chikungunya. Il a inscrit ces recommandations dans une perspective stratégique résultant de la situation épidémiologique dans la zone Amérique. 19 Selon l OMS, lorsqu il est crucial de réduire rapidement la densité des vecteurs, des pulvérisations spatiales devraient être pratiquées idéalement tous les deux à trois jours sur une période de 10 jours. De nouvelles applications doivent ensuite être effectuées une à deux fois par semaine pour un effet prolongé sur la population de vecteurs adultes. Une surveillance entomologique et épidémiologique en continue doit être mise en place pour établir le calendrier d application adéquat et juger de l efficacité de la stratégie de lutte 20. Il spécifie que l emploi dérogatoire et pour une durée limitée du malathion dans ce contexte, aux doses d emploi recommandées par l OMS, soit 112 à 600 g/ha (Anses, 2014 ; OMS, 2003 ; OMS, 2006), doit s appliquer selon la mise en œuvre des mesures suivantes : - Dans le respect des conditions d aspersions à l extérieur et précautions à prendre - En garantissant la protection des personnels en véhicule léger ou à pied - En garantissant la protection de la population générale - En garantissant la protection de milieux sensibles concernant les aspersions extérieures - En respectant les produits et conditions de précaution pour la démoustication intérieure : L insecticide deltaméthrine sera utilisé dans les espaces clos (domiciles ou lieux accueillant le public) à titre exclusif. - Dans le respect des conditions de stockage et contrôle du produit employé - En Communiquant vers la population, les professionnels de santé et les associations (mobilisation communautaire, sensibilisation et comportements du public) 21 19 Ibid. p.2 20 OMS. Dengue Control : Lutte chimique. Disponible sur : http://www.who.int/denguecontrol/control_strategies/chemical_control/fr/ (consulté le 20 Aout 2014) 21 Ibid. p.3-7 Observatoire régional de la santé en Guyane 19 Aout 2014 11

Avis de l ANSES Les conclusions émanant de l ANSES quant à l utilisation du malathion en Guyane sont les suivantes : - Des tests de résistance (bioessais) au malathion et/ou au fénitrothion doivent être réalisés, en particulier sur des populations d Aedes aegypti des principales communes du littoral. - Mettre en place une surveillance du développement de résistance. - Adopter des méthodes de gestion intégrée telle que la combinaison de méthodes de lutte chimique physique et autres mesures d hygiène publique. - Une surveillance particulière de la santé des opérateurs doit être mise en place. - Des mesures doivent être prises pour éviter l exposition des populations lors des traitements (telles que des mesures d évacuation ou de confinement). - Selon le protocole d application, une surveillance de la population générale doit être envisagée en cas d exposition. - Ne pas traiter en présence de denrées alimentaires ni aux abords des marchés. - Eviter toute contamination des surfaces et ustensiles potentiellement en contact avec les denrées alimentaires. - Le cas échéant, renforcer les mesures de surveillance et de contrôle des denrées potentiellement contaminées à la suite du traitement de LAV (Lutte anti-vectorielle) afin de veiller au respect des LMRs actuellement en vigueur. - Limiter la dérive lors de la pulvérisation. - Eviter tout rejet vers la STEP. - Ne pas traiter par temps de vent (> 15km/h). - Ne pas traiter près des cours d eau. - Traiter en dehors des périodes d activité des abeilles, tôt le matin ou tard le soir. - Ne pas traiter à proximité des ruchers. - En cas d utilisation à grande échelle de produits à base de malathion ou de fénitrothion, un suivi post-application doit être mis en place pour mesurer l impact sur les organismes noncibles (abeilles, arthropodes ). - Des modèles d exposition adaptés à la LAV (Lutte anti-vectorielle) dans des zones tropicales doivent être développés. 22 22 Ibid. p.59 Observatoire régional de la santé en Guyane 19 Aout 2014 12

Bibliographie ARS Guyane. Programme de surveillance, d alerte et de gestion des épidémies (PSAGE) dengue en Guyane. Octobre 2010 ARS Guadeloupe. Programme de surveillance, d alerte et de gestion des épidémies de Dengue en Guadeloupe continentale et îles proches (PSAGE DENGUE). Disponible sur : http://opac.invs.sante.fr/doc_num.php?explnum_id=3517 (consulté le 19 Aout 2014) ARS Martinique. Programme de surveillance, d alerte et de gestion des épidémies de Dengue en Martinique (PSAGE DENGUE). Disponible sur : http://opac.invs.sante.fr/doc_num.php?explnum_id=3518 (consulté le 19 Aout 2014) Anses. Avis relatif aux substances actives biocides pouvant être utilisées dans le cadre de la prévention d'une épidémie de chikungunya en Guyane. 18 mars 2014. http://www.anses.fr/sites/default/files/documents/bioc2014sa0060.pdf (consulté le 19 Aout 2014) Conseil général de Guyane. 2012. Rapport «Détermination de l exposition externe à la deltaméthrine chez des opérateurs de lutte antivectorielle en Guyane» réalisé par la société CETHRA. DSDS, Direction de la santé et du développement social de la Guyane.. Rapport «Bilan des modalités d'utilisation du malathion en Guyane du 27 février au 27 juin 2009 et du fénitrothion en juillet 2009» Août 2009 (prévu par l arrêté du 27 février 2009 autorisant provisoirement la mise sur le marché et l utilisation du malathion en Guyane). DIREN La Réunion. Juin 2006. Rapport «Premier bilan sur les impacts des traitements antimoustiques, dans le cadre de la lutte contre le chikungunya, sur les espèces et les milieux de l ile de la Réunion» Disponible sur : http://www.side.developpementdurable.gouv.fr/simclient/consultation/binaries/stream.asp?instance=exploitation&eidmpa=ifd _FICJOINT_0000688 (consulté le 19 Aout 2014) IRD. Insecticides larvicides et adulticides alternatifs pour les opérations de démoustication en France : Synthèse bibliographique., p.6 Disponible sur : http://www.observatoirepesticides.gouv.fr/upload/bibliotheque/243276630222695379378019036706/synthese_bibliographi que_ird_20070312.pdf (consulté le 20 Aout 2014) LEGIFRANCE. Arrêté du 5 août 2014 autorisant par dérogation la mise à disposition sur le marché et l'utilisation du malathion en Guyane pour une période de 180 jours. Disponible sur : http://www.legifrance.gouv.fr/affichtexte.do?cidtexte=jorftext000029358124 (consulté le 20 Aout 2014) OMS. 2003. Space spray application of insecticides for vector and public health control, a practitioner s guide. WHO/CDS/WHOPES/GCDPP/2003.5. Disponible sur : http://whqlibdoc.who.int/hq/2003/who_cds_whopes_gcdpp_2003.5.pdf (consulté le 19 Aout 2014) Observatoire régional de la santé en Guyane 19 Aout 2014 13