Marion Guillaumont Rapport de fin de séjour Bourse Explora Sup Echange Universitaire Istanbul, Turquie Septembre 2013 Janvier 2014 Mon séjour à l étranger s est déroulé dans le cadre d un échange universitaire entre mon université française et Bilgi University à Istanbul. Partir en Turquie était l occasion de concilier différentes aspirations. Premièrement, mon intérêt pour le Moyen Orient, sa complexité et sa diversité m ont orientée vers la Turquie. Ensuite, alors que mon projet professionnel s inscrit dans les diverses relations entre l Union Européenne et les pays méditerranéens et du Moyen Orient, il m a semblé intéressant et pertinent de choisir un pays inclus dans cet espace géographique, et de surcroit candidat à l entrée dans l UE. Je suis donc partie de septembre 2013 à janvier 2014 en échange au sein de Bilgi University. Cette expérience est certainement l une des plus enrichissantes qu il m ait été donné de vivre (pour le moment!), même si elle ne fut pas de tout repos au début. C est donc munie de quelques attentes et pressentiments que j ai choisi la Turquie comme pays d accueil. Et je dois dire que je n ai regretté ce choix à aucun moment. 1. Vie pratique 1.1 Logement Si vous vous y prenez à l avance, l université propose des dortoirs non mixtes plus ou moins dans le centre d Istanbul. Pour ma part, je souhaitais m installer en colocation. Je suis donc arrivée début septembre à Istanbul sans n avoir rien prévu au préalable, excepté une réservation en auberge de jeunesse. Après avoir visité le premier jour les quartiers où se trouvaient majoritairement la plupart des annonces immobilières (Besiktas, Cihangir, Ortakoy, Taksim, Karakoy), j ai débuté mes recherches de colocations sur le fameux site de Craiglist. Je me rendis rapidement compte du nombre très important d étudiants internationaux qui étaient, tout comme moi, à la recherche d un logement à Istanbul. Les demande et offre d appartement n étaient pas équilibrés. La plupart des personnes cherchant un colocataire ne répondait souvent pas aux mails, ou bien faisait visiter à une dizaine de 1
personnes. Après plusieurs jours de recherches, de mails envoyés et de visites d appartements qui ne me satisfaisaient pas (il existe par exemple beaucoup d appartements en sous-sol à Istanbul), je commençais à perdre espoir. Je me suis alors finalement «jetée» sur la première occasion «potable» : un appartement à Sisli-Mecidiekoy (à deux arrêts de métro de Taksim) avec deux colocataires turques et à un loyer assez raisonnable (environ 250 ). Croyant pouvoir m habituer avec le temps à cette nouvelle chambre sans fenêtre et extrêmement étroite, j ai finalement décidé au bout de quelques semaines de changer de logement. L absence de bail ou de contrat à Istanbul présente des avantages mais également des inconvénients. Les deux étudiantes ont par exemple refusé de me rendre ma caution. Je me suis donc remise à la recherche d une colocation début octobre. Cela fut beaucoup plus simple que mes recherches de début septembre car à cette période, la plupart des étudiants internationaux avaient déjà trouvé un logement. Les propriétaires ou locataires cherchant un nouveau colocataire étaient plus disponibles et la plupart des offres plus attrayantes. Après quelques visites, je me suis installée dans un nouvel appartement dans le quartier de Cihangir avec de nouveaux deux étudiantes turques. Le loyer était plus élevé (330 sans compter les charges) mais l appartement était idéalement placé. A cinq minutes à pied de Taksim et de l Istiklal, le quartier de Cihangir est à la fois vivant, calme et reposant (contrairement à l agitation constante de l Istiklal). Aucune caution ne m a été demandée pour cet appartement. Cependant, il est important de noter que les charges en Turquie sont assez élevées, surtout en hiver car le chauffage coûte très cher. Rajoutez entre 30 et 70 euros de charge par personne selon le mois. Mes principaux conseils concernant les recherches d appartement à Istanbul : premièrement s y prendre à l avance si possible. Certaines de mes connaissances ont cherché un logement avant de venir et ont rencontré leur(s) potentiel(s) futur(s) colocataire(s) sur skype. Deuxièmement : ne pas se précipiter. A mon avis, mieux vaut rester une nuit de plus dans une auberge de jeunesse et continuer les recherches de logement plutôt que de se précipiter sur le premier appartement potable, et comme moi, le regretter ensuite. 1.2 Argent Il y a peu de problèmes concernant l argent en Turquie. Vous trouverez des distributeurs à chaque coin de rue (du moins dans les quartiers plus «européanisés»).vous pouvez payer en carte bancaire dans de nombreux endroits, même pour des petites sommes. Le Lira turc est actuellement en train de se dévaluer. Lors de mon arrivée il valait environ 2.5 euros, alors 2
qu à mon départ il en valait 3.2. En général la vie est moins chère qu en France, pour tout ce qui s agit des transports (taxi, métro, tram ), restaurants, bars, supermarchés... Néanmoins, certains produits restent plus chers qu en France (notamment le fromage, certaines viandes ). 1.3 Santé Vous trouverez des pharmacies à tous les coins de rues. Il y a également des médecins et beaucoup d hôpitaux publics et surtout privés. M étant tordue la cheville lors de mon séjour à Istanbul, je me suis rendue à l hôpital le plus proche, qui était privé. Pour ce qui est des hôpitaux privés, il est impératif de se présenter muni d un justificatif de prise en charge et de remboursement par votre sécurité sociale, car sinon ils ne vous soigneront pas. Autre conseil : si vous devez vous rendre à l hôpital, pensez à regarder avant quels sont les hôpitaux en partenariat avec votre sécurité sociale ou votre assurance à l étranger. Si vous vous rendez dans un hôpital hors partenariat, vous devrez alors avancer les frais d hôpitaux, qui sont très élevés, et vous faire rembourser plus tard par votre sécurité sociale ou assurance. 1.4 Télécommunications Internet est très facile d accès à Istanbul, que ce soit dans les appartements, bars, cafés ou autres. En ce qui concerne le téléphone portable, le système truc fonctionne par carte rechargeable plus que par le biais d un forfait. Se procurer un téléphone n est pas une mince affaire! Certains vendeurs dans les magasins de téléphonie mobile ne parlent pas anglais. La première option est d acheter une puce turque ainsi qu un portable turc dans une agence de téléphonie (Turkcell, Avea ou Vodaphone). Le prix d un mobile bas de gamme reste tout de même relativement élevé (environ 50 euros). N oubliez pas d emmener lors de cet achat votre passeport. La seconde option consiste à acheter une puce turque à insérer dans votre téléphone français. Il est alors impératif de faire débloquer votre portable dans un magasin, puis de le faire enregistrer. Si cela n est pas effectué dans le mois suivant votre arrivée, votre portable français se retrouvera bloqué. 1.5 Vie universitaire 3
Des journées d orientation sont organisées pour les Erasmus en début de semestre afin de vous faire découvrir le campus et la ville. Tout au long du semestre des soirées et des voyages sont organisés. Il existe également de nombreux clubs étudiants (sportifs, culturels, politiques) même s il est parfois difficile de trouver des informations les concernant ou de les contacter. En ce qui concerne les procédures administratives, elles restent tout autant compliquées qu en France. Lors des inscriptions, il est préférable de s armer de patience, particulièrement au moment du choix des cours. Ces derniers ont d abord lieu sur Internet par le biais d une interface. Pour certains cours vous devez préalablement avoir l autorisation du professeur en charge. Le choix des cours doit ensuite être validé par le coordinateur Erasmus de votre dossier. A l Université de Bilgi, la communauté étudiante apparaît divisée entre étudiants fortunés et étudiants boursiers. Alors que ces derniers assistent assidument aux cours, les étudiants les moins motivés ne se déplacent pas jusqu à l université, persuadés d avoir automatiquement obtenu leurs diplômes en payant leurs frais d inscription. Ce clivage économique et culturel se traduit également par une ambivalence dans la pédagogie de l institution et influence la manière dont les professeurs dispensent leurs cours. Durant les cours supposés être enseignés en anglais, un nombre élevé d étudiants turcs daignant se rendre en cours ne fait aucun effort pour comprendre et parler la langue internationale. Par conséquent, il apparaît fréquent que les professeurs se résignent à traduire les explications en turc. De la même façon, les étudiants n hésitent pas à poser directement leurs questions en turc. Les professeurs sont ainsi contraints d abord de traduire ces questions en anglais, puis d y répondre successivement dans les deux langues. De plus, les professeurs se retrouvent parfois contraints de simplifier leurs leçons afin de rester accessibles à cette communauté d élèves fortunés. Finalement, cette dévalorisation volontaire du contenu académique se fait au détriment des étudiants brillants et des enseignants qui doivent parfois réprimer leurs connaissances et leurs soifs d instruire afin de rester à la portée de la classe entière. L avantage de cette situation pout les étudiants s investissant un minimum se retrouve dans des relations plus «sympathiques» s instaurant entre ces étudiants et les professeurs. 1.6 Vie quotidienne Istanbul est une ville cosmopolite et hétérogène. J ai passé la plupart de mon temps sur la rive européenne et particulièrement dans les quartiers européanisés (Beyoglu, Besiktas, Ortakoy). Dans cette partie la plus animée de la ville, on aperçoit peu de filles voilées et les 4
rues le soir sont en général sures et peu dangereuses (évidemment il peut y avoir des exceptions). Dans ces quartiers, et particulièrement à Beyoglu (où se trouve Taksim), on a l impression que la vie ne s arrête jamais. Alors que les administrations connaissent à peu près les mêmes horaires d ouverture qu en France, les magasins et les supermarchés restent parfois ouverts jusqu à 22h. A toute heure du jour et de la nuit, des petites alimentations sont ouvertes, de même que des vendeurs de dorums dans leurs échoppes, ou de riz et de moules dans la rue. Bars, restaurants et boites de nuit ferment souvent très tard et ouvrent leurs portes du lundi au dimanche. De plus, la patience est une qualité indispensable lorsque l on désire se déplacer dans Istanbul. Taxis respectant rarement le code de la route, bus, dolmus (taxis collectifs sous forme de petites fourgonnettes), scooters en sens interdit, tout cela forme un joyeux concert qui participe aux embouteillages interminables et aux concerts de klaxons. Il est parfois plus judicieux de marcher plutôt que de se déplacer en transport en commun. Il existe également le métro, mais les lignes sont insuffisantes pour désencombrer les routes stambouliotes. Outre ces problèmes de transport, le quotidien turc peut être qualifié d improvisé et d inopiné. Les horaires de bus sont inexistants, les travaux de construction ont régulièrement lieu la nuit, les colis que vous recevrez ne franchiront jamais (sauf exception) le seuil de porte, l anticipation du temps passé dans un taxi est impossible, la plupart des rues ne sont pas nommées, ce qui rend souvent l utilisation d un plan inutile. Chaque journée est accompagnée de son lot d imprévus. Alors que cette vie animée présente de nombreux avantages, l agitation continuelle, surtout autour de Taksim, nécessite parfois des moments de calme et de repos. Cependant, les parcs et espaces verts se font rares dans Istanbul, et les footings peuvent être bannis de votre séjour Erasmus. Il existe cependant des salles de sport (prix relativement élevés) mais l université de Bilgi propose des prix bien plus raisonnables à ses étudiants pour s entrainer dans la salle de musculation et la piscine de l université. En ce qui concerne la nourriture, évidemment lardons, saucissons et autres produits à base de porcs sont à bannir. Même si dans les premiers temps la cuisine turque vous fait oublier vos habitudes alimentaires françaises, à la longue les plats à base de mouton et de poulet commencent à devenir lassants. Concernant les températures, Istanbul bénéficie d un climat plutôt tempéré. Suite à un automne assez doux, accompagné de quelques rares jours de pluie, l hiver est resté relativement clément. Excepté deux jours de neige qui ont néanmoins suffi à faire fermer l université, les températures les plus froides furent enregistrer fin janvier (entre 3 et 5 C). Alors que certains détails m avaient troublée durant les premières semaines passées à Istanbul, ces derniers ont finalement rapidement constitué une part ordinaire de mon 5
quotidien : les chants des muezzins cinq fois par jour, les meutes de chats s invitant dans les magasins, les cafés, l université, ou encore des groupes de policiers postés tous les cent mètres le long de l Istiklal prêts à intervenir en cas de manifestation de la part des citoyens turcs. L ambivalence entre une société turque plutôt libérale et des réactions étatiques de plus en plus autoritaires est parfois étonnante. L omniprésence d Atatürk, fondateur de la république Turque, est également déroutante. De l alimentation générale de quartier, au bureau de poste, en passant par les drapeaux le représentant, accrochés aux fenêtres, chaque bâtiment exhibe un ou plusieurs portrait(s) du «père de la Turquie». Enfin, le mélange de modernité et de tradition qui caractérise la ville est plus qu étonnant. 2. Bilan et suggestions Cette expérience fut pour moi très enrichissante. Elle m a permis de gagner davantage en indépendance et en autonomie. Confrontée à des situations qui m étaient inconnues auparavant en France, il a fallu s adapter dans un milieu inconnu et différent de ma société. Après une courte phase d adaptation au début de mon séjour, il ne restait plus qu à profiter de cette merveilleuse ville, de ses terrasses remplies de baggamons, des rives du Bosphore, de l architecture ottomane La richesse des rencontres fut également un point plus que positif de mon séjour. L ambiance Erasmus permet de rencontrer des étrangers en échanges universitaires ayant la même envie de profiter de leur séjour. Alors que les Turcs sont très accueillants et sont prêts à vous aider même s ils ne parlent pas un mot d anglais, il est difficile de vraiment rencontrer des Turcs en tant qu étudiant Erasmus. La plupart du temps les étudiants de Bilgi ne s intéressent pas aux étudiants internationaux. Bien sûr il existe des exceptions : j ai rencontré deux étudiants turcs à Bilgi qui nous ont fait découvrir Istanbul et qui nous ont aidés pour divers problèmes du quotidien. De plus, cette expérience ma permis d en apprendre un peu plus sur la culture turque, ainsi que sur leur façon de vivre au quotidien. J ai ainsi pu mieux comprendre les revendications actuelles des citoyens, les différents points de vue sur l Union Européenne, les relations changeantes avec les pays du Moyen Orient Les cours à Bilgi m ont également permis d améliorer mon anglais. Concernant mes projets professionnels, je dirais que cette expérience ne les a pas fait évoluer mais plutôt conforter. Ayant eu l occasion de voyager dans le reste de la Turquie (en Cappadoce), ainsi qu en Israël et Jordanie, cette expérience n a fait que conforter mon désir de travailler sur les relations entre l Union Européenne et les pays du sud de la Méditerranée et du Moyen Orient. 6
La principale difficulté que j ai rencontrée lors de cette expérience reste, comme je l expliquais précédemment, la recherche de logement. Pour pallier ce problème, je conseille aux futurs étudiants qui seraient tentés de partir à Istanbul, de chercher un logement sur les sites internet antérieurement à leur départ. Il est possible de prendre contact avec les personnes intéressées par un colocataire par mail ou par skype, ce qui rendra l arrivée bien moins stressante. Un autre conseil que je pourrais donner aux étudiants intéressés par cette destination est de travailler avant afin de pouvoir profiter un maximum et de se permettre de visiter la Turquie ainsi que les pays avoisinants. Les voyages au sein de la Turquie reviennent relativement peu chers si on s y prend bien (bus de nuit ou vols internes). Pour ce qui est des destinations tels que les pays du Moyen Orient, les billets d avion sont moins chers qu en partant de France. Certains étudiants profitent également de leur séjour à Istanbul pour voyager dans les pays de l Est de l Europe. Au début de mon séjour, je suis entrée en contact avec quelques unes de mes connaissances qui avaient fait un échange universitaire à Istanbul pour leur demander essentiellement des informations concernant les logements, des avis sur les quartiers, etc En ce qui concerne mon établissement d origine, à part les papiers d informations sur les procédures d obtention de Bourse, je n ai pas eu d autres informations. Je tiens d ailleurs à remercier l IEP de Grenoble pour m avoir donné la possibilité d effectuer cet échange, ainsi que le service des Relations Internationales, qui a toujours été disponible et efficace tout au long du semestre à l étranger. Enfin je remercie la Région Rhône-Alpes qui a contribué à une partie de mon financement durant cette période. Cette aide financière constitue une réelle opportunité pour s ouvrir à l international et sur les autres. 7