Amagney dans la tourmente 1939-1945 Notre maison au bord de la route (automne 1934) Lucien dans sa petite auto (il avait 4 ans). Cette guerre emporta six Magnoulots : L auto a brûlé le 30 août 1944. (Georgette Valot) Quatre noms sont inscrits sur le monument aux morts d Amagney : Henri Emile Denizot du 60 e RI, mort à l Isle Adam (95) le 12 juin 1940. Louis Camille Prétet du 8 e LG mort le 16 juin 1940 à Lons le Saunier, tous deux quelques jours avant l armistice signé par le Maréchal Pétain. André Ulysse Marie Bouvot de la 280 e Batterie de défense aérienne, mort à Besançon le 18 août 1942. Maurice Camille Lucien Marie Lelong du 44è RI, mort le 06 février 1944, prisonnier à Sankt Pölten en Autriche. Ce conflit est très présent à Amagney, que traversent aux Longeaux et à la Malmaison, les convois militaires au fur et à mesure que les Allemands avancent. Après une résistance farouche, les ennemis de la France, peu à peu délivrée, sont en déroute.
Voici ce qu écrit, à ce sujet, Madame Jocelyne Courbet pour le «Magnoulot» de 1994: «La date du 6 juin reste gravée dans la mémoire des Français qui l ont vécue dans l interrogation, l angoisse et l espoir. A l intérieur des côtes, la nouvelle fait écho, minimisée par les postes de TSF sous contrôle allemand : «Quelques unités amphibies ont tenté un débarquement» Radio Londres parle d une autre voix : «Une puissante armada de bateaux jamais rassemblés a débarqué d importantes forces armées» «L aviation a la maîtrise totale du ciel» Certains signes ne trompent pas. Les forces françaises intérieures indispensables à la progression des Alliés endommagent les voies de communication paralysant ainsi les renforts ennemis. Le message a été entendu :
«Tous les Français libres continuent le combat là où ils sont, comme ils le peuvent.» L ennemi recule, les dates de libération se succèdent. Après la Normandie, la Bretagne, puis Paris, le 25 août est libéré. Le débarquement en Provence, le 15 août, presse un peu plus les Allemands vers l est. L ennemi en déroute n a plus rien à perdre. Au cours de certaines traversées de villes ou de villages, le désarroi le pousse à radicaliser l horreur. Le 10 août, dans le Limousin, la vie quotidienne est interrompue dans le cauchemar puis dans les cendres. A Amagney, les colonnes de repli se succèdent traversant la Malmaison, puis les Longeaux. Les habitants des hameaux traversés par la nationale sont le plus souvent inquiétés par les passages d Allemands que les habitants d Amagney, village à l écart du trafic. Sur la photo, ci-dessus, la maison Valot. Le logement de gauche, c est la famille Isabelle qui l occupe. Aujourd hui, la mémoire collective nous rappelle certains actes, certaines De gauche à droite Camille Valot, à côté Pépé Oudet, assis Gustave Valot, debout derrière Lucie anecdotes. valot. On voit Les une tête, souvenirs c est Georgette. sont chargés A côté, c est d émotion Yvonne Nédet, debout Marguerite Valot, à côté Marcel Nédet, debout à côté Albert Valot. (Georgette Valot)
Août 44 En cette fin d été, le village vit au rythme de ces contraintes et des nouvelles Pour réprimer des tirs de résistants, les Allemands brûlent Séchin, et fusillent sept villageois. L abbé Gardet, alors curé d Amagney, se souvient encore de l arrestation d un Allemand par les FFI. Il transportait, dans une valise, une importante somme d argent. L abbé a servi de témoin lors du comptage des billets. La somme a été ensuite attribuée à la résistance. Pendant une halte, un officier allemand s étonne de voir les maisons désertes à la Malmaison ; il craint un piège de la résistance. Monsieur Keller lui explique la situation : «La plupart des gens, inquiets des mouvements de troupes permanents, se sont réfugiés dans leur famille à Amagney...» La réponse semble lui convenir. La colonne démarre Les enfants sont encore en vacances. Dans quelques jours, Madame Keller et Mademoiselle Puré les attendront devant leurs classes. Gison, Jacques, Lucien, Denise et tous les autres.
Personne ne sait quand la guerre sera finie. Hubert Bouvot se souvient également : Un résistant en regagnant Marchaux nous a mis en alerte : «Il faut évacuer les Longeaux. En traversant les villages, les Allemands brûlent les maisons.» Sans autre explication, chacun a diffusé la nouvelle. Eugène Biétrix, le maire demande à tous une aide pour accéder le repli. Une vingtaine de personnes sont concernées. Georgette Valot et son fils Lucien sont depuis plusieurs jours chez «la tante Marie». Dans sa ferme, aux Longeaux, Emile Ruffieux, le chef de famille a du mal à obtempérer. En essayant de le convaincre, chacun prépare son paquetage. Un peu plus loin, la même fébrilité règne chez Henri Oudet et à deux pas de là chez François. «1944 : Les ruines de notre maison, côté Nord. On voit la fontaine au bord de la route, brûlée par les Allemands, le 30 août 1944. Le toit qui reste, c est la maison de la Milie. Dans le pâté de maisons, il y avait cinq propriétaires. Albert avait sa cuisine, une remise, une cave et un petit grenier.» (Georgette Valot.) Les enfants sont l objet des dernières recommandations.
«Je me souviens très bien, dit aujourd hui Denise Oudet, on nous avait confié la mère Adeline à mon frère Marc et à moi.» «Filez jusqu à Amagney et aidez- la. Faites attention qu elle ne trébuche pas». «La Georgette balaie la vieille cuisine en 1945 : un peu d Hermès.» (Georgette Valot) On l a surveillée, on l a tenue, elle a trébuché mais elle n est pas tombée. Heureusement! C était à cause du sac qu elle tenait fermé et qui la gênait pour marcher. Elle n a pas voulu nous le donner. A hauteur des sapins, je n y ai plus tenu, je lui ai demandé : «Mais qu est-ce qu il y a dans ce sac?» Elle s est retournée, elle nous a regardés : Oh! Qu elle était vieille, cette mère Adeline! Mais on l avait toujours vue vieille Elle a répondu : «Ma poule!». Et nous avons continué. Il ne s est rien passé le lendemain ; plusieurs personnes sont retournées récupérer leurs affaires. Le surlendemain, des troupes allemandes ont été la cible des résistants qui leur ont tiré dessus depuis le «Saint Martin.»
Excédées, elles s arrêtent aux Longeaux Dessous et commencent à tirer. «1944 : le 30 août. Notre cuisine côté Nord. On voit la fenêtre et la barrière du petit jardin à côté. Les prés que l on voit, c est les champs Lamand et le bois de Deluz.» (Georgette Valot) Monsieur Ruffieux sort. Comprenant vite son erreur, il se cache dans les râteliers. Les grenades incendiaires précipitent sa fuite. Fuyant les balles et les flammes, il se réfugie alors entre deux tas de fumier. Autour de lui, la plupart des maisons brûlent. Dans la panique et la précipitation, Emilie Blanc a été oubliée, seule dans sa masure. Les Allemands n ont pas imaginé que cette cabane pouvait être habitée. C est la deuxième rescapée de l incendie. La maison de Monsieur et Madame Rosier (le café-restaurant le Merylou) fut épargnée.
Cet incendie ne provoque aucune étape, la cavale se poursuit. La progression des alliés continue et les passages incessants sont porteurs d espoir. Les chars alternent avec les camions. «Brûlée le 30 août 1944. La cheminée qui reste est celle de notre chambre à coucher qui a été bâtie en 1923. Derrière la maison, côté chemin neuf, c est la chambre où le Lucien est venu au monde, le 23 août 1930.» (Georgette Valot) A Baume, les Allemands sont pris au piège jusqu à l arrivée des fantassins de la DI américaine. Début novembre, les fameux Tabors marocains montent percer les derniers fronts allemands. Montbéliard, Belfort puis, en Alsace, Colmar et Strasbourg sont libérées. Les drapeaux français se hissent à nouveau! L ennemi repasse le Rhin Aux Longeaux, les habitations sont peu à peu reconstruites, mais le manque de matériaux fait durer les travaux jusqu en 1951 Cet épisode douloureux dans l histoire de notre village lui a valu l attribution de la croix de guerre avec l étoile de bronze le 12 juillet 1949. Cette distinction est aujourd hui visible en mairie.»