HISTOIRE D UNE COMMANDE «IMAGO PIETATIS» LES PROCEDES DE REPRODUCTION 1) Reproduction, réduction, agrandissement des sculptures en occident depuis la Grèce antique. Ve siècle av JC. On partage la sculpture en 3 parties d égale valeur : -Fusoria, la fonte - Plastica, la terre -Sculptura, la taille Modèles d argile pour le Parthénon, Olympie ; traces d instruments de mise-aux- points sur les marbres. Moyen-âge : on ne dit plus «sculpteur» mais «imagier» ou «tailleur d image», On fonctionne par corporations, les corps de métier se succèdent pour l élaboration d une sculpture; On crée surtout des bas-reliefs à un seul point de vue inclus dans l architecture. XVe siècle en Italie notion nouvelle des 3 dimensions avec Brunelleschi, Donatello. La sculpture s affranchit des supports, part dans l espace. XVIe Vasari codifie le processus créateur : étude dessinée, petit modèle en terre, plâtre, cire ; agrandissement, modèle servant de support pour la pierre ou le bronze. Alberti décrit des machines de mises- aux- points très proches des modernes. Traité de Cellini: la sculpture doit avoir 8 points de vues ; méthodes de mise- aux- points. Le sculpteur prend en charge l œuvre depuis l idée créative jusqu à la sculpture définitive. C est un travail très dur, il revendique une reconnaissance sociale. (Michel-Ange) Les sculpteurs vont peu à peu se libérer d une étape, ils deviennent artistes-créateurs qui modèlent leurs œuvres, l exécutent en terre crue avant la taille de pierre ou la fonte qu ils laissent aux praticiens. En 1648 l Académie royale est créée, des artisans deviennent artistes. En 1716 les règles sur les droits d auteurs sont établies, et au milieu du XVIIIe siècle création de l école royale et du Prix de Rome. Falconet dira que l acte de création est tout entier dans le modèle en argile. Fin XVIIIe siècle, Bouchardon est encore artisan, il fait tout, mais cela devient rare. On commence à conserver les modèles en terre ou plâtre au lieu de les détruire. Canova, vers la fin de sa vie, a beaucoup de commandes, il réalise le modèle d argile puis intervient pour la touche finale, ce qui peut être très long, mais l utilisation de la mise aux points par ses praticiens explique la froideur de ses sculptures. XIXe siècle : système de reproductions mécaniques démesurées, production pour le commerce, réductions commerciales, qualité inégale, appauvrissement. Rodin, à la charnière des deux siècles, modeleur par excellence, aura beaucoup recours aux procédés mécaniques des praticiens sans les surveiller mais ses formes irradient de l intérieur, heureusement. 1
Au XXe siècle, on a tendance à rejeter les procédés d agrandissement ; Les matériaux et les techniques se diversifient, ils permettent d occuper l espace d une nouvelle manière ; On retrouve l esprit d accompagnement de l œuvre depuis la conception jusqu à l aboutissement, chez Brancusi, Giacometti, Moore, ou Stahly, (même si ces deux derniers passent par Carrare). «Le sculpteur se représente mentalement une forme complexe sous tous les angles, s identifie à son centre de gravité, sa masse, son poids» Henry Moore. Diversité dans l approche des volumes, éclatement, impossibilité d étreindre le Monde qui est devenu insaisissable. L époque permet les fragments qui deviennent œuvre finie. XXIe siècle : distance avec l artiste du XXe qui fait tout, emploi des procédés technologiques. 2) Reproduction : LES PROCEDES La méthode de la «mise- aux- points» Des points sont reportés depuis le modèle vers le bloc de pierre en s appuyant sur 3 points immobiles Elle remonte à l antiquité. Grèce et Rome : report des points du modèle en terre sur le marbre. Au XVè siècle, la notion de sculpture multifaciale se développe. Alberti dans son traité «de statua» décrit des machines de mises aux points très proches des modernes. Au XVIè, Cellini développe cette méthode. Elle perdure jusqu à nos jours. Machine a mettre aux points 2
La méthode des baguettes de Léonard de Vinci. Léonard se penche sur la question pour aider le créateur à s affranchir du dur travail de reproduction en le déléguant. Il s agit de placer le modèle dans une boite, de prendre des mesures à l aide de baguettes, de placer le bloc dans cette même boite en se servant des repaires tracés sur les baguettes. La méthode du châssis. On place un châssis au-dessus du modèle, on y suspend des fils à plomb ; les repaires qu ils indiquent sont complétés par des mesures aux compas ; Elle remplace la méthode «au carré» jugée trop faible ; c est néanmoins celle qu sera utilisée pour l agrandissement de la statue de la Liberté de Bartholdi. La méthode des compas qui consiste à mesurer et reporter à l aide de compas peut aussi s utiliser seule ; Moins précise ; mais elle permet l agrandissement ou la réduction Michel -Ange taillait le marbre dans une bassine d eau pour garder un repaire horizontal en permanence. Mise-aux-points avec châssis et compas 3
Le Pantographe des sculpteurs. Il date du XVIIè siècle On supprime mécaniquement de la matière dans la terre, le plâtre mou, le polystyrène pour obtenir une surface semblable à une surface donnée. La sculpture reproduite, réduite ou agrandie, peut être le modèle pour la pierre, être moulée pour un bronze ou avoir valeur d œuvre définitive (Miro) Agrandissement au pantographe d une œuvre de Juan Miro de 12cm à 30cm puis 90cm 4
Le numérique. Nouvelles techniques d agrandissement par numérisation qui préservent le modèle et permettent l agrandissement de 1 à 20 sans étape intermédiaire et rapidement. Tout peut être scanné, sculptures, objets, modèles vivants. On choisit le matériau dans lequel il sera reproduit (agrandi /réduit). Polystyrène dense, mousse de polyuréthane, plâtre, cire, bois, résines. Les informations numériques guident le fraisage d un bloc grignoté par une mèche.. Imago Pietatis- Agnès Bracquemond Agrandissement numérique, reprise à la terre, bronze 1/8 (fonderie Susse) On peut aussi demander une reproduction dégrossie au fil chaud ou reproduire en prototypage 3D par couches de plâtre superposées. Les sculpteurs du XXIe siècle sont attirés par ces nouvelles techniques : découpe des plans à la façon cubiste, ou précision extrême dans le polyuréthane ne nécessitant pas de retouche. Danger d occuper l espace facilement en négligeant l intensité de la forme. Danger de rompre la chaîne manuelle qui éclaire le chemin de la sculpture. 5
3) Reproduction : les métamorphoses d une sculpture Une sculpture est souvent destinée à être soumise à différentes «épreuves» ; la transposition mécanique est une chose brutale. Transformation d une sculpture : Par le changement des matériaux Passage de la terre au polystyrène, du polystyrène à la cire, de la cire au bronze. Cela peut aussi être de la terre qui est souple et grasse, au plâtre qui est dur et sec au marbre lumineux. Ces matériaux, par leur consistance et leur couleur, ont différentes manières de réagir à la lumière. Passage du blanc de la terre au blanc du polystyrène, au noir luisant de la cire, à la transparence de la patine du bronze. Le bronze révèle les subtilités du matériau d origine. Passage par l humide, le cuit, le sec, le chaud Par le changement de taille Tous les rapports entre lumière et ombre s en trouvent changés, ce qui modifie du même coup l effet spatial de l œuvre et l aura de spiritualité qui lui est propre. Il y a déplacement complet de toutes les valeurs. 4) Reproduction : l exemple de la statue de «la Liberté éclairant le monde» d Auguste Bartholdi Message politique, intérêt artistique, et prouesse technologique. 1875 : modèle en terre cuite, H : 1,20 m 3 années de travail, puis modèle de 2,77m, au 1/16è, de la statue définitive. 6
Ce modèle a été agrandi 4fois, sans doute à la mise aux points. On a obtenu un modèle au quart de 8,50 m, l œil peut encore embrasser l ensemble. Puis on a employé la méthode par carreaux : Ce modèle ¼ une fois revu et remodelé par l artiste a été divisé en sections sur un socle carré 4 fois plus grand. Les aplombs verticaux ont été repérés sur des fils à plomb, et des points fixés à l œil sur des lignes horizontales de distance en distance. Cela a donné des sections agrandies 4 fois, en plâtre, assemblées sur une carcasse de bois. Vérification de chaque mesure et finition du modelé. Des moules en bois dur ont été taillés d après des relevés sur ce modèle pour donner a des plaques de cuivre la forme voulue. Elles ont été rivetées ou soudées autour d une armature métallique d Eiffel et Koechlin. En 2010, une édition en bronze du modèle au 1/16è en plâtre peint de la statue a été commandée à la fonderie Susse. Afin de ne pas toucher au modèle, une épreuve a été réalisée par numérisation avant moulage puis fonte à cire perdue. Chaque épreuve est numérotée de 1 à 8 et I à IV, soit 12 exemplaires possibles, comme pour tout bronze édité. La liberté éclairant le monde, bronze /8 Après dorure de la flamme et du diadème a la feuille Fonderie Susse à Arcueil 7