Fiche sur les capteurs de courant à zéro de flux (application de l effet Hall et des systèmes asservis) Bibliographie. «Les capteurs en instrumentation industrielle», G. Asch & collaborateurs, DUNOD «Capteurs de courant et de tension», notice du fabricant L.E.M. Les explications de Michel Lavabre qui hélas est parti en retraite Le capteur à effet Hall. Le capteur à effet Hall permet de récupérer une image du flux magnétique qui traverse un barreau semiconducteur. Nous allons voir que l on peut l utiliser pour réaliser un capteur de courant (système qui délivre une tension proportionnelle au courant à observer). I.1. Structure de base. En simplifiant, on peut réaliser un capteur à effet Hall de la façon suivante : On distingue un barreau de semi conducteur sur lequel arrivent quatre électrodes reliées à des plaques métalliques. On fait passer un courant I entre les deux électrodes longitudinales. Nous allons chercher à comprendre ce qui se passe lorsque l ensemble est plongé dans le champ d induction magnétique B orienté comme sur la figure. rq : la zone utile de semi conducteur est d épaisseur e, de hauteur h et de longueur L. On peut par ailleurs définir la section S du canal conducteur par S = e.h. I. 2. Principe de fonctionnement. Nous allons commencer par faire une représentation du système dans le plan Oxz Nous allons supposer que la conduction (courant I) est assurée par les électrons (densité de porteur n et mobilité µ). Sous l action du champ magnétique, ces charges négatives vont être déviées vers l électrode 1
transversale (2) (force de Lorentz). Cette accumulation de charges va provoquer l apparition d un champ électrique E (entre les électrodes transversales). Il va être à l origine d une force qui s oppose à la force de Lorentz. On finit par atteindre un régime stationnaire lorsque les deux forces s équilibrent. Le champ électrique qui règne alors entre les électrodes transversales explique la différence de potentiel V H qui existe entre elles. La tension V H est appelée tension de Hall. Quantitativement, on peut écrire qu en régime stationnaire, on a VH q.e H = q. = q.v.b h r r v r De plus I = j.s = ρ.v.s = q.n.v. S (où j est la densité de courant, ρ la densité volumique de charges, n le nombre de charges par unité de volume, S la section de conducteur, v la vitesse moyenne des porteurs, I le courant considéré). De ces deux équations, on déduit que 1 I.B I.B VH =. = K H. q.n e e Ainsi, si on injecte un courant I connu fixé, on récupère une tension V H proportionnelle à B (que B soit continu ou variable ce qui est un grand avantage par rapport aux capteurs de flux inductifs classiques). Si on applique un champ magnétique B connu fixé, V H est directement proportionnel à I. Dans tous les cas, on remarque que K H est d autant plus forte que la densité de porteurs est faible. Si on veut une tension suffisante, il ne faudra pas doper trop fortement le matériau semi-conducteur. La densité de porteurs susceptibles de participer à la conduction va dépendre de la température. T va donc avoir une influence sur K H. I..3. Application à la mesure de courant. Nous allons essayer de comprendre comment utiliser un capteur à effet Hall pour récupérer une tension image d un courant à étudier. Il faut savoir que les principes qui vont être énoncés correspondent à ce qui se passe dans les pinces de courant qui permettent de détecter des courants continus comme des courants variables (dans la limite de la bande passante). Première approche : Dans un premier temps, on peut envisager la structure simple suivante : Le bobinage entourant le circuit magnétique est parcouru par un courant i(t). De ce courant va résulter un champ d induction B e proportionnel à i dans l entrefer. En effet : - le théorème d ampère donne Hf (t).l + He (t).l = N.i(t) - Si on considère que le circuit magnétique canalise suffisamment les lignes de champ, on peut négliger les flux de fuite et par conservation du flux, on aura B e.s e = B f.s f où B e et B f représentent respectivement le champ d induction moyen dans l entrefer et dans le matériau magnétique et où S e et S f représentent respectivement la section de l entrefer et du circuit magnétique. - Si on suppose que le matériau magnétique est assez doux (faible champ coercitif) et qu il n est pas trop saturé (probable en raison de l existence de l entrefer), alors on peut raisonnablement définir une perméabilité relative µ r telle que B f = µ o.µ r. Hf L équation déduite du théorème d ampère peut alors être transformée de la façon suivante : Bf Be Se Sf l.l +.l = N.i ou encore Be..L N. i µ o.µ r µ + = o µ o.µ r µ et ainsi o (t) B e = α.i(t) rq : même si le matériau sature (la signification de µ r est alors modifiée), le coefficient calculé sera, certes, altéré, mais la proportionnalité entre i et B e sera conservée. 2
Si on place un capteur à effet Hall dans l entrefer, il est soumis à B e. On peut alors imposer le courant I continu (fixé le plus précisément possible) qui traverse le barreau de semi conducteur. On va alors récupérer une tension V H proportionnelle à B e c est à dire I.Be I.. α VH = K H. = K H..i(t) e e Il suffit alors de faire un étalonnage pour déterminer le coefficient de proportionnalité entre V H (t) et i(t). Cependant, ce système présente un défaut important. En effet, le coefficient peut être modifié par les conditions expérimentales (température, saturation magnétique ), ce qui rend la procédure d étalonnage caduque. On peut alors envisager un système un peu plus complexe, mais moins sensible aux différentes perturbations expérimentales. On va faire en sorte que le capteur ne soit plus destiner qu à détecter un zéro de flux (ce qui élimine les effets de la fluctuation du coefficient de proportionnalité). Amélioration du système précédant (capteur à zéro de flux): On va considérer la structure suivante : Si on applique le théorème d ampère à la structure suivante (Φ est le flux global dans le circuit, différence entre Φ 1 et Φ 2 et R est la réluctance de ce dernier), alors.i (t) + N.i (t) = R. (t) N1 1 2 2 Φ Si on parvient à faire en sorte que Φ(t) soit nul, alors N1 i2 (t) =.i1(t) N 2 C est grâce au capteur à effet Hall que l on va réussir à détecter l annulation du flux. L intérêt de ce montage, c est que lorsque l on cherche à mesurer un courant i 1 de forte valeur, il suffit de prendre un rapport de spire adapté afin de pouvoir se contenter de travailler avec i 2 de beaucoup plus faible valeur mais directement proportionnel à i 1. On place alors une résistance de précision connue dans le circuit parcouru par i 2 et on mesure la tension à ses bornes. Pour parvenir à annuler le flux, on va instrumenter le système de la façon suivante : Dans le capteur à effet Hall, on fait à nouveau passer un courant continu I fixé (le plus stable possible!) afin que la tension de Hall V H détectée soit directement proportionnelle à la valeur du champ d induction B e dans l entrefer. La tension V H est amplifiée (éventuellement, on peut placer un correcteur intégral pour éliminer l erreur statique sur V H ce qui conduit à un zéro de flux). On peut alors écrire les équations suivantes - La tension de Hall V H est proportionnelle à B e champ d induction dans l entrefer, lui même proportionnel à la différence des flux Φ 1 et Φ 2. On a donc VH (p) = α.( Φ1 Φ 2 ) - Si G(p) représente le gain de l ensemble amplificateur de tension/correcteur, sachant que l amplificateur de puissance n agit pas sur la tension mais seulement sur le courant, et si on néglige la constante de temps introduite par l inductance du bobinage N 2, on a 3
G(p).V (p) R m.i2 (p) - Sachant que i 2 est beaucoup plus petit que i 1, la relation entre i 2 et Φ 2 peut être supposée linéaire (pas de saturation magnétique), soit R. Φ (p) Φ 2 ( p) =.i 2 (p) et donc G(p).V (p) = m 2 H - En utilisant l ensemble des équations précédentes, on peut faire apparaître la structure du système bouclé suivant : H = On a donc la relation α..g(p) Φ2 (p) R = m Φ1(p) α. 1+.G(p) R m Si le correcteur utilisé est un intégrateur de fonction de transfert 1 G(p) = τ.p Alors on a Φ 2 (p) 1 = Φ1(p) R m. τ 1+.p α. Il s agit bien d un système sans erreur statique, ce qui signifie que Φ 2 va tendre vers Φ 1 en régime permanent. Le flux global dans le circuit magnétique va donc tendre à s annuler. On va alors avoir une relation de proportionnalité entre i 2 et i 1 qui sera le simple rapport du nombre de spires entre les deux bobinages (voir la relation d Hopkinson déduite du théorème d Ampère lorsque le flux est nul). Il suffira alors de mesurer la tension aux bornes de la résistance de précision connue R m pour connaître précisément i 1. rq : on peut être étonné d avoir une tension V H qui tend vers 0 alors que le courant i 2 finit par se stabiliser à une valeur constante. Cependant, il n y aucune contradiction. Initialement, V H (t) est non nulle et est intégrée durant le transitoire qui conduit au régime permanent sans erreur statique. La tension en sortie de l intégrateur évolue alors et finit par prendre une valeur constante en régime permanent dès que V H s annule. C est cette valeur de tension constante en sortie du correcteur qui est à l origine du courant i 2 souhaité. Il ne faut donc pas confondre le signal d erreur et le signal de sortie du correcteur! rq : dans le temps de réponse du système, on n a pas fait apparaître le retard introduit par le passage de la tension de sortie de l amplificateur de puissance au courant i 2 Ce retard dépend notamment de la résistance des bobinages et des valeurs d inductances (intimement liées aux caractéristiques du matériau magnétique utilisé). Travail expérimental. L objectif de ce travail est de concevoir progressivement un capteur de courant, en envisageant différentes utilisations du capteur à effet Hall. Dans un premier temps, il devra délivrer une tension proportionnelle au courant à mesurer. Nous verrons que cette approche rend le système dépendant d une variation de la sensibilité (liée à la température par exemple ). Dans un deuxième temps, nous allons envisager de l intégrer dans une boucle d asservissement, afin de faire tendre le flux dans le circuit magnétique vers 0. Dans ce cas, une fluctuation de la sensibilité aura beaucoup moins d incidence sur la réponse de l ensemble. I.1. Etude d un capteur primaire (sans asservissement du flux). Nous allons commencer par étudier la structure suivante 4
Sur ce schéma, i(t) est le courant à visualiser, u H est la tension image de ce courant. I c représente le courant qui alimente le capteur. Comme capteur à effet Hall, on pourra utiliser l ensemble capteur/conditionneur Leybold (ENSC504). Le circuit magnétique est réalisé avec un circuit en U et deux barreaux solidement fixés laissant un entrefer suffisant pour placer le capteur (attention à la fixation, car en présence de courant, les deux barreaux vont être soumis à un effort qui risque de provoquer une pression mortelle sur le capteur ). De plus, toute variation de la largeur de l entrefer modifie la réponse de l ensemble du système Le courant i(t) à visualiser sera délivré par une alimentation stabilisée (utiliser le réglage fin de la tension, compte tenu de la faible impédance du circuit de N spires ). A température ambiante, étalonner le système en statique en traçant la caractéristique u H =f(i). Donner une image du temps de réponse du capteur. Pour cela, on appliquera un échelon de courant (de 0 à 3A par exemple ), en branchant brutalement l alimentation. Pourquoi n utilise-t-on pas le bouton marche/arrêt de cette dernière? Chauffer le capteur avec un sèche cheveux, et une fois le régime permanent atteint (pour la température), relever à nouveau la caractéristique statique. Conclure. I.2. Réalisation d un capteur à zéro de flux. I.2.1. Principe de la mesure d un courant important par annulation du flux magnétique. Cette fois, on place deux bobinages montés en opposition sur le circuit magnétique. En appliquant le théorème d ampère à ce circuit, on constate que le courant dans chacun d entre eux est proportionnel (rapport des nombres de spires) quand on annule le flux magnétique. Expérimentalement, réaliser le circuit suivant Relever la caractéristique i 2 = f(i 1 ) pour u H nulle. Quelle sera l incidence de la température sur la caractéristique? I.2.2. Capteur final : utilisation d un asservissement pour atteindre le zéro de flux. Pour automatiser la méthode précédente, on va réaliser le montage suivant 5
On prendra N 1 = 125 spires (bobine Leybold de 250 spires et on utilise la moitié du bobinage) et N 2 = 1000 spires. Comme résistance R m, on prendra une résistance 56Ω susceptible de supporter un courant de quelques centaines de ma. Pour tester ce capteur, on veillera à ne pas dépasser 1,5A pour i 1, afin de ne pas risque de brûler la résistance R m. L amplificateur de puissance est réalisé avec un montage push pull (par exemple les ampli phytex ENSC 300). La tension u m est visualisée via une sonde différentielle de tension afin de ne pas ramener la masse de l oscilloscope dans le circuit. Dans un premier temps, on prend R 1 = R 2 = R = 10 kω et C = 220 nf. Observer le flux dans le système (si tout va bien, il tend vers zéro à condition que les bobinages soient en opposition si le flux reste important, inverser les connections du circuit secondaire). Réaliser un étalonnage statique du système en relevant u m = f(i 1 ). Discuter sur l allure obtenue (ordonnée à l origine notamment). Chauffer le capteur à effet Hall et conclure quand à l incidence de la température. Relever la dynamique de réponse du système en appliquant un échelon de courant (de 0 à 1A). Comparer les temps de premier passage au régime permanent avec les configurations suivantes (R 1 =R 2 =10 kω, R = 1kΩ, C=220 nf) et (R 1 =R=10 kω, R 2 = 1kΩ, C=220 nf). Justifier les observations concernant la rapidité et la stabilité. Annexes. Circuit magnétique avec bobines Capteur à effet Hall et conditionneur (ENSC504) Résistance de 56 Ω susceptible de supporter 200 ma 6
Amplificateur de puissance push pull (ENSC300) Elément correcteur intégral (ENSC325) 7