LE PEUPLE DANS LA REVOLUTION
On a cru m opposer le plus terrible dilemme en me disant que le mot peuple signifie nécessairement ou trop ou trop peu, que si on l explique dans le même sens que le latin populus, il signifie nation * +, que l on entend dans un sens plus restreint comme le latin plebs, alors il suppose des ordres, des différences d ordre et que c est là ce que nous voulons prévenir. On a même été jusqu à craindre que ce mot signifiât ce que les Latins appelaient vulgus, ce que les aristocrates tant nobles que roturiers appellent insolemment canaille. A cet argument je n ai que ceci à répondre. C est qu il est infiniment heureux que notre langue dans sa stérilité nous ait fourni un mot que les autres n auraient pas donné dans leur abondance * + un mot qui ne puisse nous être contesté et qui dans son exquise simplicité nous chers à nos commettants sans effrayer ceux dont nous avons à combattre la hauteur et les prétentions, un mot qui se prête à tout et qui, modeste aujourd hui, puisse grandir notre existence à mesure que les circonstances le rendront nécessaire, à mesure que, par leur obstination, par leur faute, les classes privilégiées nous forceront à prendre en main la défense des droits nationaux et de la liberté du peuple. Mirabeau. Michelet, Histoire de Révolution française. Cité par Pierre Nora dans les Lieux de Mémoire.
Gouache de Lesueur. Musée Carnavalet. Le chanteur-acteur Chenard représenté au cours de la fête civique de la Liberté de la Savoie, le 14 octobre 1792. Boilly. Musée Carnavalet.
«Qu'est-ce qu'un sans-culotte? C'est un être qui va toujours à pied, qui n'a pas de millions comme vous voudriez tous en avoir, point de châteaux, point de valets pour le servir, et qui loge tout simplement avec sa femme et ses enfants, s'il en a, au quatrième ou au cinquième étage. Il est utile, il sait labourer un champ, forger, scier, limer, couvrir un toit, faire des souliers et verser jusqu'à la dernière goutte de son sang pour le salut de la République. Comme il travaille, on est sûr de ne rencontrer sa figure ni au café ni dans les tripots où l'on conspire, ni au théâtre. Le soir, il se présente à sa section, non pas poudré, musqué, botté, dans l'espoir d'être remarqué de toutes les citoyennes des tribunes, mais pour appuyer de toute sa force les bonnes motions. Au reste, un sans-culotte a toujours son sabre pour fendre les oreilles à tous les malveillants. Quelquefois, il marche avec sa pique, mais au premier bruit de tambour, on le voit partir pour la Vendée, pour l'armée des Alpes ou pour l'armée du Nord.» Article anonyme du Père Duchesne, printemps 1793
Source : Atlas de la Révolution française. Pierre-Yves Beaurepaire et SylvieMarzagalli Editions Autrement 2010.
I. Le sans-culotte, acteur de la Révolution les revendications des sans-culottes L engagement politique Le recours à la violence
«L'Assemblée générale demande à la Convention qu'elle décrète : -Que les nobles ne puissent exercer aucune fonction militaire, ni posséder aucun emploi public; -Que les prix et les denrées de première nécessité soient fixés invariablement; -Que le maximum des fortunes soit fixé -Qu'un même citoyen ne puisse avoir qu'un atelier, qu'une boutique. La section des sans-culottes pense que ces mesures feraient disparaître peu à peu la trop grande inégalité des fortunes» D'après l'adresse à la Convention adoptée par les Sans-Culottes du quartier du Jardin des Plantes à Paris, 2 Septembre 1793.
Source : Atlas de la Révolution française. Pierre-Yves Beaurepaire et SylvieMarzagalli Editions Autrement 2010.
Le 23 octobre 1792, le conventionnel Gossuin, membre du Comité des pétitions et des correspondances, définissait le droit de pétition comme sacré : «S environner de citoyens, entendre leur juste plainte, y répondre avec aménité et sans retard, c est un bonheur qui était méconnu des rois et de leurs agents, qu il est ambitionné par chacun de vous ; mais il ne faut pas que ce droit si utile dégénère en abus». Archives parlementaires, tome 52, Paris, 1897. La patrie est en danger! La Constitution est donc en danger! Notre liberté est donc en danger! Les jours de vengeance approchent, tout s ébranle, les tyrans frémissent. Le peuple commande, il doit être obéi. Depuis l acceptation de la Constitution, comme avant, le roi a-t-il tenu sa parole? * + La nation accuse hautement son premier fonctionnaire public, la journée de Varennes, la proposition de guerre qui n était que le signal donné aux ennemis de se mettre en force, les coalitions tenues secrètes, le silence sur la Prusse, les émigrations d officiers, le dénuement de nos troupes, les retraites de nos généraux, le terrible et désastreux veto sur les décrets du salut public. Voilà les crimes dont la nation demande vengeance. * + Les hommes du 14 juillet sont prêts. La liberté ou la mort. Aux armes, citoyens. D après la pétition d une section parisienne adressée à l Assemblée le 26 juillet 1792.
Les citoyens allant présenter une pétition à l Assemblée nationale, 20 juin 1792. Gravure anonyme. Musée Carnavalet.
Dessin à la plume avec rehauts de gouache de François Gérard (1770-1837) ; 10 août 1792, 1794-95. Elève de Jacques Louis David (1748-1825), François Gérard (1770-1837) s inscrit au Concours de l An II, instauré en 1794 par la Convention. Ce concours appelle «tous les artistes de la République à représenter à leur choix sur la toile les époques les plus glorieuses de la République française». Gérard remporte le concours avec ce dessin préparatoire du «Peuple français demandant la destitution du tyran à la journée du 10 août». Le tableau ne sera jamais achevé. www.histoire-image.org
Intérieur d un comité révolutionnaire (1793-1794) d après Fragonard. Eau forte de Malapeau. www.histoire-image.org
Un tribunal sans-culotte lors des massacres des 2 et 3 septembre 1792. Gouache de Lesueur. Musée Carnavalet. «Ce tribunal était composé de révolutionnaires déterminés, n ayant aucune idée des formes judiciaires. Lesquels enivrés de vin et de fumée concluaient par envoyer à la mort tous les prisonniers qu on leur envoyait L un d eux, la pipe à la bouche, faisait office d accusateur public. En vain l accusé voulait prouver son innocence, on lui répondait ironiquement qu il avait raison et qu il pouvait sortir. On le conduisait à la porte où il trouvait la mort.»
Comité révolutionnaire. D après J-B. Huet.
Départ pour les frontières d un citoyen volontaire. Gouache de Lesueur. Musée Carnavalet.
II Le peuple dans la Révolution Le peuple prend la parole Le peuple prend les armes Le peuple revendique un rôle politique
Une séance au club des Jacobins. Gravure colorisée, BNF, Paris.
Un club de province. Gravure de Louis-René Boquet, 1793, BNF, Paris. www.histoire-image.org
Trois cartes de membres de club de jacobins. www.histoire-image.org
La vente des journaux à la criée. Gravure anonyme. BNF.
Des sans-culottes parisiens chantent et dansent la carmagnole autour d un arbre de la liberté. Eau-forte anonyme. BNF. Ils fêtent la fuite des Autrichiens.
Enrôlement des volontaires pour défendre la patrie. Gouache de Lesueur. Musée Carnavalet. «Joyeux départ des volontaires aux armées ; Après la trahison de Dumouriez qui avoit livré aux ennemis une partie de l'armée, l'artillerie, et les munitions, il fallut reformer une autre armée. On batti de la caisse, on dressa des tables dans les rues, les Citoyens accouroient s'enrôler, on donnoit de l'argent à ceux qui en vouloient»
Nous n'avons exposé jusqu'à présent que les droits naturels et civils des citoyens. Il nous reste à reconnaître les droits politique. [...]. Tous les habitants d'un pays doivent y jouir des droits de citoyen passif: tous ont droit à la protection de leur personne, de leur propriété, de leur liberté, etc., mais tous n'ont pas droit à prendre une part active dans la formation des pouvoirs publics; tous ne sont pas citoyens actifs. Les femmes du moins dans l'état actuel, les enfants, les étrangers, ceux encore qui ne contribueraient en rien à soutenir l'établissement public, ne doivent point influer activement sur la chose publique. Tous peuvent jouir des avantages de la société; mais ceux-là seuls qui contribuent à l'établissement public sont comme les vrais actionnaires de la grande entreprise sociale. Eux seuls sont les véritables citoyens actifs, les véritables membres de l'association. SIEYES, Reconnaissance et exposition raisonnée des droits de l'homme et du citoyen, cité dans Y.BOSC et S. WAHNICH, Les voix de la Révolution, Projet pour la démocratie, La Documentation Française, Paris 1990.
J-P. Jessenne. Révolution et Empire (1783-1815) Hachette. Carré Histoire.
«J ai donc concouru à faire la loi? - Sans doute, vous y avez concouru par vos représentants» De la loi, planche de l Almanach du père Gérard pour l année 1792, de Collot d Herbois.
Chronologie 1792 10 août Les sans-culottes et les fédérés s'emparent des Tuileries. La famille royale se réfugie à l'assemblée. Création d'une nouvelle assemblée : la Convention nationale. 2-7 septembre Massacres de septembre. Les Parisiens massacrent les détenus des prisons. 1793 27 mai- 2 juin Les sans-culottes, les députés de la Montagne et la Commune éliment les députés Girondins. 27 août Toulon est livré aux Anglais 5 septembre Manifestation des sans-culottes à la Convention 9 septembre Création de l'armée révolutionnaire 11 septembre Maximum des grains 17 septembre Loi des suspects 29 septembre Maximum général des denrées et des salaires
Jean-Alphonse Roehn (1799-1864) : Boissy d'anglas, présidant la séance de la Convention du 1er prairial an III, salue la tête de Féraud, député des Hautes Pyrénées. Musée Massey. Tarbes. Le 20 mai 1795, le peuple envahit la Convention pour demander du pain et l application de la Constitution de 1793.
James Gillray (Anglais), 1793, Library San Marino. Le zénith de la gloire française ; Le sommet de la liberté. «A travers le sans-culotte, Gillray représente les passions de l âme, la tourmente des sentiments et la laideur diabolique des personnages français ou des sympathisants jacobins anglais Les difformités caricaturales seront tenues pour preuve de leurs sentiments profonds ou de leur psychisme véritable.» Pascal Dupuy, La violence révolutionnaire au crible de la caricature anglaise. www.caricaturesetcaricature.com
II - LA RÉVOLUTION ET L EMPIRE (25% = 8 à 10 heures) Thème 1 - LES TEMPS FORTS DE LA RÉVOLUTION Thème 2 - LES FONDATIONS D UNE FRANCE NOUVELLE PENDANT LA RÉVOLUTION ET L EMPIRE Thème 3 - LA FRANCE ET L EUROPE EN 1815
Thème 2 - LES FONDATIONS D UNE FRANCE NOUVELLE PENDANT LA RÉVOLUTION ET L EMPIRE Connaissances : les fondations politiques, économiques, sociales et culturelles d une France nouvelle. Démarches: une étude au choix : un acteur collectif (peuple, femmes) ou l invention de la vie politique ou la guerre ou les religions. Capacités : raconter des événements, des épisodes de la vie d acteurs révolutionnaires, des prises de décision en expliquant leurs enjeux et leur importance historique. Problématiques : choisir une étude significative permettant de comprendre les moments fondateurs.
Le peuple dans la Révolution Comment le peuple devient-il acteur de la vie politique? La première heure est consacrée à l étude des sans-culottes. En début de cours écouter la Carmagnole > poser quelques questions à l oral ou à l écrit pour réactiver les acquis de la leçon précédente. A partir d une gouache de Lesueur, décrire le sans-culotte. Rechercher leurs revendications dans l'adresse à la Convention adoptée par les Sans Culottes du quartier du Jardin des Plantes à Paris, 2 Septembre 1793. Quels sont leurs moyens d action? (actions violentes comme la prise des Tuileries ou non comme les pétitions). Choisir des exemples.
La Carmagnole, 1792 Madam' Veto avait promis (Bis) De faire égorger tout Paris (Bis) Mais son coup a manqué Grâce à nos canonniers Dansons la carmagnole Vive le son, vive le son Dansons la carmagnole Vive le son du canon! Monsieur Veto avait promis D'être fidèle à son pays Mais il y a manqué Ne faisons plus quartier Amis restons toujours unis Ne craignons pas nos ennemis S'ils vienn'nt nous attaquer Nous les ferons sauter. Antoinette avait résolu De nous faire tomber sur le cul Mais son coup a manqué Elle a le nez cassé Son mari se croyant vainqueur Connaissait peu notre valeur Va, Louis, gros paour Du temple dans la tour Les Suisses avaient promis Qu'ils feraient feu sur nos amis Mais comme ils ont sauté Comme ils ont tous dansé! Quand Antoinette vit la tour Ell' voulut faire demi-tour Elle avait mal au coeur De se voir sans honneur. Lorsque Louis vit fossoyer A ceux qu'il voyait travailler Il disait que pour peu Il était dans ce lieu. Le patriote a pour amis Tous les bonnes gens du pays Mais ils se soutiendront Tous au son du canon. L'aristocrate a pour amis Tous les royalist's de Paris Ils vous le soutiendront Tout comm' de vrais poltrons! La gendarm'rie avait promis Qu'elle soutiendrait la patrie. Mais ils n'ont pas manqué Au son du canonnier Oui je suis sans-culotte, moi En dépit des amis du roi Vivent les Marseillois Les bretons et nos lois! Oui nous nous souviendrons toujours Des sans-culottes des faubourgs A leur santé buvons Vive ces francs lurons! Source : Nouveau Larousse illustré, en sept volumes de Claude Augé, (vol 2 Belloc-Ch). Venant d Italie, la Carmagnole gagne d abord la région de Marseille, puis Paris. Chanson révolutionnaire anonyme, elle devient très populaire après la chute de la monarchie le 10 août 1792. Elle n a pas été composée en une seule fois, les couplets se sont ajoutés les uns aux autres. On chante et danse la Carmagnole lors de rassemblements révolutionnaires, qu il s agisse de fêtes ou d exécutions. Elle est interdite par Bonaparte en 1799.
«L'Assemblée générale demande à la Convention qu'elle décrète : - Que les nobles ne puissent exercer aucune fonction militaire, ni posséder aucun emploi public; - Que les prix et les denrées de première nécessité soient fixés invariablement; - Que le maximum des fortunes soient fixé - Qu'un même citoyen ne puisse avoir qu'un atelier, qu'une boutique. La section des sans-culottes pense que ces mesures feraient disparaître peu à peu la trop grande inégalité des fortunes» D'après l'adresse à la Convention adoptée par les Sans-Culottes du quartier du Jardin des Plantes à Paris, 2 Septembre 1793.
La patrie est en danger! La Constitution est donc en danger! Notre liberté est donc en danger! Les jours de vengeance approchent, tout s ébranle, les tyrans frémissent. Le peuple commande, il doit être obéi. Depuis l acceptation de la Constitution, comme avant, le roi a-t-il tenu sa parole? * + La nation accuse hautement son premier fonctionnaire public, la journée de Varennes, la proposition de guerre qui n était que le signal donné aux ennemis de se mettre en force, les coalitions tenues secrètes, le silence sur la Prusse, les émigrations d officiers, le dénuement de nos troupes, les retraites de nos généraux, le terrible et désastreux veto sur les décrets du salut public. Voilà les crimes dont la nation demande vengeance. * + Les citoyens allant présenter une pétition à l Assemblée nationale, 20 juin 1792. Les hommes du 14 juillet sont prêts. La liberté ou la mort. Aux armes, citoyens. D après la pétition d une section parisienne adressée à l Assemblée le 26 juillet 1792.
L heure suivante est consacrée à la mise en perspective : - Comment le peuple s exprime-t-il? Comment se forge-t-il son opinion? > montrer le rôle des clubs, de la presse - L engagement, le recours à la violence : montrer l action des révolutionnaires et aborder la contrerévolution avec le soulèvement des Vendéens. - L entrée en politique du peuple : la pratique du vote, la représentation nationale. Rechercher dans la DDHC les articles qui garantissent ces droits. - En conclusion, montrer la diversité du peuple, le rôle prédominant de la bourgeoisie.
Des sans-culottes parisiens chantent et dansent la carmagnole autour d un arbre de la liberté. Eau-forte anonyme. BNF. Ils fêtent la fuite des Autrichiens
Gouache de Lesueur «Dans la Vendée des brigands veulent abattre l'arbre de la Liberté, des Jeunes filles à force de prières, et de larmes, les en empêchent»
Le soulèvement de la Vendée. Il se présenta dans le bourg, une quantité de gens attroupés et armés de fusils, fourches, faux, ayant tous des cocardes blanches et décorées d une petite étoffe carrée sur lesquelles sont brodées différentes figures telles que des croix. Tous ces gens criaient : «Vive le roi et nos bons prêtres et l Ancien Régime». Toute cette troupe se jeta sur tous les patriotes * +, en tua plusieurs et dispersa les autres. Ils s emparèrent de la ville. D après les dépositions de deux témoins, le 23 mars 1793, archives départementales du Maine-et-Loire. Cité par C. Petitfrère, la Vendée et les Vendéens, Archives Gallimard.
Il se présenta dans le bourg, une quantité de gens attroupés et armés de fusils, fourches, faux, ayant tous des cocardes blanches et décorées d une petite étoffe carrée sur lesquelles sont brodées différentes figures telles que des croix. Tous ces gens criaient : «Vive le roi et nos bons prêtres et l Ancien Régime. Toute cette troupe se jeta sur tous les patriotes * +, en tua plusieurs et dispersa les autres. Ils s emparèrent de la ville. D après les dépositions de deux témoins, le 23 mars 1793, archives départementales du Maine-et-Loire. Cité par C. Petitfrère, la Vendée et les Vendéens, Archives Gallimard.
Bibliographie Atlas de la Révolution française, Pierre-Yves Beaurepaire et Silvia Marzagalli, Editions Autrement 2010. Révolution et Empire, Jean-Pierre Jessenne, Hachette, Carré Histoire, 1993. L Histoire n 342 : la Révolution et le peuple, mai 2009. Dictionnaire critique de la Révolution française, François Furet et Mona Ozouf, Champs Flammarion, 1992. www.histoire-image.org hors série sur la Révolution française.