Les eaux thermales et minérales Ce ne sont pas seulement des masses de laves ou des produits de projections qui sont émis à la surface de la terre, issus des zones profondes de la terre, mais aussi des fluides, gaz ou vapeurs, eau en certains cas. Ce dégazage de la terre se manifestera le plus fréquemment par la venue de sources d'eau chargée normalement de matières minérales, et aussi de gaz dissouts d'où ce nom de sources minérales qui leur est attribué. Ces eaux sont souvent à une température notable, c'est le souvenir des conditions régnant dans les zones profondes où elles ont pris naissance. De là cet autre nom de sources thermales. On peut aussi dire thermo-minérales. On voit donc ainsi que les émergences d'eau, les sources, peuvent avoir une origine double. Les unes, et ce sont les plus habituelles, résultent de la venue au jour des nappes souterraines nourries par l'infiltration des eaux atmosphériques : pluie, ruissellement, neige, etc. Ces eaux sont dites vadoses. Elles sont peu minéralisées encore qu'un parcours souterrain au niveau de certaines assises privilégiées (sel gemme, gypse, calcaire, etc.) ait pu les charger en certaines matières minérales. On aura ainsi des sources minérales d'origine strictement vadoses. Les autres proviennent de la remontée au jour des eaux liées aux zones internes de l'écorce terrestre. Ce sont les eaux juvéniles, normalement accompagnées de sels ou gaz dissouts, souvent plus ou moins chaudes. Ce sont les eaux dites juvéniles. Enfin, il peut arriver en certains cas que, lors de leur parcours souterrain, ces deux catégories d'eaux se mélangent et l'on aura ainsi des sources mixtes où participent à la fois les eaux des deux origines.
On a d'ailleurs pu constater que la composition intrinsèque de ces deux types d'eaux était légèrement différente. L'eau vadose est en effet plus riche en molécules H 2 O à isotope d'oxygène O 16 que l'eau juvénile dans laquelle la proportion de molécules H 2 O à isotope d'oxygène O 18 est un peu plus importante. Cette dernière constitution étant celle que l'on retrouve d'ailleurs au niveau des grands océans dont on peut ainsi affirmer l'origine à partir du stock de l'eau primitive de la terre, et les dater ainsi des tout premiers temps de notre planète. On montre, à l'échelle continentale, que la répartition des sources minérales d'origine juvénile recoupe assez exactement la zone des secteurs volcanisés. Il y a donc une liaison plus ou moins étroite entre l'activité volcanique et l'activité thermo-minérale, cette dernière pouvant sans doute être considérée comme une séquelle de cette première. Il y aura donc un secteur hydro-minéral lié au Massif du Cantal, et c'est ce dont nous allons nous occuper maintenant. Une première remarque s'impose avant tout. Sans être absolument dépourvue de sources thermo-minérales, la Haute-Auvergne n'en est pas moins défavorisée sur ce plan, par rapport à la Basse-Auvergne et au Bourbonnais. L'inventaire en est plus réduit, et surtout les stations thermales sont bien plus rares. On ne peut guère citer, en effet, que Chaudes-Aigues. Il est commode de classer les sources minérales en fonction du constituant acide, de l'anion pour parler en chimiste, qui se trouve à l'état prépondérant dans l'eau, et ainsi pourrons-nous distinguer les grandes catégories ci-après définies. Cette rubrique a l'avantage de regrouper de façon assez satisfaisante sous un type général commun les sources, ou du moins la majorité des sources d'une province donnée : on pourrait ainsi parler de provinces hydro-minérales. On constatera que les régions d'auvergne, dans son sens général, manifestent une tendance très nette vers le type bicarbonaté au contraire d'autres régions comme les Alpes ou les zones centrales et orientales des Pyrénées où se grouperaient des sources d'un type général bien différent. Mais ce classement ne doit pas être pris de façon trop absolue ni tranchée, les types intermédiaires existent tout autant que les types nettement définis et tout en ce domaine est, finalement, une question de nuances. 1/ Sources bicarbonatées C'est le type classique des sources du secteur auvergnat. Elles sont riches en gaz carbonique et par là sont gazeuses. Les éléments métalliques d'accompagnement sont avant tout les alcalins, potassium et surtout sodium, - d'où le type bicarbonaté sodique, le plus caractéristique. Mais on peut voir apparaitre, à côté de ces métaux alcalins, le calcium, d'où un type bicarbonaté calcique qui peut ainsi apparaître. Le type moyen pouvant être appelé bicarbonaté- mixte. Cette charge en calcium est le plus souvent due à une contamination, une source bicarbonatée sodique traversant soit un filon riche en calcium (calcite), ou des strates sédimentaires calcaires, va dissoudre plus ou moins de chaux et par là se transformer plus ou moins intensément. Les sources de Limagne sont souvent de ce type par suite de la présence des bancs calcaires oligocènes rencontrés lors de l'émergence de ces eaux juvéniles.
D'autres éléments peuvent être, eux aussi, mis en cause lors de cette contamination. On citera le cas du fer, qui donnera une source bicarbonatée ferrugineuse. Souvent des éléments plus particuliers vont être mobilisés. A ce titre, la source de La Bourboule, dans le massif du Mont Dore, qui lors de son ascension rencontre du mispickel ou pyrite arsenicale, nous fournit un bel exemple de source bicarbonatée mixte à tendance arsenicale. 2/ Sources sulfureuses Dans ce cas, l'élément minéralisant majeur est l'association hydrogène sulfuré - sulfure de sodium. De là, cette odeur si caractéristique d'œufs pourris dégagée par ces eaux. Ces sources n'apparaissent pas dans notre secteur, mais sont très typiques de certaines zones de France, secteur pyrénéen en particulier (Barèges, Cauterets, etc.). Comme celles du type précédent, elles peuvent être secondairement contaminées (chlora-sulfureuses, sulfureuses calciques, etc.) et c'est le cas présenté par beaucoup de sources thermo minérales alpines. 3/ Sources sulfatées Ces sources sont riches en soufre comme les précédentes, mais ici cet élément est sous forme d'ion sulfate, d'où les propriétés et aspects tout différents pris par ces eaux. Beaucoup de ces eaux, en effet, mais non toutes, se minéralisent au contact de dépôts de sulfates, soit sédimentaires, soir d'émanation volcanique (tel l'alun). Elles sont soit sodiques, soit calciques, soit mixtes. Dans les Vosges (Plombières, Luxeuil, etc.) ce type semble bien représenté. 4/ Sources chlorurées C'est le chlore, sous forme de chlorure, qui caractérisera ces eaux. Ce chlore peut être obtenu par lessivage de dépôts sédimentaires de sel (cas de nombreuses sources salées), mais également par du chlore lié à des émanations juvéniles, - l'origine en est discutable en certains cas -. Elles sont sodiques, calciques ou mixtes. Souvent le chlore s'ajoute à un type préexistant, bicarbonaté par exemple, et l'on aura un type intermédiaire appelé chlorobicarbonaté, que l'auvergne connait à Saint-Nectaire (sodique) ou à Chatel-Guyon (calco-sodique). 5/ Sources radio-actives Les sources radio-actives présentent surtout du radon, élément gazeux produit lors de la désintégration naturelle d'éléments spontanément radio-actifs (thorium, uranium). Ces sources se rencontrent en Auvergne, mais surtout en Basse Auvergne tels les cas de celles de La Bourboule et de Royat qui, outre leurs propres caractéristiques minérales, se remarquent par une certaine teneur en radon. L'ensemble des sources thermales observées ou connues dans la zone territoriale du département du Cantal paraissent toutes appartenir au groupe bicarbonaté, soit pur, soit plus ou moins mélangé avec d'autres types.
Comme type pur sodique, on pourra citer : Fouilloux (Cheylade), Montchausson (Faverolles). Avec Chaudes-Aigues et la ligne des sources qui s'étale vers l'ouest parallèlement à la Truyère : Sainte-Marie, Fontanes (Paulhenc), Saint-Martin-sous- Vigouroux, on a un type à dominante bicarbonatée sodique net, mais à tendance calcique et légèrement chlorurée. Sainte-Marie est en sus de type ferrugineux. C'est le même type que l'on rencontrera à Vic-sur-Cère, avec une tendance calcique encore plus accusée. De même la source de Teissières-les-Bouliès, qui peut être définie comme bicarbonatée mixte typique. Les sources de la Bastide- du-fau (Commune du Fau) sont mixtes également, mais plutôt ferrugineuses et peu calciques. Il faut signaler le cas de la source d'ydes. Elle est du type chloro-bicarbonaté sulfaté mixte calco-sodique et magnésienne. C'est un cas particulier et on peut imaginer une source d'origine chlora-bicarbonatée qui aurait été contaminée par apport sulfaté, calcique et magnésien. C'est une hypothèse plausible en tout cas. Contrairement à la région du Mont-Dore ou de Clermont où abondent les stations thermales, on ne connait dans le Cantal que Chaudes-Aigues, en tant que station thermale en exploitation. A Vic-sur-Cère, il n'y a plus, pratiquement, de traitement. Tessières-les-Bouliès a fait encore récemment l'objet d'un embouteillage, mais n'est plus actuellement exploitée. L'inventaire des sources reconnues sur le territoire départemental du Cantal aboutit à la liste suivante établie de façon purement géographique. Groupe du nord Sources de la Barraquette (Commune de Madic), de Bassignac, de Fouont-Salado (Jalleyrac), de Salins, de Saint-Martin-Valmeroux, de Sainte-Bedel (Condat-en- Feniers), de Fouilloux (Commune de Cheylade), d'ydes. Parmi ces sources nous avons signalé le cas un peu particulier d'ydes, chloro-bicarbonatée mixte calco-sodique et magnésienne, sulfatée par surcroit. Groupe de l'ouest et du centre Sources de Vic-sur-Cère, essentiellement du type défini plus haut (bicarbonatée à tendance calcique), de Perruchez, commune de Saint-Julien-de Jordanne, de type très voisin. Groupe du sud Sources de Teissières-les-Bouliès, de Saint-Martin-sous-Vigouroux, Fontanes (Commune de Paulhenc), Sainte-Marie, sources groupées de Chaudes-Aigues - groupe homogène bicarbonaté à tendance mixte -. La source de Magnac (Fridefont), noyée par la retenue de Grandval, était de ce type également. La Chaldette, sise en Lozère, mais à 500 m. de la limite départementale fait aussi partie de ce groupe. Groupe de l'est
Sources de Montchanson (Faverolles), du Terran (Loubaresse), sources groupées de Coren-les-Eaux, source de Chanet (Commune de Feydit-Allanche). Il s'agit de bicarbonatées pures ou mixtes qui sont, au moins pour les premières, assez directement en liaison avec le système de failles responsable du fossé de Saint-Flour - Le Malzieu. A voir cet inventaire, qui est encore incomplet et qui ne comprend que les émergences naturelles, on voit que les ressources minérales du massif cantalien ne sont peut-être pas aussi réduites qu'on pourrait l'imaginer. Beaucoup de sources de la région des Monts Dore sont, en fait, mises à jour et exploitées à la suite de recherches et de sondages. Peut-être en pourrait-il être de même pour le Cantal dont on s'aperçoit à ce moment que la structure et l'architecture sont, en définitive, assez comparables à celles reconnues pour son voisin de Basse-Auvergne. Il est probable dans cette perspective, que la partie centrale du Cantal est constituée, elle aussi, par une vaste caldeira d'effondrement remplie de matériaux meubles. Il est probable qu'également cette masse de remplissage est plus ou moins imprégnée d'eaux juvéniles issues des réservoirs volcaniques et que des recherches par sondages effectuées au sein de ces masses pourraient sur le plan du thermalisme réserver de très heureuses surprises. Enfin, dans le domaine de la documentation bibliographique, nous avons l'heureuse fortune de disposer d'un excellent document établi en 1853 par M. Deribier du Chatelet (Dictionnaire statistique et historique du département du Cantal). Dans cet ouvrage, l'auteur signale à cette époque l'existence de 103 sources thermales ou minérales surgissant sur le territoire de la Haute-Auvergne. En fait, un certain nombre de ces émergences, déjà de débit médiocre, ont disparues ou, plus précisément, ont vu leur griffon se perdre dans le terrain ambiant. Leur redécouverte pour certaines d'entre elles nécessiterait des travaux de dégagement plus ou moins poussés et c'est la raison pour laquelle il a paru sans intérêt, au moins majeur, d'en répéter ici le catalogue complet. Mais ce chiffre méritait d'être signalé car il indique nettement l'influence prépondérante que le volcanisme cantalien a pu avoir dans la mise au jour de cet important thermalisme.