La renaissance de l histoire de la comptabilité

Documents pareils
La voix en images : comment l évaluation objectivée par logiciel permet d optimiser la prise en charge vocale

Système de diffusion d information pour encourager les PME-PMI à améliorer leurs performances environnementales

Compte-rendu de Hamma B., La préposition en français

Notes de lecture : Dan SPERBER & Deirdre WILSON, La pertinence

Dessin assisté par ordinateur en lycée professionnel

L indice de SEN, outil de mesure de l équité des systèmes éducatifs. Une comparaison à l échelle européenne

statique J. Bertrand To cite this version: HAL Id: jpa

AGROBASE : un système de gestion de données expérimentales

Les intermédiaires privés dans les finances royales espagnoles sous Philippe V et Ferdinand VI

Peut-on perdre sa dignité?

Un SIG collaboratif pour la recherche historique Partie. Partie 1 : Naissance et conception d un système d information géo-historique collaboratif.

Jean-Luc Archimbaud. Sensibilisation à la sécurité informatique.

Sur le grossissement des divers appareils pour la mesure des angles par la réflexion d un faisceau lumineux sur un miroir mobile

Comptabilité à base d activités (ABC) et activités informatiques : une contribution à l amélioration des processus informatiques d une banque

Program Analysis and Transformation: From the Polytope Model to Formal Languages

La complémentaire santé : une généralisation qui

Étude des formes de pratiques de la gymnastique sportive enseignées en EPS à l école primaire

Budget Constrained Resource Allocation for Non-Deterministic Workflows on a IaaS Cloud

Les déterminants du volume d aide professionnelle pour. reste-à-charge

Les Champs Magnétiques

Un exemple spécifique de collaboration : Le produit-partage

Sylvain Meille. Étude du comportement mécanique du plâtre pris en relation avec sa microstructure.

Sur la transformation de l électricité statique en électricité dynamique

DOCUMENT L HISTOIRE DE L ÉDUCATION EN FRANCE

23. Le discours rapporté au passé

La communication sociétale : entre opportunités et risques d opportunisme

Famille continue de courbes terminales du spiral réglant pouvant être construites par points et par tangentes

La Relation Client : Quand l Analyse du Discours rencontre le Marketing

LES CLAUSES DES CONTRATS DE DETTE DES PETITES ENTREPRISES : CAS DES ENTREPRISES CANADIENNES

La régulation du réseau Internet

e-science : perspectives et opportunités pour de nouvelles pratiques de la recherche en informatique et mathématiques appliquées

Jessica Dubois. To cite this version: HAL Id: jpa

Université Paris-Dauphine

Mon Odyssée Lean Startup

LA LETTRE D UN COACH

MSO MASTER SCIENCES DES ORGANISATIONS GRADUATE SCHOOL OF PARIS- DAUPHINE. Département Master Sciences des Organisations de l'université Paris-Dauphine

MSO MASTER SCIENCES DES ORGANISATIONS GRADUATE SCHOOL OF PARIS- DAUPHINE. Département Master Sciences des Organisations de l'université Paris-Dauphine

Les liaisons intermoléculaires de l eau étudiées dans

HAL-Pasteur. La plate-forme d archive ouverte de l Institut Pasteur. Formation au dépôt d articles.

Le menu du jour, un outil au service de la mise en mémoire

Calculer les coûts ou bénéfices de pratiques sylvicoles favorables à la biodiversité : comment procéder?

LA CONJONCTION MÊME SI N EXISTE PAS!

Archives ouvertes : les enjeux dans les politiques d établissement et les projets internationaux

Modèle d évaluation quantitative des risques liés au transport routier de marchandises dangereuses

Compte rendu. Jeudi 12 mars 2009 Séance de 10 heures. Commission des Finances, de l économie générale et du Plan

AICp. Vincent Vandewalle. To cite this version: HAL Id: inria

La transition école travail et les réseaux sociaux Monica Del Percio

Valeur des temps composés de l indicatif : passé composé, plus-que-parfait, passé antérieur, futur antérieur

Rapport de fin de Séjour d un Stage Scientifique au Mexique d une durée de 3 mois. Bernard Chelli

MÉDECINE PSYCHANALYSE DROIT JURISPRUDENCE QUESTIONS À FRANÇOIS-RÉGIS DUPOND MUZART. première partie

Les archives de Luc Bérimont à la bibliothèque universitaire d Angers

Etre gestionnaire d une maison médicale

Rencontres Cap Digital/ Master MTI

Les Cahiers de la Franc-maçonnerie

Synthèse accompagnée d une évaluation critique Processus

B Projet d écriture FLA Bande dessinée : La BD, c est pour moi! Cahier de l élève. Nom : PROJETS EN SÉRIE

PRÉFACE. représenter le roi ou la nation? Préface

Questionnaire sur la situation de l archivage dans les laboratoires du CNRS

Prisca CHABROLIN Année

SolutionS éditoriales

Perspectives du développement de l énergie solaire en U.R.S.S. : conversion thermodynamique en électricité

CHANTIRI-CHAUDEMANCHE Rouba

LIVRAISON DE COLIS ET LOGISTIQUE URBAINE : QUELLES RECOMPOSITIONS DE LA MESSAGERIE EN MILIEU URBAIN?

JRES 2005 : La mémorisation des mots de passe dans les navigateurs web modernes

ACTE D ENGAGEMENT (A.E.)

isi ScSo Un accompagnement documentaire du doctorant Sciences Sociales

Formation continue des personnels URCA. Offre de la Bibliothèque Universitaire

Richard Abibon. «Le sujet reçoit de l Autre son propre message sous une forme inversée»

Les taxis piégés par communes

Que fait l Église pour le monde?

«LIRE», février 2015, classe de CP-CE1 de Mme Mardon, école Moselly à TOUL (54)

Qu est-ce que le pansori? Je voudrais pour commencer interroger les raisons qui m ont amenée à me poser cette question, et à me la poser en français

Réception de Montréal Secteur des valeurs mobilières. Discours d ouverture

SEO On-page. Avez-vous mis toutes les chances de votre côté pour le référencement de votre site?

MEMOIRE POUR UNE HABILITATION A DIRIGER DES RECHERCHES

Jean Sykes Nereus, la collaboration européenne, et le libre accès

Club langue française Quiz. Par Julien COUDERC et Maxence CORDIEZ

INTELLIGIBILITÉ DE LA PAROLE EN CHAMBRE SOURDE - INFLUENCE DU DIFFUSEUR

Construire un tableau de bord pertinent sous Excel

Quelqu un qui t attend

Garth LARCEN, Directeur du Positive Vibe Cafe à Richmond (Etats Unis Virginie)

La problématique de la formation et du recrutement des analystes. mars 2012

Cheque Holding Policy Disclosure (Banks) Regulations. Règlement sur la communication de la politique de retenue de chèques (banques) CONSOLIDATION

La nuit des RH LIVRET TEMPS PARTAGÉ. Avril Direction marketing & communication Groupe IGS. En partenariat avec

Présentation du programme de danse Questions-réponses

LA DEFINITION DES COMPETENCES : QUEL ROLE POUR LES ASSOCIATIONS PROFESSIONNELLES?

Archives Ouvertes : retour d expérience et rôle des documentalistes

Protection de la vie privée basée sur des ontologies dans un système Android

Rapport de stage. 17 mai - 16 juillet 2010 ~ 1 ~ MOUSQUETON Vivien. 3 ème année de Licence LEA. Maître de stage : Olivier MICHAUD.

Sandra. «Un huissier de justice, c est un chef d entreprise» Huissière de justice (Actihuis) INFO PLUS A CONSULTER

SERVICE D ACCOMPAGNEMENT PEDAGOGIQUE DE L UNIVERSITE SORBONNE PARIS CITE

La vidéosurveillance à l école : du maintien de l ordre à l autodiscipline

Les personnages. Dialogue * * * * *

HAL, archives ouvertes. Christine Berthaud, CNRS/CCSD - Directrice

Transcription:

La renaissance de l histoire de la comptabilité Bernard Colasse To cite this version: Bernard Colasse. La renaissance de l histoire de la comptabilité. XVèmes journées d histoire de la comptabilité et du management (Université Paris-dauphine), Mar 2010, Paris, France. <halshs-00674892> HAL Id: halshs-00674892 https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00674892 Submitted on 28 Feb 2012 HAL is a multi-disciplinary open access archive for the deposit and dissemination of scientific research documents, whether they are published or not. The documents may come from teaching and research institutions in France or abroad, or from public or private research centers. L archive ouverte pluridisciplinaire HAL, est destinée au dépôt et à la diffusion de documents scientifiques de niveau recherche, publiés ou non, émanant des établissements d enseignement et de recherche français ou étrangers, des laboratoires publics ou privés.

15èmes journées d histoire de la comptabilité et du management (24-25 mars 2010) Université Paris-Dauphine Conférence d ouverture La renaissance de l histoire de la comptabilité par Bernard Colasse C est un plaisir que me font les organisateurs de ces journées en m invitant à les ouvrir. C est aussi un honneur et cet honneur est d autant plus grand que les quelques papiers à caractère historique que j ai commis ne font pas de moi un historien de la comptabilité ou du management. J ai publié le premier de ces papiers en 1983, dans un numéro spécial des Cahiers Français dirigé par l ami Daniel Boussard et consacré à la comptabilité. Il s agissait d un bref survol de l histoire de la comptabilité visant à donner quelques repères au lecteur. Certes, ce survol s appuyait sur des articles et des ouvrages d histoire de la comptabilité mais il ne procédait pas d une véritable recherche historique ; c était tout au plus de l histoire de seconde main. Le deuxième, évoqué hier par Yannick Lemarchand, est un papier de commande que j ai publié en 1988 dans un numéro spécial de la Revue Française de gestion dirigé par Patrick Fridenson consacré aux racines de l entreprise. Patrick Fridenson qui avait lu le papier précédent m avait demandé un article sur les différentes façons d écrire l histoire de la comptabilité avec, si possible, m avait-il précisé, un fort étayage bibliographique susceptible de servir à des chercheurs ; d où la longue bibliographie qui accompagne ce papier et qui n est exploitée qu en partie dedans. Il ne s agissait donc pas non plus d un article d histoire de la comptabilité mais disons, un peu pompeusement, d un article d épistémologie historique. Cet article doit au rédacteur en chef de la revue, un journaliste, d avoir été publié sous un titre qui ne correspond ni à son contenu, ni à son orientation : «Les trois âges de la comptabilité» (titre qui faisait écho, semble-t-il, à celui d un ouvrage d un économise oublié, André Piettre, «Les trois âges de l économie» ; alors que je lui avais donné pour titre «Les histoires de la comptabilité»! Je regrette encore aujourd hui cette initiative journalistique malheureuse. 1

Finalement, les deux seuls articles d histoire de la comptabilité que j ai publiés sont ceux que j ai co-écrit avec Peter Standish, un collègue australien, sur l évolution de la normalisation comptable française depuis la seconde guerre mondiale et qui ont été publiés en 1998 respectivement dans «Comptabilité-Contrôle-Audit» et dans the «Journal of Management and Governance». Il s agit là d articles qui relèvent de l histoire du temps présent et qui, de ce fait, ont un caractère mixte, ils sont à la fois historiques et sociologiques. La problématique ou le cadre théorique est plutôt sociologique ; avec Peter Standish, nous y questionnons en effet la dynamique des rapports de force entre les grands acteurs de la normalisation comptable. Mais ces deux articles, «évidemment de très grande qualité», ne serait-ce que parce que l un d entre eux a été publié dans l excellente revue «Comptabilité-Contrôle-Audit», ne peuvent suffire à faire de moi un historien. Comme vous pouvez le constater à l évocation de ces papiers, ma contribution à l histoire de la comptabilité est plutôt modeste J ai par ailleurs, comme l a rappelé hier Marc Nikitin, dirigé des thèses d histoire de la comptabilité et du management mais, comme vous le savez, un directeur de thèse, par un singulier renversement des positions, est ou devient souvent l élève de son doctorant. J ai donc, et je le confesse sans culpabilité, progressivement appris la méthode historique grâce à ceux qui, avec beaucoup de générosité et de bienveillance, ont bien voulu jouer auprès de moi, le rôle de doctorants-formateurs. Pour toutes les raisons que je viens d avancer, je suis et ne puis être que très sensible au fait de parler devant un parterre d historiens de la comptabilité et du management. Cet honneur me permet en particulier de mesurer le chemin parcouru en peu de temps par les historiens français de la comptabilité et du management. Pour vous donner une idée de ce chemin, permettez-moi de vous conter deux anecdotes. Étant entendu que l anecdote n est pas un matériau historique mais plutôt un marqueur de l âge, généralement avancé, de celui qui la raconte. Première anecdote. En 1972, il y a maintenant trente-huit ans, je m étais vu confier par le directeur de l ENSAE, l école de l INSEE, un cours de comptabilité générale. Ce cours était destiné aux élèves de la deuxième année dite «directe». Cette deuxième année accueillait sur titre soit des titulaires d une maîtrise scientifique, le plus souvent de mathématiques, soit des élèves de l École polytechnique qui avaient choisi l ENSAE comme 2

école d application et deviendraient des administrateurs de l INSEE. Un auditoire assez «dangereux» qui avait déjà épuisé plusieurs de mes prédécesseurs. Il s agissait de faire à cet auditoire un cours magistral de dix séances d une heure dix chacune. Ce qui évidemment était très peu mais la direction de l École estimait sans doute que cette durée était suffisante pour une discipline «subalterne», notamment par rapport à la comptabilité nationale, et des élèves de cette qualité scientifique. Il me fallut donc concevoir un cours aussi bien adapté que possible à ces grands débutants. Je choisis donc de consacrer la première séance de ce cours à l histoire de la comptabilité. Parmi mes sources, il y avait les fascicules d Albert Dupont (un ancien élève de Polytechnique comme certains de mes auditeurs) pour lesquels j avais et j ai toujours beaucoup de considération. Je profite d ailleurs de l occasion pour vous dire que son quatrième fascicule a disparu de ma bibliothèque et que si l un ou l une d entre vous l avait en double, ou pouvait m en faire une photocopie, je serais preneur ; ce fascicule s intitule «Formes des comptes et façons de compter dans l ancien temps» (SCF, 1928). Je m inspirais encore du Vlaemminck et aussi des écrits de Pierre Garnier et de Jean Fourastié dont j avais suivi les cours à Cachan (le cours de Pierre Garnier était un cours de compta tandis que celui de Jean Fourastié portait sur les assurances). Á ma demi-surprise, cette première séance fut particulièrement bien accueillie ; je dis «à ma demi-surprise» car j avais parié sur la culture générale, la curiosité intellectuelle et la volonté de comprendre de ces élèves scientifiques, culture générale, curiosité intellectuelle et volonté de comprendre que n ont pas toujours, malheureusement, les futurs comptables. Á partir de ce cours je fis, comme il était d usage à l ENSAE, un polycopié et, au début des années 1980, considérant que ce polycopié était au point, il me vint l idée de le publier. Je l ai donc proposé à mon éditeur d alors, les Editions Dunod. Le retour ne se fit pas attendre : mon polycopié n était pas publiable ; et ce pour une raison principale : le chapitre historique découragerait le lectorat comptable, celui-ci étant supposé très allergique à l histoire. La conclusion que l on peut tirer de cette anecdote est qu au début des années 1980, il y a moins de trente ans, on n était pas prêt en France à entendre parler d histoire de la comptabilité dans un manuel de comptabilité. Cela dit, mon polycopié fut quand même publié mais, chez un autre éditeur, Économica, dans la collection «Économie et Statistiques Avancées» de l ENSAE. Il est probable que cet ouvrage serait resté confidentiel si le directeur de la collection «Gestion» d Économica, Yves Simon, n avait pas accepté que la deuxième édition paraisse dans sa collection. Publié la première fois sous couverture verte, il le sera ensuite sous couverture rouge. Permettez-moi de vous signaler que, dans un mois, paraîtra la 11 ème édition avec toujours ce premier chapitre historique, enrichi grâce aux travaux de plusieurs personnes ici présentes. 3

Deuxième anecdote et, je vous rassure, il n y en aura pas de troisième. Au début des années 1990, je soumets au conseil scientifique de cette université un projet de Diplôme d Études Approfondies (DEA) en comptabilité, en d autres termes, un programme de préparation à la recherche comptable. Dans ce projet était prévu un cours d histoire de la comptabilité. On me posa gentiment deux questions : n était-ce pas une provocation pour les «vrais» scientifiques de notre conseil, en l occurrence des mathématiciens, que d afficher que la comptabilité puisse être un terrain de recherche, ne fallait-il pas libeller autrement ce futur DEA pour emporter l adhésion du conseil? Deuxième question : ne fallait-il pas laisser l histoire de la comptabilité aux historiens? J ai accepté la première observation et ce DEA de comptabilité est devenu le DEA «Comptabilité-Décision-Contrôle», les mots «décision» et «contrôle» l anoblissaient ; de plus, ce libellé avait du sens puisque la comptabilité est à la fois un instrument d aide à la décision et un instrument de contrôle. Par contre, je n ai pas transigé sur la présence dans ce DEA d un cours d histoire de la comptabilité, considérant que les historiens, à l époque, ne s intéressaient guère à la comptabilité et qu il fallait que des spécialistes de la comptabilité se consacrent à son histoire. Ce cours fut d abord pris en charge par un directeur financier féru d histoire, M. Romain Durand, avec lequel j ai d ailleurs écrit plus tard un papier en anglais d histoire de la pensée comptable pour un ouvrage collectif dirigé par John Richard Edwards («Twentieth-Century Accounting Thinkers», 1994). Puis, ce cours fut repris par les nouveaux docteurs français en histoire de la comptabilité : Marc Nikitin dont j ai dirigé la thèse, Yannick Lemarchand, Henri Zimnovitch, Nicolas Berland et maintenant Didier Bensadon. Personne n a jamais remis l existence de ce cours en cause et j ai la faiblesse de penser qu il fut une pépinière d historiens-gestionnaires et qu il a contribué à la renaissance la recherche française en histoire de la comptabilité et du management. Ces deux anecdotes n avaient d autre but que de souligner le chemin parcouru en moins de vingt ans par la recherche comptable française en comptabilité et en management. C est l un des rares domaines des sciences de gestion où la France a une réelle visibilité internationale. Témoigne de cette visibilité la présence à ces journées de nombreux collègues étrangers. Je n en suis que plus reconnaissant à leurs organisateurs de m avoir invité à les ouvrir. Je les déclare donc ouvertes et il est maintenant urgent que nous passions aux choses sérieuses, c est-à-dire au travail en ateliers. 4