André Villers, 60 ans de photographie 27 octobre 2012 28 avril 2013 Dossier pédagogique
I. Le Centre d art la Malmaison Créé en 2000, le Centre d art la Malmaison propose chaque année des expositions d art contemporain. Ancien salon de jeu et salon de thé, la Malmaison a jadis appartenu au Grand Hôtel. Le bâtiment a été construit en 1863 sur les plans des architectes Vianey et Blondel. La Malmaison est le seul pavillon qui témoigne de l ensemble d origine. En 1946, elle a abrité l organisation du premier festival du film, puis, en 1969, elle est acquise par la ville. En 1983, le bâtiment est aménagé en espace muséal. Dès 2000, la ville met en place un service dédié à l art contemporain autour du Centre d art. Sa vocation est de présenter des expositions monographiques d artistes des XX e et XXI e siècles. Chaque exposition rassemble en moyenne une centaine d œuvres provenant de collections privées ou publiques. Façade du Centre d art, exposition Gilles Jacob 2011 Olivier Calvel Depuis 2002, le Centre d art la Malmaison poursuit une politique d acquisition d œuvres d art et plus particulièrement d enrichissement de son fonds photographique (composé de photos de Lucien Clergue, André Villers, Caprio, Lee Miller, Penrose Roland, Frédéric Altmann, Delphine Tomaselli, Julien Chatelin, Olivier Calvel, Emilie Saubestre, Lionel Gauci). Façade du Centre d art, exposition Moya 2010 Olivier Calvel
II. André Villers, 60 ans de photographie 1. Petite histoire de la photographie Le mot «photographie» apparaît en 1839 ; il vient des mots grecs photos (lumière) et graphein (écrire). La photographie, c est donc écrire à l aide de la lumière. Aujourd hui, suite aux innovations technologiques, les appareils argentiques se font plus rares, remplacés par le numérique. Les appareils argentiques sont constitués de boîtiers hermétiques à la lumière (basés sur le principe de la caméra obscura) dans lesquels est fixé un film sensible, lui, à la lumière. Il suffit d ouvrir l objectif durant quelques centièmes de seconde pour qu une image se fixe sur le film. Le passage de l argentique au numérique se traduit par le passage d un capteur chimique (les sels d argent) à un capteur électronique (la carte mémoire). Autoportrait perturbé, photocollage, 1997 Le principe de la chambre noire (camera obscura) est connu dès l Antiquité. À la Renaissance, elle est utilisée par les peintres pour représenter au plus près le réel. La chambre noire est un espace fermé et sombre dans lequel la lumière entre par un petit trou (le sténopé). La lumière projette alors une image inversée de l objet pointé. Parallèlement, les expériences chimiques montrent la capacité qu ont les sels d argent à noircir sous l action de la lumière. Au XIX e siècle, Nicéphore Niepce (1765 1833), en associant ces deux phénomènes, est à l origine de la première photographie. Quelques années plus tard, il s associe à Jacques Daguerre et, en 1831 le daguerréotype voit le jour. Cet appareil est constitué de plaques de cuivre recouvertes d une couche photosensible d iodure d argent. En 1835, William Henry Fox Talbot crée le premier négatif, ce qui permet de reproduire les images à l infini. Camera obscura de Léonard de Vinci L apparition de la photographie ôte à la peinture le rôle de représenter le réel et remet son existence en question. Dès ses débuts, la photographie sera confrontée à un double défi : embellir, en héritage des beaux-arts, et dire la vérité. Dans la deuxième moitié du XX e siècle, un besoin de «faire du neuf» s est fait ressentir par des artistes (Weston, Cartier Bresson, Robert Franck) tournés vers la modernité, qui proposent une nouvelle façon de regarder le monde de manière scientifique. À partir des années 1980, la photographie s est affirmée comme document et comme œuvre d art. Elle occupe de nos jours une place importante dans l expression artistique contemporaine.
2. L artiste : André Villers André Villers est né en 1930 à Beaucourt (village de l Est de la France). À la suite des privations engendrées par la seconde guerre mondiale, il est atteint de décalcification osseuse. Il est alors transporté en 1947 au sanatorium de Vallauris pour y être soigné. C est là qu il suit pour la première fois, dès 1952, des cours de photographie. En 1953, la rencontre avec le peintre Picasso marque le début d une amitié qui débouchera sur des travaux communs (Diurnes, 1962) et lui permet de côtoyer de nombreux artistes : Chagall, Léger, Miro, Dali, César, Prévert, Butor, Aragon, Le Corbusier Cette rencontre d André Villers avec Picasso et la peinture est fondamentale pour comprendre le développement de ses recherches. Les travaux du photographe Man Ray (1890 1976) ont beaucoup marqué les recherches d André Villers. Photographe mais également peintre et réalisateur, il est très proche du mouvement dada et du surréalisme. Il est l inventeur des rayographies. La photographie constitue, pour André Villers, un support lui permettant d explorer la création artistique, de transcender la réalité et de donner corps à sa vision poétique du monde. À 82 ans, l artiste ne se sépare toujours pas de son Rolleiflex, et s il ne peut plus plonger ses mains dans le révélateur, il n en poursuit pas moins ses recherches. Autoportrait, 1970, tirage unique, 30 x 40 cm 3. L exposition : 60 ans de photographie L exposition ne propose pas les séries les plus connues du grand public, tels que les portraits de Picasso et les nombreux portraits de peintres dans leur atelier, mais dévoile les multiples expérimentations qui témoignent des recherches menées par le photographe. «Tout ce qui n est pas inv entif m indiffère.» L exposition est axée sur les expériences photographiques réalisées par André Villers dans son laboratoire. Le tirage, en tant que matière fondamentale, constitue pour lui une source inépuisable de création. Ainsi, il affirme : «L apparition de la première image dans le bain de révélateur fut pour moi tout un spectacle! Mon intérêt pour cette vision magique n a pas cessé, et si je fais des négatifs, si je photographie toujours beaucoup, c est pour avoir la joie, seul dans le laboratoire, de voir et pour la première fois au monde, le développement et la recréation sur une feuille de papier, de ce que j ai en quelque sorte volé et mis dans mon appareil quelques instants auparavant.»
4. Quelques clés pour comprendre Photos à texte : Les œuvres de cette série sont des photogrammes réalisés à partir de 1978. Ces œuvres démontrent le travail de laboratoire du photographe. Lors du développement, sur l agrandisseur, André Villers superpose des textes sur films transparents aux négatifs, créant des œuvres qui jouent sur la transparence et le mystère des superpositions. Dans plusieurs de ces photographies, les textes sont de Michel Butor, un des écrivains favoris de la pensée d André Villers. En 1977, les deux créateurs s associent et publient l ouvrage Pliages d ombres. Photo à texte, 1979, tirage unique 50 x 40 cm Jet de révélateur : La série Jet de révélateur fait également appel à une technique qui est entièrement élaborée dans le laboratoire, lors du développement. En règle générale, les négatifs sont, en chambre noire, placés dans un bain de révélateur. Le liquide va révéler l image contenue sur le négatif. Dans cette série, le photographe ne plonge pas son négatif dans le liquide mais projette une partie du liquide sur le papier sensible. Cela a pour conséquence de révéler une partie seulement de l image, laissant faire le hasard. Jet de révélateur, 1990, Tirage unique, 60.5 x 50 cm Photocollages : André Villers débute cette série dans les années 1990. Ces photocollages montrent les liens de l artiste avec Picasso, et plus généralement avec la peinture. Ils prouvent que la relation d André Villers avec les peintres ne s est pas limitée à des portraits, mais s est étendue jusque dans sa création. Ils constituent une sorte d hommage à tous les artistes qu il a rencontrés. Photographes en carton : Ces personnages marquent l étape suivante ; la photographie n est plus un fond obligatoire, elle est un matériau, au même titre que le carton et le pastel. Cependant, elle reste le sujet principal. André Villers cesse momentanément de photographier pour découper. On peut voir dans cette série un hommage à toutes les rencontres qui ont marqué sa vie. Parmi les milliers de personnages qu il crée, aucun n est identique. Photocollage, 1994 55 x 47.7 cm
Clair de lune : Dans la dernière salle de l exposition, est présenté un travail sur la lumière et les ombres. Les expérimentations sur la lumière sont essentielles pour André Villers. Les séries Ombres autoportrait et Clair de lune montrent deux expériences différentes : l une en extérieur sur les jeux d ombres et l autre en laboratoire avec la solarisation. 5. Glossaire Michel Butor : (1926) Romancier, essayiste et poète. Son roman La Modification en fait une figure incontournable du nouveau roman (qui réunit entre autres Marguerite Duras, Alain Robbe-Grillet, ) Clair de lune, 1995, tirage unique 50x 60.5 cm Mouvement dada : Mouvement créé en réaction à la première guerre mondiale en opposition à la faillite des civilisations, de la culture et de la raison. Les artistes de ce mouvement souhaitent briser les conventions qui régissent l art. La création est mise au premier plan. Quelques artistes ayant appartenu au dadaïsme : André Breton, Marcel Duchamp, Max Ernst, Francis Picabia, Tristan Tzara. Photogramme : Un photogramme est le fruit d une exposition directe, en laboratoire, d objets entre la source lumineuse et le papier sensible. Photosensible : Qui est sensible à la lumière. Rayographie : Expérience mise au point par Man Ray. Image créée par l action de la lumière sur un papier, sans utilisation d un appareil photo. Série : Ensemble d œuvres qui forment une unité, ayant en commun un thème, un support, un traitement plastique. Solarisation : Technique qui consiste à exposer rapidement le négatif à la lumière, lors du développement. Cela induit l inversion des valeurs d ombre et de lumière pour créer un effet très particulier. Mots Clés : OMBRE LUMIÈRE NOIR ET BLANC COLLAGES SÉRIE TIRAGE MÉMOIRE LABORATOIRE PHOTOGRAMMES EXPÉRIMENTATION LABORATOIRE