La canicule d août 2003 en France et en Europe



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Transcription:

La Météorologie - n 46 - août 2004 25 La canicule d août 2003 en France et en Europe Climatologie Résumé Une grande partie de l Europe de l Ouest incluant la France a connu pendant la première quinzaine d août 2003 une canicule exceptionnelle, à la fois : par sa durée, près de deux semaines entre 1 er et le 15 août ; par son intensité, les records absolus de température maximale ont été battus au cours des douze premiers jours d août 2003 sur plus de 70 stations du réseau français ; par son extension géographique. La majeure partie de la France, de la péninsule Ibérique et de l Italie ont été touchées, mais aussi une portion importante de l Allemagne et des pays bordant la mer Adriatique. La Suisse, l Autriche, la Belgique, les Pays-Bas ont également connu une chaleur record. Mais ce sont surtout les conséquences catastrophiques en termes de pertes de vies humaines qui auront marqué les esprits : près de 15 000 décès additionnels en France au mois d août. Abstract The August 2003 heat wave in France and Europe During the first half of August 2003 a large part of Western Europe, including France, was affected by a heat wave which was exceptional for several reasons: its length, nearly two weeks from August 1 to 15; its intensity, absolute records of temperature were broken at more than 70 stations of the French network; its geographical extent most of France, the Iberian peninsula, Italy were concerned, as well as much of Germany, and countries bordering the Adriatic sea. Switzerland, Austria, Belgium, the Netherlands also experienced record temperatures. However, the most noticeable catastrophic consequence was the heavy losses of life: nearly 15,000 excess deaths for August in France alone. Pierre Bessemoulin (1), Nicole Bourdette (2), Philippe Courtier (3) et Jacques Manach (4) (1) Météo-France - Direction de la climatologie 42, avenue Gaspard-Coriolis - 31057 Toulouse Cedex 01 pierre.bessemoulin@meteo.fr (2) Météo-France - Direction de la climatologie - Toulouse (3) Météo-France - Directeur général adjoint - Paris (4) Météo-France - Direction de la prévision - Toulouse Quelques définitions L origine du mot canicule provient du latin «canicula», petite chienne, nom donné à l étoile Sirius de la constellation du Grand Chien. Dans l Antiquité, on avait remarqué que les fortes chaleurs estivales commençaient généralement lorsque le Soleil et Sirius se levaient et se couchaient ensemble. Parmi les autres mots caractérisant une période de chaleur intense, figure celui de vague de chaleur. L Organisation météorologique mondiale (OMM) la définit comme «un réchauffement important de l air, ou une invasion d air très chaud sur un vaste territoire, généralement de quelques jours à quelques semaines», sans pour autant y associer de seuil spécifique, en raison de la grande diversité des climats locaux. Certains pays, comme la Grande- Bretagne, considèrent qu il y a canicule si la moyenne journalière dépasse de plus de 4 C la normale mensuelle du lieu. L Institut royal de météorologie des Pays-Bas la définit comme une période d au moins cinq jours consécutifs pendant lesquels la température minimale atteint 25 C et la température maximale 30 C. En France, la définition utilisée jusqu ici, à savoir une période d au moins deux jours consécutifs au cours desquels les températures ont atteint ou dépassé la valeur de 35 C, apparaît très réductrice, en particulier parce qu elle ne prend pas en compte un seuil de température minimale. Une adaptation de la définition néerlandaise, en remontant le seuil haut de 30 C et surtout en l adaptant aux particularités régionales, serait sans doute beaucoup plus appropriée. Figure 1 - Série temporelle de la température moyenne quotidienne à Paris (en noir), comparée aux déciles supérieur (en rouge) et inférieur (en bleu).

26 La Météorologie - n 46 - août 2004 Des notions également souvent utilisées sont celles de jour de chaleur, qui s applique lorsque la température maximale du jour atteint ou dépasse 25 C, de jour de forte chaleur lorsque la température maximale du jour atteint ou dépasse 30 C, et de jour de très forte chaleur lorsque la température maximale du jour atteint ou dépasse 35 C. Comme le fait remarquer Besancenot (2002), «une vague de chaleur se définit moins météorologiquement que médicalement : ce serait un paroxysme thermique positif de basse fréquence entraînant une surmortalité». 2003 en France : de la sécheresse à la canicule Les précipitations d octobre 2002 à janvier 2003 ont permis un remplissage correct des nappes et des réserves en eau, mais un temps faiblement perturbé dès février et des températures nettement audessus de la normale saisonnière en mars et avril ont favorisé la croissance de la végétation, entraînant une demande en eau accrue, notamment dans les réservoirs superficiels. La sécheresse des sols s est installée dès mars, réduisant ainsi très fortement l évaporation, ce qui a eu pour résultante une augmentation de la température près du sol ; cela constitue un des volets de la rétroaction positive de l humidité des sols. De juin à août, la situation s est aggravée avec les fortes chaleurs et l absence de pluies. Sécheresse et canicule se sont alors conjuguées, et, dès la mi-juillet, des incendies ont ravagé le sud-est de la France. La figure 1 présente l évolution de la température quotidienne moyenne à Paris : il est particulièrement remarquable qu elle dépasse le décile supérieur pendant douze jours consécutifs, du 4 au 15 août. La canicule a bien été prévue par Météo-France, qui, outre les prévisions habituelles, a communiqué vers le grand public par l intermédiaire de communiqués météorologiques de presse, compte tenu de l ampleur de l événement prévu : le 1 er août (mise en place de la canicule), le 7 août (poursuite pour encore une semaine) et le 13 août (fin de l épisode). En particulier, dans celui du 7 août, l attention sur le risque sanitaire est explicite, en raison de la durée et de l amplitude prévues. Ces communiqués de presse ont très largement été repris par tous les médias : télévision, presse écrite et parlée. La prévision d ensemble à moyenne échéance du Centre européen Figure 2 - Température moyenne mensuelle en France pour l année 2003 (en rouge) calculée à partir des stations représentatives des 22 régions économiques et comparée aux normales mensuelles (en jaune). Normale mensuelle TM mensuelle Figure 3 - Évolution des moyennes estivales (du 1 er juin au 31 août) des températures quotidiennes maximales (haut), moyennes (centre) et minimales (bas) en France depuis 1950. pour les prévisions à moyen terme s est montrée particulièrement performante (Gazzini et al., 2004). La figure 2 illustre le fait que des températures excédentaires ont été observées dès le mois de mars. C est le mois de juin, avec un écart de +4,7 C par rapport à la normale 1971-2000, qui enregistre l excédent le plus important, suivi d août (+4,4 C) et juillet (+1,8 C). L été 2003 est le plus chaud jamais observé depuis le début de la mise en place d un réseau d observation en France. Il est bien plus chaud (de 1,7 à 2,7 C) que les trois précédents étés les plus chauds (1976, 1983 et 1994 pour la température maximale, 1994 pour la température moyenne). Mais, surtout, il est plus chaud pour les températures minimales de 3,5 C que la moyenne 1950-1980 et de 1,7 C que 1994, le deuxième été le plus chaud (figure 3). Pour le trimestre estival juinjuillet-août, un calcul de durée de retour (1) fournit les valeurs suivantes pour les températures : moyenne des températures minimales et moyennes journalières : de l ordre de 190 ans ; moyenne des températures maximales journalières : de l ordre de 140 ans. En ce qui concerne les cumuls de précipitations de février à août, on note un déficit de 20 à 50 % sur la grande majorité du territoire ; seuls le Languedoc- Roussillon et localement le piémont pyrénéen sont excédentaires. La sécheresse des sols s achève en septembre. (1) La durée du retour est l'inverse de la fréquence estimée de l'événement. Elle représente le délai moyen entre deux occurrences de cet événement.

La Météorologie - n 46 - août 2004 27 a b c Figure 4 - Champs de température analysés à 850 hpa, a, le 1 er août 2003, b, le 7 août 2003, c, 13 août 2003. Le contexte synoptique Fin juillet-début août, une puissante dorsale d altitude se développe de Gibraltar aux Pays-Bas, puis se renforce sur la France. Elle va ramener pendant plus de dix jours de l air très chaud et très sec en provenance du sud de la Méditerranée (figure 4). Des conditions anticycloniques s installent également en surface, rejetant d éventuelles perturbations au nord des îles Britanniques et maintenant un air sec et stable sur le pays. De ce fait, toute convection est inhibée. Les premiers records de température maximale tombent dans le Sud-Ouest dès le 3 et le 4 août, tandis que la dorsale d altitude se renforce sur l Europe de l Ouest. La puissante dorsale d altitude surplombant un marais barométrique reste bloquée les jours suivants. Pendant toute cette période, non seulement les journées sont torrides, mais des températures nocturnes record sont observées, dépassant les 25 C comme les 11 et 12 août à Paris. Ces deux jours sont véritablement exceptionnels dans le sens où, aux conditions thermiques très adverses, s est ajoutée une dégradation de l environnement. À la pollution par l ozone, prédominante sur l ensemble de la période, est venu se superposer ces deux jours un pic en dioxyde d azote associé à des vents très faibles. La dorsale ne commence à s affaiblir que le 13 août. Le 14, la baisse du champ de pression est quasi généralisée sur l Europe de l Ouest, et, le 15, le flux se réoriente au sud-ouest sur les côtes atlantiques. La canicule sur la France Cette canicule a été exceptionnelle par sa durée (près de deux semaines) et son intensité. Les records absolus de température maximale ont été battus au cours des douze premiers jours d août 2003 sur plus de 70 stations météorologiques (d un ensemble de 180 stations, notre échantillon représentatif des villes françaises). Figure 5 - Chronologie des températures minimales (Tn) et maximales (Tx) quotidiennes, moyennées sur la France à partir des stations représentatives des 22 régions économiques, entre le 1 er juin et le 31 août 2003. Les courbes en jaune et bleu clair représentent les normales mensuelles.

28 La Météorologie - n 46 - août 2004 Station Nouveau record en 2003 Ancien record Ambérieu (01) 40,3 C le 13-08 40,2 C le 27-07-1983 Saint-Girons (09) 38,6 C le 04-08 38,2 C en juillet 1983 Carcassonne (11) 41,9 C le 13-08 41,8 C le 12-08-2003 41,8 C le 12-08 41,0 C le 06-08-2003 41,0 C le 06-08 40,2 C le 06-07-1982 Millau (12) 38,0 C le 12-08 37,5 C le 16-08-1987 Caen (14) 38,9 C le 05-08 36,6 C le 01-07-1952 Brive (19) 40,7 C le 12-08 40,5 C le 04-08-2003 40,5 C le 04-08 39,6 C le 12-07-2003 Châtillon-sur-Seine (21) 40,7 C le 07-08 40,2 C le 06-08-2003 Dijon (21) 39,0 C le 07-08 38,5 C le 05-08-2003 38,5 C le 05-08 38,1 C en 1983 Guéret (23) 38,5 C le 07-08 38,4 C le 04-08-2003 Bergerac (24) 41,1 C le 04-08 38,4 C le 04-08-1990 Évreux (27) 36,8 C le 05-08 36,7 C le 03-08-1990 Nîmes (30) 41,6 C le 09-08 41,6 C le 09-08-1923 Mont Aigoual (30) 28,7 C le 11-08 28,2 C le 01-08-1947 Toulouse-Blagnac (31) 40,7 C le 04-08 40,2 C le 01-08-1947 40,2 C le 08-07-1982 Bordeaux-Mérignac (33) 40,7 C le 04-08 38,8 C en 1998 Dinard (35) 39,4 C le 05-08 35,4 C le 01-07-1952 Chatte (38) 40,2 C le 05-08 39,8 C en juillet 1983 Grenoble-Saint-Geoirs (38) 39,5 C le 13-08 38,9 C le 12-08-2003 38,9 C le 12-08 38,7 C le 05-08-2003 38,7 C le 05-08 38,3 C le 26-07-1983 Gourdon (46) 41,8 C le 04-08 40,7 C le 19-07-1998 40,7 C le 22-06-2003 Reims (51) 39,3 C le 12-08 38,6 C le 07-08-2003 38,6 C le 07-08 38,3 C le 28-06-1947 Nancy-Essey (54) 39,3 C le 08-08 38,4 C le 05-08-2003 Nancy-Ochey (54) 38,4 C le 12-08 37,8 C le 08-08-2003 37,8 C le 08/08 36,8 C le 11-08-1998 Nevers (58) 39,2 C le 11-08 38,9 C le 07-08-2003 38,9 C le 07-08 38,8 C le 05-08-2003 38,8 C le 05-08 38,7 C le 23-07-1947 Creil (60) 39,1 C le 12-08 38,1 C les 06 et 10-08-2003 Biarritz (64) 40,6 C le 04-08 39,8 C le 05-07-1982 Bâle-Mulhouse (68) 39,1 C le 13-08 38,8 C le 31-07-1983 Lyon-Bron (69) 40,5 C le 13-08 39,8 C le 22-07-1983 Mâcon (71) 39,8 C le 13-08 39,2 C le 29-07-1947 Mont-Saint-Vincent (71) 36,4 C le 05-08 36,3 C le 31-07-1983 Le Mans (72) 40,5 C le 06-08 40,4 C le 28-07-1947 Toussus-le-Noble (78) 39,1 C le 11-08 38,6 C le 06-08-2003 38,6 C le 06-08 37,1 C le 21-07-1995 Trappes (78) 39,1 C le 06-08 37,6 C le 28-07-1947 Niort (79) 40,1 C le 05-08 39,1 C le 04-08-2003 Albi (81) 40,9 C le 05-08 40,8 C le 30-07-1983 Burlats (81) 42,5 C le 04-08 41,6 C le 30-07-1983 Lacaune (81) 36,7 C le 06-08 36,5 C le 22-07-2003 Orange (84) 42,6 C le 12-08 40,7 C le 26-07-1983 Carpentras (84) 41,9 C le 12-09 41,6 C en 1983 Fontenay-le-Comte (85) 41,9 C le 09-08 41,2 C le 04-08-2003 41,2 C le 04-08 37,6 C le 20-07-1995 Dès le 4 août, des températures supérieures à 35 C ont été observées dans les deux tiers de ces 180 stations météorologiques, réparties sur l ensemble des régions françaises. Des températures supérieures à 40 C ont été relevées dans 15 % de ces mêmes stations, y compris en Bretagne, ce qui n était encore jamais arrivé depuis le début des mesures de température. La chronologie des températures minimales et maximales, moyennées sur la France, est présentée figure 5. On y remarque la montée progressive des températures maximales entre le 1 er et le 5 août, d une valeur proche des normales (24,8 C) jusqu à une valeur de 37 C, ces températures se maintenant entre 36 C et 37 C jusqu au 13 août. Le nombre de jours où les températures 35 C et 40 C ont été dépassées est particulièrement remarquable (figure 6), comme à Auxerre où les 40 C ont été dépassés huit jours d affilée. À noter que le record absolu de température en France a été enregistré à Saint-Christollès-Alès (poste climatologique) et à Conqueyrac (station automatique), dans le Gard, avec 44,1 C, battant le vieux record de Toulouse- Francazal du 8 août 1923 (égalé plusieurs fois, dont les deux dernières avant cet épisode à Vallon-Pont-d Arc dans l Ardèche, les 6 juillet 1982 et le 30 juillet 1983). Le nombre de jours où la température a dépassé les 35 C et les 40 C est aussi exceptionnel par l étendue géographique concernée comme on peut le voir sur la figure 6 et sur le tableau 1. Tableau 1 - Quelques records absolus de température quotidienne maximale battus en France en août 2003.

La Météorologie - n 46 - août 2004 29 a b Figure 6 - Nombre de jours avec : a,température maximale (Tx) supérieure à 35 C et b, température maximale (Tx) supérieure à 40 C sur la période 1 er au 18 août 2003 (pour les stations d altitude inférieure à 500 mètres). Illustration sur Paris À Paris, où Météo-France dispose d une série chronologique depuis 1873, on peut illustrer les propos précédents en étudiant les séquences de jours consécutifs où la température maximale a dépassé les 35 C. On note de telles séquences : en 1998 quatre jours du 8 au 11 août et en 1911 cinq jours du 8 au 12 août. Sur cette séquence de 1911, les valeurs moyennes sont les suivantes : température minimale : 19,2 C ; température maximale : 36,2 C ; température moyenne : 27,7 C. En conclusion, cette période de canicule dépasse de très loin tout ce qui a été connu depuis 1873 par son intensité et sa longueur, tant au niveau des températures minimales, maximales que moyennes. Le seul record qui n a pas été battu est celui du maximum absolu, mais on a observé dans la région des valeurs plus élevées, en particulier à Saint-Maur (Val-de-Marne). Il faut insister particulièrement sur les 11 et 12 août qui sont deux jours tout à fait exceptionnels intervenant à un moment où les conséquences cumulatives de la canicule sont déjà très sensibles dans de multiples domaines. Le vent qui est devenu très faible en fin de période les 11 et 12 a eu également un double rôle : dans le domaine de la pollution, car aux pics d ozone observés, particulièrement forts et permanents pendant tout l épisode, est alors venu s ajouter un pic de dioxyde d azote ; en diminuant la ventilation et en accentuant donc encore le risque de non-dispersion des polluants et de nonrefroidissement du corps humain. L humidité relative, qui est reconnue comme un facteur aggravant de la canicule, n est pas ici un élément déterminant, car l humidité est restée généralement faible. En 2003, on a une séquence de neuf jours consécutifs du 4 au 12 août avec les valeurs moyennes suivantes : température minimale : 23,4 C ; température maximale : 38,1 C ; température moyenne : 30,8 C. De plus, les 11 et 12 août, le record absolu de température minimale est battu : il s élève à 25,5 C et dépasse de très loin le record précédent qui s élevait à 24 C en juillet 1976. Figure 7 - Nombre de jours du trimestre juin-juillet-août 2003 où la température maximale journalière a dépassé le décile supérieur de température maximale journalière calculé sur la période 1961-1990. (Source : projet European Climate Assessment, www.knmi.nl/samenw/eca/ index.html). Le décile supérieur est la valeur-seuil qui n a été dépassée que dans 10 % des cas dans les relevés des archives climatiques. Depuis 1873, les cinq jours les plus chauds en température moyenne se situent dans cette période, suivis du 28 juillet 1947 (mais qui a connu une température maximale plus élevée : 40,4 C), puis par deux autres jours de cette période d août 2003.

30 La Météorologie - n 46 - août 2004 Figure 8 - Évolution des températures, a, minimales et b, maximales quotidiennes dans différentes villes européennes du 1 er au 15 août 2003. a La canicule en Europe La canicule de la première quinzaine d août a touché, mais dans une moindre mesure en termes de pertes de vies humaines, les pays voisins. La figure 7 illustre les régions d Europe où la vague de chaleur a été la plus prononcée par rapport à leur propre climatologie. Sous une autre forme, les figures 8a et 8b montrent des températures minimales et maximales quotidiennes à Paris, Orange, Lisbonne, Bruxelles, Madrid et Londres. Du 7 au 14 août 2003, à Paris- Montsouris, les températures minimales sont restées de façon quasi continue audessus des 23 C. Parmi les stations comparées ici, seule celle de Lisbonne enregistre des valeurs de températures minimales de cet ordre, mais avec cependant une baisse du 9 au 11. En ce qui concerne les températures maximales, du 4 au 12, Paris-Montsouris et Orange restent largement au-dessus des 36 C. Il en est de même pour Madrid, mais avec des températures moins élevées. Les températures relevées en Allemagne et en Suisse ont toutefois été réellement exceptionnelles, comme le traduit la figure 7, puisque le Deutsche Wetterdienst a estimé la durée de retour de la température de l été 2003 en Allemagne à 1 000 ans (E. Dittmann, communication personnelle) et Météo-Suisse à plusieurs millions d années en Suisse (Schär et al., 2004). b L Espagne et l Italie ont aussi été concernées par l épisode caniculaire, mais seule l Andalousie a connu une canicule plus sévère que la France, tempérée par le fait que la population de cette région possède un seuil bio-critique de température supérieur à celui du nord de la France (26 C pour la Belgique, à comparer à 41 C pour l Andalousie). Le nombre de jours où des températures de 35 C et 40 C ont été dépassées dans tous ces pays est présenté figures 9 et 10. L impact sanitaire Il existe, dans la mémoire collective récente, des vagues de chaleur ayant engendré une forte mortalité. À l étranger, les canicules qui ont suscité les plus forts impacts médiatiques sont celles ayant touché Chicago (739 décès supplémentaires en juillet 1995 lors d une vague de chaleur de quatre jours, suite à des températures ayant atteint 40,0 C le Figure 9 - Nombre de jours du 1 er au 18 août 2003 avec température maximale supérieure à 35 C.

La Météorologie - n 46 - août 2004 31 Figure 10 - Nombre de jours du 1 er au 18 août 2003 avec température maximale supérieure à 40 C. En 2003, l augmentation des décès par rapport à la moyenne a atteint 60 % en France entre le 1 er et le 20 août selon l Inserm, soit 14 802 décès supplémentaires, chiffre corrigé ultérieurement à 15 000. La mortalité a été très prononcée dans la région Centre où elle a doublé dans les départements suivants : Aube, Cher, Creuse, Deux-Sèvres, Indre, Indre-et-Loire, Loiret, Loir-et- Cher, Sarthe, Vienne, et en Île-de- France (Paris et les cinq départements périphériques) où elle a plus que doublé (+130 %). Parmi les cas de surmortalité observés lors de l été 2003, les causes directement liées à la chaleur (coups de chaud, déshydratations, hyperthermies) ont représenté, selon l Inserm, 29 % des décès, les maladies cardio-vasculaires 21 % et les maladies de l appareil respiratoire 8 %. Les chiffres pour l Europe sont synthétisés sur le tableau 2. 13 juillet 1995) et Athènes (4 093 décès supplémentaires enregistrés lors de la troisième décade de juillet 1987, avec des températures ayant atteint 43,6 C). Paradoxalement, elles sont de bien moins grande amplitude que celles ayant affecté la France il n y a pas si longtemps. En effet, notre pays a connu deux épisodes de canicule avant 2003, qui ont eu également des conséquences sanitaires dramatiques : en juin-juillet 1976, une vingtaine de départements ont vu leur mortalité s élever de plus de 10 % ; la canicule mémorable de juillet 1983 dans le sud-est de la France a fait 300 morts dans la seule région de Marseille, imputables directement ou indirectement à la chaleur. Lors de la dernière semaine de juillet 1983, les températures minimales à Marseille n ont pas baissé au-dessous de 28 C (ce chiffre représente la normale des températures maximales pour juillet!), avec de l air humide et des températures maximales comprises entre 35 et 41 C. Le thermomètre n est pas descendu au-dessous de 20 C pendant vingt jours. La surmortalité sur juin et juillet 1983 sur l ensemble de la France s est élevée à 4 700 cas. Le très faible décalage temporel entre augmentation de température et mortalité est frappant sur la figure 11, particulièrement vers la fin de la vague de chaleur où les températures nocturnes et minimales ne sont pas descendues en dessous de 25 C. Et dans un passé plus lointain? Emmanuel Le Roy-Ladurie, célèbre historien, rappelle que les sécheresses et les canicules ont marqué notre histoire, comme cette série d étés caniculaires de 1331 à 1334, ou de 1383 à 1385. Lors de l été 1636 qualifié d été du Cid, les témoins rapportent «un effroyable harassement de chaleur» pendant plusieurs semaines à Paris. La mortalité devient alors facilement catastrophique en raison de la dysenterie résultant de l infestation des cours d eau et des puits presque à sec : 500 000 morts lors de l été 1636 ou de l été 1705, 700 000 lors des canicules estivales de 1718-1719. Enfin, on rappelle souvent que l enchaînement de pluies abondantes à l automne 1787, de grêle au printemps 1788, d un été 1788 caniculaire et de la rigueur de l hiver 1788-1789 déboucha sur l éclosion du contexte révolutionnaire de 1789. Tableau 2 - Synthèse des effets sanitaires de la vague de chaleur d'août 2003 en Europe de l Ouest. Pays Décès additionnels Température maximale la plus haute relevée France 15 000 44,1 C à Saint-Christol-lès-Alès le 12-08-2003, contre 44,0 C à Toulouse-Francazal le 08-08-1923. Allemagne Plus de 2 000 40,2 C à Karlsruhe le 09-08 et à Karlsruhe et Freiburg i. Br. le 13-08 (égalant le record de Gaermersdorf le 27-07-1983) (1) Royaume-Uni 2 045 38,5 C à Faversham (Kent) le 10-08 et 37,9 C à l aéroport de Heathrow (ancien record : 37,1 C à Cheltenham le 03-08-1990) Italie 4 175 Le record de 46,2 C (25-06-1982) n a pas été battu. Le record pour les stations actuellement existantes reste 45,4 C (02-07-1998) Espagne 141 46,2 C à Cordoue le 01-08-2003, à comparer avec les 46,6 C au même endroit le 23-07-1995 et avec les 47,0 C à Séville le 06-09-1946 (donnée plus discutable) Portugal 1 316 (mais sans doute 47,3 C à Amareleja le 1 er août (ancien record : 46,5 C plus de 2 000) le 24-07-1995 au même endroit) Belgique 150 38,6 C à Aubange le 08-08 (ancien record : 38,4 C à Ronquières le 06-07-1957) Pays-Bas 1 000 à 1 400 37,8 C à Arcen le 07-08, le record reste de 38,6 C à Warnveld le 24-08-1944 Suisse Pas d estimation 41,5 C à Grono le 11-08-2003 (ancien record : 39,0 C à Bâle) (1) La température moyenne du trimestre estival juin-juillet-août 2003 a été estimée par le Deutsche Wetterdienst à 19,6 C et sa durée de retour à 1 000 ans.

32 La Météorologie - n 46 - août 2004 Figure 11 : courbe rouge : température quotidienne moyenne en 2003 à Paris, courbe bleue : température quotidienne moyenne en 2002 à Paris, histogramme rouge : nombre quotidien de décès à Paris en 2003, histogramme bleu : nombre moyen quotidien de décès à Paris sur la période 1999-2002. (Source : Météo-France et Institut de veille sanitaire). Extension géographique des trois canicules les plus récentes en France Les trois listes ci-dessous correspondant aux années 1976, 1983 et 2003 indiquent les journées au cours desquelles les températures ont atteint ou dépassé la valeur de 35 C sur au moins deux journées consécutives, cela pour les 22 stations météorologiques représentatives des 22 régions économiques françaises. Si l on caractérise par «épisode de très forte chaleur» les périodes sur lesquelles ces conditions météorologiques sont remplies sur une zone étendue, donc sur plusieurs régions économiques, nous pouvons identifier les épisodes suivants pour les trois canicules historiques les plus récentes dans les villes représentatives de ces régions : 1976 : du 25 juin au 5 juillet, d abord sur le Sud-Ouest et l Ouest, puis sur l Île de France et la Champagne. Bordeaux : les 24 et 25 juin ; Rennes : du 25 au 26 juin, et du 28 au 30 juin ; Nantes : du 25 au 30 juin ; Reims : du 30 juin au 5 juillet ; Paris et Beauvais : du 2 au 3 juillet. 1983 : du 25 juillet au 31 juillet, sur le Sud-Est avec extension sur l Est du Massif central et la Franche-Comté. Ajaccio : du 25 au 29 juillet ; Besançon : du 26 au 27 juillet ; Clermont-Ferrand : du 30 au 31 juillet ; Lyon : du 25 au 27 juillet, puis du 30 au 31 juillet ; Marignane : du 25 au 27 juillet, puis du 29 au 31 juillet ; Montpellier : du 29 au 31 juillet. 2003 : du 3 au 13 août, sur l ensemble de la France, à l exception de l extrême Nord, du Languedoc-Roussillon et de la Corse. Besançon, Bordeaux, Châteauroux, Clermont-Ferrand, Dijon, Lyon, Marignane, Nancy, Orléans, Poitiers, Toulouse : du 3 au 13 août ; Beauvais : du 5 au 7 août ; Caen : du 3 au 4 août, puis du 9 au 11 août ; Nantes : du 4 au 5 août, puis du 7 au 10 ; Paris : du 4 au 12 août ; Reims : du 5 au 12 août ; Rennes : du 4 au 5 août, puis du 8 au 11 août ; Strasbourg : du 3 au 10 août ; Abbeville : du 10 au 11 août. L épisode 2003 est manifestement le plus étendu, et de ce point de vue comparable à celui de 1947, dont on rappelle ici quelques caractéristiques. L année 1947 est célèbre pour les amateurs de vins, car on a souvent parlé d année du siècle! La sécheresse a démarré début avril et s est étendue : jusqu à fin octobre, dans la moitié nord et le Centre ; jusqu à mi-août dans les régions méridionales (aucune pluie n est tombée à Toulon, par exemple, entre le 4 mai et le 8 août). À la sécheresse, sont venues s ajouter dès la fin mai des chaleurs remarquables qui se sont prolongées jusqu à la miseptembre et qui ont atteint une intensité exceptionnelle du 29 mai au 3 juin, du 24 au 29 juin, du 21 juillet au 4 août, et du 10 au 19 septembre. Les températures moyennes mensuelles d avril à octobre ont été très supérieures à la normale, la dépassant de 2 C en mai ainsi qu'en juillet, et de 3 C et plus en août À l'hôpital d'arras, la température est montée jusqu'à 36 degrés dans certaines chambres. Faute de moyens de climatisation, une mère rafraîchit son fils avec une serviette mouillée. ( AFP, Philippe Hugen)

La Météorologie - n 46 - août 2004 33 Figure 12 - Nombre de jours du trimestre juin-juillet-août 1947 où la température maximale journalière a dépassé le décile supérieur de température maximale journalière, exprimé en pourcentage. (Source : projet European Climate Assessment, www.knmi.nl/samenw/eca/index.html). et septembre. La figure 12 illustre l extension en Europe des hautes valeurs de température en 1947. Quelques températures record à l époque : 40,1 C le 28-07 à Chartres et le 01-08 à Toulouse, 40,2 C le 28-07 à Châteauroux, 40,3 C le 28-07 à Orléans, 40,4 C le 28-07 au Mans et à Paris, 40,8 C le 27-07 à Poitiers, 41,0 C le 01-08 à Agen, 41,4 C le 28-07 à Tours, 42,0 C le 27-07 à Bergerac. Caractéristiques générales d un plan de surveillance et d alerte canicule pour l avenir La fiabilité des prévisions météorologiques dépend du phénomène à prévoir. Dans le cas des vagues de chaleur (ou de froid), il s agit de phénomènes de grande ampleur géographique dont la prévision à trois jours d échéance (voire davantage) est relativement fiable. Dans ces conditions, il s agit de mettre à profit ce délai dans le but d assurer une communication la plus pertinente possible. C est pourquoi Météo-France a engagé dès le mois d août 2003 une réflexion avec l Institut de veille sanitaire (INVS). Celle-ci a été formalisée en janvier 2004 par la signature d un accord-cadre précisant le partenariat entre les organismes. Ce partenariat dont la mise en œuvre a déjà commencé repose sur un partage des actions suivantes : Météo-France : met en œuvre les indicateurs biométéorologiques validés par l INVS ; assure une information du grand public, notamment sous la forme de l extension de la carte de vigilance météorologique maintenant bien connue du public. Cette carte, diffusée deux fois par jour par les services de Météo-France, a été conçue en collaboration avec les services de la Sécurité civile ; diffuse des messages spécifiques à l INVS ainsi qu aux partenaires du secteur sanitaire et social désignés par l INVS. L INVS se charge, par ailleurs : d évaluer les risques correspondant aux situations météorologiques prévues sur la base des indicateurs biométéorologiques ; d alerter les autorités sanitaires sur ces risques et, le cas échéant, d informer la population sur ces mêmes risques ; d évaluer les dispositifs mis en place et de faire des recommandations pour leur amélioration. L objectif de ces actions concertées est la mise en place d un dispositif d alerte et d information du public, mais aussi une mobilisation des services de l État compétents dans ce domaine. Le système est devenu opérationnel le 1 er juin 2004. Pour cela, l INVS a entrepris depuis février, dans le cadre du partenariat avec Météo-France, une étude pour définir un indicateur biométéorologique et des seuils associés permettant la mise en œuvre de l alerte canicule ; les seuils sont définis pour chacune des grandes régions climatiques françaises et sont utilisés par Météo-France pour l extension de la vigilance météorologique dans des conditions définies notamment au sein du Comité national de suivi de la procédure de vigilance météorologique qui regroupe, en particulier, les services de la Sécurité civile. Bibliographie Assemblée nationale, 2004 : Enquête et information sur les conséquences de la canicule (www.assemblee-nat.fr/12/dossiers/canicule.asp#rapport-enquete). Besancenot J.-P., 2002 : Vagues de chaleur et mortalité dans les grandes agglomérations urbaines. Environnement, Risques & Santé, 4, 229-240. Gazzini F., L. Ferranti, F. Lalaurette et F. Vitari, 2004 : The exceptional warm anomalies of Summer 2003. ECMWF Newsletter, 99, 2-8. INVS, 2003 : Impact sanitaire de la vague de chaleur en France survenue en août 2003. Rapport de l Institut de veille sanitaire, 29 août 2003. Leroy-Ladurie E., 1967 : Histoire du climat depuis l an mil. Flammarion, 376 p. Schär C., P. L. Vidale, D. Lüthl, C. Frei, C. Häberli, M. A. Liniger et C. Appenzeller, 2004 : The role of increasing temperature variability in European summer heatwaves, Nature. 6972, 332-336. Sénat, 2004 : La France et les Français face à la canicule. Les leçons d une crise (www.senat.fr/rap/r03-195/r03-1951.html).