PATRIMOINE & JARDINS DE HAUTE-SAINTONGE LE PATRIMOINE ARCHITECTURAL DE LA HAUTE SAINTONGE Grâce à ce document vous allez découvrir l'histoire des villages de la Haute - Saintonge dont la vie s'articule de façon presque immuable autour d'un patrimoine roman des plus riches, avec une densité de monuments du XIIe siècle que l'on ne peut énumérer ici. Retenons cependant' les superbes portails de Chadenac, Saint Fort sur Gironde, Avy, Fontaines d'ozillac, les clochers de Moings, Rouffignac, Echebrune, Nieul Le Virouil... Un autre patrimoine plus modeste est venu s'ajouter progressivement à celui du Haut-Moyen-Age et chacun faisant visiter sa ville ou son village n'oubliera pas de montrer le château des anciens seigneurs des lieux, les belles demeures aux nobles portails, d'autres encore évoqueront les petites histoires qui se déroulaient autour du lavoir, de la fontaine, du four à pain ou de la halle. Tout le monde spontanément pourra dire que la Haute-Saintonge possède de jolies fermes abritant souvent un puits en pierre au cœur d'un jardin secret. HAUT EN COULEUR L'inventaire réalisé par la Communauté des Communes a permis à notre région de redécouvrir et de retrouver à travers une foule de témoignages, la vie des u champagnes " ouvertes et humanisées, des bois, des vignobles, du marais sud saintongeais. Ce petit pays a souffert dans le passé, de la guerre de cent ans aux guerres de religion, de mille maux qui ont brisé ses habitants, ses maisons et ses églises. Il a connu, plus près de nous des moments noirs de misère comme la crise du phylloxéra, à la fin du XIXème siècle. Et pourtant il a bien vécu, construit, aménagé un territoire et un paysage d'une douceur extrême. Les multiples découvertes, ont permis de faire revivre de vieux métiers disparus, de comprendre ces terroirs et ceux qui les ont habités, surtout ces petits propriétaires dont Maurice Bures disait, parlant du saintongeais en général, qu'il était" pratique "et " positif ". "Cette aventure de l'esprit" ainsi que le souhaitait André Malraux en parlant de l'inventaire Cette" aventure" a considérablement changé notre façon de voir le monde qui nous est si proche.
Oser ce voyage dans le temps, c'est aller à la rencontre du vrai visage des Saintongeais qui ont un réel sens de la convivialité. Vous entrerez dans leurs maisons anciennes, leurs fermes cossues à cour carrée ou plus modestes de forme allongée. Vous aimerez cet habitat fait de la belle pierre blonde qui ponctue le paysage de caractère et d'art de vivre. Vous vous laisserez charmer par de jolis pigeonniers, surprendre par des moulins à vent. Tout ce patrimoine vous étonnera et vous séduira par la rigueur sans faille et aussi par l'indicible douceur qui l'entourent. CLAUDE BELOT Président de la Communauté des Communes de Haute-Saintonge CHATEAUX ET MANOIRS la haute-saintonge compte presque autant de châteaux, manoirs et logis que d'églises. on l'ignore trop souvent car nombre d'entre eux sont cachés, blottis dans un bois ou dans un repli de terrain et très souvent ce sont des propriétés privées. ils témoignent d'un passé riche et de la situation frontalière de la haute-saintonge avec l'aquitaine, pendant la guerre de cent ans et les guerres de religion. une légende raconte que dieu avait ordonné à saint-pierre de disposer les châteaux en france. il en avait un plein sac. il posa d'abord les châteaux autour de paris, les châteaux de la loire, les manoirs bretons... a la fin de la journée, il était épuisé, mais il en restait un plein fond de sac, alors il déversa le tout sur la saintonge. Châteaux, manoirs et forteresses de l'aunis et saintonge - edition rupella - 1984 les châteaux forts aux tours de bois perchées sur une motte et entourées de douves et d'une palissade, ont succédé les constructions en pierre. ces forteresses composées d'une à plusieurs tours ou donjons reliées par un rempart ou une courtine, sont toujours situées sur une hauteur, ou un point stratégique. elles ont progressivement amélioré leur système de défense en se dotant de chemins de ronde, de créneaux, de meurtrières ou d'archères. il ne reste que peu d'exemples complets de cette époque en haute-saintonge, néanmoins certains châteaux présentent des vestiges caractéristiques, tels ceux de cônac, ainsi que les donjons de montendre, pons et montguyon les châteaux du XVe siècle a la fin de la guerre de cent ans, la région fut dévastée, de nombreux châteaux tombaient en ruine. certains furent reconstruits à l'issue de cette longue période de troubles. ils conservèrent leurs caractères défensifs, qui furent adaptés aux progrès de l'artillerie tout en privilégiant leur aspect esthétique. il reste de très beaux exemples
de ces châteaux du xve siècle, notamment ceux de jonzac, meux, beaulon et callières à clérac. CHÂTEAUX TARDIFS ET MANOIRS Ils rassemblent les châteaux des styles plus récents des XVIe, XVIIe et XVIIle siècles et sont souvent des propriétés privées. Nous pouvons en citer quelques uns : Le château de Chaux, que l'on peut apercevoir sur la route entre Chevanceaux et Montguyon. Cet édifice du XVIIIe siècle, flanqué à chaque angle de tours circulaires est tout à fait remarquable. Le château de La Faye à Villexavier. Il subsiste aujourd'hui de ce château du XVIIe siècle qui formait un U, l'aile droite dont les combles sont éclairés par de magnifiques lucarnes hautes à volutes et frontons semi-circulaires. Le Logis de Beaulieu à Germignac : du XVIe siècle, il demeure de cet édifice un magnifique pigeonnier. Le château de Plassac du XVIIIe siècle forme un long bâtiment composé d'un haut pavillon central prolongé par deux avant-corps latéraux, coiffés de frontons rectangulaires. Ce château est le dernier témoin des demeures aristocratiques du XVIIIe siècle en Haute- Saintonge. Le château de Lussac : du XVIIIe siècle, ce manoir qui rappelle les belles chartreuses bordelaises, domine la Seugne. Composé d'un petit bâtiment rectangulaire entouré de deux tours carrées, il est agrémenté d'un bel escalier à balustres à quatre étages qui descend vers la rivière. Le château et le parc sont ouverts au public. LES FERMES ALLONGEES Dans cette région où "la population active agricole est encore actuellement bien plus élevée que dans la plupart des autres régions françaises, ce type d'habitat constitue un patrimoine immobilier quantitativement très important, et donc méritant considération. " La longue histoire vécue par cette région avec ses périodes de reculs et d'avancées est inscrite dans les vestiges de l'habitat. Les demeures rurales médiévales n'ont pas résisté aux épreuves du temps. Mais de nombreuses maisons ayant abrité les activités de familles paysannes illustrent encore l'histoire de nos campagnes durant les cinq derniers siècles. Geneviève Reunaud note encore que l'ensemble immobilier répertorié pourrait se répartir ainsi " 9% des bâtiments de nos fermes remonteraient au XVIe ou XVIIe siècle, 29% au XVIIIe, 55% au XIXe
et 7% au XXe siècle " En 1800, la maison paysanne de Haute- Saintonge dans sa forme la plus simple est composée d'une pièce unique, qui sert en même temps de salle à manger et de chambre à coucher, surmontée d'un grenier et prolongée d'une étable. Cet agencement présent dès la Révolution, perdure jusqu'à la moitié du XIXe siècle. A partir de 1850, la maison paysanne de Haute-Saintonge présente une configuration différente. C'est souvent le résultat d'un lent processus éducatif causé par la croissance économique et les transformations des activités. L'espace habitable s'agrandit avec l'aménagement d'une chambre. Les bâtiments réservés à l'exploitation agricole s'allongent avec l'ajout des servitudes. Ce n'est qu'à la fin du XIXe et début du XXe siècle, que la partie habitable se modifie considérablement, avec la construction d'un étage et l'aménagement d'un corridor central. Le toit constitué de deux versants irréguliers, est souvent couvert de tuiles canal de couleur claire. Le plus petit versant est orienté au sud. Le plus grand, qui recouvre la partie arrière des bâtiments agricoles et le chai, est situé au nord. La façade appareillée en moellon et pierre de taille du pays, présente deux à quatre fenêtres de chaque côté de la porte d'entrée. Suivent une porte pour l'écurie et un portail pour la grange. De petites ouvertures rondes ou carrées éclairent les greniers et les combles. Le logement est en rez-de-chaussée avec un grenier en surcroît. Secret de maison La ferme allongée saintongeaise se compose d'une habitation surmontée d'un immense grenier et de bâtiments d'exploitation, hangar, grange, écurie qui se trouvent en prolongement de l'habitation. Le chai est situé à l'arrière de la maison. L'accès au grenier se faisait à l'origine par une simple échelle. On trouve encore parfois l'escalier parallèle au mur de façade de l'habitation avec un garde-corps, abrité sous un auvent formé par un prolongement du pan de toit et reposant sur un poteau de bois ou pilier de pierre. En haut de l'escalier, il n'est pas rare de trouver la pierre d'évier. Le Balet Le balet désigne en Saintonge un auvent destiné au rangement des outils agricoles. Cependant il peut avoir d'autres fonctions, près de la maison d'habitation, il abrite le puits, le bois de chauffage, il est parfois utilisé pour faire sécher le linge. La construction d'un balet est simple, un toit à un versant recouvert de tuiles canal repose sur un ensemble de poteaux et de chevrons en bois. Le pigeonnier Dans la ferme allongée saintongeaise, le pigeonnier est intégré dans la façade, il est formé d'un bloc de pierre monolithe à double entrée et piste d'envol. Une saillie en pierre semblable à un larmier, appelée " piège à rat ", empêche les prédateurs, rats, fouines, belettes d'y accéder. Autrefois, le nombre des pigeonniers correspondait au besoin de la famille. On trouve aussi des trous pour moineaux, ce sont des multiples cavités aux dimensions plus petites, creusées dans un mur
de la maison. De nos jours, les pigeonniers sont tombés en désuétude, ils doivent probablement leur déclin à l'accroissement de l'élevage des gros volatiles au XIXe siècle. Le Puits Jadis, toutes les maisons rurales possédaient un puits. Seul moyen de s'approvisionner en eau potable. Tantôt commun à plusieurs habitations et dès lors placé sur un dégagement de la voie publique tantôt rattaché à une exploitation. Tout d'abord on appelait le sourcier, afin de localiser la source. Le puisatier pouvait alors commencer son travail. La construction de forme ronde était maçonnée pratiquement - jusqu'à la nappe phréatique, qui pouvait se trouver à une vingtaine de mètres, avec des encoches' sur les côtés pour y descendre. L'orifice du puits ' était surmonté d'un mur construit en moellon, coiffé d'une margelle sur laquelle reposait un système de pompage rudimentaire, (le bonhomme, poulie suspendue à un treuil et protégée par un petit toit). Les puits de fermes allongées, simples dans leur conception, n'étaient jamais très éloignés de la maison. On les trouve parfois adossés au bâtiment. Certains sont placés à l'intérieur d'édicules en pierre soigneusement appareillés et couverts de-maçonneries en forme de dôme. L'EVIER L'évier fait partie intégrante de l'ameublement de la cuisine de la ferme allongée. Taillé dans la pierre, il présente des formes différentes : parfois très simple, encastré dans le mur ou bien reposant sur des pieds de la forme harmonium. La cuvette traverse le mur dans sa totalité, ce qui permet l'écoulement des eaux usées vers l'extérieur par la sortie d'évier appelée " souillard ". Souvent une petite lucarne ronde ou carrée au dessus de l'évier permet l'aération et le passage de la lumière. LE POTAGER ET LA CHEMINEE Deux éléments incontournables de la cuisine de la ferme allongée saintongeaise sont la cheminée et le potager. Recouvert le plus souvent de faïence bleue, le potager côtoie toujours la cheminée. Des braises étaient en effet entreposées dans son foyer afin de réchauffer les aliments. Le potager est en fait l'ancêtre de la cuisinière. Dans sa partie inférieure un orifice servait à récupérer les cendres. La cheminée est généralement en pierre, pourvue de piédroits et de corbeaux plus ou moins saillants. Le décor assez rare limité à la face du manteau peut comporter des rosaces, des étoiles, des coeurs ou des soleils. LES DEPENDANCES Les dépendances de la ferme allongée se situent en prolongement de la maison d'habitation. La plupart du temps, l'écurie jouxte la partie d'habitation, suivie de la grange, du chai ou du cellier, pour conserver vin ou eau de vie à l'abri de la lumière. Parfois transformés pour les besoins de la polyculture, de la laiterie et de l'élevage, ils se trouvent
dans la partie postérieure de la maison. Tous ces bâtiments abritaient l'ensemble des activités très variées de la ferme. Certains bâtiments fonctionnaient toute l'année, comme l'écurie ou la grange où l'on soignait les animaux et où on entreposait le foin. D'autres éléments, comme le chai servait uniquement à l'époque des vendanges. LES GRANDES FERMES CAREES Cette architecture rurale est le résultat de la croissance économique, de la transformation des activités et des nouvelles techniques d'exploitation. Parfois la ferme allongée s'est agrandie, s'est refermée et s'est dotée d'un portail. Mais quand on parle en Haute Saintonge de ces grandes fermes carrées cela concerne davantage les grandes exploitations viticoles très soignées. Au fond de la cour le logis principal est souvent une vaste demeure séparée par un couloir central qui dessert les différentes pièces. La couverture à deux croupes est en tuiles "tige de botte", la façade en pierre de taille est pourvue d'un étage et d'un surcroit, une corniche couronne le mur. En 1850, le commerce de l'eau de vie connaît un essor considérable. Les importants propriétaires distillateurs éprouvent le besoin de matérialiser cette aisance. Le style des maisons traditionnelles est aménagé pour leur donner plus d'allure, cherchant à imiter celui des maisons bourgeoises. Cependant les fermes carrées ou viticoles, ne se retrouvent pas uniformément sur le territoire de la Haute-Saintonge. Le XVIIIe siècle fut l'âge d'or du cognac, symbole de l'âme, de l'esprit et de la noblesse de la Haute- Saintonge. Cette période se prolongea jusqu'à la fin du XIXe siècle, où apparut le phylloxéra qui détruisit une grande partie du vignoble, ruinant les petits propriétaires et les bouilleurs de cru. Malgré cette terrible crise, la reconstitution d'un vignoble dès 1898 reprit lentement et avec beaucoup de difficultés. Les diverses fonctions des exploitations sont réparties en général, entre plusieurs bâtiments disposés de façon plus ou moins ordonnée. De part et d'autre de la cour, elle-même séparée en deux parties, l'une réservée au jardin, l'autre à la ferme, se répartissent les communs, bâtiments d'exploitation, distillerie et chais. Cette cour est accessible sur le côté par un portail monumental. Les chais sont facilement identifiables, à cause de leurs tuiles noircies par un champignon qui se nourrit de évaporation de l'eau de vie " la part des anges ". Bruissement d'ailes et roucoulements LES PIGEONNIERS Les pigeonniers rythment le paysage saintongeais depuis des siècles. Les plus anciens datent de la fin du XVIe siècle. La date de 1595 apparaît sur les lucarnes du pigeonnier de Beaulieu à Germignac. Toutefois la plupart d'entre eux appartiennent au XVIle et XVIIIe siècle. Cet édifice qui porte plusieurs noms (colombier, pigeonnier ou encore fuie) est construit de façon isolée près des logis ou des châteaux, soit intégré aux dépendances des grandes fermes. La forme
peut-être ronde ou carrée. Les pigeonniers sont identifiables à la corniche de protection qui les ceinture, celle-ci est placée sous les entrées des pigeons, ressemblant à un larmier, elle empêche les rats et les fouines de poursuivre leur ascension le long des murs et de pénétrer dans le colombier par les ouvertures supérieures. Cette corniche est également appelée " piège à rat ". Les lucarnes, indispensables à l'aération et à l'ensoleillement de l'habitat, constituent un autre élément important de l'architecture d'un pigeonnier. Un lanternon vient quelquefois couronner l'édifice et apporte une touche esthétique tout en ayant les mêmes fonctions que les lucarnes. Au delà de ces caractéristiques générales, on peut distinguer deux types de pigeonniers. Les colombiers à pieds, fréquemment désignés sous le terme de fuie, se rencontrent en général près des logis et des châteaux. Ils apparaissent comme l'affirmation d'un privilège seigneurial ; en effet au même titre que le moulin ou le four banal, seuls les seigneurs étaient autorisés à en posséder un. Ces édifices à étage remplissent deux fonctions, le premier niveau était constitué d'un four, d'une cave, d'un porche ou encore d'un rezde-chaussée réservé à l'élevage des lapins ou des volailles. La porte d'entrée de ces constructions est souvent très simple soit en plein cintre ou à linteau droit. Toutefois, il n'est pas rare de rencontrer des portes richement ornées ou décorées de blasons. Ce décor provenant de la volonté du propriétaire d'affirmer sa position sociale. La structure intérieure des pigeonniers est simple. Des cellules ou boulins sont aménagés pour servir de nids aux pigeons. Pour ne pas affaiblir la maçonnerie, ces boulins ne sont pas creusés mais s'appuient sur la construction. Les logements des oiseaux sont constitués par la superposition de moellons équarris et de pierres de taille. Des pots de terre cuite sont aussi utilisés comme nichoirs et sont entassés et calés par des éclats de pierre consolidés par un mortier de sable. Seules, les ouvertures rondes apparaissent sous un enduit à la chaux qui recouvre le parement intérieur des murs. Une échelle tournante permettait au propriétaire d'atteindre les nids les plus hauts. Ce système s'articulait autour d'un mât central muni de pivots en fer aux extrémités. Il était guidé en bas par une assise de pierre et en haut par une des poutres maîtresses de la charpente. Le propriétaire pouvait ainsi visiter l'ensemble des nids de son pigeonnier. LES JARDINS Les jardins contigus aux habitations sont entourés de différents types de murs, en pierre de taille avec chaperons, d'une hauteur variable d'1m 50 à 2 m.50 ou bien en moellons liés de terre avec des chaînages de raidissement de pierres de taille, appareillées tous les trois ou quatre mètres ainsi qu'aux angles. Le couronnement des murets est constitué de larges dalles avec une pente double dévers, ou encore de tuiles creuses simplement posées. Ces tuiles sont recouvertes d'une ou deux couches de petits moellons à pierre sèche. Des roses trémières agrémentent souvent.de façon régulière, ces murets.
Un pays calqué sur un paysage de vignes... LES PORTAILS L'élément qui constitue le fleuron d'une exploitation et dont le propriétaire peut se montrer le plus fier est sans doute le portail. A partir de 1850, la construction des portails se généralise, auparavant, seuls les vieux logis du XVIIe et XVIIIe siècle en possédaient un. Dorénavant, même les plus humbles propriétaires, à l'image des grands, tiennent à avoir leur portail, doublé d'une petite porte pour les piétons. Le seul accès à la cour est alors un vaste porche. Les fermes viticoles organisent leurs bâtiments en ordre serré. Autour d'une cour fermée, où l'on accède par une double porte charretière et piétonnière. Une date gravée ou sculptée sur la clef de voûte accompagne parfois le nom ou les simples initiales du propriétaire. Les pilastres apparaissent le plus souvent au XIXe siècle, parfois cannelés, d'ordre dorique et ils encadrent la porte charretière, souvent décorés une belle corniche moulurée ou parfois un entablement à ornement.végétal ou géométrique. Les clefs prennent la forme d'une volute. En Haute Saintonge s'affichent différents types de portails, soit à l'arc utilitaire simple, soit à l'arc de triomphe, signe de réussite sociale. Les portails couverts sont parfois surmontés de galeries ou de pigeonniers. L'appareillage est en pierre de taille, les montants et linteaux sont en bois, les ardivèles (ferrures) aux formes arrondies sont très caractéristiques de la Saintonge. Aux XVIIIe et XIXe siècles, le portail est couvert, la cour reste fermée, à l'abri des regards extérieurs. Au XXe siècle, il reste ouvert et par la richesse et la variété de ses décorations, représente un atout majeur dans le paysage saintongeais Ceslieux de savoir faire... FOUR A PAIN La fabrication du pain nécessitait autrefois toute une préparation. Pour commencer, un feu de bois était allumé à l'entrée du four. Les braises étaient ensuite répandues uniformément à l'aide d'une barre de fer, appelée fourgon ou rouable. Le four était jugé suffisamment chaud lorsque la voûte était blanche. Les braises étaient alors retirées. L'âtre ou la sole étaient nettoyés avec un écouvillon sorte de perche en bois équipée de vieux chiffons mouillés, à l'aide d'une pelle en bois à long manche. On sortait alors les pains des panetons, petits paniers d'osier qui servaient à les introduire dans le four. Dix minutes suffisaient à la cuisson du pain. La température du four baissait ensuite progressivement pour retrouver le froid de la pierre deux jours plus tard. CONSTRUCTION ET APPAREILLAGE Briques, tuileaux, moellons et pierre de taille sont les éléments nécessaires à la construction d'un four à pain. Les fondations sont formées d'une assise de pierres plates, d'une couche de mortier et de gros cailloux disposés successivement jusqu'à l'obtention de la base. Pour bien concentrer et conserver la chaleur, les fours ont le plus
souvent une forme légèrement ovoïde. L'âtre, ou la sole, est dallé de pierres plates, de carreaux de terre cuite ou de briques, sa surface légèrement inclinée vers l'avant facilite l'évacuation des cendres. Elle est disposée à une hauteur d'environ un mètre pour aider à l'enfournement. Pour obtenir la forme arrondie de la voûte, ou chapelle, il était nécessaire d'entreposer de la terre ou du sable que l'on modelait selon la forme désirée. Il suffisait ensuite de poser des briques ou tuileaux en cercles concentriques sur le modèle et de terminer par un tuileau formant clé. Lorsque l'ensemble était sec, on ôtait le contenu. La gueule du four est formée le plus souvent de tuileaux placés en éventail, mais aussi de pierres de taille ou briques. L'entrée est fermée par une porte métallique avec un oeilleton permettant de surveiller la cuisson. Cependant à cause de la diversité des matières premières trouvées sur place, les fours saintongeais peuvent présenter des formes inattendues et des matériaux différents. Jusqu'au début du XXe siècle, on trouve un four à pain pratiquement dans tous les foyers, c'est un lieu de vie où l'on se rassemble une fois par semaine à plusieurs familles parfois, pour pétrir et cuire le pain si précieux. Selon les nombreux matériaux trouvés sur place, briques, tuileaux, moellons et pierres de taille, les fours n'ont pas tous le même aspect mais ils gardent toujours un principe de construction et de fonctionnement identique LAVOIRS ET FONTAINES Selon la richesse des communes on rencontre différents types de lavoirs. Ils peuvent être couverts, agrémentés de pans de bois ou de murs maçonnés de forme rectangulaire ou ovale, situés au bord d'une rivière ou alimentés par une fontaine. LAVOIRS Le lavoir est un lieu traversé par l'eau vive d'une fontaine ou d'une rivière, couvert ou non, avec quelques marches de pierre ou un bassin rectangulaire. La plupart des lavoirs de Haute-Saintonge ont été construits vers la fin du siècle dernier. Les femmes, souvent isolées dans leurs foyers, se retrouvaient au lavoir pour accomplir la besogne fastidieuse qu'était de rincer le linge. L'eau, bien entendu, n'alimentait pas encore les maisons. Les lavoirs résonnent encore de leurs échanges verbaux et de leurs plaisanteries qui donnaient à la "bughée" son atmosphère récréative. LA LESSIVE En évitant la semaine Sainte et juste avant l'automne venait le temps de la grande lessive. Dans la buanderie, dans deux bughours, sortes de cuves en pierre de taille, les lavandières déposaient des ceps de vignes, des sacs de cendre de bois, ainsi que le linge recouvert de racines d'iris séchées pour le parfum. Les draps et le gros linge étaient
au fond et tout au dessus venait le petit linge fin. Puis à l'aide d'un pot à anses, les villageoises y versaient de l'eau bouillante chauffée dans un chaudron. Cette opération durait toute une journée. Le lendemain, chemises et draps étaient apportés dans une brouette au lavoir pour y être rincés. Les femmes utilisaient alors les battoirs et les gardegenoux pour accomplir cette pénible tâche. Entre lavage, rinçage, séchage et rangement la lessive pouvait durer une semaine. LES BUGHOURS ET LES PONNES Les bughours sont des cuves en pierre utilisées pour la lessive. Leur contenance était en général de quatre cents litres. La base était percée afin de permettre l'écoulement des eaux vers le chaudron. De dimensions différentes, on s'appelait ponnes les cuves contenant trois cents litres, le ponnon (cent cinquante litres )et la ponnuche (cinquante litres). Le bord supérieur se terminait par une collerette appelée " orle " et l'ouverture de la base, d'un diamètre de cinq centimètre, était désigné sous le nom de " trute ". Quant au morceau de bois circulaire et creusé au centre, par lequel s'écoulait l'eau, il se nommait " chênerole " ou " chenelle ". LE GARDE-GENOUX ET LE BATTOIR Le garde-genoux, ou "gard'g'neuil" en patois, est une sorte de coffre ouvert en bois utilisé par les lavandières. Les femmes le garnissaient de paille et de chiffons afin de pouvoir passer la journée de rinçage agenouillées sans se blesser. Ils pouvaient être sur pieds, munis d'une planche oblique pour le battage du linge. Le plus souvent ils étaient ordinaires, faits d'une simple caisse de bois fermée sur trois côtés. Le battoir est la planchette de bois qui servait à battre le linge. Cette opération consistait tout simplement à faire sortir le lessis du tissu. LA BUANDERIE On appelle buanderie le local où se déroulait la lessive. Elle se situait dans le prolongement de la maison ou dans une dépendance. A l'intérieur reposaient deux bughours, ou ponnes, placés sur un soubassement en pierre. Entre ces deux cuviers, était installé un chaudron (récipient en fonte permettant de chauffer l'eau du lavage) sur un foyer plus ou moins rudimentaire. Les bughours étaient reliés au chaudron par des tubes de bois permettant à l'eau de circuler. LES MOULINS A VENT ET A EAU LES MOULINS A VENT Autrefois, ils étaient légions et la Haute-Saintonge comptait dans son patrimoine bâti plus de cinq cents majestueux moulins à vent, dressés sur des tertres ou collines et animaient le paysage. Leur construction ronde était appareillée en moellon pour les plus anciens et en pierre de taille pour les plus récents. D'un fonctionnement à la fois simple et très sophistiqué, muni d'un mécanisme semblable à celui d'une horloge, ils connurent leurs heures de gloire au XIXe siècle.
De nos jours, il ne reste pratiquement plus que des tonnelles abandonnées, souvent envahies par la végétation. Pourtant certains ont bénéficié du regain d'intérêt pour les vieilles pierres et sont restaurés peu à peu. Les trois moulins à vent, de Champagnac et Saint-Germain de-vibrac sur la colline des sept moulins en sont la preuve. Les restaurations de ceux de Saint-Simon de Bordes, Saint- Thomas de Conac, Saint-Dizant du Bois, sainte-ramée...sont en train de faire revivre ce patrimoine. Les moulins saintongeais présentent toujours deux portes pratiquement toujours opposées, une fenêtre et une lucarne. La toiture est recouverte de bardeaux en bois, deux ouvertures sont aménagées, l'une pour l'emplacement des ailes et l'autre pour le guivre, qui servait à orienter la calotte pour mettre les ailes au vent. La toiture du moulin qui supporte les quatre grandes ailes est mobile. BRUIT DE VILLAGE Le meunier pouvait en fonction de la direction du vent, changer l'orientation de ses voiles en faisant pivoter le toit sur 360. Les ailes prises au vent entraînaient le rouet et la lanterne, permettant ainsi à la meule de tourner et de moudre le grain. Une fois écrasé, le grain descendait dans une maie par un couloir creusé dans le mur. LES MOULINS A EAU Comme l'indique leur nom, ces moulins étaient entraînés par la force de l'eau. Un bras artificiel de rivière, appelé bief ou biau, en saintongeais, passait sous la bâtisse et actionnait la roue à aubes qui entraînait l'ensemble du mécanisme. La bâtisse toujours située dans un environnement remarquable et bien entretenu, est constituée en moellons avec des ouvertures petites et rares. L'intérieur; lui est curieux, le mécanisme réglé comme une horloge obéissait au doigt et à l'oeil du meunier affairé qui ne cessait de contrôler l'approvisionnement du grain, la qualité de la farine, la vitesse de la rotation et ainsi de suite, dans une ambiance de poussière, de bruit et d'odeur que l'on ne rencontre plus. LES MAISONS A PANS DE BOIS Le torchis, ou banche ou bauge est un " matériau formé de terre grasse et de paille hachée, employé comme remplissage dans les pans de bois ". cette technique de construction médiévale fréquente dans les villes a été également utilisée en milieu rural pour édifier des bâtiments dont l'ossature simple de bois est remplie de terre mélangée à des végétaux. Ce mode de construction est courant dans le sud de la Charente-Maritime, région aux terres argileuses où se sont d'ailleurs installées de nombreuses tuileries et poteries où fonctionnent encore aujourd'hui de grosses usines utilisant cette richesse du sol. Cet habitat apparaît dans le sud de la Haute Saintonge et s'explique
par la présence des forêts de chênes. Il existe ainsi le hameau de Bonnin situé dans la commune de la Barde, sur la rive droite de la rivière la Dronne. Il est entouré de prairies naturelles et de champs cultivés, pour les parties les mieux drainées, la toponymie relève des zones humides, le " mouillis ", le " cassard ", les " marais ", les " Nauves de Mathé ". Le hameau bien groupé, composé de maisons, chais, granges et étables dont une partie est de haute valeur patrimoniale. L'architecture dominante est à pans de bois. Certains bâtiments sont du XVe et XVIle siècles. Il s'agit du dernier village de ce genre en Haute-Saintonge. L'intérêt historique, ethnologique de ce type d'architecture est unique en Charente-Maritime. Des recherches historiques ont permis de retrouver les notes de l'abbé Noguès qui parle ainsi de ce patrimoine en 1893. "A Saint-Aigulin, pour ne citer qu'une localité, c'est à peine, si en 1850 on comptait quatre ou cinq maisons de pierre ". METHODE Le torchis appelé aussi bardissage est un enduit composé de terre argileuse, de paille, ou de joncs lacustres, pétris ensemble, que l'on appliquait sur des chevilles de bois fixées entre deux poteaux solidement enfoncés dans le sol. Ces pièces verticales et obliques étaient rainurées et ponctuées d'encoches permettant d'insérer les chevilles qui servaient à accrocher le torchis. Sur cet enduit, on étendait ensuite un crépi de mortier ordinaire que l'on blanchissait à la chaux. Le contour des ouvertures était toujours en bois. Il n'y avait pas de vitre et l'on se contentait d'un volet à jour, espèce de treillis, ou de contrevent plein percé de trous, sur lequel on ajustait une toile pendant l'hiver. La maison d'habitation se présentait sous la forme d'une pièce unique carrée et d'un comble à surcroît, le tout couvert de tuiles creuses. Les encadrements des baies, très petites étaient en terre à l'origine, mais la pierre a souvent été introduite dans les jambages lors de l'élargissement de ces ouvertures. Ces granges à pans de bois et pisé, participent au patrimoine ethnologique et sont le témoignage des multiples manières d'habiter ou de travailler des anciens. Issu d'un savoir-faire et de matériaux locaux, ce patrimoine très fragile est pris en considération par beaucoup, bien qu'il ait subi les agressions du temps et l'abandon des propriétaires. Ces granges sont un véritable livre d'histoire reflétant l'hétérogénéité historique, économique et culturelle de la région Un programme de réhabilitation engagé par la Communauté de Communes a permis de donner à deux granges une " seconde jeunesse ". Elles ont été remontées à la Maison de la Forêt à Montlieu la Garde où elles ont été converties en hall d'exposition des métiers anciens liés au bois. Elles se retrouvent ainsi préservées, réanimées et enfin reconnues par le public. Une autre grange vient d'être remise en état au hameau de "Motard" à St Pierre du Palais.
HABITAT URBAIN L'habitat jonzacais est très diversifié, il va des maisons boutiques traditionnelles de la fin du Moyen-Age à l'éclectisme architectural des XIXe et XXe siècles, lié à l'industrialisation progressive, à la fabrication et à l'amélioration des matériaux et techniques de construction. Cette extrême diversité a également été influencée par l'histoire, les goûts architecturaux et les modes, d'où la difficulté d'établir une typologie représentative de l'habitat urbain jonzacais. A Jonzac, les constructions de pierre se multiplient relativement tôt du fait de la présence de carrières de pierre. Les XVIIe et XVIIle siècles voient le développement de la symétrie, de l'appareillage en pierre de taille dans les principaux éléments de structure et de la décoration des bâtiments. L'évolution des techniques accentue cette tendance aux XIXe et XXe siècles. Dans l'ensemble architectural urbain de Jonzac, deux grandes familles se distinguent, il s'agit des maisons dont la façade est en moellons enduits et celles dont la façade est en pierre de taille. Ces dernières sont plus nombreuses. Tous quartiers confondus on distingue quatre à cinq types de façades représentatives de l'ensemble architectural urbain. Les façades en moellons et en moellons enduits Les façades ayant conservé des moellons enduits sont peu nombreuses à Jonzac. (Proportionnellement à la pierre de taille). Cependant, quelques exemples ont conservé les caractéristiques de la maison boutique du Moyen-Age. Il s'agit sans doute des maisons les plus anciennes du XVe siècle. Généralement, elles possèdent un étage, voire un étage surmonté d'un surcroît, (comble dont le sol est situé au-dessous du faîte des murs gouttereaux). Le rez de chaussée est occupé par une boutique. La symétrie des ouvertures et des travées n'est pas la règle, mais la forme des ouvertures est le plus souvent rectangulaire. Ces façades ne possèdent pas d'ornementation particulière. Les façades en pierre de taille L'adoption de la pierre de taille apparaît dans l'architecture urbaine vers le XVIIe siècle. Mais elle correspond surtout à un changement d'activité du centre historique. Les façades des maisons boutiques traditionnelles des tanneurs et autres artisans du cuir ont disparu en même temps que leur activité déclinait à la fin du XVIIIe siècle, au profit de façades plus classiques, où la symétrie devient la règle. Il est intéressant de noter que seule la façade sur rue a été modifiée. Les anciens quartiers des tanneurs alors devenus ceux de la bourgeoisie rentière, qui s'est développée au moment de la prospérité liée au cognac au XIXe siècle, laisse libre cours à l'accumulation, de décors et d'éléments sculptés les plus divers. De nombreuses façades ont généralement été refaites en pierre de taille lors de l'élargissement des rues et de l'alignement des façades
lors des grands travaux de voirie du XIXe siècle. L'ECOLE PUBLIQUE C'est en 1833 que le ministre Guizot fit voter la loi qui imposait aux communes de plus de 500 habitants, d'avoir une école. Les maîtres étaient alors payés par les parents. Les familles les plus pauvres recevaient une aide de la commune. L'école d'avant 1833 occupait des lieux informels, vieilles maisons, granges, cures ou encore écuries, la situation n'était pas meilleure dans les autres départements. Vers 1860, on prescrivit des règles strictes envers les constructions scolaires : taille à donner à l'école en fonction de la population des communes, matériaux à utiliser, séparations entre l'école de filles et de garçons, le préau et le logement du maître. Lors des expositions universelles, de 1867 et de 1878, des milliers d'instituteurs furent invités à des conférences pédagogiques et à la présentation de maquettes, plans de véritables constructions, modules d'écoles ou de mairies-écoles. La IIIe République couronna l'œuvre déjà entreprise en mettant en place le dispositif financier afin de voir chaque commune propriétaire de son école (loi du 1er juin 1878). " Le règlement pour la construction et l'ameublement des maisons d'école " date du 17 juin 1880, signé du ministre Jules Ferry. La IIIe République imposa donc la construction des écoles le 28 mars 1882 et. l'enseignement public primaire devint alors obligatoire, laïque et gratuit. L'école ou la mairieécole s'inscrivent alors avec plus ou moins de discrétion dans le bâti du village, le modèle le plus répandu étant celui que nous avons tous connu, la mairie constituant le corps central, l'école des filles et des garçons se trouvant dans les ailes symétriques de l'édifice. De nombreuses écoles vont alors s'implanter en Haute-Saintonge. On retrouve encore aujourd'hui des caractères communs à ces constructions, les mêmes organisations : la mairie, le logement de l'instituteur et les classes de chaque côté, l'une pour l'école des tilles et l'autre pour l'école des garçons. La façade de la construction peut-être parfois surmontée d'un fronton où sont inscrits "Groupe Scolaire»"une date, tandis que les portes des deux classes qui le flanquent sont surmontées des indications suivantes: "GARÇONS" "FILLES". Ces groupes scolaires sont d»^ par leur affectation d'origine ainsi que d'autres édifices, témoins de l'histoire et du combat de certains hommes. Il est souhaitable de conserver ce patrimoine scolaire, car les écoles du XIXe siècle sont le combat de ceux qui pensaient comme Babaud-Laribière en 1865, affirmant que : «Tant qu'il restera un enfant sans instruction, tant que les notions élémentaires des sciences, de la littérature et des beaux-arts ne seront pas vulgarisées et répandues, comme l'air et la lumière, je ne saurais me montrer satisfait, car plus j'y réfléchis, plus je suis convaincu que vivre et savoir sont inhérents l'un à l'autre, et que l'homme absolument ignorant ne saurait être un citoyen utile».
- auteur du " Recueil de lettres charentaises " paru dans le journal " La Gironde " il s'adresse ainsi au rédacteur en chef du journal "j'appartiens comme vous à l'école de la démocratie libérale - LES HALLES Pôles de la vie communautaire, les halles jouaient un rôle important dans les bourgs et les villages, où s'effectuaient les échanges de toutes sortes de marchandises. Elles avaient un rôle social et économique manifeste. De vaste halles à la charpente portée par des poteaux en bois ou des piliers en pierre occupaient jadis le centre de certains bourgs. Le 10 août 1599, Bertrand de Cugnac notait à propos de la halle toute neuve de Fontaines d'ozillac, et des droits de foire et marchés ceci : "la taxe des droits et debvoir que paiyeront doresnavant les marchands qui viendront, estalleront et apporteront en vante marchandises, bétail, denrées au devant de lacdite halle ".bulletin des Archives de l'aunis et Saintonge. Cette halle a subi de nombreuses restaurations et reconstructions surtout pendant la période révolutionnaire. La commune devenue propriétaire contribua à l'entretenir et c'est dans la première moitié du XIXe siècle que l'on planta les seize pieds de tilleuls que l'on peut voir encore de nos jours. Dans les années 1980, c'est l'architecte A.Billard qui en fit la restauration, préservant ainsi un des derniers témoins de ce patrimoine. Il ne subsiste aujourd'hui que très peu d'exemples de ces marchés couverts typiques du patrimoine de Haute-Saintonge. Souvent détruites et abandonnées, ces halles furent parfois remplacées au XIXe siècle, par une architecture de fer de style Baltard ou Eiffel. L'architecte Victor Baltard est surtout resté célèbre pour avoir innové en matière d'architecture métallique. Les halles centrales de Paris, construites en 1852-1859 et détruites en 1972, en sont un exemple. Née sous le second empire, l'architecture de fer était alors utilisée pour les ouvrages utilitaires tels les ponts, les hangars et les halles. Grâce à ses possibilités techniques, elle renouvela la conception de toute l'architecture. Les constructions métalliques de Haute-Saintonge n'ont malheureusement pas toutes été conservées. Il reste cependant les belles halles de Jonzac de style Eiffel. Construites en 1889 (projet réalisé sous le mandat de Charles Misant) elles ont remplacé l'ancienne halle sur la place du marché. La structure en fer correspondait à la mode des marchés couverts dits " modernes ", ce fut l'entreprise orléanaise Guyot Pelletier qui en conçut l'architecture jugée parfaite et " d'aspect élégant ". La toute première halle de Jonzac se trouvait à l'origine sur la place du château, elle fut déplacée sur la place dite du marché en 1759. La légende veut que les tilleuls qu'on voit tout prés du château aujourd'hui, aient pris l'emplacement même des poteaux en bois de la première halle. Ces halles où l'on vendait, distribuait, troquait et échangeait toutes sortes de marchandises eurent une vie très longue jusqu'à un abandon progressif. Les foires très fréquentées au cours des siècles ont perdu
peu à peu de leur activité. Elles ont été remplacées par les grands marchés des gros bourgs puis par les supers et hypermarchés. Ainsi beaucoup de communes ne pouvant assumer le passé, ce patrimoine a été abandonné. On peut voir cependant les halles de Fontaines d'ozillac, restaurées dans l'esprit ancien, celles de Jonzac et enfin celles de Montendre où subsiste une belle charpente " en châtaignier qui présente la forme d'une carène de vaisseau renversé ". Ces halles, construites en 1863 en remplacèrent d'autres à caractère médiéval. Cette inscription figure sur le mur de façade : " A la mémoire des sept chevaliers, français vainqueurs des sept chevaliers! anglais à Montendre le XIX mai MCCCCII ", ceci en souvenir du combat entre chevaliers anglais et français en 1402, en contrebas du] château de Montendre. MAISONS BOURGEOISES La construction des maisons bourgeoises en Haute-Saintonge est étroitement liée à l'essor du cognac. Entre le XVIe et le XVIIe siècle, cette activité viticole apporta la richesse et l'opulence à la région. Et l'on vit apparaître ces demeures, affichant la richesse de leurs propriétaires. L'essor que prit le cognac à cette époque fut fortement concurrencé par le vin de Bordeaux. Le vin de pays charentais était alors lourdement taxé. Le commerce avec les Hollandais en favorisa la distillation. Il fut alors nommé " vin brûlé ". Puis à la demande des anglais gui recherchaient des eaux de vie typées et de qualité, afin de satisfaire la clientèle aisée, un traité commercial fut signé avec l'angleterre en 1860. A cette période, La région connut une richesse rapide. C'est alors que dans la deuxième moitié du XIXe siècle, on vit apparaître ces demeures bourgeoises " provocantes ", ressemblant parfois à de petits châteaux. Elles affichaient la fortune de leurs propriétaires. C'est la qualité du terroir qui déterminait le nombre de ces maisons bourgeoises dans les communes. Ainsi, le Sud de la Haute-Saintonge, qui se situe en " bon bois " n'en possède guère, alors qu'en entrant dans la " petite Champagne ", leur nombre s'accroît. La structure des maisons bourgeoises s'établit généralement selon un plan type. La base est carrée avec une façade symétrique, un rez-de-chaussée, un ou deux étages, des combles éclairés par des lucarnes et un toit à quatre pans recouvert d'ardoise. La construction est en pierre de taille, les murs latéraux sont parfois en moellons. La façade plus ou moins décorée donne au bâtiment toute sa particularité. Perron avec balustrades, pilastres, bandeaux, corniches sculptées et frontons sont les éléments architecturaux les plus récurrents. La façade principale est toujours décorée car elle est à la vue des passants. Sur les côtés, les maisons se prolongent souvent par deux petites ailes en rez-de-chaussée, servant de dépendances. A l'intérieur la structure est toujours la même, une large entrée dessert les pièces où se situent les cheminées. Le même agencement se retrouve à l'étage, auquel on accède par un escalier. Ces maisons bourgeoises
sont séparées de la route par des murets et des piliers ornés sur lesquels sont posées des grilles Les dépendances et les maisons des domestiques sont éloignées dans la cour de l'exploitation. La maison bourgeoise peut être une ancienne demeure de ferme réaménagée, ou bien avoir été construite en intégralité vers 1870. La crise du phylloxéra mit malheureusement un terme à ces constructions laissant nombre d'entre elles inachevées. PORTES, FENETRE ET LUCARNES On accède fréquemment à la porte d'entrée d'une maison bourgeoise par un perron de pierre, constitué de quelques marches. La porte en bois ouvragé à double battants est surmontée d'une imposte éclairant le vestibule, l'encadrement peut être différent d'une maison à l'autre, donnant ainsi sa particularité, en segment d'arc, en plein cintre, rectangulaire ou en anse de panier et orné de pilastres ciselés, de fragment de corniche et de fronton. Les lucarnes, quant à elles, ont toujours eu un rôle fonctionnel. La lucarne d'accès, appelée gerbière permettait d'engranger dans les combles, les réserves de paille et de grains. Dans les maisons bourgeoises ce rôle disparaît laissant à la lucarne, le soin d'éclairer et de ventiler le grenier. Les formes de lucarne les plus répandues sont celles à fronton triangulaire, à capucine avec avancée en console, cintrées à fragment de corniche, semi-circulaire. Elles sont souvent dotées d'ailerons à volutes, à ornement végétal ou géométrique.. L'AMENAGEMENT INTERIEUR Le sol des maisons bourgeoises était recouvert d'un carrelage dans le vestibule et de parquet dans les autres pièces ainsi qu'à l'étage. Chaque pièce possédait une cheminée de petite dimension, souvent en marbre ouvragé, à la hotte peu saillante. La cuisine était à l'époque équipée d'un potager recouvert de faïence bleue, les portes étaient en merisier, en chêne, ou en noyer, encastré dans le mur ou saillant. L' arrière cuisine, située dans une aile de la maison, servait à l'élaboration des repas, laissant ainsi la cuisine propre. L'APPAREILLAGE Les maisons bourgeoises en Haute-Saintonge peuvent être construites totalement en pierre de taille. Mais parfois les murs latéraux sont en moellons enduits. A cela deux raisons, un souci d'économie ou bien le maintient des murs existants lors de la transformation des bâtiments en maisons bourgeoises. LES JARDINS On pénètre dans la propriété par une grille d'entrée, plus ou moins décorée, s'appuyant sur des piliers de pierre ouvragés, surmontés parfois de pot à feu. Le jardin est ceint de murets en pierre, sur lesquels reposent des grilles en fer forgé. Les abords de la maison bourgeoise sont soignés et recherchés. Le jardin est planté d'espèces rares pour l'époque, sapins, cèdres du Liban, magnolias, Palmiers (importé par les botanistes des colonies aux siècles précédents), arbres de Judée, buis taillés. Bassins d'eau, kiosques, serres décorent les
DECORATION EXTERIEURE Les façades des maisons sont généralement agrémentées de décorations plus ou moins ouvragées, qui donnent au bâtiment toute sa particularité. Les perrons qui mènent aux portes d'entrée comportent des balustrades en pierre ou en ferronnerie. Les pilastres sont disposés aux angles de la façade ou autour des ouvertures. Des bandeaux parfois doubles, séparent les étages. Les sous-toits sont constitués de corniches moulurées, à modillons, à volutes, mais aussi à motifs végétaux ou géométriques. Les façades sont parfois ornementées de frontons triangulaires, circulaires, brisés ou entrecoupés et de fragment de corniche. Un balcon de pierre ou de ferronnerie surmonte la porte d'entrée. Ces balcons reposent sur des corbeaux de soutènement sculptés des mêmes motifs que ceux de la façade. Suivant le goût et les moyens du propriétaire, la maison possède parfois un décor totalement unique. BIBLIOGRAPHIE cd rom : " les pierres racontent ". inventaire de la Haute-Saintonge. cdchs 1999. association horizon bois et forêt : " inventaire des trois monts " chantier patrimoine de la cdchs : " inventaire de la Haute-Saintonge jolibois b., joanne f., neveu j.c : " coutumes en charente-maritime " - ed. du geste - col. " la bouiité " - parthenav, 1 99 1 fortin j. : " vignes et cognac en pays charentais " - ed. du ceste col. " la bouiité " - parthenay fortin j., combes j. : " la charente-maritime autrefois " ed. norvath ecully, 1 9 90 doyon c. : " l'architecture ruraie et bourgeoise en france " -ed. ch. massin, 1 980. jean s. : " architecture ruraie française en poitou-charentes coiie r. : " châteaux, manoirs et forteresses d'aunis et de saintonge " - tome i ii.iii ed. rupella, la rocheiie a association promotion patrimoine : " châteaux, manoirs et logis " - ed. patrimoine et médias 1 995 inventaire du patrimoine du poitou-charentes sous ia direction de yves jean riou, conservateur en chef de i'inventaire. chaieureux remerciements à. françoise doutreuwe, yves jean riou, aiain fioriant, jacqueline fortin, eric waiter, ciiies cuirai, marie-ange rapiteau, geneviève reunaud et chariotte pon-willemsen conservateurs en chef de l inventaire drac poitiers.