PSYCHOSE DE L ENFANT Définition Trouble mental (psychique) empêchant l enfant de reconnaître la réalité pour ce qu elle est et de devenir autonome Causes Elles restent discutées : perturbation précoce de la relation mère-enfant, l enfant ne pouvant acquérir une identité stable et restant «collé» avec la mère, trouble de la maturation cérébrale (le cerveau ne s est pas développé normalement) souffrance fœtale (le fœtus a souffert au cours de la grossesse ou au cours de l accouchement) maladies génétiques ou maladie cérébrale Symptômes et signes l enfant supporte mal le changement, Il a une attitude de retrait, Jeux et gestes stéréotypés, voir répétitifs, Retard de langage Ne prend pas conscience de son image Difficulté dans l image de soi (ne se voit pas) Parle à la 3eme personne (on, il, ) Les fonctions psychomotrices ne sont pas évoluées Anxiété majeure Incapacité d agir Relation inadéquate avec l entourage et les autres enfants Vie imaginative, délire envahissant l enfant. Existe-t-il une base organique? Certains auteurs sont convaincus qu il existe une défaillance innée ou acquise très précoce de l équipement biologique, neurologique chez l enfant Les facteurs héréditaires apparaissent dans certaines études généalogiques, et dans le cas de naissance de jumeaux, l incidence de la maladie serait de 8O% chez les jumeaux d un même ovule, à 20% chez les jumeaux nés d un œuf différent Les antécédents fœtaux, des altérations sévères du nouveau-né, des convulsions postnatales, une déshydratation, maladie et accidents divers sont retrouvées dans une grande fréquence de la maladie psychotique Certaines recherches montrent qu il apparaît une déficience mentale importante organique( souffrance encéphalopathique, neurologique) Goldstein (1959) pense que la psychose infantile est due à des troubles neurologiques importants, empêchant l enfant d être en harmonie avec son environnement. 1
Pronovost (1966) pense qu a la base il y aurait un trouble de la perception et de l intégration des sons et des phrases par l oreille, la vision,le goût. Selon Rutter et Wing la psychose serait due à un trouble de l intégration de la stimulation auditive ( incapacité relative de comprendre les sons, donc de parler correctement d où parfois une certaine relation avec les malentendants). Bergman et Escalona (1949) incriminent une trop grande sensibilité exagérée aux stimuli sensoriels, visuels et auditifs «barrière protectrice» trop faible Certains auteurs insistent sur des anomalies relationnelles (parents-enfants), sur les perturbations de l organisation de la personnalité de l enfant, sur les fantasmes angoissants et tout un processus de défense contre ces angoisses (cris, gestes stéréotypés ) Cela dit on peut noter de très grandes perturbations dans la prise en charge des enfants par les parents. Chez certains parents, on peut voir des éléments psychotiques, des anomalies du caractère et de la personnalité. Ainsi on peut admettre : Des mères hyperprotectrices, dominatrices, anxieuses, rigides, obsessionnelles ou à l inverse faibles, immatures. Dans cette perspective, on remarque souvent une très nette ambivalence à l égard de l enfant (attitudes d amour possessif et de rejet dans un même temps, une déficience paternelle) Kanner écrit ceci : «De tels parents semblent incapables d éprouver de la joie à voir leurs enfants tels qu ils sont et s efforcent de leur faire acquérir calme, appétit, maîtrise sphinctérienne aussi précoce que possible, un vocabulaire riche ; presque tous ces enfants présentent une attention d automate avec des besoins organiques ou matériels uniquement» Prout et While décrivent la vie étriquée de ces mères, projetant sur leurs enfants, leurs propres désirs, un besoin de «s approprier» leur enfant pour dépasser un sentiment de frustration, combler un sentiment de vide, d incomplétude. Certaines ayant le désir de «tuer» inconsciemment leur enfant. Cela va se voir chez des mères qui vont rejeter l enfant et souhaitent d être comblées simultanément de façon contradictoire Toutes ces thèses de la relation mère-enfant sont encore à l étude. 2
Développement Les psychoses de l enfant évoquent un manque, plutôt que celle d un débordement de l imaginaire. Le risque majeur pour un enfant psychotique, est la constitution à plus ou moins longue échéance d un état déficitaire fixé,. On arrive chez l enfant à la mort du tempsde la vie psychique- c est la chronicité. Sur un plan intellectuel Les enfants autistes de type psychotique peuvent atteindre un niveau d âge de 4-5 ans, voir 6 ans pour certains. L échec du psychotique Lorsqu une personne normale dit MOI JE, elle dit qu elle est une, et ce faisant elle distingue ce qui n est pas elle., ( De Soi, de l Autre). Nous avons coupé le cordon ombilical. Quand nous disons MOI-JE, nous sommes donc Moi Corps, mais aussi Moi Esprit. Nous commençons à être riche de notre vie intérieure et à être riche de pensées. Chaque enfant se délimite par rapport à son sexe et s identifie à son genre particulier, de plus un enfant se situe de plus en plus dans sa destinée de petit d hommes, il organise et s organise dans la chronologie du temps, dans la succession des événements qui comptent, ce sentiment de continuité correspond à cette intime conviction d être Moi. Ensuite c est dans la relation parentale que l enfant va se spécifier (Moi garçon, Moi fille) L enfant psychotique ne parvient pas à ce processus, il n accède pas au niveau de l identification sexuelle. Délimitation La mauvaise délimitation témoigne du trouble central de l identité. La confusion Moi/Non Moi représente le fonctionnement habituel d un psychotique. Quand un enfant mord ou se mord, il tente d incorporer en lui les relations parentales, voir de fusionner avec un des deux parents, sans prise de distance, il n y a plus de délimitation enfant-parent. Cette élément est appelé porosité de la psyché elle peut être telle qu un enfant psychotique arrive à se confondre avec le modèle, être une ombre fidèle. On parle alors de conduite en écho : l échopraxie (lorsqu il s agit de gestes), d écholalie (lorsqu il s agit du langage.) Cette mauvaise délimitation explique des conduites de la vie quotidienne, cela renforce l idée que les psychotiques ont des conduites insensées, c est à dire porteurs de non-sens, d absences de sens. Cette mauvaise délimitation développe l angoisse de morcellement. 3
Le morcellement Cette mauvaise délimitation, explique le fonctionnement psychotique et en premier l angoisse. Dans la mesure ou la personne est mal délimitée, elle ne possède pas les repères nécessaires qui l assurent que ce qui se sépare d elle (chose, autrui) ou ce qui sort d elle (morve, urine, pensée.).ne sont pas autant de morceaux d elle-même. Et ces éléments sont considérés par la personne psychotique comme une perte de soi. Les stimuli extérieurs peuvent être vécus comme envahissants. Les angoisses du psychotique sont donc celles de morcellement et d envahissement. L angoisse de morcellement peut se localiser au niveau génital et évoquer quelque chose de l ordre de la castration. Ce morcellement peut s exprimer à travers de conduites motrices. Le psychotique peut s exprimer au travers de bonhomme-patate au corps non fermé, il évoque alors un vécu chaotique. Les conduites corporelles Les conduites concernent les problèmes liés à ce qui sort du corps ( urine, morve, fèces, sang menstruel.) Ces transformations corporelles exacerbent le morcellement et majorent l angoisse de manière insupportable. Cela entraîne des conduites d auto mutilations importantes Les conduites d hyperkinésies Ces conduites sont là comme un essai de contrôle de l environnement L automutilation On rencontre l automutilation chez un psychotique déficitaire. L automutilation pour ces enfants serait l ultime recours pour se sentir exister. L enfant l utilise comme l équivalent d une autostimulation pour avoir conscience de la chair, de lui. Une autre forme d automutilation est davantage un éclatement, est souvent utilisée par les autres, l enfant s acharne contre une partie du corps, généralement la même : ( la tête les mains ou les avant-bras.) Tout paraît indiquer que ces patients se sentent habités par des ennemis «les mauvais objets», et qu il est vital de s en débarrasser, de les écraser. L autostimulation, quand elle est une autostimulation, est comparable à une enveloppe qui délimite et fortifie le sentiment d exister tout en protégeant du morcellement. 4
Les conduites de destruction Elles évoquent le morcellement, l enfant distingue mal ce qui est lui de ce qui n est pas de lui. Vêtements, cubes vitres peuvent être perçus comme autant de morceaux du chaos qui le constitue et qui l entoure L éclatement agressif C est l émergence de l angoisse, ils sont comme des écorchés vifs, littéralement comme des êtres sans épaisseur, sans peau. L éclatement agressif est un morcellement total de ce qui tient lieu de Soi et de l entourage L envahissement Si la mauvaise délimitation et la fragilité du sentiment d identité impliquent que les parties du corps et de la pensée peuvent s éparpiller, le sentiment de désintégration est vécu comme succédant à une attaque par des éléments extérieurs. L univers est vécu comme menaçant par ces enfants qui se méfient et se tiennent à distance. On a tout lieu de penser que c est l enfant psychotique qui projette sa souffrance et son agressivité sur son entourage perçu comme destructeur Ces vulnérabilités évoquent des carences du sentiment continu d exister. Le temps de l autisme : C est un temps mort et vide, un blanc. Englués dans leurs stéréotypies, ils sont dans la monotonie et la répétition. Enfermés dans une «carapace», les autistes sont coupés du monde qui bouge, se transforme et se renouvelle. Exclus de la vie, hors du temps, ils ont gelé leur pensée et seul le corps vieillit. Ces cloisonnements étanches entre ses capacités, ses manières d être, traduisent un manque important au niveau de la continuité de la personne ; le passage à l acte a remplacé l activité mentale. Pour l autiste la notion du temps est inconnue, la répétition ou il s enferme confère un vécu d éternité, hors du temps La relation Mère-enfant Dans certains cas, ce type de relation ou chacun est englouti et englouti son partenaire. Rattachés l un à l autre, l enfant et la mère semblent partager une pensée unique, l enfant ressent ce que l adulte ressent. On parle alors de projection et d introjection. Le psychotique n accède que très rarement au langage, alors l introjection et la projection servent d osmoses entre les deux partenaires soit entre des partenaires mal délimités (fusionnels) soit à l occasion de circonstances émotionnelles particulières. Projeter consiste à percevoir chez l autre ( a faire ressentir même par l autre ce que l on a y envoyé, sans en être conscients bien sur) Introjecter est le phénomène inverse 5
Introjecter et projeter sont deux mouvements successifs. Le psychotique cherche fréquemment à se débarrasser du mauvais qu il ressent en le projetant, en l injectant dans quelqu un ou quelque chose d extérieur, et ce Mauvais le pénètre en retour. L introjection et la projection concernent des sentiments, des idées. Chez le psychotique, le développement de la pensée est difficile, quand il n est pas quasiment nul Chez les psychotiques, les représentations sont du registre de l imaginaire GERARD-YVES CATHELIN Livre de référence : L enfant psychotique de J.P. FAVRE Edition MASSON 1997 6