PLEYBEN L ANCIENNE BARONNIE DE TRESIGUIDY Maurice CORNEC UN MILLENAIRE D HISTOIRE Trésiguidy était sous l ancien régime une puissante baronnie, dotée d une juridiction. Son existence certaine remonte au onzième siècle mais sa fondation probable se situe vers le début du neuvième. Le territoire de la seigneurie s étendait sur la partie ouest de Pleyben, essentiellement sur la trêv de Guénily mais pas exclusivement. Ainsi, par exemple, le village de Rubuscuf, situé près de la sortie ouest du bourg, tout près du manoir de Kerguillé relevait de Trésiguidy. Réciproquement en quelque sorte, Penanvern Trésiguidy en la trêve de Guénily appartenait à la seigneurie du Leun et Kerguillé. D après ce que j ai pu relever dans la littérature, Trésiguidy comptait 27 villages sur Pleyben, mais en possédait aussi sur Saint Ségal, Lopérec, Brasparts (Kerjean par exemple) ainsi qu àlothey dont au moins la presqu île et le village de Buors. La juridiction de Trésiguidy à laquelle toutes les personnes demeurant sur le territoire de la seigneurie étaient tenues de s adresser pour divers actes de la vie civile ; comme les tutelles d enfants mineurs orphelins ou les décrets de mariage de mineurs orphelins de père ou encore pour régler leurs conflits ou litiges entre particuliers, du moins en première instance, tenait ses audiences au manoir des Salles en Saint Ségal, propriété des Trésiguidy. La juridiction seigneuriale était une survivance des temps lointains ou le seigneur rendait lui même justice sur ses terres. Les seigneurs de Trésiguidy avaient droit de haute, basse et moyenne justice sur leurs terres. Autrement dit, droit de vie et de mort sur leurs «sujets» et droit aux fourches patibulaires qui servaient à l exécution par pendaison des condamnés à mort. Ces patibulaires ont sans doute existé mais rien ne permet de dire à ce jour où ils étaient installés. Après le rattachement de la Bretagne au royaume de France, les juridictions seigneuriales n avaient plus à traiter les affaires criminelles qui étaien du ressort des cours royales. Quant aux simples délits ou chicanes, il y a bien longtemps que les seigneurs s en déchargeaient sur un sénéchal à qui ils affermaient leur juridiction. Ce sénéchalentouré d un greffier, d un procureur... gérait et exploitait son office comme n importe quelle entreprise privée, dans le cadre défini par l autorité royale. Comme toutes les juridictions seigneuriales, celle de Trésiguidy a été abolie par «la nuit du 4 août 1789». TRESIGUIDY C EST OÙ? Tous ceux qui liront ces lignes ne connaissent pas forcément la géographie de Pleyben. C est pourquoi je propose le petit extrait de plan ci-après qui permettra à chacun de situer par rapport au bourg de Pleyben les lieux dont il sera question tout au long des pages qui vont suivre. L ancien château de Trésiguidy devenu «Maner Coz» dans la toponymie locale et les terres en dépendant directement, jadis propriétés privées des seigneurs du lieu : la métairie, le moulin, le village de Kéravidan et la presqu île autrefois couverte de forêt. A 5 km environ au sud-ouest du bourg de Pleyben, l ancien château de Trésiguidy est situé à la base d une sorte de langue de terre orientée nord-sud, longue d environ 2 km et large de 300 à 400 m, que l Aulne contourne pour se frayer un chemin vers l ouest à travers les massifs de schiste ardoisier qui se succèdent de Pont Coblant jusqu au delà de Port Launay, en suivant la trace d une fracture qu a provoqué quelque cataclysme géologique il y a des millions d années.
Plan secteur En altitude, l ancien château est situé à 40 ou 50 m au dessus de la rivière Aulne qui coule quasiment à ses pieds du côté est, au bas d un ravin abrupt couvert de végétation. De l autre côté vers l Ouest, c est à environ 250 m que repasse la rivière après avoir contourné la presqu île juste avant d amorcer le tour de la presqu île suivante, de Rossivin en Lothey. LIEU STRATÉGIQUE : Point n est besoin d être expert militaire pour percevoir l intérêt stratégique que pouvait avoir la position que je viens de décrir àl époque du haut Moyen Age, quand les rivières étaient pour des hommes venant de la mer, les meilleures voies de pénétration vers l intérieur de la Bretagne, qu ils soient porteurs de bonnes ou de mauvaises intentions. Au chapitre des mal-intentionnés on pense évidemment aux Vikings, grands experts en navigation, tant fluviale que maritime qui ont ravagé le pays aux neuvième et dixième siècles. Ils n ont probablement été ni les seuls ni les premiers. On ne peut même pas exclure que les fondateurs de Pleyben (le plebs de Iben) conduits par le dit Iben entouré de ses hommes d armes et de ses religieux, ne soient arrivés par là. Celui qui tenait la position où a été édifié le château de Trésiguidy, contrôlait le passage par la rivière, par un double verrou, des deux côtés de la presqu île. Il pouvait aussi bien s opposer au passage des indésirables, s il en avait les moyens, qu autoriser celui de pacifiques voyageurs, des marchands par exemple, moyennant sans doute, un «honnête» tribut. On peut penser qu en raison de son importance stratégique, le site de Trésiguidy a été tenu très tôt après l immigration bretonne par quelque chef de guerre ancêtre des seigneurs nobles que l on évoquera plus loin, qui y aura fait édifier une sorte de maison fortifiée ancêtre du château. L ANCIEN CHATEAU : Le premier «château» que je viens d évoquer devait ressembler à ces demeures seigneuriales du Haut Moyen âge dont on trouve trace dans la littérature : - au centre d un espace entouré de fossés, parfois remplis d eau, doublés de levées de terre surmontées de palissades, était la maison du seigneur maître du lieu, construction en bois, parfois établie en surélévation sur une «motte», «butte de terre créée de main d homme qui permettait d améliorer la visibilité des alentours. Le seigneur et sa famille y habitaient. - Tout autour, à l intérieur de l enceinte, les dépendances qui comprennent le logis des hommes d armes, l écurie et sans doute quelque grange pour abriter les réserves de provisions. Aux proches alentours, les champs cultivés par les serfs du seigneur pour nourrir le «château» et les cahutes où logeaient les paysans, qui venaient en cas de danger, se réfugier à l intérieur de l enceinte, dans l espace laissé libre : la «basse-cour». Ce type de château
archaique en bois, a été emplacé à partir des onze et douzième siècles par des édifices en pierre, les premiers châteaus forts. C est vers cette époque qu a dû être construit le premier château de Trésiguidy qui sera détruit à la fin du seizième siècle durant les guerres de la Ligue (1589-1598 ), par un incendie que l on attribue à La Fontenelle, ce voyou qui a semé la terreur par pillages, massacres et rançons un peu partout dans l Ouest Bretagne. Avec le château ont brûlé toutes les archives qui s y trouvaient, du plus haut intérêt en raison entre autres des hautes fonctions qu ont exercées les seigneurs de Trésiguidy au service des rois de France. Ce qui restait du château incendié a dû servir de carrière pour la construction de l actuel manoir qui n a rien d une forteresse féodale. Il reste néanmoins beaucoup de vestiges visibles de l ancien château dans un grand espace situé derrière l actuel manoir, qui devait être la basse-cour, transformée en pré, un ^pré aux aspects assez inhabituels toutefois, fermé à l est et au nord par de hauts murs de pierre, de pierre de taille en granit par endroits, qui devaient être les faces visibles de deux remparts. A l extrémité sud, tout en bas du pré, sous un inextricable roncier, on peut encore voir des moignons de murs, de hauteur difficile à apprécier qui devaient être les bases de l ancien château ou de bâtiments annexes. ILLUSTRATION. D après le cadastre «Napoléon». De 1812 conservé en Mairie de Pleyben. On remarquera : - Derrière le «château» en sombre, le pré qui devait être l ancienne basse cour du château détruit. -on y voit de nombreux vestiges : des ruines au bas du pré et d anciens remparts au nord et à l est. -Le moulin, en bas à droite, a disparu lors de l aménagement de la rivière en canal de Nantes à Brest. Le plus impressionnant des vestiges de l ancien château est le rempart est, qui surplombe la rivière d une hauteur de plusieurs dizaines de mètres. Large de cinq à six mètres et haut par endroits, d à peu près autant, il présente du côté intérieur un parement de pierres parfois appareillées. L extérieur est probablement identique, mais la végétation qui a tout envahi, empêche de le voir. Le cœur de l ouvrage doit être constitué de terre et de pierraille, car une impressionnante végétation s y est installé dont plusieurs chênes verts dont l un haut d au moins 30 mètres présente, non pas un tronc unique mais trois ou quatre troncs réunis à la base dont les diamètre respectifs vont de 80 cm à un mètre, l arbre est vraiment remarquable. Ces chênes verts sont une curiosité. Originaires des régions méditerranéennes ils conservent leur feuillage toute l année de telle sorte qu il est impossible de photographier leur ramure. Ce sont probablement des arbres de la seconde ou de la troisième génération. A l origine, probablement des glands ramenés par de lointains seigneurs. Ceux ci ont beaucoup chevauché, tant en direction du Moyen-Orient que vers l Espagne, ainsi qu on le verra plus loin. Ce rempart est traversé, à son extrémité nord par un beau souterrain voûté, tout en pierres appareillées, qui devait être équipé de portes devant résister à toute épreuve, par où le seigneur assiégé pouvait éventuellement faire une sortie en force.
TRÉSIGUIDY, Le rempart est. A gauche l entrée du souterrain sous le rempart TRÉSIGUIDY, Partie du rempart nord de l ancien château. le manoir actuel est visible en haut de la photo TRÉSIGUIDY, La voûte du souterrain traversant le rempart est. L autre rempart, du côté nord est un peu moins haut, on ne peut en voir que le parement faisant face au sud. Il fait actuellement office de mur de soutènement pour le jardin en terrasse qui est aménagé à l arrière du manoir. TRÉSIGUIDY, Le grand chêne-vert sur le rempart est. TRÉSIGUIDY, Le grand chêne-vert. Aperçu de sa ramure impressionnante
LES PREMIERS SEIGNEURS DE TRESIGUIDY, DES FRANCS? Les premiers seigneurs de Trésiguidy, fondateurs du lieu, pourraient bien avoir été des descendants d un guerrier Franc, venu en Bretagne vers le début du neuvième siècle. C est la conclusion à laquelle je suis parvenu en «démontant» et en examinant terme à terme, les éléments du toponyrne TRESIGUIDY. Le premier élément, TRE, est très répandu dans la toponymie bretonne. C est la contraction de TREB, mot du vieux Breton, signifiant «lieu habité et cultivé» un peu comme le préfix KER apparu vers le douzième siècle. TRE dans son acception originelle et KER désignent un village avec ses dépendances, en milieu rural. Le sens religieux de TRE, pour TREVE ou division de paroisse, quartier rattaché à une chapelle, est une dérivation du sens initial du terme, apparue vers ce douzième siècle. Dans le terme final DY, n importe quel bretonnant reconnaîtra l élément TY (maison) affecté de la mutation du T en D, indiquant l appartenance à une tierce partie. On dit HO TY (votre maison) et HÉ DY (sa maison ). TY ou TI est aussi un mot du vieux Breton, qui existe en gallois comme en cornique. Ancienneté garantie donc du nom. Voyons l élémment médiant : SIGUI ou SEGUI. Il ne peut s agir que d un nom d homme. SEGUY, SEGUIN et dérivés sont des patronymes très communs dans plusieurs régions de France, mais quasiment absents en Bretagne. J ai tout de même pu dénicher dans le «DICTIONNAIRE DES NOMS DE FAMILLE BRETONS» D Albert DESHAYES, un petit article que voici : «SEGAIN, 1621 Quimper ; SGAIN 1637 id ; CHEGAIN 1710 id et SEGUEN sont des variantes graphiques du nom SEGUIN issu du germanique SIGWIN, de SIG «victoire» et «WIN» ami». L homme du «village» et de la «maison» de Trésiguidy aurait donc été quelqu un d origine germanique du nom de «SIGWIN» ou «ami victorieux» la signification de Trésiguidy est donc quelque chose comme : «Le village ou se trouve la maison de SIGWIN» La maison en question, devait être une résidence seigneuriale fortifiée comme ce château que j ai sommairement décrit plus haut. Quant au village ou TRE, ce devait être celui des paysans qui travaillaient les terres du seigneur FRANC «victorieux et ami». De prime abord, on peut s étonne de trouver un nom de famille germanique, au fond de l ouest de la Bretagne. Pourtant, en cherchant un peu, on découvre que les patronymes d origine germanique ne sont pas rares chez les Bretons. Voici, pour n en citer que quelques-uns : RICHARD, de RIC : puissant et HART : fort BERNARD, de BERN : ours et HART HEMERY, de HAIM : maison et RIC ROLLAND, de HROD : gloire et LAND : pays Je pourrais en citer encore quelques autres, tout aussi communs, mais je ne veux pas devenir fastidieux. Des hommes d origine germanique seraient donc bel et bien venus en Bretagne, et certains chefs de guerre y auraient fondé un fief, comme ce SIGWIN de Trésiguidy Quand sont-ils venus et pourquoi sont-ils restés? En fouillant dans l Histoire de Bretagne, on trouve une période qui va des années 750 aux environs de 820 au cours de laquelle les rois Francs ont multiplié les expéditions pour tenter d obtenir la soumission des chefs bretons, et établir leur souveraineté sur l ancienne Armorique. Pépin le Bref, Charlemagne puis Louis le Pieux, s y mirent tour à tour. Le dernier réussit où à ses deux prédécesseurs avaient échoué. En l an 818, quelque part du côté de Langonnet le roi breton MORVAN fut tué lors d un affrontement avec les Francs. Leur chef mort, les Bretons se soumirent, au moins pour un temps. Après avoir imposé entre autres, la réforme de l institution religieuse en Bretagne, le Roi Franc se retira.
Aprè le départ de leur chef et de son armée, un certain nombre de guerriers Francs «oublièrent-ils» de rentrer à la maison, ayant trouvé en pays de conquête de la terre à posséder, des hommes serfs pour la cultiver et des femmes pour assurer leur descendance? Ou bien, le roi Carolingien aurait-il laissé derrière lui quelques petits chefs de guerre chargés de tenir quelques points stratégiques du territoire conquis pour prévenir les velléités qu auraient pu avoir les Bretons de reprendre les armes? Comment savoir? Les deux cas sont possibles. Pour le SIGWIN de Trésiguidy j inclinerai plutôt pour le deuxième cas, étant donné la situation hautement stratégique de l endroit. Qu importe! Finalement, au fil des siècles, les descendants de la tribu «d ours fort» ou de la «maison du puissant»... sont devenus des Bernard, Hémer et autres Bretons tout à fait ordinaires. On ne sait rien des premiers seigneurs de Trésiguidy qui succédèrent au présumé SIGWIN durant les deux siècles qui suivirent les expéditions franques en Bretagne que je viens d invoquer. Quelle fut leur attitude dans les luttes qui opposèrent les rois Bretons Nominoë, Erispoë, puis Salomon ( Salaün aux successeurs de Louis Le Pieux jusqu en l an 874, date de la mort de Salomon. Les Bretons eurent bien souvent le dessus, obtenant des Carolingiens des extensions successives de territoires qui mirent la frontière est de la Bretagne aux portes du Mans et d Angers, et l annexion de la presqu île du Cotentin à la Bretagne. Quelle fut leur attitude encore, lors des invasions Vikings qui ravagèrent la Bretagne de la fin du neuvième siècle jusqu au milieu du dixième. Firent-ils comme beaucoup d autres, fuir terrorisés pour chercher refuge vers l est ou le nord de la France, voire en Angleterre pour revenir participer vers 940 aux combats qui allaient chasser définitivement les nordiques du pays, sous la conduite du futur duc Alain Barbetorte? Toutes les réponses ont possibles, mais rien ne permet d en étayer aucune. Et les lointains successeurs de SIGWIN à la tête du fief de Trésiguidy prirent pour patronyme héréditaire le nom de leur dit fief, faisant de Trésiguidy à la fois un toponyme et le nom d une lignée qui a laissé des traces depuis le onzième jusqu au début du quinzième siècle. Etaient ils des descendants de ce lointain guerrier franc? La encore il faudra se passer de réponse en l absence de preuves. C est sur ces interrogations qu on va laisser le Trésiguidy du haut Moyen Age pour aborder celui des temps plus «moderne» à partir du onzième siècle. LA FAMILLE DE TRESIGUIDY (XI e - XIV e siècles) Blason d or à trois pommes de pin de gueules Voici, en termes d héraldique l énoncé des armes de Trésiguidy que l on peut transposer en clair : «ECU à fond d or portant trois pommes de pin de couleur rouge» Ce sont les mêmes que celles de Trégain en Briec et presque les mêmes que celles de Penguem en Lopérec qui portent en plus des trois pommes de pin, une fleur de lis au centre. LES ARMES DE TREZIGUIDY Leur ressemblance avec celles de Tregain et de Penguem laisse présumer des alliances ou des parentés très proches entre ces trois «maisons» La plus ancienne trace que j aie pu trouver des seigneurs porteurs du nom Trésiguidy a été laissée par Jehan de Trésiguidy qui a participé à la première croisade (1096-1 099). Il y en aurait eu un deuxième, Maurice, mais sans aucune certitude. Il est par contre avéré qu un certain Maurice, sire de Trésiguidy participa à la croisade de 1 248 qui fut la septième, conduite par le roi de France Louis IX dit Saint Louis. Revers de la guerre, le roi fut fait
prisonnier par les musulmans avec 12 000 de ses hommes. Liberté leur fut rendue contre une «royale» rançon de 400 000 livres que le roi trouva à emprunter chez les Templiers. Il se pourrait que ce Maurice de Trésiguidy (1 er du nom) ait fait partie des compagnons de captivité du roi, car il fut effectivement fait prisonnier en Terre Sainte. C est de là -bas qu il fit vœu de faire construire près de son château une chapelle qui serait dédiée à la Sainte Vierge, s il réussissait à rentrer vivant chez lui. C est sans doute à ce vœu que nous devons la belle chapelle de Guénily que l on aperçoit entourée d arbres, perchée en haut d un champ surplombant la RN 64 en direction de Châteaulin à 4 km environ de Pleyben. La chapelle actuelle qui fut construite vers la fin du seizième siècle a remplacé celle qui fut édifiée selon le vœu de l ancien croisé prisonnier, durant la seconde moitié du treizième siècle. Un vitrail, dans la chapelle actuelle, commémore la captivité et le vœu de Maurice de Trésiguidy. CHAPELLE DE GUÉNILY EN PLEYBEN Vitrail commémorant le vœu du seigneur de Trésiguidy, croisé : Au fond, les tours de Jérusalem? - L invocation de la vierge. - La navigation vers la terre sainte et le retour. - Le chevalier en prières avec ses armoiries et un soldat portant l étendard des croisés frappé d une croix rouge. Un autre Trésiguidy, Thomas, aurait été aussi croisé au treizième siècle mais je ne possède aucune précision à son sujet. Un second Maurice de Trésiguidy, fils du précédenant, a été évêque de Rennes de 1260 à 1282. Un troisième Maurice de Trésiguidy est passé à la postérité. La commune de Pleyben l a honoré en donnant son nom à la rue principale de la zone artisanale de la croix de Drevers, à la sortie sud du bourg. Ce Maurice là s est illustré avec deux autres Trésiguidy, ses frères probablement, dans la guerre de succession de Bretagne qui, durant 23 ans, de 1341 à 1364, vit deux clans de la noblesse bretonne se déchirer pour la possession du trône ducal laissé vacant après le décès de Jean III, mort sans héritier direct : le parti des Monfort soutenu par l Angleterre, contre la maison de Penthièvre dirigée par Charles de Blois, appuyé par le roi de France.
Parmi les quelques faits d armes que l histoire a retenus de cette triste longue guerre civile, il y eut le «Combat des Trente» auquel a participé - et survécu- Maurice de Trésiguidy. Ce fameux combat eut lieu le 26 mars 1351 dans une lande dite de la Mi-Voie entre Ploërmel et Josselin. On n en connaît pas l enjeu, mais avec le recul, cela ressemble à un jeu stupide et sanglant dans lequel deux capitaines des armées ennemies forment deux groupes de chevaliers choisis parmi les plus vaillants de chaque camp, forts de trente hommes chacun, qui vont s affronter en un «combat à volonté». De tôt le matin jusqu à la nuit tombante, les deux groupes vont s entretuer furieusement jusqu à l épuisement et la mort de la plupart des combattants. Pour mémoire, ce sont les franco-bretons qui l emportèrent sur les britto-anglais, en nombre de survivants sans doute. Les dames qui assistaient au combat apprécièrent beaucoup paraît-il le spectacle qui leur avait été offert. Après la guerre de succession dans laquelle il s est distingué au cours du siège de Rennes en l an 1357. comme lors du retour de jean IV de Monfort en 1363, Maurice de Trésiguidy, le troisième a encore beaucoup guerroyé aux côtés de Duguesclin dont il était l un des fidèles lieutenants, un peu partout dans les provinces de l Ouest, de la Normandie au Poitou, toujours avec le même objectif : chasser les Anglais de France. Après une longue carrière guerrière notre seigneur pleybennois se tourna vers la diplomatie. Le roi de France Charles VI lui accorda le titre d ambassadeur et lui confiera des missions secrètes en 1379 en Espagne. C est peut-être d une de ces lointaines chevauchées qu ont été amenés les glands de chêne vert ( Quercus Hélix qui ornent les murailles de l ancien château de Trésiguidy et ses abords. Après l Espagne, retour à Paris dont il est nommé capitaine en 1381, fonction qu il a du exercer un certain nombre d années. C est sans doute là -bas qu il est mort. Son testament daté de 1399 ordonne : «un annuel de messes en la paroisse de Pleiben en Cornouaille où le manoir de Trésiguidy est assis.» Comme je l ai indiqué précédemment Maurice de Trésiguidy ne fut pas le seul de la famille à s impliquer dans la Guerre de Succession. Yvon, sire de Trésiguidy suivit le parti des Montfort dès 1341, il fut fait capitaine de Quimper et participa à la plupart des batailles qui marquèrent cette longue guerre. Il prêta serment au duc rentré d exil en 1379. Il est mort à Quimper en 1396, aprè s être «reconverti» en évêque du Léon. Un autre Trésiguidy, Olivier, était dans le parti adverse en 1341 pour Charles de Blois, mais ayant changé d avis et de camp, figurait dans l armée de Montfort en 1362. Après la victoire militaire du parti Montfort, le traité de Guérande qui fut signé en 1364 reconnaissait Jean de Montfort comme véritable duc de Bretagne. Mais, à cause de ses relations avec les Anglais, ce duc se heurta à l hostilité du roi de France et à celle de nombre de nobles Bretons. Contesté par les siens, il dut s exiler en Angleterre après plusieurs interventions anglaises en Bretagne. En son absence, le roi de France fit une tentative d annexion du duché. Par réaction patriotique, les Bretons firent revenir leur duc «à la maison» en 1379. Après quoi des négociations furent engagées avec le roi de France Charles VI, qui débouchèrent sur un second traité de Guérande par lequel le duc de Bretagne rompait définitivement avec les Anglais. Deux Trésiguidy, Guy et Jean ont été cosignataires de ce traité au mois d avril 1381. Tous deux devaient être d une nouvelle génération, les fils de ceux qui avaient commencé la calamiteuse guerre 40 ans plus tôt. Ils ont été les derniers porteurs du nom à demeurer dans l histoire. Avant de clore le volet des Trésiguidy je vais faire un petit retour en arrière sur une des femmes de la maison, dont la mémoire a été conservée, ce qui n est pas si commun.
JOTHANE DE TRÉSIGUIDY : C est le nom de la dame en question. Son existence a été révélé par la mise au jour de son tombeau, à l occasion de travaux de restauration dans l église Notre Dame de Châteaulin en 1860-1861. En l occurrence, une dalle funéraire taillée dans le granit, longue de 1,60 m; large de 56 cm et épaisse de 20 cm, brisée un peu en biais aux deux tiers de sa hauteur est représentée par le dessin ci-après. (relevé dans le bulletin de la Société Généalogique du Finistère année 1994). On peut décrypter sur le cadre qui fait le tour de la dalle (X)I : GIT IOTHAN : DE : T(X)ESIGUIDI : VICOMTESSE DU FOU (X) il s agit des lettres C et R effacées A l intérieur du cadre se voit un écu qui devait porter en alliance les armes de Trésiguidy et du Faou. La partie Trésiguidy : une pomme de pin entière et la moitié d une autre est encore visible, le reste est effacé comme, d ailleurs les deux lignes d inscriptions qui devaient exister au-dessus de l écu dont l une devait être la date du décés de la dame. Cette date effacée a tout de même pu être identifiée par un aveu des seigneurs de Trésiguidy qui mentionne un droit de tombe dans l église de Châteaulin dans laquelle est-il précisé, fut «enterré le 24 août 1324 Johane de Trésiguidy vicomtesse du Fou». On ne sait rien de plus de cette noble dame. Il n en reste pas moins qu elle aura laissé une trace matérielle de son existence terrestre à la charnière des treizième et quatorzième siècles ce qui est tout de même un privilège rare, qui mérite d être signalé. FIN DES TRÉSIGUIDY : Cette fois on en aura fait le tour, de la famille Trésiguidy, dont la lignée aura duré près de quatre siècles se succédant de père en fils. Quelques-uns de ceux que je viens de passer en revue ont laissé des traces de leur passage sur cette terre, comme ce Maurice 1 er du nom à qui probablement, Pleyben doit sa belle chapelle de Guénily. Croisé à trois ou quatre reprises, combattants de la guerre de succession de Bretagne, engagés dans les deux camps adverses comme frères ou cousins ennemis, un évêque au moins, peut-être deux. Et ce Maurice, troisième du nom, qui fut ambassadeur du roi de France et son émissaire secret en Espagne, qui a fini sa vie à Paris, ville dont il a été le capitaine (une sorte de gouverneur militaire) en laissant dans son testament une pensée pour Pleyben sa paroisse natale. Après ces quatre siècles de présence, la famille de Trésiguidy va s éteindre du moins de nom. Vont suivre deux siècles au cours desquels la seigneurie va changer plusieurs fois de main, comme nous allons le voir maintenant.
DEUX SIÈCLES DE CONFUSION (15 et 16 e siècles) Il n est pas aisé de reconstituer la trace des familles qui ont succédé aux Trésiguidy à la tête de la seigneurie du même nom du début du quinzième siècle jusqu à l arrivée des Kerlec h deux siècles plus tard environ. D après ce que j ai trouvé dans l annexe au procès-verbal de la réformation des fouages de 1426, c est peu de temps après la liquidation des séquelles de la guerre de succession vers 1380, que Trésiguidy aurait changé de main. Une demoiselle de Trésiguidy aurait épousé un homme de la maison de Kergorlay, une baronnie de Motreff dans le Poher. Une de leurs filles, Amice de Kergorlay a épousé un Jehan du Hautbois de Quimerc h. A la mort d Amice de Kergorlay, dame de Trésiguidy son fils Jehan de Quimerc h, dit de Trésiguidy, devient le seigneur en titre. Lequel Jehan décède en 465. Après on ne sait pas trop, et il faudra se contenter de quelques traces que j ai trouvé datées de 1426, 1481 et 1562. 1426 : A la «réformatio des fouages*» de 1426, le manoir de Trésiguidy appartenait à Jehan du hautbois de Kerimmerc h, sire de Trésiguidy noble selon le procès-verbal de la paroisse de Pleiben daté du 8 Octobre 1426. Il s agit bien du fils de Amice de Kergorlay, alors décédé 1481 : deuxième repère la «montre**» du duc de Bretagne François II pour la Cornouaille, qui eut lieu à Carhaix en septembre 1481. Parmi les «nobles de Pleiben» présents à cette montre, se trouvaient : Jehan de Trésiguidy arbalétrier en brigandine Et Charles de Trésiguidy - idem. Ces deux «Trésiguidy» là devaient en fait être des Quimerc h qui avaient sans doute jugé plus prestigieux le nom de leur seigneurie que leur patronyme propre. De 1481 à 1562 on ne trouve rien. Il est vrai qu après le cataclysme de 1488 qui vit la défaite des troupes du Duc François II par celles de France et l amorce du processus qui aboutit finalement au rattachement du duché au royaume, la Bretagne a connu une longue période de paix durant laquelle les nobles bretons n ont guère eu l occasion de se distinguer. En 1562 il y eut néanmoins une montre qui fut convoquée. On trouve parmi les nobles de Pleyben portés au procès-verbal le «sieur de Hauteville, sieur de Trésiguidy, défaut». Autrement dit le sieur de Hauteville dûment convoqué avait choisi de s abstenir, comme bon nombre d autres, comme si sous le roi de France, l astreinte au service armé était moins contraignante que sous le Duc. En fait ce Hauteville étai un Montdragon, baron de Hauteville en Normandie. Il devait être le fils ou le petit-fils de Troïlus de Montdragon mariée en 1520 à Françoise de la Palue, dame dudit lieu et de Trésiguidy, décédée en 1543. (selon le nobiliaire et armorial de Bretagne) Des Montdragon, Trésiguidy passa encore en peu d années aux Montmorency, puis aux Rosmadec, par je ne sais quelle voie avant d échoir aux Kerlec h du Chastel. * Le fouage était une sorte de taxe d habitation ou d impôt par feu ou foyer, d où son nom. En étaient exemptés les nobles et leurs métayers ainsi que les pauvres et les veuves. La réformation avait but, entre autres, de déceler les exemptions abusives. ** La montre, au sens de «se montrer» était une sorte de revue d armes et d équipements militaires à laquelle les nobles de Bretagne étaient tenus de se présenter pour faire vérifier qu ils étaient bien en état de répondre aux obligations de service armé pour le Duc, auxquelles ils étaient tenus. 10
LES KERLEC H DU CHASTEL (fin du 16 è à 1700) Originaires du Léon (Ploudalmézeau) CLAUDE DU CHASTEL PREMIER DE LA LIGNÉE? Je rappelle, pour mémoire que le château de Trésiguidy a été d»truit vers 1595 durant les guerres de la Ligue par un incendie attribué à La Fontenelle. Un Kerlec h était-ii déjà seigneur du lieu? Je me le demande, à la lecture du Chanoine Moreau «Histoire de ce qui s est passé en Bretagne durant les guerres de la Ligue». Il y relate (chapitre IX) «un massacre fait par les paysans à Roscanou» (en Gouézec) en 1590. Sans aucune précision sur la date. Résumé : «Le sieur baron de Kerlec h, de son nom Claude du Chastel, venant de Rennes avec sa jeune femme en compagnie de soixante à quatre vingt cavaliers s arrêta avec sa troupe au manoir de Roscanou en Gouézec pour y passer la nuit. Le baron de Kerlec h et ses compagnons d armes, de même que la dame de Roscanou veuve d un conseiller au présidial de Quimper appartenaient au parti des royaux, tandis que tout le pays alentour était acquis au parti ennemi, celui des Ligueurs.» Craignant que ces royaux ne soient venus leur causer quelque misère les paysans des environs firent sonner le tocsin, et très vite, des paroisses alentour, Gouézec, Pleyben, Lennon, Edern, accourut une multitude de paysans qui entreprirent d enfermer leurs présumés ennemis dans le manoir en bloquant toutes les issues. Après quoi, ils incendièrent la maison où le sieur de Kerlec h et ses compagnons «étaient en train de se restaurer. Tous périrent soit par le feu, soit sous les fourches des paysans, à l exception de la jeune épouse du baron de Kerlec h et d une fillette de la maison, sauvées miraculeusement». Ce baron là était-il celui de Trésiguidy? J aurais tendance à penser que oui. Mort dans le manoir de Roscanou, il pouvait avoir laissé un fils qui aurait repris la lignée qui va s éteindre en l année 1700. Cette hypothèse me paraît d autant plus vraisemblable que les Kerlec h étant du parti des «royaux», La Fontenelle, du parti ennemi aurait eu un motif, s il en avait besoin, pour incendier leur château. Cela étant rien ne permet de l affirmer. FRANÇOIS DE KERLEC H (né avant 1590, décédé après 1614) Exit donc ce baron de Trésiguidy quelque peu incertain. En voici un, le premier de la lignée, bien réel celui-là. Il apparaît dans un bail à métayage qu il accorda à Guillaume Kerboul pour le lieu du Buors en Lothey. C est «hault messire François de Kerlec h». Petit extrait dudit contrat : Le neuvième jour de juillet l an mil six cent et quatorze devant nous notaires soussignants... sont présents hault messire françois de Kerlec h seigneur du plessix... de Trésiguidy... residant à présent dans son dit manoir de Trésiguidy en la paroisse de Pleiben d une part et Guillaume Kerboul demeurant au village de Buors en la paroisse de Lothey... par la présente baille et délaisse tous les biens du dit village de Buors... et c est à titre de météyé (métaierie)... Suivent les conditions du bail... Le seigneur de Trésiguidy signe Kerlec h avec les notaires Martin, Jaouen, Le Borgne et Botorel. C est le premier papier authentique et de première main dont je puis disposer depuis le début de la présente histoire des Trésiguidy. C est un document, à mon avis si important que je vais en donner ci-après deux fragments en illustration : la désignation des parties et les signatures finales. 11
J ai souligné et encadré «résidant à présent en son dit manoir de tréguidy» (présent en abréviation signalée par un «tilde» et Tréguidy pour Trésiguidy. Ces quelques mots révèlent deux choses : en 1614 vingt ans environ après la destruction de l ancien château le nouveau manoir était construit. Peut être depuis peu de temps puisque les mots «résidant à présent» suggèrent que peu de temps auparavant, il n y résidait pas, probablement parce que la construction n était pas achevée. Voilà qui permet de dater avec une rare précision ce manoir qui existe toujours, rebaptisé «Maner Coz» de 1610 à 1614. Louis Le Guennec en a fait un dessin vers 1920, dont voici une reproduction (de qualité médiocre). A part une aile perpendiculaire au bout est de la qui a été ajoutée, il n a guère changé depuis, ainsi qu on le verra sur une photo. 12
La construction de ce manoir mérite que l on s y arrête un instant. Comme on le voit, le manoir construit par messire François de Kerlec h n a rien du château fort qui avait été la résidence des Trésiguidy et de leurs successeurs jusqu à la fin du seizième siècle. C est un bon solide manoir comme on en trouve ici ou là dans les campagnes de notre régions sans plus, mais avec toutefois une haute muraille qui en défend l entrée.il a peut-être été commencé avant la mort d Henri IV (14 mai 610), ce roi ex-protestant converti au catholicisme dont l avènement avait déclenché les guerres de la Ligue. Le fait d être l un de ses partisans avait coûté la vie dans l incendie de Roscanou, au baron de Kerlec h, possible père de François, seigneur résidant de Trésiguidy. On peut imaginer qu avant sa mort, le «Vert-Galant» aura encouragé par quelque faveur le fils de l un de ses fidèles partisans à reconstruire le château qu avaient détruit ses ennemis. Sans une aide extérieurie il n est pas sûr que cette reconstruction eût pu se faire. A la fin des guerres de la Ligue, officiellement en 1598, mais sur le terrain plusieurs années plus tard, toute la Basse Bretagne étaitruinée par dix années de guerre civile. Les ravages causés par les troupes des différentes parties, les brigandages, les maladies... avaient provoqué la mort d une grande partie de la population, l abandon des champs à la friche, la perte du bétail. Pleyben, plus encore que certaines paroisses, avait été durement éprouvée. Dès 1590, nombre de ses hommes s étaient fait massacrer à Carhaix dans une malheureuse tentative contre les royaux ; d autres sans doute ont péri dans l affaire de Roscanou en Gouézec. Plus tard, comme s il s agissait d une punition, la paroisse a été taxée et imposée bien au delà de ce qu elle pouvait payer, tant par l autorité royale, que par les partisans de la Ligue.Résultat, les principaux notables de la paroisse furent conduits en prison, les uns à Quimper, d autres à Douarnenez (chez La Fontenelle), comme otages jusqu à ce que la paroisse s acquitte de ses charges. La paroisse fit de son mieux et vendit l orfèvrerie de l église en vain. Le temps passant, la dette ne faisait que croître d autant plus que les otages devaient payer leur nourriture et leur hébergement à leurs geôliers. Bref, Pleyben, au début du dix septième siècle, était ruinée, humiliée, orpheline de beaucoup de ses enfants, entrainée dans une spirale de dettes, dont elle n a pu sortir que par quelque amnistie qu aura accordé Henri IV une fois son pouvoir consolidé. C est donc dans le contexte d un pays ruiné***, exsangue, se redressant péniblement que le manoir de Trésiguidy a été construit. Les domaniers tenant les terres, dont le seigneur tirait ses revenus, devaient être ruinés eux aussi et incapables de payer grand chose à leur seigneur. Ce qui me fait penser à une aide diligentée par le roi. De François de Kerlec h, je n ai rien trouvé d autre, ni papier notarié ni trace dans les registres paroissiaux de Pleyben qui n ont été ouverts qu en 1636 pour les baptêmes parce que peut-être qu il n était plus de ce monde lorsqu il est devenu pour la première fois grandpère en 1634. RENÉ KERLEC H : A François de Kerlec h a succédé l un de ses fils, René, époux de dame François HAY. De René, baron de Trésiguidy de la seconde génération, je n ai retrouvé aucun papier notarié. Il n a sûrement pas manqué d en laisser un bon nombre, mais tous ont disparu. Il a par contre, laissé plusieurs traces dans les registres paroissiaux de Pleyben. La première fois c est dans le registre des baptêmes le neuf avril 1 637, à l occasion du baptême de son fils Paul et de sa fille Madeleine, baptisés le même jour. Chose curieuse, ces deux enfants étaient nés bien avant de recevoir le baptême. La fille. Madeleine née le 9 octobre 1634 avait alors deux ans et demi. Le fils Paul, né le 4 novembre 1636 avait un peu plus de cinq mois. 13 ***Je reviendrai sur les malheurs de Pleyben durant Ies guerres de la Ligue dans un autre article.
Ce retard a de quoi surprendre*** quand on sait que chez le commun des paroissiens, les enfants étaient souvent baptisés le jour même de leur naissance, ou au plus tard, le lendemain. Parrains et marraines ont été : - pour Paul : - Messire Paul Hay seigneur de Coatlan, conseiller du Roy en son parlement de Bretagne - oncle maternel - et Dame Suzanne de Kerlec h, dame de Lestiala, - pour Madeleine : - Messire Charles de Kerlec h, seigneur du Plessis (probable oncle paternel) - et Madeleine Boijean, Dame de La Boissière Messire René de Kerlec h a été à trois reprises au moins parrain à Pleyben, en 1640, 1649 et 1652, d enfants qui n étaient pas, apparemment, de sa famille. J ai encore retrouvé le baron René de Kerlec h avec son épouse dans les registres paroissiaux de Pleyben, à l occasion du mariage de leur fille Madeleine avec Messire Morice de Kermoisan, seigneur du Gouasmap et autres lieux, demeurant en la paroisse de Pommerit le Vicomte, Evéché de Tréguier. Le mariage a été célébré «Le onzième jour de juin mil six cent soixante trois en la chapelle du chasteau de Trésiguidy par noble personne Jan Baptiste de Kerret» (recteur de Pleyben). L acte de mariage a été inscrit sur le registre paroissial et signé de plusieurs personnes de qualité (une quinzaine au total), des Kerlec h dont René, des Kermoisan, un Alain Barbier, quatre ou cinq Le Rouge... Ce sera la dernière trace de Messire René de Kerlec h, baron de Trésiguidy. Son successeur va être son fils Paul, présent au mariage de sa sœur. Il avait alors 27 ans et n était pas encore marié. PAUL DE KERLEC H : Contrairement à ses prédécesseurs, messire Paul de Kerlec h a laissé d assez nombreux papiers dans les archives des anciens notaires. J en ai recueilli quelques uns. Le plus ancien date du six avril 1671. Entre cette date et celle du mariage que nous venons d évoquer en 1663, le vieux baron René est sans doute décédé, son fils lui a succédé et s est probablement marié (on reviendra sur ce point). L acte du six avril 1671 est une baillée à domaine congéable accordée à Michel Le Roy de Penanvern-Saint Suliau. Sa teneur est certes intéressante mais c est surtout l énoncé des titres du jeune seigneur âgé alors de 35 ans qui retient l attention: Messire Paol de Kerlec h du Chastel, chevalier baron de Trésiguidy, seigneur du Plessix, le Lehec, le Rozide et autres lieux, escuyer du Roy de la grande et petite escurye et gentilhomme ordinaire de sa chambre, résidant en son chasteau de trésiguidy en la paroisse de Pleiben... excusez du peu. Plusieurs autres du même genre passés devant Hémery, notaire sont égalemen des baillées ou des fermages. Il y a aussi un acte de vente pour un important lot de bois sur pied et un bail à métayage, actes assez inhabituels. Ce qui accroît encore leur intérêt est qu ils ont été passés alors qu il ne restait plus au baron, que peu de temps à vivre. Pour respecter l ordre chronologique, voici d abord le bail à métayage passé le quatre janvier 1698 devant Maitre Hémery, notaire à Pleyben. Quelques extraits. 14 **** On peut se demander si les Kerlec h dont un ancêtre adhérait au parti protestant d Henri IV n étaient pas partagés quant au parti religieux qu ils devaient suivre : le catholicisme officiel ou la religion réformée à laquelle adhéraient plusieurs grandes «maisons» de la noblesse bretonne comme les Rohan.
Messire Paul de Kerlec h du Chastel baron de Trésiguidy... d une part, René Le Queffélec et Julienne Cornec... autorisée autant que de besoin par François Cornec et Catherine Helgoualc h, frère et mère de la dite Cornec, demeurant au lieu de Kervern, d autre part... Lequel seigneur a cédé et délaissé à titre de milteyrie, le lieu noble de La Garaine proche le dit manoir pour le temps de neuf ans commencé à la Saint Michel dernière (1797)... pour, de la part dudit seigneur, fournir la moitié de la semence et lesdits acceptants, de l autre moitié et tous les labeurs, pour partager à chaque cueillette tous les bleds à moitié sur le ballez (l aire à battre?)... de faire réparation de fossés (talus), de faire tous les charrois de bois nécessaires pour faire la fourné du château... payer au dit seigneur la somme de cent dix huit livres dix sols pour le prix de sept vaches et un veau appartenant au dit seigneur au dit lieu de la Garaine, sous un an... Fourniront chaque année au dit seigneur cent livres de beurre net, loyal et marchand, passé au village de Kéravidan (près du château)... Il s agit de la métaierie de La Garenne située au bout de l allée conduisant au Château de Trésiguidy. L ancienne métaierie figure aujourd hui sur les plans, sous le nom de «Ar Verouri» (La métairie en breton). Elle est alors tenue par Guillaume Queffélec le père de René qui se retire. René et Julienne Cornec étaient de tous jeunes métayers. Ils venaient de se marier, le 29 octobre 1697. Julienne est née vers 1675 elle était la dernière enfant de François Cornec (premier du nom) et de Catherine Hergouach, métayer de Kervern en Pleyben. Elle était encore à la métairie de la Garenne en 1733 après 35 ans de labeur. Veuve, elle passait alors un «contrat de ménage» avec son gendre et l une de ses filles. Elle a du y rester jusqu à la fin de ses jours. Les places de métayers étaient recherchées pour plusieurs raisons : - la superficie des métaieries étaient en généal au moins double de celle des tenues ordinaires. Ainsi celle de la Garenne-Trésiguidy avait 35 journaux de terre chaude, - 16 journaux de terre froide et un peu plus d un journal de pré fauchable, soit un peu plus de 50 journaux quand la plupart des tenues à domaine congéable tournaient autour de 20 journaux. - Tenants de biens nobles, les métayers ne payaient pas d impôt - Leurs revenus, même après partage avec le seigneur, étaient supérieurs à ceux des domaniers soumis au domaine congéable et de plus, le seigneur en tant qu associé partageait le risque de mauvaises récoltes dues aux aléas climatiques. On l aura remarqué dans l extrait qui précède aucun paiement en espèce n est prévu entre les métayers et le seigneur, si ce n est pour le rachat des bestiaux qui lui appartenaient, sous l ancien métayer, le père Quefféle. Paiement dont le seigneur a donné quittance à Ren Queffélec en quelques lignes de sa main dont copie ci-après : Toutes les obligations dues au seigneur sont libellées en nature : labeur, charroi de bois, réparation de fossés, fourniture de beurre... «Je connais avoir esté paié par renné le Queffelec de la somme de cent dix huit livres porté par ledit acte dont je le quitte sans préjudice de mes droits (illisible) le vingt et quatrième septembre mil six cent quatre vingt dix neuf. Paul de Klec h du Chastel» 15
Messire le baron de Trésiguidy avait dans sa jeunesse été plus familiarisé avec le maniement de l épée qu avec celui de la plume d oie. Vente de bois : Ce sera peut-être le dernier contrat qu aura passé Paul de Kerlec h du Chastel, le cinq janvier 1699. Il s agit d une grosse vente de bois d œuvre extraits : Messire Paul de Kerlec h du Chastel, chevalier, seigneur... d une part et honorable homme Blaise Pengala maistre charpentier entrepreneur du Roy demeurant en la ville de Brest, et honorable marchand Yves Déniel demeurant au village de Pontol paroisse d Hanvec d autre part... Lequel seigneur a par ceste vendu et transporté auxdits Deniel et Pengala de moitié entre eux, le nombre de mille pieds de chêne à estre choisis dans la forest dudit seigneur... et ce en faveur de la somme de douze mille livres dont ils ont payé présentement la somme de quatre mille livres et le reste payable quatre mille à la saint Jan et pareille somme à la saint Michel prochaine... Fait aux issues du village de Kéravidan le cinq janvier 1699... Hemery notaire Messire de Kerlec h devait avoir un gros besoin d argent, sans doute pour honorer quelque échéance dont on dira un mot plus loin. L importance de cette vente de bois mérite que l on s y arrête : mille chênes ce n est pas rien. Cela donne une idée de l importance de la forêt de Trésiguidy: 151 journaux d après l acte d expertise préalable à la vente comme biens nationaux, en date du 21 Thermidor an 4 (août 1796), soit à peu près 75 hectares, ce qui signifie que la forêt couvrait toute la presqu île de Trésiguidy comme il apparaît sur la carte Cassini (18 e siècle). La forêt à beaucoup régressé depuis, mais cela est une autre histoire. Si l on en juge par les renseignements que l on a sur les acheteurs, les mille arbres de Trésiguidy étaient destinés à la construction navale que devait pratiquer le sieur «Pengala maistre charpentier entrepreneur du Roy à Brest». Transformés en navires de sa majesté Louis XIV, ils auront probablement fini au fond de quelque océan. TÉMOIN D UNE TRAGÉDIE Le 25 ou 26 Juillet 1693, s est produit un drame extraordinaire sous les murs du château de Trésiguidy : soixante dix sept personnes revenant d une mission à Lothey (au vieux bourg) ont été noyées dans l Aulne au moulin de Trésiguidy situé juste au pied du château. Rimodel deus pleiben : Pevar ugent nemet tri Oa beuzet e bug trésiguidy «Quatre vingt moins trois furent noyés dans la barque de Trésiguidy» D après la tradition, le Baron Paul de Kerlec h assistait, impuissant au drame. Le bateau, surchargéé, a dû se retourner, déséquilibré par un déplacement dans l embarcation, des passagers pressés sans doute de débarquer. Paourkez, paourkez, den fail Re a dud Iaket em bag «Malheureux, malheureux, mauvais homme, Trop de gens avez mis en votre barque» S époumonnait à crier le baron depuis le belvédère qui domine la rivière tout près du château. Les victimes pleybennoises furent inhumées le 27 juillet autour du calvaire qui était à l époque près de la tour Saint Germain. 16 Au bout du chemin menant à Trésiguidy, une croix peinte en rouge fut dressée pour commémorer la tragédie. La croix de bois a depuis longtemps disparu, mais l endroit s appelle toujours KROAZ RUZ (la croix-rouge).
CATHERINE FOUQUET : Je ne voudrais pas tourner la page sur le dernier des Kerlec h sans consacrer quelques lignes à sa femme Catherine Françoise Fouquet. Je n ai pas trouvé l origine de cette dame. Elle pourrait être une proche parente, voire une fille de «haut et puissant Christophe de Fouquet, seigneur de Chalain... conseiller du roi, président du Parlement de Bretagne» qui résidait à Quimper dans les années 1650. Comme je l ai mentionné plus haut, Paul de Kerlec h était encore célibataireen 1663 ; il ne devait plus l être en 1671, devenu baron successeur de son père. Il a du épouser Catherine FOUQUET vers 1665-1670. Il devait avoir entre 30 et 35 ans, elle, nettement moins vu qu elle était encore «remariable» après 1 700, date du decès du baron, et qu elle a vécu jusqu en 1726. Elle pourrait donc être née vers 1650-1655, et ne devait pas avoir beaucoup plus de 15 ans lors de son mariage. Cela n avait rien d extraordinaire à l époque. Le baron en avait près de 20 de plus, sans doute avait-il prolongé son célibat à cause d une carrière militaire au service de Louis XIV, qui lui valut son titre «d escuyer des petites et grandes écuries». Il a même probablement poursuivi sa carrière après son mariage, comme le faisaient beaucoup de nobles bretons, souvent officiers de marine, qui rentraient à la maison entre deux navigations, le temps d assurer leur postérité et poursuivre «l éligement de leurs affaires» comme disaient les notaires de l époque. On ne sait pas grand-chose de leur vie commune. Seulement qu ils ont été les promoteurs de la reconstruction de la chapelle de Guénily dont les seigneurs de Trésiguidy étaient «premiers prééminenciers». Ils y ont fait placer les autels latéraux surmontés de la statue de leurs saints patrons respectifs : Sainte Catherine au sud. Saint Paul au nord et fait placer leurs armoiries côte à côte au dessus du maître autel dédié à Notre Dame du Vrai Secours. On sait aussi qu ils n ont pas eu d enfant. Paul de Kerlec h n aura donc pas de successeur en ligne directe à la tête de la baronnie de Trésiguidy. Prévoyant qu après sa mort, sa femme devrait probablement quitter son château et sa seigneurie, il racheta pour elle, la seigneurie du Drévers, dont on peut dire qu elle a appartenu jusque vers 1680 à la famille Kergadalen qui, ruinée en a été dessaisie par une vente d office. Les acquéreurs furent Martin de Quélen, sieur de Kerlabourat et Dame Françoise du Chastel de Kerlec h, fille du seigneur du Rusquec en Loqueffret, parent des Kerlec h de Trésiguidy. C est donc à ces «cousins» que Paul de Kerlec h racheta* dans les années 1690 la seigneurie du Drévers dont le château aujourd hui disparu était situé près de la croix du même nom, à la sortie sud du bourg de Pleyben. Son territoire allait du bourg de Pleyben au nord, avec Kervern et ses terres limitées au nord par l actuelle rue du cimetière, jusqu à Pont Coblant au sud. Devenue veuve et Dame du Drévers, Catherine Fouquet s est remariée à une date que je ne saurai préciser à Messire Joseph Maurice Annoril, seigneur de la Chauvière, conseiller au Parlement de Bretagne. C est comme Dame du Drévers demeurant en son château qu elle accordait le 15 avril 1725 à François Cornec cité plus haut dans l affaire de la Métairie de la Garenne en 1698, et à son fils Jean, le bail à ferme, en renouvellement, pour neuf ans, de la métairie de Kervern. Ce bail aura été un de ses derniers qu elle aura eu à signer. Elle est décédée en son manoir du Drévers le 7 ou le 8 septembre 1726, l acte de sa sépultur est daté du 9 septembre. Son corps n a probablement pas été inhumé dans le chœur de l église paroissiale, comme l ont été ceux de nombreux notables, mais très probablement dans la chapelle privée de son manoir de Leinlouët démoli en 1924. J ai pu voir chez une personne habitant Châteauneu du Faou, une pierre sculptée portant les armes de la famille Fouquet «d argent à un écureuil de gueules» surmontées d une couronne comtale et «timbrées» d un collier de chaine à gros 17 * Ce rachat pourrait bien avoir quelque rapport avec la vente, pour 12 000 livres de 1 000 chênes en 1699 à un constructeur de bateaux et un marchand de bois.
maillons, décrivant un ovale autour de l écureuil. Tout cela correspond bien à la Dame en question : elle appartenait à la famille Fouquet comtes de Chalain, et l ovale avec «timbre» signale une dame de haute noblesse. Nicolas Fouquet, ministre des finances de Louis XIV étit de cette famille. La fortune acquise dans cette fonction lui permit de construire le château de Vaux le Vicomte. Pour malversations supposées Louis XIV le fit arrêter en 1661. Il finit ses jours en prison en 1680. Cette pierre a été trouvée par quelqu un qui faisait des travaux de terrassement à l emplacement de la chapelle de Leinlouët, ne se doutant pas qu il venait de mettre au jour la sépulture de l ancienne baronne de Trésiguidy. Pourquoi cette pierre se trouvait-elle là? Voilà qui mérite une petite explication : comme je l ai indiqué plus haut, Catherine Fouquet est morte sans descendance. Sa lignéétant éteinte, ses «armes» ont été enterrées avec elle selon l usage, la face tournée vers le sol ainsi qu on a trouvé la pierre. Pourquoi dans cette chapelle? Sans doute à cause de sa seigneurie du Drévers dontleinlouët relevait et d un droit de sépulture qu y avaient ses seigneurs. Cette inhumation «privée» explique que l office funèbre n a pas été célébré par un prêtre de Pleyben, mais par Missire Bigeaud recteur de Châteaulin celui de Pleyben ayant pu voir d un mauvais œil son église délaissée à l occasion. Son défunt époux, décédé 26 ans plus tôt avait, lui, accordé une partie de son corps à l église de sa paroisse comme l indique l acte de sépulture transcrit ci-après de l original relevé au registre de Pleyben. «Ce jour cinquième de mai 1 700, a été par noble et discret missire Yves Coquet docteur en Théologie, recteur de Pleiben et Saint Ségael enterré le cœur de missire Paul de Kerlec h du Chastel, en son vivant chevalier des ordres du roy, escuër des grandes et petites écuries de sa majesté, seigneur baron de trésiguidy et le reste de son corps porté aux Capucins de Quimper par la permission dudit recteur...» Ont signé : René Oriot prévost du Mur (parent de catherine Fouquet) Pierre Lesparler (seigneur de la Boissière en Pleiben) Jean Joseph de Clisson Yves Coquet recteur de Pleiben Noël Favennec prètre de Pleiben C est ainsi que s est terminée la lignée des Kerlec h qui n aura duré que trois générations peut-être quatre, mais la première est incertaine. A peu près un siècle encore, va s écouler avant que la Révolution ne fasse disparaître la baronnie de Trésiguidy qui aura entre temps changé de mains au moins deux fois. APRÈS LES KERLEC H 18 e siècle : Le successeur de Paul de Kerlec h sera son neveu, fils de sa sœur Madeleine dont le mariage en 1663 avec Morice de Kermoisan a été mentionné plus haut. Le nouveau baron apparaît dans un acte du 1 août 1701 passé devant Me Hémery notaire à Pleyben, par lequel il afferme à une dame «Anne de la Sauldray veuve d escuyer Jan Moreau... bailliff de Châteaulin» les terres et dépendances du château de Trésiguidy. Je laisse au notaire le soin de le présenter : «Messire rené de Kermoysan chevalier seigneur baron de Trésiguidy, le Lec h, lerozily et autres lieux, résidant au château de la Frudière paroisse de Chérolède (?),évesché de Nantes et estant à présent en son château de Trésiguidy en la paroisse de Pleiben pour l éligement de ses droits, héritier bénéficiaire de défunt Messire Paule de Kerlec h du Chastel son oncle...» 18
Je ne sais rien d autre de ce nouveau baron ; si ce n est que sa descendance était encore à la tête de la baronnie en 1744. C est ce qui apparaît dans un bail à ferme passé le neuf décembre 1744 devant Le Bescond notaire à Châteaulin : Par l entremise de «noble homme Bertrand Dutoya demeurant en la ville de Landerneau» Demoiselle Marie Elisabeth de Kermoysan, Dame baronne de Trésiguidy le Lec h Baille, cède et délaisse à titre de pure et simple ferme, pour le temps de neuf ans... à Yves Mazé et Guillaume Mazé son fils... demeurant au château de Trésiguidy... la retenue et pourpris du dit château de Trésiguidy... de même manière que... le bail à ferme qui leur en a été consenti le onze octobre 1736, à l exception du château et du jardin...» (que la baronne se réservait pour ses venues occasionnelles). Cette demoiselle Dame baronne pouvait être la fille de René de Kermoysan. Apparemment célibataire, elle n a pas eu de descendance probablement. Fin des Kermoysan donc. LES KERGARIOU Vingt cinq ans plus tard, dans un nouveau bail à ferme, toujours pour la retenue et pourpris du château de Trésiguidy, au même Guillaume MAZE dont le père Yves était décédé mais remplacé par Guillaume Mazé fils, apparaît un nouveau seigneur qui a succédé à la demoiselle de Kermoysan, probablement par la voie collatérale. Le voici, présenté par Le Bescond notaire à Châteaulin : «Furent présents noble homme Guillaume Fontaine agent et receveur général de haut et puissant Messire Jonatas de Kergariou chevalier, seigneur comte de Kervégant, Kergrist,... et seigneur baron de Trésiguidy...» Le nouveau baron de Trésiguidy demeurait en son château de Kergrist, paroisse de Ploubezré Evéché de Tréguier, tout près de Lannion où déclarait résider son représentant et receveur, en la paroisse de St Jean. Bien qu il se réservait la possibilité de venir habiter à Trésiguidy en excluant des bails à ferme successifs qu il a passé avec les Mazé qui se sont succédés de père en fils durant au moins cinquante ans, le manoir, une écurie et le jardin, il n a pas du souvent y mettre les pieds. Paul de Kerlec h aura été le dernier seigneur résidant à Trésiguidy. Ses successeurs se seront contentés d en percevoir les revenus, ne se donnant d ailleurs même pas la peine de le faire eux-mêmes préférant se faire représenter par un receveur et chargé d affaire qui, en leur nom, accordait les baillées, renouvelait les bails et percevait loyer et redevances. Le dix huitième siècle fut, si j ose dire, à Trésiguidy le temps des seigneurs fainéants. J ai retrouvé après le bail de 1769 que je viens d évoquer deux baux à renouvellement, l un du 14 août 1775, l autre du 18 septembre 1783, qui sera le dernier avant la Révolution. Dans ce dernier bail, les partenaires sont toujours les mêmes : Jonatan de Kergariou, seigneur comte de Kervégant Kergrist,... représenté par un sieur Hyacinthe François Couppé de Lannion, d une part, Guillaume Mazé( 3 ème genération depuis 1736), d autre part. 19 A titre documentaire, voici les conditions faites au preneur de ce dernier bail de 1783 : - Un loyer annuel de 300 livres - Fournir un demi boisseau d avoine et un demi millier de foin ou payer six livres en contrepartie selon le choix du seigneur - Faire les charrois de matériau nécessaires pour entretenir les batiments - Suivre le moulin de Trésiguidy (y faire moudre son grain exclusivement) - Payer une commission de 300 livres à titre de renouvellement de bail. Bien entendu, ces baux successifs ne concernaient que les terres et prés dépendant du château, 35 journaux environ, à l exclusion totale des surfaces boisée, futaie et taillis, avec même interdiction dûment spécifiée d y faire pâturer les animaux.
Jonatas de Kerariou, comte de Kervégant, Kergrist et autres lieux aura été le dernier seigneur baron de Trésiguidy. Dès le début de la Révolution il a pris le parti d émigrer à l étranger comme l ont fait la plupart des nobles de Basse Bretagne. Il est probablement mort en émigration avant l été 1796. En effet, certains actes de vente de ses biens confisqués établis à cette époque portent la mention «Catherine de Kergariou Kergrist, émigrée» qui était la fille de Jonatas. A Pleyben, deux seigneurs sont restés : Bizien du Lézart, de la Boissière et Kerret de Quilien. Le marquis de la Fayette qui a été le dernier seigneur du Leun et Kerguillay était lui à Paris, où il s est fortement impliqué dans les évènements des premiers temps de la Révolution. TRÉSIGUIDY ET LA RÉVOLUTION : Je précise d entrée que j ai limité mes recherches sur ce qu il est advenu durant la Révolution, des biens appartenant à la seigneurie de Trésiguidy, aux seuls biens appartenant privativement au seigneur : la métairie dite de la Garenne, le moulin, le château et les terres y étant attachées, objet des baux à ferme qui viennent d être évoqués; la forêt de haute futaie et le bois taillis. J ai délaissé tout le reste, y compris Kéravidan qui semblait être passé au régime du domaine congéable après la mort du dernier des Kerlec h. Tous les biens que je viens de citer ont été vendus comme biens nationaux au cours de l été 1796 (de prairial à messidor an 4). Confisqués en 1791 ou 1792 après l émigration de Jonatas de Kergariou, ils étaient placés sous séquestre en attendant qu il soit statué sur leur devenir. Je passe ici sur la procédure qui a précédé la mise en vente, pour ne retenir que ce qui s est passé sur le terrain : l expertise des biens préalablement à la vente, celle-ci n étant en fait que l enregistrement du rapport d expertise, une formalité. La même procédure a été utilisée pour l estimation de chacun des biens cités plus haut: un expert désigné par l administration départementale et un autre choisi par le soumissionnaire, acheteur potentiel, qui s accordent sur un prix à fixer en se fondant sur divers critères: état des bâtiments, des fossés (talus), et surtout le montant des loyers et autres redevances payés par les fermiers. Assistait toujours, obligatoirement, un représentant qualifié de la municipalité concernée et facultativement le candidat acheteur. Pour ne pas être fastidieux, je ne présenterai ici, qu un seul cas, celui du manoir de Trésiguidy et ses dépendances. L estimation a lieu le 28 Prairial an 4 (16 juin 1796). 1. Expert de l administration : Thomas Hascoët demeurant au lieu de Penanvern, commune de Cast 2. Expert de soumissionnaire : François Rolland demeurant près du moulin de Kervinic en Lopérec 3. Représentant la commune de Pleyben : Robert Louis de Leissègues 4. Soumissionnaire : Michel Nicolas, négociant en bois à Port Launay Description des biens en vente : «Le ci-devant manoir de Trésiguidy consistant en un manoir, une chapelle, une maison à four, un pavillon, une autre maison nommée cuisine, un appartement nommé l office, une remise, une écurie, trois crèches, une grange et une maison nommée Ty Bihan. Sous terre chaude 1 812 cordes trois quarts, sous terre froide 195 cordes et sous pré fauchable 743 cordes. NOTA : La corde, ancienne unité de surface valant environ 61m 2 80 cordes = 1 journal soit à peu près 4 880 m 2 ou un demi hectare. 20 Pour déterminer le prix à fixer, les experts ont additionné tout ce que le fermier, Guillaume Mazé payait : le loyer annuel, les redevances en nature, le1/9 de la commission pour renouvellement du bail, les corvées et charrois estimés six livres par an, faisant un total de 358 livres 5 sols 9 deniers en revenu annuel. Celui-ci multiplié par un coefficient probablement
fixé d après l état des bâtiments qui semble être ici de 22, a donné au bout du compte la valeur de 8 000 livres six sols six deniers. C est très exactement le prix auquel fut adjugé quelques jours plus tard par la commission spécialisée de l Administration du département du Finistère à Quimper, le manoir de Trésiguidy avec ses terres et dépendances au citoyen Michel Nicolas. Par le même processus fut adjugé à Alexandre Salonne, autre notable de Port-Launay classé parmi les négociants armateurs et marchands, la métairie dite de la Garenne, tenue par François Paugam et son fils (non dénommé) bâtiments et environ cinquante journaux de terre, pour 7 600 livres 10 sols six deniers. De même le moulin de Trésiguidy tenu depuis 1769 par Jean Le Velly, meunier de père en fils audit moulin, attribué pour 9 409 livres 16 sols à un nommé Tharo au sujet duquel l acte de vente ne donne aucune indication, ni sur sa résidence ni sur sa profession. Il s agissait probablement, comme dans les deux cas précédents, d un bourgeois ayant de l argent à placer, désireux de faire une bonne affaire. Restent la forêt de haute futaie et le bois-taillis le prolongeant au nord. Là il n y avait pas de fermier, ni donc de bail sur lequel fonder une estimation. Il semble bien que les experts aient opéré au «pifomètre». Les 75 hectares de forêt furent estimés valoir 3 325 livres 13 sols 4 deniers, à peu près le quart de ce qu en avait tiré Paul de Kerlec h en y prélevant 1 000 arbres. Après ce prélèvement, les successeurs auraient-ils continué à se servir au point d avoir fait place vide, ce qui expliquerait le faible montant de l estimation? L heureux acheteur fut un nommé Martin Guivart demeurant à Douarnenez, constructeur de bateaux semble-t-il, heureux de pouvoir se procurer du bois à bon compte. Le bois taillis couvrant à peine 14 journaux, revint aux deux compères de Port Launay, Michel Nicolas et Alexandre Salonne pour 2 225 livres six sols. Un prix qui souligne s il en était besoin l estimation ridiculeusement basse des 150 journaux de futaie. FIN DE LA SEIGNEURIE DE TRÉSIGUIDY C est par la vente des biens du dernier baron que s est terminé l histoire de la seigneurie de Trésiguidy qui aura duré près d un millier d années. Je propose de terminer par une petite visite du manoir devenu «Maner-Coz» illustrée de quelques photos que m ont permis de faire les propriétaires actuels : Anne et Noël Jain, cultivateurs éleveurs depuis peu retraités que je remercie pour leur amabilité. MANER COZ TRÉSIGUIDY 21
Trésiguidy. L ancienne chapelle seigneuriale Trésiguidy. Le manoir - Façade arrière côté sud On ne peut accéder au «Maner-Coz» que par un seul chemin. En venant de Pleyben par la vieille route de Châteaulin on arrive au hameau de «la Croix-Rouge» où Maner Coz est indiqué. Au bout de quelques centaines de mètres après avoir laissé Keravidan à droite etar Verouri à gauche, on arrive au bout de l ancienne allée seigneuriale. Quelques dizaines de mètres encore, et voici le portail monumental en l état très exactement, où l ont laissé les anciens seigneurs. Sa voûte est surmonté d une grande pierre sur laquelle sont gravées deux armoiries côte à côte bien visibles mais illisibles depuis le sol. Franchi le portail, l ancienne chapelle seigneuriale se trouve à gauche. Elle n a plus de toiture visible, mais la façade est encore en bon état avec une porte en plein cintre, de pierre de taille et une étonnante petite fenêtre ovale. A droite, adossé au mur du portail, un étonnant «cagibi» percé d une minuscule ouverture. Le cachot seigneurial ou la loge du gardien? 22 Juste en face, voici le manoir, âgé de bientôt quatre siècles. Le pluricentenaire se porte bien. Ses murs tant du côté cour, que du côté de l ancien château au sud, sont en excellent état.
Tout comme l intérieur où l on peut voir au plafond les poutres d origine, impressionnantes, issues directement de l ancienne forêt toute proche. Seul changement par rapport au dessin de Le Guennec, l aile ajoutée, perpendiculaire à la façade, à gauche de la photo. Trésiguidy. Vue du manoir LE MOT DE LA FIN Voici arrivé le terme d un long voyage à travers l Histoire de Bretagne, commencé il y a environ 12 siècles avec l installation sur le site de Trésiguidy d un chef de guerre franc, SIGWIN ou «l Ami Victorieux» avec une poigné de guerriers, pour contrôler le cours de la rivière Aulne, lieu de passage privilégié vers l intérieur de la Bretagne. On a vu le temps des Croisades et de la guerre de succession de Bretagne avec les Trésiguidy ; les guerres de la Ligue, le conflit le plus cruel et le plus ruineux de l Histoire de Bretagne, dont les ruines de l ancien château féodal témoignent qu elle est passée en ces lieux. Sur les cendres de l antique château a été reconstruit le manoir des Kerlec h du Chastel, plus gentilhommes campagnards qu hommes de guerre. On a vu comment à la Révolution l ancien domaine seigneurial a été démantelé non pas au profit des fermiers du seigneur «libérés de la tyrannie féodale» mais au bénéfice de quelques riches marchands ou bourgeois à l affût de bonnes affaires à réaliser et de placements lucratifs et sans risque. Les fermiers, «le peuple souverain» n aura fait que changer de maître. Pas forcément en mieux. Au bout de tout cela, il reste aujourd hui un patrimoine remarquablement bien conservé. Les remparts de l ancien château qui auraient pu être démantelés pour fournir de la pierre à bâtir sont toujours là en bon état, ornés de surcroit de grands chênes verts méditerranéens témoins des lointaines chevauchées vers le sud, des seigneurs de la famille Trésiguidy. De même le manoir édifié il y a presque quatre siècles a été maintenu en très bon état : bâtiments, portail, murailles, tout est conservé. La commune de Pleyben a bien de la chance de posséder sur son territoire un si riche patrimoine historique. Qu en adviendra-t-il à l avenir? 23 Je n ai pas de réponse à cette question, et je n ai pas à en avoir, s agissant d une propriété privée. J ai fait ce que j ai pu pour retracer son passé. Ma tâche est terminée. Ce sera le mot de la fin. Maurice CORNEC Novembre 2 004