oris Clivaz Les crédits bancaires pour les PME Rating, pricing, ratios essentiels Le contexte économique actuel obligera de plus en plus souvent de nombreuses PME à avoir recours au crédit bancaire. Dans ces conditions, des patrons d entreprises devront négocier leurs besoins de capitaux avec leurs partenaires financiers. Pour permettre une bonne négociation, il est important de connaître les impératifs bancaires. En effet, l accord de âle II, qui devrait entrer en vigueur en 2005, imposera aux banques tant une différenciation des fonds propres en fonction du risque crédit qu une prise en compte du risque opérationnel. terme, les exigences de cet accord obligeront les banques à classer leur clientèle dans au moins classes de risque. 1. Objectifs prioritaires d un rating et pricing dans une banque 1.1 Réduction des coûts de risque des crédits Une réduction des coûts de risque crédits passe par une identification des facteurs de risque. Cette identification classera les contreparties et donnera une probabilité de défaut à chaque classe de risque. 1.2 mélioration du pricing, de la marge opérationnelle La fixation du taux d intérêt s effectuera en fonction de la prise en compte du «vrai» coût du risque de crédit. Cette approche inclura une différenciation en fonction du risque déterminé (classe de risque) et de la prise en compte des fonds propres nécessaires pour effectuer le crédit. oris Clivaz, titualire du brevet de préposé aux Offices des poursuites et faillites et du diplôme d économiste bancaire, Fidiciaire Michel Favre, Lausanne 1.3 mélioration de la gestion du portefeuille des crédits La mise en place d une telle segmentation permettra une transparence et une maîtrise du niveau des risques dans le portefeuille de la banque. Cette identification globale des risques autorisera le développement de stratégie de portefeuille. Un établissement sera à même d effectuer des titrisations de ses créances ou de limiter l octroi de crédit pour une branche économique qui est surpondérée dans son portefeuille. 1.4 Réduction des coûts opérationnels du traitement des crédits Cette démarche doit déboucher sur une optimisation des processus de crédit, notamment par une automatisation ou simplification du processus décisionnel. Grâce à la mise en place de cette organisation, une amélioration du service à la clientèle doit aboutir (réduction du temps de traitement). 1.5 Optimisation des fonds propres En vue d une amélioration optimale de ses fonds propres, l établissement bancaire essaiera d avoir un rapprochement du capital réglementaire (âle II) vers le capital économique. En outre, il attribuera l allocation des fonds propres vers les affaires les plus rentables. 2. Rating 2.1 Définition Le rating est l allocation d une classe de risque représentant un intervalle de probabilité de défaut à un objet de no- L Expert-comptable suisse 6 7/03 447
tation. Dans le cas d une entreprise cotée en bourse, cette notation sera établie par une société de notation telle que S&P, Fitch, etc. (cf. tableau 1). Dans le cadre d un crédit à une PME, le rating sera établi par l établissement bancaire sur la base des données financières et qualitatives récoltées lors de la demande de crédit. Il est clair que le demandeur de crédit devra être transparent sur sa situation financière et organisationnelle en vue d obtenir la meilleure classe de risque. Il est à relever que les ratings bancaires essaient de se rapprocher au maximum des ratings internationaux (cf. tableau 2). 2.2 Rating coût du crédit (taux d intérêt) Les éléments-clés pour la détermination du taux d intérêt d un crédit sont: coût du refinancement; coût de gestion; perte attendue (dépend de la classe de risque); coût du capital (perte inattendue). 2.2.1 Coût du refinancement Il s agit du prix par lequel la banque peut se refinancer pour une structure équivalente au crédit accordé sur le marché des capitaux. Il est clair que, à ce stade déjà, le taux d intérêt final du client dépendra du rating de la banque sur le marché des capitaux. 2.2.2 Coût de gestion Coût du traitement de la demande, de l analyse, de l octroi du monitoring et de l administration des paiements. ce niveau-là, la banque doit optimiser au maximum ses processus pour obtenir le prix de revient le plus bas afin de se distinguer de la concurrence. 2.2.3 Perte attendue Il s agit de la perte attendue sur la durée du crédit en fonction de la classe de risque. La perte attendue inclut la perte en capital, en intérêt, en frais ainsi que les coûts liés aux activités des contentieux. Le taux de perte en cas de défaut sera déterminé en fonction des garanties remises (cautionnements, cédules hypothécaires, police d assurance-vie, etc.). La détermination de la classe de risque aura un impact significatif sur le taux proposé par l établissement bancaire. 2.2.4 Coût du capital Le coût du capital est basé sur les fonds propres de référence et sur le coût d opportunité des fonds propres par le Tableau 1 Classes de risque S&P Définition et probabilités de défaut Probabilités de défaut à Classe Définition/description 1 an 2 ans 3 ans 4 ans 5 ans de risques* Capacité extrêmement forte de l emprunteur à honorer ses engagements financiers Capacité très forte de l emprunteur à honorer ses engagements 0.01 0.04 0.09 0.16 0.25 financiers Capacité forte, mais emprunteur plus sensible aux effets adverses 0.04 0.11 0.19 0.32 0.49 de changements de circonstances et de conditions économiques Capacité adéquate, mais plus susceptible d être affaiblie par des 0.22 0.50 0.79 1.30 1.0 changements défavorables de circonstances et de conditions économiques L emprunteur connaît des incertitudes et une exposition à des 0.9 2.97 5.35 7.44 9.22 conditions d affaires, financières ou économiques adverses majeures qui pourraient le rendre incapable d honorer ses engagements financiers L emprunteur a actuellement la capacité d honorer ses engage- 5.32 2.97 5.35 7.44 9.22 ments financiers, mais des conditions d affaires, financières ou économiques défavorables affecteront vraisemblablement sa capacité ou sa volonté de le faire CCC L emprunteur est actuellement vulnérable et dépendant de 21.94 29.25 34.37 3.24 42.13 conditions d affaires, financières et économiques pour honorer ses engagements financiers *Les classes à CCC peuvent être affinées par le signe «+» ou pour marquer une nuance au sein de la classe principale 44 L Expert-comptable suisse 6 7/03
Tableau 2 Classes de risque utilisées par des agences de rating et d autres banques Le taux d un crédit sera déterminé en fonction de l attribution à la classe de risque, conformément à l exemple du tableau 3. Sur un an 0.03 0.02 0.05 0.05 0.12 0.22 0.35 0.44 0.94 1.33 2.91.3 10.32 21.94 Nombre de classes ROE minimal. Il dépend de la politique du management bancaire. 3. Pricing S&P + + + + + CCC D 1 Fitch + + + + + CCC D 1 US C1 C2 C3 C4 C5 C6 C7 C C9 D0 D1 D2 D3 D4 14 La stratégie de prix est déterminée par la structure des coûts, la situation du marché, ainsi que par l environnement politique. La structure de coût dépend de l accès aux marchés des capitaux, de l efficacité opérationnelle des crédits, du coût du risque, de même que du coût des fonds propres. CS R SGK 1 2 3 4 5 6 7 9 10 10 LuK R duits de crédit à offrir. En outre, le degré de liberté en termes de détermination de prix par segment de clients n est pas forcément complet (banque cantonale, taux de référence). ZK 7 la lecture de ce tableau, on se rend compte que le taux d intérêt, pour une affaire identique, peut varier de 40 à plus de 00 points, ce qui représente une différence de 7,6% pour le client. En conséquence, il est impératif que, lors d une demande ou d un renouvellement de crédit, le dossier soit préparé en vue d obtenir la meilleure classe de risque. 4. Ratios essentiels 4.1 Introduction En vue de préparer un entretien avec son partenaire financier, la PME devra procéder à une analyse de sa situation. Cette approche devra s effectuer de manière objective de façon à considérer tous les éléments tant positifs que négatifs. Pour se déterminer sur l opportunité d accorder ou de renouveler une limite de crédit, l établissement bancaire exigera que la PME soit transparente. En Tableau 3 Ordre de grandeur du spread total pour une avance à taux fixe en blanc Points de base >00 Eléments du coût de crédit En ce qui concerne la situation du marché, la stratégie de prix sera influencée par la stratégie des concurrents en termes de produits et de prix. La demande globale de crédit par les différents segments de clients influencera le prix. De plus, le management déterminera les clients ciblés dans le cadre d une diversification du portefeuille crédit. 40 55 70 130 260 520 Coût du capital pour risque inattendu Coût du risque attendu Coût de gestion Spread de financement L environnement politique aura également une influence sur le choix des pro- Classe de risque C L Expert-comptable suisse 6 7/03 449
effet, si les documents remis ne satisfont pas la banque, cette dernière ne pourra pas examiner le risque de manière optimale. Dans ces circonstances, il est à redouter que l entreprise reçoive un refus ou que la classification du risque soit supérieure pour tenir compte de ce manque d informations. L évaluation sera effectuée sur la base de données quantitatives et qualitatives ainsi que sur l évolution attendue de la branche économique. On procédera à une analyse approfondie sur des ratios de structure du bilan, de trésorerie et de variabilité de la profitabilité. L EIT doit permettre de payer au minimum 2,5 x la charge d intérêts. En dessous de ce seuil, la capacité de la société de rembourser le crédit sera jugée insuffisante. 4.4.3 Déclin, maintien ou augmentation des résultats Une analyse sera effectuée sur la base de l évolution des résultats de l entreprise. Dès lors, si les résultats ont été affectés par un événement exceptionnel, 4.2 Evaluation quantitative En ce qui concerne l analyse financière, le dossier crédit devra comprendre, en règle générale, les éléments suivants: arrêté des comptes des trois dernières années; business plan pour les jeunes entreprises; budget à une année minimum; budget de trésorerie; plan d investissement. 4.3 Evaluation qualitative Des informations devront être réunies afin de renseigner la banque sur la capacité du management de gérer la société, par le biais des documents suivants: extrait du Registre du commerce; organigramme; CV des personnes responsables de l entreprise; documents descriptifs de l entreprise; documents descriptifs des produits/ services; risques écologiques et juridiques. 4.4 Négociations avec la banque Il est clair que les éléments financiers auront un impact très important pour l appréciation de l établissement bancaire. Par conséquent, une attention particulière devra être portée aux documents à lui soumettre. 450 «L analyse de l évolution de l EIT permettra à la banque de contrôler la capacité du management à vérifier la bonne marche des affaires.» 4.4.1 Ratio de structure Le ratio de liquidités II est souvent utilisé en vue de mesurer le potentiel de l entreprise à faire face à ses dépenses imprévues ou à des retards de paiement importants de ses clients. Si l entreprise a une activité saisonnière, il sera peutêtre préférable de calculer plutôt une moyenne de ce ratio sur l année que sur l arrêté des comptes effectué en général le 31 décembre. Le niveau de ce ratio devrait se situer au minimum à 100%; toutefois, un taux de 125% serait plus apprécié. Le ratio des fonds propres mesure la capacité de l entreprise à absorber les variations de son résultat par les fonds propres. En outre, le niveau des fonds propres permet également d apprécier la politique de l entreprise sur le taux d affectation des bénéfices en faveur des actionnaires (politique de distribution du dividende). Ce ratio devrait se situer dans une fourchette de 20 à 25% du total du bilan. De plus, si l entreprise a des réserves latentes, un tableau sera fourni pour compléter l information. 4.4.2 Ratio de trésorerie Le taux de couverture des charges d intérêts met en évidence la capacité de la PME à générer suffisamment de profits pour faire face à sa charge d intérêts nette. une explication devra être fournie. L analyse de l évolution de l EIT permettra à la banque de contrôler la capacité du management à vérifier la bonne marche des affaires. En outre, l établissement bancaire pourra déterminer s il y a une érosion sur les marges. L entreprise peut-elle reporter sur ses clients l augmentation de ses coûts? 4.4.4 Capacité d endettement de l entreprise La capacité d endettement permet de calculer l endettement qu une PME est en mesure de supporter en relation avec son free cash-flow durable. fin de déterminer le free cash-flow durable, l établissement procédera à une moyenne sur les trois dernières années au minimum. En fonction du risque que le management bancaire est d accord de supporter, le free cash-flow devra permettre de rembourser l endettement et de payer les intérêts sur une période de 5 à 12 ans. Cette différence provient du type d opération et de la branche d activité. De manière simplifiée, l endettement (dette portant intérêts, crédits ban- L Expert-comptable suisse 6 7/03
caires, actionnaires, etc., sans les fournisseurs) ne devrait pas représenter 6 à x le free cash-flow de la PME. Lors de la détermination de ce ratio, il y aura lieu d examiner si l activité de la société ne péjore pas ce ratio par un effet de saisonnalité. Celui-ci devrait être calculé sur une moyenne annuelle de l endettement. u vu de ce qui précède, nous constatons que les marchés financiers et la législation contraignent de plus en plus les banques à évaluer les risques lors de chaque opération. Dès lors, il est impératif que les PME se préparent de manière optimale afin d obtenir les financements nécessaires à leur exploitation. Les exemples de ratios mentionnés cidessus sont tirés de la pratique et sont souvent utilisés par les gestionnaires de crédits. Il ne s agit pas d une liste exhaustive, mais elle devrait permettre à un chef d entreprise de mieux négocier avec sa banque. ankkredite für KMU Die aktuelle wirtschaftliche Lage zwingt immer mehr kleine und mittlere Unternehmen (KMU) zur ufnahme eines ankkredits. Die Geschäftsinhaber müssen also unter diesen Rahmenbedingungen den Kapitalbedarf mit ihren Finanzpartnern verhandeln. Um diesen Verhandlungen einen guten Verlauf zu geben, sollten die bankenspezifischen Zwänge bekannt sein. So wird das zweite asler Eigenkapitalübereinkommen, das 2005 in Kraft treten sollte, den anken eine bgrenzung des Eigenkapitals abhängig vom Kreditrisiko sowie die Einbeziehung des operationellen Risikos abverlangen. Die anken werden also mittelfristig durch die nforderungen dieses Überein- ZUSMMENFSSUNG kommens gezwungen, ihre Kunden in Risikoklassen einzuteilen. Der utor untersucht im vorliegenden rtikel zunächst die Zielsetzung eines Rating und Pricing durch die ank, bestimmt sodann die grundlegenden Kennzahlen und endet mit der Verschuldungsfähigkeit des Unternehmens. Er kommt zum Schluss, dass Finanzmärkte und Gesetzgebung immer mehr anken zwingen, bei jedem Geschäft eine Risikobeurteilung vorzunehmen. Wollen also KMU die betriebsnotwendigen Mittel aufnehmen, ist eine optimale Vorbereitung unabdingbar. C/CHW Der Schweizer Treuhänder 6 7/03 451