La production de semences maraîchères



Documents pareils
Un peu d histoire. Lutte biologique. Que retirer de l expérience des producteurs de légumes de serre?

Petits fruits Bulletin d information No mai 2013 PUNAISE TERNE. Description. Identification

NOP: Organic System Plan (OSP) / EOS: Description de l Unité Information et documents requis

Résumé du suivi phytosanitaire du canola au Centre-du-Québec de 2009 à 2011

La lutte intégrée contre les ravageurs de sol en grandes cultures. Geneviève Labrie

Recettes maison contre les ravageurs et les maladies par M. Jean-Claude Vigor

Fiche Technique. Filière Maraichage. Mais doux. Septembre 2008

Enquêtes nationales sur les utilisations agricoles de pesticides

PRODUITS MORTELS LES PESTICIDES DANS LE COTON

Pesticides. agricoles Moins et Mieux. Cahier d auto- évaluation

L agrément des entreprises pour le conseil indépendant à l utilisation de produits phytopharmaceutiques. Ordre du jour

«L énergie la moins chère et la moins polluante est celle qu on ne consomme pas»

2. Identification de l'organisme de formation : Adresse BP 7

Besoins de recherche et de transfert en agriculture biologique Horizon 2016

POUR VENTE POUR UTILISATION DANS L EST DU CANADA ET EN COLOMBIE-BRITANNIQUE COMMERCIAL

RESOLUTION OIV-VITI GUIDE D APPLICATION DU SYSTÈME HACCP (HAZARD ANALYSIS AND CRITICAL CONTROL POINTS) A LA VITICULTURE DE L OIV

Jeu de l ingénierie écologique. mémo du joueur

TALENSIA. Pertes d exploitation Grêle sur récoltes. Dispositions spécifiques

CHAPITRE 8 PRODUCTION ALIMENTAIRE ET ENVIRONNEMENT

Guide de Terrain - Première ronde

Vivons au Potager UN CAPITAL DE VITALITÉ POUR TOUTE LA FAMILLE POUR UNE MEILLEURE QUALITÉ DE VIE

Les objectifs du règlement sur l utilisation des engrais et des pesticides sont de :

Vérifier avant de lancer l'impression que le nombre et les libellés retenus pour l'impression sont bien ceux qui sont demandés.

12. À chacun son point de vue

DIAGNOSTIC DE DURABILITE du Réseau Agriculture Durable

La production de Semences potagères

Une planète. Six engagements.

Partie V Convention d assurance des cultures légumières

RÉSULTATS DE L OBSERVATOIRE TECHNICO-ÉCONOMIQUE DU RAD Synthèse Exercice comptable 2010

DOSSIER DE PRESSE. Organisateur. Contact. Carolina Cardoso life.eu Chargée de communication + 32 (0)

Note récapitulative : culture de Taillis à très Courte Rotation (TtCR) de saules

Fiche Technique. sur l itinéraire de fertilization de la Pomme de terre. (Solanum tuberosum L.) au Cameroon

Les méthodes de luttes : De la protection «systématique» à la Protection Intégrée (P.B.I.)

FICHE TECHNIQUE SUR LA FERTILISATION DE LA PASTEQUE

A vos cultures

CONGRES REGIONAL CTA/ ATPS DE LA JEUNESSE EN AFRIQUE

Valérie Roy-Fortin, agr. Bio pour tous! - 6 mars 2015

Annexe A : Tableau des exigences

Fiche technique. Comment lutter contre les nématodes parasites des cultures maraichères par la solarisation?

Résultats et impacts

Adaptation Aux changements climatiques. Agriculture et sécurité alimentaire: Cas du Burkina Faso

Annexe 2: Région des Savanes Caractéristiques et bas fonds identifiés

Stratégies gagnantes dans la lutte contre certains insectes ravageurs des cultures maraichères biologiques. Jean Duval, agronome

Environnement, économie, société : le maïs sur tous les fronts

Juillet Août Bon jardinage et bon début de récolte!

Comment utiliser les graines de soja à la cuisine

Canada Province de Québec Ville de Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson

Permet plus de souplesse au niveau du raisonnement de la lutte contre les organismes nuisibles

Thème sélection génétique des plantes hybridation et génie génétique

OUVERT02 - Maintien de l ouverture par élimination mécanique ou manuelle des rejets ligneux et autres végétaux indésirables Sous-mesure :

Informations techniques sur la culture de l ananas

05 ET 06 AOUT 2015, ABIDJAN

MONITOR 480 Insecticide Liquide À USAGE RESTREINT

BULLETIN DE SANTÉ DU VÉGÉTAL PAYS DE LA LOIRE >>> MARAICHAGE

PROGRAMME D ASSURANCE RÉCOLTE

Ne laissez pas le mauvais temps détruire le fruit de votre travail!

Moyens de production. Engrais

BREVET DE TECHNICIEN SUPÉRIEUR AGRICOLE SUJET

Le printemps et l été du compost

La culture de la vigne au Québec; Tout ce dont vous devez savoir.

légumineuses, seigle, épeautre, pomme de terre, légumes de plein champ. orge, triticale, prairie temporaire, luzerne, oignons.

INSECTICIDE CLUTCH 50 WDG

Guide pour une PELOUSE IMPECCABLE OBTENEZ L AVANTAGE

VITICULTURE 2012 V 12 / PACA 02 STRATEGIE D APPLICATION DU CUIVRE EN VITICULTURE

En primeur chez. La collection «Jardinier urbain» pour aménagements comestibles, petits jardins potagers et jardins en pots. p.7

Production de semences de sorgho en milieu paysan au Burkina Faso

Lettre de rappel sur HODUFLU

Un expérience pluridisciplinaire de l intensification écologique en Agriculture Familiale

Un outil pour l analyse de la contribution des systèmes de culture au développement durable. Jeu complet de fiches critères de MASC 2.

Qualités nutritives des salades. DOSSIER SPéCIAL BIO F R C magazine FéVRIER 2010 N O 25. Quand la météo s en mêle


La culture de la fraise à jours neutres

Pour en savoir plus sur la

PAC. ce qui change. vraiment

L EAU POTABLE : COMMENT LA PRÉSERVER Bien que l eau soit une ressource renouvelable, il ne faut pas pour autant la gaspiller. Les Québécois sont les

Traits fonctionnels : concepts et caractérisation exemples des prairies Marie-Laure Navas, Eric Garnier, Cyrille Violle, Equipe ECOPAR

Sorgho grain sucrier ensilage L assurance sécheresses

D où viennent nos semences. Visite virtuelle d un site de production de semences de maïs Monsanto

ETUDE DE LA RENTABILITE FINANCIERE DES EXPLOITATIONS MARAICHERES DE GRAND-POPO

CLÉS POUR COMPRENDRE L AGRO-ÉCOLOGIE

EPLEFPA "LES SARDIERES" 79 AVENUE DE JASSERON BOURG EN BRESSE Tel :

Micro-irrigation à Madagascar

Normes internationales pour les mesures phytosanitaires (NIMPs)

DES AGRICULTEURS ET AGRICULTRICES URBAINS DE LA ZONE DES NIAYES (SENEGAL)

Une nouvelle écologie des parcs et des jardins

Responsabilité en matière de santé et d'environnement

Ce qu'il faut retenir

Actualité Ecophyto 2010

Contexte : Objectif : Expérimentation :

Journée scientifique 21 novembre «Base de données e-prpv Etat des lieux et perspectives Bernard Reynaud, Henri Brouchoud, Bruno Hostachy»

Qui sont-ils? Pedro. Tamacha. 9 En quantité, Tamacha mange suffisamment, mais son alimentation n est pas satisfaisante en qualité.

Conseils pratiques sur l utilisation des produits chimiques agricoles

Conseils pratiques l entretien

SYSTEMES DES SEMENCES DE L OCDE

Appel à concurrence dans le cadre d une procédure adaptée N 65. Fourniture d azote liquide et de matériels de transport et de stockage d azote liquide

VI) Exemple d une pépinière de plantes ornementales.

Une gamme d outils qui s étoffe

Bilan Carbone des interventions viticoles

École du Paysage et de l'horticulture

Transcription:

La production de semences maraîchères RADHORT CENTRE POUR LE DÉVELOPPEMENT DE L'HORTICULTURE CAMBÉRÈNE DAKAR

ISRA Institut de Sénégalais de Recherches Agricoles CDH Centre pour le Développement de l Horticulture Cambérène Dakar FAO Organisation des Nations Unies pour l Agriculture et l Alimentation GCP/SEN/033/BEL Coopération Régionale pour le Développement des Productions Maraîchères en Afrique de l Ouest - Composante Sénégal La production de semences maraîchères Reproduction interdite 2012

La production de semences maraîchères LA PRODUCTION DE SEMENCES MARAÎCHÈRES 1. Introduction Pour réussir une culture semencière, les techniques culturales préconisées sont d abord celles qui permettent d optimiser le rendement d une culture destinée à la consommation. En effet, la production de semences sur une plante ne peut être maximisée que si celle-ci a une croissance vigoureuse, un développement normal, une floraison abondante, une fructification maximale et un état sanitaire parfait. Les techniques spécifiques de conduite des cultures semencières qui doivent être appliquées se divisent en deux catégories : 1. les techniques culturales (entretien, protection phytosanitaire) qui visent à la production d une semence de bonne qualité physique. 2. les techniques d isolement, de pollinisation et d épuration qui visent à assurer la qualité génétique de la semence. 2. Techniques culturales 2.1 Rotations Les rotations culturales qui permettent d atténuer la prolifération d agents pathogènes et de ravageurs (en particulier les nématodes), d une culture à l autre, doivent être strictement respectées. Ces rotations permettent également de réduire l incidence des mauvaises herbes et des repousses indésirables des cultures précédentes. Dans la pratique, l intervalle de temps à respecter entre deux cultures appartenant à la même famille, devrait être au moins de : 1. 3 ans pour les Solanaceae (tomate, piment, jaxatu,...) 2. 2 ans pour les Alliaceae (oignon, ail) en cas d infestation par les thrips 3. 5 ans pour les Malvaceae (gombo, bissap) et les Alliaceae (oignon, ail) en cas d infection par le Fusarium oxysporum (flétrissement vasculaire) et de Pyrenochaeta terrestris (maladie des racines roses) 2.2 Ecartements entre plantes Les interlignes pour une culture semencière doivent être plus importants que pour une culture commerciale afin de permettre à l épurateur de déceler plus facilement les plantes hors-type ou malades. 2.3 Fertilisation La fertilisation des plantes porte-graines pose souvent le problème de la nécessité de trouver le juste milieu entre une croissance vigoureuse et une floraison/ fructification abondante au niveau de la plante. Une déficience en azote entraîne en général une floraison/fructification précoce. Le phosphore est connu pour son effet sur l augmentation du nombre de fleurs. Le potassium exige souvent des niveaux élevés pour maximiser le taux de nouaison et optimiser le processus de mise à fruits. Par ailleurs, un apport excessif d azote peut augmenter la sensibilité de la plante aux attaques parasitaires et à la verse avant maturité des graines. 2.4 Irrigation L alimentation suffisante et régulière en eau est importante pour l optimisation du rendement en graines d une culture semencière. Cette alimentation ne doit en effet être ni insuffisante ni excessive, particulièrement pendant la période allant de la floraison au début de la maturation des graines. 3

RADHORT - PUBLICATIONS 2.5 Contrôle des mauvaises herbes Les mauvaises herbes, surtout les repousses des plantes d autres espèces ou d autres variétés, sont une source de contamination (pollen et graines indésirables) et d ennemis pour la culture semencière. Le rendement en semences et la valeur commerciale des semences peuvent être fortement abaissés suite à une infestation de mauvaises herbes. 2.6 Protection phytosanitaire La réussite d une culture semencière dépend fortement de la maîtrise du contrôle phytosanitaire de cette culture. Une attention particulière doit être donnée aux maladies transmises par les semences. Il faut éviter de recourir systématiquement à la lutte chimique pour assurer le contrôle préventif ou curatif des attaques parasitaires. Il convient tout d abord de respecter les dates de semis, les rotations, l utilisation des semences désinfectées, l entretien adéquat de la culture, la destruction des plantes ou parties de plantes attaquées, l enlèvement des déchets de culture après récolte etc. 3.Contrôle de la pollinisation 3.1 Mode de reproduction Les plantes qui se multiplient par voie sexuée peuvent être soit autogames (elles se reproduisent par autofécondation), soit allogames (elles se reproduisent par fécondation croisée). Certaines espèces, comme le piment et le jaxatu, peuvent être partiellement autogames ou partiellement allogames. Il est donc important de bien connaître le mode de reproduction de l espèce cultivée pour la semence et les dispositions à prendre en conséquence. Celles-ci peuvent consister à soit favoriser l autofécondation en mettant les plantes à l abri des insectes pollinisateurs, du vent et de la chaleur excessive. Soit favoriser la fécondation croisée en créant les conditions favorables pour l activité des insectes pollinisateurs, c est-à-dire non utilisation de pesticides nuisibles, protection de la culture contre le pollen étranger (isolation). 3.2 Isolement de la culture porte-graines La pureté variétale étant le premier critère de qualité d une semence, le contrôle de la pollinisation par un isolement efficace (surtout pour les plantes allogames) est très important. Comme les pollinisations indésirables sont provoquées soit par les insectes pollinisateurs, soit par le vent, le contrôle doit veiller à éviter ces pollinisations en prenant les mesures suivantes: conduire les cultures semencières sur des parcelles suffisamment distantes des autres cultures de même espèce. espacer, si possible, les périodes de cultures des différentes variétés de la même espèce de façon à ce que leurs périodes de floraison ne coïncident pas. conduire les cultures semencières sur des parcelles protégées par des brise-vents efficaces. favoriser l activité des insectes pollinisateurs et éviter d utiliser des insecticides auxquels ils sont sensibles. planter, autour et à l intérieur des parcelles, des espèces tels que maïs, mil, tournesol etc. qui font écran au pollen étranger et qui peuvent protéger les plantes porte-graines du vent. 4. Epurations au champ Les épurations ont pour objectif d éliminer dans les cultures porte-graines toutes plantes hors-type ou malade qui détériorent la pureté variétale des semences en 4

La production de semences maraîchères production. Les épurations doivent être particulièrement bien suivies pour les espèces allogames (oignon). L épuration suppose une bonne connaissance des caractéristiques morphologiques de la variété multipliée. C est au cours des premières étapes de la sélection conservatrice (semences de pré-base et base) que l épuration doit être faite avec le plus grand soin possible. Les plantes indésirables sont arrachées (racines comprises). L épuration est plus efficace lorsqu elle est effectuée tôt le matin, le dos au soleil. Pour les espèces annuelles, l épuration se fait en général en trois étapes : 1. avant la floraison 2. à la floraison 3. à l approche de la maturité des fruits L étape la plus importante est la première, avant que le pollen indésirable ne puisse féconder les autres plantes. Pour l oignon, elle se fait essentiellement : 1. à la fin de la phase végétative (bulbaison) 2. à la fin de la période de conservation 3. avant la floraison pendant la phase générative. 5

6