Les Gendarmes dans la Bataille de Normandie
Les Gendarmes dans la Bataille de Normandie Texte : Benjamin Massieu Encadrés biographiques : Capitaine Benoît Haberbusch (BH) Capitaine Gildas Lepetit (GL) Aspirant Salomé Krakowski (SK)
Préface Du 6 juin au 22 août 1944 se déroule en Normandie une immense bataille pour la Liberté. Soixante-dix ans après, plusieurs milliers de gendarmes sont engagés dans l important dispositif de sécurité mis en place pour un anniversaire décennal d exception, où les Vétérans témoignent, peut-être pour la dernière fois en raison de leur âge, des efforts accomplis et des sacrifices consentis. La flamme du souvenir est ranimée ; un message d espoir est délivré. C est dans cet esprit de transmission mémorielle vers les jeunes générations qu est née l idée de cet ouvrage «Les gendarmes dans la Bataille de Normandie». Si les soldats alliés, les commandos de marine du commandant Philippe KIEFFER, les combattants de la 2 e division blindée du général LECLERC sont assurément les Héros de ce moment historique, les gendarmes de Basse-Normandie ont eux aussi participé à cet élan qui conduit à la Victoire. L ambition de ce livre vise ainsi à montrer aux jeunes gendarmes les multiples actions de leurs Anciens, à souligner nos valeurs communes et à rappeler le prix de la Liberté. Elle consiste également, pour un plus large public, à mettre en lumière un aspect plus singulier, méconnu sans aucun doute, de l action de la gendarmerie dans ce moment clé de l histoire de France. Il s agit dès lors, par une succession de portraits, de rendre hommage à quelques gendarmes héroïques et non de mener une analyse historique du rôle de la gendarmerie en Normandie entre début juin et fin août 1944. Un tel travail de recherche universitaire reste certainement à accomplir. Il permettrait d aller plus loin, au-delà des rapports officiels consultés et des archives exploitées, en confrontant les sources et en multipliant le recueil des témoignages encore disponibles. Mais pour l heure, l étude ne revient pas seulement sur l action des gendarmes résistants ; elle élargit son champ vers les gendarmes victimes de leur devoir au cours de cette période, notamment ceux qui périront, pour certains avec leur famille, sous les coups de boutoir des bombardements alliés.
Il demeure cependant toujours délicat d écrire sur l action des forces de l ordre durant la seconde guerre mondiale. L exposition à la critique, aux accusations de non-dits, en particulier en ce qui concerne le rôle complice de quelques uns avec l occupant, est patente. L attitude des gendarmes ne fut pas uniforme : nombreux furent ceux qui restèrent passifs et attentistes ; certains collaborèrent ouvertement ; mais d autres firent le choix de la voie de la Résistance. Le parcours de ces hommes de l ombre, militaires de la gendarmerie dont beaucoup ont payé de leur vie le prix de leur engagement, fait honneur à notre Arme. Leur nom est porté sur le fronton de nombre de casernes de gendarmerie en Basse-Normandie. Il nous appartient de garder leur mémoire et de faire vivre leurs valeurs. C'est bien là l'objectif de cet écrit : laisser une trace et témoigner, honorer et raviver. Je tiens, à cette fin, à remercier ici tout particulièrement Benjamin Massieu, fils de gendarme, doctorant en histoire auprès de l université de Caen, sans qui ce livre n aurait pu voir le jour. Auteur du superbe ouvrage «Philippe KIEFFER - Chef des commandos de la France Libre» paru à la jeune mais talentueuse maison d édition bas-normande Pierre DE TAILLAC, Benjamin MASSIEU nous a fait l amitié de se consacrer à la rédaction de ce journal de mémoire. Il mérite aujourd hui d'être distingué comme Gendarme d honneur de Basse-Normandie. GéNéRAL FRANçoIS-XAVIER BoURGES Commandant la région de gendarmerie de Basse-Normandie, Commandant les forces de gendarmerie pour le 70 e anniversaire du Débarquement et de la Bataille de Normandie.
SOMMAIRE Introduction.............................. 7 Chapitre 1............................... 11 La nuit la plus longue Les gendarmes saboteurs Eugène Quoniam et la brigade de Sainte-Mère-Église Chapitre 2............................... 21 6 juin 1944 : Le jour le plus long Les mésaventures d Eugène Quoniam Les martyrs de la maison d arrêt de Caen La mystérieuse disparition du lieutenant Martin Sous les bombes alliées Chapitre 3............................... 35 Établir la tête de pont Henri Gouget et les Royal Marines Commandos à Port-en-Bessin 7-13 juin : les gendarmes victimes des bombardements alliés La mort du sous-lieutenant Pierre Annic La rafle des gendarmes résistants de Courtomer Vers une percée américaine dans le Cotentin Chapitre 4............................... 49 Objectif Cherbourg Les gendarmes d Equeurdreville dans la Libération La mort du lieutenant Guidicelli Les derniers morts de la Gendarmerie en juin 1944 Chapitre 5............................... 57 La percée alliée Henri Lampérière et la prise de Caen Les gendarmes résistants de Barenton La disparition de Paul Quellec Opération Cobra : la percée américaine Chapitre 6............................... 71 L encerclement et la fin de la campagne de Normandie Dans le chaudron de Falaise Les gendarmes de l Orne au service de Leclerc La mort du gendarme Royant Le retour du chef d escadron Jean Donne Vers le terme ANNEXES Biographies des gendarmes non cités dans le récit, qui se sont illustrés durant la Seconde Guerre mondiale en Basse-Normandie.................................. 99 Actions recensées de résistance active ou passive de gendarmes de Basse-Normandie..................................................... 105 Photographies [Bonus]................................................................ 117
INTRODUCTION Parmi les Français témoins du plus grand débarquement de l Histoire, le 6 juin 1944, les gendarmes sont les seuls militaires en armes sur cette terre normande occupée par les Allemands depuis quatre ans. En effet, tout comme la Marine sabordée à Toulon le 27 novembre 1942, l armée d armistice, née de la défaite de juin 1940, n a pas survécu à l invasion de la zone libre par les Allemands le 11 novembre 1942 à la suite du débarquement anglo-américain en Afrique du Nord. Tel un État fantoche, le régime de Vichy ne dispose plus que du premier régiment de France, créé en juillet 1943, pour entretenir l illusion de sa souveraineté et la fiction de l armée nouvelle. Si la gendarmerie a échappé à la disparition entre 1940 et 1944, c est au prix du bouleversement de son organisation et de ses missions sous la double pression de l occupant et du régime de Vichy. La loi du vainqueur impose dès le mois d octobre 1940 la suppression, en zone occupée, de la garde républicaine mobile (GRM), ancêtre de la gendarmerie mobile, et une restriction drastique de l armement de la gendarmerie départementale. Le commandant de la compagnie du Calvados doit ainsi résoudre l insoluble équation d armer ses 364 gendarmes avec 279 pistolets. En outre, les gendarmes de la Manche, de l Orne et du Calvados subissent l une des plus fortes densités de troupes allemandes liée à la valeur stratégique de la région allant des projets d invasion de l Angleterre à la protection du littoral dans l attente d un éventuel débarquement. Cette présence, oppressante, se traduit par d incessantes exigences, s affranchissant parfois de la hiérarchie, en matière de renseignements (sabotages, parachutages, avions abattus ), de gardes statiques ou d arrestations. «Nous étions chargés de la surveillance d une portion de zone côtière interdite, se souvient le gendarme Bonnin en poste dans une brigade normande. Personne n avait le droit de pénétrer sans laisser-passer». Si la gendarmerie a échappé à la disparition entre 1940 et 1944, c est au prix du bouleversement de son organisation et de ses missions sous la double pression de l occupant et du régime de Vichy. 7
Les Gendarmes dans la Bataille de Normandie Par ailleurs, le nouvel État français, incarné par le maréchal Pétain à Vichy, entreprend, dès l été 1940, une mainmise des services de l État au profit de son idéologie de Révolution nationale. Dans la gendarmerie, cette politique se traduit par l éviction du personnel jugé indésirable (juifs et francs-maçons), par l obligation de prêter serment au maréchal Pétain et surtout, en juin 1942, par le rattachement direct de l Arme au chef du gouvernement, Pierre Laval. À l automne 1943, les compagnies de la Manche, du Calvados et de l Orne, qui dépendaient des 10 e, 3 e et 4 e légions, sont réunies au sein de la légion de Normandie avec les compagnies de Seine-Inférieure (actuelle Seine-Maritime) et de l Eure. En janvier 1944, la subordination de la gendarmerie au chef de la Milice, Joseph Darnand, nommé secrétaire général au maintien de l ordre, annonce des heures sombres pour l institution. En engageant les services de l État sur la voie de la collaboration, inaugurée à Montoire dès le mois d octobre 1940, le régime de Vichy entraîne la gendarmerie vers des missions de plus en plus radicales. Les gendarmes reçoivent notamment l ordre de traquer les opposants au régime : les communistes (surveillés dès 1939), les gaullistes et tous les résistants, qualifiés de «terroristes» et relégués au rang de délinquants de droit commun. Ces exigences sont répercutées au préfet de Normandie à qui René Bousquet, secrétaire général à la police, demande en août 1942 de convoquer à Rouen le commandant de légion pour l inviter à intensifier cette lutte. De façon analogue, le régime de Vichy profite du climat de xénophobie d avant-guerre et de la culture des camps, développée à la fin des années 1930 avec les réfugiés espagnols, pour exiger de la gendarmerie des missions discriminatoires envers les étrangers, les nomades et les juifs, assez peu représentés en Normandie. Chargés de veiller à la réglementation antisémite imposant de multiples contrôles et le port de l étoile jaune, les gendarmes normands participent entre 1941 et 1944 à l arrestation de ces juifs, étrangers et français. Une partie de ces militaires est aussi prélevée dans les brigades pour garder les camps de Gaillon et de Conches dans l Eure ainsi que celui de Voves en Eure-et-Loir. 8
Introduction La construction du Mur de l Atlantique le long du littoral normand à partir de décembre 1941, puis l instauration du service du travail obligatoire (STO), à partir de février 1943, obligent les gendarmes de Normandie à remplir d autres missions impopulaires visant à surveiller les camps de travail installés près de la côte et à rechercher les Français souhaitant échapper au départ en Allemagne ou à l organisation Todt. Ces militaires se retrouvent alors dans une situation délicate, comme le reconnaît à l époque le commandant de la légion à Rouen : «Chargés de faire appliquer des décisions du gouvernement et des ordres des autorités d occupation, [les gendarmes] sont assez souvent considérés avec une égale méfiance par une partie de la population et par les autorités occupantes». Durant l Occupation, l attitude des gendarmes est le reflet de celle de la population, à la différence que leur métier induit une plus grande responsabilité dans leur choix. Sans être germanophile, une minorité, pétainiste, applique avec rigueur les consignes, tel le gendarme B de la brigade de Vassy (Calvados). Il traque avec zèle les réfractaires au STO et les résistants, malgré les menaces de représailles diffusées sur la BBC. Le 15 mars 1944, il est abattu par deux membres du maquis de Pontécoulant. Le même mois, le commandant de la section de Vire est félicité pour l arrestation de neuf «terroristes». La majorité des gendarmes se montre plutôt attentiste par crainte des risques, réels, de représailles sur eux-mêmes et leur famille. Enfin, une minorité grandissante choisit la voie de la Résistance. Le mode d action privilégié est la résistance passive au profit des personnes persécutées. À Balleroy (Calvados), un juif, dénoncé par lettre anonyme, a le temps de s enfuir après avoir été prévenu par la brigade. À La Vespière (Calvados), deux familles juives trouvent un refuge sûr avec la complicité tacite des gendarmes d Orbec. Les réfractaires au STO bénéficient d une aide plus massive du personnel de l Arme. Jean-Paul Le Flem évoque un «véritable sabotage du STO par la gendarmerie». Par exemple, de 1943 à 1944, la brigade de Le Teilleul (Manche) établit 382 procès-verbaux à l encontre de réfractaires sans les transmettre aux autorités. Au eil-sur-huisne (Orne), les gen- La majorité des gendarmes se montre plutôt attentiste par crainte des risques, réels, de représailles sur eux-mêmes et leur famille. Enfin, une minorité grandissante choisit la voie de la Résistance. 9
Les Gendarmes dans la Bataille de Normandie darmes protègent plus de 150 réfractaires au STO et une vingtaine de prisonniers de guerre évadés. Malgré les risques encourus, des gendarmes s engagent plus activement dans la Résistance. Dès l été 1940, dans la Manche, les brigades de Juvigny-le-Tertre et Bellême «démobilisent» pour éviter la captivité aux soldats français. Fin 1940, à Caumont-l Éventé (Orne), le chef de brigade Casine détruit le registre des militaires de la légion étrangère. En mars 1941, le gendarme Rinoal, de la brigade de Clécy (Calvados) intègre le groupe Ozanner pour relever sur des cartes d étatmajor la localisation de batteries et de terrains d aviation ennemis. Ces initiatives, dangereuses, sont le plus souvent isolées, sauf à la brigade d Ouilly-le-Basset (Calvados). La répression ne tarde pas à s abattre sur ces combattants de l Armée de l Ombre. Le capitaine Paul Le Flem, membre du réseau Hector depuis février 1941, un des premiers réseaux de résistance implanté dans le Calvados, est arrêté dès le 9 octobre 1941. Dans l Orne, sur les 40 gendarmes engagés dans une action de résistance, neuf le payent de leur vie. Le débarquement allié du 6 juin 1944 place tous les gendarmes de Normandie devant des choix cruciaux. Disséminés dans les brigades, au milieu de la population, il leur faut d abord survivre aux réalités de la guerre qui s impose brutalement à eux avec les bombardements massifs et les combats acharnés. Les réflexes du métier les poussent d abord à assurer la protection des personnes et des biens au milieu du chaos. Les aspirations patriotiques partagées par le plus grand nombre les conduisent ensuite à se mettre au service des soldats alliés, bientôt rejoint par les Français de la 2 e DB du général Leclerc, dans la lutte pour la Libération du territoire national. En retraçant le parcours ignoré de ces gendarmes, plongés entre le 6 juin et le 21 août 1944 au cœur du théâtre des opérations de la bataille de Normandie, la région de gendarmerie de Basse-Normandie a souhaité faire découvrir au plus grand nombre la conduite souvent exemplaire de ces militaires lors de cet événement majeur de l Histoire. CAPITAINE BENOîT HABERBUSCH SERVICE HISTORIQUE DE LA GENDARMERIE NATIONALE 10
CHAPITRE 1 La nuit la plus longue
CHAPITRE 1 La nuit la plus longue Les gendarmes saboteurs En ce soir du lundi 5 juin 1944, le Jour-J attendu par toute l Europe est enfin en passe d arriver. Les forces expéditionnaires alliées traversent la Manche pour se lancer à l assaut du mur de l Atlantique et entamer la reconquête de l Europe dominée par les nazis. Les Alliés peuvent compter sur l aide de la Résistance française, unifiée au sein des FFI (Forces Françaises de l Intérieur) en février 1944 et sous le commandement du général Koenig. Leur travail se fait en coordination avec le British Operation Executive (SOE), le Special Air Service (SAS) et l Office of Strategic Services (OSS) américain. Dans la nuit du 4 au 5 juin, les messages codés émis par la BBC avertissent les groupes de Résistance qu ils doivent passer à l action. Pourtant, les Alliés jugent trop aléatoire d organiser des opérations de jonction entre parachutistes et résistants. Ce sont donc essentiellement des missions spécifiques de soutien et de sabotage qui leur sont confiées. Les forces expéditionnaires alliées traversent la Manche pour se lancer à l assaut du mur de l Atlantique et entamer la reconquête de l Europe dominée par les nazis. C est là l objectif du plan Tortue qui vise à harceler les Allemands, constituer des dépôts d armes et paralyser l acheminement des renforts ennemis en hommes et en matériel sur le front. Le gendarme Pierre Annic de Vimoutiers (Orne) est ainsi de ceux qui passent à l action aux premières heures du Débarquement. Il arrache les panneaux de signalisation allemands au carrefour de Lisieux, procède à 13
Les Gendarmes dans la Bataille de Normandie des abattages d arbres sur la route de Roiville. Il gêne l arrivée des renforts allemands en leur donnant de faux renseignements et des directions erronées. Dès le mois de mai et jusqu en juillet, le gendarme Victor Cornotte, de la brigade d Exmes dans l Orne, procède lui aussi à l enlèvement de nombreuses pancartes de direction allemandes, dans le but de gêner la marche des convois. Il sera grièvement blessé le 30 juillet 1944 au cours d une de ces opérations et amputé de la jambe droite. Il n était pas le seul de sa brigade à faire tout pour gêner les Allemands et aider les Alliés. L un de ses supérieurs, le maréchal des logis-chef Montagner et un autre maréchal des logis-chef de Gacé dont le nom ne nous est pas parvenu, avaient déjà, le 18 décembre 1943, décidé de libérer un aviateur canadien qu ils avaient appréhendé alors qu il était hébergé chez M. Boudon, chef du parachutage de la région de Gacé. Ils étaient parvenu à le faire rapatrier en Angleterre quelques jours plus tard. Pour les gendarmes Lampérière et Bernard de la brigade de Breteville-sur-Laize dans le Calvados, il ne fait plus de doute que les Alliés vont bientôt débarquer car les activités du maquis Saint-Clair dont ils font partie redoublent. Pourtant, bien qu ils fassent partie du service de renseignement du sous-lieutenant Foucu rattaché à l Organisation civile et militaire (OCM) et communiquent des informations relatives au terrain d aviation de Fontenay-le-Marmion, aucun ne se doute que cette gigantesque opération aura lieu en Normandie. Tous l attendent dans le nord de la France. Henri Lampérière est gendarme depuis tout juste un an et demi. En 1942, il a rejoint la zone libre pour échapper au STO (service du travail obligatoire en Allemagne) et a rejoint l armée d armistice. À la suite de l invasion de la zone libre par les Allemands en novembre 1942, l armée d armistice a été dissoute et il a décidé de regagner Caen le 1 er décembre 1942. À Vire, un ancien ami lui a proposé d entrer dans 14
La nuit la plus longue la gendarmerie, ce qu il a fait après avoir passé un examen. Un mois plus tard, le 1 er janvier 1943, il était nommé à Bretteville-sur-Laize, petite commune au sud de Caen. En mai 1943, il peut enfin prendre contact avec la Résistance ce qu il cherchait à faire depuis longtemps en entrant en relation avec un réseau par le fruit du hasard. Une fermière de la commune était venue à la gendarmerie faire une déclaration de perte de sa carte d alimentation, permettant la délivrance régulière des tickets de rationnement indispensables pour acheter de la nourriture. Henri Lampérière lui avait accordé toute son attention et lui avait donné une attestation de perte. Mis en confiance par cette attitude conciliante, le fils de cette dame était alors venu à la gendarmerie le remercier et lui proposer de rejoindre la Résistance dont il faisait partie. Son réseau avait pour activités principales le renseignement, la réception des armes parachutées et l aide individuelle aux pilotes en détresse. Ce réseau faisait partie de l OCM (Organisation Civile et Militaire). Henri Lampérière prit alors le nom de code de «Raymond» et devint adjudant FFI. Son commandant de brigade était au courant de ses activités mais fermait les yeux, ne sachant pas que son propre fils faisait partie du même réseau que le gendarme Lampérière. En février 1944, son réseau rejoint une structure beaucoup plus vaste : le maquis Saint-Clair. Celui-ci est issu de l amalgame, en février 1944, de plusieurs groupes opérant dans un vaste secteur au sud-est de Caen. Sous les ordres du capitaine Dandicolle 1, il passe à l action dans le cadre de la préparation du Débarquement. Sur la centaine d hommes que compte le maquis Saint-Clair, une moitié mène les opérations armées et l autre se consacre au renseignement et à 1 - Jeune officier d origine bordelaise, le capitaine Jean Renaud-Dandicolle est membre du Special Operations Executive (SOE) britannique. Il a été parachuté en Mayenne pour unir les maquis. Il a ensuite organisé tous les parachutages pour un maquis de la Manche avant de placer sous son commandement trois groupes de résistants pour former le maquis Saint-Clair : le groupe d André Lenevez, le groupe de Jean Foucu et le groupe d André Masseron. 15
Les Gendarmes dans la Bataille de Normandie Henri Lampérière prit alors le nom de code de «Raymond» et devint adjudant FFI. l asile. Henri Lampérière fait partie du groupe dirigé par Jean Foucu. Depuis septembre 1943, ils centralisent le matériel amassé en vue de la préparation des combats de la Libération (grenades, fusils, révolvers). Leur important travail de renseignement accomplis avec le groupe Masseron 2 a permis d identifier les installations secrètes de V1 construites par les Allemands et de les neutraliser. Fin avril 1944, le gendarme Henri Lampérière et ses camarades du maquis Saint-Clair reçoivent des messages de la BBC qui leur annoncent des parachutages : «Le cerf-volant tire la ficelle», «Des écureuils ramassent les noix». Ils réceptionnent ainsi, le 18 mai et le 3 juin, cinq tonnes d armes, de munitions et d explosifs, des postes récepteurs de radio miniaturisés, des pansements et du ravitaillement et les entreposent dans la ferme des époux Grosclaude à Pierrefitte : mitraillettes Sten, carabines U.S., pistolets, fusils-mitrailleurs anglais Bren, plastic, cordeau détonant, amorces et crayons allumeurs à retardement, grenades, crève-pneus et grenades Gammon Un véritable arsenal! Le 5 juin au soir, c est l alerte générale. La BBC émet le message «Le chant du laboureur dans le matin brumeux». Le Débarquement est imminent et il faut passer à l action. Trois équipes reçoivent des missions. Celle d Henri Lampérière se charge de transporter une tonne d armes et d explosifs à des francs-tireurs qui abattent des arbres sur les routes, attaquent des convois allemands ou sèment des crève-pneus. En cette nuit agitée et peu banale, le gendarme Lampérière est spectateur, sur une hauteur de Bretteville, des échanges de tirs entre la DCA allemande et les très nombreux avions bombardiers alliés et les planeurs. Il n en croit pas ses yeux. Le Jour-J est arrivé et il a lieu en Normandie. 2 - André Masseron, charcutier, a créé en 1941 un groupe affilié à l OCM. Il se spécialise dans le renseignement et l aide aux parachutistes alliés en détresse ou en mission. Il lutte également contre la déportation en trouvant des refuges aux personnes menacées. Il délivre à lui seul plusieurs centaines de fausses cartes et de faux papiers aux réfractaires du STO qu il cache dans la région. André Masseron entrepose à son propre domicile le dépôt d armes destiné à son groupe lorsqu il passera à l action le Jour-J. 16
La nuit la plus longue Eugène Quoniam et la brigade de Sainte-Mère-Église Le Jour-J commence à 00h05 lorsque les forces ariennes alliées commencent à bombarder la Normandie, du Havre à Cherbourg. Ces bombardements nocturnes doivent permettre de réduire les positions allemandes, désorganiser leurs communications et créer des cratères sur les plages dans lesquels (en théorie) les troupes pourront s abriter le temps de leur débarquement. Dans le Calvados, à l est de la zone de Débarquement, les parachutistes de la 6 e division aéroportée britannique ont pour mission de détruire la batterie de Merville dont les canons menacent les plages, et de s emparer des deux ponts sur l Orne et son canal. Dans la Manche, peu après minuit, les premiers éléments parachutés américains touchent le sol de France à Sainte-Mère-Église. Certains prennent pied dans la région de Montebourg. D autres atterrissent également sur la circonscription de la section de Saint-Lô à Saint-Cômedu-Mont, Brévands, Auvers (canton de Carentan) et à Graignes (canton de Saint-Jean-de-Daye). Les missions des parachutistes dans ce secteur sont de tenir les ponts de franchissement de la Vire et de la Douve et d empêcher les Allemands de couper Utah Beach d Omaha Beach. L aviation se montre particulièrement active. Des bombes sont finalement lâchées sur Carentan ainsi que sur la voie ferrée Paris-Cherbourg. Les convois allemands sont attaqués par les avions, très fréquemment. Pourtant, très tôt, les choses se passent mal pour l aviation alliée car les nuages bas et le brouillard désagrègent les formations aériennes qui doivent en plus zigzaguer pour éviter la DCA et de nombreux pilotes manquent leurs cibles, aussi bien zones de bombardements que de parachutages. Ainsi seuls 38 avions éclaireurs sur 128 atteindront finalement leur cible. 17
Les Gendarmes dans la Bataille de Normandie À Sainte-Mère-Église, le gendarme Eugène Quoniam est réveillé par les bombardements alliés. Âgé de 27 ans, c est un natif de la région (il est originaire de Couville). Orphelin de père, il a débuté sa carrière comme enfant de troupe à l âge de 14 ans puis s est engagé pour cinq ans au 11 e régiment d artillerie à l âge de 18 ans. C est dans cette unité qu il a combattu en 1939-1940. Capturé dans le sud-manche, il a connu la captivité dans un stalag d Allemagne avant d être rapatrié sanitaire en 1942. À son retour, il s est occupé d un service de ravitaillement à Barneville puis en octobre 1942 a décidé d intégrer la gendarmerie. Après six mois de stage à l école préparatoire de Mamers dont il est sorti en avril 1943, il a choisi comme affectation profitant d un classement avantageux Sainte-Mère-Église pour revenir dans sa région natale. Beaucoup des jeunes gendarmes qu il a alors fréquentés se sont engagés pour échapper au Service du travail obligatoire (STO) qui les aurait obligé à partir travailler en Allemagne. 18
La nuit la plus longue Eugène Quoniam est donc arrivé à Sainte-Mère-Église à la mi-1943 et a été logé chez un particulier avec son épouse. La brigade poursuit sa tâche malgré l occupation et la présence des Allemands, effectuant ses tournées à vélo, écrivant ses procès-verbaux à la plume. S il n a pas eu à se plaindre du comportement des Allemands stationnés dans le canton jusqu ici, lui et ses camarades ne se sont pas gênés pour aider les réfractaires au STO, chassant uniquement les vendeurs au marché noir qui approvisionnent les Allemands. En cette nuit du 5 au 6 juin 1944, Eugène Quoniam ne s inquiète pas de ces bombardements. Une semaine plus tôt, l aviation anglaise a déjà frappé les batteries côtières allemandes à Saint-Martin-de-Varreville, non loin d ici. Lui et son épouse se contentent de penser qu il s agit d une nouvelle opération de ce genre et restent dans leur lit. Au bout d une heure, le marchand de chaussures qui les héberge vient les réveiller : «Mais vous êtes là, vous n êtes pas morts? Sortez c est le Débarquement!» L étonnement est total. Eugène Quoniam et sa femme sortent de leur logement, escaladent le mur puis passent chez le voisin dans le jardin duquel ils creusent une tranchée avec le fils de la maison afin de se mettre à l abri. Eugène Quoniam entre bientôt en contact avec des parachutistes américains. Sur la grande place, face à la brigade, beaucoup ont été massacrés. Les survivants sont perdus et paniqués. Le gendarme décide de les guider. Ses camarades de la brigade de gendarmerie de Sainte-Mère-Église se mettent également à la disposition des soldats américains dont ils s efforcent, par leur connaissance du terrain, de faciliter la progression. L adjudant Huault et les gendarmes Regnaut et Le Strat peuvent ainsi prendre une part active aux premières actions de libération du territoire national aux côtés de Alliés. 19
Les Gendarmes dans la Bataille de Normandie Eugène Quoniam entre bientôt en contact avec des parachutistes américains. Sur la grande place, face à la brigade, beaucoup ont été massacrés. Les survivants sont perdus et paniqués. Le gendarme décide de les guider. Aux premières heures de la matinée, Eugène Quoniam est appelé pour patrouiller dans le bourg. Devant la brigade, il rencontre un capitaine américain et le maire. Sa patrouille à la lumière du jour lui fait alors prendre conscience de la violence des combats de la nuit. Des cadavres jonchent les trottoirs, des parachutistes morts sont suspendus aux arbres. Sainte-Mère-Église est la première ville de France à avoir été libérée. Mais ce n est qu une accalmie. Le «jour le plus long» ne fait que commencer 20
CHAPITRE 2 6 juin 1944 : Le jour le plus long
CHAPITRE 2 6 juin 1944 : Le jour le plus long Les mésaventures d Eugène Quoniam À 6h30 du matin, les premières vagues de soldats alliés touchent le sable normand. Ce sont les américains à Utah et Omaha Beach. Une heure plus tard, les troupes sont déversées sur les plages en secteurs britanniques puis dix minutes plus tard en secteur canadien. Si le Débarquement se déroule assez bien sur la plupart des plages, les choses s avèrent beaucoup plus dramatiques sur la plage d Omaha où les défenses allemandes intactes causent des pertes sévères aux Américains. Les troupes débarquées à l extrémité est du dispositif, sur Sword Beach, doivent rejoindre les parachutistes de la 6 e Airborne britannique qui se sont emparés des ponts sur l Orne. À l ouest, les Américains débarqués à Utah Beach doivent faire la jonction avec leurs parachutistes largués dans le Cotentin, et notamment à Sainte-Mère-Église. À Sainte-Mère-Eglise justement, l accalmie de la matinée est de courte durée. Les Allemands, rassemblés à l extérieur de la localité dont ils ont été chassés par les parachutistes américains, bombardent le village. L épouse du gendarme Eugène Quoniam s enfuit à travers champs. Son mari la rejoint un peu plus tard à Vauville. Réfugiés chez un habitant, les époux suivent l évolution de la situation sur un poste à galène dont l antenne a été installée sur un arbre lorsque deux parachutistes américains surviennent. Voyant le gendarme en tenue kaki et béret (il a enlevé son képi au début du bombardement), un parachutiste 23
Les Gendarmes dans la Bataille de Normandie américain le met en joue. Peut-être le prend-il pour un milicien? Eugène Quoniam, sentant que la situation risque de mal tourner, décide de fausser compagnie aux paras qui ouvrent le feu sur lui. Par miracle, aucune balle ne l atteint. Stoppé par une jeep et après avoir vainement tenté de s expliquer avec des Américains qui ne parlent pas un mot de français et que lui ne parle pas un mot d Anglais, le gendarme est emmené vers un camp de regroupement de prisonniers allemands. Rapidement et fortuitement, le capitaine américain rencontré le matin à Sainte-Mère-Église et avec lequel il a patrouillé pour sécuriser le secteur passe par là, le reconnaît et obtient sa libération immédiate. En raison du couvre-feu, ce n est que le lendemain qu il retrouvera sa femme morte d inquiétude qui n avait pas eu de nouvelles de lui depuis qu il s était enfuit à travers champs, poursuivi par des parachutistes américains qui lui tiraient dessus... Les Américains atteignent la circonscription de Saint- James et se dirigent vers la Bretagne. La percée a réussi. Eugène Quoniam reprendra son service à la brigade de Sainte-Mère jusqu en mai 1946, date de sa mutation à Coutances où il restera jusqu à sa retraite en 1972. 24
6 juin 1944 : Le jour le plus long Les martyrs de la maison d arrêt de Caen Alors que les soldats alliés débarquent sur les plages, de nombreux résistants sont internés à Caen. La maison d arrêt, en plus des individus détenus pour de courtes peines, est chargée d emprisonner les personnes en instance de jugement ou en attente de transfert. La Wehrmacht a pris possession des lieux en 1940 et la surveillance est donc assurée par des soldats allemands commandés par le capitaine Joseph Hoffmann. Les cellules sont étroites et sordides mais doivent toujours être impeccablement entretenues par les détenus et interdiction est faite de s allonger dans la journée. Parfois, les détenus sont sortis de leur ennui par l extraction de l un d entre eux pour les séances de torture orchestrées par la Gestapo. La maison d arrêt est comble. Parmi les détenus figurent deux gendarmes : François Caulet et Pierre Ménochet. Le maréchal des logis-chef François Caulet a 45 ans. Il est le commandant de la brigade de gendarmerie de Vassy. Pierre Ménochet, âgé de 32 ans, marié et père de trois enfants, est l un de ses gendarmes. Tous deux appartiennent au groupe de l OCM qui s est formé à Montchamp et ont fermé les yeux sur la présence de réfractaires au STO dans la région. Mieux, ils les ont activement aidés. En septembre 1943 notamment, ils ont permis à tout un groupe d échapper à une rafle en les avertissant de l opération. Chaque fois qu ils l ont pu, ils ont transmis à la Résistance des informations sur les opérations projetées par la Feldgendarmerie ou par leur supérieur, le lieutenant Quicray, de Vire. Toutefois, courant mai 1944, ils se sont écharpés avec un cultivateur de Montchamp qui s est illustré comme rabatteur de marché noir pour les Allemands et comme indicateur de la Gestapo. Alors qu ils viennent lui intimer l ordre de se joindre à d autres requis pour monter la garde le long de la voie ferrée, il n hésite pas à leur répondre avec arrogance : «- Je n irai pas. Je suis dispensé par les Allemands! [ ] CAULET François, Marie Né le 21 juillet 1905 à Lannebert (Côtesd Armor), François Caulet sert aux armées pendant la campagne de France avant de partir en captivité en Allemagne le 21 juin 1940. Libéré en août 1941, il prend le commandement de la brigade de Vassy (Calvados), en novembre suivant. Il s évertue alors à sauver des réfractaires au STO et prévient un conseiller général de son arrestation prochaine, pour lui permettre d échapper à la déportation. Arrêté le 30 mai 1944, «pour son attitude anti-allemande», torturé par la Gestapo, le maréchal des logis-chef Caulet est fusillé le 6 juin 1944 à la prison de Caen en compagnie de nombreux résistants. (GL) 25
Les Gendarmes dans la Bataille de Normandie - Après la Libération, on viendra te pendre à un de tes pommiers lui répondent-ils. - Prenez garde d y passer avant moi!» Le 30 mai 1944, la prédiction s est réalisée. Le gendarme Ménochet a été discrètement averti au cours de sa tournée matinale que les Allemands le cherchaient et que Caulet était déjà entre leurs mains. Pierre Ménochet n a pourtant pas pris la fuite, craignant des représailles sur sa famille. Sa femme est venue à sa rencontre sur la route menant à la gendarmerie. Il est rentré à ses côtés, a fait sa valise devant ses enfants qui mangeaient tandis qu un soldat allemand le surveillait. [ ] MENOCHET Pierre Né le 7 octobre 1911 à Marais-La-Chapelle (Calvados), il entre dans la gendarmerie en août 1934 et devient sous-officier de carrière le 10 mars 1935. Favorable à la Résistance dès juillet 1941, il devient un agent du réseau de Centurie créé par le colonel Rémy avec l aide d Alfred Touny. Affecté à Vassy (Calvados), il devient le principal agent de renseignement du groupe Massue. Il transmet notamment toutes les notes émanant de la section de gendarmerie Vire, ce qui permet d empêcher plusieurs arrestations. Il sert d agent de liaison entre le chef de la résistance locale et les petits maquis isolés. Par ailleurs, il camoufle de nombreux réfractaires du STO. Le 30 mai 1944, prévenu que des agents de la Gestapo se trouvent au bureau de la brigade, et malgré les conseils qui lui sont donnés de s enfuir, il se présente à la caserne pour éviter des représailles sur sa famille. Arrêté avec son commandant de brigade, il est incarcéré à la prison de Caen où il est fusillé le 6 juin 1944. Il reçoit la mention «Mort pour la France», la Médaille militaire le 4 janvier 1950 et le titre d interné résistant le 9 septembre 1955. (BH) Cela fait une semaine que Caulet et Ménochet sont internés à la maison d arrêt de Caen lorsque le Débarquement survient. Le 6 juin 1944, aux alentours de 8 heures du matin, quatre agents de la Gestapo menés par Hebert von Bertholdi se présentent à la porte de la prison. «Albert» comme on l appelle, indique au capitaine Hoffmann que les prisonniers relevant de la Gestapo doivent être fusillés en représailles. Caulet et Ménochet figurent parmi eux 3. Il semble que ne pouvant les déporter par train en raison de la destruction de la gare au cours des bombardements, ni par camion, les Allemands ont décidé d exécuter les résistants plutôt que de les laisser tomber aux mains des Alliés. Une liste d une cinquantaine de noms est remise à 3 - Pierre Ménochet sera fait sergent FFI. Il recevra à titre posthume la médaille de la Résistance française le 11 mars 1947, ainsi que la Croix de guerre 1939-1945 avec étoile de vermeil comportant la citation «Militaire animé de sentiments patriotiques, a été arrêté et fusillé par les Allemands, le 6 juin 1944» le 10 août 1949 et la médaille militaire «pour faits exceptionnels de guerre et de résistance» le 4 janvier 1950. François Caulet sera fait adjudant FFI. Il recevra également à titre posthume la médaille de la Résistance française le 11 mars 1947 avec comme citation «A montré pendant toute l Occupation allemande une attitude des plus françaises en camouflant de nombreux réfractaires et en favorisant l activité résistante des patriotes de son canton. Arrêté par les Allemands le 30 mai 1944, a été vraisemblablement fusillé le 6 juin 1944, à la prison de Caen», la Croix de guerre 1939-1945 avec étoile de vermeil le 11 juillet 1949 avec comme citation «Gendarme courageux. Entré dans la Résistance en janvier 1944. Arrêté par la Gestapo le 30 mai 1944 à Vassy. Incarcéré à la maison d arrêt de Caen. Fusillé le 6 juin 1944» ainsi que la médaille militaire «pour faits exceptionnels de guerre et de résistance» le 4 janvier 1950. Leurs noms figurent sur le monument aux morts de la commune de Vassy dans le Calvados. 26
6 juin 1944 : Le jour le plus long Hoffmann et des fosses sont aussitôt creusées dans les courettes de la prison. Les Allemands appellent les détenus mentionnés sur la liste qui sortent de leurs cellules par groupes de cinq ou six. Conduits dans les courettes de promenade et exécutés froidement d une rafale de mitraillette puis achevés d une balle dans la tête. Vers 10h30, la tuerie semble terminée mais «Albert» revient vers 15 heures avec une nouvelle liste. Par groupe de huit, les prisonniers sortent et sont exécutés d une rafale de mitraillette au fur et à mesure qu ils franchissent la porte. La prison est alors vidée, les autres détenus transférés ailleurs. Certains corps ne seront jamais retrouvés. La mystérieuse disparition du lieutenant Martin Deux jours avant l arrestation de Caulet et Ménochet, un autre gendarme résistant qui (vraisemblablement) devait périr dans les premières heures de l offensive alliée était arrêté par les Allemands pour activités de résistance. 27
Les Gendarmes dans la Bataille de Normandie Georges Martin est né à Parce-sur-Sarthe le 16 avril 1905 et a pris la tête de la section de gendarmerie de Caen en février 1944. L homme est alors déjà traqué. Ce sont les Allemands qui ont demandé sa mutation de Redon à Caen, connaissant ses opinions (ce qui lui a valut une condamnation avec sursis) mais n ayant aucune preuve ni surtout aucun élément permettant de connaître son rôle exact dans la Résistance. [ ] MARTIN Georges Issu d une famille de cultivateurs, Georges Martin est né le 16 avril 1905 à Parce (Sarthe). Engagé volontaire pour deux ans en juillet 1924, il est incorporé au 150 e régiment d infanterie (RI) et promu caporal le 1 er février 1925. Admis dans la gendarmerie en qualité d élève-gendarme le 24 septembre 1926, il sert comme gendarme à cheval à la brigade d Alençon. Très bien noté, il est promu maréchal des logis-chef le 10 janvier 1932 et prend le commandement de la brigade mixte de Saint-Calais (Sarthe). Candidat à l École d application de gendarmerie de Versailles, il y est admis en octobre 1935. Nommé souslieutenant l année suivante, à sa sortie de l école, il commande successivement le peloton n 22 de la 10 e légion de garde républicaine mobile (LGRM), puis la section de Redon en septembre 1937. Durant la campagne 1939-1940, il se trouve à la tête d une section prévôtale du grand quartier général aérien jusqu à sa dissolution le 1 er juillet 1940. Au cours de ce service aux armées, il est remarqué comme un «précieux auxiliaire du commandement». [suite page 29] Georges Martin est entré dans la Résistance en 1943. Comme beaucoup de gendarmes, l origine de son engagement se trouve dans le refus d arrêter des jeunes requis pour le STO. Pourtant, il a rapidement décidé d aller plus loin, nouant des contacts avec le commandant Guillaudot, responsable de l Armée Secrète pour le Morbihan, département à proximité de Redon. Très vite, Georges Martin a vu son rôle dans la Résistance prendre de l importance, organisant sauvetages d aviateurs alliés abattus, dirigeant la réception des parachutages d armes et d explosifs à la Résistance, le recrutement des hommes, formant des cadres, initiant son personnel au maniement de l armement anglais en vue des combats de la Libération, renseignant les alliés sur les mouvements d unités allemandes passant par Redon, important nœud ferroviaire. Georges Martin s est tant engagé que ses activités de Résistance ont progressivement accaparé tout son temps libre. Officiellement, il allait à la pêche... Au début de l année 1944, Georges Martin est devenu capitaine FFI et adjoint du commandant Guillaudot. Arrivé à Caen, Georges Martin ne peut plus mener ses actions de Résistance. Il ne connaît alors personne et n ose confier ses opinions. Rapidement il a compris que son supérieur, le commandant Hemmeret, avaient des opinions radicalement opposées aux siennes. Le dimanche 28 mai 1944, le lieutenant Martin a prévu de partir à la pêche (qu il a cette fois le loisir de réellement pratiquer) à 4 heures 28
6 juin 1944 : Le jour le plus long du matin. La nuit a été assez agitée en raison d un bombardement et la famille s est réfugiée dans la cave de la gendarmerie. Georges Martin décide donc de rester au lit lorsque son réveil sonne. Au matin, alors qu il se trouve dans sa salle de bain, la sonnette retentit. Instinctivement, sa fille se précipite pour ouvrir la porte. La technique a été mise au point par la famille alors qu ils étaient à Redon. Sa femme et sa fille doivent ouvrir et tenter de gagner un maximum de temps avec les personnes à la porte afin de permettre à Georges de s enfuir par derrière avec sa valise prête au cas où. Mais l opération ne fonctionne pas dans cet appartement à l étage de la caserne, rue Daniel-Huet. Deux hommes demandent le lieutenant Martin et avant que sa femme n ait le temps de faire quoi que ce soit, ils sont déjà dans la chambre. Georges Martin est là, face à eux. La veille, il a reçu un message l avertissant du danger: «Ça va mal dans la poissonnerie». Il enfile sa gabardine et son chapeau et suit les deux hommes. Un dernier signe à sa femme et sa fille à la fenêtre et la voiture l emmène à la maison d arrêt. La veille, une rafle a eu lieu à Redon, permettant aux Allemands d obtenir les renseignements qui leur manquaient sur le rôle de Georges Martin dans la Résistance. Le matin, un message envoyé de Rennes à Caen avait ordonné son arrestation. Quelques jours plus tard, l épouse de Georges Martin se verra rapporter la valise de son mari, contenant le linge sale. Bientôt, elle s aperçoit de curieuses traces sur les faux-cols amidonnés. Ce sont de petits trous, comme percés avec une aiguille, qui forment des lettres: «Je suis arrêté comme chef terroriste. Je suis très malheureux. Faites tout ce que vous pouvez pour me sortir de là. Écrivez au sous-préfet de Redon». Étant, à la fin de cette campagne, retourné à Redon, il s engage dans la Résistance du Morbihan à partir de septembre 1943. Il y remplit les fonctions de chef du secteur de Redon et d adjoint au chef départemental de la Sarthe, le général de gendarmerie Guillaudot, commandant la 11 e légion à Rennes, qui le représente comme «un officier actif, intelligent, très courageux dont les sentiments patriotiques s affirmaient au cours des multiples actions de lutte clandestine qu il était amené à diriger». Le lieutenant Martin soustrait en effet à la Gestapo de nombreux patriotes et agents de la France combattante traqués par l ennemi, les héberge chez lui en attendant de les conduire en lieu sûr, organise le recrutement de volontaires, de parachutages d armes et d explosifs, signale les mouvements de troupes allemandes et assure de nombreuses liaisons. Il établit aussi un plan de sabotage des voies ferrées de son secteur mis en œuvre en grande partie lors du débarquement des Alliés. Muté d office, vraisemblablement après une dénonciation et sur exigence de l occupant, Martin prend le 8 février 1944 le commandement de la section de Caen. Arrêté le 28 mai 1944 par la Gestapo, il est incarcéré à la maison d arrêt de Caen où, après avoir été torturé, il disparait. Capitaine FFI à dater du 2 février 1944, Martin est promu capitaine de gendarmerie à compter du 1 er juin 1944. (BH) Hélène Martin n en aura pas le temps. Le Débarquement allié survient. Le 8, les gendarmes de Caen et leurs familles quittent les caves non sûres de la caserne et se réfugient dans les champignonnières de Fleury-sur-Orne à quelques kilomètres de là, où des milliers de Caennais 29
Les Gendarmes dans la Bataille de Normandie s entassent dans les galeries noires et humides. Hélène Martin et sa fille y resteront huit semaines, ignorant tout du sort de Georges, avant que le flot de l exode ne les conduise à Saint-Sylvain puis dans l Orne. À Trun, une voiture les attend. Le gendarme Bonhommé, chauffeur du capitaine Gaubert d Alençon les conduit à Longny-au-Perche, chez l un des deux frères de Georges Martin, qui n approuve pourtant pas l engagement du lieutenant dans la Résistance. Un jour de marché, Hélène Martin et sa fille sont abordées par un inconnu: «J ai laissé mon imper et mon chapeau au gardien et je suis parti». Le lieutenant Martin se serait donc échappé. Pourtant, Georges ne reparaîtra jamais. Nul ne sait ce qu il est devenu. Sa veuve Hélène et sa fille Éliane s interrogeront toute leur vie sur cette énigme et leur étrange rencontre au marché de Longny. L hypothèse qu elles formuleront est que le lieutenant Martin aurait été transféré vers la prison d Alençon, le château des Ducs (où une personne leur a un jour assuré l avoir vu). Il s en serait évadé. Les Allemands, songeant qu il pourrait se cacher du côté de Longny-au-Perche auraient alors usé de complicités à l intérieur de la gendarmerie pour y diriger sa famille et s en servir d appât. Repris, le lieutenant Martin aurait alors été exécuté. Officiellement, Georges Martin fait partie des martyrs de la maison d arrêt de Caen dont les corps n ont pas été retrouvés. Officieusement, le doute subsiste... Sous les bombes alliées Le Débarquement allié implique un matraquage aérien des défenses allemandes. Malheureusement, ce matraquage vise souvent aveuglément les grandes villes essentiellement occupées par les civils. 30
6 juin 1944 : Le jour le plus long Saint-Lô sera bientôt surnommée par les Américains la capitale des ruines. Dès 10 heures du matin, le 6 juin l aviation alliée a mis hors d état la station électrique de la ville et rendue la gare inutilisable dans l après-midi. Le soir, vers 20 heures, un nouveau raid des forteresses volantes américaines s abat sur la ville, faisant de nombreuses victimes. Dans la nuit du 6 au 7, un nouveau et violent bombardement aérien détruit cette fois presque totalement la ville. La gendarmerie de Saint-Lô y paye un lourd tribut : l adjudant-chef Félix Garnier, l adjudant Alfred Legoupil, les gendarmes Yves Laurent 31
Les Gendarmes dans la Bataille de Normandie et Louis Guiffant ainsi que seize membres des familles du personnel (onze enfants et cinq femmes dont celles du capitaine Chauvire, commandant la section de Saint-Lô) ont trouvé la mort au cours des bombardements de Saint-Lô. Le maréchal des logis-chef Philibert Duranteaut, les gendarmes Joseph Desplanques, Aimé Mahé, François Delacroix et onze femmes et enfants furent également blessés. [ ] GUY Alphonse Né le 19 août 1910 à Martigné (Mayenne), il est admis dans la garde républicaine mobile (GRM) le 20 avril 1939, où il devient sous-officier de carrière le 15 novembre. Détaché aux armées durant la campagne 1939-1940, il sert en Belgique, en Hollande, puis à Dunkerque d où il est évacué vers l Angleterre. Rejoignant son unité, le peloton n 21/3 à la caserne Delaunay à Lisieux, il est versé dans la gendarmerie départementale à la suite de la dissolution de la GRM dans la zone occupée en novembre 1940. Il sert à Caen, puis à Thury-Harcourt (Calvados) à partir du 1 er septembre 1941 et à Ryes (Calvados) après le 21 août 1942. Il est tué par un éclat d obus à Bazenville le 6 juin 1944. Il obtient la mention «Mort pour la France». (BH) [ ] ONFROY Fernand, Gabriel Né le 19 juillet 1905 à Le-Luat (Manche), il est admis en gendarmerie le 26 juin 1931. En poste dans le Calvados lorsque la guerre éclate, il est envoyé à la prévôté de la 5 e division d infanterie. Affecté à la brigade de Vire (Calvados) le 1 er septembre 1941, il est tué au cours d un bombardement en juin 1944. (SK) Cet aspect moins connu (et certes moins héroïque que certains récits de combats) est pourtant loin d être anodin. Tout au long de la campagne, de très nombreux gendarmes (comme de très nombreux Normands) périront sous les bombes alliées. De même, cinq femmes et onze enfants de gendarmes seront eux aussi tués et neuf femmes et deux enfants blessés entre le 6 juin et la fin août. Ainsi, en ce 6 juin 1944, ont également péri le gendarme Alphonse Guy, tué par un éclat d obus à Bazenville et sous les bombes alliées à Vire, les gendarmes René Lardoux et Pierre Laurentin. Un autre gendarme de Vire, Fernand Onfroy, meurt lors du bombardement aérien de la caserne de gendarmerie le même jour. Ce dernier était également sergent FFI... Un autre gendarme résistant, Julien Galerne, de la brigade des Pieux dans la Manche, était grièvement blessé sous les bombes alliées en cette nuit du 6 au 7 juin 1944. Comme beaucoup de gendarmes, il prévenait les réfractaires au STO avant les contrôles et entretenait d étroit rapports avec la résistance. Arrêté par la Gestapo le 1 er mars avec une quinzaine de personnes dont M. Picquenot, ancien maire des Pieux, en raison de la dénonciation d une collaboratrice, il fut emprisonné à Saint-Lô où il se trouvait lors du bombardement de la prison par les Américains. Julien Galerne devait succomber à ses blessures le 9 juin 1944. 4 Le 6 juin au soir, les Alliés ont donc mis le pied en Normandie. Si tout s était déroulé comme prévu, ils auraient libéré dès cette première 4 - La caserne de la Gendarmerie des Pieux porte aujourd hui son nom. 32
6 juin 1944 : Le jour le plus long PHOTOGRAPHIES [GENDARME GALERNE] 33
Les Gendarmes dans la Bataille de Normandie journée un front continu d une centaine de kilomètres de Quinéville jusqu à Cabourg et pris Caen et Bayeux. De ce point de vue, l opération n est pas une réussite, d autant que les positions alliées sont fragiles et qu une contre-attaque allemande d envergure peut à tout moment les rejeter à la mer. Ainsi, la seule attaque de la 21 e division Panzer SS a atteint la plage de Luc-sur-Mer dans la journée. Si ce genre d opération se répète, les Alliés sont en fâcheuse posture. Néanmoins, ils sont bel et bien en Normandie et le bain de sang tant redouté a pu être évité. Personne ne sait donc encore de quoi l avenir sera fait 34
CHAPITRE 3 Établir la tête de pont
CHAPITRE 3 Établir la tête de pont Henri Gouget et les Royal Marines Commandos à Port-en-Bessin Le 7 juin 1944, vers 15 heures, le commandant de la brigade de Porten-Bessin, dans le Calvados, et le gendarme Henri Gouget se rendent à bicyclette sur la commune de Bayeux afin d assurer la liaison avec la section de commandement. Gouget, marin d origine, est arrivé à Port-en-Bessin le 28 décembre 1942. En parvenant au lieu-dit Pont Fatu, situé sur la commune de Maisons, ils entrent en contact avec le chef d une patrouille anglaise. Ordre leur est donné de se rendre immédiatement au poste de commandement où ils sont accueillis par un officier britannique. Les deux sous-officiers de gendarmerie sont alors sollicités afin d accompagner un détachement du 47 e Royal Marines Commando dans le but de procéder à la reconnaissance des nombreux nids de résistance allemande situés sur la commune de Port-en-Bessin. Les intéressés sont chacun placés à la tête d une compagnie. La mission est particulièrement délicate et doit se dérouler dans des conditions d extrême discrétion. C est donc en rampant dans les fossés qu ils regagnent Port-en-Bessin. Le commandant de brigade rejoint son unité pendant que le gendarme Gouget poursuit sa mission avec les Britanniques jusqu aux falaises du port. Durant toute la nuit le gendarme Gouget guide les troupes anglaises. Ces dernières attaquent les nids de résistance et le lendemain aux alentours de 10h30 il peut enfin rejoindre sa caserne. La mission a été exécutée avec brio malgré la perte de 78 commandos britanniques, tués ou blessés. page ci-contre : Gendarme, curé de la paroisse, maire et officiers américains discutant à Canisy (50). 37
Les Gendarmes dans la Bataille de Normandie Le 14 juillet 1944, remise de la Croix de guerre au Gendarme Gouget sur la place aux pommes à Bayeux. Peu de temps après, il retourne seul au lieu-dit Pont Fatu afin de récupérer sa bicyclette laissée la veille. Devant le succès remporté dans la mission précédente, les Britanniques lui demandent à nouveau de les guider. Mais la mission a changé. Le but à atteindre est maintenant le château de Maisons, une imposante demeure occupée par les Allemands. Pour cette nouvelle mission, le gendarme Gouget est à la tête d une quinzaine d hommes et de deux sections motorisées. Hélas l objectif ne peut être atteint. Le gendarme Gouget et les hommes qui l accompagnent sont faits prisonniers. Ils sont emmenés au château de Sully situé non loin de là. En sa qualité de chef de groupe, le gendarme subit un interrogatoire serré sur la mentalité de la gendarmerie, sur le volume et les positions des troupes anglaises. L interrogatoire dure plusieurs heures. Lors de sa capture, le gendarme Gouget est trouvé en possession de plusieurs grenades et d un plan. Il est alors considéré comme franc tireur. Avisé qu il sera fusillé, les Allemands lui arrachent les boutons et les galons de son uniforme. À 4 heures, il est conduit au sous-sol du château où il subit un nouvel interrogatoire plus dur et plus poussé en présence de 17 officiers allemands. Alors qu il est interrogé, un bombardement souffle la commune de Sully. Le Château où se trouve le gendarme Gouget est entièrement détruit. Après avoir repris connaissance, il se retrouve au milieu des décombres à proximité d un officier Allemand pendant que d autres s enfuient en se tenant la tête. Aussitôt, il se saisit du pistolet de l officier allemand et l abat. Le gendarme se sauve à travers champs, évitant soigneusement les Allemands en fuite, et parvient à rejoindre Bayeux. Il est alors questionné par l Intelligence service. Au cours du combat, le gendarme Gouget a reçu trois éclats d obus au genou droit, à la poitrine et dans le dos. L esprit accaparé par les combats, il s en était à peine rendu compte. Il fut incapable de dire 38
établir la tête de pont à quel moment il avait été blessé. Admis à l hôpital de Bayeux, le gendarme Gouget recevra la Croix de guerre pour ces brillants faits d armes. Rayé des contrôles de la gendarmerie le 25 juillet 1944, il sera reversé à la Marine. Il décèdera en 1983, à l âge de 63 ans. 5 Comme lui, d autres gendarmes guideront les soldats alliés dès les premières heures et les premiers jours du Débarquement. Ainsi le chef Druais, de la brigade de Saint-Jean-de-Daye dans la Manche, renseigne les parachutistes américains qui atterrissent au cours de la nuit du 6 au 7 juin dans les marais de Graignes. Il en sera de même, aussi bien dans les nuits du 5 au 6 que du 6 au 7 juin, à Bonnebosq et Dives-sur-Mer dans le Calvados. Dans cette dernière commune, la brigade connaissait en partie leurs lieux de références, un maréchal des logis-chef dont le nom ne nous est pas parvenu et les gendarmes Hidrio et Leroux vont à plusieurs reprises prendre contact avec un groupe de parachutistes anglais et canadiens, hébergés dans une ferme au bas Cabourg. Leur Chef, un canadien de Québec, se fait [ ] DRUAIS Jean, Baptiste Né le 1 er février 1901 à Monteneuf (Morbihan), il devient gendarme en 1930. Il sert à la brigade de Saint-Méen-le-Grand (Ille-et-Vilaine) jusqu à son passage au grade de maréchal des logischef en octobre 1941. Il est ensuite muté à la brigade de Saint-Jean-de-Daye (Manche) où il sert durant les dernières années de la guerre, avant de rejoindre celle de Saint-Hilaire-du- Harcouët (Manche). (SK) 5 - La caserne de gendarmerie de Port-en-Bessin porte aujourd hui son nom. 39
Les Gendarmes dans la Bataille de Normandie expliquer la topographie de la région, et plus particulièrement de la baie de Sallenelles, en vue d une expédition de nuit. Le 8 juin 1944, dans l après-midi, alors que les patrouilles allemandes sillonnent les rues de Dozulé, la brigade recueille, ravitaille et cache un parachutiste anglais descendu dans les environs, en attendant qu il puisse, la nuit venue, rejoindre ses camarades et gagner le front de Bavent. Le même jour, c est le maréchal des logis-chef Meignan de la brigade de Port-en-Bessin qui traverse les lignes allemandes à deux reprises en donnant des explications fantaisistes aux patrouilles qui veulent l arrêter. Il signale les points de résistance aux troupes anglaises qui parviennent ainsi à les réduire rapidement. D autres gendarmes entreprennent d entrer dans la lutte armée maintenant que la Libération a commencé. Ainsi le 7 juin, le gendarme Behet, de la brigade de Trun dans l Orne, prend le maquis avec lequel il participera à de nombreuses actions de nettoyage. 7-13 juin : les gendarmes victimes des bombardements alliés Alors que le front se trouve encore loin de cet axe stratégique pour prendre la Bretagne, les Alliés décident de bombarder Avranches afin de couper les voies de communication (routes et fer) pour ralentir les Allemands qui se dirigent vers le front de Normandie. Le matin du 7 juin, des milliers de tracts sont largués par l aviation alliée afin de prévenir les habitants d un bombardement imminent et les inviter à fuir la ville. Nombre de ces tracts tombent en périphérie et le commandement allemand décrète que toute personne qui quittera Avranches sera arrêtée. Soudain, à 14h48, les bombardiers B 26 de la 9 th US Air Force mitraillent la ville et larguent leurs bombes incendiaires. En une 40
établir la tête de pont heure et quinze minutes, le centre-ville et le quartier de la gare sont entièrement détruits. 850 bombes de 250 à 1 150 kg sont larguées, détruisant 485 maisons et en endommageant 1 500 autres environ. On compte 115 tués et 5 580 sinistrés. Il y a si peu de brancards qu on utilise des brouettes pour évacuer les blessés. Parmi les victimes figurent les gendarmes Jean-Baptiste Amiot, Jean-Louis Hellebouarch, Henri Samson et Pierre omas, tous tués dans le bureau de la brigade. L adjudant Marcel Boizard est quant à lui grièvement blessé, de même que le gendarme Loison. Le maréchal des logis-chef Yves Grail, commandant la brigade de Sartilly est blessé à son tour le 8 juin lors d un nouveau bombardement d Avranches où il s était rendu pour porter secours aux victimes. L adjudant-chef Charles Avoine de la brigade d Avranches sera lui aussi grièvement blessé lors d un nouveau bombardement de la ville le 10 juin. Toujours le 7 juin, le même schéma et les mêmes conséquences meurtrières se produisent à Vire où périssent l adjudant Émile Dufresne et le gendarme Daniel Gastel, à La-Haye-du-Puits où meurt le gendarme Louis Heslot et enfin à Valognes où le gendarme Joseph Lemasson, touché par le bombardement au cours d une mission de surveillance, succombe dans la journée des suites de ses blessures. Le 8, toujours à Valognes, c est l adjudant Maurice Huet qui est blessé au cours d un nouveau bombardement. Le 10 juin, à Bretteville-sur-Laize, un bombardement aérien frappe là encore la ville. Il est 20 heures. Le gendarme Lampérière du maquis Saint-Clair est dans la cour de la caserne avec ses deux enfants Jacky et Jeannot tandis que son épouse Jeannette prépare le repas. Lorsque celle-ci aperçoit les avions, elle descend prévenir les voisins du dessous puis remonte à son appartement chercher quelques effets. Tous les habitants de la caserne courent s abriter. Henri Lampérière jette un regard vers le ciel. Les avions sont au-dessus. Soudain, il aperçoit des choses s en détacher. Alors qu il s élance vers la prison pour se mettre à couvert, une explosion le projette dans un trou et lui blesse le dos. Les bombes tombent sur la caserne. Une fois les explosions Brigade d Aunay-sur-Odon Brigade de Pont d Ouilly Brigade de Vire 41
Les Gendarmes dans la Bataille de Normandie terminées, le gendarme Lampérière relève la tête. Un nuage de poussière recouvre tout, puis se dissipe lentement, laissant apparaître les ruines du bâtiment dans lequel ses proches avaient trouvé refuge. Il saute, hurle, appelle ses enfants mais personne ne répond. Les avions reviennent à cet instant pour terminer leur triste besogne. Les conséquences sont terribles : son épouse et ses deux enfants sont morts. Le gendarme dévasté, en vient à regretter de n avoir été que légèrement blessé tant il aurait préféré mourir avec eux. Il doit laisser les corps des petits sous les décombres de la caserne et enterrer à la va-vite son épouse qu il a retrouvé complètement mutilée au milieu de la cour. Une vingtaine de personnes sont également mortes dont quatre gendarmes : l adjudant omas André et les gendarmes Joseph Bernard, Georges Desobry et François Gravey. 42
Les Gendarmes dans la Bataille de Normandie Les drames se poursuivent. Le 12 juin, le gendarme Eugène Bouyer est grièvement blessé par un bombardement aérien à Bauquay. Il succombera à ses blessures trois jours plus tard. Le 12 juin toujours, ce sont les gendarmes Alfred Caudron, Yves-Marie Lucas et le maréchal des logis Yves-Marie Clech qui meurent sous un bombardement aérien à Aunay-sur-Odon tandis que l adjudant Jean-François Leveille et son épouse subissent le même sort à Torigni-sur-Vire 6. Enfin, le lendemain 13 juin, c est le gendarme Paul Blin qui meurt tué par un éclat d obus au cours d une mission de protection à Villers-Bocage. Ces bombardements ne provoquent pas que des morts. Il ne faut pas oublier les nombreux mutilés souvent oubliés des statistiques comme le gendarme Marcel Lemoigne de Torigni-sur-Vire qui devra être amputé des deux jambes. [ ] CLECH Yves Marie Né le 16 décembre 1906 à Plourac h (Côtesd Armor), Yves Marie CLECH rejoint la brigade d Aunay-sur-Odon, en tant que maréchal des logis-chef, en novembre 1942. Agent de renseignement pour le réseau Mithridate à compter d avril 1944, il est tué avec plusieurs membres de sa famille dans le bombardement allié qui écrase la ville le 12 juin 1944. Promu sous-lieutenant à titre posthume, il est décoré de la Médaille militaire le 5 mars 1958. (GL) Si la brigade de Saint-Hilaire-du-Harcouët est relativement épargnée, son personnel s illustre dans le sauvetage des blessés et la recherche de cadavres lors du bombardement de la ville. La municipalité votera d ailleurs ses félicitations au personnel «pour le courage et l allant dont il fit preuve dans le déblaiement des décombres, le sauvetage des victimes dans le presbytère en flammes, accomplissant avec un même cœur des tâches pénibles» 7. Des gendarmes continuent d apporter leur aide aux populations victimes des Allemands. À Caumont, le 10 juin 1944, le personnel de la brigade cache, soigne et nourrit 23 parachutistes alliés, dont la plupart étaient blessés, et les remet au service sanitaire américain, sauvant ces militaires d une captivité certaine. D autres gendarmes devaient périr dans l exercice de leurs fonctions durant toute la campagne de Normandie parmi lesquels d éminents résistants 6 - La brigade de Torigni-sur-Vire porte depuis 1962 le nom de «caserne adjudant Leveille». 7 - Le personnel de la brigade de Saint-Hilaire-du-Harcouët obtiendra des félicitations écrites individuelles du colonel commandant la légion. Les gendarmes concernés sont l adjudant Auguste Le Boulenger (commandant de la brigade), le maréchal des logis-chef Joseph Henry, les gendarmes Guillaume Cravec, Joseph Lecaplain, Victor Poulain, Pierre Guillou, éophile Leroy, Louis Michel, Eugène Pelan et Désiré Perron. 43
Les Gendarmes dans la Bataille de Normandie La mort du sous-lieutenant Pierre Annic Il fait beau à Vimoutiers, en ce matin du 14 juin 1944. La bataille de Normandie dure depuis plus d une semaine. Le front est encore relativement loin mais ses conséquences se font déjà ressentir. En effet, la veille, une quarantaine d enfants, les orphelins d Epron ayant fui Caen, sont arrivés dans la commune après avoir passé 6 jours et 6 nuits dans les tranchées. Ils viennent de trouver refuge dans la Halle de Vimoutiers. [ ] ANNIC Pierre Né le 3 juillet 1904 à Pluvigner (Morbihan), Pierre Annic est gendarme à Vimoutiers quand la guerre éclate. Maintenu en poste pendant l Occupation, il commence très tôt ses activités résistantes. Entre 1940 et 1942, il apporte ainsi son secours à un soldat anglais blessé, qui est camouflé dans la région. Il participe, à partir de juin 1943, à la formation de la section de résistance de Vimoutiers. Il distribue de fausses cartes d identité, transporte des armes et des explosifs, envoie des pigeons chargés de renseignements vers l Angleterre. Le 6 juin 1944, il sabote des signalisations routières et des lignes téléphoniques. Il gêne l arrivée des renforts allemands en leur donnant de faux renseignements et des directions erronées. Chevalier de la Légion d honneur, titulaire de la Médaille militaire, Croix de guerre 1939-1945 avec étoile de bronze, le sous-lieutenant FFI Pierre Annic meurt sous les bombes alliées le 14 juin 1944. (GL) Parmi les gendarmes de la commune se trouve Pierre Annic. Né le 3 juillet 1904 à Pluvigner dans le Morbihan, il est en poste à Vimoutiers quand la guerre éclate. Maintenu en poste pendant l Occupation, profondément patriote, il choisit très tôt la voie de la Résistance et aide comme il le peut ses camarades en détresse. Dès la débâcle il œuvre avec efficacité et sang-froid. Il favorise ainsi, de juillet à août 1940, l évasion de soldats français prisonniers et fournit à des évadés de faux certificats de démobilisation. Entre juillet 1940 et janvier 1941, il participe au camouflage du soldat britannique Walter Philips qui a échappé à la capture lors de l avance allemande, et le place dans différentes fermes du canton. Le gendarme Pierre Annic participe, à partir de juin 1943, à la formation d un groupe informel de résistance de Vimoutiers. En juin 1943, il devient l adjoint de Joseph Le Dorze lorsque leur groupe rejoint l OCM (Organisation Civile et Militaire) dont ils forment la section de Vimoutiers. Ils fabriquent et distribuent plus de cent cinquante fausses cartes d identité destinées aux réfractaires du STO. Pierre Annic veille également au placement de ceux-ci dans les exploitations agricoles et forestières, transporte des armes et des explosifs, envoie au moins cinq pigeons chargés de renseignements vers l Angleterre. Le 14 octobre 1943, il assure même le retour de deux pigeons voyageurs anglais. Pierre Annic tire aussi parti de ses fonctions pour prévenir des rafles et obtient des postiers de Vimoutiers que les lettres adressées aux 44
établir la tête de pont autorités allemandes lui soient remises afin d éviter les dénonciations et des arrestations possibles. Pierre Annic est en effet couvert et aidé par la bienveillante complaisance de son supérieur, l adjudant Gillet, et de ses camarades. Le 22 janvier 1944, deux FTP d Argentan abattent Émile Lechat, policier municipal d Argentan virulent collaborateur, lors d un dîner chez des amis. Présent pour les premières constations, le gendarme Pierre Annic retrouve la douille de pistolet qu il subtilise, faisant ainsi échouer l enquête de la PJ de Rouen. En mars 1944, le gendarme Annic prend part au transport d armes de Fresnay-le-Samson à la ferme Bourgault à Vimoutiers, puis assure leur répartition aux groupes au cours du mois suivant. Le 6 juin 1944, il passe à l action aux premières heures du Débarquement afin de retarder les Allemands 8. Le 8 juin, avec Joseph Le Dorze, il poursuit ses actions et détruit par mines deux camions allemands dans la côte d Argentan. Le lendemain, il figure parmi l équipe qui détruit le câble souterrain allemand allant de Bernay à Falaise. En ce 14 juin 1944, Pierre Annic a donc une longue carrière de résistant derrière lui. Sa nuit a été courte car il vient de prendre part à la destruction du pont de chemin de fer de la côte de Gacé. Soudain, à 7h50, 36 marauders B26 lâchent sur la ville 29 tonnes de bombes à «haut pouvoir explosif». En quelques minutes, ce bombardement ordonné «par erreur» rase la ville historique. N écoutant que son devoir, le gendarme Pierre Annic part secourir les blessés lorsqu il est tué par le souffle d une bombe qui l ensevelit 9. 8 - Cf chapitre 1. 9 - La caserne de gendarmerie de Vimoutiers porte aujourd hui son nom et la rue qui la dessert a été rebaptisée «rue Pierre Annic». 45
Les Gendarmes dans la Bataille de Normandie [ ] WATTIER Robert, Camille, Simon, Charles Né le 19 août 1910 à Flixecourt (Somme), il intègre la gendarmerie en 1936 et rejoint la brigade de Courtomer (Orne) en septembre 1941. Dès l année suivante, il organise la Résistance dans son canton en recrutant une trentaine d hommes. Il fait notamment passer les informations aux troupes alliées par pigeons voyageurs et se charge de fournir de fausses cartes d identité pour soustraire les réfractaires au STO. Il sert les Forces Françaises de l Intérieur dans le groupe Vengeance de l Orne à partir de mai 1943. Arrêté à Courtomer par les Allemands le 14 juin 1944, il est interné à Alençon et Compiègne jusqu au 3 août 1944 avant d être déporté en Allemagne aux camps de Neuengamme puis de Sandbostel où il décède le 30 avril 1945. Mort pour la France, la médaille militaire lui est attribuée le 30 octobre 1947. (SK) On comptera 220 morts. Tous les commerces sont sinistrés. La statue de Marie Harel est décapitée. Sur la place, seule l église est encore debout. Sous-lieutenant FFI, Pierre Annic sera fait chevalier de la Légion d honneur à titre posthume le 7 novembre 1951 par le président de la République Vincent Auriol qui lui attribuera du même coup la Croix de guerre avec étoile de bronze. Il sera également décoré à titre posthume de la Médaille militaire. La rafle des gendarmes résistants de Courtomer Ce même funeste 14 juin 1944, d autres gendarmes vont payer cher le prix de leur engagement dans la Résistance. À Courtomer dans l Orne, s est constitué un groupe de résistants. Le gendarme Rouxel est un l un deux. C est un vétéran de la campagne de 1940 au cours de laquelle sa conduite lui a valu deux citations et la Croix de guerre. C est en juillet 1943 qu il a rejoint la brigade de gendarmerie de Courtomer puis en mars 1944 la Résistance au sein du mouvement «Vengeance» sous les ordres du colonel de Pelet. À plusieurs reprises, il a effectué des missions de liaison et de surveillance tout en veillant au camouflage des réfractaires du STO. L un de ses camarades, le gendarme Roland Wattier, fait partie du même groupe que lui. Il a pour sa part participé à la réception de parachutage d armes, fourni de faux papiers aux réfractaires du STO et envoyé des renseignements en Grande-Bretagne par pigeons voyageurs. Le 14 juin 1944, suite à une dénonciation, la Gestapo déclenche une rafle dans la région de Courtomer. Le gendarme Rouxel est alors en mission à Alençon pour le compte de la Résistance. Sur le chemin du retour, au carrefour des Cinq routes, à Montchevrel, il rencontre Wattier qui l informe des arrestations opérées dans l après-midi. Les deux 46
établir la tête de pont hommes réfléchissent. Finalement, Rouxel décide de rentrer quand même à la brigade où il est arrêté vers 21h15, en même temps que Wattier qui avait lui aussi décidé de rentrer entre-temps. Les deux gendarmes sont transférés à Alençon où ils sont emprisonnés jusqu au 15 juillet 1944, puis à Compiègne. Le 28 juillet 1944, il sont transférés au camp de Neuengamme. Tandis que Wattier sera dirigé vers Standhostel où il mourra, Rouxel sera affecté à un Kommando à Brême travaillant dans une base sousmarine allemande où il décèdera le 17 février 1945. Une plaque sur un mur de la gendarmerie de Courtomer rappelle aujourd hui leur martyre. Vers une percée américaine dans le Cotentin Si les forces britanniques piétinent dans le Calvados et font face aux troupes allemandes les plus difficiles, la situation se profile mieux sur [ ] ROUXEL Joseph Marie Félix Né le14 novembre 1916 à Notre Dame du Guildo (Côtes du Nord). Marié, c est un vétéran de la campagne de 1940. Affecté à Courtomer en juillet 1943, il a rejoint la résistance en mars 1944 au sein du réseau Vengeance. Arrêté le 14 juin, il est interné à Alençon jusqu au 15 juillet puis Compiègne. Déporté le 28 juillet à Neuengamme (matricule 39.552), il est affecté dans un Kommando de Brême travaillant dans la base sous-marine de la Kriegsmarine et y décède le 17 février 1945. 47
Les Gendarmes dans la Bataille de Normandie le flanc ouest du front, en secteur américain. Les Américains prennent la direction de Barneville afin de couper la presqu île du Cotentin en deux. L avance vers le sud se ralentit voire se stabilise car l essentiel de l effort se porte en direction de Cherbourg et de son port. Les bombardements sont meurtriers et destructeurs. Ainsi plusieurs gendarmeries dont celles de Coutances, Périers et Lessay sont détruites. Le personnel de la section de Coutances s est particulièrement distingué durant cette période en secourant les populations, organisant les secours, soignant les blessés, empêchant le pillage et en assurant la liaison entre les communes. De plus, son personnel a fourni de nombreux et précieux renseignements aux Alliés sur les mouvements de l ennemi. Le gendarme François Joret notamment, de la brigade de La Haye-du-Puits, franchit ainsi les lignes allemandes afin de fournir aux Américains des renseignements sur les positions allemandes qui lui vaudront une citation à l ordre du régiment. 48
CHAPITRE 4 Objectif Cherbourg
CHAPITRE 4 Objectif Cherbourg Les gendarmes d Equeurdreville dans la Libération À la mi-juin, la poussée américaine vers Cherbourg s accélère. Les Alliés ont fait de la prise de ce port un objectif principal des premières phases de la bataille. En effet, le ravitaillement est indispensable pour surclasser les Allemands sur le plan matériel. Les Alliés ont bien amené deux ports artificiels avec eux (l un à Saint-Laurent en secteur américain et l autre à Arromanches en secteur britannique), mais ceux-ci sont sérieusement secoués par la tempête du 19 juin et le port américain est carrément rendu inutilisable. La prise de Cherbourg devient donc primordiale. Une fois la côte de Barneville atteinte le 17 juin par le 7 e corps américain, trois divisions allemandes se retrouvent isolées au nord de la presqu île. Pendant ce temps, la gendarmerie assure sans désemparer son service de protection des personnes et des biens et prend une part active au nettoyage du terrain. La brigade de Barneville participe au ramassage d une quarantaine d Allemands. La brigade de Beaumont- Hague participera elle aussi à ces opérations alors que les Américains remontent vers le nord. La brigade d Equeurdreville, commandée par l adjudant-chef Lecourt, allait s illustrer par son attitude énergique et la bravoure de ses personnels. Lorsque l adjudant-chef Lecourt en a pris la tête en avril 1944, cette brigade n a alors arrêté aucun réfractaire au STO. Son prédécesseur, l adjudant Cormier, adversaire acharné des Allemands, a été constamment en but avec la feldgendarmerie, à tel point qu aucun de ses hommes page ci-contre : Gendarme et soldat américain à Cherbourg (50). 51
Les Gendarmes dans la Bataille de Normandie ne se présentait à la brigade. Lecourt lui-même s est vu muté à ce poste «dans l intérêt du service» sans en connaître les motifs mais en raison d un rapport du chef d escadron Baubion-Broye, commandant la compagnie de la Manche en mars 1944. Le 12 juin, à 3 heures du matin, un avion de transport américain est touché par la DCA allemande et tombe au lieu-dit «Le Tot» à Equeurdreville. L appareil est très endommagé. L adjudant-chef Lecourt, le maréchal des logis-chef Parizot et les gendarmes Esnouf, Lefauconnier, Giard et Le Bihan participent aux recherches des aviateurs, les découvrent cachés dans un fourré à 100 mètres de l appareil. Tandis qu une douzaine d Allemands gardent l avion et effectuent également les recherches, les quatre aviateurs sont cachés par les gendarmes avant le jour, grâce à la complicité de M. Frigoult, cultivateur. Dans la soirée du 12, ces aviateurs sont pris en automobile et amenés à Equeurdreville, où ils seront cachés et ravitaillés jusqu au 25 juin. [ ] JAMAUX René Né le 5 février 1913 à Orgères (Ille-et-Vilaine), il s engage en mars 1931 au 22 e régiment d aviation de Chartres. Libéré du service militaire trois ans plus tard, il est admis à la garde républicaine mobile (GRM), d abord au peloton de Vitré, puis à celui de Cherbourg en juillet 1935. Le 2 septembre 1939, il est détaché au 13 e groupe de reconnaissance de division d infanterie (GRDI) en formation à Saint-Lô (Manche). Il sert au sein de cette unité jusqu au 21 juin 1940, date de sa capture. À l issue de sa captivité qui s achève le 28 août 1940, il est placé en congé de captivité à Cherbourg, avant d être affecté à la brigade d Equeurdreville (Manche). Le 24 juin 1944, il reçoit des éclats de schrapnell à Nouainville (Manche) en servant de guide aux troupes américaines. Il quitte la gendarmerie en septembre 1945. (BH) Le 17 juin à 8 heures, le gendarme Jamaux décide de quitter la brigade pour les lignes américaines. Il est affecté à un bataillon et prend part aux affrontements dans un char américain. Le 23 juin, il est blessé au combat par un éclat d obus à Nouainville. Évacué vers l Angleterre, il recevra pour son action la Croix de guerre avec une citation à l ordre du régiment et reviendra à la brigade le 9 septembre. Le 22 juin, sous un violent bombardement, le gendarme Lefauconnier se rend à l hôpital maritime de Cherbourg pour y chercher une ambulance afin de transporter trois blessés graves. Le même service est effectué le lendemain par son camarade, le gendarme Le Guillou. Le 24 juin à nouveau, un bombardement encore plus violent que les deux précédents fait plusieurs victimes. Ce sont cette fois les gendarmes Giard et Lebihan qui sont désignés pour aller chercher deux ambulances. Ils parviennent à l hôpital au bout d une heure de progression en rampant. 52
objectif Cherbourg Le 25 juin, le personnel de la brigade s implique un peu plus dans la lutte contre les Allemands lorsque l adjudant-chef Lecourt, le maréchal des logis-chef Parisot et les gendarmes Esnouf, Lefauconnier, Lebihan, Giard et Le Guillou désarment un officier et 17 soldats allemands, les font prisonniers et les remettent à 15 heures à la première colonne américaine qui entre à Equeurdreville. Le commandement américain installe alors son poste du commandement à la brigade et ce sont les gendarmes qui dirigent eux-mêmes les chars. L adjudant-chef Lecourt, avec l aide de trois officiers américains, fait ainsi prisonniers 92 Allemands dont un commandant à la poudrerie du Moulin de la Roque à Tonneville. Un stock important d armes et de munitions est récupéré. La mort du lieutenant Guidicelli Yvon Guidicelli est né à Douara en Algérie le 19 mars 1913. Son père, officier, est tombé à Verdun durant le premier conflit mondial. Excellent cavalier, il est entré à Saumur puis s est illustré durant la campagne 53
Les Gendarmes dans la Bataille de Normandie Maurice Schumann, (porte-parole de la France libre et Compagnon de la Libération), rend hommage au [ ] lieutenant Giudicelli, gendarme maritime de Cherbourg «Lorsque commença l avance sur Cherbourg, à la tête des volontaires qui nous guidaient, c était encore un gendarme qui figurait. Je me rappellerai toujours le courage dont il fit preuve après sa blessure. Une seule question revenait sans cesse sur ses lèvres : "J aurais bien voulu, tout de même, entrer un des premiers dans la ville pour embrasser mon Lieutenant." Hélas! son lieutenant fut tué, par une atroce méprise, au matin même du jour pour lequel il avait vécu depuis quatre ans. Il avait poussé la témérité jusqu à la folie. Jusqu à la sainte folie. L immense majorité des gendarmes de France ont ainsi justifié, dans la préparation, puis dans le triomphe de l insurrection nationale, le rôle que leur vocation propre leur assignait : celui d être un corps d élite de l Armée française une et indivisible, fier aujourd hui d avoir, pendant les années terribles, accroché un peu plus de gloire à la hampe de son drapeau». de 1940 au cours de laquelle il a reçu la Croix de guerre. Mis en congé d armistice en 1941, il a alors rejoint la gendarmerie maritime. Il était lieutenant lorsqu en avril 1943 il s est vu muté à Cherbourg. Il y a constitué le réseau de résistance F2, ou Famille-Interalliée, qui répertorie tous les ouvrages militaires du Cotentin. À partir de mai 1944, il a créé plusieurs groupes de combats dans la région des Pieux dont le groupe Action à Flamanville. Sa nomination a été une aubaine pour les Alliés car il leur a fourni de très précieux renseignements sur les ouvrages mis en place par les Allemands, aussi bien stations-radars que batteries ou chantiers de V1. C est dans son bureau de Flamanville que se faisaient les relevés de cartes et il livrait lui-même les armes destinées à la Résistance avec les véhicules de la gendarmerie. Il a également hébergé un aviateur américain. Chef d arrondissement dans la région des Pieux, il est toujours à la tête d actions périlleuses. À l arrivée des troupes américaines, le lieutenant Guidicelli se met à leur disposition pour les guider dans leur progression vers Cherbourg dont il est nommé chef d arrondissement. Il espère bien entrer en premier et en vainqueur dans la ville. Hélas, le destin en décidera autrement. Le 25 juin, arrivé au lieu-dit Grimesnil à Octeville, le lieutenant Guidicelli est attiré par le bruit d une mitraillette et se porte à l avant. Il saute d une haie. À 50 mètres devant lui, dans le pré, une mitrailleuse ouvre le feu. Pensant avoir des Allemands face à lui, il se précipite et lance une grenade. Les hommes face à lui tirent. Il tombe, abattu d une balle au poumon gauche. Une double méprise a conduit à ce drame terrible : le lieutenant Guidicelli a pris les hommes face à lui pour des Allemands. Il s agissait d Américains. De leur côté, les Américains ont cru avoir à faire à un Allemand. Le lieutenant Guidicelli meurt une heure plus tard, à l âge de 31 ans. Titulaire de la Croix de guerre avec deux citations, il recevra la Légion d honneur à titre posthume 10. 54
objectif Cherbourg Le jour de la mort du lieutenant Guidicelli, les Américains occupaient les hauteurs de Cherbourg et le 26 la garnison allemande capitulait. La pointe nord-est du Cotentin était tombée quelques jours plus tôt. La brigade de Saint-Vaast-la-Hougue s y était notamment distinguée en donnant à l état-major du général Bradley, stationné à Sainte-Mère- Église, des renseignements très utiles sur les mouvements ennemis. Finalement, alors que la prise de Cherbourg consolide la tête de pont alliée en Normandie, elle n apporte toutefois pas le bénéfice attendu car les Allemands ont fait sauter toutes les installations portuaires avant de se rendre. En moins de trois semaines pourtant, le génie américain et les ouvriers français réussiront l exploit de les remettre en état de fonctionnement. Les derniers morts de la gendarmerie en juin 1944 Les bombardements alliés, les villes et les villages en ruines conduisent certains individus à piller les ruines des maisons abandonnées par leurs propriétaires. Réprimer ces pillages et assurer le service d ordre est l une des missions qui échoient aux gendarmes. Le 24 juin 1944, le gendarme André Orcet de la brigade de la Ferté- Macé et le gendarme Julien Baron de la brigade de Juvigny-sous- Andain sont ainsi détachés à Bagnoles-de-l Orne à la suite du bombardement du 22 juin, pour assurer le service d ordre en renforcement de la brigade de Couterne. Ils ont avec eux le gendarme Lorand de cette même brigade. Patrouille de gendarmerie en 1944. 10 - Déclaré «mort pour la France» le 4 mars 1946, il figure au livre d or de la Gendarmerie nationale. Son nom a été donné à la promotion 1969-1970 de l EOGN. Baptisée le 19 juin 2004, lors des cérémonies commémoratives du Débarquement, la caserne du PSIG de la compagnie de Cherbourg, située rue de Coquaise à Flamanville (50), a également pris le nom du lieutenant Guidicelli. Une plaque commémorative a été apposée à cet effet à l entrée de la caserne. Une autre plaque à la mémoire du lieutenant Guidicelli figure à côté du monument aux morts de la commune de Flamanville. Elle a été dévoilée le 19 juin 2005. Une autre plaque à son nom avait déjà été apposée sur un mur de la gendarmerie maritime de Cherbourg le 10 juin 1956. Enfin, une rue de Cherbourg porte également son nom. 55
Les Gendarmes dans la Bataille de Normandie Ce 24 juin, vers 18h30-19h, des avions américains surgissent à nouveau dans le ciel de la localité. Les gendarmes Orcet et Baron se réfugient aussitôt dans les caves de la mairie. Les avions américains larguent leurs bombes sur quasiment le même emplacement que l avant-veille. La mairie est détruite. Les gendarmes Baron et Orcet meurent ensevelis sous les décombres 11. Leurs corps ne seront retrouvés que le 30 juin. Le gendarme Lorand en réchappe de justesse et n est heureusement que légèrement blessé. Le 30 juin 1940, ury-harcourt est à son tour la cible d un violent bombardement. Les gendarmes André Herout et Joseph Penverne y laissent la vie. Le premier mois de la campagne de Normandie se termine. Beaucoup de gendarmes ont déjà fait le sacrifice de leur vie, soit au combat, soit sous les bombes alliées. Ils ne seront malheureusement pas les derniers 11 - Le gendarme Orcet totalisait 8 années de service dont 6 dans la Gendarmerie durant lesquelles il avait pu faire montre d excellentes qualités. Âgé de 29 ans, il était marié depuis 7 mois. Le gendarme Baron totalisait 9 années de service dont 8 dans la Gendarmerie. Âgé de 31 ans, il était marié et père d une petite fille de 8 ans. Son commandant de section écrira «qu il était le type du parfait gendarme, d un dévouement sans pareil et possédant toutes les qualités qui caractérisent le parfait serviteur». 56
CHAPITRE 5 La percée alliée
CHAPITRE 5 La percée alliée Henri Lampérière et la prise de Caen La prise de Caen était l un des objectifs du Jour-J. Pourtant, il allait falloir plus d un mois aux Canadiens pour prendre la cité de Guillaume le Conquérant devenue un champ de ruines. La ville est alors un obstacle incontournable qui empêche la progression alliée et immobilise le secteur britannique. À la fin du mois de juin, les mauvaises conditions météorologiques ne sont déjà plus un problème majeur pour les Alliés. L humidité, le froid et la boue font place à la chaleur. Le 8 juillet, afin d éviter une hécatombe dans les rangs alliés, Montgomery demande, sur recommandation d Eisenhower, à ce que la ville soit attaquée par la Royal Air Force par le nord d où les Canadiens doivent se frayer un chemin à travers les décombres. Les positions allemandes sont finalement peu touchées alors que les habitations civiles reçoivent inutilement l essentiel des bombes. Au matin, les Canadiens lancent leur offensive baptisée opération Charnwood. Le même jour, les survivants de la brigade de Brettevillesur-Laize, repliés à Saint-Sylvain et commandés par l adjudant Drigard de la brigade de Colombelles 12 reçoivent un pli de la Feldkommandantur 723 de Caen, elle-même repliée à Falaise. Le pli doit être remis dans les plus brefs délais à la préfecture du Calvados. 12 - L adjudant André qui commandait la brigade de Bretteville-sur-Laize a été tué au cours du bombardement. page ci-contre : Gendarme et infirmiers américains secourant un blessé à Canisy (50). 59
Les Gendarmes dans la Bataille de Normandie Parmi ces gendarmes de Bretteville-sur-Laize se trouve Henri Lampérière qui, bien que dévasté par le terrible drame qui l a touché, poursuit ses activités pour la Résistance. Il est désigné pour aller transmettre le pli. Il assure déjà la liaison avec Léonard Gille, chef de la Résistance à Caen, et le groupe de Résistance installé à Gouvix. Intrigué, il préfère attendre et fait décacheter le pli par le PC de la Résistance afin d en connaître la teneur. Le texte en date du 5 juillet donne l ordre d évacuation totale de Caen. [ ] LAMPÉRIÈRE Henri Né le 15 décembre 1921 à Landelles-et- Coupigny (Calvados), il s engage en octobre 1942 à la 7 e compagnie divisionnaire du Train à Bourg-en-Bresse. En décembre 1942, il est libéré du service militaire. Afin d éviter un départ pour l Allemagne, il rejoint le centre d instruction de gendarmerie du fort de Montrouge le 15 février 1943. Affecté à Bretteville-sur-Laize (Calvados), il entre dans la Résistance à l été 1943 au réseau Denis-Aristide Buchmaster sous le pseudonyme «Raymond» ou «Le gendarme». Adjoint au chef de groupe, il encadre 31 résistants et recrute plusieurs agents. Profitant des facilités que lui offre son uniforme, il diffuse des tracts anglais et apporte son aide aux réfractaires au STO en les prévenant des recherches ordonnées contre eux. Par la suite, il mène une action plus active en matière de renseignements. Il se procure de nombreuses informations sur les mouvements de troupes allemandes et les terrains d aviation de Fontenay-Rocquancourt ainsi que sur ceux rigoureusement gardés de Quilly et des Aucrais où les Allemands ont installé des rampes de V1. [suite page 61] Le 9 juillet, les Canadiens libéraient la rive gauche de l Orne et Caen était prise. La mesure d évacuation, bien que remise par le gendarme Lampérière comme prévu, devint inopérante suite au retard pris dans l acheminement du pli. Henri Lampérière devra par la suite quitter la région car recherché par la police allemande. Début août, il se mettra au service du contre-espionnage américain avant de rentrer à Bretteville-sur-Laize le 16 août sur ordre de ses supérieurs malgré ses demandes de maintien au front. En janvier 1945, il quittera définitivement la gendarmerie. Les gendarmes résistants de Barenton À Barenton, dans la Manche, la brigade de gendarmerie comprend de nombreux résistants. Le maréchal des logis Constant Dauvergne, son commandant, est né le 2 août 1910 à Saint-Servan-sur-Mer en Ille-et- Vilaine. Il débute sa carrière militaire en 1928 comme engagé volontaire au 71 e régiment d infanterie. Par suite de dissolution de son unité, il sert ensuite au 41 e régiment d infanterie jusqu en octobre 1933. L année suivante, il intègre la gendarmerie et est affecté à la 5 e légion de GRM, avant d être muté à la brigade de Saint-Domineuc en Ille-et-Vilaine en 1937. À l entrée en guerre, il est envoyé comme gendarme motocycliste à la prévôté de la 56 e division d infanterie. Rentré du front en août 1940, il participe activement à la Résistance contre l occupant et apporte toute son aide aux groupes du secteur Les informations biographiques de cette sous-partie sont de l aspirant Salomé Krakowski 60
La percée alliée sud de la Manche. Début 1942, il organise un groupe de combat formé de jeunes gens dans le secteur de Combourg puis rejoint le mouvement de résistance du Front national communiste. Il participe notamment à des opérations de sabotage, destruction de lignes téléphoniques, pose de crève-pneus et procède à la diffusion de tracts fournis par l organisation. En 1943, il est nommé maréchal des logis-chef puis commandant de brigade à Barenton. Membre des Forces Françaises de l Intérieur du secteur dès janvier 1944, connu sous le pseudonyme de Courlis, il poursuit son action, évitant notamment la déportation à certains de ses concitoyens et camouflant les requis pour le STO. Sous ses ordres à la fois à la brigade et dans le groupe de Résistance figure Robert Vasselin. Né le 4 août 1905 à Cherbourg, il intègre l institution en 1928. Nommé gendarme à Saint-Jores dans la Manche en 1929, il est détaché à la prévôté de la 60 e division d infanterie lorsque la guerre éclate. Fait prisonnier en juin 1940, il est interné au stalag VIII-C jusqu au 13 décembre suivant, date à laquelle il retourne à la 10 e légion de gendarmerie. Dès 1941, il lutte contre la déportation des jeunes gens appelés au STO en établissant de fausses cartes d identité et en alertant la population des rafles de requis. Affecté à la brigade de Barenton, il intègre au printemps 1944 le groupe FFI Courlis, chargé des secteurs de Barenton et Domfront dans l Orne. Dès mai, il participe à la destruction de douze fûts d alcool devant être livrés aux Allemands. Le 22 juillet 1944, il prend part avec sept autres résistants à l attaque de deux véhicules allemands, l un contenant 2 600 litres de carburant et l autre un stock de munitions qui est détruit sur place. Il assure également la liaison avec le maquis de Saint-Georges-du-Rouelley dans la Manche. Lors de la retraite des Allemands, il leur livre des indications erronées sur les voies de communication, amplifiant ainsi les embouteillages. Par ailleurs, le gendarme Lampérière récupère des armes à la gendarmerie et chez les civils du canton. Ce matériel est transporté en plusieurs fois dans un dépôt à Barban. Pendant la bataille de Normandie, il assure des liaisons en moto au milieu des troupes allemandes en mouvement. Il coupe les routes par des abattis d arbres et détruit un camion. Le 10 juin 1944, il assure seul le sauvetage de deux de ses camarades ensevelis sous les décombres de la brigade de Bretteville-sur- Laize. Le 20 juin 1944, il transporte une tonne de munitions et d explosifs de Saint-Clair à Gouvix. Il fait parvenir malgré les contrôles effectués par les Allemands, des grenades et des explosifs dans Caen assiégée par les Alliés. Recherché par la police allemande, il doit quitter la région à la fin de juillet 1944. Du 4 au 15 août 1944, il se met au service du Counter Intelligence Corps (CIC) et de la 29 e division US. Le 16 août 1944, il rejoint la brigade de Bretteville-sur-Laize sur ordre de ses supérieurs de la gendarmerie, malgré ses demandes de départ aux armées. Il reste à ce poste jusqu en janvier 1945, date de sa démission de la gendarmerie. Ce même mois, il est cité à l ordre de la brigade par le commandant de la 3 e région militaire. (BH) Gabriel Mouchebœuf est également un gendarme résistant. Né le 19 septembre 1914 à Coutras en Gironde, il entre en gendarmerie en septembre 1938. En poste à la 10 e GRM, il est affecté à l encadrement du 130 e régiment d infanterie en 1939. Fait prisonnier sur le canal de Les informations biographiques de cette sous-partie sont de l aspirant Salomé Krakowski 61
Les Gendarmes dans la Bataille de Normandie l Ailette le 7 juin 1940, il est interné au stalag X-C dès juillet. Libéré le 25 août 1941, il rejoint provisoirement la brigade de Vitré en Illeet-Vilaine, puis celle de Barenton en décembre. Il débute alors une lutte contre la déportation des jeunes gens requis pour le STO en falsifiant leurs cartes d identité et détruisant des dossiers de recherches. Connu sous le pseudonyme de Gaby, il sert dans le groupe FFI Courlis dès janvier 1944, œuvrant dans les secteurs de Barenton et Domfront. Courant mai, il concourt à la destruction de douze fûts destinés au transport d alcool pour les Allemands. André Barthoneuf, lui aussi gendarme à Barenton, est né le 21 juillet 1909 à Maurupt dans la Marne. Il intègre la gendarmerie en 1936 et rejoint la 7 e GRM. Nommé à la brigade de Plancoët dans les Côtesdu-Nord en septembre 1941, il est affecté à celle de Barenton en avril 1943. Dès cette date, il contribue à la protection et au camouflage des requis au STO qu il invite à se réfugier dans les départements limitrophes lors des arrestations. Le 1 er janvier 1944, il est nommé chef de groupe FFI à Barenton par le maréchal des logis-chef Dauvergne. Avec une vingtaine d hommes sous ses ordres, il participe à d importantes opérations de destruction de matériel ennemi. En mars 1944, chargé de conduire neuf Feldgendarmes à Saint-Georgesde-Rouelley en vue de l arrestation d un cultivateur, il réussit à prévenir ce dernier, lui permettant de cacher ses armes détenues illégalement. Avec les gendarmes Émile Goujean et Aristide Lecompte, ces quatre gendarmes organisent le 22 juillet l attaque d un camion allemand contenant 2 600 litres de gasoil et dynamitent un second véhicule, rempli de munitions, occupé par deux SS qui sont fusillés sur le champ. La brigade de Barenton se tient en liaison constante avec les Alliés et prend part à la libération de la région. Le 5 août 1944, ils prendront contact avec des unités de reconnaissance américaines à Husson et leur fourniront de précieux renseignements sur les emplacements des batteries et troupes allemandes. Ils Les informations biographiques de cette sous-partie sont de l aspirant Salomé Krakowski 62
La percée alliée contribueront également à la capture d un français devenu agent de renseignement pour l ennemi. Prévenu de l imminence d une attaque allemande, ils s emploieront également, à faire évacuer discrètement la population de Barenton, en prenant soin de ne pas alerter l ennemi. Quatre de ces gendarmes feront l objet d une citation à l ordre de la légion et un gendarme d une citation à l ordre du régiment (ordre général n 13, 3 e région, du 2 février 1945). Le maréchal des logis-chef Dauvergne sera nommé adjudant à titre exceptionnel en 1945 et affecté à la brigade de Saint-Hilaire-du- Harcouët en juillet. Il obtiendra la médaille de la Résistance par décret le 6 septembre 1945. La disparition de Paul Quellec À mesure que la bataille se poursuit, des gendarmes normands continuent de faire le sacrifice de leurs vies et à aider les Alliés. 63
Les Gendarmes dans la Bataille de Normandie Le 2 juillet, le gendarme Désiré Piquet meurt ainsi étouffé dans un convoi en partance pour l Allemagne entre Compiègne et Reims et trois jours plus tard, le 5 juillet, c est le gendarme Louis Guiffant qui est blessé mortellement par l artillerie allemande à la grange de la ferme Bois-Marcel près de Saint-Lô tandis que le gendarme Charlemagne Roussel était tué dans un nouveau bombardement allié à Evrecy. [ ] QUELLEC Paul, Marie Né à Lézardrieux (Côtes-du-Nord, actuellement Côtes-d Armor) le 14 février 1913, il rejoint la gendarmerie en 1936. En poste la brigade de Trévières (Calvados) quand le conflit éclate, il est affecté à la brigade de Troarn (Calvados) en octobre 1943. Ayant accompli des actes de résistance isolés durant les premières années de la guerre, il intègre le mouvement Scamaroni puis le groupe d Argences le 6 juin 1944. Alias «Bertrand» pour les FFI du Calvados, il assure alors le passage de nombreux agents, aviateurs et parachutistes à travers les lignes ennemies. Arrêté par les Allemands le 28 juillet 1944 à Saint-Pair au cours d une mission, il est exécuté le jour même. La Médaille militaire et la Croix de guerre avec palme lui sont attribuées à titre posthume le 12 octobre 1946. Mort pour la France, il a donné son nom à la 97 e promotion de l école de Montluçon en 1986. (SK) Le 20 juillet 1944, un parachutiste français originaire du nord, est découvert près de Montchamp ; il avait été fait prisonnier au cours du mois de juin et s était évadé du camp de prisonniers de Coulonces. Le maréchal des logis-chef Flao de la brigade de Mesnil-Auzouf participe à son habillement en civil et fournit une fausse carte d identité, ce qui lui permet de franchir les lignes et de rejoindre les troupes anglaises qui, à ce moment-là, se trouvaient à 12 km de Mesnil-Auzouf. À Bény-Bocage, les 12, 13 et 14 juillet 1944, le gendarme Origan cache M. Bottet, garde-champêtre à Montchamp et son fils Gérard âgé de 22 ans, recherché par la Feldgendarmerie, après évasion. Il les aide ensuite à gagner le département de l Orne, où un asile sûr leur était réservé. À l est de Caen, le front s est de nouveau figé à peine une dizaine de jours après la libération de la ville. La petite commune de Troarn est l un des objectifs principaux des Alliés dans ce secteur. C est dans cette commune que se trouve un résistant de la première heure. Nommé à la brigade territoriale de Troarn en novembre 1943, le gendarme Paul Quellec est aussi un Résistant de la première heure. Marrié et père de quatre enfants, il a d abord agi de façon isolée durant près de quatre ans puis a rejoint les FFI il y a peu sous le pseudonyme de «Bertrand». Depuis le Débarquement, il déploie une activité inlassable pour aider les parachutistes britanniques isolés derrières les lignes allemandes à se regrouper en échappant aux Allemands. Plus de 200 d entre eux lui 64
La percée alliée doivent d avoir retrouvé leur chemin. Souvent, il lui arrive d ouvrir le feu sur les Allemands pour leur échapper. Le 28 juillet 1944, il part en mission avec l intention de traverser le front pour prévenir les Britanniques que le déluge d obus qu ils tirent sur Janville est inutile car il n y a pratiquement plus de soldats allemands. Les tirs anglais cessent bientôt mais Paul Quellec ne revient pas. Les jours passent. Il ne devait jamais revenir. Le corps de Paul Quellec sera découvert, le 12 mars 1945, grossièrement enseveli près d un herbage avec une balle dans la nuque, chemin des petites dévalés à Saint-Pair 13. Opération Cobra : la percée américaine Les violents combats pour prendre Caen et l enlisement américain dans le bocage amènent à dresser un lourd bilan de ces deux premiers mois de guerre. 80 000 hommes sont déjà morts, blessés ou capturés du côté des Alliés. Toutefois, la noria constante de convois de renforts leur permet de se maintenir et même d augmenter chaque jour un peu plus leur nombre en hommes et en matériels. Quelques 1,5 million d hommes, 300 000 véhicules et 1,78 million de tonnes d approvisionnement ont été débarqués. En face, si les Allemands se battent bravement, leurs pertes sont tout aussi terribles et les 100 000 morts ne peuvent être compensés par les seuls 5 000 hommes arrivés en renfort. La plupart des formations sont réduites à leur plus simple expression. Les Allemands sont donc incapables de résister à une offensive généralisée, surtout si celle-ci est américaine, l essentiel des forces blindées étant au sud de Caen, résistant toujours avec acharnement aux Britanniques. Le plan de cette nouvelle offensive est fort simple : enfoncer les lignes allemandes dans le sud-manche puis foncer en direction de la Bretagne. 13 - Une stèle lui rend aujourd hui hommage sur ce chemin. 65
Les Gendarmes dans la Bataille de Normandie Si les forces américaines ont jusqu ici piétiné dans le bocage et que le front s est stabilisé, le mouvement reprend fin juillet. Le 25, les américains parviennent enfin à s emparer de Saint-Lô, ouvrent une brèche puis foncent en direction de Coutances dont la circonscription est très vite entièrement libérée. L opération nommée Cobra, est dans un premier temps retardée en raison de la résistance farouche des Allemands autour de Saint-Lô ainsi que du mauvais temps qui cloue l aviation au sol, l empêchant d appuyer l offensive. Repoussée du 20 au 24 juillet, une première tentative tourne au désastre lorsque suite à des problèmes de communication les avions américains bombardent leurs propres troupes. Cobra est finalement lancée le 25. Comme à chaque fois, les opérations sont appuyées par une aviation puissante qui cause de gros dégâts et de nombreuses victimes. Pendant tout ce temps, la gendarmerie maintient l ordre, réprimant le pillage et portant secours aux blessés, inhumant et identifiant les morts. Les brigades de Carentan, Saint-Clair-sur-l Elle, Tessy et Canisy restent constamment sur place mais les autres brigades de la section de Saint-Lô doivent, sous la menace des Allemands, se replier. À Canisy, le maréchal des logis-chef Yves Le Jean et les gendarmes Eugène Morel et Edouard Lebiez montrent leur valeur et leur abnégation en portant secours aux blessés et luttant contre les incendies sous les bombardements aériens et les tirs d artillerie. Leur action courageuse empêchera que le village ne soit complètement détruit par les flammes et leur vaudra une citation à l ordre de la 3 e légion de gendarmerie. Les 30 et 31 juillet, les troupes américaines abordent la circonscription de la section d Avranches par le nord-est et le nord-ouest. La région a beaucoup souffert des bombardements intensifs depuis début juin. Les Allemands refluent de partout et le 1 er août, les Américains atteignent la circonscription de Saint-James et se dirigent vers la Bretagne. La percée a réussi. 66
La percée alliée Le 2 août, vers 13h15, une patrouille américaine vient reconnaître la ville de Mortain qui est totalement occupée vers 19 heures. Les colonnes américaines se séparent et prennent diverses routes qui les conduisent vers la Bretagne. Tandis que les forces de Patton se scindent pour qu une colonne prenne la direction de la Bretagne et que l autre se dirige vers l Est, Hitler tente un dernier coup de dés. Il ordonne à cinq divisions blindées d attaquer à Mortain. La bande de terre libérée dans le sud-manche est si mince qu Hitler pense qu en attaquant à Mortain en direction de la mer, il pourra couper les troupes américaines parties vers la Bretagne de leurs arrières et ainsi bloquer leur approvisionnement. Le 2 août, le maréchal des logis-chef Laurent Kervan, commandant la section de Mortain, établit la première liaison avec les forces américaines «Au point du Jour», sur la commune de Romagny. 67
Les Gendarmes dans la Bataille de Normandie Le 3 août, vers 13h30, à l entrée de la ville près de la Croix-aux-Plaids et de l Angevine, des incidents éclatent entre les gendarmes et trois traînards allemands en voiture. Le maréchal des logis-chef Laurent Kervan, accompagné des gendarmes Edouard Boussin, Louis Chapron, Edouard Saubesty et Yves Denis, après avoir attaqué deux camions allemands, tendent une embuscade à trois parachutistes SS, dont un sous-officier. L un d entre eux, qui tente de s échapper, est grièvement blessé par Kervan, et les deux autres sont emmenés à la gendarmerie 14. Un quart-d heure plus tard, un Allemand, qui de la Croix-des-Sept- Cœurs, a assisté à la tragique bagarre, monte en courant vers Mortain, mitraillant les civils. Aux premières maisons, il est abattu par le gendarme Sobesty, dissimulé sous les pommiers de la ferme des Tasses, armé d un vieux fusil Gras, chargé d une seule cartouche! Les Allemands, au courant de ces faits, décident d user de représailles. Mais les ordres donnés pour arrêter des civils n ont pas le temps d être exécutés, au milieu des fiévreux préparatifs de la bataille. Le 4 août, le gendarme Prosper Barbereau, de la brigade de Villedieu, saute sur une mine alors qu il se porte au-devant d une colonne américaine pour l aviser du danger. Il succombera peu après de ses blessures. Le même jour, à la ferme du château au Mesnil-Auzouf (Calvados), le maréchal des logis-chef Flao fait prisonnier deux soldats allemands armés, et les remet aux troupes anglaises qui viennent d arriver dans cette commune. Le 5, Mortain est violemment bombardée par l aviation allemande. Le 6, Saint-Barthélémy, au nord de Mortain, est le théâtre de violents combats. Mortain est repris par les Allemands. La ville est enlevée 14 - Pour cette action, ces gendarmes recevront la Croix de guerre à l ordre du régiment le 2 février 1945. 68
La percée alliée Villers- Bocage Orne Vie Touque Contre offensive allemande de Mortain & poche de Falaise / 6-20 août 1944 Vire Britanniques Condé-sur- Noireau Orne Canadiens Falaise Dives Trun Polonais Sélune vers Avranches Mortain contre -offensive allemande 6-13 août 1944 Va Flers Polanges Américains Argentan Chambois le 8 par les Américains, puis change cinq fois de mains. Ce n est que le 12 août que la décision est remportée dans ce secteur par une colonne de la division Leclerc venant de la direction de Saint-Hilairedu-Harcouët. Pendant ce temps, la troisième colonne qui attaque de Husson vers Barenton a pris contact avec les éléments de résistance de cette commune qui sont dirigés par la gendarmerie locale. Barenton est libéré le 7 août, au soir. L armée américaine poursuit ensuite son action vers le nord pour fermer la poche. Les Américains marchent en effet vers l est pour assurer la liaison avec l armée britannique dans la région d Argentan. repli Le Bourg St Léonard Sées Barenton est libéré le 7 août, au soir. L armée américaine poursuit ensuite son action vers le nord pour fermer la poche. 69
CHAPITRE 6 L encerclement et la fin de la campagne de Normandie
CHAPITRE 6 L encerclement et la fin de la campagne de Normandie Dans le chaudron de Falaise Après l échec de la contre-attaque allemande à Mortain, les troupes américaines remontent vers l Orne et le Calvados afin de faire leur jonction avec les Britanniques dans une vaste manœuvre d encerclement. À l est de Caen, le front est resté figé depuis le 18 juillet. Il change enfin depuis le lancement de l opération Paddle. La 7 e armée allemande et la 5 e Panzerarmee tentent de se replier en bon ordre et d échapper à la tenaille par le couloir de 9 km restant dans la région de Chambois, dans l Orne. Au moins vingt et une brigades sur les quarante-trois que compte alors ce département ont participé plus ou moins activement à la Résistance et sur les 313 gendarmes qu elles comptent, 51 appartiennent à une organisation de la Résistance et de très nombreux autres les aident ou aident les réfractaires au STO sans forcément faire partie d un réseau. Leurs actions de résistance sont diverses : aide aux réfractaires du STO, obstruction aux opérations allemandes ou carrément participation ouverte à des opérations militaires de destruction ou de collecte d armement, comme le gendarme Le Stratt de la brigade du Sap dans l Orne qui, le 26 juillet 1944, réussit à dérober aux Allemands qui étaient parvenus sur le site d un parachutage d armes effectué dans la région, des caisses de grenades et à les mettre chez un fermier en lieu sûr. 73
Les Gendarmes dans la Bataille de Normandie Des gendarmes de toute la Normandie continuent de mourir en accomplissant leur devoir. Le 4 août, le gendarme Omer Gautier est tué par un bombardement aérien à l Hôtellerie tandis que, dix jours plus tard, le maréchal des logis-chef Godart est blessé mortellement par un obus d artillerie allemande dans son logement à la brigade de Carrouges. Il décèdera des suites de ses blessures deux jours plus tard. Ce même 14 août 1944, le gendarme François Le Ber, de la brigade de la Ferté-Macé, se rend avec le gendarme Fouquet à la ferme de la Mercerie afin d y arrêter une certaine Mme Gautier à la demande des Américains. Le véhicule à bord duquel ils se trouvent, conduit par M. Duhail, armurier à la Ferté-Macé est soudain pris sous le feu d un groupe de soldats allemands. Les occupants sautent du véhicule en marche. Tandis que M. Duhail et le gendarme Fouquet sautent dans le fossé droit de la route, le gendarme Le Ber saute du côté gauche. Duhail et Fouquet parviennent difficilement à se mettre à l abri alors que les Allemands ouvrent un feu violent sur eux. Impossible de savoir où est le gendarme Le Ber ni ce qu il est devenu. Ce n est que le 16 août vers 11 heures, après plusieurs recherches menées par les gendarmes et les soldats américains qu il sera retrouvé, l épaule transpercée par un coup de baïonnette, la trace d une balle au front et dépouillé de son révolver, sa montre, de ses papiers d identité et de tout l argent qu il avait sur lui. François le Ber, marié et père d un enfant en bas âge trouvait ainsi la mort, quatre heures seulement après la libération de la Ferté-Macé. Comme lui, de nombreux gendarmes se portent volontaires pour des missions de reconnaissance ou de liaison durant toute la campagne de Normandie. Au cours des opérations qui se déroulent dans les départements du Calvados et de l Orne, entre le 6 juin et le 12 août 1944, l adjudant 74
L encerclement et la fin de la campagne de Normandie Georges Nicolet, les gendarmes Pierre Nicol, Raymond Rouffy, Georges Petitjean de la brigade mixte d Alençon et le maréchal des logis-chef Laurent se distinguent particulièrement en effectuant des liaisons dangereuses en automobile, motocyclette ou side-car sur les fronts de Domfront et Falaise. Les gendarmes Julien Chatillon, Lucien Burnel et André Rouault de la brigade mixte d Alençon font de même sur les fronts de Caen, Domfront et Falaise. Ils effectuent ces liaisons de manière volontaire. Ils seront cités comme des exemples de courage et de cran par leurs camarades. Le gendarme Julien Relandeau de la brigade territoriale montre, lui aussi, de belles qualités en effectuant plusieurs liaisons dangereuses en motocyclette sur les fronts de Domfront et Falaise. Les gendarmes de l Orne au service de Leclerc Le 1 er août 1944, la 2 e division blindée française a débarqué à Sainte- Marie-du-Mont dans la Manche sous les ordres du célèbre général Philippe Leclerc de Hauteclocque. Celle-ci s est d abord enfoncée vers le sud Manche avant de poursuivre, avec la III e armée américaine du général Patton, l encerclement des forces allemandes dans la poche de Falaise-Chambois. À la mi-août, celle-ci se referme. Les Allemands du groupe d armées B sont piégés dans une nasse large de 16 km et longue de 32 km. La prise de Chambois a été confiée à la 1 ère division blindée polonaise et à la 4 e division blindée canadienne. La 2 e DB française progresse au nord d Écouché face à la 116 e division blindée allemande. Après de durs combats, la 2 e DB s est installée à Champfleur le 11 août pour y passer la nuit. La prise d Alençon n est pas prévue par les Alliés. La ville doit tomber d elle-même. C est alors que Raymond Ciroux, un jeune résistant alençonnais qui vient de franchir les lignes allemandes, se propose de servir comme éclaireur. Il annonce que les Allemands ne sont pas nombreux et que les ponts de la ville ne sont 75
Les Gendarmes dans la Bataille de Normandie pas minés. Leclerc décide alors d investir la ville. Dans la nuit, il prend symboliquement et personnellement possession du pont Neuf entre le départ et la relève des troupes allemandes. Cette audacieuse manœuvre permet d éviter le bombardement de la ville prévu pour 10 heures. Leclerc poursuit. Toujours le 12 août, il demande au chef d escadron de la compagnie de gendarmerie de l Orne que des hommes aillent faire une reconnaissance des positions allemandes. Vers 13h30, les gendarmes Joseph, Henri Beaudichon, Paul Drouet, Jean Gaudin, Henri Sauvage et Joseph Chrétien de la résidence d Alençon vont donc reconnaître les positions ennemies sur les communes de Damingny, Colombiers, Saint-Nicolas-des-Bois, Mieuxcé, Saint-Céneri, Saint-Denissur-Sarthon, Condé-sur-Sarthe et la Ferrière-Bochard. Ils traversent les lignes tenues par les Panzer SS en plein décrochage et remplissent rapidement leur mission. Ils reconnaissent le dispositif allemand, fouillent le terrain jusqu à 8 km à l intérieur et rapportent des renseignements précieux qui leur vaudront une citation à l ordre de la légion. Leclerc n hésite pas à s appuyer sur les gendarmes pour mener ces opérations de reconnaissance des positions ennemies. Le même jour, ce sont ainsi d autres gendarmes qui effectuent des missions similaires. Ainsi, le 13 août, les gendarmes Stocker et Daval de la brigade d Argentan, après avoir franchi les lignes ennemies, marchent pendant huit jours avec les éléments avancés de la division Leclerc afin de les renseigner. Sans faire partie de la Résistance, ces gendarmes ont pourtant des relations suivies avec cette dernière. En mars 1944, ils ont ainsi participé à plusieurs transports d armes. En avril, ils ont également donné asile à six résistants traqués par la Gestapo. Leur supérieur de la brigade d Argentan, le maréchal des logis-chef Dupont prend lui aussi une part active à la Libération avec un groupe 76
L encerclement et la fin de la campagne de Normandie FFI. Pour lui non plus, ces actions aux côtés de la Résistance ne sont pas nouvelles. Il était déjà au courant des dépôts d armes existants dans la région immédiate d Argentan et était chargé par le chef des FFI de signaler immédiatement les opérations de police allemandes susceptibles de faire découvrir ces dépôts. Le maréchal des logis-chef Dupont a également remis à la Résistance le plan de barrage de la gendarmerie d Argentan ainsi que les consignes de ce barrage pour permettre la libre circulation des dépôts d armes parachutées. Au cours des différents services qu il exécutait, il assurait également le transport et la diffusion du journal clandestin : «L Orne combattante». En mai 1944, peu avant une opération de police devant avoir lieu dans la forêt de Silly-en-Gouffern pour appréhender les maquisards, il a pu prévenir ceux-ci et l opération fut ainsi totalement infructueuse. En avril 1944, ayant appris que le résistant Soubabert était recherché par la police de sûreté de Rouen, il l avait fait prévenir et celui-ci avait ainsi pu se soustraire aux recherches. 77
Les Gendarmes dans la Bataille de Normandie Leclerc emploie donc les gendarmes à des reconnaissances car ceuxci connaissent bien le terrain. Le gendarme Gaston Vovart de la brigade de Saint-Germain-du-Corbéis a déjà effectué plusieurs liaisons dangereuses en automobile avec le chef d escadron commandant la compagnie sur les fronts de Caen, Vire, Domfront et Falaise. Lors de l entrée des troupes françaises de la divison Leclerc à Alençon, il reçoit à 8 heures l ordre d aller en mission de reconnaissance des positions allemandes entre Alençon et Sées. À 10 heures, après avoir découvert les positions ennemies à 5 kilomètres d Alençon, il est rentré immédiatement et a fourni des renseignements précieux au commandant français. L adjudant Hervé omas et le gendarme Marcel Gros de la brigade mixte d Alençon, de retour eux-aussi à 14 heures d une première patrouille de reconnaissance des positions allemandes sur les communes de Valframbert, Forges et Radon, après avoir remis les renseignements recueillis, repartent de leur propre initiative pour accomplir la même mission en direction de Montperthuis et de la gare de Lonrai. Arrivés au passage à niveau situé à proximité de cette gare, ils sont cernés par des soldats allemands qui les arrêtent et les conduisent, sous la menace de leurs armes, au poste de commandement allemand à Cuissai. Considérés comme espions, ils sont désarmés et interrogés. Trompant la surveillance de leurs gardiens, ils parviennent malgré tout à s échapper et à gagner une ferme voisine où un cultivateur les cache dans une tranchée. Ils y passent la nuit sous un violent tir d artillerie, avant de se faufiler à l aube entre les chars et l infanterie allemande pour regagner les lignes françaises. Après avoir fourni leurs nouveaux renseignements au commandement des forces françaises en position à Lonrai et avoir guidé les officiers sur de nouveaux emplacements de tirs, ils étaient de retour à la résidence de la gendarmerie d Alençon à 16 heures. 78
L encerclement et la fin de la campagne de Normandie Les deux gendarmes qui s étaient distingués au cours de liaisons dangereuses en moto et side-car sur les fronts de Caen, Domfront et Falaise pour lesquelles ils étaient toujours volontaires recevront pour cela une citation à l ordre de la Légion. Deux autres de leurs collègues venaient alors de vivre une expérience similaire. Le 12 août à 13h45, les gendarmes Hubert Onno et Marcel Pottier, euxaussi de la brigade d Alençon, reçoivent, à la demande du général Leclerc, la mission d aller reconnaître les positions allemandes sur le territoire des communes de Lonrai et Cuissai. Arrivés sur le territoire de cette commune, ils sont cernés par des soldats allemands qui leur intiment l ordre de les suivre à Boucé. Le gendarme Onno parvient, malgré la vigilance des allemands, à faire disparaître un papier qu il avait sur lui et sur lequel étaient notés les renseignements demandés sur les positions allemandes. Une fois fouillés, ils subissent séparément un interrogatoire de plus d une heure mené par un officier de la Gestapo. Considérés comme espions bien qu aucune preuve ne soit établie, ils sont remis à la Feldgendarmerie pour être déportés en Allemagne. Au moment du transfert, vers 23h30, alors qu ils vont embarquer dans un camion, les deux gendarmes profitent de l obscurité et d un moment d inattention de leurs gardiens pour s enfuir dans un bois voisin où ils passent la nuit. Ils regagneront la résidence le lendemain vers 21 heures 15. L adjudant omas et le gendarmes Gros furent eux-aussi chargés, le 12 août 1944, de recueillir des renseignements sur les emplacements de l artillerie et des blindés allemands au nord et à l ouest d Alençon. 15 - Les deux obtiendront une citation à l ordre de la Légion. De 1947 à 1949, Hubert Onno servira en Indochine avant de revenir à Alençon. Il sera ensuite muté à Besse/Braye dans la Sarthe en 1951 puis à Saint-Aignan en Mayenne en 1953. Il prendra sa retraite le 1 er août 1957. Marcel Pottier pour sa part, trouvera la mort le 25 avril 1946. 79
Les Gendarmes dans la Bataille de Normandie De retour de leur première mission, ils repartirent de leur propre initiative à la recherche d autres renseignements mais furent eux-aussi arrêtés par les troupes allemandes. Ils parviennent toutefois à tromper la surveillance de leurs gardiens pour s enfuir et regagner les lignes françaises et leur brigade le lendemain. Les deux gendarmes, qui s étaient déjà distingués en se portant volontaires pour des missions similaires tout le long de la ligne de front reçurent une citation à l ordre de la Légion. S ils s en sortirent bien, tous n eurent pas cette chance. Ainsi, en ce 13 août 1944, le gendarme Bonhommet trouvait la mort en sautant sur une mine qui détruisait du même coup son véhicule sur le pont de Mieuxcé. Depuis le 6 juin, celui-ci s était particulièrement distingué à l occasion de nombreuses missions de liaisons à proximité immédiate du front de Caen, Vire, Domfront et Falaise, affrontant les mitraillages et les bombardements. Gendarmes avec des prisonniers allemands. Il laissait une veuve en mauvaise santé, sans aucune ressource et quatre enfants âgés respectivement de 17, 15, 9 et 6 ans. En plus de ces missions de reconnaissance, d autres gendarmes sont amenés à affronter les militaires allemands en déroute. À ury-harcourt, le 12 août 1944, le gendarme Philippot traverse les lignes alliées à Croisilles, et remet aux Britanniques un prisonnier allemand. Le 13 août, vers 15h, le gendarme Clotaire Lafontaine de la brigade de Carrouges se trouve sur la route nationale n 809 près du cimetière de Carrouges en compagnie d un soldat français de la 2 e DB à qui il explique la marche d une voiture allemande abandonnée par l ennemi lorsque des coups de feu retentissent. Les deux hommes sont pris à partie par des Allemands dissimulés dans le fossé de la route. 80
L encerclement et la fin de la campagne de Normandie Le gendarme Lafontaine riposte aussitôt et ouvre le feu avec sa mitraillette. Il parvient à abattre les quatre soldats allemands que le soldat français ira achever avec son fusil. Un peu plus tard dans la journée, vers 17 heures, les deux hommes découvrent quatre soldats allemands dont un colonel, un adjudant-chef et deux soldats cachés dans une chambre au premier étage de la ferme du Chapitre à Carrouges. Les quatre militaires allemands sont capturés sans que soit tiré un seul coup de feu et amenés dans la cour de la caserne de gendarmerie pour être remis aux troupes américaines. 16 La mort du gendarme Royant La poche de Falaise Chambois se referme. Gacé, où se trouve un autre éminent gendarme résistant est en passe de tomber à son tour aux mains des alliés. Joseph Royant est d abord entré dans la gendarmerie mobile en 1936. Affecté dans la gendarmerie départementale, il a rejoint la brigade de Gacé en 1938. En janvier 1940, il a été admis dans le corps de sousofficiers de carrière, mais la guerre et la débâcle française viennent obscurcir cet avenir prometteur. Joseph Royant supporte très mal la présence de l occupant allemand. Là encore, c est le refus de pourchasser les réfractaires au STO afin de les envoyer travailler en Allemagne qui le pousse à s engager dans la Résistance dans le courant de l année 1943. Ainsi, il cache et ravitaille, donne des faux-papiers ou encore prévient de l imminence des contrôles une quinzaine de jeunes gens. En août, il officialise son engagement résistant en rejoignant le Bureau des opérations aériennes (BOA) créé à l initiative des services 16 - Le gendarme Lafontaine sera proposé pour la citation suivante : «Le 13 août 1944 au moment de l entrée des troupes alliées à Carrouges se trouvant sur une route à proximité de sa résidence, a essuyé des coups de feu tirés par des soldats allemands dissimulés dans un fossé ; il a immédiatement riposté à l aide d une mitraillette et a réussi à abattre 4 militaires ennemis et en ramener 4 autres qu il a fait prisonniers, dont un colonel porteur de documents précieux pour le commandement allié.» [ ] ROYANT Joseph, Louis Né le 8 février 1909 à Lignol (Morbihan), il est incorporé au 137 e régiment d infanterie en 1930, avant d être admis dans la garde républicaine mobile le 15 août 1936. Affecté à la brigade de Gacé (Orne) en janvier 1939, il est sous-officier de carrière un an plus tard. Il s engage dans la Résistance à partir de juillet 1943 comme chef de groupe dans l OCM (Organisation civile et militaire). Il est chargé de la sécurité du terrain lors des opérations de parachutages avec l équipe BOA (Bureau des opérations aériennes) locale, mais œuvre aussi dans le domaine du renseignement et effectue de multiples missions de transport d armes. Il quitte son poste de gendarme en juin 1944 pour combattre aux côtés d une vingtaine de FFI de Gacé, avec lesquels il participe à de nombreuses attaques de patrouilles et destructions de véhicules ennemis. Mort pour la France, le 15 août 1944, il est décoré de la Médaille militaire et de la Croix de guerre avec palme à titre posthume le 15 juillet 1945. (SK) 81
Les Gendarmes dans la Bataille de Normandie secrets de la France Libre (BCRA) en avril afin de veiller à l acheminement des agents et messages et de réceptionner les parachutages d armes. Le BOA est alors bien implanté dans ce secteur de l Orne autour de Roger Boudon à Orgères, de Roland Bové, chef du groupe de Monnai à Villers-en-Ouche, ou encore de Maurice Violet, chef du groupe BOA de Mardilly. Le 7 juin, le gendarme Royant a quitté ses fonctions suite au Débarquement allié et pris la direction du groupe mixte FTP/OCM de Mardilly. Entre le 16 juin et le 15 août, avec son groupe, il a participé ainsi à huit coups de main et embuscades contre des voitures et des camions, tuant quatorze Allemands et en blessant cinq. [ ] DONNE Jean Né le 12 octobre 1893 à Broons (Côtes-du- Nord, actuellement Côtes-d Armor), il s engage au 50 e régiment d artillerie en 1911. Maréchal des logis lorsque la Première Guerre mondiale éclate, il obtient plusieurs citations qui lui permettent d être promu sous-lieutenant. A la suite du conflit, il sert au 512 e régiment de chars, devenu plus tard 505 e régiment de chars de combat. Il intègre l école d application de gendarmerie en 1929. Nommé capitaine en septembre 1930, il est envoyé à la 3 e GRM, puis à la 4 e légion, en Mayenne, deux ans plus tard. En 1939, il est affecté à la prévôté de la 4 e division cuirassée avant de prendre la tête d une unité de chars. Il participe notamment à la bataille de Montcornet aux côtés du colonel de Gaulle. Durant l été 1940, alors qu il a regagné la Mayenne, il est approché par des membres du réseau Saint-Jacques et contacté par le commandant Vérines pour des missions de contre-espionnage. Accédant au grade de chef d escadron en juin 1942, il est muté à la compagnie de gendarmerie d Alençon mais poursuit son activité de résistance au sein du groupe Uranus-Kléber. [suite page 83] Le 17 juin, le groupe BOA de Mardilly commandé par Maurice Violet est démantelé. Prévenus trop tard, Royant et ses hommes ne peuvent intervenir mais réussissent au plus vite à mettre en sûreté un stock d armes et de munitions. Quelques jours plus tard, le 24 juin, la Résistance du canton de Gacé est éprouvée par une nouvelle série d arrestations. Après avoir observé une pause pour des raisons évidentes de sécurité, le groupe reprend la lutte armée début juillet. Le 5, une voiture et un camion sont endommagés. Quatre Allemands sont tués et trois blessés. Une nouvelle période d inactivité survient suite à une rafle allemande le 8 juillet. Le 12 août, une nouvelle attaque à Résenlieu fait six morts. Le lendemain 13 août, l attaque de deux camions et d un side-car devant l école font à nouveau deux morts. Le 14 août, le groupe attaque et incendie un camion de trois tonnes transportant du beurre à Mardilly. Une nouvelle attaque de véhicule le même jour blesse deux officiers allemands. En ce 15 août 1944, une nouvelle attaque a lieu à 2 heures du matin contre une voiture et provoque la mort de trois officiers allemands et en blesse deux autres. 82
L encerclement et la fin de la campagne de Normandie Vers 6 heures, la grange dans laquelle le gendarme Royant est caché avec ses hommes (huit personnes en tout) au Fresneau, non loin de l école de Résenlieu, est cernée par les Allemands. Son fils Bernard, âgé de huit ans, qui est à ses côtés, est mortellement atteint par des éclats de grenade lancée par l assaillant. Ayant réussi une sortie, Joseph Royant conduit son fils dans une ferme voisine, chez Bernard Leboucher, où il succombe malgré les soins. En voulant rejoindre son équipe, le gendarme Royant est intercepté sur le chemin du retour puis abattu. Son corps sera retrouvé le 28 août 1944 dans une sablière proche de la ferme de la Crière. 17 Le retour du chef d escadron Jean Donne Le 13 août, le gendarme Bonhommet est mort lorsque son véhicule a sauté sur une mine en allant chercher des renseignements sur les positions allemandes et récupérer le chef d escadron Donne à Les Allemands le suspectent dès 1943 et il est emprisonné au fort de Romainville l année suivante. Appelé à Clermont-Ferrand à l été 1944, il pense rejoindre son nouveau poste mais le dessein de l ennemi est en réalité de le faire exécuter par la Milice. Il échappe de peu à la sentence grâce à l intervention du commandant des forces de gendarmerie de la zone occupée. Il regagne alors la Normandie et se réfugie dans une ferme jusqu au débarquement, puis participe aux opérations de la libération. Il est promu lieutenant-colonel et fait officier de la Légion d honneur à l issue du conflit. (SK) 17 - Le 9 mai 2005, une stèle à la mémoire du gendarme Royant et de son fils a été inaugurée à la mairie de Résenlieu. 83
Les Gendarmes dans la Bataille de Normandie Mieuxcé. Ce dernier est un éminent gendarme résistant qui, après bien des péripéties, est de retour en Normandie. Jean Donne est né à Broons le 12 octobre 1893. Ses études au collège des «Cordeliers» à Dinan achevées, il s engage en 1911 au 50 e régiment d artillerie à Rennes et devient maréchal des logis. C est dans cette Arme qu il commence la guerre en 1914 comme maréchal des logis. Il s illustre brillamment durant le premier conflit mondial, passe officier et est transféré à une nouvelle Arme : les blindés. 18 C est dans cette Arme qu il fait après-guerre la connaissance du futur chef de l armée secrète, le colonel Delestraint, avec lequel il se lie. Marié, bientôt père de famille, il demande son admission à l école de gendarmerie où il entre en 1929 comme capitaine. Jean Donne enchaîne les affectations, d abord au «Premier Chasseur à Cheval» d Alençon pendant deux ans puis dans la «Garde mobile» à Montbrison, au Mans, en Mayenne avant de finir chef d escadron, de nouveau à Alençon. En 1939, à la déclaration de guerre, Jean Donne demande à retourner aux chars mais est envoyé à la prévôté de la 4 e division cuirassée de Montpellier constituée de gendarmes sudistes. Il rejoint le colonel de 18 - Dès le début de la guerre, il demande à être affecté à la section mortier ou bombardier (crapouillot) considérée comme la plus dangereuse de l arme car située toujours en première ligne et soumise perpétuellement à la riposte ennemie. Le 10 juillet 1915, il reçoit sa première citation à l ordre du régiment. Le 22 Octobre de la même année, il est cité pour la deuxième fois à l ordre du Corps d Armée. Le 14 novembre 1915, il est cité à l ordre de l armée «Sous-officier d un dévouement et d une bravoure au feu exceptionnels. Le 25 septembre, il est sorti volontairement des tranchées avec sa section pour suivre l infanterie. Ayant reçu l ordre de ne pas poursuivre sa marche, s est employé à porter secours aux blessés, a pu ainsi sauver un officier de tirailleurs ensevelis sous les décombres. Le 5 octobre a pu maintenir sa section sous un feu des plus violents et fut blessé par un éclat d obus».titulaire de trois citations, et blessé au dos, il reçoit la Médaille militaire. En 1916, il est nommé sous- lieutenant. Des mortiers, il demande son affectation à la nouvelle section de l artillerie «l artillerie portée ou d assaut» c est-à-dire l arme blindée. Il participe ainsi à la première bataille de chars sous les ordres du général Estienne, le 16 Avril 1917, à Berry-au-Bac dans l Aisne. Il est ensuite rattaché à une Division américaine dans la Somme où il va se distinguer et recevoir les félicitations du général commandant la 1 ère D.I.US. Nommé au «500 e de Chars», il est ensuite transféré à Lille au 509 e mais rapidement il est envoyé au camp de Beverloo (le Saint-Cyr belge) pour entraîner les premières unités de chars belges ; et aura sous ses ordres Léopold qui deviendra «Roi des Belges» en 1934 sous le nom de Léopold III. Il devra aussi donner son enseignement à son frère, le prince Charles. Le roi Albert I er le récompense en le décorant en personne de «l Ordre de la Couronne de Belgique». À la fin de la guerre, Jean Donne est titulaire de la Médaille militaire, de la Croix de Guerre avec une dizaine de citations dont l une à l ordre de l Armée et de la Légion d Honneur. 84
L encerclement et la fin de la campagne de Normandie Gaulle à la 4 e division de chars de réserve le 10 avril 1940 qui lui confie le commandement d une unité de chars. Il passe la campagne de France à ses côtés. Suite à l attaque de Montcornet, ils se trouvent encerclés par les chars du général allemand Guderian. Jean Donne parvient à percer les lignes ennemies avec quelques chars qu il a pu réunir. Il est aux côtés de de Gaulle lorsque celui-ci est nommé général. À la suite du départ de celui-ci nommé secrétaire d État à la Défense nationale, Jean Donne est chargé d organiser la retraite jusqu à Toulouse où il reçoit une nouvelle citation. Après la débâcle et une fois ses hommes démobilisés à Montpellier, Jean donne rentre en Mayenne dès la fin juin où il est contacté par le 2 e bureau où il a beaucoup d amis. Il est rattaché au contre-espionnage. En 1942, il revient comme chef d escadron à la compagnie de gendarmerie d Alençon et, par obligation, doit travailler avec les Allemands alors qu il fait partie d un réseau de Résistance de contre-espionnage : le réseau «Kléber-Uranus». Il participe ainsi en parallèle à des réunions avec des agents du gouvernement provisoire d Alger. En 1943, un de ses adjoints commet une grave imprudence qui va lui coûter la vie. Les Allemands fouillent le domicile du chef d escadron Donne. Dans la cave...des toiles de parachutage. II devient très surveillé et le 17 janvier, les autorités allemandes de Paris envoient à ses supérieurs cette lettre sur lui et son adjoint Epinoux : «Ces deux officiers ont une attitude absolument passive dans l exécution du service, n exécutant qu avec difficultés les instructions données par les autorités allemandes. Leur attitude anti-allemande est telle qu elle rend impossible toute collaboration avec eux. Ces deux officiers sont connus dans toute la région comme ayant des sentiments anti-allemands. Il est nécessaire que lors de leur mutation, il ne leur soit pas donné un commandement, mais il y a lieu de les placer dans des fonctions où ils n auront pas à traiter avec les autorités allemandes. Si satisfaction n est pas donnée dans un délai de quinze jours, il arrivera à ces deux officiers quelque chose de plus désagréable. Il est donc de leur intérêt qu ils quittent Alençon dès que possible». [ ] EPINOUX Pierre, Émile, Eugène, Louis Né le 1 er janvier 1908, le capitaine Pierre Epinoux commande la section de Pontl Evêque à compter de 1942. Ses activités résistantes le font remarquer par les hautes autorités allemandes parisiennes qui envoient une note à ses supérieurs le décrivant comme «[un] ennemi de l Allemagne, [qui a] tout fait pour cacher les juifs, retarder les ordres, faire évader les jeunes du STO. [Son] commandement doit [lui] être enlevé immédiatement sous peine de sanctions très graves pour [lui] que nous serions obligés de prendre». Arrêté le 13 août 1943, le capitaine Epinoux est plusieurs fois déplacé avant d être détenu au fort de Romainville, en région parisienne. (GL) 85
Les Gendarmes dans la Bataille de Normandie Le 21 janvier 1944, Jean Donne est envoyé à Rouen comme major. En juin, on l enferme au fort de Romainville. Il est ensuite envoyé à Clermont-Ferrand. Il croit y voir une affectation mais en réalité, c est un traquenard : le but est de le faire exécuter à la prison 91 par la Milice. Son ami, le colonel Serignan, responsable de la gendarmerie pour la zone occupée qui était au courant, le sauve de justesse. Libéré, Jean Donne rejoint la Normandie à bicyclette, déguisé en paysan et caché par ses anciens gendarmes. Lorsqu il parvient à rejoindre Leclerc, celui-ci lui confie la sécurité militaire de la région. Jean Donne retrouve le général de Gaulle le 21 août 1944 au Mans. Celui-ci lui confie la sécurité des zones libérées, puis la prévôté de la I ère Armée jusqu à la fin des combats en Forêt Noire. On le nomme «Lieutenant-colonel» à Fribourg-en-Brisgau. Sur sa demande, il quitte l armée mais passe dans l administration préfectorale comme «Contrôleur de la Sûreté» en Bade-Wurtemberg. Il sera fait officier de la Légion d Honneur. Il quittera sa fonction de contrôleur en 1949, se retirera dans la station balnéaire de St- Cast où il entrera au conseil municipal et sera adjoint pendant près de vingt ans. Il y décèdera le 14 décembre 1976 à Saint-Cast-le- Guildo, dans sa villa «Ville Jamet». Une rue de cette commune porte aujourd hui son nom. Vers le terme L armée allemande est en fuite. La Bataille de Normandie s achève. Pourtant, avant la fin des combats, des gendarmes allaient encore devoir faire le sacrifice de leur vie, d autres s engagent beaucoup plus ouvertement dans la lutte armée. Le 15 août 1944, le gendarme Coatanoan franchit les lignes pour signaler la position de défense allemande, guide l avant-garde anglaise et participe à l assaut donné au village de la Goupinière. 86
L encerclement et la fin de la campagne de Normandie À Ouilly-le-Basset, le maréchal des logis-chef Chanu, explore, le 17 août 1944, les défenses allemandes aux Iles Bardels, relève des emplacements de mines, des coordonnées géographiques, des batteries allemandes, et franchit les lignes pour communiquer les renseignements. Le même jour, le gendarme Launa et un de ses collègues dont le nom ne nous est pas parvenu, capturent un prisonnier allemand les armes à la main et le conduisent immédiatement aux troupes anglaises. Chargés d une mission de renseignements, ils repassent les lignes munis d un poste émetteur qui leur permet de rester en liaison avec l aviation divisionnaire anglaise. Appréhendés par les Allemands, ils peuvent s échapper grâce au bombardement de l artillerie alliée. Du 16 au 18 août, ce sont deux gendarmes du Merlerault qui effectuent, à plusieurs reprises, de fructueuses reconnaissances derrières les 87
Les Gendarmes dans la Bataille de Normandie lignes ennemies. Des renseignements précis sur les emplacements des batteries allemandes et sur l importance des effectifs sont ainsi rapportés au commandement allié qui les jugera d une grande utilité. L un des gendarmes du Merlerault, le gendarme Richard effectue plusieurs patrouilles fructueuses en territoire ennemi. Ce dernier a déjà mené des actions de résistance durant l Occupation. Avec son camarade le gendarme Dubois et le concours de M. Loret, boulanger à Nonant-le-Pin, il remet de très nombreuses fausses carte d identité à des réfractaires se trouvant sur la circonscription de la brigade. Un autre gendarme de la même brigade dont le nom ne nous est pas parvenu a également participé à la remise de fausses cartes d identité. Le gendarme Richard a également fourni par trois fois, à l aide de pigeons voyageurs parachutés, des renseignements aux Alliés et participé comme agent de liaison à six parachutages d armes sur la région allant de Gacé au Merlerault. En juin 1944, il a également assuré le transport de mitraillettes avec munitions de Mesnil-Froger au Merlerault. D autres gendarmes du Merlerault ont également accompli des actes de résistance durant l Occupation. Le 16 septembre 1943, par l intermédiaire de Serree demeurant à Saint-Germain-de-Clairefeuille, un gendarme de la brigade du Merlerault dont le nom ne nous est pas parvenu a ainsi fait prévenir le nommé Evrard qu il devait être arrêté et ce dernier a pu prendre la fuite. De même, le 23 novembre 1943, à 3 heures, les gendarmes Dupont et Riou avec le concours du chef cantonnier Henry Gentil ont réussi à faire prévenir le médecin de Nonant-le-Pin qu ils devaient, sur ordre des Allemands, procéder le lendemain à son arrestation. Le docteur avait réussi à s enfuir. Fin juin 1944, c est un aviateur anglais qui s est présenté au domicile de Bertru à Lignières. Le gendarme Berthemin de la brigade du Merlerault qui était présent l a fait cacher et restaurer et l a fait partir le lendemain sous un déguisement en direction du front de Lisieux. Le 18 août, le gendarme Auguste Petitbout est tué par un tir d artillerie allié à Fourneau-le-Val. Le 20, le gendarme Guy Rabeau est tué par l explosion d une mine allemande alors qu il se portait au secours 88
L encerclement et la fin de la campagne de Normandie de victimes de l explosion précédente d une autre mine au Vaugai, sur le territoire de la commune de Moulins-le-Marche. Le lendemain, c est le gendarme Pascal Legrand qui est tué par les Allemands près de la ferme Postel, sur la commune de Douville-en-Auge. À Livarot, le 19 août 1944, l adjudant Mars, le gendarme Jouenne et un collègue dont le nom ne nous est pas parvenu, de patrouille à la résidence, font deux prisonniers allemands qu ils remettent à une patrouille anglaise. Le 21 août 1944, lors de l arrivée des troupes alliées et des premiers chars anglais, le chef Le Teno, commandant de la brigade de Gacé, en compagnie des gendarmes Morin et Texier de la même brigade ainsi que du gendarme Donnet, participent à la libération de la ville, renseignant le commandement allié et explorant eux-mêmes les immeubles susceptibles d abriter des soldats allemands. Au cours de ces opérations faites sous un bombardement continu le personnel de la brigade fait une trentaine de prisonniers. Les officiers anglais tiendront d ailleurs à témoigner leur satisfaction au commandant de brigade. Le maréchal des logis-chef Le Teno n en était pas non plus à son coup d essai dans sa lutte contre l occupant. Les 17, 18, 19, 20 et 21 février 1944, lors de la recherche intensive des réfractaires au STO, il avait donné à son personnel des instructions verbales en vue de faire échec aux instructions données. C est ainsi que sur 37 réfractaires recherchés et dont la résidence était connue des militaires de la brigade, 4 seulement avaient été appréhendés dont 3 inaptes. Le 2 mai 1944 également, une rafle avait été menée dans la forêt de Chaumont et les fermes voisines où un grand nombre de réfractaires était signalé. Elle avait été effectuée par une cinquantaine de Gardes Mobiles accompagnés de miliciens. Le maréchal des logis-chef Le Teno qui n avait été prévenu que la veille à 20 heures, de cette opération était malgré tout parvenu à alerter les chefs FFI Buffard et Lefrançois de sorte que le lendemain il n y avait eu que 2 réfractaires de découverts alors qu une cinquantaine au moins se trouvaient dans la zone battue. 89
Les Gendarmes dans la Bataille de Normandie La gendarmerie de Gacé, sous son commandement, avait ainsi fait preuve durant toute la guerre du plus bel esprit de résistance. Par exemple, à compter de mars 1944, aucune nouvelle des opérations ne pouvant être obtenue en raison de la suppression des postes de T.S.F., le gendarme Donne, avait installé dans une caisse un poste de récepteur clandestin grâce auquel les nouvelles officielles alliées étaient diffusées aux habitants. Entre le 8 et le 21 août 1944, la région de Gacé étant dans la zone des opérations, les autorités allemandes décidèrent de cantonner la population dans un quartier très étroit de la ville. Les habitants ne pouvaient sortir qu entre 11 heures et 13 heures pour se ravitailler. Malheureusement, les soldats allemands qui pillaient la ville tous les jours prenaient le pain qui sortait des fours et qui était destiné aux civils dès sa cuisson. Ainsi pendant treize jours toutes les distributions furent faites à la caserne et tous les Gacéens purent obtenir leur ration. Le 22 août à Orbec, les gendarmes Le Guernic et Furet et leur adjudant se joignent au groupe local de Résistance et participent au nettoyage de la ville où de nombreux Allemands sont encore cachés. Au cours de cette opération, l adjudant et le gendarme Le Guerfic sont légèrement blessés. Le lendemain, à l Hôtellerie, lors de la libération, le gendarme Bocquier et un de ses camarades se joignent eux-aussi au groupe de résistance locale et, au cours de patrouilles, font 7 prisonniers. Le même jour à Pont-L Évêque, l adjudant Denis accompagne les soldats belges de la brigade Piron et fait le coup de feu avec eux. L après-midi, voulant se rendre compte de l importance de l incendie de Pont-L Évêque, l adjudant Hyppolyte Denis emprunte la passerelle piétonne près de l auberge de la Touques, où il reçoit une rafale de mitraillette. Il regagne la gendarmerie par ses propres moyens, et est conduit à l hôpital de Saint-Hymer. Il décèdera à l hôpital de Caen le 14 octobre suivant. Ce même 22 août 1944, à 16h30, trois voitures blindées de l armée canadienne, arrivent dans le bourg du Sap dans l Orne en venant de 90
L encerclement et la fin de la campagne de Normandie la direction de Chaumont. Ils sont accueillis par le groupe du FFI du Sap et le personnel de la brigade : le chef Buffard et les gendarmes Le Strat, Becker et Defains leur fournissent une aide précieuse. Déjà le 24 avril 1944, le chef Buffard avait aidé la Résistance en fournissant une fausse carte d identité à un aviateur américain, afin que celui-ci échappe aux Allemands. Il l avait ensuite dirigé sur un centre clandestin se chargeant du rapatriement. Plusieurs engagements ont lieu en ce 22 août au Sap. Le gendarme Becker est d ailleurs gravement blessé par deux balles de mitraillette au côté gauche de la poitrine et à l épaule gauche, tirées par des soldats qu il sommait de se rendre. Un camion allemand est incendié et un Allemand blessé mortellement. Les Allemands capturés laissent entre les mains des gendarmes du matériel de guerre. En fin de journée vingt-six prisonniers de guerre allemands, groupés à la brigade sont conduits à Orville où les troupes canadiennes en prennent possession. Les forces blindées canadiennes font leur jonction peu après sur Chaumont. Pendant ce temps, la garde du Sap est assurée, contre un retour offensif allemand, pendant la nuit du 22 au 23 août 1944 par le groupe FFI et le personnel de la brigade. Le Sap est occupé à nouveau et définitivement par les troupes canadiennes le 23 août 1944 à 12 heures. Le même jour à Bernay, le maréchal des logis-chef Adam coupe un câble téléphonique de la kommandantur au terrain d aviation. En se faisant remettre par la maîtresse du secrétaire de la kommandantur un cordeau détonant et une charge de dynamite, destinés à faire sauter une bombe de 500 kg place du château alimentant le terrain d aviation, il évite sa destruction. En même temps, il fait prisonnier un soldat du contrôle de la circulation aérienne. 91
Les Gendarmes dans la Bataille de Normandie Le 22 août toujours, ce sont deux gendarmes de ury-harcourt détachés à la garde personnelle du maréchal Pétain, Jouin et Danet, qui décident de fausser compagnie à leur ancien chef et de participer à la Libération de la ville de iers. Un de leur camarade de la même brigade, le gendarme Denoual, qui s était mis à la disposition des FFI à Caulnes (Côtes-du-Nord) participe avec sa compagnie à la capture de 76 prisonniers allemands. Quelques jours plus tôt, le 18 août 1944, à Morteaux-Coulibœuf, c est le gendarme Blanc, de la brigade, alors affecté à la garde personnelle du chef de l État, qui avait rejoint les FFI. Le gendarme Gosselin, de la même brigade, qui appartenait également à la garde personnelle du chef de l État avait rejoint les FFI du groupe «Victoire» le 23 août et participe ainsi aux opérations de Libération de la ville de iers. Au début de la campagne de Normandie, le 9 juin, c est le gendarme Galmido, de la brigade de Saint-Sever, lui aussi affecté à l équipe à la garde personnelle du chef de l État, qui avait abandonné son poste pour passer au maquis. La compagnie, à l effectif de 250 hommes, libèrera plusieurs résistants le 17 septembre 1944. Le 13 septembre 1944, ce même groupe contribuera à la reddition de 18 000 allemands, ayant à leur tête un général, qui étaient bloqués dans la poche nord de Moulins. Du 23 août à 12 heures au 24 août à 13 heures, le gendarme Pilloy guide un commando britannique qui a pris à revers les troupes allemandes. Un officier anglais vient de la part du général allié, présenter ses compliments au gendarme et à ses chefs. Ce dernier avait, en juillet 1944, conduit des aviateurs polonais égarés dans une ferme. Les 23 et 24 août, lors de la libération de Trouville, le gendarme Favennec et un de ses camarades franchissent la Touques, pour donner des renseignements aux troupes alliées qui viennent d arriver à Deauville. Favennec, comme son camarade Degouber de la brigade de Trouville ainsi que deux gendarmes de la brigade de Honfleur dont le gendarme Bouchet avaient déjà, sous l occupation, fourni aux organes de la Résistance, de nombreux renseignements militaires (travaux, champs de mine, troupes en stationnement). 92
L encerclement et la fin de la campagne de Normandie À Honfleur, le gendarme Le Boucher s illustre durant cette période. Membre de Combat depuis 1942, il a pendant longtemps fourni des renseignements militaires aux Alliés et fait du transport d armes. Du 15 au 20 août, en tant que chef de groupe, il saisit de grosses quantités de matériel dans des locaux allemands (10 tonnes environ). Du 20 au 28 août, réussit à s emparer d un canon de 17, d un mortier de 81mm, d une mitrailleuse lourde, de deux F.M. et fait six prisonniers. La Bataille de Normandie s achève, la Libération du reste de l Europe est en bonne voie La Libération de Paris a déjà commencé. La capitale, insurgée, est atteinte par la division Leclerc et totalement libérée le 25 août. La Bataille de Normandie s achève, la Libération du reste de l Europe est en bonne voie. Sa libération apporte la révélation de l horreur du système concentrationnaire nazi. De nombreux gendarmes normands engagés dans la Résistance qui y avaient été envoyés n en reviendront pas. 93
Les Gendarmes dans la Bataille de Normandie À titre d exemple et en hommage à leurs camarades qui, eux non plus ne sont jamais revenus, arrêtons-nous quelques instants, avant d achever ce livre, sur les parcours de Berthy Bouyer et René Nicolas. Âgé de 32 ans en 1940, le gendarme Berthy Bouyer de la brigade de Sées dans l Orne avait rejoint le BOA et faisait partie du même réseau que les gendarmes Collet, Daniel et ual. Comme eux, il avait été dénoncé et arrêté le 7 août 1943, torturé et emprisonné à Alençon. Condamné à mort le 6 février 1944, il avait été interné à la caserne Bonet d où il était parti le 11 mars 1944 pour gagner Rouen, Royal-lieu avant d arriver à Buchenwald pour finir à Dora le 13 avril 1944. Il sera ensuite envoyé à Ellricht pour la construction d un tunnel souterrain. René Nicolas était quant à lui entré en gendarmerie le 1 er mars 1936 avec le grade de maréchal des logis-chef. Affecté successivement au GRM de l Est, à la 2 e légion de garde, à la 15 e légion de gendarmerie EPG Pamiers puis à l école de gendarmerie, c est avec le grade de sous-lieutenant qu il avait rejoint la 4 e légion de gendarmerie avant de devenir, en qualité de chef d escadron, commandant de la compagnie d Alençon en octobre 1943. 94
L encerclement et la fin de la campagne de Normandie Membre du réseau Centurie, il avait été arrêté à son bureau le 4 février 1944 par deux inspecteurs de la Gestapo. On lui reprochait de camoufler des armes parachutées et d avoir favorisé par ses conseils la fuite de requis désignés pour rejoindre Cherbourg. Incarcéré à Alençon puis le 16 juillet à Compiègne, il avait été déporté le 28 juillet à Neuengamme. Le 3 août, il avait été transféré au Kommando de Wattenstedt. Le gendarme Bouyer tomba malade en septembre 1944, atteint par une pleurésie. Le 10 septembre 1944, son état s aggravant, il avait été admis au bloc 17A dirigé par un médecin français qui le soignait parfaitement. Il y était resté jusqu au 18 mars 1945 avant de partir à Nardhausen, où il avait été affecté au bloc 7. Subissant la faim, le froid, sans soins, complètement nu, il attendait un départ pour les trop fameux camps de repos de Belsen ou de Dachau. Les 3 et 4 avril 1945, le camp fut violemment bombardé par l aviation alliée. Il y a peu de survivants et Berthy Bouyer fut grièvement blessé Les 3 et 4 avril 1945, le camp fut violemment bombardé par l aviation alliée. Il y a peu de survivants et Berthy Bouyer fut grièvement blessé. Le 10 avril 1945, le camp était délivré par les Américains. Complètement épuisé, et malgré tous les soins, il décédait le 13 avril 1945 à l infirmerie de Nardhausen. Le sous-lieutenant Nicolas s éteignit quelques jours plus tard, le 16 ou 17 avril 1945 lors du reflux vers le camp de Ravensbrück. 19 19 - Le 3 août 1946, il est décoré à titre posthume de la Croix de guerre 39/45 avec étoile de vermeil et cité à l ordre du corps d Armée. Inaugurée le 22 juin 1944, la caserne abritant le GC Groupement de l Orne au 38, boulevard Duchamp à Alençon porte son nom. 95
ANNEXES
BIOGRAPHIES DES GENDARMES NON CITÉS DANS LE RÉCIT, QUI SE SONT ILLUSTRÉS DURANT LA SECONDE GUERRE MONDIALE EN BASSE-NORMANDIE [ ] Gendarme DOREAU Mortagneau-Perche Le 17 juin 1940, après l appel du maréchal Pétain à cesser le combat, des dizaines de milliers de soldats déposent les armes. Le premier acte de résistance des gendarmes est donc de fournir aux soldats qui se présentent dans les brigades, isolés ou en petits groupes, de faux papiers de démobilisation, pour leur éviter d être capturés. Dans l Orne le gendarme Doreau, de la section de Mortagne, prête le cachet officiel de la section à un civil qui se charge d établir les pièces de démobilisation. [ ] Adjudant DRENO Domfront Le 17 juin 1940, après l appel du maréchal Pétain à cesser le combat, des dizaines de milliers de soldats déposent les armes. Le premier acte de résistance des gendarmes est donc de fournir aux soldats qui se présentent dans les brigades, isolés ou en petits groupes, de faux papiers de démobilisation, pour leur éviter d être capturés. Par la suite, ils portent assistance aux prisonniers ayant réussi à s évader lors de leur transfert en Allemagne. Quand les listes de prisonniers de guerre sont adressées aux brigades, l adjudant Dreno, de Domfront, signale qu un grand nombre de prisonniers est tuberculeux ou atteint de maladies diverses, ce qui permet leur rapatriement «à titre sanitaire» [ ] Gendarme LEBOISSELIER - Barneville et MDL/chef GRALL - Sartilly Dans le Calvados, en juillet 1940, le gendarme Leboisselier, de Barneville (Calvados), conduit trois tirailleurs à la côte où ils s embarquent pour l Angleterre. Les brigades de Juvigny-le-Tertre et Bellême «démobilisent», et le chef Grall, de la brigade de Sartilly, camoufle des prisonniers évadés. [ ] Adjudant COUCHOURON Douvres-la-Délivrande Les militaires ne sont pas les seuls à bénéficier de la sollicitude des gendarmes. Apprenant, au cours de l été 1940, que les sujets britanniques allaient être internés, l adjudant Couchouron, de La Délivrande (Calvados), avertit les Anglaises du couvent de la Vierge-Fidèle, qui échappent ainsi à la captivité. [ ] BUVRON Georges, Auguste Né le 25 octobre 1897 à Ligron (Sarthe), il rejoint la gendarmerie le 3 février 1923. Il est maréchal des logischef à Bais (Mayenne) au début de la guerre, puis au Sap (Orne) en 1941. Nommé adjudant en 1942, dès l automne suivant, il fournit de fausses cartes d identité pour soustraire les jeunes gens de la localité au STO. Il fait également parvenir de nombreux renseignements sur l occupant aux britanniques par pigeons voyageurs. En juillet 1945, il devient commandant de la brigade de Sées (Orne). (SK) 99
Les Gendarmes dans la Bataille de Normandie [ ] COLLET Francis Né le 18 juin 1910 à Aron (Mayenne), Francis Collet entre en gendarmerie le 4 septembre 1936. Affecté à la brigade de Sées (Orne) en 1939, après un passage au sein de la garde républicaine mobile, il rejoint le réseau «Bloc d opération aérienne», le 1 er janvier 1943. Dans ce cadre, il a participé à de nombreuses opérations de résistance : évasion de prisonniers de guerre français, camouflage de réfractaires, renseignement des alliés par des envois de pigeons voyageurs, sauvetage de parachutistes américains. C est au cours d une de ces missions qu il est arrêté par les Allemands. Le 4 juillet 1943, une forteresse volante faisant partie d un groupe de bombardiers s écrase en flamme sur le territoire de la commune de Belfonds (Orne). Le gendarme Collet se porte immédiatement sur les lieux et aide à camoufler six parachutistes américains. Suite à cet événement, les Allemands ouvrent une enquête. Dénoncé, Francis Collet est arrêté, le 8 août 1943, et torturé, sans pour autant dénoncer son réseau. Transféré à Rouen, déporté à Buchenwald puis à Ellrich, il meurt d épuisement, le 7 avril 1945, lors de l évacuation du camp. Son œuvre auprès des soldats américains a été saluée par le général Eisenhower qui exprime «la gratitude du peuple américain pour les vaillants services rendus aux soldats alliés en leur assistant de s évader de l ennemi». Décoré de la Médaille militaire à titre posthume le 14 janvier 1948, Francis Collet est également honoré de la «Medal of Freedom» américaine en juillet suivant. (GL) [ ] GROULT Jean-Baptiste Né le 16 octobre 1901 à Valcanville (Manche), Jean- Baptiste Groult, maréchal des logis-chef à Villers- Bocage, est volontaire pour servir au front en 1940 et rejoint la prévôté de la 3 e division cuirassée, où il est cité à l ordre du régiment en mai 1940. Adjudant le 10 juin 1942, il rejoint la brigade de Bayeux en octobre 1943, où il est promu adjudant-chef le 1 er juillet 1944. Informateur du réseau F2 Normandie à compter de décembre 1942 sous le pseudonyme de Vic, il a, grâce à ses fonctions, œuvré à la protection des réfractaires et a fourni de nombreux renseignements sur les effectifs et les fortifications de la région de Bayeux et de Villers-Bocage. (GL) [ ] GUILBERT André Né le 21 mai 1916 à Hardifort (Nord), André Guilbert entre en gendarmerie en juillet 1939. Il sert dans la zone des armées à partir de mai 1940, avant d être fait prisonnier. Libéré en août 1941, il est affecté à Vire (Calvados) en 1943, où il rejoint le réseau Arcen-ciel à partir du mois de septembre de la même année comme agent de renseignement. Révoqué le 13 février 1944, par son 100
Biographies des gendarmes non cités dans le récit qui se sont illustrés... chef, un partisan déclaré de la collaboration, il est résistant et appartient au réseau «Arc-en-Ciel». Au début de l année 1944, il forme un petit groupe avec d authentiques résistants, tels Gabriel Schuh, Edouard Fizel et Henri Bossu mais aussi quelques garçons uniquement mus par l appât du gain. Ensemble, ils attaquent des fermes dont les propriétaires ont réalisé des bénéfices considérables grâce au marché noir. Le groupe est démantelé par la gendarmerie entre la fin février et le début du mois de mars et les prisonniers sont livrés aux Allemands. Tandis que les autres sont uniquement internés à la maison d arrêt de Caen, les quatre résistants, eux, sont condamnés à mort par la cour martiale de Caen le 10 mai. Le 17 mai 1944, André Guilbert et ses trois camarades sont fusillés à la caserne du 43 e régiment d artillerie. Agé de 28 ans, il laisse une veuve et deux orphelines. Il est fait chevalier de la Légion d Honneur, et recevra à titre posthume la Croix de guerre avec palme et la Médaille de la Résistance. La 38 e promotion d EG du Mans (4 janvier 1996) porte son nom. [ ] LE DORTZ François Né le 27 novembre 1910 à Baud (Morbihan), il s engage en avril 1929 dans la marine. Il est admis dans la gendarmerie en mars 1932 comme élève garde à pied. Affecté à Saint- Nazaire (5 e légion de garde républicaine mobile), il passe sousofficier de carrière le 15 avril 1933. Il demande à servir à la brigade d Ecouché (Orne) en octobre 1938. En juin 1943, il est recruté par Jacques Foccart au sein du réseau Action Plan Tortue. Le 22 mai 1944, il est arrêté par la Gestapo à la brigade d Ecouché. Incarcéré à la maison d arrêt d Alençon jusqu au début du mois de juillet 1944, il est ensuite déporté en Allemagne jusqu en mai 1945. Libéré à la fin de la guerre, il décède à l hôpital du Val de Grâce à Paris le 10 juillet 1945. «Mort pour la France», décoré de la Croix de Guerre et de la Médaille de la Résistance, il est promu au grade de sous-lieutenant à titre posthume. (BH) [ ] LE FLEM Paul Paul Le Flem est né le 7 octobre 1908, à Pontl Abbé (Finistère). Adopté par la Nation, son père ayant été tué à la guerre, il entre à l École militaire préparatoire d Autun le 1er octobre 1921. À 18 ans, il s engage au 71 e régiment d infanterie (RI), puis intègre rapidement l École militaire d infanterie et des chars de combat de Saint-Maixent. Il accède ainsi à l épaulette d or dès 1931. Trois ans plus tard, il choisit la gendarmerie en entrant à l École d application de Versailles avec le grade de lieutenant. Affecté au peloton de garde républicaine mobile (GRM) de Nantes, il s implique dans la préparation militaire de son unité, dans la perspective d un 101
Les Gendarmes dans la Bataille de Normandie conflit à venir. Promu capitaine au choix en 1939, il participe, dès le 1 er septembre, à la bataille de France avec le 22 e groupe de reconnaissance du corps d armée colonial (GRCA). Dans les opérations offensives, défensives ou de reconnaissance menées dans les secteurs de Lorraine, de l Aisne et de la Meuse, ses qualités de commandement et son ardeur au combat sont particulièrement appréciées. Le capitaine Le Flem reçoit en Normandie un commandement à la section de Pont l Évêque, en zone occupée. Il reprend la lutte contre l envahisseur en intégrant un réseau de Résistance. Arrêté par la police nazie le 9 octobre 1941, il est envoyé en prison, puis déporté en Allemagne. Libéré le 15 août 1942, parce que les charges retenues contre lui n ont pu être étayées, il rejoint la France gravement affaibli physiquement. Placé à la tête de la section de Lisieux, il participe avec les FFI aux combats de la libération de la Normandie en 1944. La médaille de la Résistance décernée en 1945 témoigne de son engagement. Promu général en 1963, Paul Le Flem, souffrant d une santé fragilisée depuis sa captivité, disparaît prématurément, en activité de service, le 18 octobre 1966. (BH) [ ] NICOLAS Alain Né le 6 février 1914 à Quemperven (Finistère), il est admis dans la gendarmerie le 6 mai 1938. Détaché aux armées durant la campagne 1939-1940, il reçoit une citation à l ordre du régiment pour avoir pris le commandement d un groupe de mitrailleuses dont le chef venait d être blessé. Fait prisonnier, il rentre de captivité le 26 août 1941 au titre de la gendarmerie. Affecté à la brigade de Port-en-Bessin, il est muté à la brigade de Bayeux en mars 1942. Au début de 1943, il rejoint le réseau Centurie. Avec le gendarme Fer, il parcourt le secteur côtier de son arrondissement pour fournir des renseignements militaires sur les effectifs et les mouvements des troupes allemandes, les emplacements des batteries et des dépôts de munitions. Il procure aussi aux prisonniers évadés de nombreux titres de démobilisation portant le cachet de la gendarmerie. (BH) [ ] PENNEC Jean, François Né le 1 er octobre 1901 à Morlaix (Finistère), il intègre la marine en 1917 comme quartier-maître timonier dans les équipages de la flotte de Brest. Admis en gendarmerie le 28 octobre 1929, il effectue la majeure partie de sa carrière à la brigade de Lisieux (Calvados). Au début du conflit, il est affecté comme gendarme à la liaison britannique. Il s engage dans la Résistance durant l hiver 1943 en devenant agent de renseignement du réseau Alliance dans son secteur, fonction qu il occupe jusqu en septembre 1944. (SK) [ ] PIQUET Marcel, Lucien Né le 28 novembre 1908 à Saint-Hilaire-les-Places (Haute-Vienne), il intègre la gendarmerie en 1936. Durant la Seconde Guerre mondiale, il est en poste à la brigade de Rémalard (Orne), où il prend une part active dans la Résistance. (SK) [ ] SAVARY René, Louis, Marcel Né le 14 novembre 1912 à La Haie-Traversaine (Mayenne), il est admis en gendarmerie en 1938 puis affecté comme prévôt dans l armée britannique à l entrée en guerre. Fait prisonnier en juin 1940, il parvient à s échapper et, grâce à des tenues d emprunt, réussit à faire évader vingt-deux gendarmes de la GRM de Lisieux ainsi que le lieutenant Delors du 102
Biographies des gendarmes non cités dans le récit qui se sont illustrés... camp de prisonniers de Charroux (Vienne) dans la nuit du 30 juin au 1 er juillet 1940. Provisoirement détaché à la brigade de Poitiers (Vienne), il est finalement nommé à iberville (Eure) en août 1940. Dès l automne, il effectue de multiples sabotages de lignes téléphoniques et de matériels allemands, notamment de motocyclettes et side-cars. Affecté à la brigade d Evrecy (Calvados) en avril 1943, il déploie de nombreuses ruses pour camoufler les jeunes gens désignés pour le STO en établissant de fausses cartes d identités et fiches de démobilisation. Il sert les Forces Françaises de l Intérieur comme chef de groupe dans le mouvement ORA Scamaroni (Organisation de Résistance Armée), dirigeant une trentaine de résistants de son secteur à partir du 1 er octobre 1943. La Croix de guerre avec étoile de bronze lui est attribuée le 4 janvier 1945. (SK) assurant la sécurité des terrains de parachutages de sa circonscription. Il effectue également du transport d armes, des opérations de sabotage des matériels automobiles allemands et protège les réfractaires au STO. Le 4 juillet 1943, près de Belfonds (Orne), il contribue au sauvetage d aviateurs américains touchés au cours d un combat aérien. Il est arrêté à Alençon (Orne) le 8 août 1943 à la suite d une dénonciation et torturé par la Gestapo. Interné puis déporté en Allemagne en janvier 1944, il ne regagne la France que le 30 avril 1945. Médaillé de la Résistance par décret du 11 mars 1947 et il est chevalier de la Légion d honneur le 15 décembre 1953. (SK) [ ] TUAL Georges, André Né le 27 juillet 1901 à Sainte-Gauburge (Orne), il sert trois ans aux sous-marins de Cherbourg, avant de devenir gendarme en 1926. Quatre ans plus tard, il est maréchal des logischef à Mortagne (Orne). Il est nommé adjudant à Sées (Orne) en 1941, puis à La Ferté-Bernard (Sarthe) en 1943. Rallié aux Forces Françaises Combattantes à compter du 1 er février 1943, avec le grade de sous-lieutenant et le nom de code «Fougères», il est le chef d une équipe 103
ACTIONS RECENSÉES DE RÉSISTANCE ACTIVE OU PASSIVE DE GENDARMES DE BASSE-NORMANDIE Si cette liste ne saurait être complète, elle fournit néanmoins d importants éléments de réflexion pour d indispensables travaux futurs sur le sujet. Elle montre aussi combien le sens «d action résistante» pouvait être interprétée de façon large par certains responsables de la Gendarmerie à la Libération. Les actions déjà mentionnées dans le récit de ce livre ne figurent pas dans cette liste. D autres, pas assez lisibles sur les documents d archives, ont malheureusement dû être retirées. D autres enfin, n ont pu être recensées pour la simple et bonne raison que les gendarmes concernés refusaient après-guerre de faire mention de leurs actes de résistance afin de ne pas se faire de publicité sur des actions qu ils avaient accomplis d instinct et par devoir. I Gendarmerie du Calvados 11. Renseignements devant être remis directement ou indirectement à des autorités allemandes ou à des fonctionnaires français suivant les intérêts allemands et qui furent négligés, déformés, retardés Fin 1940, la liste des militaires de la Légion étrangère, demandée sur ordre des allemands, est fournie avec la mention «Néant» par le maréchal des logis-chef Gasine, commandant la brigade de Caumont qui permet au nommé Jacques Peyron demeurant à Anctoville, prévenu par ce gradé, de s enfuir et de se soustraire à toutes recherches. En octobre 1940, les allemands demandent la liste des officiers de réserve à l adjudant Gosselin, commandant la brigade de Bayeux. Celui-ci indique seulement les officiers âgés de plus de 60 ans et ceux prisonniers en Allemagne. Dans la plupart des brigades, les listes de communistes qui avaient été dressées avant les hostilités, ont été détruites de façon à ne pas pouvoir être communiquées aux autorités allemandes. À la demande de celles-ci dans les brigades de Falaise et Ouilly-le-Basset, il leur fut répondu qu il n existait aucun communiste connu dans les circonscriptions. Le personnel de la brigade de Blangy-le-Château a conseillé à plusieurs maires de la circonscription de fournir des renseignements incomplets pour le recrutement des hommes et du cheptel. À Trouville, les ordres allemands relatifs aux laissez-passer nécessaires pour pénétrer en zone côtière interdite, sont restés inappliqués. Dans toutes les brigades le contrôle mensuel prescrit dans les mairies pour surveiller la remise des titres d alimentation aux jeunes du STO a été négligé. 105
Les Gendarmes dans la Bataille de Normandie Les circulaires et notes de recherches concernant les individus signalés comme gaullistes, STO, Juifs, étaient en général classées aux archives sans suite. Durant l occupation, le gendarme Le Piouff Alfred, du Mesnil-Auzouf, a effectué plusieurs enquêtes pour captures de câbles militaires, mais il s est toujours arrangé pour conclure à une cause accidentelle. Le 2 mars 1943, à la suite du déraillement d un train militaire allemand à Moult (ligne Paris-Cherbourg), quatre feldgendarmes se présentent au commandant de la brigade de Blainville, le maréchal des logis-chef Beaudoin, et lui demandent le nom des hommes affiliés au parti communiste. Pendant trente minutes ils insistent et le menacent en lui disant notamment qu il était un mauvais français. Leur but était de châtier la population, mais ils n ont pas eu gain de cause. En 1943 et 1944 le gendarme Dufils, de la brigade de Mézidon, délivre plusieurs cartes d identité à des réfractaires STO. Le 11 septembre 1943, la brigade d Orbec reçoit de nombreux ordres de réquisition pour les jeunes gens d Orbec et La Vespière, requis pour le STO. Volontairement, 29 ordres ne sont pas remis et les intéressés, prévenus par l adjudant Remignon et les gendarmes Le Gurenic, Lagache, Lemoine, Calice, Croc, irion et Drean. En octobre 1943, le gendarme Clisson de la brigade de Saint-Sever, porteur d une liste pour appréhender 29 jeunes gens du canton de Saint-Sever, réfractaires pour le travail en Allemagne, les a tous vus, mais n a procédé à aucune arrestation. Le 19 avril 1944, deux familles israélites : Lepu et David, se réfugient à La Vespière. L adjudant Remignon et les trois gendarmes de la brigade d Orbec, qui connaissaient leur présence, ne les signalent pas. Le 25 janvier 1944, le gendarme Clisson de la brigade de Saint-Sever, avait reçu l ordre de rechercher le lieutenant François Torquat, de l École de Fontainebleau qui, ayant été arrêté par la Gestapo, s était évadé pour se réfugier à Landolles chez M. de Beaudrap, depuis octobre 1943. Prévenu, cet officier a pu prendre ses dispositions pour ne pas tomber aux mains de la Gestapo. Clisson a fait un rapport attestant que le lieutenant Torquat avait quitté la région depuis octobre 1943. Au début de 1944, M. St-Martin de Mézidon, réfractaire au STO est recherché par la Feldgendarmerie. Les feldgendarmes se rendent à la brigade de Mézidon pour avoir des renseignements. Pendant qu ils causent, l adjudant Couchouron envoie le gendarme Bonnet prévenir l intéressé, qui échappe aux recherches. Au début de 1944, le maquis de St-Georges-de-Vièvre s installe dans les bois de la commune du Pin. Deux jeunes gens qui en faisaient partie sont arrêtés par leurs camarades pour vol et remis à la Gendarmerie. Au cours de leur interrogatoire ils signalent aux gendarmes la présence du maquis, avec tous les détails. Conduits devant le Procureur de la 106
Actions recensées de résistance active ou passive... République, ils sont remis en liberté. Craignant qu ils dénoncent aux Allemands la présence du maquis, une entente est établie entre leur chef, demeurant à St-Gervais-d Asnière (Eure) et la Gendarmerie qui s engage à lui signaler tout fait anormal. En 1943 et 1944, un gendarme [nom illisible sur les archives] de la brigade de Lisieux, délivre une dizaine de cartes d identité à des membres du groupe de renseignements dont il faisait partie. En 1943 et 1944, le gendarme Savary de la brigade d Evrecy a placé dans des maisons sûres, 4 réfractaires. Ce gendarme établira, de plus, 26 fausses cartes d identité et 19 fiches de démobilisation. Courant 1943, le gendarme Clineur de la brigade de Pont-L Evêque, a empêché le départ en Allemagne de M. Hebert, requis par le STO, par la remise d une carte d identité et de tickets d alimentation, délivrés par l intermédiaire de M. Peronne instituteur et secrétaire de mairie à Beaumont-en-Auge. 12. Refus de participer à des opérations dirigées contre le maquis ou de prendre place dans un dispositif allemand ou milicien Au mois de mars 1944, l adjudant Rihouey, commandant de la brigade de Honfleur, a refusé à la Kommandantur de Honfleur, de mettre à sa disposition des militaires de la gendarmerie pour escorter des requis. Courant mars 1944, le maréchal des logis-chef Royer, faisant partie alors de la brigade d Yvetot, reçoit l ordre de la Orstkommandantur locale d emprisonner pendant 4 jours une trentaine d habitants de la ville, réfractaires au STO. Un sous-officier S.S. armé d une mitraillette et muni d une liste de réfractaires, était chargé de surveiller le travail du maréchal des logis-chef Royer et du gendarme Collot. Sous les ordres du S.S. les personnes en cause sont seulement prévenues des mesures prises contre elles, et après intervention du gradé et du gendarme auprès de la Orstkommandantur, les réfractaires sont laissés en paix. Le personnel de la compagnie du Calvados n a pas eu d autres raison à opposer à la participation à des opérations diverses contre le maquis ou de prendre place dans un dispositif allemand ou milicien, aucune autre demande de cet ordre ne lui ayant été formulée à ce sujet. 13. Renseignements donnés aux diverses organisations clandestines ou services de renseignements alliés Le maréchal des logis-chef Chanu et deux gendarmes dont le gendarme Launay de la brigade d Ouilly-le-Basset, affiliés au groupe «Pierre IV», ont fourni, jusqu au 7 juillet 1944 des renseignements communiqués par poste émetteur installé chez M. Claude Gros, à Pierrefite-en-Cinglais, sur les troupes allemandes : leur importance, leur nature, leur axe de marche, les dépôts de carburant, de munitions. Le gendarme Rivoal, de la brigade de Clécy, membre actif du groupe Osanner depuis mars 1941, a 107
Les Gendarmes dans la Bataille de Normandie dressé pour le compte de ce groupe, sur carte d État-major, les plans des terrains d aviation de Saint-André de l Eure et Tricqueville, et de la base sous-marine de Lorient. Ces renseignements ont été portés en Angleterre par M. Osanner. Il a, de plus, fourni des renseignements sur les emplacements de batteries allemandes, positions de chars, effectifs ennemis, pour la portion du territoire comprise entre la Route Nationale N 811 Saint- Pierre-sur-Dives Lisieux Trun et Falaise. Le gendarme Alfred Le Piouff, de la brigade de Mesnil-au-bœuf, a recueilli en 1942 des renseignements sur un dépôt de munitions allemand situé dans le parc d un château près de Vire, et les a communiqués à M. Favre, de la Résistance, qui les a confiés à un pigeon voyageur. Le gendarme Clisson, de la brigade de Saint-Sever, a donné des renseignements sur le stationnement d unités ennemies (effectif, armement, etc.) au lieutenant Turmeaux, du groupe F.T.P. d Avranches et à Brunet, demeurant à Aunay-sur-Odon, agent de liaison des F.T.P. Ce même gendarme est entré en liaison avec le lieutenant Bourrel, attaché au C.I.C. américain, auquel il a fourni des renseignements précieux sur les mouvements de troupe de la région de Saint-Sever, qui n était pas encore complètement libérée. Il a accompagné, en auto, cet officier, dans toute la contrée. Le gendarme Philippot, de la brigade de Saint- Sever, a fourni l Intelligence service stationné à Croisilles, des renseignements précis sur les dispositifs des troupes allemandes, ce qui permit aux forces anglaises d opérer, en forêt de Ville de Mille Harts, une avance rapide de 8 kms. D octobre 1943 à juin 1944, les gendarmes Savary et Legrand de la brigade d Evrecy ont fourni, au colonel Perrey de très utiles renseignements sur le stationnement et le déplacement d unités allemandes, ainsi que sur les agissements de la Gestapo. D octobre 1943 à avril 1944, le gendarme Savary, membre d un groupe de résistance, a enrôlé 35 personnes. Dans le courant de l été 1941, l adjudant Brune, commandant de la brigade d Aunay-sur-Odon, a fourni des renseignements d ordre militaire à l huissier de la commune, pour remplir le questionnaire trouvé sur des pigeons voyageurs. Le gendarme Pennec, de la brigade de Lisieux, a rejoint le 2 e bureau en juin 1943, secteur «L Alliance», et a fourni des plans complets des batteries allemandes situées entre Honfleur et Houlgate, y compris le Mont Canisy, avec diverses galeries. Les gendarmes Le Fer et Nicolas, de la brigade de Bayeux, immatriculés à l O.C.M., ont fourni les renseignements les plus diverses demandés par la direction de l O.C.M. ( formations allemandes, effectif, emplacement, dépôts d armes et de munitions, etc.). L adjudant-chef Le Goff, adjoint au commandant de section de Pont-l Évêque, et le gendarme Pilloy de la brigade de Pont-l Évêque, ont donné des renseignements sur l activité policière allemande. En 1943, l adjudant Rihouey de la brigade d Honfleur, 108
Actions recensées de résistance active ou passive... a fourni des renseignements militaires au président du groupe Combat à Honfleur. Les gendarmes Nabille et Lebel, de la brigade de Blangy-le-Château ont prévenu un cultivateur de Fierville-les-Parcs qu il avait été dénoncé par lettre anonyme comme «Gaulliste» détenteur d armes afin qu il prenne la fuite à temps. Le groupe «Collaboration» de Pont-l Évêque qui comprenait des informateurs des Allemands, a été dissocié par l arrestation en avril 1944, de plusieurs de ses membres, par la section et la brigade de Pont-l Évêque. 14. Propagandes diverses À Pont-l Évêque, lorsque les postes de T.S.F. ont été ramassés par les Allemands, celui du commandant de section installé dans le bureau, permettait au personnel de continuer à se tenir au courant des nouvelles. Le gendarme Pilloy remettait une copie du communiqué à plusieurs personnes. Il en était de même pour les tracts jetés par les avions alliés. Le gendarme Savary, de la brigade d Evrecy, membre d un groupe de Résistance, avait installé son poste récepteur de T.S.F. dans sa cave, le faisait fonctionner quotidiennement et diffusait toutes les informations et communiqués à la population. Le gendarme Le Piouff, de la brigade de Mesnil- Auzouf, ayant également conservé son poste de T.S.F. a continué l écoute des émissions anglaises qu il diffusait dans son entourage. Le 15 janvier 1944, le maréchal des logis-chef Lenoir, commandant la brigade de Breteuil, donne des renseignements pour installer un poste émetteur de radio au débit du «Progrès», tenu par M. Franchet. À la suite de nombreuses distributions de tracts communistes aux chantiers navals de Blainville par M. Fleury, demeurant à Hérouville, la Gestapo est amenée à enquêter à ce sujet. Le maréchal des logis-chef Beaudoin, commandant la brigade de Blainville, n hésite pas à prévenir l auteur de la distribution de tracts d avoir à prendre ses dispositions pour disparaître, de façon à échapper aux Allemands. Ce jeune homme quitte son emploi pour gagner le maquis. Le gendarme Clisson a distribué des journaux et des tracts de la France Libre. 15. Aide apportée dans la constitution de dépôts d armes clandestins. En 1940-1941, la Résistance d Argences a besoin d armement et de munitions. Toutes les armes de guerre, entreposées dans les mairies ou abandonnées, sont rassemblées à la brigade de Colombelles commandée par l adjudant Frigard. Après graissage, elles sont cachées sous un plancher dans les dépendances de la brigade. En 1943, à la suite d une indiscrétion, il est dans l obligation de trouver une autre cachette plus sûre. C est ainsi qu au cours d une nuit, armes et munitions sont cachées dans un trou à renard, près de la rivière «La muance» où elles seront découvertes par les Allemands. 109
Les Gendarmes dans la Bataille de Normandie 16. Aide apportée dans le franchissement de la ligne de démarcation/frontières/évasions En 1941, l adjudant-chef Le Goff et le maréchal des logis-chef Vaquet, de la brigade de Pont-l Évêque, indiquent à de nombreux jeunes qu une ferme située aux environs de Tours est un des points de franchissement de la ligne de démarcation possible. Le 24 juin 1940, le gendarme Simon cache deux soldats anglais et les dirige sur Vierville. En novembre 1942, deux tunisiens : Ali Ben Mohamed, et un certain Ben Hamed, prisonniers évadés, errant dans Livry, son recueillis par la brigade de Caumont. Le maréchal des logis-chef Casine leur fournit de faux papiers et les place dans des fermes avoisinantes jusqu à la Libération. Lucien Rolland, prisonnier évadé, dénoncé à la Feldgendarmerie put échapper aux recherches grâce à la gendarmerie. À une date qui n est pas précisée, le commandant la brigade d Evrecy a fourni d utiles renseignements à M. Fontaine, de Perrière-la-Verrerie (Orne), pour franchir la ligne de démarcation. Le gendarme Le Douiris participe au camouflage et au passage dans les lignes alliées d un parachutiste américain, courant juillet 1944. Le 4 octobre 1943, un bombardier américain vient d atterrir en urgence. Le gendarme Le Piouff de la brigade de Mesnil-Auzouf, se rend sur les lieux, après avoir perdu volontairement du temps. L avion déjà en flammes était monté par 10 hommes qui s étaient enfuis. Quelques jours plus tard, Le Piouff retrouve finalement trois des aviateurs chez M. Fabre à Ondefontaine, et favorise leur fuite. 17. Avertissement ou asile donné à des Français alliés ou autres étrangers recherchés par la Gestapo ou par ordre des autorités de Vichy. À Balleroy, les nommés Goubault, Guerin, Foucher, Decaen, Parquette et un sixième dont le nom ne nous est pas parvenu sont munis de faux papiers par les gendarmes et placés dans des fermes. Le personnel sauve également l israélite Koszeronski, dénoncé par lettre anonyme. À Caumont, même opération pour les nommés Nicolle, Billard, Levavasseur, Delarue, Bellée, Gosselin, Le Sauvage, Leloutre, Villeroy, Laville, Roulland, Godey, Lecarpentier, Mancon, Grandcollot, Colleville, Rosalie, Pierzon, Yves et Pierre Requier et un dernier dont le nom, là encore, ne nous est pas parvenu. À Trévières, le maréchal des logis-chef Léon, commandant la brigade, permet à deux Autrichiens évadés d un camp de concentration et réfugiés chez M. Vacher, d échapper à la Gestapo et de s enfuir en Amérique centrale. À Villers-Bocage, l adjudant Groult, commandant la brigade, prévient, en 1942, le nommé omasse, secrétaire à la cellule communiste d Asnières, qu il est recherché par la Felgendarmerie, ce qui lui permet de s échapper de justesse. 110
Actions recensées de résistance active ou passive... À Bretteville-l Orgueilleuse, le 6 juillet 1941, le gendarme Grossin, est invité par le nommé Dadure, collaborateur notoire de la Gestapo, à identifier un parachutiste français, descendu pour accomplir une mission. Après examen des pièces, Grossin déclare que cet homme est en règle et qu il n y a pas lieu de s inquiéter. Après le départ de Dadure, Grossin emmène le parachutiste dans les carrières de Carpiquet, lui prodigue des soins et lui indique la route à suivre pour se rendre chez M. Fremont, maire de la commune de Lasson (qui sera ensuite fusillé par les Allemands). Mais Dadure s empresse d alerter les autorités allemandes ; la ferme de M. Fremont est cernée par la Gestapo. Malgré cela, le parachutiste réussit à s enfuir. Grossin est alors appelé à fournir des explications ; il fait l objet d interrogatoires incessants et menacé d emprisonnement et de déportation. Il tient tête à la Gestapo, déclare n avoir jamais vu de parachutiste. Grâce à l intervention du capitaine Gaubert, commandant de la section Grossin, il ne sera pas inquiété. À Blainville, M. Palimoie, sujet polonais, demeurant à Blainville, cité Brandon, prisonnier de guerre évadé, est recherché pendant 6 mois par les Allemands, venus très souvent demander des renseignements à la brigade. Ce prisonnier, mis au courant par les gendarmes, trouve du travail dans une commune voisine et y reste jusqu à la Libération, sans jamais être inquiété par les Allemands. À Pont-l Évêque, en avril 1944, le gendarme Glineur vient d apprendre par une lettre adressée à la Kommandantur et interceptée, la dénonciation d un cultivateur de Clarbec, pour détention d armes. Il le fait prévenir à temps et lui sauve la vie. À Mesnil-Auzouf, le 6 mai 1944, la brigade reçoit du préfet de la Manche, un avis d arrestation concernant Fautras, évadé d un camp de STO de Cherbourg. Le maréchal des logis-chef Flao prévient discrètement l intéressé, qui, caché dans un lieu sûr, échappe ainsi aux recherches de la Feldgendarmerie. À Saint-Sever, le gendarme Clisson délivre des fausses cartes d identité à des prisonniers et à des requis. À Mézidon, en 1943, M. Richard est dénoncé comme étant détenteur d armes et munitions. La Feldgendarmerie effectue une perquisition avec la présence de l adjudant Couchouron, commandant la brigade. Avant de découvrir les armes qui existent, l adjudant Couchouron persuade les feldgendarmes que Richard est victime d une vengeance et ils ne poussent pas à fond leurs recherches. Richard n est pas inquiété. À Saint-Julien-le-Faucon, en octobre 1943, le gendarme Le Bonhomme reçoit une dénonciation de Français ayant hébergé des aviateurs alliés. Il n y donne aucune suite. Une femme lui dénoncera également une de ses voisines comme possédant un fusil. Il n y donnera pas suite non plus. À Villers-sur-mer, le gendarme Lemière fait une attestation à un civil dénoncé comme détenant des armes et traduit devant la cour martiale, disant que l arme a été déposée à la brigade. Il témoigne 111
Les Gendarmes dans la Bataille de Normandie de telle sorte que l accusé soit acquitté. Le gendarme fait également prévenir M. Poulain que la Gestapo venait le chercher. Celui-ci parvient à s enfuir. Le gendarme Vermont sur un vol au préjudice des troupes d occupation, invite le coupable à dissimuler le produit du délit en cas de contre-enquête allemande. Porteur d un extrait de jugement allemand contre Bourges, ce gendarme ne le met pas à exécution, alors qu il sait que le recherché est présent. À Trouville, les recherches effectuées en vue de retrouver les défaillants au STO sont toujours infructueuses. Tout le personnel fait preuve d une grande activité dans la répression du marché noir en faveur de l ennemi. L adjudant-chef Ribault est menacé à deux reprises d arrestation pour cette action : affaire Boitard, boucher à Trouville, et affaire Olivier, cultivateur à Touques. À Dozulé, les militaires de la brigade ont, là aussi, aidé efficacement les réfractaires au STO soit en les avertissant qu ils étaient recherchés, soit en ne les découvrant pas lorsque l ordre était donné de les rassembler. En 1940, le maréchal des logis-chef Courty et les gendarmes ont ravitaillé un lieutenant et 25 soldats anglais qu ils ont ensuite dirigé sur Tours. Au printemps 1942, deux jeunes gens de la Résistance qui avaient pris une auto, ont été identifiés, mais n ont jamais fait l objet de recherches. Le 7 juillet 1944, des membres du groupe de résistance de Livarot, se font remettre du tabac par Mme Deschamps. Cette dernière, qui a reconnu l un des maquisards se présente à la brigade pour y porter plainte. Elle en avise la feldgendarmerie et la Gestapo. L adjudant Mars, avisé par le gendarme Lefebvre, prévient l intéressé qui disparaît, échappant ainsi aux recherches. À Cambremer, une centaine de réfractaires au STO sont restés dissimulés dans de nombreuses fermes de la circonscription jusqu à la libération. M. Giard, cultivateur à Victot-Pontfol, avait chez lui, en permanence, 8 à 10 réfractaires, connus de tout le personnel de la brigade ; aucun n a été inquiété. Les recherches ordonnées au sujet de certains d entre eux ont toujours eu un résultat négatif. Le 20 juillet 1940, une ligne téléphonique allemande installée route de formontin, ayant été sectionnée en plusieurs endroits, les occupants menaçaient d exercer des représailles et l auteur du sabotage n était pas découvert. Le gendarme Trehin, enquêteur, a pu faire admettre que le fil avait été coupé par les roues d une voiture hippomobile et les sanctions n ont pas été prises. À Dives-sur-mer, en mai 1944, le fils du gendarme Bocquet qui avait adhéré à la Résistance s en était vanté dans plusieurs cafés de sa ville, et avait montré son arme. Malgré ces imprudences, il a pu disparaître sans être inquiété. À Pont-L Évêque, aucun réfractaire n a jamais été inquiété. Deux étaient hébergés à la caserne même ; plusieurs ont été placés dans des fermes. Une rafle de jeunes gens à laquelle la gendarmerie n a pu se soustraire, a été éventée avant d avoir lieu, 112
Actions recensées de résistance active ou passive... par le personnel lui-même. Dix prisonniers de guerre évadés n ont jamais été trouvés, malgré les recherches des Allemands et les ordres qu ils donnaient. En 1941-1942, la gendarmerie était au courant des transports d aviateurs alliés par des membres de la Résistance, qui les acheminaient vers l Angleterre. À Blangy-le-Château, plusieurs personnes de la circonscription sont l objet de dénonciations aux allemands. Des enquêtes sont effectuées par le gendarme Mabille et ses collègues. Il parviennent à en faire condamner un à seulement 3 ans de prison et l autre à un an. À Falaise, en 1943, le gendarme Fraud, informé qu un aviateur canadien s était réfugié à Perthe- Ville, chez Mme Legris, prend contact avec cette femme pour l inciter à camoufler l aviateur en question. Celui-ci reste 6 mois dans la ferme où on le fait passer pour un parent sourd et muet. Il est, par la suite, mis en relation avec une nièce de Mme Legris qui le conduit à Paris, et mis en rapport avec un organisme clandestin qui les dirige sur l Espagne. À onon, un avion anglais s écrase au sol. L aviateur a réussi à sauter en parachute. Le maréchal des logis-chef Mauger, commandant la brigade, se rend sur les lieux avec M. Godefroy, boucher à Cabourg, et indique un refuge sûr à l aviateur. Le lendemain, M. Dumont, membre de la Résistance de Cabourg se présente à la brigade ; il lui indique l endroit précis où se trouve le parachutiste. Par la suite, cet aviateur pourra regagner l Angleterre. 18. Aide apportée aux populations persécutées par les Allemands À Balleroy, l israélite Kozeronexi, du Tronquay, dénoncé par lettre anonyme, est mis en garde par le personnel de la brigade et réussit à s enfuir. À Bayeux, l israélite Fasermann est identifié à deux reprises. Il est répondu qu il ne fait l objet d aucune recherche. 19. Autres Pendant l année 1942-1943, trois détenus français se sont évadés de la prison de Caen. La police allemande les a signalés par téléphone au commandant de brigade, qui était à ce moment-là l adjudant-chef Dufour. Il avait l ordre de procéder à des recherches immédiates ; il n a fait procéder à aucune recherche et n a pas diffusé leur signalement. D octobre 1943 à juin 1944, l adjudant-chef Dufour était chef du fichier ; aucun individu recherché par les Allemands ou signalé comme réfractaire n a été signalé aux brigades par ce service, à l occasion de contrôles effectués. Les listes de réfractaires transmises par Vichy, étaient classées purement et simplement, et les fiches reçues concernant les recherches par l autorité allemande étaient soulignées afin d attirer l attention du personnel du Fichier : en cas de contrôle de ces individus par une brigade, la réponse fournie à celle-ci devait être négative. 113
Les Gendarmes dans la Bataille de Normandie Ce même gradé a fourni à M. Marie, ancien commissaire de Police à Caen et membre de la résistance (tué lors du bombardement du 8 juin), des renseignements sur les services et concours demandés à la gendarmerie par l autorité allemande. En juin et juillet 1942, l adjudant-chef Dufour a reçu par erreur deux lettres adressées à la Feldgendarmerie de Caen ; il les a ouvertes : l une contenait une dénonciation contre un individu de Caen, accusé d avoir caché des armes ; l autre contre un communiste, ouvrier du Pont de Calix à Caen, qui avait tenu des propos anti-allemands, dans un café de la rue d Auge. Ce gradé n a pas hésité à détruire ces deux lettres. En octobre 1943, la brigade de Caen a reçu une lettre émanant d une femme, signalant qu un requis évadé de Cherbourg se trouvait au cinéma «Trianon» à Caen. La signataire de la lettre précisait que semblable dénonciation était adressée par ses soins à la Gestapo. Le gendarme Onfroy, désigné par l adjudant-chef Dufour, est allé prévenir le jeune homme dont il s agissait qui a quitté Caen aussitôt, évitant ainsi son arrestation. Il s agissait de Raoul Bourdon, demeurant à Caen, 46, rue Bicoquet. Au mois de décembre 1943, l adjudant-chef Dufour a caché chez lui, pendant 6 jours, le réfractaire Maurice Hamelin. Pendant l année 1941-1942 qu il a commandé la brigade de Caen, il s arrangeait pour que les réfractaires ne soient pas inquiétés ; il les avisait même des recherches dont ils faisaient l objet ; il a été suivi dans cette voie par les militaires de la brigade. Dès mars 1941, le gendarme Rinoal, de la brigade de Clécy (Calvados), faisant partie du groupe Ozanner, relève sur des cartes d état-major la disposition des terrains d aviation de Saint-André de l Eure et Triqueville, puis recueille des renseignements sur l emplacement des batteries allemandes dans la région. La collecte de renseignements, moins spectaculaire que la lutte armée, revêt, dans l optique du prochain débarquement, une importance cruciale. Dans le Calvados, Les gendarmes Fer et Nicolas, de la brigade de Bayeux, sont immatriculés à l OCM et font du renseignement pour les Alliés. II Gendarmerie de l Orne (section d Argentan uniquement) D après le rapport dressé par le lieutenant Chardon, commandant la section d Argentan et rédigé à la Libération, le personnel de la section a globalement refusé d exécuter les demandes abusives des autorités allemandes locales, freinant systématiquement la recherche des réfractaires, dirigeant les enquêtes de telle sorte que les patriotes ne soient pas inquiétés, avertissant à temps les personnes inquiétées par les Allemands, aidant à la libération du territoire à l arrivée des troupes alliées. Au cours de leurs tournées les gendarmes côtoyaient journellement en ville comme en campagne les nombreux jeunes gens en infraction à la loi du STO et les ignoraient volontairement. Tous les contrôles effectués dans les cafés, salles de spectacle, gares etc. ne donnaient jamais aucun résultat. 114
Actions recensées de résistance active ou passive... En avril 1944, les gendarmes Armange et Balle, désignés pour participer à une opération dirigée contre le maquis, en forêt de Chaumont, ont réussi à ne pas participer à l opération. Partis à motocyclette ils ont mis volontairement leur machine en panne. Les gendarmes Pinet et Liévin de la brigade d Écouché, qui appartenaient au FFI se sont tenues en contact permanent avec les membres de la résistance pour les renseigner sur l activité de la Gestapo et les aider au camouflage des réfractaires. En 1941, sans pouvoir préciser la date, de nombreux pigeons voyageurs anglais ont été parachutés sur la circonscription de la brigade de Vimoutiers. Ceux remis à la brigade étaient acheminant sur la Feldkommandantur. À deux reprises, les pigeons parachutés ont été échangés par les militaires de la brigade avec le concours de M. Goubin, garagiste à Vimoutiers qui récupérait des pigeons voyageurs. Les pigeons parachutés étaient alors lâchés avec leur message établi suivant les instructions données. En avril 1943, deux autres pigeons voyageurs découverts à Vimoutiers chez M. Morand, cultivateur, ont été relâchés porteurs de messages établis par l adjudant Gillet. Les gendarmes Pinet et Liévin de la brigade d Ecouché ont participé, comme éclaireurs d un groupe résistant à la sécurité de plusieurs transports d armes dans la région de Putanges et Giel. Le gendarme Stocker, qui appartenait à la brigade d Argentan, a réussi le 21 octobre 1943, à avertir à temps une femme prénommée Marguerite demeurant au 11, rue Aristide-Briand, qu elle devait être arrêtée quelques heures plus tard par la Feldgendarmerie. Dans le courant de l année 1943, le maréchal des logis-chef Lelarge qui commandait la brigade du Mesle-sur-Sarthe a réussi à camoufler un docteur juif chez une dame demeurant à Tellière-le-Plessis. Au début 1944, ce même militaire ayant reçu des Allemands l ordre d arrêter le colonel en retraite Rosenfled, de confession juive qui faisait partie de la Résistance, a prévenu ce dernier et l a aidé à fuir au lieu de le remettre aux autorités occupantes. Le 11 août 1944 ce même gradé a sauvé un membre de la Résistance M. Lemasson, poursuivi par un officier allemand, en le cachant à la gendarmerie et en se plaçant devant la porte pour en interdire l entrée au poursuivant. En mai 1944, alors que la Gestapo d Alençon recherchait le dénommé Foccart, résistant notoire, le maréchal des logis-chef Buiron, commandant la brigade de Putanges, prévint à temps l intéressé qui put ainsi se soustraire aux recherches. D une façon générale, toutes les brigades ont participé aux opérations de libération locales en apportant des renseignements précieux et en accompagnant au besoin les troupes alliées sur le territoire de leur circonscription. L adjudant Buvron, de la brigade de Sées, héberge dans sa famille deux femmes qu il devait remettre à la Gestapo. Lorsque les services allemands du Sipo-SD d Alençon donnent l ordre au capitaine Beharelle, de la compagnie de l Orne, d arrêter les juifs français et étrangers du département, il fait tout pour saboter l opération. 115
Les Gendarmes dans la Bataille de Normandie Au début de 1944, les combattants sont intégrés au sein des Forces françaises de l intérieur (FFI). Le groupe du colonel Berthaud, comprend des gendarmes dont le chef Merour, de la brigade de Longnyau-Perche (Orne). À la tête d un groupe franc, depuis avril 1944, ce dernier effectue des opérations de sabotage et de harcèlement. Le 27 juillet, le gendarme Bizien, du eil (Orne), est en patrouille à Saint-Aignan-sur-Erre quand un officier allemand donne l ordre à ses troupes d arrêter tous les hommes de dix-huit à soixante ans, à la suite de l assassinat d un collaborateur. Il parvient à le dissuader de mettre son projet à exécution. 116
PHOTOGRAPHIES [BONUS]
Les Gendarmes dans la Bataille de Normandie Brigade d Aunay-sur-Odon Brigade de Caen Brigade de Conde-sur-Noireau Brigade de Vire Brigade de Trévières 118
Photographies [Bonus] Brigade de Troarn Brigade de Breteville Brigade de Evrecy Brigade de Pont d Ouilly Brigade de Troarn 119
Bibliographie et Sources BADSEY (Stephen), Jour J. Éditions Atlas, Paris, 2004, 224 p. BEEVOR (Antony), D-Day et la bataille de Normandie. Calmann-Lévy, Paris, 2009, 638 p. BOIVIN (Michel), Les Manchois dans la tourmente de la Seconde Guerre mondiale, 1939-1945. Eurocibles, 2004, 6 volumes. LAMPÉRIèRE (Henri), Histoire du maquis Saint-Clair La Résistance en Suisse normande. 1982, 38 p. BUISSON (Gilles), Mortain et sa bataille 2 août-13 août 1944. Lorisse, 2004. Sources documents SHD communiqués notamment côtes cartons (séries 14E, 50E et 61E). Remerciements livret 70 e Colonel Jean-Louis Salvador (Service historique de la défense département gendarmerie nationale) Chef d'escadron Franck Piedagnel (cabinet-communication région Basse-Normandie) Capitaine (TA) Benoît Haberbusch (Service historique de la défense département gendarmerie nationale) Capitaine Gildas Lepetit (Délégation au patrimoine de la gendarmerie nationale) Aspirant Salomé Krakowski (Service historique de la défense département gendarmerie nationale) Adjudant-chef Laurent Sentucq (Établissement central de l'administration et du soutien de la gendarmerie nationale) Adjudant-chef Rémi Falourd (Établissement central de l'administration et du soutien de la gendarmerie nationale) Adjudant-chef Christophe Guillaume (Service historique de la défense département gendarmerie nationale) Monsieur Benjamin Massieu (doctorant en histoire) Gendarme adjointe volontaire Clémence Perreaux (cabinet-communication région Basse-Normandie) Crédits photos Chef d'escadron Michel Entringer (compagnie gendarmerie transport aérien de Toulouse) Adjudant Fabien Hamel (brigade de proximité de Canisy) Gendarme Dominique Le Dortz (brigade de proximité Ecouché) Elève gendarme Medhi Belhadia (brigade de proximité Tinchebray) Conseil général de la Manche (Arch. Dép. [Arch. Nat. Américaines]) Monsieur Nicolas Leloup (propriétaire du musée OVERLORD MUSEUM) Famille Lampérière Madame Dreano ( fille du gendarme GALERNE) Monsieur Jacques Donne U.S. National Archives IWM, collections privées
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