La chaîne numérique se met en place En reliant le bureau d'études et l'atelier grâce à des logiciels interopérables et adaptés au temps de déroulement de chaque étape, de nombreux gains sont encore à espérer. LenoirFrançois-Xavier Les constructeurs d'avions n'ont jamais cessé de s'activer pour réduire les coûts et les temps de développement ainsi que les coûts d'exploitation. Pour éviter les dépassements de budget et les dérives de calendrier, on sait qu'une fabrication bien planifiée est la première condition pour rester dans le cadre fixé. Toutes sortes d'opérations doivent être coordonnées et exécutées avec précision pour réussir le lancement d'un programme. Pour y parvenir, les constructeurs ont mis en place des procédures, des plateaux ou platesformes de travail, des outils communs réels ou virtuels, des liens plus ou moins contraignants que les fournisseurs sont obligés d'utiliser ou de respecter.outils logiciels.pour toutes les phases de conception, d'industrialisation, de production et de suivi des produits, les entreprises ont fait l'acquisition d'outils logiciels destinés à exploiter des informations venant des bureaux d'études ou de l'extérieur et à transmettre les données utiles à leurs ateliers, aux services clients et aux partenaires. Ce schéma n'est pas nouveau, mais avec l'émergence de la CAO/CFAO (voir glossaire p. 15) depuis quarante ans, d'internet depuis quinze ans et des nouvelles politiques de délégation de responsabilité depuis quelques années, ces outils prennent de plus en plus d'importance. Les entreprises industrielles travaillant pour les grands clients de l'aéronautique se sont équipées de GPAO (voir p. 15) pour traiter les plans, les plannings, les charges de travail, la surveillance, la comptabilité. Beaucoup ont fait le choix de systèmes ERP (voir p. 15), du type SAP pour les plus grosses, Manager pour les TPE, Clip ou Cegid... pour les autres. Même si ce n'était pas lié au départ, elles se sont équipées de CAO, Catia en grande majorité, puis de systèmes FAO pour programmer les machines à commandes numériques, avec Catia encore, mais aussi avec Missler ou d'autres gammes plus diversifiés, surtout pour des pièces complexes ou des particularités métiers. Le PLM (voir p. 15) est alors arrivé et a essayé de se trouver une place. Bien que n'étant pas directement employé dans l'atelier, son influence est apparue déterminante puisqu'il part de la définition des pièces et de la maquette numérique pour prendre en charge l'industrialisation, la gestion des processus et des configurations, la GDT, le contrôle qualité, la supply chain... Parallèlement, le MES (voir p.15) a fait son apparition dans l'atelier, mais de façon plus diffuse et avec beaucoup de disparités selon la taille et le métier. 1/5
Certains éditeurs, comme Dassault Systèmes (DS), se sont focalisés sur l'aspect graphique et la CAO, d'autres sont plus transversaux et vont jusqu'à la maintenance comme Lascom, d'autres enfin partent de l'erp avec une configuration plus technique. Jean-Louis Henriot, PDG de Lascom, explique la raison de ce développement : "Dans le domaine propre à toute une activité, chacun a sa vision de la vérité, ce qui oblige à avoir un référentiel commun. De plus, chacun ayant son métier, il faut une base où toutes les informations PONS sont rassemblées pour donner une cohérence à l'ensemble. Il en va ainsi d'un morceau de carlingue comme d'une commande de vol." Depuis l'a380, la nécessité d'organiser la collaboration et de se situer dans ce référentiel s'est fait jour.les PME en retard.mais revenons à l'erp. "Pour les plus grands groupes et les équipementiers, l'aspect gestion était fondamental, ils ont donc implémenté les systèmes ERP, raconte Gilles Battier, pdg de. Pour les PME, c'est arrivé plus tard, sans être systématique." De fait, une partie des entreprises n'est pas encore équipée d'erp. Plus étonnant encore, "certaines ne savent pas si elles gagnent de l'argent sur une commande", laisse entendre Arnaud"Aujourd'hui nous ne saurions plus travailler sans ERP."Martin-Regniault, président de Clip Industrie.Pourtant, la gestion à l'affaire conduit à connaître et à maîtriser tous les détails de la fabrication, de façon à avoir la possibilité de mixer les informations dont on peut disposer. Plutôt que d'erp, Catherine Marko, DG de Sescoi France, préfère parler d'aide à la gestion. En l'occurrence, il s'agit d'une gestion transversale analysant tous les coûts et tous les temps jusqu'à l'expédition. Le logiciel contient tout ce qu'il y a dans un ERP, notamment les non-conformités, pour gérer l'entreprise. "Si une personne ne met pas le même temps que celui déjà affiché, c'est peut-être qu'elle a besoin de formation ou que la machine se dérègle, ajoute-t-elle. Une partie du savoir étant là où ça pêche, il faut avoir une réactivité immédiate."autre éditeur indiqué par le CXP (Centre d'expertise des progiciels), la société suédoise IFS a une offre ERP diffusée assez largement dans l'aéronautique. "Deux aspects sont typiques de l'activité manufacturière dans le secteur, le MRO (Maintenance, Repair and Overhaul) des moteurs d'avions, lié à la fois à la production et à la maintenance, raconte Gilles Bourquard - consultant expert IFS France. Et la MCO (Maintien en Condition Opérationnelle) qui est aussi un élément clé."indispensable.les industriels font largement appel aux ERP. Le groupe Lauak, entreprise de chaudronnerie, effectue toutes sortes d'opérations via l'erp Clipper : "Devis, commande, inspection et livraisons, gestion des stocks, GEID, achats... La procédure qualité se fait en numérique via la GEID et les plans de fabrication, via Word, par Clipper." "Aujourd'hui nous ne saurions plus travailler sans ERP, affirme Alexandre Lalanne, responsable supply chain et système d'information. Clipper nous a aussi servi à fiabiliser les nomenclatures et à effectuer tous les calculs de charge et de capacité."entreprise du même secteur, JCB - Ets Charriton est équipée de Catia V4 et V5. "Toutes les gammes et le dossier technique sont sur Clipper, note Stéphane Azcué, directeur technique. Il n'y a plus aucun document dans l'atelier, tout est stocké numériquement dans Clipper." L'objectif pour JCB est de maximiser l'utilisation de l'erp et de passer le maximum de fonctions sur la GPAO pour qu'elle soit aussi le support des ressources humaines et de la qualité.filiale de Safran, Sofrance oeuvre dans le secteur de la filtration. "Nous étions équipés d'un ERP, même pour la conception. Avoir un seul référentiel nous obligeait à être parfaitement synchrone, aussi nous travaillions de façon séquentielle, donc peu réactive", avoue Jérôme Martin, directeur R&D. La conception pouvait avancer à son rythme, mais pour aller vers la production, il fallait valider les paramètres. "Les paramètres des données de conception ont plus vocation à être dans un PLM pour répondre aux besoins", reconnaît-il. Avec l'aide de l'intégrateur PCO, les besoins en fonctions nouvelles ont donc été couverts par des applications et des modules spécifiques.alors que pour la CAO/FAO, les équipements des grandes et petites entreprises sont similaires, à la taille et au volume près, pour le PLM, les grands groupes ont été initiateurs de ces solutions. Les petites et moyennes entreprises, au-delà d'une centaine de personnes, s'y sont intéressées, mais elles sont loin d'être toutes équipées. En outre, il y a uneglossairecao/cfao : 2/5
conception assistée par ordinateur/conception et fabrication assistées par ordinateur. ERP : Enterprise Resource Planning, logiciel situé au niveau de l'établissement et dont l'échelle de temps est le jour ou la demi-journée. GDT : gestion des données techniques. GEID : gestion électronique des documents. GPAO : gestion de la production assistée par ordinateur. MES : Manufacturing Execution System, logiciel opérant au niveau de l'atelier et dont l'échelle de temps est la seconde, pratiquement le temps réel. PLM : Product Lifecycle Management, logiciel utilisé au niveau de l'entreprise étendue et dont l'échelle de temps est celui de la vie du produit. SLM : Simulation Lifecycle Management.Diversité de solutions. Dans les grands groupes, on trouve PTC avec Windchill ou Dassault Systèmes avec Enovia, ou encore Siemens PLM Software. Le plus souvent, les PME sont équipées de Lascom et les TPE d'audros.si tout le monde est à peu près d'accord pour dire que le PLM partant de la conception s'appuie sur les calculs et la simulation du produit, en revanche l'industrialisation est partagée entre le PLM et l'erp au sein d'une grande gestion de la production assistée par ordinateur. De même la traçabilité ou le réglage des machines a une incidence sur le niveau MES et également sur l'erp, ce qui prouve qu'il y a une continuité entre toutes ces étapes, avec des échelles de temps diverses et que tout dépend de l'activité.secret à garder.une des difficultés est de tenir à jour les paramètres. "En mode forfait, comme nous le pratiquons avec des rangs 2, nous échangeons des données via l'outil du client et selon la méthodologie de ce dernier", note Philippe Barbier, de la direction informatique d'akka Technologies. Etant donné qu'il y a un secret à garder, il faut bien choisir les rangs 2 et travailler en mode dégradé. Ce n'est pas simple.heureusement, il y a des outils coupés du process, allégés en contenu, qui ont l'avantage d'aller plus vite. La principale difficulté de tous ces systèmes est d'arriver à les rendre interopérables, par exemple à faire dialoguer la FAO avec les ERP. Cela suppose un travail d'expert assez important, stratégique pour l'entreprise. " fait soit des développements à façon pour rendre interopérables ERP, PLM et CFAO, soit l'intégration de connecteurs; certains éditeurs indépendants ont intégré des connecteurs précâblés qu'il suffit de paramétrer", explique Gilles Battier, qui l'a déjà pratiqué entre SAP et Catia, SAP et PTC ou entre les solutions de Windchill avec d'autres types de CAO ou d'erp. "Pour qu'un client puisse passer du monde ERP au monde PLM et à la CFAO en exploitation, il faut au préalable faire une étude, regarder les types de données qui sont existantes, celles qui seraient à développer et voir dans le process comment ces informations doivent être échangées, avec quelle sécurité, quel type d'autorisation, quel format...", ajoute-t-il. C'est la colonne vertébrale d'une entreprise : son système d'information qui va échanger, dialoguer avec différents types d'applications et de données.françois Tribouillois, pdg de Pi3C, exploitant d'une solution SaaS (Software as a Service) industrialise une infrastructure logicielle qui fonctionne et est sécurisée. Elle sert par exemple pour des PME qui disposent d'un ERP, mais rarement d'un PLM. L'installation permet de gérer des données de conception. Pour le travail collaboratif, l'entreprise dispose de licences Windchill de PTC en fonction d'un nombre d'usages. Cela fonctionne en mode projet et certains clients, Axon Câbles par exemple, accèdent dans des zones où ils stockent différents types de données : CAO, simulation, normes, notices, revues de projets... en payant une redevance. "Chaque éditeur aimerait que son client continue à acheter chez lui, mais il va souvent faire son choix ailleurs", constate Gilles Battier. Il faut donc être multifacettes et multicompétences pour faire dialoguer ces différents mondes. Airbus a choisi Windchill, mais a Catia comme système de CAO et SAP pour l'erp. Souvent un distributeur va connaître Catia et Enovia, mais ne fera pas de combinatoires un peu plus compliquées."no man's land."au-delà des outils existants chez les grands éditeurs comme chez les plus petits, il y a un manque énorme en manufacturing. "Au départ avec les outils CAO, on parle design, conception, bureau d'études, dit Gilles Battier, mais arrivé vers le service méthodes, on transfère ce qu'on peut à la FAO, puis quand les parcours ont été faits, on repart dans un "no man's land" où c'est plutôt la débrouille pour que ça atteigne les machines d'atelier. 3/5
Sans traçabilité, sans optimisation...". Il constate donc un cloisonnement entre le monde de l'atelier et le monde amont de la conception, voire de l'industrialisation. Depuis l'origine, il a observé : "Les cycles de vie des produits se réduisent et à terme le coût de fabrication sera sur la chaîne de valeur une partie de plus en plus importante et le prix des pièces va être de plus en plus déterminé par le coût de manufacturing." Il y a là un gain possible très important. Ce qui passe par la prise en compte dès le début d'un projet, des moyens de production afin d'assurer la continuité de la chaîne numérique de la conception jusque dans l'atelier.la principale difficulté de tous ces systèmes est d'arriver à les rendre interopérables.consignes précises.le système PLM de DS intégrant la conception et la fabrication fournit aux fabricants les informations nécessaires pour prévoir le coût des modifications et leur incidence sur le prix et les délais. A l'issue de la planification, des consignes précises sont transmises aux compagnons par l'intermédiaire du MES, sous forme d'instructions faciles à suivre qui incluent des séquences d'assemblage en 3D destinées à minimiser les erreurs.si l'on regarde la partie gestion d'outil, il arrive qu'une machine soit à l'arrêt parce que l'outil n'est pas prêt. Spring a développé un gestionnaire d'outils qui va pouvoir localiser l'outil dans l'atelier. D'où des gains de productivité énormes que l'on peut étendre à la maintenance, avec des liaisons aux bancs de mesure, aux automates numérisés...pour remonter les informations aux machines et les optimiser. MES Consulting n'hésite pas à écrire : "La couverture fonctionnelle de l'erp est très large et varie en fonction du métier et de la taille de l'entreprise... mais aussi de l'éditeur. Malgré toutes leurs qualités, ils ne peuvent généralement pas répondre à toutes les attentes des clients et en particulier pas à l'aspect 'temps réel', ni à la liaison avec les automatismes." Il est rare que les progiciels d'ateliers communiquent entre eux et avec l'erp. Le mieux serait d'intégrer les différents logiciels dans un ensemble cohérent autour d'une solution de type MES.Il faut être multifacettes et multicompétences.flexnet chez Bombardier.Cependant le MES commence vraiment à être pris en considération. Ainsi, Bombardier Aerospace vient de choisir le logiciel FlexNet d'apriso pour gérer ses activités liées au MES. Ce logiciel est destiné à assurer la visibilité en temps réel, le pilotage et la synchronisation des procédés et produits utilisés lors des différentes étapes de la fabrication de la gamme d'avions commerciaux CSeries, notamment autour de l'usage des matériaux composites. Le FlexNet d'apriso sera intégré à l'erp et au PLM de Bombardier. Pour aller encore plus loin dans l'intégration, Dassault Systèmes a fait l'acquisition d'intercim, éditeur américain ayant parmi ses clients EADS, Boeing et Honeywell. DS va intégrer les solutions MES d'intercim dans son offre d'usine numérique Delmia. Ses clients pourront prouver que ce qu'ils ont fabriqué est exactement ce qu'ils avaient prévu et utiliser ces informations de conformité à des fins de certification. Embraer a déjà fait le choix de Delmia et Intercim.Le manufacturing sera le centre névralgique de la compétitivité de demain.le manufacturing sera le centre névralgique de la compétitivité de demain. Les sociétés d'ingénierie et conseils sont vues d'un assez bon oeil par les éditeurs et intégrateurs, car ils s'occupent d'un certain nombre d'informations, sans doute plus globales au niveau de l'entreprise, mais qui requièrent des experts dans le domaine manufacturing. Pour la réflexion, c'est mieux si les entreprises ont leurs propres ressources pour dire ce qu'elles souhaitent et qu'elles puissent discuter avec les intégrateurs de la manière de procéder. Il y a aussi des sociétés extérieures, des sociétés qui font du consulting pour le compte de SAP ou de Siemens. C'est le cas d'allio à Nantes et Paris. A un autre niveau, Dassault Systèmes et Sogeti High Tech se sont alliés pour construire des solutions innovantes dans le domaine du PLM. Comme les ingénieries, les grands éditeurs ont une notion de projet global qui est très intéressante.toujours dans le secteur manufacturing, la simulation devient un standard pour des pièces spécifiques et des machines complexes. Certains clients n'envoient plus une seule pièce dans l'atelier sans l'avoir simulée. Spring voit passer de gros projets quant à la simulation et l'optimisation des moyens de production. 4/5
Airbus ou Safran lui demandent de travailler sur la simulation d'atelier (ou atelier numérique), même s'ils ont des projets d'usine numérique par ailleurs. Dassault Systèmes est passé à la gestion du cycle de vie de la simulation. Coïncidence ou non, au Forum Teratec 2010, Gérard Poirier, Dassault Aviation, Systematic (President of the OCDS Working Group) et Christian Saguez, Teratec (président du comité scientifique et technique) & Scilab Enterprises, intervenant sur les enjeux de l'ingénierie numérique, mentionnait l'interopérabilité des outils PLM et SLM. La SLM permet aux sociétés de protéger leur propriété intellectuelle liée à la simulation et de la transformer en un patrimoine précieux et parfaitement contrôlé à travers l'entreprise.dialoguer avec les rang 2.Enfin une autre difficulté se profile. "Même si l'on choisit un outil standard, il est tellement personnalisé qu'il en devient propriétaire. On a ensuite autant de systèmes que de clients, indique Philippe Barbier d'akka Technologies. Nous souhaitons donc un PLM centralisateur, 'multiinfos' pour dialoguer avec les rang 2. Je suggère l'idée d'une formation minimaliste en interne afin d'éviter d'avoir affaire à tous les éditeurs." Ce sera en partie le rôle de SystemX, qui rassemble des acteurs industriels et académiques pour assurer le développement des technologies systèmes et produire des solutions métiers répondant aux attentes industrielles. L'Institut de recherche technologique (IRT) SystemX, porté par le Campus Paris-Saclay, qui bénéficie de la labellisation des pôles Systematic, Astech... et du soutien des collectivités territoriales, devrait être labellisé par le ministre de la Recherche prochainement."autant de systèmes que de clients." 5/5