Ce texte est offert gracieusement à la lecture. Avant toute exploitation publique, professionnelle ou amateur, vous devez obtenir l'autorisation de la SACD : www.sacd.fr SOURDE COMME UN POT de Patrick Mermaz 3 personnages 10 minutes Résumé : Deux jeunes reporters doivent se rendre rapidement dans une mairie pour interviewer le maire. Problème, elles se sont perdues et demandent leur chemin à une vieille dame qui a bien du mal à entendre et à comprendre ce qu on lui demande. Personnages : Finette Sidonie La vieille dame Décors : un parc avec un banc au milieu. «Sourde comme un pot» de Patrick Mermaz Copyright France 15/04/2014 Page 1
Un parc dans un petit village. Un banc au milieu du parc. Une vieille dame entre en marchant avec une canne et en se tenant les reins. LA VIEILLE DAME : Tant mieux, il n y personne. Je vais pouvoir donner à manger à mes petits pigeons. Elle s assoit sur le banc et sort du pain rassis de sa poche. LA VIEILLE DAME (Lançant des miettes) : Petits, petits, petits Venez manger mes petits pigeons. Il y a du pain-pain pour vous! Petits, petits. Après avoir jeté quelques miettes, la vieille dame s endort sur le banc. Deux jeunes filles entrent en courant. Finette porte un appareil photo autour du cou et Sidonie porte un sac en bandoulière et tient un micro à la main. SIDONIE : Vite, vite, on est en retard! FINETTE : Regarde par-là, moi je vais par-là. Finette et Sidonie vont voir à des endroits opposés. SIDONIE : Alors, tu vois quelque chose? FINETTE : Rien, pas un panneau. SIDONIE : Mais, où peut-elle être cette fichue mairie? FINETTE : On va être sacrément en retard pour l interview du maire. SIDONIE : Tiens, on n a qu à demander à cette dame. «Sourde comme un pot» de Patrick Mermaz Copyright France 15/04/2014 Page 2
FINETTE : Dépêchons-nous Finette et Sidonie se précipitent de chaque côté de la vieille dame. FINETTE : Bonjour madame. SIDONIE (Passant sa main devant le visage de la vieille dame) : Madame, ohé, madame!!! FINETTE : On dirait qu elle dort. SIDONIE : Tu crois que je peux la secouer? FINETTE : Je ne vois pas ce qu on pourrait faire d autres. Sidonie secoue la vieille dame qui se réveille en sursaut. LA VIEILLE DAME : Hein! Quoi? Qu est-ce que c est!? Qu est-ce qui se passe? (Voyant les deux jeunes) Qu est-ce que vous me voulez? FINETTE : Bonjour madame, excusez-nous de vous déranger pendant votre sieste. LA VIEILLE DAME (Tendant l oreille) : Comment?... Vous pouvez parler un peu plus fort, je ne vous entends pas bien Je suis un peu dure d oreilles. FINETTE (Parlant fort) : Bonjour madame, nous cherchons la mairie. LA VIEILLE DAME : La? FINETTE (Parlant fort) : La mairie. LA VIEILLE DAME : L Amérique? SIDONIE (Parlant plus fort) : Non, pas l Amérique, la mairie. LA VIEILLE DAME : C est très loin l Amérique vous savez, il faut prendre l avion ou bien le bateau mais c est plus long. SIDONIE (Parlant fort) : Non madame, la mairie (Avec force gestes pour mimer une maison) Vous savez une mairie LA VIEILLE DAME : Moi aussi j ai connu une Marie qui habitait en Amérique, mais c était il y a longtemps. «Sourde comme un pot» de Patrick Mermaz Copyright France 15/04/2014 Page 3
SIDONIE (Avec beaucoup de gestes) : Madame, regardez-moi : nous deux on cherche la mairie, la mai-rie, là où il y a le maire Vous savez le maire (avec un geste désignant une écharpe tricolore). Le maire. LA VIEILLE DAME : Ah, excusez-moi, j avais mal compris SIDONIE : Ce n est pas grave. LA VIEILLE DAME : Je ne suis plus toute jeune vous savez. Je n ai plus mes oreilles de vingt ans. FINETTE (Pressée) : Oui, donc, pour le maire? LA VIEILLE DAME : Mais je ne la connais pas votre mère. Comment s appelle-telle déjà?... Marie, c est ça?... Non, désolé, ça ne me dit rien. SIDONIE (Excédée) : S il vous plait madame, c est important, on est pressée : on doit voir le maire de votre village pour l interviewer!!... On fait un article pour un journal!... Nous sommes journalistes! FINETTE (Hurlant) : Et on doit prendre des photos! (Montrant son appareil photos) Vous comprenez? Des photos!! LA VIEILLE DAME : Non, pas de photos, je ne suis pas assez bien coiffée Vendredi, je vais chez le coiffeur FINETTE (Lui coupant la parole) : Mais la mairie, bon sang! SIDONIE : Laisse tomber, tu ne vois pas qu elle est sourde comme un pot. LA VIEILLE DAME : Bien sûr que je paye mes impôts, pour qui me prenez-vous! Et puis je vous trouve bien indiscrètes toutes les deux En voilà des manières! Ah la la, pas moyen d être tranquille cinq minutes dans ce parc... Bande de petits chenapans! Laissez-moi tranquille ou je m en vais me plaindre au maire. FINETTE : Mais c est justement lui qu on cherche. LA VIEILLE DAME : Ça suffit maintenant, fichez-moi la paix! Je ne connais pas de Marie qui habite en Amérique au bord de la mer ou je ne sais quoi en rapport avec votre mère Vous êtes sourdes ou quoi?... Voilà, vous m avez gâché ma matinée, je suis toute énervée Petits galopins va! «Sourde comme un pot» de Patrick Mermaz Copyright France 15/04/2014 Page 4
La vielle dame sort en colère. FINETTE : Sacré phénomène la mémé! SIDONIE : Tu crois qu ils sont tous comme elle dans ce village FINETTE : Avec la chance qu on a aujourd hui on est peut-être tombée sur la plus sympathique du village. SIDONIE : Eh ben, qu est-ce que ça doit être les autres. FINETTE : En tout cas, c est raté pour notre interview. Il va falloir qu on s excuse auprès du maire et qu on reprenne rendez-vous. SIDONIE (Regardant sa montre) : Bon, il est presque midi. On va rentrer. Je commence à avoir faim. FINETTE : Si tu veux, je t invite. Je connais un très bon restaurant chinois. SIDONIE : Pourquoi tu veux que je rentre chez moi? FINETTE : Hein? Je t ai dit que je t invitais dans un restaurant chinois Là où on mange avec des baguettes. SIDONIE : Mais tu me fatigues enfin, je n ai pas envie de m acheter une baguette et de rentrer chez moi! FINETTE : Ah non, tu ne vas t y mettre toi aussi! J ai eu ma dose de sourdes! SIDONIE : Détend-toi, c était juste pour plaisanter. Restaurant chinois rentre chez moi ; c est rigolo non? FINETTE : Tais-toi, on y va! Et plus un mot! Sinon, tu vas vraiment devenir sourde après ce que je vais te hurler dans les oreilles. Les deux reporters sortent. Noir. FIN. «Sourde comme un pot» de Patrick Mermaz Copyright France 15/04/2014 Page 5