Surveillants et conservateurs dans les musées des «Autres».



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Ministère de la Culture et de la Communication Direction générale des patrimoines Département du pilotage de la recherche et de la politique scientifique Rapport final Surveillants et conservateurs dans les musées des «Autres». Retour sur un terrain, ethnologie d une transformation. Anne MONJARET, DR2 CNRS et HDR en ethnologie et sociologie IIAC-LAHIC (CNRS/EHESS/Ministère de la Culture et de la Communication) Mélanie ROUSTAN, Docteur en ethnologie et sociologie de l université Paris Descartes Association Pavages, Recherche en sciences humaines et sociales Paris, 5 novembre 2012

Sommaire PARTIE I CADRE DE LA RECHERCHE 6 Rappel des objectifs de départ 6 Contexte d émergence de l appel à projets 6 Mémoires d une organisation : jalons pour une réflexion sur les métiers des musées 7 Le musée des «Autres» à travers ses métiers : le questionnement initial 8 Éléments de contexte : l évolution des musées d anthropologie, (re)lectures du patrimoine des «Autres» 10 Le Palais de la Porte Dorée, des colonies à l immigration 10 Le déménagement des collections 11 Autres lieux, autres mouvements, nouvelles interprétations du patrimoine 12 Un approche sensible de l expérience du changement 13 Un terrain revisité : deux époques, une pluralité de lieux 13 Deux figures phare des musées : surveillants et conservateurs 14 PARTIE II - SURVEILLANTS, LES «GARDIENS» DU LIEU? 15 Une analyse lexicale 16 Que désigne donc le terme de «gardien»? 16 Que désigne donc le terme de «surveillant»? 17 Une catégorie administrative et professionnelle 18 Être gardien au Palais de la porte dorée 19 Un gardien comme les autres 19 Un gardien pas tout fait comme les autres 19 Encart 1 : Les surveillants dans l enquête 19 Encart 2 : Quelques caractéristiques de la population de surveillants rencontrée 20 Un contexte lors des deux enquêtes qui construit la narration 22 Un établissement à la veille de sa fermeture 22 Un établissement en réajustement 22 Vivre et faire patrimoine de l «Autre» 23 Le Palais sous surveillance : assurer sa sécurité, c est s en imprégner (Bâtiment) 23 1. GARDER ET PROTÉGER LES BIENS MATÉRIELS 24 1.1. La mission générale : être au service de la sécurité et de la surveillance 24 1.2. L organisation de la sécurité 26 1.2.1. «PC sécurité»: le temps du «bureau»(la«réserve») 26 1.2.2. L informatique : outil de surveillance 28 1.2.3. Former à la sécurité 29 1.1. Les activités spécifiques à la sécurité 30 1.3.1. Arbitrage et sécurité 30 1.3.2. Faire l ouverture et la fermeture 30 Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 2/151

1.3.3. Changement de service entre jour et nuit 32 1.3.4. La surveillance de nuit 33 1.3.5. Faire face à des contextes sortis de l ordinaire 36 2. S ORGANISER POUR GÉRER LA SÉCURITÉ ET LE CONTRÔLE DES BIENS MATÉRIELS 39 2.1. Aux rythmes du Palais 39 2.1.1. Les temporalités du Palais : des jours et des horaires 39 2.1.2 Le planning : faire avec les effectifs et le profil des personnels 40 2.2. L informatique, outil d organisation (administration, gestion et communication) 43 2.2.1. Outils de gestion du planning... 43 2.2.3. Outil interne de communication sans communication 45 2.3. Une certaine polyvalence, une question de taille des établissements 46 3. BON PIED, BON ŒIL : UNE EXPÉRIENCE DU SENSIBLE 48 3.1 Œil sur écran, oreille en alerte. 48 3.2 L art de la déambulation de jour 49 3.2.1. Une station debout, si caractéristique 49 3.2.2. Tuer l ennui 51 3.3. L art de la ronde : un regard en action 52 3.3.1. Le passage de surveillant de jour à surveillant de nuit : l atout de connaître les lieux 53 3.3.3. Un certain rapport aux lieux, une certaine connaissance des lieux 56 4. APPROCHER DE PRÈS LES LIEUX OU LES MODALITÉS D UNE APPROPRIATION 58 4.1. Habiter sur place 58 4.2. Surveiller en occupant l espace 58 4.2.1. Des multiples espaces de travail 58 4.2.2. Des postes de travail : posté donc 59 4.2.3. Le Palais et son aquarium 62 4.3. Se reposer : les coulisses pour des temps de pauses 64 4.4. Soigner un lieu c est soigner l image du lieu 66 4.5. Prendre racine ou l établissement d une relation privilégiée 69 4.5.1. Construction d un attachement des «gardiens» à ce lieu 69 4.5.2. Laisser derrière soi 71 4.5.3. Les collections du MAAO partent, le bâtiment reste 72 4.5.4. La «belle endormie» 73 5. LE BÂTIMENT, REPENSÉ POUR LE PUBLIC 74 5.1. Une remise aux normes des équipements 74 5.2. Protéger les collections 76 5.3. Permettre à tous l accès au Palais 76 Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 3/151

5.4. Se repérer dans le bâtiment 78 PARTIE III - CONSERVATEURS, GARANTS DES COLLECTIONS? 80 Questions de prestige 80 «L aristocratie» du musée 80 Une élite, admirée et respectée 81 Les collections liées à «l altérité»: spécialité atypique ou parent pauvre des spécialités? 82 Des profils mixtes en termes de formation : anthropologie et histoire de l art 83 «Esprit de corps» et corporatisme 84 La frontière invisible du titre 84 La difficulté à intégrer le corps / Un corps protégé 85 Un corps menacé? 86 Une «professionnalisation» inaboutie 86 La concurrence statutaire 87 Une redéfinition des périmètres d action 89 Sécurité de l emploi, précarité du poste 91 L attachement aux collections 91 Devenir spécialiste et référent 91 «Dépendre» d une collection, jusqu à quel point? 92 La passion du patrimoine, le sens du devoir 93 De l attachement à l appropriation?«ma» collection, le spectre du phagocytage 93 Conserver des objets. L enjeu de l accès aux réserves 94 1. UNE RELATION INTIME AUX COLLECTIONS. CONNAÎTRE «PAR CORPS». 95 1.1. Le contact des objets, source de plaisir 95 1.2. Le contact des objets, source de savoir 96 1.2.1. Fréquenter une collection : relation intime et mémoire sensorielle 96 1.2.2. Explorer un fonds, appréhender physiquement des objets (comme les futurs visiteurs) 98 1.3. Le contact des objets : source de pouvoir 99 1.3.1. L espace des réserves : de la familiarité à l appropriation 99 1.3.2. Détenir les clefs des réserves 99 2. LA GESTION DES RÉSERVES. L EXIGENCE DE «CONSERVATION PRÉVENTIVE» 100 2.1. L évolution de la notion de «conservation» 101 2.1.1. La conservation, une compétence des conservateurs? 101 2.1.2. La nouvelle norme de «conservation préventive» 102 2.2. Les métiers connexes : restaurateurs et régisseurs 103 2.2.1. Accès (physique) aux objets : les restaurateurs, spécialistes aux interventions ponctuelles 103 2.2.2. Accès (physique) aux réserves : les régisseurs, des garants (gênants) de la pérennité 105 3. L ORGANISATION DES OBJETS ET DES DONNÉES. L(A R)ÉVOLUTION DES LOGIQUES DE CLASSEMENTS. 108 3.1. «Rationalisation» des réserves? Catégories techniques vs logiques scientifiques 108 3.1.1. Les nouveaux critères de rangement des réserves : caractéristiques matérielles 108 3.1.2. Une absence de «sensibilité» aux objets, une perte de lisibilité des collections 109 Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 4/151

3.1.3. Le sentiment d une mise à distance 111 3.2. Informatisation des inventaires, numérisation : le défi du partage de l information 113 3.2.1. Une localisation par la «traçabilité» 113 3.2.2. Concevoir et nourrir les bases de données : un travail (stratégique) de titan et de fourmi 114 3.2.3. Une redéfinition du périmètre des collections 115 3.2.4. L indexation. Poser des mots sur des choses, interpréter le patrimoine? 116 3.2.5. Transparence et partage des connaissances, une idéologie et ses limites 117 3.3. L élargissement de l accès aux collections, une volonté politique d ouverture 118 3.3.1. Dépersonnaliser l accès aux réserves 118 3.3.2. Ouvrir les réserves, une forme de restitution? 120 3.3.3. Mettre les collections en ligne, moyens de les communiquer 121 DE LA PRÉHENSION SENSORIELLE À L APPRÉHENSION VIRTUELLE? 122 CONCLUSION GÉNÉRALE 125 ANNEXES 127 Valorisations 127 Compte-rendu financier 128 Bibliographie thématique 129 Guide d entretien compréhensif 141 Liste des personnes interviewées 143 Point sur l iconographie 149 Point sur les phases de terrain 150 Contacts 151 Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 5/151

PARTIE I CADRE DE LA RECHERCHE Rappel des objectifs de départ En lançant un appel à projets intitulé «Pour une ethnologie des métiers du patrimoine», la Direction générale des patrimoines - Département du pilotage de la recherche et de la politique scientifique entend poursuivre les recherches engagées dans les années 1990 sur l ethnologie du patrimoine et compléter ainsi le corpus de travaux déjà existants dans ce domaine, et en particulier ceux développés, depuis les années 2000, au sein du Laboratoire d anthropologie et d histoire de l institution de la culture (LAHIC), dirigé par Daniel Fabre. Parmi les programmes de recherche qui ont été soutenus, dans ce cadre par le Ministère, certains portent précisément sur le thème de la mémoire et du patrimoine 1. Les monuments historiques, les patrimoines archéologiques, les lieux d archives ont été étudiés sous l angle des émotions, des imaginaires et des usages qu ils suscitent 2. Cependant, jusqu à maintenant, les représentations et les pratiques de ces lieux ont été cernées en se situant plutôt du côté des visiteurs, des usagers, des habitants, et plus largement des citoyens. Contexte d émergence de l appel à projets C est pourquoi la Direction générale des patrimoines propose, aujourd hui, de se pencher non seulement sur les institutions du patrimoine et sur leurs administrations, dans une perspective tant synchronique que diachronique, mais aussi sur les professions et leurs différents corps de métiers, qui font fonctionner au quotidien les établissements du patrimoine. Elle souhaite ainsi stimuler un nouvel angle d approche des institutions patrimoniales et de ces métiers, et comprendre l impact de ces derniers sur les processus de patrimonialisation. Il s agit, entre autres, de saisir la place des métiers du patrimoine dans la dynamique patrimoniale et d inscrire la réflexion dans une perspective clairement ethnologique. Depuis plusieurs années, les travaux en sociologie des professions et des organisations de la culture tendent à se développer. C est le cas, par exemple, des travaux sur les conservateurs de musée, l idée étant de cerner les contextes de transformations de la 1 Se reporter entre autres à GRAVARI-BARBAS Maria (dir.), 2002, Habiter le patrimoine. Enjeux, approches, vécu, Rennes, PUR, coll. «Géographie sociale» ; RAUTENBERG Michel, 2003, La rupture patrimoniale, Paris, A la Croisée. 2 Se reporter par exemple à l une des dernières publications : Fabre Daniel, IUSO Anna (dir.), 2010, Les monuments sont habités, Paris, Éditions de la Maison des Sciences de l'homme, collection «Ethnologie de la France». Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 6/151

profession 3. Les «petits» métiers de la culture semblent oubliés, en dehors de ceux qui émergent comme celui de «médiateur» 4. En revanche, sur le domaine en ethnologie, les travaux se font encore rares. Les monographies de sites restent trop peu nombreuses pour saisir, minutieusement et d un point de vue comparatif, les organisations patrimoniales : musées, chantiers de fouille, archives Quant à l ethnologie des musées, elle est moins une ethnographie des musées et de leur organisation 5 qu une ethnologie des politiques muséales et de leur évolution 6, voire une épistémologie des disciplines associées à ces institutions culturelles 7. Mémoires d une organisation : jalons pour une réflexion sur les métiers des musées Fin 2001, une équipe du CERLIS (Jacqueline Eidelman, Anne Monjaret et Mélanie Roustan) est sollicitée pour entreprendre un travail sur la «mémoire vivante» des agents du musée national des Arts d Afrique et d Océanie (MNAAO), qui s apprête à fermer ses portes. Le transfert des collections en direction du musée du quai Branly (MQB) a commencé ; nombre des personnels doivent trouver un nouveau lieu d affectation la plupart n iront pas dans le nouveau musée. L enquête se déroule entre novembre 2001-juillet 2002. Elle ne nous donne pas seulement l occasion, à partir des témoignages du personnel, de situer le parcours d un musée en particulier, marqué par son héritage colonial, ni celle de saisir les rapports qu il a entretenu avec différentes disciplines l histoire de l art et l ethnologie en particulier-, elle permet aussi de mieux connaître les activités et les professionnels, toutes catégories confondues, qui ont fait fonctionner jusqu à sa fermeture cette organisation muséale, alors que peu de recherches s y intéresse. Elle permet également de comprendre l implication et le rôle des différents corps de métiers dans les dynamiques de requalification des patrimoines matériels et immatériels en présence : collections, bâtiments, institutions, mémoires 8. Les récits de vie révèlent les trajectoires personnelles, les rôles et les statuts, la formation des groupes, l agencement des réseaux, les logiques de fonctionnement du musée : des musées en général, d un musée consacré aux cultures des «Autres» en particulier. Nos résultats montrent qu on ne peut détacher le musée de la sphère sociale et politique. Mieux, il en reflète les crises, les contradictions autant que les avancées, les innovations. Et 3 POULARD Frédéric, sous presse, Musées territoriaux et politiques de la culture. Le rôle des conservateurs du début du XXè siècle à nos jours, Paris, La Documentation française, coll. «Musées-Mondes» ; OCTOBRE Sylvie, 1996, «Les conservateurs des musées français», Musées & Collections publiques de France, n 212, pp. 53-71. 4 PEYRIN Aurélie, 2010, Être médiateur au musée. Sociologie d un métier en trompe-l œil, Paris, La Documentation française, coll. «Musées-Mondes». 5 HEINICH Nathalie, 2009, La fabrique du patrimoine «De la cathédrale à la petite cuillère», Paris, Éditions de la Maison des sciences de l homme ; EIDELMAN Jacqueline, MONJARET Anne, ROUSTAN Mélanie, 2003, «MAAO, mémoire d'une organisation», Culture & Musées, n 2, pp. 101-127 ; EIDELMAN Jacqueline, MONJARET Anne, ROUSTAN Mélanie (textes) PLOSSU Bernard (photographies), 2002, Musée National des Arts d'afrique et d'océanie. Mémoires, Paris, Marval. 6 Entre autres, SEGALEN Martine, 2005, Vie d un musée, 1937-2005, Paris, Stock. 7 Entre autres L ESTOILE (DE) Benoît, 2007, Le goût des autres. De l exposition coloniale aux arts premiers, Paris, Flammarion ; DUPAIGNE Bernard, GUTWIRTH Jacques, 2008, «Quel rôle pour l ethnologie dans nos musées?», Ethnologie française «L Europe et ses ethnologies», n 4, pp. 627-630. 8 MONJARET Anne, ROUSTAN Mélanie, EIDELMAN Jacqueline, 2005, «Fin du Musée National des Arts d Afrique et d Océanie : un patrimoine revisité», Ethnologie française : Fermetures, crises et reprises, n 4, pp. 605-616. Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 7/151

en même temps, l établissement muséal a son propre rythme, ses propres histoires, sa spécificité ; il fonctionne comme une petite famille, avec ses heurs et ses joies. Ce qui nous a intéressé, c est la manière dont cohabitent ces personnels aux fonctions diverses, c est la façon dont les métiers (conservateurs, personnels administratifs, services techniques, agents de surveillance ) se sont façonnés, diversifiés, qualifiés ou déqualifiés. Les rapports hiérarchiques, professionnels et affectifs ont pu être analysés à travers le temps des activités professionnelles comme celui des activités extra-professionnelles. Travail et hors travail nous ont aidés à mieux caractériser dans sa globalité, cette organisation qui occupe un lieu dans lequel se croisent des gens et des objets. Nous avons alors ouvert le chantier. La mémoire de l organisation, les mémoires dans l organisation, s élaborent au présent. Chacun émet un discours sur la fermeture du lieu institution muséale, personnels et publics - : sur un lieu de vie, un lieu d Histoire ou de honte selon les témoignages, un lieu à oublier ou à conserver. C est sans doute cet héritage lourd à porter qui a motivé un premier retour sur le terrain, consacré à l analyse d une cour située au sous-sol de l établissement, où l on pouvait encore voir en 2003-2004 des traces de graffiti remontant jusqu en 1931 9. La transformation du Palais de la Porte Dorée, lieu chargé d histoire(s), et les changements de statuts et de lectures des collections qui y prenaient place avaient fait partie intégrante de nos questionnements autour des enjeux sociaux et politiques inhérents aux dynamiques patrimoniales (notamment de «repatrimonialisation» d éléments déjà patrimoniaux). Le transfert des collections au MQB et la création de la Cité nationale de l histoire de l immigration (CNHI) 10 apportent des éléments de réponse. Le Palais de la Porte Dorée connaît donc un nouvel épisode de son histoire mouvementée : Qui sont les nouveaux hommes et femmes qui travaillent dans ce lieu? Que sont devenus les anciens?... Quid des participations des uns et des autres à la mutation du lieu, des institutions et des collections?... Ce contexte nous invite, une fois encore, à retourner sur le terrain, à le revisiter à la lumière d un nouveau questionnement 11. Le musée des «Autres» à travers ses métiers : le questionnement initial Notre projet de recherche vient prolonger une démarche initiée il y a maintenant plusieurs années. Nous proposons dorénavant de croiser une approche en termes d organisation d un 9 MONJARET Anne, 2005, «La cour des "prisonniers" : graffiti et métaphore carcérale dans un musée parisien», Le Monde Alpin et Rhodanien «Cicatrices murales. Les graffiti de Prison», décembre, 1 e et 2 e trimestres, pp. 77-88. 10 COHEN Anouk, 2007, «Quelles histoires pour un musée de l Immigration à Paris!», Ethnologie française «Mémoires plurielles, mémoires en conflit», n 3, pp. 401-408. 11 Nous avons, depuis la fin de l année 2009, engagé également une réflexion sur le Palais de la Porte dorée, proprement dit, en nous focalisant sur le bâtiment-monument et ses transformations historiques, et plus précisément celles qui ont pris forme au moment du passage, MNAAO/ entre deux/ CNHI. Nos premiers résultats ont été présentés lors d une communication : MONJARET Anne, ROUSTAN Mélanie, «Le Palais de la Porte Dorée : du musée des Colonies à la Cité nationale de l histoire de l immigration», journée d étude «Les Musées d ethnologie. Quel héritage pour quelles reconversions?», Université de Lille1, Clersé, Lille, 18 novembre 2009 (en cours de publication). Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 8/151

musée et une approche en termes de dynamiques patrimoniales, et de l appliquer au cas des mutations récentes du Palais de la Porte Dorée et des collections qu il abritait, pour éclairer les contributions de différents corps de métiers aux transformations des musées des «Autres» en France. Le cadre théorique de cette réflexion mobilise l ethnographie des institutions 12 et l ethnologie du travail 13, autant que l anthropologie de la culture matérielle 14 et la muséologie 15. Notre terrain s élabore à partir du Palais de la Porte dorée, de l histoire des établissements qui l ont occupé et des collections qu il a abrité. Un musée peut se définir, selon nous, comme une imbrication de plusieurs entités : une institution, un bâtiment, des collections, une muséographie, et des publics. Les trois corps de métier que nous avions retenus, dans le cadre de cette recherche, offrent une diversité en termes de statuts et en termes de relations à ces différentes entités. Nos principales questions étaient les suivantes : Comment décrire les métiers des services de la conservation, de la surveillance et des services techniques? Quelles ont été leurs mutations? Comment les «servants du patrimoine» sont-ils construits par l institution, les établissements et les métiers? Comment se construisent-ils dans ce contexte? Comment les métiers du musée ont-ils participé et participent-ils des dynamiques patrimoniales autour des collections relatives aux «Autres»? Comment penser un lieu quand celui-ci se transforme? Comment les personnels qui ont connu le MNAAO et travaillent toujours au Palais vivent le passage, articulent anciens et nouveaux discours institutionnels, patrimoniaux, muséaux, anciens et nouveaux aménagements des locaux, ancienne et nouvelle muséographies? Comment, conjointement, les nouveaux s intègrent et s adaptent à la CNHI, ressentent et vivent le lieu bâtiment-monument- à l imposante architecture et au lourd héritage? Comment participent-ils de sa «repatrimonialisation», s y impliquent-ils tout en étant eux-mêmes façonnés par lui? Il s agissait de saisir comment ceux qui travaillent dans les milieux du patrimoine pensent, font et vivent le patrimoine et sont fait par le patrimoine, dans le contexte particulier de la reconfiguration des musées nationaux consacrés aux arts et aux cultures des «Autres». 12 ABÉLÈS Marc, 1995, «Pour une anthropologie des institutions», L Homme, n 135, pp. 65-85 ; ABÉLÈS Marc, 2000, Un ethnologue à l assemblée, Paris, Odile Jacob ; LATOUR Bruno, 2002, La fabrique du droit, une ethnographie du Conseil d État, éd. la Découverte. 13 TROMPETTE Pascale, 2003, L usine buissonnière. Une ethnographie du travail en monde industriel, Toulouse, Octarès Éditions ; JULIEN Marie-Pierre, 2005, «Travail et subjectivité : pistes ethnologiques du sujet», Ethnologie française «Fermetures : crises et reprises», n 4, pp. 733-737 ; JEANJEAN Agnès, 2006, Basses Œuvres. Une ethnologie du travail dans les égouts, Paris, Éditions du CTHS, FOURMAUX Francine, 2009, Belles de Paris. Une ethnologie du music-hall, Paris, Editions du CTHS. 14 BROMBERGER Christian et SEGALEN Martine (dir.), 1996, «Culture matérielle et modernité», Ethnologie française, n 1. WARNIER Jean-Pierre, 1999, Construire la culture matérielle. L homme qui pensait avec les doigts, Paris, PUF, coll. «Sciences sociales et sociétés» ; JULIEN Marie-Pierre, ROSSELIN Céline, 2005, Culture matérielle, Paris, La Découverte, coll. «Repères». ; ROUSTAN Mélanie, Sous l emprise des objets? Culture matérielle et autonomie, Paris, L Harmattan, coll. «Logiques sociales», 2007. 15 DEBARY Octave, 2003, La fin du Creusot ou l art d accommoder les restes, Paris, Éditions du CTHS ; SEGALEN Martine, 2005, Vie d un musée, 1937-2005, Paris, Stock. Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 9/151

Ce terrain était sensé apporter la matière à penser, de façon inédite, les musées des «Autres» : comment leurs personnels participent-ils de la construction de ce patrimoine qui met en scène les «Autres», d ailleurs et d ici ; comment s ajustent-ils, s identifient-ils ou se distinguent-ils de ces «Autres»? Les différents corps de métiers ont-ils une relation spécifique à ces «Autres» et comment la cultivent-ils? Notre point d attache principal était le Palais de la Porte Dorée. Nous souhaitions nous pencher sur le quotidien de ses personnels (de la conservation, des services techniques et de la surveillance), aujourd hui à la CNHI anciens du MNAAO et nouveaux arrivants. Nous souhaitions aussi aller sur les pas de ceux qui sont passés dans ce lieu et ont été amenés à le quitter ; les (re)trouver sur leur nouveau lieu de travail au MQB, au MuCEM, ou s ils sont retraités, aller les voir chez eux, pour mieux comprendre, a posteriori, comment ils ont été façonnés et ont façonné en retour ces institutions patrimoniales dédiées aux altérités. Éléments de contexte : l évolution des musées d anthropologie, (re)lectures du patrimoine des «Autres» Le Palais de la Porte Dorée, des colonies à l immigration La première pierre du Palais de la porte Dorée a été posée par Gaston Doumergue, Président de la République, le 5 novembre 1928, à Paris, à la lisière du bois de Vincennes. Conçu par Albert Laprade, construit pour l Exposition coloniale de 1931, il est destiné à se pérenniser comme musée permanent des Colonies. Il devient ensuite musée de la France d Outre-mer, puis musée des Arts africains et océaniens lors de la création du ministère des Affaires culturelles, à l approche des indépendances (1960). Prenant le titre de musée national des Arts d Afrique et d Océanie en 1992 (MNAAO), il ferme en 2003, pour léguer ses collections au musée du quai Branly en gestation. Musée des Colonies, carte postale de 1931 et photographie de l entrée de l Exposition Coloniale Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 10/151

Après quelques années d occupation provisoire par l Institut français d Architecture, puis de chantier, le Palais de la porte Dorée accueille en 2007 la Cité nationale de l histoire de l immigration (CNHI). L édification du bâtiment constituait une ode à «la plus grande France» : son architecture, ses bas-reliefs, ses fresques, son mobilier, etc. en faisaient un monument à la gloire du colonisateur. Sa muséographie reflétait, de façon similaire, l idéologie de l époque 16. Ainsi, au moment de sa construction, c est au premier degré qu il faut comprendre un lieu métonymique d un projet, d une idéologie et d une institution alors en pleine force : la France coloniale. Du contexte initial à la situation contemporaine, la rhétorique des colonies a cédé le pas à la grammaire de l immigration. Entrée de la CNHI en 2008 (photographie M. Roustan) Le déménagement des collections Au moment de la fermeture du MAAO, les collections «objets» déménagent, ainsi que leur documentation. Dans un premier temps, elles vont à «Berlier», le site du «chantier des collections» (mise en caisses, récolement, restauration, inventaire ). Elles sont ensuite amenées dans les réserves du musée du quai Branly (MQB), où elles retrouvent leurs «homologues» du musée de l Homme, en restructuration. Musée du quai Branly (photographie M. Roustan, 2010) 16 MURPHY Maureen, 2009, De l imaginaire au musée. Les arts d Afrique à Paris et à New York (1931-2006), Paris, Presses du réel, coll. Œuvres en sociétés. Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 11/151

Un flottement demeure quant aux éléments attachés au Palais de la Porte Dorée, et notamment au musée des Colonies. Les dispositifs muséographiques (vitrines, dioramas ) qui ont survécu au passage du temps posent la question de leur patrimonialisation. Il est décidé d en garder quelques exemplaires témoins, inventoriés en «collections historiques» au MQB, et conservés pour certains in situ, dans le bâtiment Porte Dorée, et pour d autres en réserves extérieures. Il en est de même de certaines pièces de mobiliers datant des années 1930, qui, en revanche, avaient été patrimonialisées dès les années 1980, avec leur entrée sur la liste supplémentaire de l inventaire des monuments historiques. Les deux salons ovales, anciens bureaux d apparat de ministres, sont parties prenantes du Palais tel qu il est restitué aujourd hui dans son «état d origine». Autres lieux, autres mouvements, nouvelles interprétations du patrimoine La création du MQB est un événement marquant de la reconfiguration française 17 et internationale des musées des «Autres». Son architecture et sa muséographie, résolument innovantes (Nouvel), ont cristallisé les débats autour de cette reconfiguration 18. Les paradigmes mobilisés pour penser l altérité évoluent (par exemple, montée en force de la «diversité culturelle» et de «l autochtonie») ; les disciplines scientifiques voient leurs frontières bouger, aux confins de l anthropologie, d un côté, et de l histoire de l art, de l autre (par exemple avec la notion d «arts premiers»). De la crise de la représentation en ethnologie 19 à l émergence de nouvelles préoccupations politiques envers les populations du sud et les minorités, de nombreux musées en charge de collections extra-occidentales connaissent une transformation : fermeture ou rénovation (par exemple, musée royal d Afrique centrale de Tervuren, en Belgique ou musée Pitt-Rivers à Oxford, au Royaume- Uni). D autres établissements voient le jour, avec la création de nouveaux bâtiments, de nouvelles muséographies et l affirmation de nouvelles préoccupations (les publics et la communication 20 ) et l apparition de nouvelles formes d organisation institutionnelle (les «établissements publics», pour la France, et la tendance aux «cités» culturelles). Le cas du MuCEM (musée des civilisations d Europe et de Méditerranée) est à ce titre intéressant. Il s inscrit en continuité et à la fois en rupture avec un musée d ethnologie «classique» (musée national des Arts et Traditions populaires) : il conserve mais renouvelle ses collections, ainsi que ses personnels. Il abandonne le bâtiment Dubuisson du Bois de Boulogne, à Paris, pour rejoindre une architecture contemporaine (Ricciotti) érigé sur le Vieux Port de Marseille. Et suivant le mouvement général, il devient «établissement public» et commence à recruter des personnels sur contrats de droit privé, comme à la CNHI et au MQB. 17 MAZÉ Camille, POULARD Frédéric, VENTURA Christelle (dir.), 2013, Les musées d ethnologie. Culture, politique et changement institutionnel, Éditions du CTHS. 18 Le Débat, 2007, n 147 : Le moment du Quai Branly ; Ethnologie française, 2008, n 4 : L Europe et ses ethnologies (dir. Martine SEGALEN). 19 CLIFFORD, James, 1996 [1988], Malaise dans la culture : l ethnographie, la littérature et l art du 20e siècle, Paris, Ensba. 20 HERMÈS, 2011, n 61 : Les musées au prisme de la communication (dir. Paul RASSE et Yves GIRAULT). Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 12/151

Les collections du MNATP «déménagent» à Marseille, au MuCEM (photographies M. Roustan, 2011) Un approche sensible de l expérience du changement Notre approche s attache à rester au plus près des hommes et des objets. Elle s inscrit dans la lignée des études «compréhensives», prenant au sérieux la parole des personnes rencontrées sur le terrain, et se focalise sur le vécu et le point de vue des professionnels. Elle se réclame également des analyses en termes de «culture matérielle», s intéressant aux relations entre sujets en actions et objets matériels (mobiliers et immobiliers) 21. Ces deux optiques définissent les contours d une ethnographie des institutions culturelles, nous permettant de saisir les manières dont les hommes contribuent à définir les objets de patrimoine, et réciproquement, la façon dont ces objets les travaillent en retour. Un terrain revisité : deux époques, une pluralité de lieux Notre vision de l ethnographie n est pas statique. Elle se fonde sur le temps long ; elle s ancre surtout dans deux moments forts : la fin du MAAO (2001-2002), les débuts des institutions rénovées (CNHI, MQB, MuCEM 2011-2012). L intervalle de 10 ans entre nos deux enquêtes nous a incité à construire notre terrain sur le mode du «que sont-ils devenus?». Sauf exception, les surveillants sont restés au Palais de la Porte Dorée, les conservateurs ont suivi les collections. Revisiter un terrain 22 implique non seulement de retourner sur des lieux, mais également de suivre des hommes et des objets dans leur trajectoires. 21 ROUSTAN Mélanie, 2007, Sous l emprise des objets? Culture matérielle et autonomie, Paris, L Harmattan, coll. «Logiques sociales». 22 CEFAÏ Daniel (dir.), 2010, L engagement ethnographique, Paris, Ed. de l EHESS. Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 13/151

Deux figures phare des musées : surveillants et conservateurs Notre projet initial incluait les services de surveillance, les services de conservation et les services techniques. Nous avons renoncé à l étude de ces derniers : beaucoup étaient partis à la retraite, certains, par pudeur, ont refusé de nous répondre ; la rencontre avec leurs «successeurs» nous auraient emmenés trop loin de l ethnographie des institutions culturelles, au vu de la reconfiguration des métiers au musée («externalisation» des prestations techniques). L étude conjointe des surveillants et des conservateurs, deux figures classiques des musées, nous permet de comprendre le double mouvement de réinterprétation patrimoniale du bâtiment et des collections. Nous nous intéressons aux changements de statuts et de significations des «objets» du monde muséal, et particulièrement aux façons de les mobiliser pour actualiser un rapport au passé, malgré leur relative permanence matérielle. Les «gardiens» nous permettent d appréhender les dynamiques locales du changement patrimonial à la Porte Dorée (ancien Palais des Colonies reconverti en Cité de l immigration). Les conservateurs, nous permettent, de leur côté, d envisager les dynamiques globales qui participent des réinterprétations des collections liées aux «Autres» 23. Grâce à une ethnographie des institutions fondée sur une approche compréhensive de la culture matérielle, jouant sur les échelles d observation, nous offrons un nouveau regard sur l évolution des musées des «Autres». Comment l analyse des mutations des métiers de la surveillance éclaire-t-elle la métamorphose du Palais de la Porte Dorée? Comment les «gardiens» du lieu ont-ils été transformés par sa métamorphose? Comment l analyse des mutations des métiers de la conservation éclaire-t-elle la métamorphose des collections consacrées aux «Autres»? Comment ces «gardiens» des collections ont-ils été transformés par leur métamorphose? 23 Croisant ainsi le champ de l histoire des collections [POULOT Dominique, «L histoire des collections, une histoire anecdotique?», in VINCENT Odile (dir.), 2011, Collectionner. Territoires-Objets-Destins, Paris, Créaphis éditions]. Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 14/151

PARTIE II - SURVEILLANTS, LES «GARDIENS» DU LIEU? «( ) le gardien qui dort, ou qui voit rien, qui a les deux pieds dans le même sabot. Et puis il y a ceux qui disent : "bon de toute façon ce sont des gens pas intéressants" ou alors, il y ceux qui ont la vraie curiosité de la vie et des gens, qui tout de suite "ah t'es gardien de musée, et comment ça se passe, et qu'est-ce que tu fais", et qui posent plein de questions, mais ils sont plus rares.» (Agent de surveillance de nuit, MAAO, 25 janvier 2002) Quel que soit l établissement, l image du «gardien de musée» semble à jamais figée. Le gardien appartient à ces figures qui nourrissent un imaginaire. Sa casquette et son uniforme incarnent une certaine autorité, sinon une autorité certaine. Il apparaît comme le gardien des lieux, de lieux un peu poussiéreux, dont les attributs généralement associés sont en cela révélateur : la «clé» n est-elle pas celle qui permet d ouvrir et de fermer les portes de ces forteresses culturelles que sont les musées? De même, il apparaît comme le gardien des objets qui habitent les lieux, tout comme le surveillant des visiteurs qui viennent voir les collections exposées : ici la «chaise» installée dans un coin d une «salle» d exposition n est-elle pas le symbole de son périmètre sous sur surveillance? Elle délimite un territoire d observation. Ces représentations traversent les temps d une façon quasi immuable. Chaise de gardien, MAAO 2003 (photographie M. Roustan) Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 15/151

Pourtant, que se cache-t-il derrière ces représentations qui leur collent à la peau? Quelles réalités sociales? Comment sortir de ces représentations, sinon en les déconstruisant, en repartant des catégories socio-professionnelles qui les caractérisent et, dans notre cas, plus sûrement encore, en s attachant aux discours que les agents développent sur leur pratique du métier. Aujourd hui, ces hommes et ces femmes qui exercent ce type de métier, assument ce type d emploi ne sont-ils pas qualifiés tout à la fois de «gardien de musée» (sans doute raccourci historique), de «surveillant de musée», d «agents de surveillance», d «agents d accueil et de surveillance», d «agent de sécurité», d «agents d accueil et de sécurité des musées», autant de termes qui dénotent d un flottement sémantique, qui mêlent terminologie administrative et expression du sens commun, autant de termes qui finissent par voiler, par trop d approximation ou de variété, ce qu ils sont, ce qu ils font, ce qu ils pensent être et faire. Un détour lexical et étymologique peut aider à un premier éclaircissement. Une analyse lexicale Que désigne donc le terme de «gardien»? Sur le site du Centre national de ressources textuelles-cnrs, consultable sur Internet, nous pouvons lire, entre autres, à ce propos : «Personne qui assure la garde, qui est chargée de protéger ou de surveiller quelqu'un ou quelque chose.». L analyse de l évolution de la prononciation et de l orthographe rappelle qu en «1264 «gardiain» est «celui qui a charge de garder (une personne, un lieu, un bâtiment)» (Doc., Archives du Jura ds Gdf. Compl.)». La définition qu en propose le nouveau Petit Robert (1996) conforte cette dernière : le «gardien» est la «personne qui a charge de garder qqn, un animal, un lieu, un bâtiment, etc.». Parmi les expressions mentionnées, celle de «gardien de musée» nous intéresse particulièrement car elle concerne précisément le groupe que nous étudions et montre le lien étroit entre musée et gardien. Les champs d action du gardien sont clairement posés. Le gardien est préposé à la «garde», c est-à-dire, toujours pour le nouveau Petit Robert (1996), à l «action de garder avec attention, en surveillant ou en protégeant», à l «Action de garder, de conserver (qqch.)» ; à l «Action de veiller sur un être vivant, soit pour le protéger, soit pour l empêcher de nuire ; à la «Surveillance» ; à la «Position de défense en vue d éviter un coup, un danger». Le «garde» apparaît alors comme la «Personne qui garde une chose, un dépôt, un lieu => conservateur, dépositaire, gardien, surveillant.» Ces exemples soulignent l existence d un point commun entre gardien et conservateur : ils sont là pour garder. Le conservateur est le gardien des œuvres, des collections. Le «Conservateur» étant la «personne préposée à la garde de qqch. => gardien». Ce terme renvoie également à un «titre», comme celui mentionné dans le dictionnaire du «conservateur d un musée, qui l organise et l administre», fonctions marquant cette fois la distinction avec le gardien de musée, qui assume une autre mission que recouvre pour partie le sens du mot «Garder». Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 16/151

En effet, «garder», c est «veiller, prendre garde» mais c est entre autres aussi toujours dans le nouveau Petit Robert : prendre soin de (une personne, un animal) => veiller (sur) ; surveiller ; empêcher (une personne) de sortir, de s en aller ; rester dans (un lieu) pour surveiller, défendre ce qui s y trouve (ex : garder une porte, une entrée : surveiller tous ceux qui entrent ou qui sortent ; protéger, préserver (d un mal, d un accident, d un danger.) ; Conserver, préserver (qqch.) de la destruction, d altérations ; mettre de côté, en réserve ; observer fidèlement, avec soin. Que désigne donc le terme de «surveillant»? Attachons-nous à présent au terme de «surveillant» afin de mieux saisir ce qu il recouvre. Sur le site du Centre national de ressources textuelles-cnrs, nous pouvons lire : «1535 subst. «celui qui surveille, évêque» (Kunze, p. 162); 1587 adj. «qui surveille» (P. Crespet, Le Jardin de Plaisir. 1602. II, 383 ds R. Philol. fr. t. 45, p. 150); spéc. a) 1872 subst. fém. (Luppi: Surveillante. La femme qui inspecte tout ce qui se fait, et ce qui se passe dans l'atelier); b) 1875 subst. masc. (Lar. 19 e : Surveillant. Personne spécialement chargée de surveiller des élèves); 1899 surveillant général (R. universitaire, loc. cit.); 1931 p. abrév. sur' gé, cégé (Gottschalk, Französische Schülersprache, p. 20, ibid., t. 23). Part. prés. subst. de surveiller*». Le nouveau Petit Robert donne comme définition : celui qui veille sur, qui a soin de» ; personne qui surveille ce dont elle a la responsabilité, la charge => garde, gardien.». «Surveiller» renvoie à de précises et multiples actions : observer avec une attention soutenue, de manière à exercer un contrôle, une vérification ; surveiller qqn, observer son comportement pour vérifier qu il ne manque pas à son devoir, pour empêcher de mal faire «avoir l œil sur, avoir à l œil» ; avoir autorité pour contrôler (garder (à vue)) ; veiller avec attention et autorité sur ; observer attentivement, fixer son attention sur, pour éviter ou prévenir un danger, une action ; exercer une surveillance policière ou militaire sur (qqn., qqch.) par l observation, les moyens de défense ou de répression. La «surveillance» apparaît entre autres comme le fait de surveiller ; l ensemble des actes par lesquels on exerce un contrôle suivi. Le nouveau Petit Robert fait le lien avec les sociétés de surveillance et la surveillance à distance (télésurveillance, vidéosurveillance) Ces définitions sont particulièrement éclairantes sur le recoupement des termes de «gardien» et de «surveillant» et, dés lors que nous nous rapportons aux agents de surveillance dans les musées, nous comprenions mieux le flottement usuel. Cette terminologie recouvre également des catégories administratives qui ont évolué au cours du temps transformant progressivement le gardien en surveillant et de fait, les modalités de recrutement et de traitement de ces personnels. Mais ici nous ne rentrerons pas dans les détails de ces changements. C est au tournant des années 80-90 que la terminologie évolue, Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 17/151

abandonnant le fameux qualificatif de «Gardien» ou de «gardien-chef» pour préférer celui «d agents d accueil, de surveillance, de magasinage» 24. Une catégorie administrative et professionnelle Pour les agents de la fonction publique, être surveillant, c est d abord appartenir à une filière professionnelle spécifique - un corps -, dans notre cas, une filière rattachée au ministère de la Culture et de la Communication. Cette filière est organisée par grades (A, B, C), auxquelles les agents accèdent par la voie des concours (en interne quand ils sont déjà dans l institution). Cette filière «Surveillance» a la particularité de ne pas intégrer la «Catégorie A+», grade le plus élevé de la hiérarchie qui concerne les filières «scientifique» et «administrative». Notons que pour la première filière, la «Catégorie A+» représente un grade unique attribué aux Conservateurs du patrimoine, ce qui dénote d un principe de supériorité hiérarchique, qui semble, malgré des contextes administratifs, culturels, politiques différents, avoir été cultivé 25, laissant, à notre avis, quelques traces dans le type de relations et de considérations réciproques observés aujourd hui entre conservateurs et surveillants et basées sur la distance, l indifférence ou l esprit critique. Pour revenir aux agents de surveillance travaillant actuellement dans des établissements culturels, ceux répondant à «Catégorie A» sont eux qualifiés d «Ingénieur des services culturels et du patrimoine- spécialité services culturels», ceux de la «Catégorie B», de «Technicien des services culturels et des bâtiments de France- spécialité accueil et surveillance» et enfin, ceux de la «Catégorie C», d «Adjoint technique d'accueil, de surveillance et de magasinage». Cette grille montre les possibilités d avancement du corps des surveillants ; comme tout agent d État, ils sont soumis à des notations qui infèrent sur leur promotion 26. Mais si des fiches de poste délimitent leurs missions (accueil du public, surveillance des salles, etc.), ces dernières peuvent cependant variées selon les besoins des établissements qui ont des histoires organisationnelles spécifiques. La polyvalence des activités de ces agents est d ailleurs l une des caractéristiques de ce corps. De même, la répartition des activités de jour et de nuit en est une autre. 24 EIDELMAN Jacqueline, MONJARET Anne, ROUSTAN Mélanie, 2003, «MAAO, mémoire d'une organisation», Culture & Musées, n 2, p. 110. 25 Odile Join-Lambert et Yves Lochard rapporte ainsi qu au début de XXème siècle : «Les gardiens, de même que la plupart des personnels administratifs ou techniques du musée, sont subordonnés aux conservateurs, scientifiques reconnus, disposant d un statut juridique dès 1910. L association des gardiens regrette qu ils soient «considérés comme des inférieurs»» [JOIN-LAMBERT Odile, LOCHARD Yves, 2010, «Construire le mérite dans la fonction publique d État : l exemple de la Culture (1880-1980)», Sociologie du Travail, avril, vol. 52, n 2, p. 155]. 26 Ibid. Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 18/151

Être gardien au Palais de la porte dorée Un gardien comme les autres Les agents de surveillance du Palais de la porte dorée, travaillant pour MAAO comme actuellement pour la CNHI, ou à l aquarium, rentrent dans ce profil et n échappent pas non plus au stéréotype du gardien. L un d eux témoigne en ce sens : «Et puis le musée, ce qui est marrant c'est plutôt l'idée que s'en font les autres, ce n est pas le fait d'être dedans, c'est plus l'idée que s'en font les autres. C'est "Ah tu travailles dans un musée!", alors entre ceux qui nous voient en cow-boy, armé jusqu'aux dents, toute la nuit, et ceux qui nous voient comme dans les films en train de dormir sur la chaise. En plus, ici, la spécificité de l'aquarium, "Ah les crocodiles!", et tout ça Donc c'est plus l'idée que s'en font les autres,» (Agent de surveillance de nuit, MAAO, 25 janvier 2002) Ce témoignage est d autant plus intéressant qu il enrichit l habituel portrait des gardiens de musée et en montre de nouvelles et différentes facettes : statique ou dynamique, diurne ou nocturne Les registres qui se font échos semblent osciller entre deux catégories bipolaires, rappelant ainsi que les gardiens de nuit ne sont pas ceux de jour. Mais surtout, adoptant une rhétorique de l inversion, ce témoigne fait apparaître le gardien comme un individu hors norme dans le sens où il adopte les comportements inverses à ceux habituellement associés au déroulement d une journée : il somnole le jour et il s active la nuit. Il s assoupit en journée, malgré les visiteurs, comme pour respecter le silence feutré qu impose le musée et il s agite la nuit, solitaire face l immobilité des objets, comme pour rompre leur silence et animer l atmosphère quelque peu pesante. Ces images trouvent un ancrage dans la réalité des pratiques qui différencient d ailleurs les surveillants de jour de ceux de nuit : les premiers surveillent un petit périmètre une «salle», les seconds, un périmètre plus étendu l établissement de fond en comble. Ils découvrent donc autrement le lieu : les premiers accèdent progressivement à chaque parcelle, chaque partie du tout, grâce au jeu d alternance des postes de surveillance, les seconds découvrent l ensemble grâce à leur déambulation nocturne. Chacun appréhende le musée à travers des manières d être et de faire. Les fonctions que ces agents occupent les (r)attachent au propre et au figuré au lieu (un bâtiment, des objets mis en vitrine (exposés) ou en réserve (stockés), des gens) et à l institution qui les emploie. Un gardien pas tout fait comme les autres Encart 1 : Les surveillants dans l enquête Entre 2001-2002, nous avions rencontrés au MAAO entre autres onze agents de surveillances en poste, qui assuraient pour certains, la surveillance de jour et pour d autres, celle de nuit. Un agent des services techniques qui avaient commencé sa carrière au MAAO comme «gardien». Entre 2011-2012, nous ne les avons pas tous ré-interviewés, bien que certains toujours affectés au Palais de la porte dorée exercent à la Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 19/151

CNHI et ont donc connu le passage du MAAO à la CNHI. Nous avons privilégié ceux que nous n avions pas rencontré à l époque, soit quatre d entre eux (elles). Parmi les enquêtés de l époque, nous en avons néanmoins revu deux sur place et un troisième dans un autre établissement, le MuCEM et un quatrième travaillant à la maison Georges-Clémenceau en Vendée. Nous avons également rencontré un autre agent ayant passé quelques mois au MAAO au début de sa carrière avant de rejoindre le MNATP (aujourd hui MuCEM). Enfin nous avons interviewé la nouvelle responsable du service de surveillance et, poussé par les nouvelles configurations professionnelles observées au sein de l établissement, nous avons rencontré le groupe de médiateurs arrivés au moment de l ouverture de la CNHI. Nous avons ainsi réalisés neuf entretiens auprès de surveillants, un auprès d un médiateur et un focus group réunissant une petite dizaine de médiateurs. Ce corpus a été complété d entretiens auprès de plusieurs membres de la direction de l établissement (dont l aquarium). Ces deux enquêtes se répondent. Le chassé-croisé ou le va-et-vient auxquels elles invitent, sont apparus comme de véritables atouts méthodologiques pour mesurer les changements du métier de «gardien» dans ces lieux marqués par l histoire coloniale à travers les perceptions et le vécu de ces changements par les agents eux-mêmes. Encart 2 : Quelques caractéristiques de la population de surveillants rencontrée En dehors des responsables, le personnel de surveillance appartient à la catégorie C, certains plafonnent bien qu ayant tenté les concours, ils sont généralement peu diplômés. Comme en témoigne l un d eux : «Si, j'ai passé le concours mais on ne réussit pas toujours ( ). Mais c'est vrai que parmi les anciens, je ne sais même pas si il y en un d'entre nous qui a le bac, peut être un et encore mais on est tous assez bas quoi, beaucoup n'ont pas cherché à... même si il y a pas l'intellect qui suis, on peut apprendre, il y en a qui n'ont jamais cherché...» (Agent de surveillance, ex-membre du MAAO, CNHI, 5 juillet 2011). Ouvrier, certains passent à la surveillance : «J étais ouvrier, je suis monté à la surveillance.» (Agent de surveillance, ex-membre du MAAO, CHNI, 14 juin 2011). Mais il arrive que cela soit l inverse aussi. Parmi eux, certains ont des trajectoires atypiques, acquérant des compétences qui peuvent être mises à profit dans l exercice de leur fonction, par exemple, la maîtrise d une langue étrangère, de la vidéo. La polyvalence caractérise ces agents. Entrer dans la fonction publique représente pour ces non-diplômes, qui ont aujourd hui une cinquantaine d années sinon plus, une stabilité de l emploi et une sécurité pour l avenir. Encore jeunes, ils intègrent des établissements culturels encouragés par des pères, des cousins déjà en poste. Les amis ont également une place non négligeable dans Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 20/151

leurs choix professionnels. Mais, parfois, il ne s agit du hasard d une rencontre, d une information glanée de ci de là. Une fois entrés, certains se destinent d emblée à la surveillance de nuit, des hommes généralement, d autres bifurquent à la suite d un passage dans les équipes de jour. Ils mènent en quelque sorte une double vie et ne souhaitent sacrifier aucune d elles : vie familiale, activités syndicales ou associatives ont été évoqués 27. L un des agents de surveillance de nuit témoigne en ce sens : «Oui parce que j avais mon mode de vie, j avais besoin de la journée pour avoir d autres occupations, je travaillais pour une association caritative à l époque et je suis encore. A l époque j avais beaucoup d activités syndicales et caritatives. (Agent de surveillance de nuit, ex-membre du MAAO, MNATP-MuCEM, 14 avril 2011) Les femmes, qui, de mémoire de gardien, ont fait leur entrée dans le métier dans les années 80, travaillent en journée. Semaine et weekend appartiennent au planning des surveillants. Le choix d affectation dans un établissement non loin de leur domicile s explique en partie par la particularité de leur emploi du temps. Aujourd hui le métier change en général, et au Palais de la porte dorée en particulier. Ce dernier a accueilli un nouvel établissement -la CNHIet pour les anciens qui ont connu le MAAO, le contexte de réorganisation des services et de modernisation de la structure s intensifie : l informatique ou les nouvelles technologies s immiscent progressivement dans leur activité ; l arrivée de jeunes médiateurs conduit à une redéfinition de leur mission et à son déplacement vers la fonction d accueil du public, cela est conforté par l externalisation du PC de sécurité qui a eu certaines conséquences pour ceux qui y travaillaient. Cette situation n est pas nouvelle, nous en avions détecté les prémisses dans notre première enquête, mais sa tendance s est confirmée voire renforcée et a eu un effet certain sur ces personnels qui l ont subi de plein fouet et qui y ont été d autant plus sensibles qu ils ont vu leur façon de travailler se modifiait : organisation, fonction, espace, Ici impossible de comprendre le contexte de changement du métier de surveillant sans prendre en compte les changements intervenus plus globalement au Palais de la porte dorée, et ce d autant que leur travail se fonde en grande partie sur un savoir associé au lieu, comme monument et comme établissement, se fonde sur une pratique «autour du lieu», pour reprendre l intitulé d un des derniers numéros de la revue Communications 28. Ces expériences construisent leur attachement au Palais. 27 LALLEMENT Michel, 2003, Temps, travail et modes de vie, Paris, PUF, pp. 117-134. 28 Communications, 2010, n 87 : Autour du Lieu (dir. Aline BROCHOT et Martin DE LA SOUDIERE). Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 21/151

Le Palais n est pas un lieu comme un autre, il n abrite pas non plus n importe quel musée. Il est marqué à jamais par son héritage colonial, traces indélébiles inscrites et ancrées au plus profond de ses pierres. Depuis le musée des colonies, le Palais a connu des mutations qui n ont pas laissé indifférents les personnels surveillants. Certains, la majorité d entre eux, ont vécu chacune des étapes du passage : fermeture du MAAO, entre-deux et chantier de rénovation et installation de la CNHI ; ils ont suivi ou absorbé par capillarité les arguments des débats colonies/immigrations, provoqué lors de l ouverture de la CHNI, et ce même si aujourd hui ils ne les évoquent pas spontanément. Dans tous les cas, on peut se demander quel effet cette conjoncture a eu sur eux. Un contexte lors des deux enquêtes qui construit la narration Cette situation déteint, si l on peut dire, sur la narration développée par les surveillants. Le contexte d énonciation ne peut alors se comprendre sans cette prise en compte situationnelle. Les périodes couvertes par les deux enquêtes sont en cela significatives. Un établissement à la veille de sa fermeture Dans la première enquête datée de 2001-2002, les discours se sont cristallisés sur les pratiques du métier, sans doute parce que les personnels sont conscients du tournant qui se prépare pour eux. Ils rapportent les souvenirs de leur carrière, la «mémoire d une organisation» imprégnée par la discipline (traces de la présence d anciens militaires), par la vie quasi familiale de cette petite structure muséale, etc. Ils sont tournés vers leur passé pour mieux sans doute en faire le deuil. Le musée du MAAO appartient à leur quotidien : ils nous parlent de leur attachement au lieu, aux œuvres. S ils se font critique sur la fermeture de leur établissement et ils sont plutôt en admiration pour ce qu ils représentent. Cette expérience construit leur rapport à cet Autre sur lequel se fonde la narration du musée mais aussi du Palais. Un établissement en réajustement Dans la seconde enquête datée de 2011-2012, les discours se font différents. L arrivée des médiateurs 29 a un impact sur ces derniers. La narration se construit dans la relation à cet étranger qui bouleverse leurs habitudes et le schéma qu ils ont façonné autour de leur rôle. Elle se construit donc dans l interaction avec ces nouveaux venus «les médiateurs», plus jeunes, plus diplômés qui renforcent leur stigmatisation, du moins leur différence : plus anciens, plus âgés, moins diplômés. Ils sont projetés vers l avenir. La Cité avec son musée vient bouleverser les catégories esthétiques auxquelles ils s étaient habitués. En revanche sa thématique de l immigration les interpelle fortement, car ils sont personnellement concernés. C est dans ce contexte de changement que se redéfinit leur regard sur le Palais. 29 PEYRIN Aurélie, 2010, Être médiateur au musée. Sociologie d un métier en trompe-l œil, Paris, La Documentation française, coll. Musées-Mondes. Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 22/151

Vivre et faire patrimoine de l «Autre» A travers les témoignages croisés des surveillants rencontrés à la première enquête et des surveillants et médiateurs rencontrés à la seconde enquête, nous tenterons de comprendre : -comment ces «servants du patrimoine» sont construits par l institution, les établissements et les métiers, -comment ils sont faits par les lieux, leur lieu, ce lieu (le palais) tout comme les objets, les collections et les visiteurs dont ils ont la charge d accueillir, d informer, de surveiller, mais aussi comment ils font les lieux par leur présence, leur manière de les habiter? Autrement dit comment les surveillants ont participé et participent des dynamiques patrimoniales autour d un patrimoine dédié aux «Autres»?Comment se construit le regard qu ils portent sur cet «Autre» ou ces «Autres» aux facettes multiples incarné par le Palais et les établissements qui y ont été et sont hébergés? Le Palais sous surveillance : assurer sa sécurité, c est s en imprégner (Bâtiment) L une des missions des agents de surveillance est d assurer la sécurité du Palais de la porte dorée, quels que soient les établissements qu il abrite. Elle les attache au lieu, un lieu qui réunit bien les registres que proposent Aline Brochot et Martin de La Soudière pour le définir : le temps, la centralité et les échelles 30. Un temps historique spatialisé : celui des colonies. Une centralité monumentale : celle du bâtiment et du terrain clôturé. Des échelles qui fonctionnent dans un jeu de miroir : celles politiques de la construction d un rapport à l Autre. Ces registres fondent la spécificité de ce lieu culturel politiquement marqué. Mais il en est une autre : le Palais a vu passer dans ses murs plusieurs établissements, et en particulier le MAAO ou la CNHI. Ces mutations ne sont pas exceptionnelles, tous les musées parisiens des «Autres» sont concernés par ces mutations et nous assistons à une sorte de redistribution des espaces muséaux : MAAO/CNHI ; MAAO/MQB, MNATP/MuCEM (avant un transfert à Marseille), Musée de l Homme, etc. Nombre des agents rencontrés ont connu, vécu ce passage, un passage qui constitue une expérience du lieu, leur expérience du lieu. Ils savent ce que veut dire un établissement avec son organisation, sa politique culturelle C est dans ce contexte particulier et au-delà de la pluralité des établissements qu ils ont vu passer, que ces hommes et ces femmes travaillent à la sécurité du lieu. C est dans ce cadre muséal, incluant un aquarium 31 qu ils doivent assurer la sécurité de l ensemble des locaux mais aussi des objets qui s y trouvent. L enveloppe n est pas dissociable du contenu. Ils sont les «gardiens» du lieu et des œuvres ; autrement dit, la valeur du lieu et des objets 30 BROCHOT Aline, LA SOUDIÈRE (DE) Martin, 2010, «Pourquoi le lieu?», Communications, «Autour du lieu», n 87, pp. 9-12. 31 Cette entité a toujours été présente et selon les périodes, est directement rattachée ou non à l établissement musée ou Cité. Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 23/151

conditionne leur travail. Les activités de ces professionnels sont attachées au lieu au point de les attacher au Palais, au propre et au figuré. 1. Garder et protéger les biens matériels La sécurité des biens matériels (bâtiment et œuvres exposées) assurée de jour comme de nuit nécessite des missions et une organisation précisément définies. Les missions dénotent d emblée d un certain rapport au lieu. 1.1. La mission générale : être au service de la sécurité et de la surveillance Comme toute organisation de travail, il existe un modèle hiérarchique, ici pyramidal. Ce sont donc des supérieurs -l encadrement- qui régissent les activités des subordonnées. Ces activités correspondent à une fiche de mission, mais qui est généralement adaptée aux besoins spécifiques de l établissement. La MAAO et la CNHI ne déroge pas à la règle, notons cependant que l externalisation du PC de sécurité a réduit les missions du service. En 2001, le responsable de la surveillance que nous avions rencontré définissait sa mission en ces termes : «Donc, ma fonction principale, c est la gestion des 35 à 40 personnes, de l accueil et de surveillance, titulaires et vacataires et l accueil et la sécurité du public. Plus, sécurité du bâtiment et des biens. Tout ce qui touche de près ou de loin à la sécurité générale de l établissement, faut que ça passe par moi. Je suis forcément concerné. ( ) La sécurité des biens et des personnes. Disons des personnes, des biens et du bâtiment. (Responsable de la surveillance, MAAO, 4 décembre 2001) Et son adjoint de la façon suivante : «Je suis adjoint au responsable de la sécurité, ou de la surveillance comme on veut. Donc il s agit de la gestion d une quarantaine d agents. Donc la gestion ça veut dire le planning, gérer leurs dossiers entre guillemets, gérer leurs dossiers, pas vraiment le dossier administratif qui comme vous savez est détenu par la DMF d abord et par la DAG en fait ensuite, donc on transmet les arrêts maladie, les choses comme ça, on s occupe de leurs congés. Ça c est une première chose. Il y a aussi l équipe de nuit quand même. Et la deuxième chose, on appelle ça le bureau des pleurs, mais c est vrai que, on est placé dans l entrée, et c est vrai que la porte est ouverte, et dès qu il y a un problème, même qui ne nous concerne pas, tout le monde vient nous voir, voilà, la porte est toujours ouverte. Tout d un coup un téléphone fonctionne pas, les gens viennent, mon téléphone marche pas, il y a des services techniques mais ils sont dans les sous-sols ; donc c est nous qu on vient voir, que sais-je. Et surtout on a un rapport avec les sociétés extérieures, et comme il y a eu ces deux dernières années - depuis que je suis là - énormément de travaux, donc on fixe leurs horaires, on établit un cahier des charges, leurs heures d intervention, leurs horaires, les noms, l établissement de badge, les faire parapher, savoir qui est là, qui n est pas là, leur faciliter le travail. Faire la connexion parfois entre deux entreprises qui travaillent au même moment et ça implique quand même pas mal de travail ça. En ce moment, c est des grilles. Mais là ça va, ça suit son cours tranquillement. C est assez beau. Ils ont passé ça à la feuille d or. C est bien. Ça sera fini Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 24/151

en principe dans une dizaine de jours.» (Responsable adjoint de la surveillance, MAAO, 13 mai 2002) Cet adjoint exprime ainsi une certaine sensibilité à la beauté du lieu. Chaque fonction conduit à apprécier à sa manière le cadre de travail. Ici, la multiplicité des tâches et des lieux de leur accomplissement y est sans doute également pour quelque chose et tient en partie à la position hiérarchique qui demande une certaine polyvalence. Tous les membres du personnel ne sont pas prêts à assumer de telles responsabilités, à assurer ce rôle hiérarchique qui, aux dires de certains, induit un certain «esprit». Parmi les personnes récemment rencontrées et dont le grade leur permettrait d accéder à un tel poste, l une d elles exprime sa gêne à l idée de devoir encadrer une équipe : «Non ça ne m intéresse pas du tout. Si j avais voulu enfin. C est comme quand j étais au MAAO, je faisais la fonction et j avais un certain grade qui me permettait, j avais quelqu un de titulaire avec moi et quelqu un de stagiaire avec moi. C'est-à-dire que je leur disais, tu te mets là, enfin en gros, je devais leur dire : «ben tiens, tu te postes là, toi tu te postes là. Mais je n ai jamais eu cette envie là d encadrer. ( ) Je peux découvrir un autre métier. Agent de surveillance, je ne peux pas dire que ce soit ce qui m intéresse le plus. Bien qu après effectivement, j ai passé un stage et peut être que j encadrerai plus, plutôt que d être sous la coupe de quelqu un, puisque je suis TSC (technicien de service culturel). C est un grade au dessus d agent de surveillance, c est catégorie B. Mais bon je ne me vois pas dire à une équipe : «ben écoute, lundi, mardi tu te mets à telle salle, mercredi, jeudi tu te mets là», sachant que j ai jamais exercé cette fonction-là. Je me vois pas faire ça quoi. J ai pas la fibre de». (Agent attaché au service de vidéo, MNATP- MuCEM, sur un poste d'agent de surveillance, ex-membre du MAAO, 27 avril 2011) Bien qu il appartienne à la filière de surveillance et qu il détienne un grade suffisamment élevé pour assumer un encadrement, il est intéressant de noter qu il met l accent sur sa non compétence dans le domaine, une incompétence, selon lui, qui ne peut que l éloigner de cette fonction. A travers ce témoignage, nous comprenons aussi que l on peut être rattaché à une filière tout en assurant une mission hors champ de la sécurité ou de l accueil. D autres vont au contraire accepter de cumuler des missions qui renforcent leur champ de compétence dans la sécurité. Si elles ajoutent un surcroît de travail, elles ont l intérêt d apporter au «métier» d «Accueil, Surveillance et Magasinage» une dimension qui ne peut que le valoriser : «( ) je suis aussi ACMO, je suis en charge de la mise en œuvre, je m occupe de la sécurité. On conseille le directeur, le chef du service pour l'hygiène et la sécurité dans le travail. C'est une fonction, agent chargé de la mise en œuvre, ça concerne le CHSCT. Comme je m intéresse à tout à rien, à beaucoup de choses, on me l'a proposé à l'époque, j'ai dit allez zou! Pourquoi pas. Ce qu'on faisait un petit peu quand il y avait des entreprises, on les suivait, ça aussi ça m'intéressait, travailler dans les travaux du bâtiment, quand ils ont refait la toiture à la suite de la tempête. C'est impressionnant de voir les feuilles de plomb pliées comme du papier à cigarette, des trucs qui pèsent plusieurs centaines de kilos, mettre des crochets et faire dix mètres pour se ficher dans un chapiteau central, et donc on suivait un peu le chantier comme ça...et ça, ça m'intéressait, le côté technique.» (Agent de surveillance, ex-membre du MAAO, CNHI, 5 juillet 2011) Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 25/151

Là encore, la mission rapproche le personnel de la matérialité du bâtiment - si nous pouvons nous exprimer ainsi. La moindre modification, la moindre atteinte du lieu, quelles soient positives ou négatives, sont remarquées. Cette caractéristique ne risque-t-elle pas de disparaître avec le resserrement progressif de la mission des surveillants, tournée plus vers un service au public et moins vers une surveillance du bâtiment. Toujours en 2011, à notre retour dans le nouvel établissement -la CNHI-, la responsable du service revient sur la spécificité de ses domaines de compétences et les transformations en cours : «C est la surveillance des personnes et des œuvres et puis c est la sécurité du bâtiment, c est la sécurité des œuvres, des personnes, on a aussi demandé à des agents de se former parce que plus les agents sont formés mieux c est quand même, parce que il y a un aspect panique, le jour où il y a un problème il y a des agents qui perdant tous leurs moyens, plus on est formé, plus on est armé.» (Chef d équipe des agents de surveillance, CNHI, 15 mai 2011) Son témoignage est assez significatif de la redéfinition de la mission qui prend en charge la sûreté du public. L externalisation du PC de sécurité participe de ce mouvement. 1.2. L organisation de la sécurité Quand le PC de sécurité existait, le travail des agents s organisait à partir de son local, spatialement circonscrit, qui se trouvait côté coulisse du bâtiment, au niveau de l aquarium et de l administration, en rez-de-chaussée. 1.2.1. «PC sécurité» : le temps du «bureau» (la «réserve») Il est alors le lieu de centralisation des affaires concernant la sécurité. C est à partir de ce nœud que le personnel rayonne, en fonction des urgences, des demandes. «On fait un point tous les matins ensemble. On est tranquille. Et donc toute la journée nous sommes appelés à différentes interventions à droite et à gauche, que ce soit pour les entreprises extérieures, que ce soit parce qu il y a une salle qui ne peut pas être ouverte, par manque d effectif, que ce soit parce qu un visiteur ou un gamin est tombé et il faut appeler les services d urgence. C est très vaste, très varié!» (Responsable de la surveillance, MAAO, 4 décembre 2001) Certains des agents affectés au PC ne connaissaient pas le travail en salle assumé par d autres de leurs confrères, ils restent eux plutôt cantonnés à la surveillance des alarmes : «On était au PC sécurité. Avant le standard c était un téléphone comme ça, on devait répondre et s occuper des alarmes. ( ) ce que j ai fait jusqu à présent me plaisait, moi ce qui me plaisait beaucoup, c était le PC sécurité, tout ce qui est alarme, incendie, vol, intrusion, caméras vidéo de tout le bâtiment. -Vous connaissiez où elles étaient placées? Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 26/151

Par cœur, d ailleurs quand est arrivée la boîte qui est ici (dans le cadre de l externalisation du PC) 32, je leur avais inscrit sur un papier toutes les alarmes incendie, les numéros, les chiffres et tout, il y en avait en sous sol, à l aquarium et à l étage et puis après on m a dit merci au revoir vous allez en salle, donc j avais un peu les boules» (Agent de surveillance, ex-membre du MAAO, CHNI, 14 juin 2011) Au moment de quitter leur poste lors de l externalisation du PC, les agents transmettent, à la société privée qui prend en charge la sécurité, les informations nécessaires pour effectuer sa mission. Mais pour le personnel du MAAO/CNHI, cette passation a un goût amer. C est avec le temps et la pratique des lieux qu ils ont acquis ce savoir pointu, qu ils ont repéré l emplacement de chaque alarme, affinant progressivement leur connaissance du Palais dans ces moindres recoins : «Oui, tout le musée, la surveillance concerne toutes les parties du bâtiment. Donc j'ai fait ça quelques années, après euh... On nous mettait de temps en temps en réserve donc c'est-à-dire que ce jour-là on était plutôt au PC ou au bureau et si il y avait des choses à faire, bouger des meubles, aller jeter des choses à la benne ou faire des... Donc voilà ça c'est ce qu'on appelle la réserve. Après on m'a demandé de m'intéresser un peu aux alarmes, des trucs comme ça, ça me plaisait bien, je comprenais assez bien, c était un peu avant que le MAAO ferme et pendant toute la fermeture, j'étais plus souvent au PC qu'en salle. Je m'occupais de la sécurité incendie, des trucs comme ça. (Agent de surveillance, ex-membre du MAAO, CNHI, 5 juillet 2011) Le goût pour les savoirs techniques a contribué à ce que cet agent accepte cette nouvelle mission. La pratique conduit alors les surveillants à mieux percevoir les besoins de l établissement. L accroissement du nombre des visiteurs a obligé à une vigilance accrue. L aquarium apparaît toujours comme un point critique qui demande une attention particulière : «Il y a plus de public mais c est vrai qu il y a un grand système d alarme, de télé-vidéo et de maintenance par rapport à l aquarium, parce que c est vrai que le gros problème qui peut se passer de nuit, c est l aquarium, c est le gros problème, au niveau des pompes, au niveau de la filtration, au niveau des fuites, on a régulièrement des problèmes au niveau de l aquarium. (Agent de surveillance de nuit, MAAO, 11 février 2002) Cet autre témoin confirme la place du PC sécurité au sein du musée et les transformations qu il sera amené à connaître suite à la modernisation des installations : «Oui, ne serait-ce qu au niveau des installations de la sécurité, on a modernisé tout ça. Tout a été refait à neuf pour mieux protéger l ensemble. Les alarmes ponctuelles, les détecteurs d incendie, tout a été refait à neuf, depuis deux ans» (Agent de surveillance, ex-membre du MAAO, CNHI, 24 mai 2011) Mais avant cette modernisation, les systèmes de sécurité étaient déjà passés progressivement de l ère électronique à l ère informatique. «Alors l'informatique, en ce qui concerne la gestion des alarmes, est arrivée il y a deux ou trois ans, je crois. Enfin on était déjà une part sur du manuel, avec des interrupteurs manuels, et 32 Souligné par nous. Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 27/151

électronique, avec les petits claviers qui ressemblent un petit peu à des machines à calculer. Et ensuite on est passé sur à l informatique, et c'était il y a deux trois ans je crois.» (Agent de surveillance de nuit, MAAO, 25 janvier 2002) 1.2.2. L informatique : outil de surveillance Si l activité du PC sédentarise pour partie les personnels qui y travaillent, c est en partie dû à la centralisation de la surveillance, l informatique introduit une surveillance à distance, via des écrans de contrôle. «Oui, c est intéressant. Parce que on travaille sur des ordinateurs maintenant, pour les alarmes, on a des ordinateurs pour toutes les salles d exposition, on a des ordinateurs pour les réserves et il y a une imprimante qui indique quiconque y pénètre, parce que on y pénètre par un code, c est un code secret personnel. -Oui, donc on voit le mouvement? Tout de suite. Et il y a en plus, ces appareils qui enregistrent un historique sur plusieurs mois, si il y a un problème, on peut remonter dans le temps et elle imprime l historique de tout ce qui s est passé, minute par minute, seconde par seconde. C est optimal.» (Agent de surveillance, alors MAAO et CNHI, 25 mars 2002) Les agents et surtout ceux travaillant la nuit plus isolés, ont eu à se familiariser avec ces nouveaux équipements : «C est sécurisé à chaque fois voilà. Sinon la sécurité, s il y a une intrusion et là il n y a pas de problème, tout est informatisé depuis quelques années, je ne vous dirai pas quand, sinon je vais vous dire des bêtises. ( ) ça c est fait progressivement. Mais bon, c est un logiciel qui est très, très simple à utiliser, donc il n y a pas de problème d utilisation, même pour un néophyte en informatique, en ordinateur, il se débrouille assez rapidement.» (Agent de surveillance de nuit, MAAO, 23 janvier 2002) Mais, apparemment, la simplicité de l usage n a pas refreiné les éventuels réfractaires, comme nous l explique un agent qui depuis le MAAO a pu observer les transformations : «Oui, moi j'ai toujours été arriéré, réfractaire à l'informatique. Mon premier contact avec l'ordinateur, c'était aux archives. Il a fallu que j'apprenne deux-trois trucs, sur leur logiciel à eux. En arrivant ici, on m'a expliqué deux trois trucs et j'ai appris par moi-même. Là c'est encore des bonnes vieilles machines, bêtes et méchantes et sinon pour faire fonctionner les mises en alarme et sécurité, c'est facile, c est une petite platine avec des chiffres, fallait composer un code et voilà... on vous explique et ça rentre tout seul. -Que recouvrait l'informatique pour vous? Il y avait un petit logiciel de formation d'intrusion et d'incendie, donc fallait juste savoir bêtement cliquer, l'utiliser quand même et après on avait la connexion internet, ça permettait aussi de s occuper. (.) On faisait aussi les plannings, il y avait quand même le format sur l'ordinateur, après on sortait la feuille, ça allait plus vite de le faire à la main en fin de compte. -Vous imprimiez la feuille. Voilà, il n'y avait plus qu'à remplir les cases à la main, c'était plus facile.» (Agent de surveillance, ex-membre du MAAO, CNHI, 5 juillet 2011). Parmi les surveillants, certains expliquent avoir suivi des stages de formation pour une remise à niveau de leur connaissance en informatique : Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 28/151

«J'ai fait de la photo, j'ai fait de l'informatique, j'ai fait de l'encadrement, j'ai fait aussi des stages Alors par contre, les stages qui étaient imposés par le musée, ou demandés par la DMF, ceux-là par contre je les récupérais, parce que souvent ça me mettais en l'air le planning que j'avais déjà prévu, et ça c'était plus gênant. Mais oui, surtout dans l'informatique, et les derniers que j'ai fait, oui, parce que tous les autres je les avais déjà faits, là c'était surtout en informatique que je les ai faits.» (Agent de surveillance de nuit, MAAO, 25 janvier 2002) 1.2.3. Former à la sécurité La formation ne s arrête pas qu aux usages de l informatique, elle englobe plus largement tout ce qui concerne la sécurité des lieux, des œuvres et des personnes : «Ici ils ont tenté, les seules formations qu il y a eues sur le site ce sont des petites formations incendie, qui passent l après-midi, et pourquoi des gens d autres musées viennent le faire ici, c est parce qu ici il y a un jardin, et donc derrière on peut faire de l extinction de feu en réel. C est-à-dire on allume un feu de bois. C est fait par des pompiers, donc il n y a pas de danger, les pompiers sont sur place, et on allume un feu et alors on essaie avec divers types d extincteurs,( ) On demande à un participant de décrire tous les systèmes d incendie, les RIA, les extincteurs. Et on lui dit : «vous êtes dans une salle, y a le feu, qu est-ce que vous faites?» Et on voit très bien qu il ne sait pas comment il manie un extincteur. Il pense qu on le retourne, alors que ça c est les anciens modèles, il ne sait pas. Donc on peut se dire, celui-là il n a pas eu la formation pratique, il a bien révisé ses cours mais visiblement il n a jamais eu un extincteur entre les mains, il n a jamais vu fonctionner, ça c est arrivé deux trois fois.» (Responsable adjoint de la surveillance, MAAO, 13 mai 2002) A leur arrivée à la CNHI, les médiateurs ont reçu, à leur grand étonnement, une formation sécurité et secourisme : «Non, pas en lien direct avec le musée, c'était des intervenants extérieurs, c était un truc sur l histoire de l immigration, la surveillance, les premiers secours, l accueil des personnes. C'était plus une formation globale sur les métiers du musée. Après ici on a eu deux trois séminaires sur l histoire de l immigration. Une présentation des collections quand même, par une historienne. Sur deux semaines de formation, on a eu peut-être 3 jours d information sur les contenus et l histoire de l immigration, et puis le restant, c'était sécurité, premiers secours.» (Médiateurs, CNHI, 26 mars 2012) C est ainsi qu ils ont compris qui devenaient aussi surveillants. Ils se sont fait gardiens au moins pour un temps afin de combler le manque d effectifs du service d accueil. Cette accentuation du programme sur la sécurité est confirmée par cette autre enquêtée : «On a eu une période de formation, plutôt en sécurité c est vrai, on nous a présenté notre fonction plus comme une présence dans les salles mais pour informer les visiteurs, on s est vite rendu compte avec les formations qu on allait avoir vraiment une importance au niveau de la surveillance, ce qui s est confirmé après avec l ouverture. ( ) On a eu deux semaines de formation, une semaine en sécurité, que de la théorie, une autre semaine on a passé le brevet... ça s appelle pas comme ça, pour les premiers secours, ça c est super important, ne serait-ce que pour au jour le jour. Deux semaines vraiment intenses de formation sécurité, ensuite on a eu une semaine de formation accueil qui, à mon avis, aurait été très intéressante mais l intervenante a trop dévié de l accueil.» (Médiatrice, CNHI, 5 juillet 2011) Elle s interroge sur l intérêt d une approche psychologisante de la formation : Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 29/151

«On faisait des exercices un peu étranges, elle nous parlait de proximité, alors ce sont des sujets intéressants, on faisait des exercices Elle nous demandait de nous coller les uns aux autres pour sentir cette proximité, la distance entre les gens Elle utilisait des termes un peu bizarres, après elle nous disait... peut-être qu on était un peu sectaire, je ne sais pas, elle parlait de bulle de sécurité, alors c est vrai que c est important dans le rapport aux gens mais» (Médiatrice, CNHI, 5 juillet 2011) La sécurité est alors aussi entendue comme une aptitude relationnelle au public. Mais cette activité demande des compétences bien spécifiques. 1.1. Les activités spécifiques à la sécurité 1.3.1. Arbitrage et sécurité En particulier, elle demande une capacité d évaluation, d arbitrage et d appréhension rapide de la situation. Décider de l accès ou la fermeture de salles ou de réserves appartient à cet exercice : «Tout est relatif, si vous voulez. Si un conservateur, responsable de l Afrique, me dit : «Demain, je serai dans cette salle, il faut pas l ouvrir!». J exécute, si vous voulez. Ce qui est tout à fait logique. C est pas la peine que j en réfère au directeur en disant : «Est-ce qu on ferme ou on ferme pas?». Il faut savoir déterminer jusqu à quel degré on peut aller, en discutant avec les uns et les autres. Maintenant, si un conservateur me dit : «Il faut ouvrir la réserve parce que j ai envie de l ouvrir», je vais réfléchir. C est ça, c est tout. Si il me dit : «Je vais l ouvrir parce que je vais prendre un objet», c est autre chose. Il faut quand même un peu de jugeote.» (Responsable de la sécurité et de la surveillance, MAAO, 4 décembre 2001) Une aptitude que nous confirme l adjoint à la surveillance : «( ) oui ça dépend de nous parce que les conservateurs, le conservateur par exemple de l Océanie, il a la clef de la réserve Océanie, il a le code, il faut qu il fasse un code pour ôter l alarme, mais lui il a le code que de sa réserve à lui. Alors ce qui fait qu on est de temps en temps quand il y a une société extérieure qui vient, nous il faut qu on ait l accord du conservateur pour y faire entrer quelqu un d étranger, et nous évidemment on a le code pour toutes les réserves ( ).»(Responsable adjoint de la surveillance, MAAO, 13 mai 2002) La variété des situations fait la variété des décisions : «Maintenant, vis à vis des autres activités, c est : le chantier, vérifier si les mesures de sécurité sont bien prises. Parce que s ils sont en train de souder, il faut vérifier si il a obtenu l autorisation nécessaire. Vérifier que l extincteur à pompier est bien à côté, comme prévu par les textes. Vérifier que la porte qui a déjà été ouverte, pour lui donner l accès à une galerie pour qu il rentre son matériel a été refermée après. Il y a énormément de petits trucs comme ça!» (Responsable de la sécurité et de la surveillance, MAAO, 4 décembre 2001) 1.3.2. Faire l ouverture et la fermeture Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 30/151

Parmi les activités des agents de surveillances, celle qui a trait à l ouverture et à la fermeture de l établissement est sans doute la plus connue des visiteurs. Elle renvoie à l un des attributs types du gardien : les clés. Au MAAO encore, cette activité était du ressort des agents : «Il y a du changement, avant on avait nous-mêmes les clés, on ouvrait le musée, on ouvrait les salles, on allumait les lumières, on les éteignait le soir, maintenant c est le TSA qui prend le trousseau qui arrive, il nous réunit le matin, il fait un briefing, à la suite duquel chacun va à son secteur, et on n a plus la responsabilité d ouvrir et de fermer, c est hiérarchisé maintenant. Avant aussi mais on avait des grades d agent-chef maintenant c est devenu adjoint et le TSA restait dans son bureau et nous à tour de rôle on avait la responsabilité de l entrée. (Agent de surveillance, ex-membre du MAAO, CNHI, 24 mai 2011) Aujourd hui, les agents ont le sentiment de voir se réduire leur responsabilité ; mais surtout de ne plus être rattachés à ce symbole fort que sont les clés et qui incarne l image de «gardien de musée». Cette mission est à présent réservée aux seuls encadrants du service et elle paraît, au moins symboliquement, augmenter leur champ de responsabilités et par là leur pouvoir : «C est une tâche extrêmement délicate la fermeture, il faut savoir s y prendre avec tact, c est un moment de tension la fermeture et puis c est un aspect de sécurité, on avait des petits jeunes qui arrivaient qui était agent de médiation mais sur la partie surveillance et sécurité ils n y connaissaient rien.» (Chef d équipe des agents de surveillance, CNHI et son adjointe, exmembre du MAAO, CNHI, 15 mai 2011) Dire détenir les clés devient un argument de valorisation de son travail et de ses compétences et en même temps, il faut savoir que les encadrants responsable et adjointsont eux perdu un lieu clé : le PC sécurité. Ils ont vu leurs bureaux être déplacés. La journée au Palais est donc quadrillée par ces deux temps majeurs : l ouverture et la fermeture. En début de matinée, la journée commence avec la distribution des clés, la relève du courrier, la réception des livraisons, la préparation des caisses, la vérification de l éclairage des vitrines, le ménage des salles, puis vient le moment de la clôture des caisses, de l annonce de fermeture, des derniers tours de salle La présence des surveillants de nuit marque le passage entre ces temps liminaux d ouverture et de fermeture. «C est-à-dire en fait quand on arrive au musée, déjà c est la fermeture du musée au public, on assure la fermeture avec le personnel de jour, pour faire la transition ; ensuite jusqu'à 19 heures, enfin 19 heures-20 heures suivant les retardataires, on assure la réception des clefs et puis la standardisation. Et puis les livraisons éventuellement, parce qu il peut y avoir des livraisons et puis voilà, sinon le matin, à 7 heures 30, là c est pareil, c est la reprise donc, c est la réouverture du musée, pour les entreprises extérieures qui commencent tôt, puis à 8 heures 30, là on attend la relève de jour pour pouvoir quitter les locaux.» (Agent de surveillance de nuit, MAAO, 23 janvier 2002) Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 31/151

Ils sont en quelque sorte des passeurs et cette qualité-là n est toutefois pas propre à cet établissement : «Il y a le contact avec les agents de jour, il est assez simple, chaleureux et je pense que les personnels de nuit dans tous les établissements à ce contact assez facile, on s intègre assez facilement parce qu on maîtrise le travail de nuit, on est formé pour, on a un mode de vie par rapport à la nuit, on connaît, quand on vient ici on sait s adapter facilement, après il y a les rondes» (Agent de surveillance de nuit, ex-membre du MAAO, MNATP-MuCEM, 14 avril 2011) 1.3.3. Changement de service entre jour et nuit L arrivée des agents qui assurent la surveillance de nuit annonce la relève et la prise de possession de lieux par cette équipe : «Là on arrive, on doit être au travail à 17h. Et moi en tant que responsable, là j ai envoyé un autre gardien, mais en principe je dois faire la fermeture avec les gardiens de jour et tout vérifier, voir si tout est bien fermé, s il y a plus de clients, si y a rien. En ce qui concerne l entrée et ensuite on appelle ça la ronde de sécurité qui est faite vers 18h, pour tout vérifier et tout fermer à l intérieur.» (Agent de surveillance de nuit, MAAO, 13 février 2002) Les équipes du jour et de nuit se rencontrent, font un point sur la journée et s épaulent pour évacuer le public. «On assiste à la fermeture des grilles, pour s assurer que tout est bien fermé, qu il n y ait plus personne dans l établissement. Parfois il peut arriver, mais c est très, très rare, qu il y ait des retardataires à la librairie qu il faut raccompagner ensuite par la sortie de la conservation. Enfin ça, c est très, très rare. Donc, voilà, et puis ensuite comme je vous disais, après c est de récupérer les clefs, les conservateurs nous les laissent en partant, et puis la standardisation, donc le téléphone, les appels qu il peut y avoir justement pour les conservateurs.» (Agent de surveillance de nuit, MAAO, 23 janvier 2002) Ainsi le personnel de nuit peut avoir à se confronter aux visiteurs : «On a un contact le soir, au moment de la fermeture du musée, il y en a un de nous qui monte, pour assister à la fermeture, voir si tout se passe bien, discuter avec ceux qui ont bossé dans la journée, voir s'il y avait des problèmes, et qui assistent les personnes pour l'évacuation du musée. Donc le public on voit ceux qui gueulent parce qu'ils estiment qu'il est 17h25, il est pas 17h30, j'ai encore cinq minutes pour visiter les œuvres. Nous c'est ce genre de problème que je gère, donc en général ça va, mais il est vrai que certains soirs, certains voulant partir de bonne heure, ils ont tendance à fermer cinq minutes, dix minutes plus tôt, et ce que le public ne voit pas, c'est qu'à 17h30 c'est la grille en bas qui doit être fermée. Donc pour que la grille soit fermée en bas à 17h30, il faut qu'on commence à les virer des expositions vers vingt, à peu près, le temps le dernier comme ça il sera sorti à trente. Donc c'est ça le contact que j'ai avec le public.» (Agent de surveillance de nuit, MAAO, 25 janvier 2002) Il faut éviter qu un visiteur ne reste enfermé : «Des intrus, non. Un intrus, il faudrait qu'il arrive à passer les grilles, ensuite les vitres blindées, et qu'il arrive à neutraliser le système d'alarme, ça fait beaucoup. Si, une fois, il y a un visiteur qui s'est fait renfermé. C'est pour ça qu'on fait une ronde tout de suite. Il s'inquiétait parce qu'il Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 32/151

ne savait pas qu'on fait une ronde tout de suite après qu'on soit fermé, et il avait un portable, donc il a appelé le musée pour dire "je suis renfermé". Il était dans une salle. Au moment où la personne de jour qui a fermé la salle a regardé, il devait être derrière un pilier, la personne a regardé comme ça, a fermé, l'autre n a pas fait attention, il s'est fait renfermé. Bah ça arrive. Mais la personne était paniquée, surtout à l'idée de passer toute la nuit sur place. C'était plutôt ça qui l'a inquiété. Non, sinon les incidents nous c'est des fuites d'eau, des poissons, les tempêtes, c'est vraiment du technique.» (Agent de surveillance de nuit, MAAO, 25 janvier 2002) Il faut s enquérir des personnels dans les bureaux qui prolongent leur journée : «-Donc vous arrivez à dix-sept heures Et on finit à huit heures et demie le matin. Voilà, après je ne peux pas décrire la nuit exactement, plus précisément. On va dire, il y a une ronde environ toutes les deux heures. Nous on est là pour faire respecter qu'à une heure précise il n'y ait plus personne dans le bâtiment, il y a une heure limite. Dans tout ce qui est salles d'exposition et zones techniques, c'est 18h. Pour les bureaux, et uniquement les bureaux, c'est 20h. -Donc il n'y a jamais personne qui travaille Il arrive parfois, sur dérogation, et ça c'est le chef de la sécurité qui nous dit ce soir untel, untel, untel sont autorisés à rester plus tard. Ça sous-entend s'ils restent plus tard qu'il y a des alarmes qui ne seront pas mises jusqu'à ce qu'ils soient partis. Parce qu'en fait après il faut justifier pourquoi on n'a pas mis les alarmes s'il n'y avait plus personne.» (Agent de surveillance de nuit, MAAO, 25 janvier 2002) Cet agent poursuit : «On est tout le temps minimum deux, voire trois. En général, en ce moment on est plus souvent trois que deux, mais avec les congés, les repos, tout ça, il arrive qu'on soit deux, mais on est deux ou trois. Donc on organise tout ça, en général on fait une première ronde, là ils doivent être en train de la faire, oui, une première ronde puisque le public est parti, donc on fait une première ronde. Ensuite il va y avoir une ronde une fois que les dernières personnes sont parties, quand on estime d'après le registre d'entrées et de sorties des personnes qu'il n'y a plus personne dans le musée, on fait une ronde pour vérifier qu'il n'y a plus personne. Donc on met le reste des alarmes qu'il y a à mettre sur le périmètre occupé par la dernière personne présente, et puis ensuite en général c'est l'heure à laquelle on se met à table, on refait une ronde» (Agent de surveillance de nuit, MAAO, 25 janvier 2002) C est ainsi que les surveillants prennent leurs marques avant de commencer leur nuit. 1.3.4. La surveillance de nuit La nuit apparaît comme un entre-deux, un temps suspendu qui laisse le Palais dans un état d assoupissement et conditionne l organisation du travail de ceux qui ont la responsabilité de sa surveillance. Les équipes se relaient une nuit sur deux sur des périodes de vingt jours. L immensité du lieu au regard du nombre des surveillants présents explique l obligation de respecter certaines règles : «Bon il y en a toujours un qui est au PC, et puis les autres peuvent se reposer. On s arrange, on s organise entre nous. ( ) On a à peu près environ trois-deux rondes dans la nuit, et on les fait pendant qu on a un collègue au PC. On est obligé d être à deux. Et puis un gardien peut avoir un problème, donc c est obligatoire.» (Agent de surveillance de nuit, MAAO, 13 février 2002) Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 33/151

Les équipes prennent possession des lieux en réalisant leurs rondes : «Et entre temps, il y a cette plage horaire, et donc quand tout le monde est parti on met toutes les zones du musée sous alarme, ensuite on fait des rondes à tour de rôle, pour vérifier s il n y a pas d incidents. ( ) Passe, puis clef, nous pointons à chaque passage de zone, on vérifie tous les accès de l établissement et puis tous les étages, on tourne dans toutes les galeries, on commence par les sous-sols.» (Agent de surveillance de nuit, MAAO, 23 janvier 2002) C est dans le moindre de ses détails qu ils connaissent le Palais, circulant du toit au sous-sol. Ils ont leur perception des lieux et développent autrement leurs sens : vue, odorat, ouïe principalement. Dès lors leur apprentissage se fait surtout sur le tas : «Il y a une formation basique quand on arrive avec les collègues, et puis après on apprend par soi-même ; quand quelque chose qui nous échappe, on pose la question tout simplement, quand on a des nouveaux» (Agent de surveillance de nuit, MAAO, 13 février 2002) L appréhension des lieux demande du temps : «Parce que c est vrai que le jeune gardien qui va arriver Moi quand je suis arrivé Quand vous avez fait le tour du musée pendant disons un ou deux mois, enfin vous le connaissez, mais au niveau technique, c est vrai qu il faut peut-être une année, peut-être voire plus pour bien connaître les problèmes qu il peut y avoir. -C est donc long l apprentissage de toutes les pièces Ah oui bien sûr, il faut bien assimiler tout, parce que le circuit qu on fait, bon on le connaît, mais finalement petit à petit on apprend à connaître quand même des coins qu on ne connaissait pas. -Il y a un peu le circuit bien balisé Il y a le circuit balisé qu on est tenu à faire du fait qu on a un circuit avec des alarmes, mais c est balisé plus ou moins. Donc il y a des endroits que petit à petit on apprend à connaître progressivement.» (Agent de surveillance de nuit, MAAO, 13 février 2002) Ils doivent être attentifs aux risques de débordements de l eau sur les toits comme au soussol. Les surveillants de jour doivent l être également aussi. L un d eux rappelle les différentes formes que peut prendre l intrusion de l eau dans le Palais : «Si, on va sur la terrasse aussi. Si, par exemple, il pleut beaucoup, on monte en faisant la ronde, on va sur la terrasse, parce que des fois il y a des écoulements d eau, qui sont des fois bouchés. Si c est bouché, on va essayer de le déboucher mais on le signale à nos chefs tout de suite. Il y a tel problème, tel problème. ( ) On fait la ronde comme ça. Quand on fait la ronde au sous-sol aussi, on passe partout. On va voir s il n y a pas une fuite d eau. On regarde, par exemple, les chaudières. On regarde les températures pour voir si tout marche bien. Si on en voit un qui n est pas normal, on signale tout de suite. (Agent de surveillance, MAAO, 18 décembre 2001) La sécurité de jour comme de nuit se ressemble, à ceci près que la nuit, les présences humaines sont plus rares, rendant plus complexe les interventions d urgence. Et au Palais, l aquarium est au cœur des préoccupations des surveillants. «C est vrai que c est un musée qui est spécifique dans la mesure où avec l aquarium, il y a beaucoup de conduites d eau, donc c est la principale vérification là-haut, notre travail vraiment essentiel est de tout vérifier, parce que évidemment ça se répercute, les alarmes se Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 34/151

répercutent au PC. Mais, il faut vraiment vérifier qu il n y ait pas de fuites. C est arrivé plusieurs fois, des fuites assez importantes.» (Agent de surveillance de nuit, MAAO, 13 février 2002) Un autre agent confirme : «Il y a 20000 litres d eau qui se sont écoulés. Il y a un système de pompe, le dessus de pompe a sauté et l eau s est écoulée. Heureusement ça a été refait, ce qui fait que c est parti par un truc des eaux usées, mais ils ont fait tout un revêtement en espèce de vernis polyuréthane qui fait que c est complètement étanche. Le sol de la pièce est complètement étanche, complètement fermée, donc ça a été refait. Les travaux ont été terminés il y a deux mois, c est un coup de chance. Sinon ça serait tout parti dans les sous-sols, et quand c est arrivé, en trois quart d heures, il y a 20000 litres d eau qui sont partis, il restait ça et puis les poissons ils se sentaient mal. Ce matin d ailleurs on a demandé les agents de nuit s en sont aperçu à 6 heures du matin. Le directeur de l aquarium est venu nous voir, il nous a dit qu ils étaient pas très en forme mais ils se sont remis ( ). Ils s en sont aperçu vraiment juste. Donc si il y a un problème technique à l aquarium et que les gens de l aquarium ne sont pas là, c est-à-dire la nuit, parce qu eux font aussi équipe le dimanche, un système de pompe qui ne fonctionne pas, un système de réchauffage de l eau par exemple, de thermostat qui fonctionne pas, on a des alarmes qui aboutissent aussi là-bas, donc on est quand même prévenus, si il y a une alarme technique à l aquarium, on est prévenu aussi.» (Responsable adjoint de la surveillance, MAAO, 13 mai 2002) Les conséquences peuvent être considérables. Dans les sous-sols, les agents de nuit doivent aussi être attentifs au risque d émanation toxique de certains produits utilisés pour la restauration des collections conservés, alors au MAAO. «Par exemple il y a des systèmes d aération spéciaux dans la salle de restauration. Là-bas il y a ces systèmes parce que il manipule des essences de térébenthine, enfin des produits dangereux si vous voulez. Donc le restaurateur a un placard qu est obligé d être fermé à clef. Personne n a le droit de pénétrer, même pour le nettoyage, les bureaux. C est nous qui avons les rapports avec la société extérieure, on leur ouvre les bureaux le matin. Et puis ils ont pas le droit de rentrer dans l atelier de restauration, dans la mesure où il y a des produits dangereux dans un truc fermé à clef. Et il a un système de ventilation, d aspiration si vous voulez, des différentes émanations je ne sais pas des produits qu il met en branle lorsqu il travaille sur des objets.» (Responsable adjoint de la surveillance, MAAO, 13 mai 2002) Après l eau, les émanations toxiques, les risques incendies -le feu- représente une autre des appréhensions des surveillants de nuit : «-Et sinon des incendies, il y en a déjà eus? Non, il y a une fois, il y a quelques temps, une alerte incendie, mais c'est juste le logo de la cuve, non pas de la cuve, de la chaudière à gaz qu'on a en bas, on a quatre chaudières à gaz énormes, et il y a le logo d'une qui a fondu, qui a déclenché de la fumée, qui a déclenché l'alarme. Donc quand je suis arrivé sur place, ça sentait le cramé, c'est vrai, donc on a fait les procédures, coupure de gaz, machin et tout ça, et j'avais beau chercher, chercher, il n'y a rien qui crame ici, pourtant il y a de la fumée, ça sent le cramé, et c'est la fois d'après quand je suis revenu bosser, qu'on m'a dit on a trouvé, c'est le logo qu'était au-dessus qui a fondu, et c'est ça, c'est le bout de plastique qui a fondu qui a déclenché l'alarme.» (Agent de surveillance de nuit, MAAO, 25 janvier 2002) La nuit, tout prend d autres proportions, mais les risques sont les mêmes, de jour comme de nuit, et doivent mobiliser à chaque instant les équipes de surveillance. Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 35/151

1.3.5. Faire face à des contextes sortis de l ordinaire En dehors de ce contexte ordinaire, le service de surveillance est amené à intervenir lors d événements qui ponctuent la vie du Palais de la porte dorée. Même si le montage d une exposition appartient aux activités a priori ordinaires d un musée, pour les personnels de surveillance, il s ajoute à leurs autres activités, plus routinières, et leur demande une attention particulière qui alourdit leur ordinaire : «Parce que cela les change de la routine, déjà! Et puis cela permet de voir des choses nouvelles. Par contre, ce qu il faut rajouter peut-être, c est qu il ne faut pas parler exposition uniquement à partir du moment où elle reçoit du public. En ce qui nous concerne, pour nous une exposition, cela commence dès l installation de la muséographie, et cela dure deux ou trois mois. Il y a des tas de travaux nécessaires à l aménagement, de montage, arrivée des œuvres, installation des œuvres. Tout ça cela crée des activités en plus des activités journalières habituelles. Donc, c est du travail supplémentaire bien sûr! Mais cela égaie un peu le musée, aussi. ( ) Nous sommes obligés d y participer, au niveau sécurité, pour y jeter un œil. Faut, c est obligé, ouvrir ou fermer certaines portes. Ne serait-ce que ça! Cela permet aux différents agents d y participer. Même indirectement, mais ils sont obligés à la limite.» (Responsable de la sécurité et de la surveillance, MAAO, 4 décembre 2001) Les tournages de film ou les spectacles de tout genre, sont de ces événements qui mobilisent autrement les équipes de surveillance et présentent pour eux parfois d autres attraits qui dépassent l intérêt ou l obligation professionnels : «Alors tous ces événements extraordinaires, par exemple on va avoir dans trois semaines le tournage ici, c est marrant parce que c est transposé à l époque moderne, on va avoir le tournage ici pendant une après-midi, mais c est une très grosse installation des Liaisons dangereuses avec Catherine Deneuve, alors je sais pas si elle sera là ce jour-là, et Nastassja Kinski, ils vont reconstituer dans le salon Afrique un parc colonial des années 60, on se demande d ailleurs, entre parenthèses, ce que cela à voir avec le roman de Choderlos de Laclos33, et il y aura une cage aux lions. Alors toute cette logistique-là, c est-à-dire 35 techniciens, 15 figurants, le lion, Mme Dayan qui paraît-il est un personnage un peu autoritaire, on va être là aussi pour arrondir un peu les angles. Donc c est quand même toute une logistique, les câbles à installer, donc faut voir aussi, on voit avec l électricien, toutes les questions techniques, les problèmes, parce qu il y aura du public. L installation se fait la veille, c est un lundi, le tournage c est un mardi, il n y a pas de problèmes, mais le lundi, il y a toute l installation technique toute la journée du lundi. Donc il faut prévoir d une part le flux des visiteurs. Par ailleurs où ils vont se câbler, par quel côté, ils vont rentrer, nommer les agents, prendre des agents volontaires pour aller ouvrir les camions dans la cour dehors, là-bas derrière. C est quand même une grosse organisation et ça va nous demander pas mal de boulot. Et donc on a fait ça. Pendant une semaine il y a eu les balais de Karine Saporta, ( ) ça demande toute une logistique, et les rapports avec Mme Saporta entre parenthèses, Mlle Saporta, étaient pas évidents. Quelqu un qui est, un vrai ayatollah cette nana. Et non, mais sûrement très bonne dans sa partie mais très, parce qu ils répétaient dans la salle des fêtes pendant que le public se alors on leur avait dit pas de musique, alors il fallait intervenir et tout. Donc ça c est quand même une partie assez intéressante parce qu il y a un côté relations 33 Ce commentaire de l agent n était-ce pas une manière de montrer à son interlocuteur qu il ne manque pas de connaissance littéraire. Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 36/151

humaines. Alors on est là un petit peu pour arrondir les angles parce que les agents ne sont pas toujours.» (Responsable adjoint de la surveillance, MAAO, 13 mai 2002) Il est courant que les établissements louent à des sociétés extérieures ou prêtent à leurs mécènes leurs locaux, donnant l occasion de soirée de tout genre en leur sein. Ainsi, il arrive que la «salle des fêtes» du Palais de la porte dorée retrouve le temps d une soirée les fastes qu elle a connu autrefois. «Si vous voulez, depuis 8 ou 10 ans, il y a beaucoup d activités du genre soirée festive. La loi sur le mécénat qui permet de prêter les locaux de certains établissements à cela met de la gaieté aussi. Par exemple, il y a eu des défilés de mode très importants. Des présentations de meubles ou autres. C est quand même joli à voir, ces défilés de mode. Ou même, des émissions de télévision qui se tiennent dans la salle centrale. Cela fait de l ambiance! Et puis cela permet aux agents de côtoyer des présentateurs vedettes ou autres, qu ils ne voient qu à la télévision. Là, ils les voient en réalité. Nous avons la chance de posséder une grande salle qui permet ce genre de choses. Elle est actuellement utilisée pour l exposition : Kanaks et Vahinés, mais ce n est pas plus mal en certaines circonstances, il y a de grandes soirées mondaines. -C était une salle de réception. C était la salle des fêtes. Donc, on est revenu à l origine. Ce n est pas en permanence, bien sûr. Mais cela arrive, en moyenne, trois fois dans l année. Voire plus, mais trois fois c est une bonne moyenne. Alors, ce sont des soirées plus ou moins importantes, bien sûr. Mais cela fait quand même un peu de gaieté. Des tracas, mais en même temps, cela permet de sortir de la routine journalière. (Responsable de la sécurité et de la surveillance, MAAO, 4 décembre 2001) La gestion de ces événements n est néanmoins pas toujours très simple, même si de plus en plus il est fait appel à des vacataires ou à des sociétés extérieurs pour renforcer les équipes de surveillance. Les personnels peuvent être amenés à se confronter à des personnalités qui ne réagissent pas à leurs injonctions de la même façon que leurs habituels visiteurs. Les responsables se trouvent alors devant l obligation d assurer l interface entre les mondes intérieurs et les mondes extérieurs. Ils s accommodent des différentes susceptibilités ou les tempèrent, les ménagent. Mais il arrive que dans les situations extrêmes, ils aient plus ou moins du mal à tenir les rênes. Quoi qu il en soit, les événements restent suffisamment gravés dans les mémoires pour que la précision des faits relatés soit à la mesure de l impact sur le personnel. Il en a été ainsi lors de la préparation d un ballet, représentation donnée par une fameuse chorégraphe qui a vu arriver un groupe de sans-papiers accompagné de leurs partisans, troublant le spectacle : «Ca a été l occupation par les sans-papiers. ( ) Les gens sont arrivés, on nous a téléphoné dans le bureau en nous disant voilà les, les J crois que c était déjà arrivé une fois, mais moi je n étais pas là, ça a dû arriver juste avant que je vienne. Karine Saporta était là à ce moment-là, ils sont arrivés vers trois heures en disant voilà, on occupe le musée, très gentiment Ils étaient une centaine, une centaine de personnes. Donc ils ont investi le hall, ils ne sont pas allés plus loin, ils ont installé une grande banderole DAL sur le péristyle. Après quoi, il y avait quand même des gens, des visiteurs à l intérieur du musée. Et pour que les gens sortent, donc ils Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 37/151

barraient tout. On leur a dit pour la sécurité. Il y avait Monseigneur Gaillot qu était là, donc ils ont été sympas, ils ont remonté leur truc, ils ont fait pour pas gêner. Moi je me suis posté tout de suite à la grille d entrée. A la suite de quoi, on a fait évacuer le public. La secrétaire générale est descendue discuter avec eux, ils étaient parfaitement non violents. Et là-dessus, vers 7 heures, le directeur est venu, il avait été prévenu, on a discuté, lui il est toujours prêt, séducteur et diplomate. Et ce qu est un petit peu embêtant, c est qu à 6 heures il y a une camionnette qui s est arrêtée et ils ont commencé à balancer des sacs de couchage à l intérieur, ce qui laissait supposer, mais peut-être une cinquantaine, une soixantaine. Il y a eu un échange de coups de téléphone ( ) Ils demandaient à être reçus par le directeur de campagne puisque c était en pleine campagne de Jospin et de Chirac. Par ceux de Chirac. Ils ont eu un accord, ils ont été reçus d ailleurs, mais pas par celui de Jospin. Mais ils voulaient avoir les deux accords avant de partir. Finalement la DMF a donné le feu vert pour faire intervenir la police, mais j imagine sans violence. Donc nous, mon responsable et moi, on a suivi les ordres. On a donc fait l évacuation du musée des visiteurs mais moi j avais auparavant bouclé la salle des fêtes, parce qu ils ont laissé passer les gens qui venaient à 18 heures pour le spectacle, parce qu il y avait un spectacle à 18 heure et un à 21 heures. Donc là ils ont été très compréhensifs. C était assez marrant, on voyait des gens à l entrée qui hésitaient, et moi j était près de là et je leur disais : «entrez le spectacle a lieu». Cette agitation surtout pour quelques personnes un peu âgées, cette agitation, les banderoles, qu est-ce qu on fait? Je leur disais : «n ayez crainte ils sont non violents». Moi j avais discuté longuement avec eux, j en connaissais trois entre parenthèses, ils venaient du Louvre, du syndicat Sud, je les connaissais bien. Il y avait deux filles auxquelles j ai fait la bise d ailleurs. C était assez drôle. Donc ils ont laissé passer. J ai dit aux gens : «ne vous inquiétez pas, c est des non violents, vous montez par l escalier, le spectacle a lieu». Par la suite, quand les CRS sont intervenus, ils sont rentrés dans la salle des fêtes et la seule petite violence qu ils ont faite, c est qu ils ont poussé une porte qu était verrouillée, parce que j avais fermé les portes. Et donc ils sont rentrés, ils ont occupé la salle des fêtes. A ce moment-là, j étais au balcon Afrique. Donc du balcon Afrique, je voyais ce qui se passait en bas et j ai vu que le spectacle a continué un moment, et puis s est arrêté. Un des meneurs, enfin meneur, si on peut dire, qui ont leur discours bien rodé d ailleurs, a fait un speech aux gens qu étaient là. Comme le spectacle de Saporta avait lieu ici, il évoquait le problème du colonialisme justement. Il y avait une certaine connivence qui s est établie, ils se sont assis. A ce moment-là les CRS étaient rentrés. On s est dit : «là il va peut-être y avoir un affrontement, ou tout au moins pas un affrontement, mais ils seront obligés de les sortir comme ça arrive, en les prenant par les pieds etcetera». Finalement ils ont admis de sortir, et vers 8 heures ( ) et finalement à 8 heures, tout était fini. Ça s est passé très gentiment. J ai pu sortir.» (Responsable adjoint de la surveillance, MAAO, 13 mai 2002) La confrontation entre tous les protagonistes (sans-papiers, représentant de l église, visiteurs, chorégraphe et danseurs et personnels) n a donné lieu ici à aucun dérapage mais l on peut supposer que l ambiance au sein du musée a été entamée et restait un peu tendue durant la soirée. Ici la Palais est clairement un symbole qui rassemble des voix Chaque événement qui s y passe résonne diversement au travers ses murs mais chaque expérience de ces événements appartient à l histoire du lieu et à la mémoire de ceux qui y travaillent. Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 38/151

2. S organiser pour gérer la sécurité et le contrôle des biens matériels Comme dans tout établissement, la sécurité demande une organisation précise qui rythme le travail des agents, leur imposent des plannings auxquels ils ont à se plier. Le tempo du lieu se cale sur ces temporalités professionnelles. Ces dernières construisent aussi le rapport que les surveillants entretiennent avec le Palais. Ils sont travaillés par par le lieu, l établissement et l institution autant qu ils travaillent le lieu, l établissement et l institution. 2.1. Aux rythmes du Palais Le Palais a ses temporalités. Ces dernières peuvent être modifiées selon les règles des établissements. Ainsi, le MAAO et la CNHI n imposent pas le même planning journalier à leur personnel, ce qui a sans doute un effet sur leur manière d appréhender le lieu. 2.1.1. Les temporalités du Palais : des jours et des horaires Il reste que le quotidien de l équipe de surveillance dans ces deux établissements culturels ressemble à celui de tous les établissements culturels, l ouverture et la fermeture au public rythmant leurs activités. Ainsi les surveillants sont amenés à assurer, selon un principe d alternance, des permanences les jours de semaine comme les jours de week-end. Leur emploi du temps ne s ajuste toutefois pas exclusivement sur ses temps d ouverture au public et les jours de fermeture au public ne sont pas synonymes de jours chômés pour eux. Il en est de même des surveillants de nuit. Une fois la prise de service effectuée, la journée ou la nuit de travail du surveillant peut commencer. Au temps du MAAO, les portes du musée s ouvraient aux visiteurs à 10h et se refermaient à 17h30. Elles étaient closes le mardi. A la CNHI, les portes s ouvrent à 10h et se ferment à 17h30 du mardi au vendredi et le samedi et dimanche, elles s ouvrent à 10h et se ferment à 19h ; le jour de fermeture au public est le lundi. Ces changements obligent à quelques ajustements qui ne sont pas forcément appréciés de tous, et en particulier des anciens qui voient leurs habitudes bousculées : «Ca a été un énorme bouleversement pour les titulaires, pour changer le jour de fermeture, le planning qui n avait pas bougé parce qu on était resté sur le règlement intérieur de l ancien MAAO qui datait d avant 2003, avec des gens qui arrivaient à 8h30, ils ouvraient la grille et après ils allaient boire un petit café et après ils ouvraient à 10h, ils fermaient à 17h30. A l arrivée de la Cité ça a tout changé, le jour de fermeture est passé au lundi au lieu du mardi, on veut être ouvert jusqu à 19h les samedis et les dimanches donc il a fallu voir, en plus les 35h, il a fallu tout remettre à niveau. En plus au départ il y a eu une politique qui consistait à dire : «on ne touche à rien pour les titulaires, les anciens, ils vont rester sur le même planning et ils continueront à rester sur l entrée et sur l aquarium». Certains voulaient ça mais il y avait la problématique de la polyvalence des agents, on allait devoir gérer deux équipes, les petits nouveaux qui allaient bosser sur les autres espaces le samedi et le dimanche jusqu à 19h, et certains titulaires que ça n arrangeaient pas, ont dit que ce n était pas possible car ils avaient l expérience et que le musée ne pouvait pas fermer sans eux, donc petit à petit on a dit «non il Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 39/151

faut une équipe!»» (Chef d équipe des agents de surveillance, CNHI et son adjointe, exmembre du MAAO, CNHI, 15 mai 2011) C est le rythme de la journée tout entière qui est remis en question : les temps de pause et de déjeuner n échappe à ces nouvelles règles de fonctionnement instaurés par la CNHI. Pendant longtemps le musée et la bibliothèque ont été fermés à l heure du déjeuner, ce qui n est plus le cas à la CNHI. La durée du déjeuner a été également modifiée. Un ancien du MAAO et toujours en poste à la CNHI, compare les deux situations et exprime son mécontentement : «Avant on avait 2 services déjeuner, maintenant il y en a 3, on nous a enlevé un quart d heure et ça m est resté en travers de la gorge. Avant on avait une heure et demi parce qu on n a pas de cantine ici, maintenant on a une heure et quart seulement, alors moi comme je suis un rebelle j ai refusé de prendre les tickets restaurant, mais on nous a enlevé un quart d heure pour ça, pour moi c est sacré le repas.» (Agent de surveillance, ex-membre du MAAO, CNHI, 24 mai 2011). La durée du déjeuner était d autant plus importante qu elle est associée, dans les discours de certains enquêtés, à des moments de sociabilités. Le même agent qui poursuit revient sur ce type de moments : «Les gens qui travaillent au MAAO ont toujours aimé le MAAO, évidemment il y en a qui sont partis mais qui le regrettent, on avait une certaine liberté ici. Par exemple le mardi c était fermé au public, on se faisait de ces agapes ici. -La maison était à vous? Oui, récemment j ai travaillé le 1er mai, c était fermé au public et j ai fait un tajine au poisson, j ai partagé avec un médiateur dans le hall d accueil, il faisait beau, il a apporté une très bonne bouteille de Bordeaux, on a pris notre temps évidemment» (Agent de surveillance, ex-membre du MAAO, CNHI, 24 mai 2011) A travers son témoignage, il exprime combien ces repas leur permettaient de prendre possession des lieux. Le musée leur appartenait le temps d un instant. Cet argument est une façon de nous dire combien les règles ont changé et ont réduit leur marge de liberté. En même temps, il nous montre qu il y a encore des interstices qui rendent possibles de reproduire ces moments de convivialité. 2.1.2 Le planning : faire avec les effectifs et le profil des personnels Le planning des personnels est coordonné en fonction de ces horaires officiels. «Il y a un règlement intérieur qui prévoie ce genre de choses. Bon, statutairement déjà, il faut savoir qu ils travaillent un week-end sur deux. Et un mardi sur deux. Donc, les statutaires. Ensuite, le règlement prévoit des horaires particuliers de chaque établissement. Donc, en ce qui nous concerne par exemple, ils commencent à travailler à 8 h 30. Et ils finissent à 17 h 30. Moins 1 h 30 de coupure pour déjeuner. Par contre, ils connaissent leurs jours de travail et a contrario de repos du 1 er janvier au 31 décembre. Le planning annuel est affiché en permanence. Ce qui change pour eux, c est l affectation journalière dans les différentes galeries. Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 40/151

Alors on essaie de les faire tourner justement, pour qu ils ne soient pas toujours au même endroit. Ce qui est logique! La feuille de service journalière est affichée au moins, la veille. Donc, ils savent déjà demain, par exemple. Ceux qui travaillent aujourd hui savent déjà où ils sont affectés demain matin.» (Responsable de la sécurité et de la surveillance, MAAO, 4 décembre 2001) Si le responsable doit mettre en place le planning de ces équipes, il est le premier à devoir élaborer sa propre journée en fonction des horaires généraux de l établissement, comme en témoigne le responsable de la sécurité du MAAO qui loge sur place : «Bon, en ce qui me concerne, je ne vous cache pas que je ne compte pas le nombre d heures de présence que je fais. Personnellement, je suis à mon bureau à partir de 7 heures du matin, jusqu à 17 h 30, avec une coupure d une petite ½ heure pour déjeuner. Bon, c est parce que je suis sur place, bien sûr. Bon moi, j ai l habitude de commencer à travailler très tôt. Cela me permet déjà de rencontrer nos mes agents du personnel de nuit, qui commencent à 17 h 30 leur service et qui finissent à 8 h 30. Donc, pendant une bonne petite heure le matin, on discute entre nous de choses qu ils ont pu constater au cours de Ils patrouillent toute la nuit donc ils» (Responsable de la sécurité et de la surveillance, MAAO, 4 décembre 2001) Si sa tâche n est pas propre au MAAO ou à la CNHI : «Ca, c est un peu général pour l ensemble des établissements que je connais. Ce n est pas spécifique au Musée des Arts d Afrique et d Océanie.» (Responsable de la sécurité et de la surveillance, MAAO, 4 décembre 2001) Il doit s assurer, aidé de son adjoint, des présences et de l organisation des surveillants de jour comme de nuit. Son adjoint qui ne vit pas sur place est lui aussi soumis à certaines astreintes : «Je travaille un week-end sur deux. Et moi j apprécie énormément ça. C est ce que j avais, c était le système qu on suivait au Louvre d ailleurs, c est le système équipe de surveillance. Mais bon lui il a un statut spécial dans la mesure où il loge sur place. Mais moi ça m arrange bien de travailler un week-end sur deux, j aime bien avoir un jour ou deux jours en semaine. C est bien.» (Responsable adjoint de la surveillance, MAAO, 13 mai 2002) Les surveillants de nuit du MAAO bénéficient d une organisation qui leur est propre : «Une nuit sur deux, et on fait neuf nuits dans le mois. Ce qui fait que quand on fait nos neuf nuits, ça correspond à dix-huit vingt jours, le reste du temps on est en repos. Ça nous fait une dizaine de jours de repos tous les mois, ce qui est très intéressant.» (Agent de surveillance de nuit, MAAO, 13 février 2002) C est à partir d un savant calcul que se comptabilise leur jour de présence : «Ouais, pour la surveillance de nuit, en fait on tourne à deux équipes, une qui travaille les jours pairs, l'autre les jours impairs, sauf que bon, d'un mois sur l'autre, ceux qui étaient pairs passent impairs, mais enfin on va simplifier comme ça. Parce que si on travaille, quand il n'y a que trente jours dans le mois, si on travaille les jours pairs, le mois d'après le 30, donc le 1er puis le 2, donc on retravaille les jours pairs, mais s'il y a trente et un jours dans le mois, on travaille le 30, le 31 on travaille pas, mais du coup on retravaille le 1er, puisqu'on fait tous les deux jours, le rythme.» (Agent de surveillance de nuit, MAAO, 25 janvier 2002) Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 41/151

Pour les personnels de jour, le calcul semble plus simple. Ce qui est plus compliqué en revanche, c est de faire correspondre effectifs et surface de surveillance à couvrir pour élaborer la répartition du travail entre les membres de l équipe. Confronté aux temps partiels ou à l absence de certains, le responsable doit jongler avec la baisse de ses effectifs et trouver les solutions pour que toutes les activités du jour soient garanties ; de là découle le bon déroulement de la journée : «Disons que l effectif dont nous disposons n est pas assez imposant pour mener à bien toutes les activités que nous menons ou qui pourraient être menées.» (Responsable de la sécurité et de la surveillance, MAAO, 4 décembre 2001) Il arrive que le service fasse appel à des vacataires RMN pour renforcer l équipe de base, le temps d une exposition temporaire : «Pour les expositions temporaires, c est des vacataires non pas DMF mais RMN. C est-à-dire par des gens qui payent l exposition puisque c est financé par la RMN. Donc ces agents sont recrutés et nommés par la RMN. Et nous on les gère simplement au jour le jour. Et si quelqu un n est pas là, on le signale à la RMN. On le remplace par un agent DMF s il faut. Mais leur gestion, on ne s en occupe pas. Et ce sont des gens qui sont très gentils, très sympas, et de temps en temps une fois par semaine je vais les voir, je vais sûrement y aller un jour de cette semaine, et puis, une ou deux fois je passe et puis je dis, comment ça va, mais ils sont là» (Responsable adjoint de la surveillance, MAAO, 13 mai 2002) Le responsable supervise l ensemble du planning et vérifier dans la journée si tout se passe bien auprès de son personnel. D après les témoignages de ceux qui ont travaillé dans les deux établissements qui nous intéressent, les effectifs des surveillants ont considérablement diminué. «Ce qui a changé, c est que les effectifs de surveillants. On est passé de 45 à 10, maintenant on est plus que 6 et demi, un collègue est parti à la retraite et voilà, en salle on est plus que 6 et demi, je dis 6 et demi parce qu il y a quelqu un qui est à 50%, on est 7 physiquement.» (Agent de surveillance, ex-membre du MAAO, CHNI, 14 juin 2011) Cela peut s expliquer en partie au non renouvellement des personnels partis à la fermeture du MAAO, à l externalisation du PC sécurité qui en a suivi. On comprend que l arrivée des médiateurs ait, dans ces conditions, pu contribuer à combler le manque d effectif de surveillants. A la CNHI, les effectifs se répartissent de la façon suivante : «L encadrement du service on est 3, j ai 2 adjoints ensuite au niveau des agents de surveillance 10, au niveau des médiateurs on en a 13 et on a également 3 renforts qui sont des renforts accueil/surveillance qui sont d anciens vacataires du ministère» (Chef d équipe des agents de surveillance, CNHI, 15 mai 2011) Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 42/151

En résume, si l on compte ensemble les «AASM (adjoint accueil, surveillance magasinage) et les médiateurs» : «Il y a à peu près une vingtaine qui sont dans l équipe, des agents d accueil, de surveillance, de magasinage et de médiation sous l autorité de la responsable» (Responsable des ressources humaines, CNHI, 28 février 2011) Le responsable des ressources humaines note de la même façon que les personnels que nous avons rencontrés une chute des effectifs : «C est tout ce qui reste, ça s amenuise progressivement. Il ne reste plus que 10, non 11 DMF parce qu il y a quelqu un qui était au musée Picasso est venu ici. Quelqu un qui est en mi-temps thérapeutique.» (Responsable des ressources humaines, CNHI, 28 février 2011) Au sein même des équipes de médiateurs, selon le type de contrat, les présences varient d un individu à l autre : «Oui, il y a différents temps de travail. On est 4-5 à plein temps, et après il y a différents temps partiels, 70, 50, 60. Et un 80. Et avec des horaires spécifiques. On peut être 6 comme on peut être 2 sur les lieux. C est les week-ends où on est les moins nombreux.» (Médiateurs, CNHI, 26 mars 2012) Cette variété de situations rend l exercice de l organisation complexe. On comprend pourquoi cet exercice doit être soutenu par des outils informatiques. 2.2. L informatique, outil d organisation (administration, gestion et communication) Comme nous l avons précédemment, le service de surveillance possède depuis plus d une décennie un équipement informatique, dont les différents appareils servent à la gestion du contrôle à distance des alarmes, à une visualisation des locaux sur écran ou encore à la gestion du planning des personnels. 2.2.1. Outils de gestion du planning... Au MAAO, si le service de surveillance connaissait le maniement de la surveillance à distance, demandant certaines compétences informatiques ; en revanche il semble que cela soit plus tardivement qu il se soit mis à en faire un usage administratif. Les plus anciens ne maîtrisant pas l outil informatique, il faut attendre l arrivée de plus jeunes pour que le service s équipe enfin. Ne pouvant pas échapper aux nouvelles technologies ils ont dû suivre des formations puis se mettre régulièrement à niveau. «J ai appris énormément de choses sur la législation du travail. J ai assez peu de goût faut dire pour tout ce qui est administratif en général, si vous voulez j ai un petit peu de mal. En plus ce qui se passe, c est que mon supérieur hiérarchique ne pratique pas du tout l ordinateur. Alors Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 43/151

on en a installé un au bout d un an que j étais là. Je n avais pas du tout de formation. J ai donc fait des formations auprès de la DAG, ce qu ils appellent formation aux nouvelles technologies, générale d abord, Word, Excel, etcetera.» (Responsable adjoint de la surveillance, MAAO, 13 mai 2002) Fort de cette expérience, une part de l administration du service est dorénavant réalisée en interne. En s équipant de postes informatiques, de nouvelles manières de travail s amorcent. L usage d Internet apparaît progressivement aussi. «Mais par contre il y a aussi le fait qu'à un moment, on a demandé : est-ce qu'il y a un poste informatique tout court, qui lui n'est pas relié aux alarmes, mais relié au réseau et tout ça, dans le poste de surveillance, de manière à ce que le personnel de surveillance ait accès à l'informatique. Ce qui a été fait. -Et vous vous en servez de quelle manière de cet ordinateur? Déjà moi je m'en sers pour imprimer les plannings de toute façon, je m'en sers pour mes travaux On s'en sert pour consulter le courrier du ministère, parce que c'est là qu'il y a la messagerie. Donc ça permet à chacun d'accéder à la messagerie et de ne pas être dans un coin par rapport En plus au départ le gros argument qui a permis de l'obtenir, c'était le fait que les avis de vacance de poste, qui étaient envoyés au départ nominativement, individuellement, à chaque agent, n ont plus été envoyé comme ça, et ils les ont fait passer sur la messagerie. Et chacun ayant peur de ne pas les voir, on a réclamé à ce que chacun puisse accéder à la messagerie. Beaucoup de ceux qu'ils l'ont réclamée, je les ai jamais vus sur la messagerie, mais c'est pas grave, c'est pas ceux qui l'ont plus réclamé qui s'en servent le plus.» (Agent de surveillance de nuit, MAAO, 25 janvier 2002) Et lorsque le responsable partait en congé, certains agents qui le remplaçaient avaient la charge de toutes les activités de gestion du PC, dont celles administratives. Un de ces remplaçants explique : «Le chef de service n avait plus d adjoint à un moment donné et comme il fallait bien qu il parte en vacances, il avait choisi un pote à moi et moi pour le remplacer pendant ses congés du mois d août, pour faire les feuilles de service, de congés, machin et en même temps il y a avait son bureau et le PC était juste à côté alors quand il était pas là on était à 2 sauf des fois on était seul quand il y en a un qui avait un congé, on faisait le bureau comme on dit ici le PC et le standard et on ouvrait aux camions et aux voitures à 2, donc il y avait de quoi faire. Après il est parti en retraite, il est parti pile poil quand la cité est arrivé, on nous a dit qu il y allait y avoir une boîte privée au PC donc on est retourné en salle.» (Agent de surveillance, ex-membre du MAAO, CHNI, 14 juin 2011) Un autre confirme : «-Vous faisiez aussi les plannings. Oui, quand on remplaçait le chef de la sécu à l'époque. ( ) Donc après au pc on s'occupait et puis s il y avait besoin de renseignements on cherchait par Internet, c'était assez pratique et voilà.» (Agent de surveillance, ex-membre du MAAO, CNHI, 5 juillet 2011) La fermeture du MAAO, l entre-deux et surtout l arrivée de la CNHI va suspendre ce qui était pour eux un privilège, celui d avoir des responsabilités : «Pour moi ça change rien du tout, je travaille moins, quand vous êtes au PC sécurité, il faut être vigilant, il faut faire de la paperasse, quand vous êtes en salle vous surveillez les personnes Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 44/151

qu elles fassent pas de bêtises mais pour nous ça nous fait drôle ( )» (Agent de surveillance, ex-membre du MAAO, CHNI, 14 juin 2011) Le retour en salle a un goût amer pour ces agents : «Un petit peu avant certains collègues sont devenus chefs au choix et donc du coup... Ça c'est plus difficile à vivre ça... Parce qu on a quand même un peu de responsabilités même si on n a pas le grade, on a un peu de responsabilité, du jour au lendemain on fait plus rien quoi.» (Agent de surveillance, ex-membre du MAAO, CNHI, 5 juillet 2011) Pour les nouveaux encadrants, nouveaux et anciens collègues, la maîtrise de l informatique appartient à ces nouvelles compétences dont ils doivent s acquitter, pour justifier leur place auprès de ceux toujours en poste qui ne sont pas montés en hiérarchie, alors qu ils assumaient certaines responsabilités : «Depuis que la cité a été mise en place, je me suis mise dans l informatique, pour moi je suis contente d évoluer par rapport à ce qu on a connu avant» (Chef d équipe des agents de surveillance, CNHI et son adjointe, ex-membre du MAAO, CNHI, 15 mai 2011) 2.2.3. Outil interne de communication sans communication L usage de l informatique s est généralisé et est aussi devenu un nouvel outil de communication. Mais ceci n a rien de spécifique à la CNHI. La hiérarchie passe désormais par cet outil pour diffuser leurs messages, mais elle déplore l absence de relation directe avec leur personnel que cela a pu entraîner : «C est pas la même chose, tout est informatique, il y a pas de communication, là je vais l allumer je vais voir un mail et je vais croiser la personne elle va rien me dire» (Chef d équipe des agents de surveillance, CNHI et son adjointe, ex-membre du MAAO, CNHI, 15 mai 2011) Parmi les membres du personnel, certains font un usage parcimonieux d envois de mail, même s ils sont poussés à utiliser leur boîte mail pour communiquer avec leur hiérarchie. Ils déplorent également la perte de communication orale, de face à face : «Moi j envoie des mails par exemple quand notre responsable ressources humaines, nous a demandé à chacun d envoyer par mail notre choix de cellule OSS ou médiateur. Là j étais obligé de la faire, je lui ai écrit, moi j ai choisi la cellule OSS parce que j étais obligé de le faire mais je vais pas écrire comme ça. L organisation de la cellule surveillance ça ne se fait pas avec le mail? Si notre chef de service envoie des mails, tous les médiateurs sont très ordinateur mais dans notre service à nous à part moi et un collègue, les autres n ont jamais fait de l ordinateur, mes autres collègues les anciennes ça ne les intéresse pas. Donc notre chef est obligé d imprimer pour ceux qui ne font pas d ordinateur. Maintenant c est à la mode les mails mais moi je suis hyper contre parce que je préfère dialoguer avec les gens. On s appelle le Ministère de la culture et de la communication et on s envoie des mails elle est où la communication? Il y en a plus pour moi. La communication c est oral, ce n est pas écrit ou alors je suis gaga.» (Agent de surveillance, ex-membre du MAAO, CHNI, 14 juin 2011) Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 45/151

Pour ces anciens du PC sécurité qui avaient un ordinateur quasi personnel dans leur bureau, le passage en salle vient bousculer leurs pratiques informatiques : «-Pour revenir sur l'informatique, aujourd'hui quelle est votre pratique de l'informatique? Nulle, parce qu'on en a pas besoin, on a un poste pour tout le monde quand le directeur a des informations à faire passer, on peut le consulter, on a une messagerie et donc on la consulte, c'est juste pour consulter la messagerie. -Vous regardez souvent les messages? Régulièrement, pas souvent, pas tous les jours, mais régulièrement» (Agent de surveillance, exmembre du MAAO, CNHI, 5 juillet 2011). Le fait de devoir partager un poste contribue certainement à ce frein. Les médiateurs semblent se confronter au même problème «On a un mail professionnel mais qu on a dû vraiment demander à plusieurs reprises. On l a obtenu bien après les autres salariés de la Cité, et comme certains de nos collègues, ne seraientce que les titulaires qui n ont pas d ordinateur chez eux, on a quand même demandé un ordinateur qu ils ont placé dans une salle au fond à côté de la comptabilité. C est un ordinateur que nous et les agents pouvons utiliser, c est un ordinateur pour tout le monde, beaucoup ne l utilisent pas, leur mail professionnel, beaucoup de médiateurs le regardent chez eux mais pas sur place. -Y a beaucoup d infos qui circulent? Oui beaucoup internes, sur la programmation, sur ce qui se passe dans les murs, c est sûr qu il serait important qu on le regarde tous les jours. Après nos responsables le font, et nous informent de ce qui se passe. On n a pas cette à moins qu on vienne un peu plus tôt, qu on se lève le matin, qu on puisse regarder chez soi son mail professionnel ou en rentrant le soir. On est un petit peu décalé par rapport à ça, des fois on nous le reproche mais quelque part on ne nous donne pas non plus les moyens.» (Médiatrice, CNHI, 5 juillet 2011) Au moment de l enquête, les médiateurs se retrouvent devant cette situation paradoxale d être de par leur fonction amenés à travailler sur Internet et de ne pas avoir l outil nécessaire pour répondre à cette mission. 2.3. Une certaine polyvalence, une question de taille des établissements Les personnels s accommodent d un certain bricolage. Bricolage aussi quand il est question des activités demandées aux personnels, dès lors qu elles sortent de leur fiche de poste. Cette polyvalence prend plusieurs formes : assurer des tâches multiples ou assurer une tache particulière. Ainsi il n est pas rare de voir un agent rattaché à la filière «surveillance» faire tout autre chose, valorisant des compétences hors filières. Dans ce cas, l agent prend le risque de perdre ces avantages et de réintégrer sa fonction d origine, s il quitte son poste. C est la crainte que l un des agents rencontrés énonce : «Ben il se profile que je peux être amené à faire de la surveillance, à faire ce que j ai encore jamais fait et ce que je ne sais pas faire et que je n ai pas vraiment appris à faire. Bon je ne pense pas que ce soit dans l intérêt d un autre établissement que de me recruter en tant qu agent de surveillance mais bon je ne sais pas.» (Agent attaché au service de vidéo, MNATP- MuCEM, sur un poste d'agent de surveillance, ex-membre du MAAO, 27 avril 2011) Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 46/151

Donc la polyvalence semble de règle. Elle apparaît comme une façon de gérer les compétences personnelles des agents au Palais. Et si ces petits «arrangements internes» sont possibles, cela est dû en partie au contexte spécifique de l établissement : «Ben, on ne peut pas comparer ce qui change peut-être par rapport à certains établissements, d une grande importance, c est que la cellule chargée de ce genre de travail est beaucoup plus imposante. Si vous voulez, pour vous donner un ordre d idées, on va prendre l exemple du Louvre. S il y a quelqu un de chargé spécialement à suivre les différents chantiers qui peuvent intervenir dans les bâtiments. Ici, c est moi qui le fais. Je m occupe aussi des chantiers, de la distribution des clefs Enfin beaucoup de choses, c est la polyvalence au maximum. Alors que dans les établissements un peu plus importants, il y a des cellules spécifiques à chaque matière. Donc, à la limite, on a plus de travail. Certainement, même. Mais c est quand même plus intéressant. Tous les secteurs toutes les activités Nous sommes concernés par l ensemble des activités qui s y tiennent. Ce qui n est pas le cas dans les gros établissements où il y a des sections spécifiques à chaque activité. Là, ça serait même un avantage. C est plus attrayant! Bien que certains jours, on se sent dépasser par les événements. Ca, c est sûr! Bon, il faut reconnaître que je ne suis pas tout seul. Je suis quand même secondé et aidé par les agents.» (Responsable de la sécurité et de la surveillance, MAAO, 4 décembre 2001) Dans les établissements de la petite taille, les effectifs ne sont pas suffisants pour subvenir à tous les besoins quotidiens. Le contexte n est pas favorable à une division poussée du travail par spécialité. Le personnel est alors amené à être «multi-activités» et par là, «multi-compétences», et ce à n importe quel niveau de la hiérarchie, à commencer par les encadrants : «Il a fallu que les agents, non seulement moi mais y compris les agents, deviennent un peu plus polyvalents ; ils ne l étaient autrefois. Ca, c est sûr! Mais la polyvalence, c est déjà intéressant. Mais encore faut-il qu il y ait aussi le nombre. Or le nombre, nous ne l avons jamais atteint. Le nombre idéal qu il nous faudrait, nous ne l avons jamais atteint.» (Responsable de la sécurité et de la surveillance, MAAO, 4 décembre 2001) Certains subordonnés n y coupent pas non plus : «-Donc c est un boulot un peu varié? Varié oui, on est quelques-uns à être polyvalents ici. Par exemple quand il y a des gros chantiers, on s en occupe. On est quelques-uns à être détachés des salles pour s occuper des chantiers. Vous avez certainement vu la grande grille par où arrivent les gros camions. On s occupe du standard, du PC de sécurité, du contrôle des alarmes, de tout le système» (Agent de surveillance, MAAO, 2002) On peut se demander si ces modalités de travail ne sont pas favorables à une connaissance approfondie des lieux. Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 47/151

3. Bon pied, bon œil : une expérience du sensible Cette connaissance du Palais naît de la pratique professionnelle du surveillant. Cette pratique se construit dans un rapport particulier à l espace à surveiller. On assiste en quelque sorte à un marquage physique et sensoriel du lieu, qui favorise la création d une relation quasi intime avec son espace de travail. 3.1 Œil sur écran, oreille en alerte. Au MAAO, les agents rattaché au PC sécurité situé au niveau du rez-de-chaussée, doivent développer certains sens : la vue et l ouïe et certaines aptitudes : attente et patiente tout autant que réactivité et dynamisme. Ainsi, ils peuvent alterner entre une période de sédentarité et une période de la mobilité : surveiller les écrans, répondre au standard mais aussi vérifier des systèmes d alarme qui leur demande de se déplacer. Le responsable adjoint lui va rendre visite aux équipes postées dans les salles du musée : «Oui, bon, c était en bas, donc il y avait de l animation, c est coloré, là-haut c est un peu, qu estce qu ils s emmerdent les vacataires. De temps en temps je vais faire un tour. Je dis à mon chef : «tiens je vais aller voir». Lui il n y va jamais, lui il ne va jamais dans le musée, sauf pour une chose bien précise. Je lui dis : «tiens je vais aller voir les vacataires là-haut», parce que je sais qu ils s embêtent. Alors je vais voir un peu. Je les vois, je les trouve un peu affalés, je leur dis : «ça va», ils me disent : «ben oui». Ils s embêtent comme des rats morts. En plus c est un peu funèbre. C est la mode en ce moment de faire 34» (Responsable adjoint de la surveillance, MAAO, 2002) Il est intéressant de noter la différence qu il fait entre ceux du bas qui se tiennent au PC sécurité, avec ceux du haut qui travaillent dans les salles, insistant ainsi sur les attitudes contrastées des deux groupes. Est-ce une tournure rhétorique pour valoriser sa fonction? Car s il considère sortir d une certaine léthargie les vacataires en salle qui sont sous sa responsabilité, il ne mentionne aucunement en revanche l une des caractéristiques des permanences au PC : l ennui dû au manque d occupation et préfère relever l animation qui y régne. Pourtant les agents qui en ont eu l experience nous ont signalé cette caractéristique : «Les tâches, quand on était au PC, on attendait. Donc c'est vrai que c'était ennuyeux des fois. Quand il y avait une alarme d'intrusion dans les réserves ou autre, on se déplaçait pour aller voir. En ce qui concerne l'incendie, on m'a fait passer des stages (subventionnés par l ICOM), donc ça voilà...» (Agent de surveillance, ex-membre du MAAO, CNHI, 5 juillet 2011). Au point de trouver des activités ludiques pour passer le temps et par là, tuer l ennui. La nuit, ce sentiment semble être renforcé, entre les rondes, il faut trouver à s occuper, se reposer : «Il y a la télé, il y a l ordinateur, comme on a accès à Internet chacun fait ses propres recherches ou ses passe-temps sur Internet, pour tuer le temps. Sinon nous avons des lits pliants 34 Cet agent fait allusion à la situation de fermeture qui touche alors l établissement. Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 48/151

pour se reposer. Sinon la nuit, c est la gestion de toutes les alarmes, des alarmes d intrusion, des alarmes d incendie et puis des alarmes au niveau des aquariums et de la chaufferie. Dans ces cas-là, si c est des alarmes sur la chaufferie, là il y a une société qui est d astreinte et qui vient dans les plus brefs délais, dès qu on les a prévenus.» (Agent de surveillance de nuit, MAAO, 23 janvier 2002) Un autre agent de nuit confirme : «Bah, nous on a une petite télé, donc on regarde notre télé, donc c est assez simple, et puis sinon on peut bouquiner ou il y en a d autres qui jouent aux cartes, ou alors comme on a l ordinateur, il y en a qui regardent sur Internet. C est vrai qu il y a quand même de l occupation si on veut passer le temps.» (Agent de surveillance de nuit, MAAO, 13 février 2002) 3.2 L art de la déambulation de jour Les agents qui assurent la surveillance de jour comme de la nuit, ont une activité commune : la marche. Le «panier» et les primes qu ils reçoivent est en adéquation avec cette spécificité : «Le costume, c est un fait particulier On fait partie du même corps, que ce soit de jour ou de nuit du même statut. Et je vais vous faire rire, c est étonnant, dans le musée, on touche dix morceaux de savon par an, du savon de Marseille. C est une loi de Napoléon. Et il y a une prime de ressemelage aussi elle est insignifiante mais c est amusant.» (Agent de surveillance de nuit, MAAO, 24 janvier 2002) Il reste que contrairement aux surveillants de nuit ou à ceux qui sont spécifiquement rattaché au PC qui parcourent à pied tout l établissement, «Oui il faut connaître les alarmes puis il fait être en forme parce que vous en faites des pas dans la journée, il faut vérifier quand les gens s en vont, les portes, si tout est normal, vous marchez beaucoup, il y a des rondes à faire» (Agent de surveillance, Fe, ex-membre du MAAO, CNHI, 14 juin 2011) Les surveillants en salle ou à l accueil ont un périmètre d intervention moins étendu mais cela n empêche pas de subir d autres contraintes physiques. Cette fonction qui ne demande pas a priori de qualités particulières s apprend sur le tas : «Ben ça, non je l ai fait un peu en exerçant mais non, on m a pas formé. Enfin là j avoue que je sais plus. Non je ne m en rappelle plus.» (Agent attaché au service de vidéo, MNATP-MuCEM, sur un poste d'agent de surveillance, ex-membre du MAAO, 27 avril 2011) 3.2.1. Une station debout, si caractéristique C est sans doute la déambulation, voire le piétinement qui caractérisent le mieux leur activité. Si le «gardien» est représenté assis sur sa chaise, il se tient en réalité plus Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 49/151

fréquemment debout, posture qui par sa constance, en forçant le corps en vient à provoquer des douleurs, de la souffrance au travail. Un agent insiste : «Oui on piétine, on marche» (Agent de surveillance, ex-membre du MAAO, CNHI, 24 mai 2011) L usure professionnelle des corps a en cela de spécifique qu elle passe souvent inaperçue aux yeux de ceux qui n ont jamais été soumis à cette contrainte physique. Il faut pratiquer pour éprouver. C est certainement cette indifférence générale qui a conduit un agent à provoquer gentiment un membre de la direction : «-Pour l inauguration de la Cité de l immigration? Oui il y avait notre secrétaire général qui était là, je suis allé déjeuner, je m étais tapé une bonne andouillette de Troie et lui il n avait pas mangé, il me dit «j ai mal aux jambes». Je lui ai dit : «vous voyez nous on fait du cinéma nous.» (Agent de surveillance, ex-membre du MAAO, CNHI, 24 mai 2011) L humour apparaît comme un outil efficace pour faire passer un message sur les difficultés du travail. S il faut de bons pieds, de bonnes jambes, il faut également un bon œil, une bonne vue. La qualité de la lumière et de l éclairage est un atout pour celui qui surveille. De la même manière, la configuration de l espace l est aussi : colonnes, recoins, angles morts... L expérience du surveillant est une expérience physique, il cultive ainsi un rapport pragmatique avec le lieu, le Palais. Parfois l expérience peut se faire extrême, comme ce fut le cas lors de l occupation de la CNHI par des travailleurs sans-papiers durant l hiver 2011 35. Un collectif de «travailleurs grévistes sans-papiers» investit le Palais de la Porte Dorée à l hiver 2011 (photographie B. Combes) 35 MONJARET Anne, ROUSTAN Mélanie, 2013, «Digestion patrimoniale. Contestations autour d un ancien musée des colonies à Paris», in Civilisations : Au-delà du consensus patrimonial. Résistances et usages contestataires du patrimoine. Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 50/151

Les agents de surveillance reviennent tous sur cet événement exceptionnel dont l ampleur reste dans leur mémoire et ils s accordent tous sur la pénibilité du travail, la difficulté physique à résister face au bruit, à l agitation et surtout au froid. «Oui c était dur, les conditions de travail étaient dures parce qu on était appelé à être dans les courants d air, dans le bruit mais voilà, c était dur pour tout le monde mais on a quand même tenu bon et puis ils sont partis et il y a pas eu de casse.» (Agent de surveillance, Fe, ex-membre du MAAO, CNHI, 14 juin 2011) Pour permettre le va-et-vient des occupants, les portes du bâtiment sont restées ouvertes dans la journée, le froid s engouffrant à l intérieur. «En plus l hiver c était les portes ouvertes, ça ouvre ça referme pas, on se gèle là dedans, c était une expérience pas marrante, si ça avait durée quelques jours mais là ça a duré 5 ou 6 mois ( ) (Agent de surveillance, ex-membre du MAAO, CNHI, 24 mai 2011) «C était pénible surtout à cause des portes ouvertes avec le froid, on avait les pieds gelés c était la folie, on s est retrouvé plusieurs fois avec des collègues sur la grille en bas avec la neige on n a pas tenu on est remonté» (Agent de surveillance, ex-membre du MAAO, CHNI, 14 juin 2011) Certains regrettent que l administration n ait pas eu un geste de reconnaissance vis-à-vis d eux, certains espéraient même l attribution d une prime exceptionnelle à la hauteur de la dureté de l événement. 3.2.2. Tuer l ennui Cet événement a tiré les agents de leur ordinaire, les brutalisant quelque peu, les confrontant positivement ou négativement à ces «Autres», eux qui passent habituellement des heures, seuls face aux visiteurs, parfois assez essaimés. Il existe bien une certaine solitude du gardien. Pourtant, ceux qui se destinent à la profession sous-estiment souvent cet aspect, comme le remarque cet agent qui participe à des jurys de concours : «Souvent les gens, on voit pour les gens, j ai fait partie d un jury de concours, je viens de terminer, et là je me suis rendu compte que justement beaucoup de gens se faisaient un petit peu des illusions sur le travail, j allais dire sur le métier, mais enfin il y a de ça. Dans son sens premier quoi, et disons, qui s intéressaient à l art, etcetera. Bon quelqu un qui est en salle et qui bouge pas, ici, les salles qui sont, les gens sont complètement démotivés parce que d abord le musée ferme, ensuite parce que, le Maghreb par exemple au deuxième étage, il y a l exposition qui peut-être attire un petit peu les gens, mais vous avez très peu de monde, donc ils voient peu de monde. Ils sont en face, c est vrai que la présentation des œuvres ici, moi je trouve qu elle est un petit peu archaïque, on peut le dire, j sais pas, c est pas tellement, tellement attrayant.» (Responsable adjoint de la surveillance, MAAO, 13 mai 2002) L ordinaire a ses contraintes. La répétition des mouvements, des gestes, des répliques n empêche pas un certain statisme qui provoque l ennui, un ennui qui a une autre forme que celui précédemment évoqué, mais un ennui tout de même. Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 51/151

Mais pour les agents qui ont connu le PC sécurité et connaissent à présent la salle, l ennui ne semble pas avoir les mêmes formes. L expression de ce sentiment tient peut-être au fait qu ils ont mal vécu leur reconversion. L énonciation qu ils redoutent ce confinement et cette langueur dans les salles apparaît comme une critique plus générale de leur nouvelle mission, et ce même si les conditions de travail à la CNHI ne ressemblent pas celles vécues au moment de la fermeture du MAAO. Mais il est un fait, les médiateurs qui ont à jouer le rôle de surveillants témoignent dans le même sens : «Des fois quand il y a personne, il y a un ennui énorme, et dans ce cas-là on se sent vraiment inutile. D où l intérêt des missions personnelles qu on peut continuer, parce sinon c'est vide, on n a personne à qui parler, rien à faire, c est horrible. Donc avoir régulièrement un minimum de visiteurs, ça ça serait bien. Mais bon voilà, ça, ça dépend pas de nous.» (Médiateurs, CNHI, 26 mars 2012) La présence du public apporte une sérénité au lieu, permet les échanges alors que leur absence provoque une solitude qui a un effet sur le moral, engendrant une sorte de lassitude mais pouvant aussi briser les nerfs : «Et après bien sûr comme on a beaucoup de temps devant nous, ça crée... Il y a une frustration parce que les journées sont longues et finissent par être très fatigantes, même si effectivement il n y a pas de monde, je me rends compte que je suis beaucoup plus fatiguée en rentrant à la maison le musée ayant été vide. Et puis les gens ont le temps de discuter et quand on discute on parle des autres. Je pense que s il y avait un peu plus d activités, les gens seraient un peu plus heureux dans leur travail. Ou alors leur donner justement des directives plus spécifiques ou un peu plus de responsabilités. Ça pourrait améliorer» (Médiatrice, CNHI, 5 juillet 2011) Cette enquêtée pointe d intéressants paradoxes : un musée vide, sans public donc, est un musée qui fatigue ; un musée vide parce qui laisse des laps de temps à ces personnels, se remplit d une parole qui n est plus que vénéneuse, une parole qui ne peut que contribuer à l essor de conflits dans l établissement. Le vide comme source de tension dénote d un dysfonctionnement. 3.3. L art de la ronde : un regard en action Le temps de la nuit apparaît différent de celui de la journée. Le musée est de fait vide, vidé de toute la population qui le peuple le jour : le public, les personnels de tous les services, mais ce vide a une autre connotation car la nuit semble habitée autrement et est toujours animée. C est dans cette atmosphère particulière que le gardien de nuit déploie toutes ses compétences : il a un œil sur le bâtiment et un œil sur les collections. Il est le maître des Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 52/151

lieux, il est le veilleur de nuit des lieux, et pour ce faire, il mobilise toute une panoplie de technique qui le rapproche de la police ou de l armée. D ailleurs leur vocabulaire est souvent emprunté à ces mondes où règne la discipline. Souvent décliné au pluriel : ils patrouillent, ils font des rondes... 3.3.1. Le passage de surveillant de jour à surveillant de nuit : l atout de connaître les lieux La connaissance des lieux ou d une partie des lieux pour ces agents du MAAO est un atout pour qui veut se lancer dans cette aventure du travail de nuit. Plusieurs de ceux qui ont vécu le passage d une fonction de jour à une fonction de nuit ont insisté sur cet état de fait. L apprentissage de tous les espaces du bâtiment est long, demande une certaine constance, d abord parce que les surfaces sont importantes, ensuite parce que la configuration des espaces du toit au sous-sol n est pas homogène, et sans doute aussi parce que durant la nuit, les perceptions sont différentes. Dans ces conditions, c est grâce aux expériences renouvelées que le travail rentre, qu une cartographie mentale peut se construire : «-Ca dure combien de temps une ronde? Une ronde, c est bien entre 35 et 45 minutes. A part la première ronde. La première ronde, c est la plus longue ; comme c est celle que l on va suivre juste après la fermeture de l établissement, donc là on passe bien partout et faut compter à peu près une heure. Et on fait tous les recoins. -Comment avez-vous appris à vous repérer? Au départ on travaillait en binôme, pour apprendre justement les circuits puis tous les pointages qu il y a sur le chemin de ronde. En fin de compte, j ai commencé, j étais déjà dans l établissement, c était plus facile et c était beaucoup plus rapide. Quelqu un qui vient de l extérieur, il faut plusieurs nuits déjà pour se mémoriser le chemin de ronde, et puis pour s orienter dans l établissement, la partie qui pose le plus de difficultés pour l orientation c est le sous-sol. -Pourquoi? Les gens n ont pas les mêmes repères que dans les étages. C est pas du tout les mêmes repères en sous-sol. -Il n y a pas des plans? Si, il y a des plans, pour se repérer, oui, tout à fait. Enfin, quelqu un qui descend au sous-sol il ne pense pas à regarder les plans, il essaye de s orienter par lui-même.» (Agent de surveillance de nuit, MAAO, 23 janvier 2002) C est sans doute la complexité des espaces qui obligent à ce que les rondes se fassent au moins à deux : «Il y en a plusieurs (agents), il y en a six, quand on travaille à trois, il y en a six et quand nous travaillons à deux, il y en a cinq. Donc nous partons à tour de rôle, à tour de rôle. A tour de rôle nous mangeons, à tour de rôle nous nous reposons. (Agent de surveillance de nuit, MAAO, 23 janvier 2002) Il faut un certain temps pour assimiler ces espaces mais il faut aussi un certain temps pour se faire à l étrangeté de l ambiance : Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 53/151

«On entend des bruits! Disons que la journée ça fait des bruits de partout, que là bon, le moindre bruit, c est vrai qu effectivement on l entend. Par exemple on fait une ronde. Parce qu il y a beaucoup de parquet, avec l humidité, le parquet il travaille. Alors maintenant je n y fais plus attention depuis vingt cinq ans (rires) -Oui, vous avez intégré complètement On a intégré maintenant, oui ça devient une routine si on veut. -Mais au début? Mais au début c est impressionnant parce qu on dit merde est-ce qu il y a quelqu un derrière vous, tout ça, dans le sombre avec la lampe, c est vrai que c est je pense qu à peu près tous les gardiens vous diront ça. -Au bout d un moment On fait plus attention.» (Agent de surveillance de nuit, MAAO, 13 février 2002) 3.3.2. La nuit, une perception singulière des espaces Le monde de la nuit demande aussi à faire l apprentissage de ses perceptions singulières, que produit le bâtiment. La vue et l ouïe semblent réactivées, du moins mobilisés autrement, peut-être plus finement. Ici l odorat a été prestement évoqué, mais il appartient bien à cet autre sens que les surveillants ont à développer. La nuit donc, les perceptions visuelles et auditives apparaissent différentes. Les témoignages de l enquête réalisée au MAAO aujourd hui, la surveillance de nuit ne concerne plus le service de surveillance dont les activités se sont resserrées pour être désormais dédiées plutôt au public - sont particulièrement riches à ce sujet. Comme nous le rappelle un agent d alors, ce sont tous les «sens» qui sont mobilisés : «La nuit, nous, en fait, on est, on reste les sens du musée, "les sens" en deux mots. Donc nous on est là pour évacuer tout le monde, vérifier que tout est en ordre pour la nuit, vérifier que tous les systèmes d'alarme fonctionnent bien, effectuer des rondes, et pendant ces rondes donc on fait les yeux, les oreilles, enfin tout du musée. On inspecte le bâtiment, non seulement les œuvres pour vérifier qu'il n'y a pas de problème, malgré le fait qu'ici c'est blindé en alarmes mais bon, il peut y avoir des défaillances techniques, ou un superman qui passe, surdoué en électronique, on ne le voit pas passer, pourquoi pas. Mais surtout c'est nous qui voyons s'il y a une fenêtre qui ferme mal, s'il y a un carreau qui est cassé, s'il y a une fuite, si en fait on connaît le bâtiment comme notre poche, parce qu'on le patrouille une nuit sur deux, régulièrement, et donc dés qu'il y a un petit truc qui change on le voit, et voilà.» (Agent de surveillance de nuit, MAAO, 25 janvier 2002) Certains insistent sur la perception sonore qu ils ont des lieux : «Ah oui, il y a des bruits qu on ne perçoit pas dans la journée. C est sûr, la nuit dans le silence total, il y a beaucoup de bruits qu on ne peut pas s imaginer, que ce soit l ascenseur, l eau, c est vrai, c est vivant aussi la nuit quelque part. On sursaute d ailleurs, pendant les rondes, ça peut arriver. Mais bon, on se familiarise aussi avec ces bruits. Au début c est vrai que c est un peu, ça peut décontenancer un petit peu quand on n est pas habitué mais une fois que, on se familiarise avec tout. Voilà, oui. Tous ces bruits de circulation, de, oui. Les bois qui craquent, les, il y en a beaucoup quoi, faut venir la nuit pour se rendre compte de tous ces bruits qu on ne perçoit pas dans la journée.» (Agent de surveillance de nuit, MAAO, 23 janvier 2002) Cette sensation étrange est propre à la vie nocturne : Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 54/151

«Une bonne ambiance la nuit oui il y a une bonne ambiance la nuit. Les torches oui, bon, on est habitué, on est habitué, on peut allumer un peu la lumière, on visite, la nuit c est un peu différent. On passait dans des galeries la nuit ou dans les réserves, c est un peu.., il y a personne, il n y a pas de bruit déjà. C est important le bruit, il n y a pas de bruit. On peut contempler certaines choses, la nuit il y a des craquements, il y a des bruits un peu bizarre, toutes sortes de bruits! Ah oui, toutes sortes de bruits : des craquements.» (Agent de surveillance de nuit, représentant syndical, MAAO, 11 février 2002) La nuit trouble les perceptions habituelles : il n y a a priori pas de bruit mais en définitive il y a des bruits, d autres bruits. Le bâtiment apparaît comme une caisse de résonnance, le silence cache une quantité de bruits, semble même produire des bruits. Une autre dimension de la nuit a été évoquée, elle concerne les effets de lumière, le clairobscur sur les œuvres qui contribuent à engendrer une atmosphère un peu dérange, qui bouleversent les repères diurnes : Le regard sur les objets s en trouve modifié : «Le regard sur des masque c est un peu différent, on n a pas le même regard par rapport aux œuvres, le jour, je dirai pas froid, je ne sais pas expliquer ça, mais la nuit les masques, les regards sur les objets c est un peu, c est impressionnant ça fait peur. Ça fait un peu peur. La nuit ça fait un peu peur ma foi.» (Agent de surveillance de nuit, représentant syndical, MAAO, 11 février 2002) Ce même agent revient près de 12 ans plus tard sur ces moments si intimes et, les comparant à sa nouvelle situation il est surveillant de nuit au MuCEM- il souligne leur spécificité, une spécificité qui tient aux lieux et à ses collections, à l époque celles du MAAO : «Oui, tous les locaux, techniques, vérifier que tout éteint, tout bien fermer, qu il reste plus personne. Et même pendant les rondes au MAAO, je regardais les vitrines, c était quelque chose la nuit par rapport au jour, la nuit on est seul, tranquille, on prend le temps alors qu ici mais je n ai pas senti, elles ne m ont pas attiré, je fais mon tour en flèche, le plus rapidement possible alors qu au MAAO c était le contraire. Oui, on contemplait comme si on était visiteur, on lisait les cartels» (Agent de surveillance de nuit, représentant syndical, ex-membre du MAAO, MNATP-MuCEM, 14 avril 2011) Dans ses propos, nous y lisons le plaisir de la contemplation, une contemplation qui le place, comme il le précise lui-même d ailleurs, dans la posture du visiteur. Les jeux d ombre que provoque le maniement de la torche, changent donc la perception des objets mais également celle des lieux. Toujours le même agent : il revient sur un épisode burlesque que lui ont rapporté les anciens, souvent des militaires qui finissaient leur carrière au Palais et qui portaient des armes : «Oui c est avant ça, avant que j arrive dans les années 70, avant on était armés ( ) il racontait des histoires et dans les années 60, les agents avaient des armes, à un moment un agent voyant une ombre, il a tiré sur l ombre, ils ont retrouvé la balle sur le mur.( )» (Agent de surveillance de nuit, représentant syndical, ex-membre du MAAO, MNATP-MuCEM, 14 avril 2011) Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 55/151

Le Palais réserve la nuit d autres surprises : la présence d animaux en partie dues à l aquarium. Un agent du MAAO, revient sur cet épisode épique : «A l aquarium il y en avait pas mal. L aquarium, c est quand toutes les lumières étaient éteintes, les cafards, ils sortaient, puis des gros. C était des gros quand même. Ca nous est arrivé de marcher dessus. C est impressionnant parce que sans le faire exprès, ça fait un drôle de bruit. Ça craque sous le pied. Ça c est bizarre. Bah c était typique jusqu au moment où ils ont trouvé le produit pour les faire disparaître.» (Agent de surveillance de nuit, MAAO, 13 février 2002) Près de 12 ans plus tard, l événement a été suffisamment marquant pour qu il soit révoqué. «Oui il n y a pas eu que des cafards, les cafards c était à l aquarium, on marchait sur les cafards, des milliers qui volaient. ( ) Il y a des rats, à l accueil là, un soir on a vu des rats se balader.» (Agent de surveillance de nuit, représentant syndical, ex-membre du MAAO, MNATP- MuCEM, 14 avril 2011) De la sorte, le surveillant se forge un regard, doit faire montre de sa maîtrise des émotions, de ses peurs. Autant de qualités évoquées qui, lorsqu elles sont réunies, constituent le profil d un bon surveillant de nuit. Et en même temps le monde de la nuit a quelque chose de rassurant, d apaisant, il est leur monde.. C est ainsi, on peut dire que ces surveillants prennent leur marque. 3.3.3. Un certain rapport aux lieux, une certaine connaissance des lieux Ils habitent le bâtiment comme ils sont habités par lui, au point d être dans la capacité de détecter le moindre des changements. Ils se construisent un certain rapport aux lieux, développent une certaine connaissance des lieux et cette connaissance émerge de leur activité : «Alors la ronde de sécurité, c est certainement la plus importante parce qu il faut tout vérifier. Donc là on monte même sur le toit, on va vérifier sur la terrasse, et on fait évidemment, tout en descendant, toutes les galeries jusqu au sous-sol. On vérifie tout le musée, tout ce qui est susceptible d être vérifié. On le connaît oui, effectivement. Dans tous les recoins, voilà c est ça. Tout à fait.» (Agent de surveillance de nuit, MAAO, 13 février 2002) Comme nous le mentionnons déjà plus haut, ils apprennent progressivement, à connaître les locaux, sans doute la condition requise pour maîtriser leur travail, faire leur propre expérience du lieu pour mieux s en imprégner aussi : «Quand je suis arrivé au début que je ne connaissais pas J ai, le premier jour, j ai dit, il est très grand, et puis après je me suis aperçu que finalement il n était pas si grand que ça, mais je dirais que ce n est pas évident. De jour, j ai appris plus facilement, parce que je demandais aux collègues. Des fois ils ne me renseignaient pas trop, ou c est pas qu ils voulaient pas mais ils voulaient que je me débrouille tout seul pour savoir, pour connaître ; donc pour connaître les emplacements des lumières et tout ça. Donc je me suis facilement adapté, parce que je Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 56/151

connaissais d autres musées, j ai pas eu de mal à Mais de nuit, les parcours, le parcours n est pas le même. Je vois des fois, on peut se tromper, on peut, je dirais vraiment qu il faut deux ou trois nuits pour vraiment apprendre le parcours, puis après bon, après on fait autre chose mais, parce que le parcours n est jamais le même, donc. ( ) -Alors qu est-ce que ça fait de se balader la nuit dans un musée? Ca dépend de la personne. Moi me balader de nuit dans un musée quand il n y a personne. Je veux dire, c est vrai que ça fait étrange par rapport au jour et c est vrai que quand je croisais, bon ça craque un peu, il y a des bruits un peu partout. Mais bon comme je suis d une nature je n ai pas peur du tout, bon j veux dire déjà si vous avez peur, faut pas travailler de nuit. Parce que bon il y a rien mais un petit truc peut vous affoler. C est pas la peine de faire le service de nuit. Mais c est vrai que l ambiance n est pas la même que le jour. Je vous prend le cas, ici on passe de nuit, après une fois qu on voit que tout est éteint, on rentre avec la lampe, on regarde, disons on allume rien pour, même si il y a un bruit, on sait que bon, on pense, l attention n est pas la même, quoi.» (Agent de surveillance de nuit, MAAO, 24 janvier 2002) Le passage quasi initiatique passé et l expérience aidant, ils peuvent en parler du Palais avec une précision topographique de géographe : «Oui, au départ on a toujours du mal à se repérer dans tous ces couloirs. Enfin il y a deux couloirs transversaux, et plus les réserves Afrique-Océanie, que l on traverse. C est le seul niveau de l établissement où on peut se perdre entre guillemets, on peut toujours se retrouver Parce que l entrée publique, il est facile de redescendre au niveau de l aquarium et de la conservation, dans les étages c est pareil, on fait le tour et on retombe soit côté nord, avec l escalier, soit côte sud, l escalier public, enfin je veux dire c est facile de se repérer. Au niveau de la conservation donc, là on peut pas Par contre le sous-sol, quand on ne connaît pas, on va déboucher sur une sortie, par moment on ne sait pas où» (Agent de surveillance de nuit, MAAO, 23 janvier 2002) Ces témoignages sont en cela d intéressants qu ils montrent les manières concrètes d appréhender les lieux : il faut accepter un certain flottement, se laisser porter par les lieux. La connaissance s effectue dans un corps à corps, en mobilisant tous les sens. C est sans doute ce qui nous faisait dire déjà en 2003 qu «Un regard différent est alors possible, celui de la communion avec un lieu qui a été aimé énormément, dans lequel on a investi beaucoup de son cœur, beaucoup de son âme. L intimité est physique avec le bâtiment, ses coins et recoins au point qu on se promet, qu un jour, on viendra avec un podomètre, tant il semble que ce sont des centaines, des milliers de kilomètres qui ont été parcourus dans cette maison, à pieds, dans les couloirs.»(eidelman et al., 2003, p. 115). C est par une pratique physique du lieu que les agents se l approprient, en prennent possession. Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 57/151

4. Approcher de près les lieux ou les modalités d une appropriation Cette appropriation s élabore également grâce aux différents modes d occupation des espaces. 4.1. Habiter sur place Habiter sur place peut apparaître un privilège mais il implique généralement une astreinte, celle d être joignable à tout moment. Le responsable du service sécurité du MAAO compte tenu de ses responsabilités bénéficie d un logement de fonction : «J ai un logement de fonction, oui c est ça. Depuis mon arrivée enfin, pas immédiatement, le temps de faire certains travaux d aménagement et autres. Donc je suis logé sur place effectivement.» (Responsable de la sécurité et de la surveillance, MAAO, 4 décembre 2001) Cette obligation entraîne un mode de vie particulier qui rythme sa journée «Tout à fait. C est exact. C est logique qu il faut connaître, pour la simple raison que j habite sur place. Vous pensez bien que je sors. Alors quand je sors, au lieu de sortir directement comme le fait n importe qui, moi compte tenu des fonctions qui sont les miennes, je fais le tour du bâtiment pour vérifier si je ne vois pas une fenêtre ouverte ou je ne sais quoi. Donc j ai plus l occasion que n importe qui de rencontrer cette martre qui se balade la nuit venue, autour du bâtiment. C est logique, à la limite!» (Responsable de la sécurité et de la surveillance, MAAO, 4 décembre 2001) mais surtout qui le conduit à être attentif aux moindres mouvements, à observer ces animaux, petits compagnons, qui osent s aventurer sur le territoire du Palais, et ainsi à apprécier le lieu (le bâtiment et son environnement proche) voire à l apprivoiser. 4.2. Surveiller en occupant l espace Pour les subalternes, qui se rendent au Palais afin d y travailler de jour ou de nuit, la relation au corps de bâtiment prend forme dans une pratique professionnelle du lieu. Le Palais a sa configuration spatiale spécifique, avec ses espaces ouverts au public (musée au MAAO, musée, médiathèque, ateliers à la CNHI, et l aquarium) et tous les autres en coulisse : bureaux, PC Sécurité, standard, situés au rez-de chaussée ou dans les étages (pour la CNHI) et, dans les sous-sols, réserves, services techniques 4.2.1. Des multiples espaces de travail Selon leur mission, les agents de surveillance peuvent avoir à parcourir l ensemble des locaux, de haut en bas et de long en large. Certains bougeront moins que d autres, car ils seront postés en «salle» d exposition et ils ne découvriront les différences salles que grâce à l instauration d un système de tours qui les conduit à changer régulièrement de salle, ceci Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 58/151

ayant aussi pour effet de couper la monotonie du travail, largement exprimés par les surveillants, comme nous avons pu le voir précédemment. Mais le territoire de ces agents ne s arrête pas aux salles, ils sont parfois amenés à évoluer dans l aquarium, autre espace à surveiller. Quand ils assurent l accueil, nous pouvons les voir dans le hall d entrée avec ses portes et son comptoir. Ils fréquentent plus occasionnellement le PC sécurité (du temps du MAAO) et à présent le bureau des responsables (du temps de la CNHI). Le responsable du service du MAAO nous confirme cet état de fait: «En temps normal, la plupart interviennent uniquement ce qui est logique dans les galeries ouvertes au public. Ca, c est la majeure partie du personnel. Par contre, il y a une partie du personnel qui n est pas affectée dans les galeries ouvertes au public. Au jour le jour, j entends. Ceux-ci ils interviennent sur les chantiers entre autres. Cela peut être au sous-sol, cela peut être sur le toit, cela peut être dans les étages. Et puis il y a aussi à tenir certains postes de sécurité, qui sont tenus 24 h/24. C est le PC central de sécurité ou le standard téléphonique, par exemple.» (Responsable de la sécurité et de la surveillance, MAAO, 4 décembre 2001) S ajoute à la liste des lieux occupés, la «salle de repos» qui est investi par les agents au moment de leurs pauses. 4.2.2. Des postes de travail : posté donc Il est un fait, le travail quotidien du surveillant (de jour) est majoritairement un travail posté en «salle» ou dans le «hall» : «Assis ou débout. On est souvent debout. Davantage debout, surtout au moment des plans Vigipirate ou comme ça, si on est tout seul à l entrée au moment des repas ou autre on tourne dans le hall d entrée, sans arrêt.» (Agent de surveillance, MAAO, 18 décembre 2001) C est d ailleurs à travers cette position spatiale que se marque la hiérarchie. Les «chefs» ont tendance à ne pas se rendre dans les «salles» ou qu occasionnellement pour s assurer que tout se passe bien, et à rester confinés dans leur bureau, assurant d autres tâches : «Je vais dans les salles quand même, mais j y vais un petit peu de moins en moins d ailleurs. J y allais beaucoup quand je suis rentré et puis finalement j y vais de moins en moins, faut bien l admettre. ( ) mon responsable fait l aspect administratif ( )» (Responsable adjoint de la surveillance, MAAO, 13 mai 2002) De même, ils évoluent dans d autres espaces du Palais, qui n appartiennent pas aux périmètres consentis aux subordonnés : comme la présence sur des chantiers Les agents du MAAO qui ont pris des responsabilités à la CNHI mesurent l impact de ce changement sur leur pratique : «Gros changement de statut, par rapport dans les salles et arriver dans l encadrement, c est deux choses différentes, j ai en charge les agents et l environnement de la Cité, communiquer avec eux, c est vrai que ça a développé un rapport différent que celui qu on connaissait quand Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 59/151

on était agent tout seul dans la salle.» (Adjointe de la responsable de la surveillance, exmembre du MAAO, CNHI, 15 mai 2011) Assurer la «salle» reste dévolu à la fonction d agent de surveillance. Ceux qui ont connu des changements dans leur carrière quittant la «salle» pour se retrouver dans les «bureaux» confirment cette spécificité du gardien de musée : «Agent de surveillance, le poste pour lequel j étais titularisé. Parce qu à la bibliothèque, j étais détaché à la bibliothèque comme son nom l indique. Par contre, au MAAO, j ai vraiment exercé la fonction d agent de surveillance, dans les salles.» Cet agent poursuit et compare sa situation du MAAO avec celle d aujourd hui : «Je n avais pas du tout la même fonction. Ici j étais un bureaucrate, j arrive dans des bureaux. Je suis dans un bureau. Là-bas j étais dans des salles. Voilà, c est tout, je ne sais pas comment expliquer ça, mais ici je n ai pas l impression d être un agent de surveillance. Ici, j exerce une autre fonction. J ouvre les portes le matin, je les referme le soir avec des clés mais je n ai pas d astreinte alors que là-bas, c est la fonction, des horaires, des choses à faire ou à ne pas faire. Donc voilà.» (Agent attaché au service de vidéo, MNATP-MuCEM, sur un poste d'agent de surveillance, ex-membre du MAAO, 27 avril 2011) Tous les surveillants ne sont cependant pas postés en salle, certains assurent la surveillance du hall et parfois des rondes de journée : «Parce que comme je suis à l entrée, moi avec mes collègues, notre poste est à l entrée. Des fois on est à trois ; des fois on est à quatre. Mais on est toujours sur place. A part si il y en a un qui est marqué pour la ronde, qui part et qui fait la ronde.» (Agent de surveillance, MAAO, 18 décembre 2001) La majorité des agents assure la surveillance des salles avec toutes les contraintes que cela suppose. Ainsi, un ancien du PC sécurité du MAAO passait en salle à la CNHI explique : «Et en salle mais je n en vois pas l utilité» (Agent de surveillance, ex-membre du MAAO, CNHI, 5 juillet 2011). Certains sont moins critiques, n ayant pas connu autre chose ou s adaptant à la nouvelle situation. Leur journée peut se résumer en quelques mots : «On arrive aux vestiaires, on s habille, on monte à l entrée il y a un débriefing, si nos responsables ont des choses à dire, ils nous les disent et après on regagne nos secteurs.» (Agent de surveillance, Fe, ex-membre du MAAO, CNHI, 14 juin 2011) Depuis l ouverture de la CNHI, on a vu arriver un nouveau type de personnel : les médiateurs, contractuels attachés à l établissement public, contrairement aux surveillants, agents d Etat, attachés à la DMF. Les médiateurs sont répartis sur d autres secteurs que les surveillants, comme nous le confirme la responsable des équipes de surveillance : «Après dans les postes à tenir, vous avez des postes réservés spécifiquement aux médiateurs, par exemple l entrée de l exposition permanente qui nécessite une présentation ; sinon c est Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 60/151

assez compliqué, là c est un poste de médiation, les expositions temporaires on essaye d avoir un agent de médiation à l entrée pour pouvoir faire la présentation et on a eu pendant un temps un poste de médiateur dans le forum pour parler sur l historique du Palais, c était notamment pour les groupes» (Chef d équipe des agents de surveillance, CNHI et son adjointe, ex-membre du MAAO, CNHI, 15 mai 2011) Les médiateurs occupent également des postes très précis : «Le plus simple, c est de dire où on est posté, on est posté dans 3-4 endroits. Accueil, au rez-dechaussée, donc on informe les gens sur les expositions, on peut recevoir aussi des personnes qui veulent en savoir un peu plus ; on remet les audio-guides, individuels ou pour des groupes. Deuxième poste, le Prologue : l entrée de l exposition permanente, là où il y a les cartes : donc là c est aussi présenter l exposition, aussi au niveau des cartes, enfin selon si les personnes viennent au contact ou pas. Et un troisième poste équivalent : à l entrée de l expo temporaire, pour accueillir les gens, ou faire un travail de médiation. Et sinon un autre poste différent, c est le travail administratif, dans les bureaux, depuis septembre on a un bureau, pour les coordinateurs mais pas qu eux, parce que chacun d entre nous peut être amené à travailler sur des projets en lien avec la médiation, avec le service, par exemple sur l accessibilité pour les personnes handicapées.» (Médiateurs, CNHI, 26 mars 2012) Au moment de la deuxième enquête, les effectifs de médiateurs sont encore insuffisants pour couvrir la surface d expositions de la CNHI et être réparti pour répondre au mieux à la demande du public : «Ce qui fait que sur les 10 agents, au final ça se réduit énormément en termes d effectifs, et donc en termes de possibilité de médiation dans les différents espaces de la Cité. Donc s il y avait une volonté d extension de la médiation à l'extérieur du bâtiment, actuellement en regard des effectifs on ne pourrait pas du tout y répondre.» (Médiateurs, CNHI, 26 mars 2012) Dans tous les cas, les fonctions et les missions définissent les espaces occupés par le personnel et on peut dire grossièrement : -du surveillant qu il est posté même s il peut changer de secteur, que sa chaise est un point de repère dans l espace, qu il a pour tâche de surveiller les visiteurs mais ne pas communiquer avec eux, qu il circule, déambule dans un périmètre défini. -du médiateur qu il est semi-posté, qu il peut suivre le visiteur pour commenter certains points des expositions permanentes et temporaires. -du conférencier qu il est mobile, qu il suit un parcours défini accompagné des visiteurs. Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 61/151

Le poste informatique des médiateurs de la CNHI a remplacé la traditionnelle chaise du gardien (photographie A. Monjaret, 2012) 4.2.3. Le Palais et son aquarium L aquarium a une place toute particulière au sein du Palais de la porte dorée et les agents pouvaient ponctuellement être envoyés sur ce secteur : «Et puis il y avait l aquarium, j avais l impression de ne pas être dans un musée, je m évadais un peu, ça c était bien. Ben en fait, on était affecté, l Afrique, l Océanie, je sais plus, l aquarium, on changeait un peu, on n était pas dans les mêmes salles. Ça variait un peu quoi.» (Agent attaché au service de vidéo, MNATP-MuCEM, sur un poste d'agent de surveillance, ex-membre du MAAO, 27 avril 2011) Certains appréciaient, d autres moins : «Il y en a qui adorent être à l aquarium et puis il y en a qui n aime pas. D ailleurs c est prévu que ceux qui y sont affectés, c est dans le règlement intérieur. Ca c est marrant, j ai découvert il n y a pas bien longtemps dans le règlement intérieur, que ceux qui sont affectés à l aquarium, peuvent demander à changer d affectation dans la journée. Donc ils pourraient s ils le veulent, les personnes si elles le demandent, pourraient si elles le veulent demander à n être affecté que la moitié de la journée, le matin ou l après-midi. Mais on sait que il y a des gens qui n aiment pas, c est simple, et qu il y a des gens qui aiment être à l aquarium. Comme c est el cas d agent, on pourrait le mettre ailleurs au rez-de-chaussée, mais il aime son aquarium. On remarque, et puis il aime bien les enfants aussi.» (Responsable adjoint de la surveillance, MAAO, 13 mai 2002) Situé au rez-de-chaussée dans la pénombre, malgré la beauté des aquariums, l ambiance peut devenir oppressante pour celui possède une tendance à la claustrophobie. Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 62/151

Mais surtout il existait une certaine rivalité entre le musée et l aquarium, certains des agents jouant le jeu de la séparation. Les «sciences et techniques en bas, brocanteur en haut» (Eidelman et al., 2003). Les témoignages confirment l existence de cette relation difficile entre les deux entités : Ou encore : «Et les relations aquarium Je sais que c'est pas toujours facile, du fait que c'est le côté bicéphale du site qui veut ça.» (Agent de surveillance de nuit, MAAO, 25 janvier 2002) «Très fort. Je ne sais pas pourquoi, je ne vois pas pourquoi. On est sur le site et il y a une tension entre les agents de surveillance et les gars de l aquarium, et les soigneurs. Et j ai trouvé ça comme ça et j ai toujours trouvé ça comme ça. Et je ne vois pas le pourquoi. Je me suis dit que peut-être que c est à cause des jours fériés qu on fait. Et eux, ils ne le font pas. Parce qu on a une prime, qui s appelle la prime dominicale, je dis si c est pour 2 200 francs, peut-être que c est ça. J ai entendu des bruits de couloir, mais je ne sais pas» (Agent de surveillance, MAAO, 18 décembre 2001) Après la fermeture du MAAO, l aquarium est resté ouvert au public et une partie des agents du MAAO en ont assuré la surveillance : «Oui une partie des gens du MAAO était restée. Il y a eu à réorganiser effectivement puisqu on était dans une configuration normalement, la direction des musée de France pensait que seul l aquarium serait ouvert. Ils n avaient pas du tout imaginé qu on aurait cette demande de la Chine, ensuite le patrimoine, bon tout ça ce n était pas à l ordre du jour. Donc l idée ça a été de dire quel personnel faut-il pour l aquarium. Alors quand je dis l aquarium, c est le hall d accueil, bien entendu, c est la grille, le hall d accueil, et puis l aquarium. Donc on considérait que c était très inférieur à l ensemble du bâtiment. Je crois qu il y a un tiers du personnel qui est resté, sur des bases de volontariat. Ca a été assez difficile à gérer mais là, ce n est pas moi qui ai géré ça. ( ) Donc il y a eu une équipe qui était réduite à peu près au tiers du personnel qui est restée et dont j ai eu la responsabilité pendant quatre ans. Et donc une partie est encore là maintenant et par contre, je n ai plus aucune responsabilité par rapport à ce personnel.» (Directeur de l aquarium de la Porte Dorée, 14 février 2011) Le temps passant, les rivalités ont ressurgi sous d autres formes, cette fois entre surveillants et médiateurs, autrement dit entre anciens et nouveaux, entre le haut et le bas du bâtiment : «-Et les relations avec les médiateurs ça donne quoi? Vous vous partagez le même planning? Ca dépend desquels parce qu il y a ceux qui estiment qu ils n ont rien à faire dans l aquarium Parce que eux ils se considèrent médiateurs de la Cité Il y en a même qui l appelle la poissonnerie et moi je m accroche avec l un d entre eux et le lui dit que c est beaucoup plus intéressant que son vide grenier.» (Agent de surveillance, exmembre du MAAO, CNHI, 24 mai 2011) L encadrement fait le même constant : «Au début c était pas question de monter dans les salles c était l aquarium, les agents titulaires devaient faire entrée et aquarium, la responsable du service a trouvé que c est pas une bonne Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 63/151

chose, tout le monde doit participer vice versa, parce que les titulaires, ils doivent évoluer aussi mais jusqu à maintenant les médiateurs ils veulent pas aller à l aquarium. Mais on affecte tout le monde à l aquarium.» (Adjointe de la responsable de la surveillance, ex-membre du MAAO, CNHI, 15 mai 2011) Ainsi la distinction entre personnel DMF et les contractuels CHNI, se fait encore plus saillante, comme nous le confirme le directeur de l aquarium : «-Et à l aquarium, y a aussi des médiateurs ou pas? Non. Alors parfois, quand y a des problèmes de planning, il y a des médiateurs qui seront présents à l aquarium mais eux n ont pas été formés sur le contenu. Et quand ils font ça, c est qu ils dépannent et ils remplacent des agents d accueil et de surveillance.» (Directeur de l aquarium de la Porte Dorée, 14 février 2011) Les médiateurs sont là pour dépanner. «Et je ne savais pas non plus qu on allait faire l aquarium, ça aussi c était une surprise. Ca renforçait aussi cet aspect surveillance, on n était pas dans l aquariophilie donc ça aussi on a tout de suite compris que ça renforçait la partie surveillance de notre fonction. Ça nous a déçu, beaucoup Même si après il y en a qui ont joué le jeu, moi la première aussi, je me suis pliée aux règles.» (Médiatrice, CNHI, 5 juillet 2011) Sans doute ils ne se trouvent pas à leur place, ils considèrent être venus à la CNHI pour assurer d autres fonctions, et s ils acceptent d évoluer dans les salle en étage, c est sans doute parce qu ils se sentent plus près des espaces qui renvoie à leurs compétences, les collections vivantes de l aquarium, comme le dit également le directeur, n appartiennent pas à leurs spécialités. Malgré ces conditions, certains des médiateurs finissent par se plier volontiers à la contrainte y trouvant quelques satisfactions : «Donc on fait autant l aquarium que les audio-guides, moi ça m a toujours plu parce que de temps en temps faire de l aquarium, ça nous change, ça casse un peu la semaine, on voit autre chose, on discute avec les soignants, moi ça ne me déplaît pas ; après ce n est pas l opinion de tout le monde, et puis il y a des titulaires qui je pense ont aimé le fait de pouvoir tourner, d aller dans les salles, je pense que ça c est positif.» (Médiatrice, CNHI, 5 juillet 2011) Pouvoir circuler dans les différents espaces du Palais est une façon non seulement de rompre avec la routine du quotidien mais aussi d apprécier de mieux apprécier les lieux du Palais, mieux apprécier aussi l existence de ses frontières. «L accueil en bas, c est à la fois pour la Cité et pour l Aquarium, vu que c est juste à côté, donc il faut l indiquer, et en même temps on est amené à informer les gens sur l Aquarium.» (Médiateurs, CNHI, 26 mars 2012) 4.3. Se reposer : les coulisses pour des temps de pauses Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 64/151

Pour certains des membres du personnel, l aquarium apparaît comme une bulle mais pour ceux qui y travaillent, c est dans la salle de repos qu ils trouvent un espace pour se ressourcer. «Le midi, il y a quelques personnes qui déjeunent sur place. Parce que le musée dispose d une salle de repos avec cuisine aménagée, avec tout ce qu il faut pour éventuellement manger sur place. Il y en a quelques-uns qui prennent leur repas au restaurant administratif des Télécoms à la Place Daumesnil. Autrefois, ce restaurant était situé beaucoup plus près. Moi même, j y allais. Cela me faisait plaisir d aller déjeuner avec les autres. Et maintenant, compte tenu de l éloignement, je préfère déjeuner sur place. Parce que bon, j ai la chance d être logé sur place donc» (37) Dans l enquête de 2001-2002, nous notions déjà à ce propos : «Il existe aussi une salle de repos, celle-là même qui avait été installée pour l ensemble du personnel et que les agents de surveillance se sont finalement réappropriée. Entre midi et deux, l heure du repas sonne.» 36. Cette salle sert aussi à certaines célébrations. Il est même arrivé que les surveillants de nuit qui généralement sont cantonnés au PC sécurité, l utilisent pour fêter Noël ou le Jour de l An, et ce avec l accord du chef de sécurité, car cela demandait à débrancher momentanément certaines alarmes du bâtiment. Les surveillants de nuit ont eux d autres espaces : «Soit on décide de manger tous ensemble, à ce moment on mange tous dans le poste de sécurité. Et puis, ce qui n'empêche pas, étant donné qu'on est à huit clos, quand même, pendant quinze heures trente ensemble, chacun peut s'isoler, là on est notre vestiaire, on a un microonde, une plaque chauffante, un frigo, tout ça, donc celui qui n'a pas envie de voir les autres ce soir-là, il s'isole pour manger, il n'y a pas de problème. -C'est le même endroit que les gardiens de jour? Non, non. Parce que l'endroit des gardiens de jour impliquerait qu'on coupe des alarmes pour aller au vestiaire, Donc pour ne pas couper d'alarme, nous nous avons notre vestiaire qui est dans le périmètre immédiat du poste de sécurité, ce qui évite de couper des alarmes.» (Agent de surveillance de nuit, MAAO, 25 janvier 2002) Aujourd hui, à la CNHI, les conditions ont changé : le Palais n est plus fermé à l heure du déjeuner comme autrefois, la durée de la pause déjeuner a été réduite, comme nous le disions précédemment. La salle de repos est cependant toujours là, mais elle a subi quelques transformations suite au chantier de mise au norme du bâtiment. «Non plus, toutes les fenêtres qui donnent sur le Nord n existaient pas mais on nous a construit des ascenseurs et il y a un peu plus de confort, tout est fait pour le public mais nous notre salle de repos est vétuste» (Agent de surveillance, ex-membre du MAAO, CNHI, 24 mai 2011) Les médiateurs utilisent aussi cette salle : «-Et les temps de pause, vous êtes au même endroit, etc.? Il y a une salle de pause commune à la totalité du personnel, l Aquarium compris. Sinon eux ont des horaires de pauses fixes, nous théoriquement on peut changer comme on veut. Enfin en fonction des nécessités.» (Médiateurs, CNHI, 26 mars 2012) 36 EIDELMAN Jacqueline, MONJARET Anne, ROUSTAN Mélanie, 2003, «MAAO, mémoire d'une organisation», Culture & Musées, n 2, p. 118. Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 65/151

Le bâtiment s apprend en le pratiquant : «-Qu est-ce que ça fait de travailler dans un bâtiment comme ça? Le bâtiment en soi? C est plutôt agréable, c est grand, c est ample, je sais qu il y a des problèmes avec la salle de pause, parce qu il n y a pas de fenêtre, pas de lumière naturelle, de tous les endroits où j ai travaillé dans mes vies c est la meilleure salle de pause que j ai eu! J ai un vestiaire que pour moi donc euh sur ce point-là je suis vraiment contente.» (Médiatrice, CNHI, 5 juillet 2011) Chacun en fait l expérience, celle-là même qui permet de se sentir un peu «chez soi». 4.4. Soigner un lieu c est soigner l image du lieu La génération des surveillants du MAAO a connu également ce temps où ils s occupaient de l entretien du musée, le mardi alors que le musée était fermé au public. «Mais avant, tous les matins. Même le week-end. Ah, j en ai bavé! On passait la machine partout. Nickel! Je faisais les toilettes publiques. On pouvait manger dedans. Le chef me disait : «Ça se voit. On peut manger dedans». C est pourquoi je dis que depuis une bonne dizaine d années, il y a ce laisser-aller et le musée est sale. Ça, je vous le dis : «Il est sale!». Il faut l admettre. Il n y avait pas d équipe de nettoyage, à l époque. C était nous, c était propre! Là, il y a une équipe, mais quand même, c est pas encore ça! Lorsque vous êtes à l entrée, le public vous balance que c est sale les toilettes, etc., etc., etc. C est eux qui le salissent, mais ça vous touche quoi!» (Agent de surveillance, MAAO, 18 décembre 2001) En effet, une société extérieure a pris progressivement la relève : «Il y a normalement l'entretien des collections et des zones de présentation, bien qu'ils s'en soient détachés depuis pas mal d'années maintenant, il est fait appel à des sociétés extérieures, quoique certains endroits, même les sociétés extérieures n'ont pas le droit d'y accéder, donc ce sont eux qui font le ménage, il faut le dire.» (Agent de surveillance de nuit, MAAO, 25 janvier 2002) Mais certains des agents ont continué, de leur plein gré, le temps d une journée à assurer cette autre fonction, celle de prendre de soin des lieux. «Le mardi, on fait un peu de ménage, parce qu il y a les types qui viennent pour faire le plus gros. On fait un peu de vidage, un peu de ménage. Et puis voilà, on attend pour partir à 16 h. (rires) ( )» (Agent de surveillance, MAAO, 18 décembre 2001) Tous ne s y impliquent donc pas de la même façon : «Il y en a une bonne partie qui ne le fait pas vraiment. Mais effectivement le mardi est normalement employé au dépoussiérage et au nettoyage. -Il y a une société de nettoyage Oui, mais alors eux sont chargés uniquement du nettoyage des galeries d exposition, c est-àdire des endroits visités par le public, que ce soit bien clair. Alors que les autres s occupent des Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 66/151

toilettes, des bureaux, la société Habilis s occupe des toilettes, des bureaux, que dis-je encore, de tout. Pas des réserves proprement dites, parce que les gens n y rentrent pas, parce que nous on fait aussi la gestion des réserves, c est aussi une chose, mais par exemple, le hall, enfin voilà.» (Responsable adjoint de la surveillance, MAAO, 13 mai 2002) Cette polyvalence, comme nous le faisions déjà remarquer, est caractéristique des petites structures s explique. Dans les petits musées, les agents de surveillance assurent souvent le ménage le jour de fermeture. Pourtant bien qu observant la pratique au sein des murs du MAAO, un des encadrants considère que : «.c est en général un local, il est rentré comme vacataire. Alors il a un peu l esprit de clocher, c est un local, il aime sa région et il aime ce monument qui est dans sa région, il le connaît bien, il le connaît vraiment très bien, et en plus c est quelqu un, contrairement à celui qui sera dans une salle au Louvre, c est quelqu un qui s occupe de tout, donc il est polyvalent. Parce qu il s occupera de la surveillance, il s occupera de l entretien, il passera même le balai, il aura une connaissance intime on peut dire. Et alors lui est vraiment concerné. Et bon un agent concerné, enfin voilà quoi, donc aucun rapport avec nos agents qui sont ici quoi.» Est-ce que cet argument est une façon de montrer qu il ne travaille pas dans un petit musée? Il reste qu on retrouve au MAAO des pratiques propres à ces petites structures provinciales. Il arrive même que le petit ménage soit assuré avant l arrivée du public : «C est-à-dire qu il y a des jours où on arrive à 8 heures. On fait un peu de ménage, on nettoie l entrée publique, on l allume. Puis on redescend au vestiaire jusqu à 10 heures. A 10 h, hop! 10 h moins quart, moins 10, on remonte. On vérifie si presque tout le monde est là, si tous les agents sont arrivés. On fait l ouverture à 10 h et la journée commence.» (Agent de surveillance, MAAO, 18 décembre 2001) Ainsi en plus, «des différentes tâches ( ) dans les grandes lignes, il y a l'accueil du public, faire respecter les consignes de sécurité, l'hygiène» (Agent de surveillance de nuit, MAAO, 25 janvier 2002), s ajoute l entretien. La journée de ménage du mardi reste dans la mémoire de certains, synonyme de convivialité. Ils se rappellent de ce temps avec nostalgie : après avoir fini à midi, ils partaient faire des courses ensemble, et souvent ils faisaient un repas, entre collègues. Ils savourent encore ces moments d amitiés. Cette activité participait d une convivialité. Mais elle montre aussi l implication et surtout le respect de ces personnels, pour ce qui pourrait être considéré comme leur outil de travail : le bâtiment, ses salons historiques «Déjà il était beau, c est un beau bâtiment d art colonial, chaque fois qu on venait travailler, on regardait le bâtiment alors qu ici on regarde pas le bâtiment ; alors qu au MAAO on reste plusieurs minutes, on parlait, on discutait du bâtiment, de l histoire alors qu ici non. En plus au MAAO il y avait les salons, on faisait l entretien des bureaux parce que moi j ai été de jour, pas longtemps mais quelques années et on faisait l entretien, le mardi c était fermé et tous les Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 67/151

agents faisaient l entretien des locaux, des meubles. Le personnel accueil surveillance, le mardi quand c était fermé, entretien de tous les locaux, bâtiment et des vitrines, des œuvres.» (Agent de surveillance de nuit, représentant syndical, ex-membre du MAAO, MNATP-MuCEM, 14 avril 2011) Un autre agent revient sur une scène qui l a marqué : «Je prends des initiatives. Je n attends pas qu on me donne des instructions pour faire ceci ou cela. Le mardi je viens en jean et baskets, pour nettoyer un petit peu. C est moi qui nettoie avec les collègues les salons. On le fait régulièrement. -Ca fait partie des choses que vous savez faire? Il y en a qui ne le font pas. Il y en a qui ne s y frottent pas. Et effectivement, deux jours après il y a la poussière qui revient. Mais on aime ces lieux, on aime ces objets, on y va vraiment de bon cœur. Lundi j étais dans le service, là où vous m avez trouvé cet après-midi, c est-à-dire la salle Mélanésie, où il y a une espèce de lame de guillotine, où sont plantés des tambours. On appelle ça la piste de danse. Et j étais là et dans l après-midi il y a deux hommes anglais qui disaient que c était sale. Ca m a vexé. Comme si ils étaient chez moi, à la maison. Le lendemain c était mardi matin, je me présente à mon responsable ( ) Je lui dis : «il y a deux anglais qui sont passés hier, ils ont dit que c était sale, moi ça m a vexé, je veux nettoyer ça». Il me dit «du moment que tu cours pas vas-y!». Alors j ai pris le O Cedar, j ai mis du produit à base de cire, ça sent bon, et j ai pris l habitude maintenant, tous les mardis je le fais. Mais c était une initiative personnelle. Un jour il y a le conservateur qu est passé. Pareil, il m a vu faire. Ca lui a fait plaisir. Il m a interpellé un peu après, il m a dit «je vous remercie beaucoup». C est la moindre des choses. Moi j étais vexé de voir, d entendre plutôt des visiteurs anglais dire que c est sale, je me suis dit, je suis responsable. Alors il y a de gosses qui jettent pas mal de saloperies partout, des papiers de chewing-gum, des tickets de métro, des emballages de bonbons, enfin tout ce qui il y a à balancer ils le jettent» (Agent de surveillance, MAAO, 25 mars 2002) Ce témoignage montre l attachement au lieu. Toute atteinte du lieu atteint également profondément cet agent, au point de craindre le regard critique des autres. Toucher à l intégrité du lien, ne serait-ce que par la parole, c est toucher aux habitants qui l occupent, l entretiennent, le respectent. On voit parfaitement ici se dessiner les mécanismes d une appropriation du lieu de travail, plus de ce lieu de culture qui est devenu une nouvelle maison, que l on soigne, comme on soignerait sa propre maison, son propre corps. Il existerait donc une relation intime entre les gens et les lieux professionnels, qui s élabore avec le temps, à travers une connaissance et une reconnaissance de ce que représentent ces lieux. Avec le départ en retraite de cette catégorie de personnels, ce sont aussi des traditions d établissement qui risque de s éteindre : «Ceci dit dans la réorganisation, on en entend parler avec les nouvelles personnes qu on a au sein de la cité, parce qu il y a aussi une question de moyens, comme on reparle aussi du ménage, par un temps les agents faisaient le ménage, un des agents pendant très longtemps a continué à faire les salons qui se trouvent dans le hall d entrée et là il part à la retraite donc quid ( ) quand il nettoyait de salons, il avait le droit à une journée de récupération parce que personne ne voulait le faire, c est tombé en désuétude.» (Chef d équipe des agents de surveillance, CNHI, 15 mai 2011) Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 68/151

Mais la crise fait reposer la question de l impact financier de l externalisation et certains songent à raviver ces pratiques en interne. 4.5. Prendre racine ou l établissement d une relation privilégiée Progressivement les personnels prennent donc connaissance du lieu, prennent possession des lieux. 4.5.1. Construction d un attachement des «gardiens» à ce lieu Ils finissent par le connaître : «Par cœur, jusqu au toit même maintenant.» (Agent de surveillance, ex-membre du MAAO, CNHI, 14 juin 2011) La façon dont ils nous décrivent le Palais est l expression de cette connaissance : «Cette grande salle, quand on ouvre les portes, pfiouu, c est des palais. Ouais, y avait une grande salle avec une grande fresque, y avait du parquet quand on était au premier ou deuxième, j aimais bien mais bon je ne suis pas un fan de tout ça, des arts d Afrique, bon voilà je ne suis pas un fan je peux pas dire mais bon.» (Agent attaché au service de vidéo, MNATP- MuCEM, sur un poste d'agent de surveillance, ex-membre du MAAO, 27 avril 2011) Mais plus encore de leur attachement à ce lieu qu ils affectionnent, comme nous le confirme le responsable des ressources humaines : «Alors que les agents DMF ils ont toujours été là et ils aiment ce bâtiment. Ils aiment ce bâtiment. Et les agents DMF sont de moins en moins nombreux.» (Responsable des ressources humaines, CNHI, 28 février 2011) Ils apprécient son architecture : «Ben le bâtiment le bâtiment, effectivement ici c est des années 70, c est moderne, bon il est ce qu il est, ça a bien vieilli. C est vrai que l architecture, bon j aime bien l architecture donc c est vrai que l autre bâtiment me plaisait plus qu ici mais bon c est pas ça qui a motivé le fait de quitter enfin.» (Agent attaché au service de vidéo, MNATP-MuCEM, sur un poste d'agent de surveillance, ex-membre du MAAO, 27 avril 2011) Certains ont choisi de ne pas partir, de ne jamais partir quelles que soient les circonstances comme la fermeture du MAAO, seule la retraite mettra fin à leur activité au Palais : «Je cherchais du boulot, j ai passé un concours, je suis venu ici provisoirement et j ai pris racines» (Agent de surveillance, ex-membre du MAAO, CNHI, 24 mai 2011) Et on comprend mieux alors, que le quitter peut être ressenti comme un déchirement. Au moment de la fermeture du MAAO, ce sont ces craintes qui sont s exprimées : quitter un lieu, c est aussi quitter les gens l habitent. Le MAAO était un lieu habité. Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 69/151

Certains reviennent aujourd hui sur cet épisode de leur vie : «Quand on quittait le MAAO, c est vrai qu on s attache par rapport à l établissement, par rapport au personnel, mais j ai pas ressenti la même chose ici par rapport au personnel par rapport aux collections. -Vous pouvez vous expliquer? L institution, le bâtiment même il y avait un contact chaleureux avec le personnel, tous les conservateurs, il y avait un contact avec le personnel, le personnel scientifique, un contact régulier avec les expositions, on nous faisait visiter le personnel quelles que soient les filières régulièrement en contact avec les expositions, il y avait ce lien là. Des visites, on pouvait voir sur les ateliers comment ils travaillaient, la restauration. Il y avait comme une symbiose entre le personnel et toutes les fonctions, le personnel technique c était pareil et chaque fois qu il y avait un problème il y avait une discussion, il y avait un contact simple avec les scientifiques. Alors qu ici c était chacun dans son coin, un peu plus froid et le problème c est que c était le directeur qui donnait cette ambiance là dans l établissement ou dans les ATP parce que dans les ATP c était le 2ème établissement de France qui avait le plus de personnes morales» (Agent de surveillance de nuit, représentant syndical, ex-membre du MAAO, MNATP-MuCEM, 14 avril 2011) Le temps du MAAO apparaît comme un âge d or. Pourtant partir, c était alors tout simplement risquer de prendre certains privilèges, rompre avec ses habitudes : «Oui, je crois qu il y a un attachement quand même. Je me demande d ailleurs si certains, vous savez, il y en a beaucoup qui ne veulent pas partir, parce qu il va rester une petite équipe et j ai l impression que ça va être la guerre un peu pour ceux qui vont rester, parce que ici ils ont un petit peu fait leur trou et que certains ils ont des espèces de. comme ça qui existent depuis très longtemps, des horaires aménagés. il y en a pas mal quand même qu on des horaires aménagés et ces horaires là ils les retrouveront jamais ailleurs. Tout au moins pas de prime abord comme ça en posant leurs conditions.» (Responsable adjoint de la surveillance, MAAO, 13 mai 2002) Pour ceux qui sont partis avec certaines illusions, le retour sur le lieu est parfois difficile : «-Et vous le trouvez comment maintenant? Ca a tout changé, l âme a disparu, elle s est envolée avec les personnes qui travaillaient, l art africain, tout est parti -Que reste-t-il alors? A part l aquarium le reste des collections et le personnel c est d une froideur totale» (Agent de surveillance de nuit, représentant syndical, ex-membre du MAAO, MNATP-MuCEM, 14 avril 2011) La seule accroche, ce sont les anciens avec qui l on partage des souvenirs : «Je sais pas, quand je revois mes anciens collègues du MAAO, on parle toujours du bon vieux temps au MAAO et dans leur travail il y a plus ça, même si il y a un bon contact facile, une bonne ambiance, ce que j ai raconté par rapport aux collections, au personnel, les directeurs, conservateurs, ingénieurs, il y avait ce lien. Quand je discute avec les collègues d autres établissements il n y a pas ce lien, ils font leur travail, avec leurs collègues ça se passe bien mais Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 70/151

ça s arrête là. Au MAAO c était spécial, il y avait une symbiose entre tous les agents, le lien plus facile. ( ) On a des photos sous le grand escalier vous voyez? Avec les agents, le directeur, tout le monde, le personnel du musée. J en ai gardé quelques uns des photos, j ai gardé l album, des repas, des personnels» (Agent de surveillance de nuit, représentant syndical, ex-membre du MAAO, MNATP-MuCEM, 14 avril 2011) 4.5.2. Laisser derrière soi D autres ont préféré rompre avec la vie d avant, laisser derrière soi les souvenirs, les collègues, peut-être est-ce une manière de rompre plus facilement les amarres, de se détacher du lieu. «J ai revu le chef de la surveillance, à peine cet été, il a les cheveux blancs, la moustache blanche, je lui ai parlé une fois du musée, il m a même pas répondu, il en a plus rien à faire, il est là-bas à côté de la mer, à côté d Ajaccio, il est tranquille, tout va bien» (Agent de surveillance, ex-membre du MAAO, CNHI, 14 juin 2011) D autres encore se sont éloignés géographiquement mais assumer des fonctions qu ils n assuraient pas au MAAO mais qui montrent combien ils ont été façonné par ce passage. Ainsi, cet ancien menuisier du MAAO, qui a commencé sa carrière comme «gardien» et qui a pris ses fonctions à la maison Georges Clémenceau comme surveillant et guides, après la fermeture du MAAO. Il est de ces agents polyvalents qui travaillent dans une petite structure : «J ai énormément bricolé dans cette maison, en plus j'ai passé une formation de... bon à part le secourisme, je l'ai fait à Clémenceau, j'ai fait une formation de... comment on appelle ça, j'ai l'habilitation en électricité basse tension» (Surveillant, adjoint technique, ex-membre du MAAO, Maison Georges Clémenceau, 24 novembre 2011) Son témoignage est suffisamment intéressant pour qu on s y arrête un peu plus. «Alors j arrive aux Sables, mes fonctions à la maison Clémenceau c est toujours dans la surveillance, adjoint technique mais spécialisé pour les visites guidées commentées. Et non un poste d agent qui surveille une salle, non. Je fais des visites guidées commentées avec les visiteurs, je prends des visiteurs, je leur raconte l histoire de Clemenceau» (Surveillant, adjoint technique, ex-membre du MAAO, Maison Georges Clémenceau, 24 novembre 2011) Même si cet agent n en parle pas explicitement, à travers son récit, on comprend combien montre son passage au MAAO a été déterminant dans le choix de ses nouvelles fonctions : «Mais bon, tu parles d'une promotion, j'étais adjoint technique première classe, je passe principal mais j'ai les qualités pour passer technicien de service culturel, je devrais passer en B d office, en plus je m'occupe des collections, je gère les collections, je m'occupe des prêts d'objets à gauche et à droite. Ah oui, mais c'est un boulot très, en fin de compte j'ai un boulot de régisseur.» (Surveillant, adjoint technique, ex-membre du MAAO, Maison Georges Clémenceau, 24 novembre 2011 Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 71/151

L expérience professionnelle passée de l agent, sa proximité avec les collections, ses rencontres avec les conservateurs au MAAO ont construit ses acquis, et malgré mais des difficultés dans sa reconversion, il a su consolider ces acquis et en faire un atout professionnel : «Parce que le travail de guide a changé en fin de compte ma vie, a changé mon travail et voilà, et quand des fois j'ai deux jours de congés, je consacre une journée à travailler en bas, tu vois, à peindre ou à restaurer des vieilles boîtes, j'ai même perdu la main. Je veux dire, avant je travaillais les placages, c'est pas une question d'âge, j'ai 53 balais. Oui, oui c'est une question de pratique en fait. Voilà j'ai perdu un peu la pratique et ça me fait peur parce que en quelque sorte c'est un métier que j'aime et passer aux visites commentées, ça veut dire au lieu d'utiliser un ciseau à bois en l'utilisant par mes doigts, j'utilise un ciseau à bois, c'est ma langue, alors résultat, il fallait se mettre à apprendre le personnage Clémenceau, bouquiner, bouquiner et puis après même pas une journée de formation, j'étais dans le bain.» (Surveillant, adjoint technique, ex-membre du MAAO, Maison Georges Clémenceau, 24 novembre 2011) Ainsi, il est passé d un travail manuel à un travail intellectuel, de l usage de la main à l usage de la voix. Il reste cependant attacher au travail sur les objets et pour ne pas perdre la main, il a fait de son passe temps le moment où il crée mais aussi où il restaure les objets des collections appartenant du musée. Il assure une certaine continuité dans le changement. Il est fier cependant de souligner qu il s occupe des visites guidées, sortant de la sorte des sous-sols du MAAO où était installé son atelier de menuiserie et trouvant aux yeux des visiteurs une forme de reconnaissance qu il n avait sans doute pas dans son ancien établissement professionnel : «Oui, alors nous voilà, Il y'a la haute saison et la basse saison. Alors en haute saison, si on est deux guides, y'a à peu près huit visites dans la journée, des visites qui durent en moyenne 45mn, hein et quand tu es seul c'est des visites toutes les heures. Mais comme tu sais qu'une visite dure 45mn-50mn, quand tu as fini une visite, tu as l'autre qui attaque derrière, ça veut dire que tu n as pas un moment de répit. Et puis quand tu as fini la dernière visite le soir, tu dis pas "j'ai fini, je rentre à la maison", il faut fermer l'établissement, les volets, les grilles, euh, tout ce qui annexe, faire une ronde au niveau du petit parc, voir si il n y a pas d'intrus, ni rien. Après il faut attendre que le régisseur ait terminé sa caisse, si elle est en retard, alors si il lui manque un peu d'argent, faut qu'elle cherche l'erreur et moi je ne peux pas quitter l'établissement, même si elle me dit des fois "rentrez", non, je peux pas, je suis agent d'accueil et de surveillance, je dois assurer le monument et assurer votre sécurité aussi.» (Surveillant, adjoint technique, exmembre du MAAO, Maison Georges Clémenceau, 24 novembre 2011) Il insiste ici sur ses responsabilités et la relation qu il a progressivement nouée avec cet établissement. A la fermeture du MAAO, certains hommes sont partis, comme les collections 4.5.3. Les collections du MAAO partent, le bâtiment reste C est donc le MAAO qui a fermé ses portes, c est donc à ce musée que un hommage est rendu. Un des agents lui a dédié un poème, véritable hymne (Monjaret et al. 2005, p. 607) : Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 72/151

«Quand j ai su que le musée était foutu, qu ils l avaient crucifié, j ai écrit une belle poésie sur le MAAO» (Agent de surveillance, MAAO, 25 mars 2002) Tous s accordent pour considérer que c est le musée qui disparaît «Franchement, ce qui nous a le plus marqué je suppose que tous mes collègues que vous interrogeaient, vont dire la même chose c est le fait de savoir que le musée va disparaître. Ca, c est sûr! C est le fait marquant de ces 15 dernières années, c est forcément ça! Maintenant, les modifications, qui sont intervenues à l intérieur même du bâtiment sans que ce soit un chambardement total, nous ont marqué momentanément. Les changements de directeurs ou autres. Mais ce n est pas à comparer au fait d apprendre que le musée est appelé à disparaître totalement en 2003.» (Responsable de la sécurité et de la surveillance, MAAO, 4 décembre 2001) Tous reviennent sur ce douloureux épisode de leur carrière : «Moi je suis tombé amoureux de ce musée et je le suis toujours et je suis comme 99.9% des visiteurs. Ils adorent ce lieu, les gens. Moi j ai vu depuis que je travaille ici venir une fois ou deux fois, 4 générations en même temps, c est-à-dire le garçon, le père, le grand-père et l arrière grand-père qui lui même est venu petit avec ses parents visiter le MAAO. Et bien sur ils sont tristes de savoir que j admets, on va pas le détruire, y a pas plus tard que quand vous êtes passé tout à l heure, et je vois une dame qui me dit on va le déplacer ce musée?. Non madame on va pas le déplacer, on va déplacer les objets qui s y trouvent, dans le futur musée du quai Branly. Mais le musée par lui-même il sera pas déplacé, vous inquiétez pas, c est un monument historique, et y a beaucoup d artistes qui sont venus ici, beaucoup de manifestations, de tournages de films, ou de bon des choses comme ça, que nous appelons le mécénat.» (Agent de surveillance, MAAO, 25 mars 2002) Quant au bâtiment, il reste lui stoïque, toujours bien présent. C est ce qui a poussé certains membres du personnel à laisser quelques traces, des marques de leur passage, marques fragiles à la craie autour des meubles d un atelier des services techniques ou marques plus indélébiles, comme ce fut le cas dans un autre contexte historique dans une des cours du musée (Monjaret, 2004). «Ce rapport au musée, presque viscéral pour certains, aurait conduit un agent à inscrire son nom sur une dalle de ciment frais. Cette signature pourrait apparaître comme une contremarque de la liste des héros de la conquête coloniale gravée sur l une des façades du bâtiment.» (Eidelman et al., 2003, p.115). Le bâtiment traverse le temps et les tempêtes et représente avec force et constance, ce symbole colonial, un pan de l histoire. Certains agents s inquiètent cependant de son sort : «Des fois je me demande où je suis. Avant on était propriétaire du bâtiment maintenant on est locataire, c est ça la différence mais je suis contente qu il y ait du renouveau, ça vous oblige à avancer.» (Agent de surveillance, Fe, ex-membre du MAAO, CNHI, 14 juin 2011) 4.5.4. La «belle endormie» Durant la période de l entre deux, le Palais s est quelque peu assoupi : Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 73/151

«-Et ça vous faisait quoi pour vous de voir ça? Un peu bizarre parce que même si je suis un peu récent, on est habitué à notre petit train-train et on voit que tout va changer et puis après effectivement il n y a plus rien dans les salles, bon j'étais plus souvent au PC mais je faisais encore un peu de surveillance, il n y avait plus que l'aquarium comme poste c'était très limité... -Ca a changé... Voilà, c'est vrai que ça représente un sacré changement quoi, on dirait un peu un bâtiment en sommeil un p tit peu. -Un bâtiment en sommeil, c est joli... Oui, c'est ça en fin compte... Et après donc on a été squattés par l'ifa, comme ils refaisaient entièrement le Trocadéro, leur partie à eux, donc pendant 2/3ans. Oui un peu plus calme. Ils ont été les premiers à modifier un peu la structure du bâtiment, certaines salles d'expo sont devenues des bureaux, y'avait des salles aussi qui étaient un peu vides, qui sont devenues des bureaux, donc ils ont un peu modifié le bâtiment, ce qui était assez sympa aussi. Il y avait pas mal de personnel, ils accueillaient des étudiants aussi, ils avaient une salle de conférence, donc ça a permis de faire vivre un petit peu le bâtiment, pas entièrement mais un petit peu quand même. On a vu déjà une petite différence avec ça, mais nous de notre côté, notre partie, ça changeait pas grand-chose. Mais c'est vrai que L'aquarium a fait quelques expos assez importantes et là on a eu beaucoup de monde à ce moment-là. -Donc c'était plus autour de l'aquarium Il ne restait que ça en fin de compte, tout le reste du bâtiment était pour l'ifa, sauf les parties 1er, 2ème étage, les anciennes salles d'expo Afrique et Maghreb, celles-là restaient fermées. Il n a rien eu là-bas.» (Agent de surveillance, ex-membre du MAAO, CNHI, 5 juillet 2011). Cette période d accalmie a surtout été rompue avec le démarrage du chantier, une métamorphose qui annonçait l installation de la CNHI. 5. Le bâtiment, repensé pour le public Avant même la fermeture du MAAO, le bâtiment commence sa métamorphose mais il y avait dans cette restauration l idée d une toilette funéraire. Le chantier de la CNHI apparaît plutôt comme la toilette de la mariée, avant que ne commence la nouvelle vie du bâtiment, la vie d un établissement culturel. 5.1. Une remise aux normes des équipements Déjà au début des années 2000, le bâtiment amorce une modernisation de ces équipements : «Oui y a eu des rénovations qui ont été faites, il y a eu les restaurations de galerie, y a eu une modernisation au niveau, par exemple tout à l heure on parlait de l informatisation des alarmes, de la chaufferie, ben les locaux ont été restauré quoi. C est surtout les changements par rapport à ça quoi, de la structure. Au niveau des collections il y a des nouveaux, des nouvelles œuvres qui sont exposées, là ça varie de temps en temps mais pas très, très souvent, enfin, c est comme ça que je le vois, que je perçois les choses et oui ben voilà quoi. Non c est un musée qui vivote, c est un musée qui est constamment en travaux, en rénovation, en restauration Même aujourd hui d ailleurs, enfin là c était pour le mettre aux normes, avant la Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 74/151

fermeture, y a peut-être d autres raisons qui font que des raisons administratives.» (Agent de surveillance de nuit, MAAO, 23 janvier 2002) Certains voient dans ces remises aux normes la condition nécessaire pour qu il puisse être cédé à un autre établissement : «Ben déjà il y a tous les travaux là de remise en état depuis, je suppose, j'ai jamais posé la question, c'est l'idée que je m'en fais, je suppose que c'est pour mettre le bâtiment aux normes pour essayer de retrouver un éventuel repreneur, parce que c'est le problème de tous les bâtiments qui reçoivent du public quand les normes changent, il y a une tolérance pour éviter de fermer l'établissement pour le mettre aux normes, c'est les tolérances pour laisser aux anciennes normes, mais par contre s'il y a un repreneur à un moment, il faut que le bâtiment soit remis aux normes. Et à mon avis depuis le temps qu'est ouvert ce musée, les sommes qui seraient engagées par un éventuel repreneur doivent être telles que le musée a mis aux normes certaines choses, et peut-être même certaines qui auraient du être faites, qui ont été un petit peu oubliées, ou qui ont été repoussées éternellement.» (Agent de surveillance de nuit, MAAO, 25 janvier 2002) C est la CNHI devient donc le nouvel acquéreur, le chantier est amorcé mais il faudra alors composer avec les restrictions budgétaires qui touchent les établissements culturels, et à ce jour (novembre 2012), il n est pas achevé : «Il me semble qu'au départ la cité avait un budget assez conséquent, il a été fortement amputé, des deux tiers ou des trois quarts ou je sais plus... Pour autre chose et du coup ils ont dû revoir leurs plans et refaire les choses avec les moyens du bord, donc effectivement c'est peut-être pas aussi facile maintenant parce que ça mais bon... Les prochaines mises aux normes se feront dès que possible. Mais bon il a fallu forcément faire là-haut pour justement accueillir justement le public et les premiers bureaux.» (Agent de surveillance, ex-membre du MAAO, CNHI, 5 juillet 2011). Derniers travaux en date : la rampe d accès à l entrée du Palais (photographie A. Monjaret 2012) Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 75/151

5.2. Protéger les collections Les travaux sont d importances, il s agit certes d assurer la sécurité du public mais aussi des œuvres : «-Donc vous connaissez bien le bâtiment? Je suis resté presque 5 ans en sous sol, je l ai fait en long en large, j étais OP2. Là j ai vu les transformations qu ils ont fait, tout compte fait les réserves qu il y avait avant, c est les réserves d aujourd hui mais en plus modernes avec des vraies portes coupe feu, c est plus sécurisé qu avant et puis voilà c est tout.» (Agent de surveillance, ex-membre du MAAO, CNHI, 14 juin 2011) La sécurité des œuvres a toujours été un souci pour les surveillances. Les agents de MAAO évoquaient déjà la question : «Comme problème, il peut arriver qu on trouve une vitrine ouverte. Par exemple, comme aujourd hui mardi, s il y a un conservateur qui est passé pour soit déplacer un objet dans une vitrine, et il peut pousser la porte sans la fermer à clef. Et dans la vitrine, s il y a un objet, il faut signaler tout de suite. C est ça les problèmes qu il y a. Et comme toutes les vitrines sont sous alarme maintenant» (Agent de surveillance, MAAO, 18 décembre 2001) Ils étaient parfois amenés à prendre des initiatives dans l urgence pour sauver les œuvres : «La fois où il a fallu que je déplace des œuvres au sous-sol parce qu'il y avait de l'eau qui coulait dessus, des gros tambours en bois, il y avait de l'eau qui coulait dessus, normalement on n'a pas le droit de toucher les œuvres, bon seulement cette nuit-là il se trouvait que mon responsable était en congé, comment il s'appelait, je ne sais plus son nom, l'ancien directeur de toute façon je n'ai pas la mémoire des noms ni des dates, donc le directeur était en mission, il était quatre heures du matin, et je me suis dit, le temps d'appeler le conservateur de garde, qu'il arrive de toute façon ça va pas changer grand chose, on va perdre quoi une heure, on va gagner une heure, ça m'emmerdait, donc j'ai pris la décision de déplacer les œuvres, mais parce que une fois avant j'avais discuté avec un conservateur, et c'est une question de priorité de risque. Donc je me suis dit je risque d'abîmer les œuvres en les déplaçant, mais de toute façon elles s'abîment en les laissant. Mais ça c'est pas d'après c'est plus en discutant avec eux qu'en apprenant mon métier de sécurité et de surveillance que j'ai pu prendre cette décision. J'aurais peut-être pris la même quand même de toute façon, mais disons que j'ai percuté beaucoup plus vite.» (Agent de surveillance de nuit, MAAO, 25 janvier 2002) Les travaux renforcent la sécurité des œuvres. 5.3. Permettre à tous l accès au Palais Ils vont également renforcer l accès du bâtiment au public et effacer cette image constamment convoquée de la poussette sur les marches du Palais, une image quasi cinématographique, qui rappelle la chute du landau, célèbre séquence des escaliers du film muet soviétique, le Cuirassé Potemkine datée de 1925, réalisé par Sergueï Eisenstein. De même, les agents comme les médiateurs reviennent également régulièrement sur les difficultés qu ont les handicapés à accéder au niveau de l accueil. Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 76/151

«-A l'extérieur, il y a la rénovation, la rampe ça va changer aussi l accueil, je suppose? Moins de gens vont râler, déjà pour les personnes en poussette, il y en a beaucoup qui vont à l Aquarium, avec plusieurs enfants déjà c est compliqué. Bon les personnes en fauteuil roulant peuvent passer par l entrée administrative, il a un ascenseur, mais il faut les accompagner, faire un détour, voilà. Donc on espère qu avec cette rampe, ça permettra d avoir un accès pour tout le monde. Sauf qu il n y aura pas d accès directement du hall à l Aquarium, parce que les escaliers resteront tels quels. Après c est des soucis propres au bâtiment, il est classé, il n y a pas les financements. En fait soit on change tout, soit on ne fait rien.» (Médiateurs, CNHI, 26 mars 2012) Pour le moment, il est proposé d y accéder au bâtiment soit par l entrée administrative, située en rez-de-chaussée pour ceux qui se rendre à l aquarium, soit par un monte-charge qui reste encore éloigné de l entrée principale du musée et de la médiathèque. A l extérieur, les premières tranches de travaux ont permis la mise en place d une rampe d accès au niveau de la rue, évitant à qui le veux les quelques marches devant la grille d entrée. Face à ce problème crucial, certains évoquent la possibilité de créer une nouvelle entrée au niveau de l entrée administrative vers l aquarium. Parmi les médiateurs, certains ont choisi de travailler sur cette question de «l accessibilité pour les personnes handicapées». L installation d ascenseurs au niveau de deux cours internes à ciel ouvert a déjà contribué à l amélioration de la circulation dans l établissement mais n a pas encore totalement résolu le problème d accès du public. «Au fur et à mesure que les travaux se faisaient, du bâtiment pour pouvoir après les installer. Il y avait des remises aux normes de sécurité à faire, tout le monde n'est pas venu du jour au lendemain quoi. ( ) Comme tous les chantiers, un peu bordélique... On voit la transformation du bâtiment puisque là où se trouvent les ascenseurs, c'étaient les courettes, c était des petites courettes, donc effectivement de ce côté, de l'autre et donc ils ont touché...» (Agent de surveillance, ex-membre du MAAO, CNHI, 5 juillet 2011). Le souci d amélioration de l accueil de public a conduit de même à l installation de toilettes, celle des espaces d exposition au percement de pans de mur de la façade arrière du bâtiment. «Non plus, toutes les fenêtres qui donnent sur le Nord n existaient pas mais on nous a construit des ascenseurs et il y a un peu plus de confort, tout est fait pour le public mais nous notre salle de repos est vétuste» (Agent de surveillance, ex-membre du MAAO, CNHI, 24 mai 2011) Certains des travaux ont eu pour conséquence d obstruer les ouvertures de la salle de repos du personnel. «Ce qui a gêné aussi pour nous au niveau de notre cuisine. La cuisine n'est plus aux normes, maintenant y'a plus d'aération, plus de lumière naturelle, on mange dans une cuisine qui n'est pas aux normes, mais là en fonction des sous disponibles, un jour peut-être ils feront quelque Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 77/151

chose de mieux. Voilà, ici, cette partie-là et le sous-sol seront faits d'ici deux ans normalement.» (Agent de surveillance, ex-membre du MAAO, CNHI, 5 juillet 2011). Pour certains agents, les travaux ont d abord été pensés pour améliorer l accueil du public plus que pour améliorer les conditions de travail des personnels. Et en même temps, ils ont conscience de l apport pour le confort de leur activité des ascenseurs et de la lumière dans les salles d exposition. 5.4. Se repérer dans le bâtiment Parmi les réflexions que mènent les médiateurs, celle sur la signalétique est particulièrement intéressante : «Oui, depuis 4 ans, il y a des grosses carences qui sont flagrantes. Ça ça s explique, parce que le musée s est ouvert plus rapidement que ce qu il aurait dû être normalement, donc il y a des grosses carences, qui n ont fait que s accentuer. Donc oui, la signalétique c est un gros projet. ( ) Maintenant on a toutes les lacunes encore de l ouverture trop rapide! Le musée, la signalétique, la communication c est repensé, là on retravaille tout ce qui a été fait au moment de l ouverture. ( )» (Médiateurs, CNHI, 26 mars 2012) Elle émane de leur propre expérience des lieux : «Par exemple le guide est distribué en bas, mais c est pas forcément visible encore une fois un problème de signalétique, donc si en montant on voit qu ils ont pas les audio-guides, justement on va les voir, on leur demande si c est vraiment un choix délibéré de leur part de pas en prendre, ou s ils n avaient pas eu connaissance qu il y en avait. Donc du coup, on leur propose en haut, parce que on a juste un petit stock, parce qu'il faut les recharger en haut, c est seulement en bas, donc chaque jour il faut en monter, et après les redescendre en fin de journée, mais voilà.» (Médiateurs, CNHI, 26 mars 2012) Et de l observation de «lacunes» : «A l'heure actuelle ma mission sur l année, c est de travailler sur la mise en place d une nouvelle signalétique au niveau du hall, pour une meilleure visibilité des espaces, etc., donc on travaille avec des personnes qui font un audit, etc. Donc ça, c est un travail à long terme. Et le travail aussi sur le document d aide à la visite, voilà. D'ailleurs au Prologue, moi je le fais souvent, je sais que là-haut aussi, on comble beaucoup les lacunes des signalétiques, les gens en arrivant sont un peu perdus, donc il faut les rediriger pour les indiquer où sont les expositions permanentes, l exposition temporaires, etc. C est pas facile de se situer en arrivant en haut des marches.» (Médiateurs, CNHI, 26 mars 2012) Travailler sur la signalétique est sans doute une façon de sortir d une monumentalité qui ne peut qu être écrasante pour le visiteur : «Sinon esthétiquement, il ne me plait guère. Parce qu'en fait, quand on sait que c est un musée des colonies, on comprend exactement pourquoi il est comme ça, c'est-à-dire avec des escaliers, monumental, pour écraser le visiteur et montrer la puissance de l Empire.» (Médiateurs, CNHI, 26 mars 2012) Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 78/151

Ce travail doit aussi permettre un meilleur flux à l intérieur du bâtiment et une meilleure visibilité de tous les services dont la médiathèque un peu en retrait : «-Et donc vos relations avec la médiathèque? Il y a pas de relations formelles. Moi je les vois assez souvent, parce qu'on est au même niveau, c'est une question d espace, on croise plus souvent les gens qui travaillent à côté de soi. Et puis il y a les affinités. Mais sinon formellement, il y a rien, or quand ils organisent un événement comme une rencontre littéraire, où là ils nous remettent une documentation, où le plus souvent on vient nous voir pour nous faire une petite présentation des différents écrivains, etc.. Sinon voilà, hors événement, il n y a aucune relation formelle avec les autres services. Entre parenthèses c est eux qui pâtissent le plus des problèmes de signalétique, parce que justement très peu de gens sont au courant de l existence de la médiathèque. Quand on est dans le hall d entrée, c est dur de savoir qu il y en a une, et où elle est. Beaucoup de gens sont étonnés qu il y en ait une. C est la question plus générale de musée, Cité nationale de l histoire de l immigration. Beaucoup pensent qu il y a juste un musée, alors que maintenant il y a beaucoup plus. Le musée organise des conférences, donc l auditorium, la librairie même comme au Quai Branly, après c est la question de l acceptation par le public de voir que le musée c est autre chose que des expositions.» (Médiateurs, CNHI, 26 mars 2012) C est ainsi que les médiateurs trouvent un sens à leur mission et s impliquent pour l institution. Ils y retrouvent une place correspondant plus évidemment de leur attente, à la fonction qu ils considèrent devoir assumer et qui les sort de celle de surveillant en salle qui ont assumé par défaut. «Depuis septembre on a un bureau, pour les coordinateurs mais pas qu eux, parce que chacun d entre nous peut être amené à travailler sur des projets en lien avec la médiation, avec le service.» (Médiateurs, CNHI, 26 mars 2012) Leurs missions apparaissent variées ; certains participent à l amélioration de l environnement extérieur : «Lui a fait un gros travail sur les jardins, c est un gros projet de réaménagement, donc comment communiquer à travers ce projet, ou qu'est-ce que ça peut amener. Donc depuis septembre, on est plus axé sur la médiation, et en même temps on est associé à des projets connexes. ( ) Concrètement, nos objectifs sur l année ne sont pas liés à l accueil, qui sont considérés comme des acquis normaux, mais aux missions administratives, que ce soit en acquisition de connaissances ou en objectifs concrets à mettre en place.» (Médiateurs, CNHI, 26 mars 2012) Surveillants ou médiateurs, ils s approprient chacun à leur manière des lieux, font du Palais leur lieu, à la lumière de leur expérience réciproque, de leur relation aux bâtiments. C est à partir de leurs pratiques professionnelles, qu ils forgent leurs regards sur le Palais, l établissement pour lequel ils travaillent ou ils ont travaillé et plus généralement aussi sur l institution. Les agents de surveillance observent l évolution de leur mission passant de la sécurité des lieux, des œuvres et des gens à la sûreté des gens. Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 79/151

PARTIE III - CONSERVATEURS, GARANTS DES COLLECTIONS? L image des conservateurs est prestigieuse. Sa noblesse est tirée de la mission de «gardiens» du patrimoine dont ils sont investis, touchés par l aura des objets dont ils ont la charge et l expertise. Les conservateurs de fonds extra-européens se nimbent du mystère de collections précieuses et fascinantes pour lesquelles on leur suppose souvent une «passion» 37. Cette image s adosse à un statut de haut rang dans la fonction publique, qui leur assure une part du pouvoir au sein des institutions. Toutefois, la «professionnalisation» du métier (notamment délimitation de l accès au titre par un concours), quoique relativement récente, se trouve contrebalancée ces dernières années par des changements organisationnels au musée : redécoupage des compétences, apparition de nouvelles fonctions (régie, scénographie), mutation de l emploi («contractualisation» et «externalisation»). Comment les conservateurs se vivent-ils en tant que collectif? Comment définissent-ils leurs activités? Quelle est la place des collections dans cette définition de leur métier? Y a-t-il une spécificité liée à la responsabilité de fonds liés à l altérité? Questions de prestige Les conservateurs constituent une élite admirée et respectée ou du moins crainte au sein des musées. Ils sont proches du pouvoir, occupent des postes à responsabilité. D un haut niveau de formation, ils sont dépositaires d un large savoir, stratégique pour l institution : celui sur les collections. «L aristocratie» du musée Pour les agents de surveillance rencontrés, les conservateurs constituent une ressource au plan des connaissances, mais ne sont pas toujours prompts aux contacts humains. «Nous, on se forme un peu sur le terrain. Quand on ne sait pas, on peut toujours demander des renseignements aux conservateurs mais bon C est vrai qu ils sont un peu dans leur monde» (Agent de surveillance CNHI, ex-maao, 2011). Ils apparaissent comme une classe à part au sein de l organisation, qui se mêle peu aux strates des agents les moins qualifiés. «Pour eux, l'accueil et de la surveillance, c est le petit personnel... C'est bonjour/bonsoir. C'est rare qu'il y ait vraiment des gens Mais ça, c'est valable dans toutes les couches de la société : 37 DERLON Brigitte, JEUDY-BALLINI Monique, 2008, La passion de l art primitif. Enquête sur les collectionneurs, Paris, Gallimard. Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 80/151

ceux qui sont en haut ne se préoccupent pas du tout de ce qui se passe en bas» (Agent de surveillance CNHI, ex-maao, 2011) Si ce constat semble pérenne pour beaucoup des enquêtés rencontrés, d autres se rappellent le MAAO comme un «âge d or» en la matière, quand le musée était une grande «maison» où tout le monde avait sa place à table. «Je suis très lié à mes anciens collègues, et j en rencontre souvent par rapport à mes fonctions syndicales, j en rencontre à Orsay, au Louvre, à Guimet Et là, on se rappelle du bon vieux temps. On mangeait, on déjeunait avec le directeur et les conservateurs, on faisait des grands repas avec tout le monde, c était convivial.» (Agent de surveillance de nuit MuCEM, ex-maao, 2011) Une élite, admirée et respectée Le métier de conservateur fait rêver. A l École du Louvre, l admiration exercée par ceux qui viennent y enseigner ponctuellement est palpable. «Les élèves étaient fascinés par les conservateurs. Il y avait une sorte de culte quasi-religieux. Ils étaient des sortes d êtres surhumains.» (Conservateur, 2011) De très nombreux étudiants préparent le concours de l INP (Institut national du patrimoine). Beaucoup d entre eux, s ils échouent, parviennent néanmoins à occuper ensuite des fonctions au sein du musée. Certains deviennent des «quasi-conservateurs», exerçant une activité proche, sans détenir le titre ni bénéficier de la même sécurité d emploi. Plus nombreux sont ceux qui travaillent dans les services de médiation ou d animation, parfois par dépit 38. La sélectivité et l attractivité du concours participent de la perception des conservateurs comme une élite. Les conservateurs sont conscients de la fascination qu ils exercent. «C est un corps qui a une espèce de reconnaissance parce qu il aime ce qu il fait et qu il a une reconnaissance euh, du public j en sais rien, mais il a une espèce d aura comme ça. Je ne sais pas de quoi est faite cette aura, une espèce de savoir qui est réel et qui existe. C est vrai.» (Conservateur MQB, ex-maao, 2011) Ils occupent une place à part dans l institution, au plus près de son patrimoine le plus précieux : les collections. L architecture et l organisation des espaces viennent parfois signifier cette place à part. Au MQB par exemple, l étage des bureaux des conservateurs fait l objet d une «protection» toute particulière. «Pour faire les expos, à partir d un certain moment, vous avez votre badge. Et vous avez un badge qui vous donne accès au sacré saint des saints, au quatrième étage, celui des 38 PEYRIN Aurélie, 2010, Être médiateur au musée. Sociologie d un métier en trompe-l œil, Paris, La Documentation française, coll. Musées-Mondes. Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 81/151

conservateurs Vous ne pouvez pas y aller si vous n avez pas votre badge, l ascenseur s arrête au troisième.» («Assimilé» conservateur, ex-maao, 2011) En outre, les conservateurs occupent au sein de leur institution une fonction de représentation. Ils font montre d une droiture dans l exercice de leurs activités ou pratiquent la résistance passive mais tendent à ne pas «faire de vagues». «Les conservateurs, on leur demande de faire quelque chose, il y a une hiérarchie : on ferme sa gueule et on le fait. C est très rare qu un conservateur gueule. Ça arrive mais c est rare. S il ne veut pas faire quelque chose, il va trouver un moyen pour enterrer le dossier, et il ne va rien dire et il va contourner le truc. Il va le laisser mourir "Ah, j ai pas eu le temps de le faire, etc. etc. " et à un moment donné, il va dire "Ah bah c est trop tard, je suis désolé. On y arrive. ( ) Mais c est un corps qui n a pas l habitude de bouger, c est un corps qui n a pas l habitude de se plaindre." (Conservateur MQB, ex-maao, 2011) Durant l enquête, le registre d expression des conservateurs rencontrés dénotait de cette exigence de droiture vis-à-vis de l institution. Les critiques, lorsqu elles affleuraient, étaient formulées à demi-mots. Le plus souvent, le discours restait relativement lisse quant à la question des relations de pouvoir et du vécu au travail. Un certain quant-à-soi est maintenu, renforcé par un niveau d expression très élevée. Les collections liées à «l altérité» : spécialité atypique ou parent pauvre des spécialités? Dans le contexte classique de formation des conservateurs de musée, associé à l École du Louvre et à son expertise en histoire de l art, considérée comme la «voie royale» vers l incorporation de l Institut national du Patrimoine, les collections extra-européennes apparaissent comme le parent pauvre des spécialisations possibles. «Faut dire qu à l École du Louvre, ce qu on nous donnait à manger n était pas forcément à même de nous stimuler quant à une démarche d ethnologie Tous mes cours d ethno à l École du Louvre, ça faisait un demi-centimètre d épaisseur à la fin de l année, alors que tous mes petits camarades avaient cinq ou six classeurs dans leur spécialité respective.» (Conservateur, 2011) «Dans les premiers cours que je donnais à l École du Louvre en 1982, c était tous ceux qui voulaient être conservateurs sans s occuper d art classique. On avait tous les marginaux Je suis resté en rapport avec ceux des deux premières années. Quand je vais à Nouméa c est chez une ancienne étudiante qui a été conservateur Ils étaient tellement à la marge!... Elle, elle a fait son premier mémoire à l École du Louvre sur les pierres magiques d ambrine.» («Assimilé» conservateur, ex-maao, 2011) Le périmètre des compétences associées à ces collections esquisse une complexe cartographie de disciplines scientifiques, concurrentes et complémentaires. Au monopole de l histoire de l art sur les collections occidentales, répond une pluralité d approches des collections ne relevant pas de cette sphère, et dont la nature même demeure débattue. Leur statut et leurs qualifications évoluant au fil du temps et au gré des institutions qui les accueillent, la définition des spécialistes dépositaires d un savoir sur elles reste aussi flexible. Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 82/151

Quelles que soient leur orientation principale et leur formation initiale, les experts de ces collections demeurent peu nombreux. Ce qui les rend rares au sein de «l économie» des spécialistes. «Au début quand il a été question du musée du quai Branly, on s est dit "on va suivre". Mais c était une volonté du Quai Branly de ne pas nous prendre. Ils ont voulu quelques conservateurs, parce qu ils en avaient besoin : il y a très peu de gens formés dans ce domaine, donc ils étaient bien obligés.» (Retraité service communication, ex-maao, 2011) «L époque MAAO, j en garde un excellent souvenir, j ai pu faire beaucoup de choses J avais été recruté en 1982 parce qu il y avait zéro spécialiste, le Louvre ne formait pas encore. Il y avait un cours d art primitif où tous les arts primitifs étaient représentés, c était Malraux qui avait imposé le truc. Après, nous, on a ramé comme des malades pour scinder ça. Avant c était Les primitifs.» («Assimilé» conservateur, ex-maao, 2011) Des profils mixtes en termes de formation : anthropologie et histoire de l art Spécificité du monde des conservateurs travaillant dans des musées dédiés à l altérité, plusieurs disciplines académiques se combinent, s entremêlent ou se font concurrence. L anthropologie et histoire de l art constituent les deux univers de référence, en termes de formations, de publications, de communications scientifiques, d expositions bref, en termes de regards portés aux objets et de pratiques professionnelles. D un côté, les sciences humaines dominent, avec un premier plan donné à la dimension sociale et culturelle. De l autre, l approche esthétique est reine. Les conservateurs en charge de collections extra-européennes ou en liens avec l altérité oscillent entre les deux spécialités ou les cumulent. «Je ne considère pas que ce soit un grand écart intellectuel considérable, parce que moi, j ai une formation d orientaliste. Donc j ai été formée aux langues Orientales et à l École du Louvre. Donc je n ai pas une formation pure d historienne d art. D ailleurs, je dois vous dire à ce sujet que je suis membre encore pour quelques mois du comité de rédaction de la revue L Histoire de l art et sincèrement, il me tarde que ça se termine (rires) parce que j en peux plus... Vraiment, il y a des différences de disciplines et bon, nous, orientalistes, on a quand même beaucoup de chance parce qu on a appris à avoir une vision beaucoup plus large sur des faits historiques ou culturels que ceux qui n ont eu qu une formation en histoire de l art ( ) Et l autre point, c est que, quand on est formé langues O et orientaliste, on est quand même formé anthropologie culturelle, à la relation interculturelle et à la question générale de l anthropologie. Bon que l anthropologie soit appliquée à des objets, à des faits sociaux, peu importe. On ne s intéresse pas à l objet mobilier parce qu on est conservateur de musée, à mon sens. Cela étant, je pense que vous avez bien évidemment, mille et une façons d être conservateur et d autre part, la question de la valorisation de la collection de l art islamique en France c est aussi un autre sujet.» (Conservateur MuCEM, ex-maao, 2011) La pratique du «terrain de recherche» caractérise les tenants de l anthropologie, pour qui la connaissance des cultures dont son issus les objets (et de leurs lectures et usages de ces objets) est partie prenante de la connaissance de ces objets. Elle s oppose à un savoir livresque (et purement occidental) sur lequel les historiens d art se centreraient. Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 83/151

«J ai envie de faire une distinction entre les conservateurs issus du corps de l École du patrimoine et les conservateurs mais qui s appellent pas comme ça, issus de l anthropologie, donc les gens qui ont eu un vécu sur le terrain, on en rencontre partout. Pourtant au Quai Branly, il n y en a plus qu un à avoir fait du terrain. Il est le seul, parce que, il y en a un autre à faire du terrain, mais après, sur un mois ou un mois et demi Et d autres pareil, à part faire du terrain diplomatique, une semaine dans une grande institution, ils savent pas ce que c est que d avoir à faire aux sauvages!... Donc on a un groupe de professionnels qui sont extrêmement pros mais qui ont une sensibilité très différente. J ai eu des bons potes que j ai tirés pour qu ils se déplacent au moins une fois en Nouvelle-Calédonie, pour qu ils voient la tête des gens au moins une fois. En une semaine, tu apprends des choses que tu aurais pas lu dans la littérature. Cela déclenche des attitudes, des façons de fabriquer des expos, qui pour moi n est pas la même. En contrepartie, ils savent faire des expos, ce que les anthropologues ne savent pas faire. ( ) Je dis pas qu il faut avoir fait du terrain à la manière d un anthropologue à la Levi Strauss, ce n est pas ça qui est important, mais qu il y ait une réelle connaissance de terrain des gens avec qui vous êtes censés Votre contenu doit se rapporter à ce qu ils font et ce qu ils sont.» («Assimilé» conservateur, ex-maao, 2011) De leur côté, les conservateurs plutôt formés à l histoire de l art s approprient les critères de scientificité des anthropologues pour mieux les remettre en cause. «Au MAAO, c était ambigu parce que les gens se targuaient d'être des anthropologues sans l être, et ce n'était pas non plus des historiens de l art.» (Conservateur MQB, ex-maao, 2011) «Esprit de corps» et corporatisme Toutefois, le clivage dominant demeure l intégration ou non au corps des conservateurs (quelle que soit la formation ou le mode d accès à ce corps). Les conservateurs estiment avoir une culture commune, qu ils soient en poste au sein d un musée et responsables d une collection ou en poste dans l administration centrale. «Quand on a affaire à nos collègues conservateurs, ça se passe très bien parce qu on parle la même langue, on connaît les difficultés».» (Conservateur, ministère, ex-maao, 2011) Leur formation, leur titre, leur assurent un «esprit de corps» qui dépasse les clivages de spécialités ou de fonctions. La frontière invisible du titre Être conservateur aujourd hui en France est un «titre» de la fonction publique, qui implique de faire partie d un «corps». Cet élément est central à la compréhension du métier de conservateur, à la fois en termes de parcours biographiques, de carrières dans l activité, et en termes de positions symboliques. Il existe une frontière invisible entre ceux «qui en sont» et «ceux qui n en sont pas», qui se manifeste dans la réalité des formes d emplois, des modes de recrutement aux postes occupés, en passant par la rémunération. Le «titre» peut s acquérir de deux façons : l obtention du concours de conservateur qui ouvre à la formation de l INP (Institut national du Patrimoine) puis au titre de conservateur (national ou territorial) ; la nomination par décret, sur dossier et entretien. Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 84/151

Les conservateurs rencontrés («officiels» ou «assimilés») témoignent de l importance de ce double clivage, entre ceux qui ont le titre et ceux qui ne l ont pas, entre ceux qui l ont eu par le concours et ceux qui l ont eu alternativement. «A la fin du MAAO, ils recrutaient, à ce moment-là, des jeunes conservateur. On est arrivés dans une ambiance qui était quand même très fraîche vis-à-vis de nous, conservateurs du patrimoine, puisque la plupart étaient des gens qui avaient fait, qui étaient rentrés là et qui au fur et à mesure s'étaient faits intégrés.» (Conservateur MQB, ex-maao, 2011) Ceux qui ont des parcours classiques et détiennent le titre le mentionnent explicitement, rappelant sans ambages leurs droits sur «l appellation» de conservateurs et les prérogatives qui l accompagnent. Ceci a été observable durant les deux enquêtes, à dix ans d intervalle. «-Vous avez une formation de conservateur? Oui, je suis conservateur. ( ) -Est-ce que vous trouvez une différence entre conservateurs nouveaux et "ancienne génération"? Attendez! Si vous parlez des conservateurs, il y a des concours depuis les années 60. Il y a 40 ans. C'est un statut. -Et les autres, ceux qui n'ont pas fait la formation et qui exercent le métier quand même? C'est un titre. Il y a des gens qui exercent sans être conservateurs? Vous m'apprenez des choses On ne peut pas s'intituler conservateur. C'est un titre de la fonction publique, comme professeur des universités ou directeur de recherches. Par contre, quand la section a été créée ici pour le Maghreb, elle l'a été par des conservateurs, reconnus par la DMF, alors que l'afrique Noire et l'océanie ont été animées par des gens qui viennent de l'ethnologie, et n'ont donc pas de formation en documentation, en conservation des objets et en éthique. Donc il y a une différence de formation. Parmi le personnel qui s'est côtoyé, jusqu'aux années 1980, il y avait des conservateurs et des ethnologues de terrain. Depuis les années 1990, ce sont plutôt des conservateurs.» (Conservateur MAAO, 2002) Ceux qui n ont pas le titre et occupent des fonctions de conservateurs «assimilés» livrent généralement des anecdotes relatant leur exclusion de certains lieux ou de certaines réunions sur ce critère, selon cette logique administrative, et non suivant des principes d organisation des compétences autour des collections. «-Vous diriez qu il y a un corporatisme des conservateurs? Très développé! ( ) Un jour, au MAAO, je viens spontanément à une réunion de conservateurs et l une des personnes autour de la table a trouvé moyen de demander au directeur "C est normal qu il soit là, il n est pas conservateur? ". Je lui aurais mis trois claques!... Elle est pénible pour ça.» («Assimilé» conservateur, ex-maao, 2011) «Les conservateurs sont toujours des conservateurs. Même les meilleurs d entre eux, même ceux qu on trouve sympathiques, qui sont gentils etc. Un jour ou l autre, ça sort : "C est nous, les conservateurs, etc.». Ils sont irrécupérables!...» («Assimilé» conservateur, MuCEM, ex-maao, 2011) La difficulté à intégrer le corps / Un corps protégé Au-delà de l image du métier et des jugements de valeurs portés sur les conservateurs, la frontière est statutaire. Elle n est pas seulement symbolique mais constitue une réalité Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 85/151

administrative. Nombreuses sont les carrières marquées par cette frontière invisible du corps des conservateurs. Certains relatent les difficultés à intégrer le corps en cours de carrière. «A un moment donné, la DMF a essayé que je sois conservateur et ça avait été validé d ailleurs, sauf que tout le monde a oublié que je n étais pas fonctionnaire!... C est-à-dire que si j avais été fonctionnaire, quel que soit mon statut de fonctionnaire, je serais conservateur de musée. ( ) Quand ils ont découvert que j étais contractuel, oh la, tout par terre! (rires)» («Assimilé» conservateur, 2011) «Déjà se posait le problème de mon statut et à l époque j étais trop vieux pour passer le concours interne pour être conservateur, mais j étais pas fonctionnaire. On m a dit de soutenir une thèse et on verrait, donc il y a eu la thèse et puis rien du tout. Donc j ai continué A l École du Louvre aussi, je suis resté contractuel jusqu à la fin de ma carrière, on me renouvelait tous les 3 ans, sauf la dernière année, ils m ont intégré au plus bas niveau. Voilà comment je suis arrivé dans ce circuit.» («Assimilé» conservateur, ex-maao, 2011) D autres donnent des exemples où le fait «d en être» ou non se révèle stratégique en termes de recrutement. «A la fermeture du MAAO, la DMF avait proposé au personnel de faire un projet professionnel, je crois qu on a du être 3 ou 4 sur 60 à faire un projet professionnel. Alors pour les conservateurs du corps tout était fléché, direction Quai Branly, sauf ceux qui refusaient. Mais ils étaient recrutés par le Quai Branly pour des raisons statutaires par ailleurs, puisque ça leur évitait de créer des postes. Moi j étais contractuel donc soit on créait un poste pour moi au Quai Branly ( ) j ai compris assez vite qu ils étaient déjà assez nombreux, tout en continuant à travailler un peu avec eux à la demande du directeur, pour des réunions de consultations.» («Assimilé» conservateur, ex-maao, 2011) «Pour mon recrutement, ça avait fait d ailleurs l objet de certaines difficultés, non pas au niveau de la direction générale mais à un niveau en-dessous, parce que je n avais pas le concours de conservateur. ( ) C était plutôt ouvert à un conservateur, parce que dans le cadre de mon entretien, c était plutôt un souci que je ne le sois pas. Enfin Un souci On m a dit quatre, cinq fois dans le cadre d une heure d entretien : "C est dommage que Ah oui! Non. Vous n avez pas le concours". Alors après, je ne sais pas s ils ont reçu beaucoup de candidatures ou pas» («Assimilé» conservateur, CNHI, 2012) Un corps menacé? Cette grille de lecture donnant une place centrale au titre de conservateur reflète la haute exigence du concours, qui nécessite souvent plusieurs années de préparation (souvent à l École du Louvre). Une «professionnalisation» inaboutie A une échelle collective, elle est significative d une «professionnalisation» relativement récente du métier (l École nationale du Patrimoine, ancêtre de l INP, a ouvert ses portes en 1986). Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 86/151

La transmission de «l esprit de corps», garante de la reproduction du système de valeurs, est assurée par la formation des futurs conservateurs et conservateurs stagiaires par d autres conservateurs. «A l École du Louvre, les conservateurs étaient là pour donner parce que finalement on était leurs bébés. C'est-à-dire qu on était ceux dont allaient émerger les futurs eux-mêmes ; donc dans leur logique de corporatisme. Ils étaient là pour donner. Chose que je ne percevais pas à l époque.»» (Conservateur, 2011) Les conservateurs ont généralement des charges de cours (souvent à l École du Louvre) et participent aux jurys des concours (à l INP). Certains d entre eux sont également impliqués dans la défense de la profession, via l action syndicale par exemple. «La pluridisciplinarité est indispensable. D ailleurs, ce qui m angoisse un peu dans les orientations du concours des conservateurs Parce que je travaille sur l aspect métier Ah oui j ai d ailleurs oublié de vous dire que j étais membre du jury des conservateurs ( ) J ai dû faire ça pendant quatre ou cinq ans. ( ) Et ce qui m inquiète un peu c est qu on est en train de considérer que le concours des conservateurs peut être revu et corrigé et qu on pourrait finalement se suffire pour valider un cursus et un parcours de formation professionnelle au métier des conservateurs. Je suis profondément hostile à cette réforme. C est une erreur inouïe de croire qu on peut apprendre ce métier. Un historien d art ne fera jamais un bon conservateur. -C'est-à-dire qu il y a une remise en cause du concours et plutôt une vision d aller à une sélection sur dossier? Soit une sélection sur dossier, soit il faut un doctorat pour être conservateur. Se caller sur l université. ( ) Je trouve que c est dommage de s orienter vers cette piste pour les métiers de la conservation du patrimoine parce que ça n a pas de sens et au quotidien, on est en relation avec des équipes très différentes avec des partenaires très différents. On apprend tous les jours. Quand vous travaillez dans un musée, vous êtes en relation avec des gens qui gagnent le smic et vous êtes en relation avec des milliardaires. Des gens qui font des dons au musée, enfin y a un panel absolument incroyable. Comment voulez vous qu un seul doctorat vous conduise à avoir une aisance suffisante? C est une erreur magistrale.» (Conservateur MuCEM, ex-maao, 2011) La concurrence statutaire Certains enquêtés mentionnent une concurrence «fratricide» entre conservateurs et attachés de conservation (fonctionnaires de rang A et de rang B), qui ne serait pas sans lien avec le fameux «esprit de corps» des premiers, qui confine parfois au corporatisme. «C est le top niveau d un corporatisme qui les tue eux-mêmes, on voit le résultat, personne n en veut plus, les postes ne sont plus créé pour des conservateurs mais pour des attachés de conservation, les mairies en ont jusque là des gens du corps.» («Assimilé» conservateur, ex- MAAO, 2011) D autres y lisent un dévoiement des fonctions de la culture par les logiques économiques, doublé d une baisse de prestige des conservateurs (exprimé non sans une pointe de corporatisme). Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 87/151

«Une remarque très intéressante, vous savez que dans les villes, quand des conservateurs prennent leur retraite on les remplace par des attachés de conservation parce que c est moins cher, c est les mêmes titres, les mêmes compétences, maintenant dans un musée, on n a plus qu un attaché de conservation pour faire le boulot de ses 3 prédécesseurs, tout est comme ça, c est la tendance générale.» (Conservateur, ministère, ex-maao, 2011) «Peut-être un mot sur les conservateurs territoriaux et leur devenir alors eux, c est absolument dramatique parce que là aussi ce sont des logiques économiques qui conduisent les municipalités et tout Et maintenant qu il y a - certes, il y a les conservateurs mais il y a le concours d attaché de conservation, il y a le concours d assistant de conservation et qui évidemment ce sont des concours difficiles, hein mais les attachés ou les assistants sont beaucoup moins payés qu un conservateur. Donc, de plus en plus, les municipalités recrutent sur des fonctions de conservateur, donc direction d établissement, des attachés, ou des assistants. Généralement plutôt des attachés parce que la formation est un peu trapue, mais ça permet de sous payer des gens sur des pour obtenir les mêmes fonctions. Et donc c est catastrophique et en plus, ils sont manipulés, virés, aux ordres du politique complètement, c'est-à-dire que la fonction ayant perdu son statut d excellence, c est vraiment ( ) Les élus n ont plus le respect qu ils avaient autrefois. C est un peu comme l instituteur la dernière roue du carrosse. Le conservateur d un musée, autrefois c était respect et un maire, avant de faire quoi que ce soit en lien avec la culture et en lien avec le musée, demandait à Monsieur le Conservateur, toujours au premier rang au théâtre de la ville, avec sa place réservée, enfin tu vois, tous les les trucs : monter sur l estrade le jour des vœux du maire quand il s entoure des ses! Maintenant, c est la petite merdre à qui on dit "Euh, euh : Dimanche prochain, je voudrais faire un pot avec les anciens combattants, donc vous me débarrassez la salle de tel peintre pour que je puisse avoir la place".» (Conservateur, 2012) Toutefois, cette grille de lecture en termes de «corps», bien que dominante, semble menacée de toutes parts. La «professionnalisation» étant récente, les plus anciens des conservateurs ont bien souvent pris des chemins de traverse jusqu à l obtention de leur titre, leur carrière ayant commencé avant la création du concours (c est le cas également, par exemple, pour les chercheurs du CNRS). A l inverse, les plus jeunes se divisent entre, d une part, les conservateurs à proprement parler, détenteurs du titre, ayant intégré le corps, nommés sur des postes de la fonction publique, et, d autre part, les «faisant office de» conservateurs, diplômés de l université ou de grandes écoles, formés «sur le tas», embauchés sur des contrats de droit privé dans des anciens «musées nationaux» reconvertis en «établissements publics». «Je pense que ça change quelque chose. Parce qu on était dans un environnement d un musée national, donc rattaché à l ancienne direction des musées de France où les recrutements qui concernaient les anciens responsables de collections, étaient quand même très encadrés par le fait d être passé par le concours de conservateurs. Ce qui n est plus le cas dans les établissements publics où il y a une véritable capacité à embaucher beaucoup plus facilement des profils très variés. Vous l avez peut être vu au niveau des responsables de collections, ce ne sont pas tous des conservateurs. Donc ça je dirais que c est quand même important et il y a aussi tout à un mode de gestion financière, mais ça je ne m en occupe pas, qui est beaucoup plus souple aussi. En termes d exercice, de fonctionnement et de projet. Je pense quand même qu il y a une vie qui est très différente, administrative et financière qui est très différente dans un établissement public.» (Conservateur MQB, ex-maao, 2011) De leur côté, ceux qui, dans ce cadre, estiment exercer les fonctions sans en avoir le titre se justifient en ce sens. Ils explicitent eux-aussi leur avis sur le métier et ses évolutions. Et dévoilent leurs stratégies de contournement des logiques de «corps». Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 88/151

«( ) J avais décidé parallèlement d intégrer une École de Commerce spécialisée en management des entreprises culturelles parce que je me disais que de plus en plus à cette époque là on entendait parler justement des changements de management dans les institutions culturelles le musée commençait à devenir quelque chose de vraiment important et les fameuses réformes LMD qui ont créé des Masters professionnels moi justement à ce moment là, à l Université, l histoire de l art, les mêmes profs d histoire de l art se sont retrouvés à gérer des Masters professionnels alors que c était pas du tout leur truc donc moi en fait on m a demandé d intervenir parce que j avais une expérience canadienne ; mais ça s est vraiment fait comme ça et je me suis dit : "Ok! L ancien système je ne peux pas y adhérer mais par contre je n ai plus envie que ce soit que des gens qui, soit sortent de l ENA, soit sortent d École de Commerce qui se retrouvent à la tête de musées et que moi je ne sois pas en mesure de comprendre leur langage" et je me disais : "ce qui est intéressant c est d être plutôt dans des passerelles". J avais l impression que mon métier justement évolue aussi vers des profils plus complexes. ( ) J avais envie d occuper ce genre de fonctions. J ai été rattrapée par le fait que moi aussi je voulais être conservateur à la base mais que je n avais pas eu le concours, mais que je pouvais avoir un avis sur la question. J ai eu connaissance par le biais du directeur actuel d un poste qui se libérait ici et j ai postulé et j ai été prise, voilà. ( ) Moi du coup je signe : chargée des collections. Chargée de mission ça veut rien dire et mon travail effectif, et c est aussi une petite lutte personnelle, par rapport aux Ressources Humaines, par rapport aussi à ces questions là, statutaires ( ) Je trouvais qu il y avait une inadéquation entre le statut, le métier et ça me Enfin, moi ça m horripile ce principe des Enfin je trouve y a aussi la problématique de ces nouveaux métiers dits "contractuel" dits "chargé de mission" et je trouve y a plein de reconnaissance et de désir de faire face à la réalité. C est que, clairement, le métier que je fais : je suis en charge des collections, je fais le même travail, je gère la conservation préventive, la conservation des acquisitions, les articles, la prestation, la partie représentation et la partie administrative.» («Assimilé» conservateur, CNHI, 2012) Une redéfinition des périmètres d action La position des conservateurs au sein des musées perd de sa force parallèlement au recul de la fonction scientifique par rapport à la fonction administrative. Le recrutement d énarques, à la place ou à côté de conservateurs, est aujourd hui un acquis. C est une réalité qui touche aussi bien les établissements que l administration centrale. «En tant que directeur du patrimoine, je donne des directions, c'est-à-dire des perspectives ou des pistes : d'une part, par rapport à ce qui me semble intéressant et d'autre part, je suis sous l'autorité d'un président et à ce titre-là je mets en œuvre une politique qui est décidée par lui ou avec lui. Sachant que moi je suis un scientifique, un conservateur, et que lui est un énarque, un président, un politique en quelque sorte. Ce sont deux rôles et c est une problématique qu'on rencontre par exemple au centre Pompidou, ou bien un conservateur et un président au Louvre ou à Orsay. Ça fait polémique. Mais pour revenir à la question des conservateurs, la direction c'est de déterminer tout ce qui est du domaine des acquisitions, sur la gestion de la collection.» (Conservateur MQB, ex-maao, 2011) «Je date, je vise et au-dessus de moi, un monsieur qui est une éminence grise C est toujours intéressant de savoir qu entre moi et ma hiérarchie qui va signer, il y a un énarque! Ils ont trouvé une niche assez sympa, confortable, nous on est encore du service métier, on vient des musées, un jour nous serons remplacés par des gens qui ne seront plus du tout des conservateurs, ça pour moi c est comme le nez au milieu de la figure. -Donc ça va changer le regard? C est clair et net. Nous on a un peu de mal avec l énarque, c est un garçon très intelligent qui fait attention à nous, mais avant lui, il y avait quelqu un qui est parti et c était pathétique, on Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 89/151

n était pas du tout sur la même longueur l onde, lui il était dans une systématique permanente, voyant les choses de très loin et ignorant tout des réalités de terrain» (Conservateur, ministère, ex-maao, 2011) Avec la reconfiguration des musées d anthropologie et d arts extra-européens, un changement d échelle s est opéré, qui touche à l organisation des établissements, et modifie le poids relatif des conservateurs par rapport à d autres métiers. «Il y a peu de gens du côté conservation, je crois qu avec les assistants, on est 18. Alors que cette maison, des gens qui travaillent sur le site, y en a 250.» (Conservateur MQB, ex-maao, 2011) «On n est pas à la même échelle d équipe, de structure, ici il y a 200 personnes qui travaillent, plus tous les prestataires... On a un volume d activités qui est démultiplié ici, avec toutes les cellules actives, outre les collections... bon je ne vais pas entrer dans le détail mais vous avez vu les programmations... le conservateur n est pas forcément, automatiquement lié à tout ce qui concerne sa zone géographique par exemple. Il se passe beaucoup de choses et des choses qui se passent totalement en dehors de moi. Donc il y a effectivement un modèle, qui est très différent du modèle que moi j ai connu. C est une organisation également administrative qui est différente. Même si on retrouve l idée d une direction du patrimoine et des collections. Moi j avais simplement un directeur au-dessus de moi et c était très rapide et très simple en termes de dialogue et de décisions et donc vous voyez les transmissions étaient très rapides. Et ici je ne sais pas si vous avez regardé l organigramme mais il y a déjà deux ou trois directeurs plus des directions, ou des départements, etc. Un président directeur général, un directeur administratif, au bout du compte c est complexe. Et pour les gens de l extérieur c est aussi beaucoup plus complexe. Et on ne peut pas dire que nos équipes aient gonflé de manière terrible. Au niveau de la gestion des collections, il y a juste une ou deux personnes de plus par département et encore. Donc nous, au niveau des conservateurs ou assimilés ou personnes s occupant des collections, ça reste quand même des petites équipes. On n est pas extrêmement nombreux. Mais on a plus d unité patrimoniale, plus de type de collections et... beaucoup plus de personnels, plus de services et plus de gens qui finalement assument des missions que moi j avais autrefois, parce que nous, on concentrait tout au MAAO. Vous vous souvenez du MAAO où tous les bureaux s alignaient le long d un seul et même couloir? Vous voyez ici? L importance? Déjà il y a 3 bâtiments administratifs, et il y a des bureaux de haut en bas. Et donc clairement il y a beaucoup plus de monde ici pour gérer tel ou tel aspect, pour gérer l activité autour des collections. Les choses ne sont pas émiettées mais pour moi elles semblent plus émiettées, on va dire. Donc je suis déchargée entre guillemets d un certain nombre de gestions qui étaient assez lourdes, on va dire, et qui, aujourd hui, sont prises en charge par des services. On a le service des réserves avec des gens qui s occupent de tout dans la réserve. On a un service de la gestion des prêts, comme dans les grands musées. C est vrai qu on s approche de modèles des grands musées, comme Beaubourg, comme le Louvre alors qu au MAAO on était à plus petite échelle et un peu plus artisanal et où on essayait de développer un peu mais où finalement le conservateur faisait beaucoup. Il s occupait de communication aussi, d animation, d animation culturelle, donc on était plus polyvalents entre guillemets, avec beaucoup plus de missions, avec beaucoup plus de temps passé aussi. Le modèle a vraiment changé par rapport à celui-là et du coup on nous a plus définis en tant que scientifiques entre guillemets. Mais pour moi ça reste assez abstrait cette attribution, qui est vague on va dire... je ne sais pas si vous comprenez ce que je veux dire.» (Conservateur MQB, ex-maao, 2011) La parcellisation du travail au musée et la démultiplication des spécialisations en tous genres amènent certains conservateurs à éprouver une menace sur leur corps, presqu un sentiment d inutilité. Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 90/151

«Ce milieu ira beaucoup mieux lorsqu on supprimera le job de conservateur, le conservateur ne sert pas à grand-chose. Quelqu un qui fréquente beaucoup les réserves développe immédiatement les mêmes compétences que lui en termes de connaissance des objets. Un documentaliste peut se substituer parfaitement à sa mémoire et un très bon universitaire à qui on donne accès à la fois aux réserves et à la doc fait son métier. Donc aujourd hui, ce n est qu une diva qui ne sert à rien.»» (Conservateur, 2011) Sécurité de l emploi, précarité du poste Le statut de fonctionnaire assure la sécurité de l emploi, mais ne protège pas contre une forme de précarisation de l emploi, liée à la fragilité des postes. Les conservateurs doivent se battre pour trouver un poste, parfois le faire créer, ensuite le conserver. Les reconfigurations institutionnelles sont des jeux de chaises musicales, que la concurrence des contractuels ou des statuts administrativement inférieurs ne simplifie pas. «Je n ai pas fait un point sur les dates. Ce qui s est passé depuis la dernière fois qu on s est vu, c est qu effectivement on a accompagné le déménagement des collections. Et qu on est passé de l environnement du MAAO à un moment mixte où on était à la fois au MAAO et au musée du quai Branly. Et où après, effectivement, les uns et les autres on était dans une situation de mise à disposition et après on est passé, au plan administratif, à un détachement. Sur un contrat qui se renouvelle tous les 3 ans. Mais effectivement il y a eu cette période intermédiaire où on a été mis à disposition tout en restant des personnels de l ancien musée avec un rattachement direct au ministère de la culture alors que là, c est un établissement public, le musée du quai Branly. Donc voilà avec des regroupements qui sont différents.» (Conservateur MQB, ex-maao, 2011) «Moi je considère qu on aurait pu travailler beaucoup mieux si les choses avaient été clarifiées mais ça ne l a jamais été. Donc si vous voulez, sur le plan psychologique et même d une certaine manière sur le plan physique parce que c est stressant comme situation, c est fatiguant. Je suis très contente des 7 années que j ai passées au MuCEM, j ai appris un tas de choses, j ai fait un tas de choses, mais ça a été extrêmement fatiguant. Donc je dirais que deux grands projets l un derrière l autre, parce que le MAAO, quand je suis arrivée, je suis arrivée au MAAO en 1996, le projet Quai Branly était déjà bien dans l air. Dans l air, sans plus, mais quand même bien dans l air Donc, suivi du projet MuCEM qui patine allègrement, donc ça fait 14 ans au total de grands projets. Bon c est quand même extrêmement fatiguant. Parce qu en fait on ne sait jamais... Alors bien sûr on est fonctionnaire titulaire, on sait qu on a aura a priori un poste quelque part mais le problème c est que le "quelque part", ça ne suffit pas. C'est-à-dire que personnellement j aime autant travailler 38h30 par semaine à quelque chose qui m intéresse. Et puis comme tout le monde, pas trop loin de chez moi. Donc rien de bien extraordinaire. Mais en fait voilà, on ne sait jamais exactement où on va se retrouver, si on va avoir la possibilité de trouver un poste satisfaisant, faire quelque chose d intéressant etc. Donc, c est un peu toujours comme une épée de Damoclès au-dessus de la tête et je trouve que c est très pénible. Et en plus l administration trouve une sorte de malin plaisir à laisser les gens dans cet inconfort jusqu à la fermeture du musée, que ce soit au MAAO, ou ici.» («Assimilé» conservateur, MuCEM, ex- MAAO, 2011) L attachement aux collections Devenir spécialiste et référent Les conservateurs sont identifiés à «leur» collection, leur image professionnelle lui est étroitement associée. Leur vie quotidienne également. A tel point que c est presque un lien Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 91/151

de dépendance qui les unit à ces objets : au plan de l attachement, mais aussi au plan des stratégies professionnelles, car les compétences tendent à se spécialiser au fil des années, des contacts répétés avec les objets, des recherches à leur sujet. «Comme j avais déjà commencé à faire ce travail d inventaire des collections océaniennes dans les musées de province, j avais proposé à la direction des musées de France d être affecté en province parce que je savais à ce moment-là, il y avait trois musées importants de par leurs collections océaniennes, qui étaient en rénovation ou qui allaient être en rénovation. Je connaissais bien les conservateurs et ils étaient très intéressés par la présence à temps complet de quelqu un qui leur donnerait le coup de main sur leurs collections et sur leur muséo. Il y avait trois musées, trois belles collections avec de jolis projets à la clef. J ai fait la démarche moi-même ( ) je leur ai proposé mes services ( ) et ça c est fait. J ai eu une affectation ( ) comme conseiller pour les collections océaniennes en province auprès de la direction des musées de France, j étais directement rattaché au ministère» («Assimilé» conservateur, ex- MAAO, 2011) L évolution des personnes spécialisées sur des collections spécifiques dépend de l évolution du traitement social et culturel, et en l occurrence institutionnel, de ces dernières. «En 2005, je suis arrivée ici dans l équipe du musée de Marseille et l idée c était de participer à la diffusion du savoir relatif à l Afrique du Nord, le Proche et Moyen Orient, en lien avec la poursuite de l enrichissement des collections et de l insertion de cette thématique méditerranéenne dans le musée, dans l image du musée et dans l espace du musée.» (Conservateur MuCEM, ex-maao, 2011) «Dépendre» d une collection, jusqu à quel point? La pertinence de l activité des conservateurs, et souvent leur plaisir, découlent de la possibilité qui leur est offerte de travailler sur des collections, ainsi que du statut attribué à ces collections au sein de l institution. «Il y a dix ans, bon la perspective du Quai Branly aurait pu être intéressante, si les collections d Afrique du Nord n avaient pas été mises toutes en réserve. Parce qu en fait, c est ce qu il s est passé ; au Quai Branly tout a été mis en réserve.» (Conservateur MuCEM, ex-maao, 2011) Lors des grands chantiers, des déménagements, des réorganisations institutionnelles, se font jour les dimensions affectives et cognitives de la relation que les conservateurs entretiennent avec des collections, ou du moins à des «types» de collections. «Je n ai pas rejoint le quai Branly. Ce n était pas évident, parce que j aimais le musée de la Porte dorée, j aimais ses collections, j aimais le contact avec ces collections. S il y avait eu un autre musée de ce type Mais il n y en avait pas!» (Conservateur, ministère, ex-maao, 2011) Les moments de rupture révèlent la nature de l attachement aux objets, mais également ce que le conservateur est prêt ou pas à faire pour maintenir le lien. «Il y a une frustration, je ne vais pas le cacher. Je pense que le musée n aurait pas déménagé à Marseille je serai restée. Les collections sont extrêmement passionnantes, le créneau ethno me convient très bien. ( ) Je ne peux pas m installer à Marseille pour des raisons personnelles mais Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 92/151

je verse un peu ma larme parce que j étais bien. La fonction me convenait bien.» («Assimilé» conservateur, MuCEM, ex-maao, 2011) La passion du patrimoine, le sens du devoir La relation aux collections peut s avérer intense, presque passionnelle. Le sens du service public des conservateurs se double d un devoir envers les collections en tant que patrimoine. «J étais une des dernières à travailler pour le MAAO. ( ) Au point d ailleurs que je n avais même plus de bureau! Je me souviens avoir eu quelques difficultés pour trouver un ordinateur en état de marche. Je n avais plus de téléphone, ça j en suis sûre. J avais prévu de boucler un travail, un inventaire que j avais commencé sur des fonds photographiques.» («Assimilé» conservateur, MuCEM, ex-maao, 2011) Si la conscience professionnelle des conservateurs se pense en termes de fonction publique (État ou collectivités), elle trouve une logique dans le rapport à l objet matériel, parfois jusqu à la «personnification» des collections. Comme si, en dehors de toute considération organisationnelle, ces dernières «valaient», en soi, qu on s occupe d elles en tant que patrimoine (ce qui, d une certaine manière, rejoint la notion de bien commun présente dans l idée de service à une collectivité). «Si j en avais eu la liberté, moi ce qui m intéressait, c était de servir le patrimoine de l Afrique, de travailler à des actions de coopération.» (Conservateur, ministère, ex-maao, 2011) L engagement dans le rapport à l objet matériel, l investissement dans la relation établie, confinent parfois à l excès. «Chez les conservateurs, le truc, c est le culte de l objet.» (Conservateur, 2011) Cette dimension passionnelle peut aussi être tournée plus explicitement vers soi-même, se lire en termes de rétribution symbolique, de plaisir au travail, d épanouissement dans l activité. «L essentiel de ce qui est motivant, c est d approfondir une connaissance, soit par une publication, soit par une exposition C est quand même ce qui est très excitant dans notre métier. Après, je ne sais pas ce que vous ont dit mes collègues Et puis effectivement, ce qui reste une source d enchantement pour moi, c est cette collection. Je ne l ai pas totalement épuisée en termes d enchantement. Je continue régulièrement à m étonner, à m extasier devant des choses que je découvre ou redécouvre. Parce que je suis passée sur un corpus d objets qui est énorme. Et ce qui me motive de plus en plus, c est l histoire de cette collection. D approfondir cette histoire. De connaître mieux ses collecteurs. Et ça il y a un très grand champ de travail là-dessus. Même si, bien sûr, il y a déjà eu du travail mais on peut continuer. Et ça, je dirais pour moi, c est ce qui fait que j ai eu un contrat qui a été renouvelé pour 3 ans. Et vous voyez je ne suis pas arrivée au bout, au niveau de l épuisement, ou du ronronnement. (Conservateur MQB, ex-maao, 2011) De l attachement à l appropriation? «Ma» collection, le spectre du phagocytage Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 93/151

L attachement aux collections se comprend sur différents modes. Il y a un versant sensuel et affectif, car les objets sont connus, touchés, soignés durant de longues années. Il y a parfois quelque chose qui se joue de l ordre de «l esprit du collectionneur», du plaisir d accumuler des séries, de leur donner sens, d en assurer la cohérence. Le côté statutaire compte également : les conservateurs sont continuellement identifiés à elles, jusque dans la définition de leur poste, dans la fonction qu ils occupent au sein de l institution. Mais la dimension intellectuelle est prégnante : l attachement est d abord attachement à un objet d étude. «Avec les gens du musée de l Homme, il y a eu des blocages sur les collections. Bon par exemple, je suis fonctionnaire et donc au service de l État. Donc j essaie de donner au public ou à la recherche accès à ces collections. Et non, il y avait cet esprit absolument incroyable au musée de l Homme, c était de dire "c est MA collection". Et on a eu le coup : "-Vous ne pouvez pas me la prendre puisqu elle est en étude et c est moi qui l étudie, ok? -Alors, ça fait combien de temps madame que vous êtes sur cette collection? -Oh ça fait vingt ans. -Alors celle la, on peut la prendre?-ah non, celle là, c est moi qui l étudie. Elle m est réservée, c est ma collection. -Et ça fait combien de temps que vous travaillez sur cette collection? -Oh bah ça fait quinze. -Et vous avez publié là-dessus? -Non mais je vais le faire." Incroyable!...» (Conservateur MQB, ex- MAAO, 2011) De l attachement à l appropriation, il n y a qu un pas. Le lien aux objets trouve ses limites en qu ils relèvent de collections publiques. Le spectre du phagocytage agit comme repoussoir. «Je lui ai fait remarqué que ce n était pas "mes" collections mais les collections de l État. Que j en avais été gestionnaire pendant un temps mais que ça ne m appartenait pas. Je n ai pas pour habitude de privatiser les collections de l état. De toute façon, "mes collections" justement, je n allais pas les suivre puisqu on ne me proposait pas ce fonds au Quai Branly.» («Assimilé» conservateur, MuCEM, ex-maao, 2011) «Vous savez, ce n est pas ma chose. Il y a eu des générations La conservation, c était leur chose. Ce n est pas ma chose. C est une chose publique.» (Conservateur MuCEM, ex-maao, 2011) Conserver des objets. L enjeu de l accès aux réserves Pendant longtemps, les conservateurs évoluaient en leurs réserves comme en leurs territoires, en détenant les clefs, aussi bien prosaïquement que métaphoriquement. Ils en contrôlaient l accès et en organisaient le classement et le bon fonctionnement. Cette proximité physique aux collections apparaît comme une ligne de force de leur métier. Elle leur permet de doubler leurs connaissances abstraites d une approche sensorielle des collections, qui informe différemment la mémoire et l appréhension des objets et des séries d objets. Du point de vue des conservateurs, l accès direct et physique aux collections, et donc aux réserves, constitue un enjeu fort en termes de connaissance et d inspiration dans leurs pratiques de recherche et d exposition et parfois en termes de prestige et de pouvoir au sein des institutions. Ces dernières envisagent d un autre angle la question : elles se préoccupent de la pérennité des collections, reformulée durant les dernières décennies Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 94/151

autour de l idée de «conservation préventive», et de leur diffusion, au travers d une politique d accessibilité de leurs fonds, et donc, directement ou non, de leurs réserves. Comment cette double volonté d amélioration des conditions de conservation des objets et d ouverture aux publics se traduit-elle dans les faits? Quels en sont les conséquences en termes d organisation de l accès aux réserves et à l information sur les collections? Comment les conservateurs rencontrés décrivent-ils et vivent-ils ces transformations? Quelles conséquences l apparition des métiers de la régie et l informatisation des inventaires ont-elles sur leur activité? 1. Une relation intime aux collections. Connaître «par corps». Les conservateurs rencontrés associent leur métier à l exercice d un contact intime avec les objets dont ils ont la charge. La «fréquentation» quotidienne des collections leur procure une familiarité aux lieux et aux objets. Celle-ci est source d un attachement particulier aux fonds. Elle est aussi gage d une connaissance «par corps» de certaines pièces manipulées maintes fois, et, à une autre échelle, des séries constituées par le rangement au sein des mobiliers du musée. Ce savoir «de contact» a longtemps constitué une prérogative des conservateurs au sein des établissements, leur conférant le pouvoir de celui qui a la clef des réserves et y évolue comme dans «son» territoire. Quel rôle joue la relation physique aux collections dans la pratique du métier de conservateur? Quels sont les liens entre classements matériels, catégories mentales et mémoire sensorielle? Quels sont les bénéfices et les risques, du point de vue des conservateurs, mais également du point de vue de l institution, à cette grande familiarité aux objets et aux lieux? 1.1. Le contact des objets, source de plaisir Le contact avec les objets est présenté par les conservateurs rencontrés comme une nécessité. C est pour eux le cœur du métier. Ils doivent voir et toucher les collections, appréhender physiquement les pièces exposées ou entreposées en réserves, pour pouvoir les penser. «Moi, je n'aime pas rester dans les bureaux. Il faut que j'aille sur le Plateau, dans les ateliers, il faut que j'aille dans la réserve, etc. Je ne vais pas passer ma journée en réunion et dans mon bureau : ce n'est pas possible.» (Conservateur MQB, ex-maao, 2011) Certains d entre eux soulignent la difficulté à continuer leurs activités lorsqu est rompu le lien direct et sensoriel aux collections dont ils ont la charge, révélant en creux la place centrale qu ils accordent au contact avec les objets dans l exercice quotidien de leur métier «Je dirais que clairement, à un moment, il y a eu une rupture dans les activités et missions habituelles puisque, pendant plusieurs années, on n a plus eu de collections. C est-à-dire qu on n y avait plus accès, elles étaient stockées, emballées ; elles étaient en caisses et en cartons. On Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 95/151

ne faisait pas d exposition. On n avait pas de lieux. Il y a eu quelques événements mais bon, on n était pas sur une dynamique de musée actif. Et il y avait une mobilisation très forte sur ce qu étaient l ouverture du musée et la présentation permanente des collections. C est vrai que c était un moment particulier et on a mis entre parenthèses beaucoup de choses : notre relation avec les objets directe, qui, moi, m a beaucoup manquée durant toute cette période-là. Ce qui m a manqué, c est que je ne voyais plus les objets. Je ne pouvais pas aller en réserves. Je n avais plus ce contact avec les objets. Moi, personnellement, c est ce qui m a semblé le plus difficile. C est qu on travaillait sur écran sur une collection qui était informatisée et du coup, on avait la perception de l objet uniquement à travers des photos, des photos documentaires qui avaient été prises pendant ce chantier des collections et qui n étaient pas forcément des photos intégralement suffisantes pour justement apprécier les objets.» (Conservateur MQB, ex-maao, 2011) Les conservateurs qui occupent des positions administratives et se sont éloignés de cet univers des réserves soulignent, parce qu il leur manque, la teneur du plaisir d appréhender des objets rassemblés en collection. «Je me retrouve dans cet univers un peu kafkaïen de l administration. Loin des objets. Même si quand même on garde une vue sur des ensembles C est d ailleurs ce qui fait la joie de nos missions sur le terrain.» (Conservateur, ministère, ex-maao, 2011) L attachement aux objets et le plaisir de les approcher au plus près révèlent des enjeux de savoir et des enjeux de pouvoir. 1.2. Le contact des objets, source de savoir Un premier enjeu du contact aux objets, via la fréquentation régulière des réserves, est la connaissance. Connaissance intime des différentes pièces conservées, connaissance des séries constituées, des «familles», «types» et autres «genres» rassemblés dans les armoires ou sur les étagères. 1.2.1. Fréquenter une collection : relation intime et mémoire sensorielle Le contact direct permet l appréhension physique de l objet dans sa matérialité : volume, poids, proportions, mais aussi couleur, matière, texture L œil et la main, mais également le nez, sont sollicités dans cette approche sensorielle des collections. La proximité, l intimité presque, entretenue avec les collections autorise l acquisition d un savoir d expérience. «Tout ce que j ai appris sur la photo, c est en suivant des stages mais aussi en travaillant directement sur les fonds photographiques du MAAO. Ça a été extraordinaire, parce que j ai vu de près des photos, des plaques de verres photographiques, j en ai vu pour la première fois. Je savais que ça existait mais de les voir, de les prendre, de les regarder, de les retourner, les documenter pour savoir quels étaient les différents types de supports photographiques, les contraintes en matière de climat, de restauration Non seulement je suivais des stages mais j avais les collections à ma disposition.» («Assimilé» conservateur, MuCEM, ex-maao, 2011) Le savoir issu de la fréquentation des réserves ne réside pas seulement dans la connaissance approfondie de certaines pièces en particulier, avec lesquelles un contact Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 96/151

physique a été permis. Il s appuie également sur la possibilité d une appréhension visuelle globale de plusieurs éléments en un même lieu et en un même temps, rassemblés selon une certaine logique. Des objets en séries et en tiroirs accessibles aux conservateurs, au musée royal d Afrique centrale de Tervuren (photographie M. Roustan, 2012) Certains conservateurs soulignent l importance de l approche physique des objets rassemblés en collections, au sein des réserves, dans la formation du regard sur ces objets, et-delà de la connaissance qui s y rapporte. «L important, c est regarder. C est ce que je dis aux étudiants parce qu on a une charge d enseignement dans la maison, moi j enseigne à l École du Louvre. ( ) C est toujours la même histoire, c est apprendre à voir aux étudiants. Au fond, ce qui est important, c est d avoir un certain nombre de connaissances, mais c est aussi de leur apprendre à regarder un objet. De leur apprendre à réfléchir, analyser, etc. Et là, c est un de mes problèmes, on n a plus accès aux réserves. Je trouve ça très dommage pour les étudiants de l École du Louvre parce que c est en face des objets qu on voit les choses, qu on voit un truc. Il faut faire faire les exercices. C est vraiment une élaboration de référents visuels». (Conservateur MQB, ex-maao, 2011) La connaissance de la collection fondée sur la fréquentation des réserves appréhende individuellement et collectivement les éléments qui la composent. En outre, elle les considère aussi bien comme qu objets matériels, emballés et entreposés dans un espace particulier, qu en tant objets de savoir, entités abstraites d étude. «Ce qui est intéressant avec les anciens du MAAO, c'est une mémoire. On avait "photographié" toute la réserve parce que les emplacements étaient spécifiques. Moi vous me dites "tel truc, tel tiroir sur les Vanuatu", je le vois très bien. Je ne dis pas que je connaissais toute la réserve, mais il y a certaines choses que j'ai "photographiées". Et quand on parle de choses ou à l'occasion de problème, on a une mémoire, une mémoire institutionnelle du vieux fonctionnaire qui a vécu un certain nombre de temps dans la même boutique. D un autre côté, c est toujours mauvais quand il y a la mémoire de la maison. Le sapin n est pas loin! Mais ça sert toujours...» (Conservateur MQB, ex-maao, 2011) Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 97/151

L habitude, la récurrence des manipulations, le cumul du temps passé à arpenter les réserves, constituent autant de facteurs de mémorisation d une collection et d approfondissement de sa connaissance. «Vous voyez, ça fait 10 ans. Moi j étais là depuis 2003. J étais là quand les collections sont arrivées et je les ai rentrées dans le fonds. Donc je les connais.» (Conservateur MuCEM, ex- MAAO, 2011) 1.2.2. Explorer un fonds, appréhender physiquement des objets (comme les futurs visiteurs) Explorer une ou plusieurs réserves peut également servir à reconstituer des séries, ordonnées selon ses propres logiques de recherche ou d exposition, et non selon les principes ayant présidé à leur classement en réserves. L appréhension physique des objets dans leur matérialité peut servir la muséographie : la sélection des objets qui vaudront d être exposées se fait littéralement «sur pièces» ; leurs caractéristiques matérielles se combinent à celles des dispositifs scénographiques dans un but d évaluation du rendu ultérieur auprès des publics. «Je m'occupais dans l Océanie que du choix des pièces, de la mise en œuvre du multimédia pour la muséographie du Plateau des collections. Donc ce travail, je l ai continué évidemment jusqu'à l'ouverture du musée puisque cela consistait évidemment à rechercher des œuvres dans les réserves. Parce qu'on n avait pas de base de données à cette époque-là. Ça consistait à aller dans l'atelier de Gentilly où étaient toutes les œuvres de la muséographie pour les socler, les présenter, faire les montages et faire tout ce travail de simulation. Aussi vitrine par vitrine, pour faire de la muséographie.» (Conservateur MQB, ex-maao, 2011) Ce besoin subjectif d un rapport étroit avec les objets est renforcé par l absence ou le défaut de connaissances de type exhaustif sur les collections extra-européennes. L incomplétude et la dispersion des inventaires, la faible quantité d expositions passées et de publications à leur sujet (relativement à d autres sphères patrimoniales) rendent d autant plus nécessaire la «vérification» in situ de la nature et de la qualité de certaines pièces, voire l exploration et la découverte de leur existence même. «Un jour, je rentre dans le bureau de Jean-Hubert [Martin] au MAAO, et je vois des livres sur Picasso étalés par terre. Alors je lui dis, "qu est ce vous faites? " ; il me répond "je prépare une exposition pour Sao Paulo sur les gravures de Picasso" - "Ah bon! ". Et alors, il avait vraiment sorti tous les catalogues parce que tout est publié. Et puis alors on dit "je veux ça, et ça et je prends ça" et tac. Nous quand on a lancé l expo de la Nouvelle-Irlande, la première chose que j ai dit, c est que bon il doit y avoir a peu près dix mille objets dans les collections allemandes. S il y en a trois cents de publier, c est le maximum. Ok? Donc faire une collection sur ces sujets là nécessite effectivement d aller revoir les collections, avec tout le travail que ça nécessite, c est-à-dire tout le travail de recherche dans ces collections. C est-à-dire d où ça vient etc. Sur des régions, il y a une focalisation. Je pense que la Nouvelle-Irlande, c est un bon exemple mais c est pas le seul exemple qu on pourrait prendre. Les gens connaissaient une partie de l art de la Nouvelle-Irlande. Le reste de la Nouvelle-Irlande, les gens ne connaissaient pas. Ça n avait presque jamais été publié.» (Conservateur MQB, ex-maao, 2011) Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 98/151

1.3. Le contact des objets : source de pouvoir L accès privilégié et récurent aux espaces où sont entreposés les collections constitue une prérogative largement partagée par les conservateurs, qui structure leur quotidien, fonde leur image professionnelle et légitime leur position institutionnelle. «C est l érudition qui est sensé légitimer le pouvoir des conservateurs. La compétence, la connaissance des objets est indéniable. Il ne faut pas se leurrer : on a, par la fréquentation, même superficielle le fait d aller en réserve, on approche les objets à une distance ou les autres ne les approchent pas. Donc on appréhende des choses que les gens ne peuvent pas voir. Pas plus les universitaires. La fréquentation de la réserve forme. Ça on peut le dire par tous les sens, c est vrai. On y apprend par le contact quelque chose qu on ne saurait pas autrement.» (Conservateur, 2011) 1.3.1. L espace des réserves : de la familiarité à l appropriation Parfois, la familiarité au lieu et aux objets devient telle que les conservateurs peinent à respecter les consignes relatives à l accès aux réserves, établies pour garantir plus de sécurité aux collections. Le fait qu ils tendent à se comporter «comme chez eux» peut également être interprété comme une forme d appropriation, de refus du partage : ils signifient alors que la réserve est leur territoire. «Au PC Sécurité, on avait régulièrement des intrusions. Parce que les conservateurs c est valable dans tous les musées, les conservateurs, parfois, n'en font qu'à leur tête. Ils se croient tout permis donc ils oublient de débrancher l'alarme, ils rentrent Ils font sonner.» (Agent de surveillance CNHI, ex-maao, 2011) Par la richesse d informations qu elle procure, mais aussi par la qualité toute particulière de leur teneur, la fréquentation des réserves est au cœur du savoir et du pouvoir détenu par les conservateurs. Elle permet à la fois de développer un savoir «par corps» sur les collections, tout à fait spécifique de l intimité de la relation établie avec les objets et tout à la fois d empêcher les autres de se l approprier. «On acquiert par le secret de posséder une collection, on acquiert un savoir que d autres n ont pas. Et d une manière ou d une autre, on se sent irremplaçables, parce qu on apprend plus que les autres et des choses que les gens ne peuvent pas savoir parce que le musée est un espace clos. Un espace de barrière. C est un espace fermé. Ce n est pas un espace ouvert ; ce n est pas un espace qui donne, il repousse.» (Conservateur, 2011) 1.3.2. Détenir les clefs des réserves Cette tentation de la fermeture, parfois physique, de l accès aux réserves, s observe dans un contexte où la connaissance spécialisée peut être vue comme une ressource stratégique, sur un marché des compétences particulièrement étroit et disputé, celui qui a trait aux collections extra-européennes. Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 99/151

Les tensions liées à l appropriation, par le musée du quai Branly, des collections du musée de l Homme, se sont matérialisées dans la fermeture des réserves de ce dernier, lors de la phase antérieure au déménagement des objets. «La rencontre avec les objets du musée de l'homme, c était d abord pour l'océanie parce que les autres, je ne les ai pas vus dans un premier temps. Et c'était une pénétration difficile parce que bien souvent, parce que quelquefois, j'ai trouvé la porte fermée. Donc ça n aidait pas pour faire les choix des objets, d'autant qu'il fallait monter sur des échelles. Et ensuite, dans une deuxième partie, quand j ai commencé à préparer l exposition temporaire qui concernait tous les objets de tous les continents, je suis rentré dans les réserves, les autres réserves, les réserves qui étaient au musée de l'homme ( ) A l'époque, ça n'était pas encore transféré.» (Conservateur MQB, ex-maao, 2011) Pouvoir appréhender physiquement des objets constitue le premier pas vers une approche intellectuelle. L enjeu de l accès physique aux collections, c est son accès en tant qu objet de recherche. La protection du territoire des réserves est autant physique que symbolique. «Il y avait cette espèce de mentalité incroyable! Je me souviens et ça, je pense que ça a été un drame au musée de l Homme ; ça a été à l origine du drame. C est-à-dire que c était des gens qui considéraient que, un, les collections étaient à eux et d autre part, que c était eux qui devaient les étudier. Et ça, c est un truc qui est redoutable. Ils ont fait barrage pour que personne n ait accès à ces collections. Ce qui est de l anti-science. Absolument de l anti science. Alors, on peut critiquer le MAAO, etc., on peut critiquer ce qu on a fait ici, effectivement mais au moins, quand un chercheur vient, on lui ouvre les collections et personne ne le bloque. ( ) Il y a eu des trucs beaucoup plus émotionnels du côté de la recherche, si je peux m exprimer ainsi, que du côté des conservateurs, qui sont un peu plus détachés. Et puis, il y a tellement à faire de toute manière, qu il y a de la place pour tout le monde ça m avait beaucoup étonné au moment de la rencontre des choses. Et je trouvais ça absurde jusqu à faire disparaître un certain nombre de dossiers du musée de l Homme.» (Conservateur MQB, ex-maao, 2011) 2. La gestion des réserves. L exigence de «conservation préventive» Les conservateurs, de par leur nom même, sont étroitement liés à l idée de conservation des collections. Leur mission première est d assurer l intégrité physique et la pérennité des fonds dont ils ont la charge. L histoire de la conservation, au sens strict, est celle d une complexification et d une spécialisation des savoirs techniques et scientifiques se rapportant aux effets du passage du temps sur les objets matériels et sur les conditions de prévention de ce qui apparaît comme des «dégâts». Car le paradigme patrimonial place en son centre et érige en valeur l immutabilité des objets en vue de leur transmission. Comment les lieux où sont entreposées les collections ont-ils évolué? Comment l exigence de «conservation préventive» a-t-elle mis fin au monopole des conservateurs sur les réserves? Comment leur activité s articule-t-elle à d autres métiers centrés sur les objets, régisseurs et restaurateurs? Comment la taille des collections et des institutions influe-telle sur ce phénomène? Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 100/151

2.1. L évolution de la notion de «conservation» La conservation, au sens strict, est perçue par les conservateurs comme une base du métier : un corpus de compétences maîtrisées, et au-delà, une sensibilité particulière, la conscience d une problématique en la matière. 2.1.1. La conservation, une compétence des conservateurs? La connaissance et l attention nécessaires à la conservation des objets constituent une des fonctions du métier de conservateur. Certains choisissent d étendre leur savoir et savoirfaire dans le domaine. «Je savais qu il y avait un domaine dans mon métier où j avais encore tout à apprendre et, un peu contraint et forcé de quitter ma spécialité, c était l occasion de me recentrer sur les bases du métier, la conservation au ras des pâquerettes.» (Conservateur, ministère, ex-maao, 2011) Toutefois, ils revendiquent un socle de connaissances sur ce point, et surtout un intérêt, voire une sensibilité pour la question, une «fibre». «À l origine, je suis restaurateur, hein, j ai une formation de restaurateur, mais il y a très longtemps, c est dans une vie passée.» (Conservateur MQB, ex-maao, 2011) «Ça fait partie du métier. Et j avoue que les questions techniques relatives aux objets, ça me passionne aussi.» (Conservateur MuCEM, ex-maao, 2011) S ils sont sensés «s y connaître» en termes de conservation des objets, les conservateurs reconnaissent volontiers que la partie la plus spécialisée du domaine leur échappe : elle incombe aux restaurateurs, considérés comme des techniciens de pointe en la matière. «J ai eu la chance de pouvoir travailler avec un restaurateur de photos ( ) qui venait travailler sur place, comme ici d ailleurs, et donc la possibilité quand j avais un souci de pouvoir demander "ben tiens qu est ce que c est que ça?". Et d apprendre comme ça, directement, sur le tas, par le biais d un professionnel.» («Assimilé» conservateur, MuCEM, ex- MAAO, 2011) En creux, les erreurs de conservation sont la hantise des conservateurs. Ils sont nombreux à avoir en tête des anecdotes à ce sujet, anti-modèles de professionnalisme. Certains relatent des événements qui les concernent. «C était un domaine où j avais fait des bêtises en début de carrière, je me souviens d avoir grillé un très joli textile qui était d un rouge très vif et que j ai exposé trop longtemps dans une vitrine éclairée par des néons sans protection UV et les tissus ont viré rose.» (Conservateur, ministère, ex-maao, 2011) D autres se souviennent de situations relatives à des collègues, souvent non issus du corps des conservateurs ou n ayant pas suivi la formation à l INP une occasion de souligner la nécessité de la «professionnalisation» du métier. Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 101/151

«Dans l équipe, nous sommes trois conservateurs. Mais mes deux collègues viennent de l Inventaire. Visiblement, j étais la seule à venir véritablement de la filière des musées et à connaître un peu les problématiques liées aux restaurations des objets.» (Conservateur MuCEM, ex-maao, 2011) Il semble que le récit des erreurs passées en termes de conservation des collections constitue une antienne du métier, façon de réaffirmer implicitement que ses propres exigences entrent dans la norme contemporaine, et de mettre en scène sa connaissance des évolutions techniques et des savoirs scientifiques en la matière «On avait au départ des gens qui avaient des cultures qui prenaient des objets dans des réserves Au musée de l'homme, ils les mettaient dans un sac et ils allaient faire un cours à l EHESS!» (Conservateur MQB, ex-maao, 2011) Déjà lors de l enquête de 2002 au MAAO, les propos laissaient entrevoir une mythologie où les anciennes façons de faire, artisanales et autodidactes, étaient reléguées à la préhistoire de la «conservation préventive». 2.1.2. La nouvelle norme de «conservation préventive» Il est vrai que le MAAO était précurseur dans ce domaine, incluant au sein de ses équipes des figures centrales de ce mouvement, tel Denis Guillemard. «La conservation préventive, je savais ce que c était parce qu au MAAO, on avait la chance d avoir un atelier de restauration de pointe, dirigé par Denis Guillemard, qui a été un des pères fondateur de la conservation préventive et surtout d un DESS de conservation préventive à Paris 1.» (Conservateur, ministère, ex-maao, 2011) «Le travail sur la conservation préventive est un travail que j ai vu arriver, que j ai appris avec Denis Guillemard en particulier au MAAO et qui est très ancien, qui a 20 ou 25 ans. C était un travail indispensable qui nous avait permis, nous au MAAO, d avoir des réserves particulièrement soignées et reconnues comme telles. ( ) On a eu beaucoup de stagiaires qui sont passés, parce que, grâce à Denis Guillemard, on avait des réserves certes artisanales mais vachement bien tenues, lui il commençait à donner des cours de conservation préventive.» («Assimilé» conservateur, ex-maao, 2011) Au-delà de l exemple du MAAO, l attention portée aux réserves de musées s est accrue en France durant les dernières décennies. L administration centrale a cherché à établir un état des lieux, constat utile à l harmonisation des exigences en la matière, et à termes, à l uniformisation des pratiques, via l imposition de nouveaux standards. «Avant on pouvait baratiner, faire illusion. Pendant longtemps j ai connu ça, du côté public c était impeccable et du côté coulisse parfois lamentable "Montre moi ta réserve, je te dirai quel musée tu es". Il y avait eu un rapport du sénat sur les réserves des musées de France, qui soulignait de rouge la situation scandaleuse d un certain nombre de réserves de musées.» (Conservateur, ministère, ex-maao, 2011) Les connaissances scientifiques et techniques associées aux conditions de préservation des objets détenus dans les collections publiques se sont cristallisées autour de l idée de Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 102/151

«conservation préventive», qui repose, pour le dire simplement, sur l adage selon lequel «mieux vaut prévenir que guérir». En prolongement de l idée de «restauration», qui vise à ramener un objet considéré comme détérioré à un état antérieur, voire initial, la «conservation préventive» cherche à éviter les dégâts, comme si l entrée en patrimoine d un objet, par exemple au travers de son intégration à une collection publique, devait signifier sa pérennité, aussi bien symbolique que physique. Une nouvelle norme s est imposée peu à peu, accompagnant un changement de mentalités et d usages quant au traitement physique des objets de collection, que ce soit au niveau de l étude, du rangement ou de la simple manipulation. 2.2. Les métiers connexes : restaurateurs et régisseurs Entre l ère du MAAO et l époque contemporaine, un double mouvement de «professionnalisation» s observe, quant à la manipulation des objets. Le contact direct des collections, du point de vue des conservateurs, s en trouve modifié. D un côté, un métier ancien se renforce et se spécialise, autour de savoirs experts, de plus en plus souvent externalisés : la restauration. De l autre, un métier émergent trouve sa place au cœur du musée, au plus près des objets : la régie. 2.2.1. Accès (physique) aux objets : les restaurateurs, spécialistes aux interventions ponctuelles Les restaurateurs «ancienne école» faisaient partie des services techniques des musées. Il y a quelques décennies, la technicité et la scientificité du métier se sont accrues une «professionnalisation» qui s est cristallisée sur la notion de «conservation préventive». Au MAAO, ces deux dimensions techniques et scientifiques cohabitaient dans les années 1990. «C était très particulier au MAAO, il y avait un restaurateur, et puis les restaurateurs occasionnels. Et puis Denis je sais plus son nom, qui, lui était prof, qui enseignait la restauration, et qui venait de temps en temps. ( ) Et puis il y avait Claude, qui elle, venait restaurer tout ce qui était textile, quand il y avait un petit point à faire. Et de nombreux stagiaires aussi. J étais très en contact avec eux.» (Retraité service communication, ex-maao, 2011) Comme tous les services techniques, un grand mouvement «d externalisation» a touché les restaurateurs. La structure des besoins en restauration, à proprement parler, explique également une organisation de la profession qui se distribue entre des pôles, les services internes aux musées, et une constellation de prestataires indépendants recrutés au gré des besoins et des projets 39. 39 ETIENNE Noémie et HENAUT Léonie (dir.), L histoire à l atelier. Restaurer les œuvres d art (XVIIIe-XXIe siècle, Lyon, PU, 2012. Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 103/151

«Oui, on a un service de conservation préventive. On a quatre restaurateurs à temps plein. On utilise beaucoup de restaurateurs extérieurs en prestation. Parce qu'on a un tel rythme de prêt etc. on en a besoin. Et puis en conservation préventive, on a un analyste qui est spécialisé dans les analyses et une conservatrice qui dirige l'ensemble du service. ( ) Je suis tout le temps en contact avec eux.» (Conservateur MQB, ex-maao, 2011) «Depuis l année dernière, on m a demandé de m occuper de la politique de restauration de l établissement. À l heure actuelle, y a deux types de restauration qui sont mises en œuvre. Les restaurations liées au chantier des collections qui est mené à Paris au fur et à mesure des choses. On voit si des œuvres nécessitent des traitements plus lourds qu un simple dépoussiérage ou qu une simple consolidation. Et d autre part, on est en train de préparer les espaces pour l ouverture pour Mars 2013. Donc on va avoir 3500 mètres carrés d exposition permanente ce qui nécessite un nombre de projets importants. Y aura peut-être 50% des objets qui seront issus des collections du MuCEM donc l effort de restauration est mené sur ce plan là vraiment de manière prioritaire. -Et les restaurateurs font partie des équipes? Alors on externalise ces opérations là. On a à Paris au sein du service des collections une personne qui est chargée du suivi on va dire administratif et technique qui m épaule sur ces questions là. En gros en interne, on organise la question du cahier des charges pour la mise en place, la politique de restauration et ensuite on lance soit une étude préalable puis des appels d offre, soient on met des devis pour la mise concurrence. -Donc là, vous êtes responsable pour la gestion des collections mais pour toute la collection? Toute la collection oui. Ça c est l équipe transversale mais enfin on a quand même aussi des équipes très compétentes de Parisiens parce qu on a donc cette personne qui s occupe de l administratif et du technique. On a aussi un ingénieur d étude ou de recherche, je ne sais plus, qui s occupe plutôt de conservation préventive mais qui a une spécialité dans le domaine de la restauration du métal qui demande une expertise très très importante. Et puis une personne qui est chargée du laboratoire de restauration de textile dont le regard est fondamental pour les opérations sur le textile des matières non textiles. Y a quand même des matières très très fragiles.» (Conservateur MuCEM, ex-maao, 2011) Les moments de récolement des collections, notamment lors d un déménagement, les expositions temporaires, les recherches particulières, sont autant d occasion de mobiliser des restaurateurs. Il s agit alors d augmenter la connaissance sur les objets (par exemple une datation), autant que de s assurer de son bon état physique. Dans une autre logique, celle de la sauvegarde, les besoins en restauration augmentent en fonction de la menace sur l intégrité des collections. Le besoin d espaces adéquats et de compétences spécifiques lors d un chantier constitue une occasion de coopération avec des restaurateurs. «On m avait demandé de faire un rapport sur une possibilité de partenariat avec le CICRP (Centre International de Conservation et de Restauration du Patrimoine) pour finaliser une convention à terme. On a fait ça en Novembre ; on est allé voir une collègue du CICRP la semaine dernière et là, les choses vont être finalisées et ils vont nous apporter une aide importante en matière d espace parce que nous, on est à la fois dans un déménagement, délocalisation, nos connaissances sont à Paris ; on va recevoir ou avoir livré en même temps le bâtiment qui accueille une collection et le bâtiment qui accueille les expositions. Donc on n a pas d espace tampon pour préparer les expos. Donc on a besoin de locaux convenables pour accueillir les œuvres. ( ) Et d autre part, comme je connais bien le site parisien, j avais insisté pour que les objets dont j ai la charge passent sur la chaîne du traitement du chantier des collections dès 2006 parce que moi à l époque, j avais bouclé mes inventaires, puisqu à Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 104/151

l époque, c était déjà informatisé. On a pu travailler assez vite.» (Conservateur MuCEM, ex- MAAO, 2011) Du point de vue des conservateurs, les restaurateurs constituent des alliés pour une meilleure préservation et une meilleure connaissance des collections. Ils prennent le relais là où leurs compétences trouvent leurs limites. Les conservateurs les considèrent comme des prestataires, sans se sentir dépossédés de leurs prérogatives. «Bien sûr, la datation, il y a ça, mais en fait on va plus loin parce que ça, le conservateur peut le faire principalement au cours d'une recherche ou pour une acquisition, ce qui permet de dater mais on le fait plutôt de manière un peu plus scientifique avec l'aide d'analyse, de datation, donc là c'est pour ça qu'on a le pôle de conservation préventive un peu élaboré parce que justement Vous voyez là on a une dernière note à l occasion de l exposition Dogon, on a fait analyser les patines qui nous donnent des renseignements très précieux sur leur composition évidemment et leurs datations. On a fait aussi analyser, par toutes sortes de laboratoires, que ce soit ici à Paris ou en Pologne ou en province.» (Conservateur MQB, ex- MAAO, 2011) Il n en est pas de même pour les régisseurs. Les conservateurs peinent à leur céder leur place au sein des réserves, une place qui leur est donnée par l institution et sa volonté de «rationaliser» l accès aux collections presque une façon de désavouer les conservateurs quant à leur gestion. 2.2.2. Accès (physique) aux réserves : les régisseurs, des garants (gênants) de la pérennité Les régisseurs sont apparus récemment dans les musées et autres institutions patrimoniales. Nombre d entre elles n en disposent pas actuellement. Et l administration centrale ne leur a toujours pas accordé une filière spécifique (ils sont recrutés sur d autres postes). «On est dans une phase de transition. Le Ministère n a rien trouvé de mieux à faire que de recruter des régisseurs avec le même concours que les chargés documentaires. Alors ce concours de chargé documentaire. Les documentalistes les archivistes et des régisseurs Il y a des concours, par exemple : je passe le concours avec l option régie d œuvre et ben on va m envoyer aux Archives nationales où je vais faire tout sauf de la régie d œuvre, vous voyez? On va me demander de gérer des archives. Un peu comme les conservateurs, vous êtes spécialiste d art gréco-romain et on vous envoie gérer de la peinture du 18e. C est exactement la même chose. Ça ne gêne personne. Sauf que pour les conservateurs ça peut se discuter, ça ne gêne personne. Bon je ne vais pas parler pour les conservateurs mais pour les chargés d étude, c est aberrant. On recrute sur un concours trois métiers. Mais ensuite quand on affecte les gens sur leur poste, on se fout complètement de savoir quel est leur métier. Vous êtes documentaliste et bien vous allez faire de la régie. Ben oui mais moi je ne sais pas faire alors que font les gens? Et bien ils se forment sur le tas à la va-vite n importe comment. ( ) A la fermeture du MAAO, au Musée d Orsay, on n avait pas besoin de mes services mais on me proposait en revanche un poste de régisseur et j ai décliné cette proposition, d abord parce que ça ne m intéressait pas du tout et en plus je ne savais pas faire. Pour moi régisseur c est un vrai métier, et c est très intéressant mais moi je n avais jamais fait ce travail de régie. Mais enfin on n hésitait pas à me le proposer même si vraiment je n avais aucune formation en matière de conservation préventive, pour les objets en trois dimensions.» («Assimilé» conservateur, MuCEM, ex-maao, 2011) Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 105/151

D après les discours recueillis, différentes raisons liées au manque de temps ou de compétence ou de bonne volonté des conservateurs sur la stricte question de la gestion des collections, voire des réserves, auraient conduit à la nécessité de la création d un métier intermédiaire, dédié à cette tâche. Son périmètre d action relève essentiellement du mouvement des objets : s assurer de la possibilité de leur localisation à tout moment (traçabilité), ainsi que de leur protection physique et juridique (sécurité). L informatisation des bases de données et la numérisation des fonds participent de cette dynamique de changement, vers plus de transparence, et donc d accessibilité, dans le classement matériel et immatériel des objets et des informations qui y sont relatives. «Normalement il n'y a plus que les régisseurs, dans cette première logique-là, qui ont le droit de toucher les objets. Parce que si vous déplacez un objet de 5 cm et que vous le replacez dans un autre tiroir, c'est comme s'il était mort. C'est comme s il était perdu puisqu'on n a plus cette traçabilité. La traçabilité elle va jusqu'au tiroir, jusqu'à la boîte même.» (Conservateur MQB, ex-maao, 2011) Ainsi, les réserves connaissent une nouvelle organisation, répondant à la nouvelle norme de «conservation préventive» et à l exigence de «traçabilité» du moins lorsqu elles sont créées en même temps que les établissements, comme c est le cas au MQB ou au MuCEM. Ce changement s accompagne d une gestion informatique des fonds et de l apparition des services de régie, responsables du maniement des objets et garants des «bonnes pratiques» en la matière. La montée en force de la «conservation préventive» et la «professionnalisation» de l organisation des réserves y sont pour beaucoup. «Peu à peu, les conservateurs ne sont plus sur des gestions de collections» (Conservateur MQB, ex-maao, 2011). Cette mise à distance s expliquerait également par la démultiplication des taches demandées aux conservateurs, qui se retrouveraient quelque peu dépassé par la diversité de leurs missions. «On leur demande de plus en plus de choses, de plus en plus d esbroufe aussi, il faut être là, préparer des expositions, faire tout un tas de choses et ça devient mission impossible ( ) Moi je ne suis pas pour la polyvalence parce que je suis désolée, la polyvalence c est une vue de l esprit. Moi je ne peux pas être un peu documentaliste, un peu conservateur, un peu une spécialiste du multimédia, et un peu chargée de communication ; c est pas possible, c est idiot..» («Assimilé» conservateur, MuCEM, ex-maao, 2011) Autre facteur d évolution, les conservateurs auraient négligé la gestion des collections pour d autres activités plus prestigieuses et offrant plus de visibilité. «Je ne le vis pas personnellement mais je le vois autour de moi, c est que les conservateurs ne veulent plus s occuper des collections. Ça ne les intéresse plus. En fait, ils veulent être chercheurs ( ) Mais gérer les collections, ce qui est normalement leur travail de base, ça ne les intéresse plus. Et donc c est le petit personnel entre guillemets qui se trouvent chargé de leur travail ( ) y compris des prestataires. Ce sont eux qui s occupent vraiment des collections, qui gèrent les collections, qui vont créer les notices pour les musées, qui vont faire des Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 106/151

recherches pour justement essayer. ( ) C'est-à-dire que la gestion de collection, c est pas assez noble, c est pas assez strass et paillettes. C est pas avec ça qu on passe à la postérité, c est de la gestion, c est vécu comme ça. C est vraiment, enfin on est trop bien pour faire ce type de boulot.» («Assimilé» conservateur, MuCEM, ex-maao, 2011) Parfois, le manque de professionnalisme de certains collègues est avancé, qui a conduit à la nécessité d une évolution des modes gestion des réserves. «Il faut quand même dire pour être honnête les conservateurs se baladaient tard dans les réserves, en oubliant de fermer la porte, en oubliant de signer les registres, en oubliant quand ils déballaient les cartons euh les cartons dans les couloirs traînaient, etc. Bon donc c est pas ce qu on appelle une bonne gestion non plus. Moi je sais bien qu ils n ont plus le temps mais y a aussi des gens qui sont conservateurs et qui sont pas vraiment faits pour ça. Donc moi je pense que c est aussi une bonne chose qu il y ait de nouveaux métiers qui sont apparus. On peut plus vivre dans un musée comme on vivait il y a 30 ans de cela.» («Assimilé» conservateur, MuCEM, ex-maao, 2011) De plus, la complexification des questions juridiques relatives aux prêts constitue un facteur supplémentaire, favorable à l apparition de ces nouveaux métiers. «C est bien qu il y ait des gens dont ce serait le boulot de s occuper quand on prête des objets, de tout ce qui est assurance et puis c est de plus en plus complexe. Maintenant moi je vois bien que pour mon secteur, faudrait être juriste parce que vous avez toutes les questions de droits, hein, le droit à l image, droit patrimoniaux etc. qui sont hyper compliqués et qui évoluent sans arrêt. La jurisprudence évolue sans arrêt. ( ) un juriste dans un musée aujourd hui, c est devenu une nécessité absolue.» («Assimilé» conservateur, MuCEM, ex-maao, 2011) «Le régisseur s occupe de tout. Elle fait tous les prêts extérieurs, par rapport aux collections contemporaines c est compliqué par rapport au droit, je vous épargne les détails mais c est pas comme un tableau pour lequel on imagine une caisse et voilà, faut qu on demande l autorisation de sortie du territoire quand c est à l étranger, elle est là dedans et puis après tout ce qui est manipulation, on se le fait mais tous quoi, il y a pas un fonctionnement muséal au sens où on peut l entendre de façon traditionnelle. ( ) Il faut bien le faire, les réserves sont au sous sol, il faut bien monter les œuvres, sachant que le personnel de surveillance est vraiment accueil et surveillance, pour l instant.» (Conservateur CNHI, 2011) Enfin, derrière l affichage des enjeux de rationalisation de la gestion des collections et de respect des normes de «conservation préventive», se fait jour une volonté de l institution de mettre fin au monopole, voire au phagocytage, des conservateurs sur l accès, physique et intellectuel, aux réserves. La pérennité du système et sa transparence sont à ce prix. «Au MAAO, c'était le conservateur qui rentrait dans la réserve et qui la rangeait. Et donc comme ce n'était pas non plus des grosses collections Je me souviens d un, il a rangé toute sa réserve, qui était en désordre, mais une fois que la réserve était rangée par ordre géographique, etc., on savait que les lances Salomon c'était là, que les peignes c'était là, etc. Et puis après par contre, si on n a pas le conservateur, s'il est absent ou s'il est en mission pendant deux mois dans le Pacifique et bien et bien il fallait l'attendre. Alors que là c'est un système qui fonctionne tout le temps.» (Conservateur MQB, ex-maao, 2011) L inflation du volume global des collections est également un élément en faveur de ces évolutions. Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 107/151

3. L organisation des objets et des données. L(a r)évolution des logiques de classements. Un mouvement parallèle de réorganisation a eu lieu, du classement des réserves et des modalités d accès aux collections qui y sont entreposées, ainsi qu à l information disponible à leur propos (localisation autant que documentation). Au niveau du rangement des réserves, les catégories techniques de la «conservation préventive» et des régisseurs ont remplacé les logiques scientifiques, et parfois les approches personnelles, des conservateurs. La localisation des objets s est soumise à l exigence de traçabilité. L informatique est venue surplomber l archivage des connaissances relatives aux collections, principalement via deux moyens : leur numérisation (partielle) et leur gestion par bases de données. Quel rôle les conservateurs ont-ils joué dans ce grand mouvement de transfert? Comment leur métier s en trouve-t-il changé? 3.1. «Rationalisation» des réserves? Catégories techniques vs logiques scientifiques Dans les deux grandes institutions où ont été interviewés les conservateurs autrefois en poste au MAAO, l organisation conceptuelle et matérielle des collections a fait peau neuve. La création d établissements nouveaux et la construction des bâtiments les abritant ont fourni les conditions d une réactualisation radicale des modes de fonctionnement des réserves. Un mode de gestion des collections rigoureux mais «à la bonne franquette» a laissé la place à une «rationalisation» des réserves axée autour de la «conservation préventive». Au musée du quai Branly comme au MuCEM, les réserves sont neuves et ont été rangées suite au chantier des collections, équivalent à un récolement doublé d une informatisation des données. La présence des régisseurs comme intermédiaires garants de la conservation et de l accès aux objets bouleverse le travail des conservateurs. 3.1.1. Les nouveaux critères de rangement des réserves : caractéristiques matérielles La première conséquence de cette réorganisation des réserves selon des critères relatifs à la «conservation préventive» et à leur prise en main par les régisseurs procède d un changement de logique de classement, considéré par les conservateurs comme un abandon des logiques scientifiques qui prévalaient antérieurement. «Le grand changement qui a été opéré ici, c est que c est devenu une très très grosse machine. Avec des services très spécialisés. C est-à-dire que par exemple, au MAAO, il n y avait pas de service de régie. C était nous qui faisions la régie. Ici maintenant, il y a un service de régie. C est devenu une énorme collection, avec tous les problèmes de collection même s il est ici. Il y a cette histoire de Seine qui peut déborder et etc. Effectivement y a tout un plan d évacuation des collections qui est tout à fait important, ce qui fait que l accès aux collections a complètement changé. Ça c est un vrai problème pour moi. Si vous voulez, le classement des collections enfin y Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 108/151

a pas eu de classement scientifique entre guillemets. C est-à-dire que le classement scientifique, c est que c est rangé par région et par type d objets, OK? Bon, si vous allez dans une réserve ici, c est classé en fonction d un plan d évacuation. En plus de ça, quand les objets sont rentrés dans les collections ici, on n a pas redéployer en fonction des régions. On nous a expliqué à l époque que c est très compliqué, etc. et j ai pas très bien compris l astuce. Bon c est vrai que j aurais dû être plus attentif à l époque là-dessus, c est un peu de ma faute mais il y avait une espèce de répartition des taches entre les gens qui étaient un peu compliquée. Toujours est-il qu on arrive maintenant à des collections qui ne sont pas classées scientifiquement mais sur un critère d évacuation et d autre part, qui sont en conditionnements, c est-à-dire invisibles. Et ça, c est un cas particulier ici.» (Conservateur MQB, ex-maao, 2011) «On sait que tout est entré, que la collection est là. Bon, les grands objets ont été externalisés, mais ça on a du vous le dire... out ce qui est grand objet n est plus accessible facilement. Ça c est un peu dommage. Encore un petit problème avec cette réserve qui était sensée être la réserve des grands objets et qui ne s est pas révélée être la réserve des grands objets. Entre le plan de l architecte et le cahier des charges, et le bâtiment livré à l arrivée, il y a eu des petites surprises on va dire.» (Conservateur MQB, ex-maao, 2011) Des objets qui font sens, porteurs de mémoires, voire d affects (pas seulement prise en compte de leurs aspects techniques) 3.1.2. Une absence de «sensibilité» aux objets, une perte de lisibilité des collections Les conservateurs rencontrés sont nombreux à regretter ce classement des objets en fonction de leurs caractéristiques matérielles. Ils déplorent l imposition d un principe technique ne laissant pas de place à la sensibilité aux objets, à leur histoire, leur particularité. Ce ne sont pas seulement les logiques de découpage scientifique des ensembles d objets que constituent les collections qui sont regrettés, mais également la dimension intuitive que revêtaient les anciens modes de rangement des réserves. «En plus c est pas géré par la conservation, c est géré par les gens du métier de la restauration conservation préventive régisseur d œuvres, qui ne connaissent les objets que comme étant des choses à conserver. Donc c est classé selon leurs critères de classement, le fer, le bois, le platine, l or, le grand, le petit, les lourds, les pas lourds, les à plumes, les sans plumes. Même si j avais accès au stockage des sagaies, tout est mélangé, j ai pas un endroit où il y a les sagaies de tel endroit. Ce qui était très facile d accès avant ne l est plus. J exagère mais ça me fait un peu penser à la fameuse réserve 14 du MAAO qui était une sorte d accumulation absolument dingue dans laquelle je travaillais beaucoup, qui était dans les caves, dans laquelle ils avaient accumulé tous les objets en vrac de l expo de 1931 avec des lances, des sagaies, mélangé avec tout un tas de trucs. Maintenant au Quai Branly c est super bien conservé mais ça revient un peu à ça. Si on me lâchait là dedans, il faudrait que je reprenne tout, ça c est kanak, ça c est africain -On n a plus de logique d aires géographiques? Que pour la musique puisqu elles sont organisées en extérieur et encore c est par techniques musicales.» («Assimilé» conservateur, ex-maao, 2011) Le sens donné aux objets, pris individuellement ou collectivement, apparaît central à l organisation des réserves. L interprétation des collections y prend sa source. «Personnellement, c'est un contact qui est important pour moi. Je sais qu'il l est à des degrés divers chez différents conservateurs et je pense que ce contact est important pour eux aussi. Je veux leur restituer. Sachant aussi que par exemple un régisseur qui range les trucs, comme un Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 109/151

peigne avec un couteau ou une petite poupée avec etc., ça n'a pas de sens pour lui, ça n a aucun sens. Le conservateur qui vient, il vient et il dit "ça, ça va ensemble" et tout de suite il y a quelque chose de lisible qui se fait.» (Conservateur MQB, ex-maao, 2011) Avec la perte de contrôle sur les réserves, les conservateurs abandonnent un espace symbolique. Leur façon de considérer les objets (en tant qu objets culturels et scientifiques) perd du terrain relativement aux approches techniques de la «conservation préventive». «On a effectivement un contact beaucoup plus distant qu on avait avec les objets. Parce qu il a fallu du temps pour réorganiser les réserves ici. Les objets, jusqu à l année dernière, donc audelà de l ouverture du musée, étaient encore en caisses, sur palettes etc. Leur réinstallation dans les réserves a suivi le schéma de leur prélèvement qui n était pas un schéma organisé. C'est-à-dire qu il était organisé selon certains critères qui ne sont pas ceux qui préexistaient dans les réserves précédentes, c'est-à-dire que nous, on avait une organisation géographique, ethnique ; au Musée de l Homme, c était plus une organisation typologique et régionale et de nouveau géographiques et ethnique. Ce sont deux modes classiques de rangements, d organisation des collections. Au moment du chantier les contraintes c étaient les dimensions des objets, les matériaux, la fragilité, la préciosité etc. Mais surtout la question des dimensions et le fait d aller vite, de ne pas avoir un chantier trop long et trop complexe à mettre en œuvre et qui était basé sur des réalités techniques et donc il n y a pas eu d organisation. Vous voyez on n a pas retrouvé ces organisations et au final on avait une collection qui était complètement, entre guillemets, mélangée. Y compris avec les zones géographiques. Donc on n avait pas ce qu on avait à l origine, à l arrivée, et on ne l a toujours pas d ailleurs. Le questionnement c était, est-ce qu il y aura la place dans ce bâtiment qu on ne connaît pas, qui n est pas construit, qui est sur plan encore une fois, de tout faire entrer. Théoriquement oui parce que c est calculé au cubage, mais toujours un quotient de surprises. D autant plus que je pense qu il y a eu une petite erreur au niveau de l évaluation, de la réalité de l espace dédié aux réserves. Il y a eu moins que ce qui avait été, à un moment donné, évalué. Donc le rangement s est fait, ou le déploiement comme on l appelle, des objets dans les réserves, il s est fait... On retrouve les grandes zones géographiques, ça va être les grandes unités patrimoniales, ce sont les continents, l Afrique, l Océanie, les Amériques etc. et après là dedans, rien n est classé. Et on a parfois un peu des rencontres. C'est-à-dire que moi, si je vais dans la réserve Afrique, je vais avoir trois objets du Maroc, un objet du Congo sur la même étagère et c est comme ça. Et là c est rangé par volume d encombrement, matériaux, les textiles sont à part. Bon il y a une logique aussi par rapport aux matériaux mais autrement ça s arrête là. Donc c est un inventaire à la Prévert. Donc c est très compliqué, je ne peux plus me repérer comme je me repérais avant. Même retrouver un objet visuellement. Sur ma mémoire visuelle ça ne fonctionnerait pas puisqu il n y a pas de logique.» (Conservateur MQB, ex-maao, 2011) L application de nouvelles normes plus exigeantes en termes de protection des objets est perçue de façon ambiguë : d un côté, les conservateurs reconnaissent les progrès techniques, de l autre, ils déplorent un recul en termes intellectuels et une complexification des procédures du travail. «Pour moi, régisseurs, restaurateurs, conservation préventive C est le même métier autour de ça, qui consiste à nous tenir à l écart des objets le plus possible, en gros c est ça le métier. Ça a du bien dans le domaine de la conservation des objets, par rapport à l état d un certain nombre de musées que j ai pu visiter. Mais dans le fond on y gagne peut-être en conservation, on y perd en science et en réflexion ou même en plaisir de faire des expositions ou de manipuler des objets. ( ) Il faut négocier, c est de l administratif. Je crois même que pour un certain nombre d objets qui sont très lourds et dans des caisses - parce qu ils ont une réserve à l extérieur le quai Branly doit faire un appel d offre pour que ce soit une maison spécialisée qui vienne ouvrir la caisse avec gants blancs et visseuses électriques Donc vous, vous êtes là, vous attendez Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 110/151

qu ils arrivent, ouvrent le couvercle, alors là, l autre part de métier enlève les papiers et machin et vous pouvez enfin voir l objet. ( ) Tout ça est bien mais ça change le métier.» («Assimilé» conservateur, ex-maao, 2011) Se constate un recul de l usage de la main des conservateurs, que ce soit pour toucher les objets eux-mêmes ou leurs emballages. De même, la saisie des collections par l œil était primordiale autrefois. De façon symptomatique, le conditionnement des objets dans les réserves du musée du quai Branly est opaque. Il protège les collections des méfaits de la lumière mais les retire du même coup du regard des conservateurs, habitués à embrasser visuellement des ensembles. «Au MAAO, on faisait des boîtes avec papier non acide, certes, mais maintenant je me dis que c était pas con que dans chaque boîte, il y ait une petite fenêtre qui permette de voir, sur un entassement de choses, l objet en question. Or, maintenant, sur les boîtes, il n y a pas de fenêtres, il y a le masquage. ( ) Ils sont tous avec leur TMS au Quai Branly. Leur logiciel de gestion informatique, par lequel on peut consulter la base de données.» («Assimilé» conservateur, ex-maao, 2011) 3.1.3. Le sentiment d une mise à distance Les conservateurs ayant connu les deux systèmes de classement et d accès aux réserves, l ancien et le nouveau, éprouvent le sentiment d une mise à distance, presque d une exclusion de ce qu ils considèr(ai)ent comme leur territoire. «C est là où le métier change, il n y a plus de contact avec les objets. C est lié aux régisseurs, à la superstructure logistique, au département de la conservation préventive On voit bien que le métier change parce que j ai à faire à de jeunes conservateurs qui n ont jamais connu autre chose que ce genre de fonctionnement, c'est-à-dire les objets sur l écran, on peut les tourner dans tous les sens mais pour avoir accès à leurs objets ils faut qu ils fassent une demande, qu ils attendent un mois ou un mois et demi pour 12 objets pour la journée. Si on veut voir tous les objets pour préparer une expo, c est quand même légitime, il y a 3200 objets, ça fait une année! ( ) Moi je reviens de Berlin j ai passé une semaine dans les réserves avec le conservateur, il y a pas de problème, on fouille, on regarde, on met nos gants blancs et puis on voit en 3 jours ce que là, au quai Branly, je vais mettre des mois» («Assimilé» conservateur, ex-maao, 2011) L idée d une transformation profonde du métier de conservateur émerge. Son périmètre de compétence et d action se trouve limité par la montée en force des métiers de la «conservation préventive», restaurateurs et régisseurs, érigés en nouveaux spécialistes du contact direct avec les objets. «Les métiers de conservateurs enfin vous le savez mieux que moi, ils ont complètement évolués. On ne fait plus les mêmes métiers. Parce que c est devenu des trucs absolument gigantesques et parce que il y a des métiers ces dernières années qui se sont inventés, qui sont de la régie, la conservation, qui sont des métiers utiles, y a pas de problèmes mais qui se sont inventés, d ailleurs pas tant sur des modèles français qu anglo-saxons et où chacun essaie de reprendre sa place et donc les cartes ont été redistribuées pour le bien et pour le mauvais d ailleurs. ( ) Il y a des choses, ça me fait frémir. J étais dans un musée australien et on est descendu dans les réserves parce que je voulais voir les objets et le conservateur n avait pas le droit de toucher aux objets. C est le restaurateur qui avait le droit qui pouvait toucher les objets. Bon moi, quand on me dit ça dans la maison, je dis qu on se fout de ma gueule parce que je rappelle quand même que pendant vingt ans, j ai géré des collections, j ai rangé des réserves et j ai géré Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 111/151

des objets. Et ils se sont pas plus dégradés que maintenant et peut être même moins parfois. ( ) On n est plus sur des gestions de collection. On n a plus le contrôle euh enfin, on un contrôle partagé sur la gestion des collections.» (Conservateur MQB, ex-maao, 2011) Certains se vivent comme les derniers représentants d un exercice du métier où le contact physique aux collections occupait une place centrale. «Je connais bien différentes collections. Je pense être, avoir la chance, parce qu on se disait ça avec un collègue, qu on était les derniers à avoir manipulé autant d objets. Je pense que j ai du manipuler 15000 objets, les manipuler, les avoir vus, triés, bougés, au moins ça, j ai eu vraiment de la chance» («Assimilé» conservateur, ex-maao, 2011) Toutefois, plusieurs conservateurs rencontrés perçoivent le frémissement d un retour de balancier en leur faveur, les institutions ayant pris conscience de la nécessité du maintien d une certaine logique scientifique dans le classement des réserves et de l importance de la «fréquentation» de ces dernières par les équipes en charge de la recherche sur le patrimoine et de sa valorisation. Au musée du quai Branly, le changement dans les modes de classement et d accès aux réserves et le sentiment de mise à distance des conservateurs qu il a engendré étaient renforcés par une situation de «fin de chantier». «Donc pour le moment on est vraiment dans une phase où on reprend contact avec les réserves, je dirais, en tant que conservateur. Où on commence effectivement à retrouver tous les objets accessibles, ce qui n était pas le cas il y a encore quelque mois et où on voit les objets directement, des objets qu on ne voyait que sur photos par exemple. Et on peut commencer à rêver, à réorganiser ça de nouveau.» (Conservateur MQB, ex-maao, 2011) Le déballage des objets a pris plusieurs années, le «redéploiement» s achève à peine, et le temps est peut-être aujourd hui venu de (re)penser le rangement des collections en réserves. «Je n ai plus le rapport direct aux objets. Ça ne se passe pas. C était notre cœur de travail et il est en train de disparaître. Enfin, en train de disparaître? En fait, tout le monde se rend compte qu on ne peut pas fonctionner comme ça. ( ) On commence à parler de l organisation des réserves et de refaire à nouveau Parce que, tant que ce ne sera pas callé, ce sera une question récurrente. Dans la maison, c est un truc qui va revenir. Et c est vrai que c est absolument de fortune et qu il faut qu on s y investisse et qu on y passe énormément de temps. C est-à-dire qu il faut aussi qu on y réfléchisse bien parce que les trucs sont stockés, c est pas n importe comment.» (Conservateur MQB, ex-maao, 2011) A posteriori, la mise à distance des conservateurs dans le classement des réserves est assumée, exprimée comme un garde-fou contre les tentatives de phagocytage, mais tempérée par ce nouveau mouvement de contre-balancier. «Les conservateurs ont été mis en dehors de la logistique du déménagement des collections pour des raisons simples parce que si on laissait chacun refaire sa petite réserve on serait encore au MAAO et on n aurait jamais bougé 300 000 objets. Il faut donc trouver sur des volumes comme ça d'autres modes de fonctionnement. Maintenant on dit aux conservateurs : Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 112/151

"vous reprenez vos réserves" ou " vous retournez dans la réserve"» (Conservateur MQB, ex- MAAO, 1/3/2011) 3.2. Informatisation des inventaires, numérisation : le défi du partage de l information La nouvelle organisation implique un rangement des collections en fonction de caractéristiques matérielles, par exemple relatives à la composition des matériaux. Elle nécessite en amont un inventaire complet des fonds, afin de pouvoir procéder à leur signalement au sein du catalogue informatisé et permettre ainsi toute requête ultérieure. 3.2.1. Une localisation par la «traçabilité» Le grand intérêt de cette nouvelle organisation des objets et des données réside dans leur traçabilité. Quelle que soit la logique de rangement physique choisie, il est toujours possible, en principe, de localiser un objet et ce, pour tous et à tout moment, ce qui constitue une révolution par rapport à l époque antérieure. L accès, tout du moins l accès aux informations, est plus ouvert et plus flexible : quiconque peut effectuer des requêtes sur la base de données, et ces requêtes peuvent suivre les logiques les plus originales qui soient. L exigence de traçabilité provient du classement physique des objets selon des logiques nouvelles, qu elles relèvent de la «conservation préventive» ou des aléas liés à la constitution d une collection unifiée à partir de différents fonds ou à partir de fonds anciens et d acquisitions. «Cette logique, ce résultat est un résultat logique. C'est un choix qui a été fait. Je veux dire, on ne pouvait pas conditionner toutes les poupées africaines. Pourquoi? Parce qu'il y avait y avoir des poupées africaines qui allaient venir à un moment donné pour être traitées à Berlier, ça veut dire anoxiées, photographiées, mesurées, décrites, bref comme on fait un inventaire et puis d autres qui allaient venir trois semaines plus tard du MAAO et d'autres qui allaient être rachetées un an plus tard et donc il fallait travailler sur des objets. Donc on a travaillé un peu de la même manière donc ça a été un peu calqué sur le déménagement de la BNF. Donc à partir de là, il fallait qu'on trouve un système pour retracer et retrouver les objets et ce système c'est l'informatique qui permet de le faire.» (Conservateur MQB, ex-maao, 2011) L idée même de déménagement des collections rend nécessaire leur traçabilité. À partir du moment où des biens vont être physiquement changés de place, il convient d en faire l inventaire au départ et de s assurer qu aucun ne manquera à l appel à l arrivée. «Le parti pris, ça a été d associer un code barre avec chaque objet au moment du déménagement qui permet de localiser à tout moment les mouvements d un objet. Donc il y a une indexation de toutes les localisations d objets. Donc on retrouve cette localisation dans cette base de données et si on cherche un objet on va trouver exactement dans quelle travée il est, sur quelle étagère, à quel endroit à partir de son numéro d inventaire et de son code barre qui est toujours associé à l objet.» (Conservateur MQB, ex-maao, 2011) Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 113/151

L informatisation des inventaires suppose en amont le récolement des collections. D une certaine façon, il y encourage, le développement des moyens informatiques permettant la systématisation de méthodes existant à l état artisanal. Il devient presque le garant de la pérennité de la collection, et offre l occasion de réfléchir à ses contours. Une organisation des savoirs «à l ancienne» sur fiches papiers, au musée royal d Afrique centrale de Tervuren (photographie M. Roustan, 2012) 3.2.2. Concevoir et nourrir les bases de données : un travail (stratégique) de titan et de fourmi Les bases de données sont censées tout à la fois servir d inventaire des fonds, d outil de gestion des collections, et de catalogue des ressources disponibles à leur propos. Ce qu elles peuvent inclure est infini. «Après on a la chance d avoir une base de données, qui est renseignée pour ce qu elle vaut. Elle est partagée. On a rattaché à chaque fiche d objet la photo de l objet. Quand par exemple, j ai pu faire réaliser des travaux par les épigraphistes pour les inscriptions en arabe ou persan ou ottoman, on a pu rattacher ces fichiers aux fichiers Word du musée. Enfin ça a été épouvantable d un côté technique mais on finit par y arriver. Les collections sont accessibles par les bases de données. Par l image. Donc on a quand même un référencement.» (Conservateur MuCEM, ex-maao, 2011) Lors de leur mise en place, se pose la question de l établissement du périmètre de leur pertinence. Si certaines lignes sont imposées par l institution, c est avant tout au niveau du travail, long et fastidieux, de leur «alimentation» en données que les choses se jouent. Que faut-il entrer ou non dans la base de données? Quel type d informations fournir? A qui? Les conservateurs sont aux premières lignes de ce «chantier». Tous sont attentifs à la façon dont «leur» collection intègre les bases de données ; certains sont responsables du suivi de l entreprise à une échelle plus large, de sa conception à sa mise en œuvre. Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 114/151

«Il y a eu beaucoup de travail pour mettre en forme cette base de données, pour définir comment il fallait la remplir et ce qu on en attendait en termes d utilisateurs et de gestionnaires. Après il y avait toute la question de la correction du transfert des données, c est ce qui nous a occupé, moi en l occurrence, pendant deux ans. C était de la responsabilité d une partie des responsables de collections. ( ) Il y avait ceux pour qui la base de données des collections constituaient le gros morceau, le challenge, le défi d avant l ouverture du musée et ceux qui étaient plus mobilisés sur le projet muséographique du musée, c est-à-dire l ouverture des salles permanentes.» (Conservateur MQB, ex-maao, 2011) Le premier niveau d enjeu se pense en termes d exhaustivité de l inventaire : tous les objets voulus sont-ils finalement entrés dans la base de données? «Les objets sont tous dans la base. Mais on est en train d'élucider les objets qui sont restés en X, c'est à dire qui ne sont pas identifiés.» (Conservateur MQB, ex-maao, 2011) 3.2.3. Une redéfinition du périmètre des collections Les bases de données sont généralement enrichies d images : photographies des objets en trois dimensions et reproductions des objets en deux dimensions. Leur élaboration est l occasion, dans certains cas, de sauvegarder la documentation associée aux collections, voire des parties iconographiques des fonds eux-mêmes. «Pour l instant, on n a pas pu conduire le chantier des collections qu on avait imaginé sur ce secteur 2 D. Enfin, c est très mal parti car il reste un an et demi et rien ne se fera. Ça c est vraiment un énorme regret parce qu on voyait la possibilité de faire une numérisation de masse, de faire informatiser nos registres d inventaires etc. C est une énorme frustration de ne pas être parvenu à ça. Même si ce n est pas de mon fait. J ai la conscience tranquille mais néanmoins des regrets. ( ) J ai peur que ce fonds photo, à partir du moment où le chantier n a pas eu lieu ici, il n aura pas lieu là-bas. Et le problème c est qu on a des photographies sur support nitrate, extrêmement fragile et périssable et on ne connaît pas la chimie qui pourrait sauver ces supports et la seule solution qu on ait serait de les numériser. Et justement le chantier de collections, c était aussi numériser ces supports nitrates. Si ce n est pas fait dans des délais raisonnables on aura plus de photos. On va perdre une partie du fonds.».» («Assimilé» conservateur, MuCEM, ex-maao, 2011) Les «chantiers» des collections et autres «déménagements» constituent des moments forts, où, à travers la mise en place de l inventaire informatisé, le périmètre du patrimoine conservé se trouve redéfini. «On a fermé le MAAO en 2003 et on a ouvert le musée ici en 2006. ( ) C est ultra rapide entre guillemets, je ne sais pas si vous avez un peu plongé dans les naissances d institutions mais là, ça va, très très vite. Pour à la fois créer un musée, créer tout ce qui a été documentaire, transférer des fonds énormes. Parce qu il n y a pas que les fonds des collections, il y a la médiathèque, la photothèque, numériser...tout ça était énorme. Une énorme masse de documents qu il y avait de part et d autres. Sachant que la documentation du Musée de l Homme n est pas venue ici, elle a été numérisée et tout ça se retrouve dans ces bases de données qui ont été progressivement raffinées, améliorées, expurgées de tous les doublons.» (Conservateur MQB, ex-maao, 2011) L informatisation des inventaires «rationalise» et du même coup «durcit» le périmètre des patrimoines conservés : peu à peu, seuls les éléments y étant mentionnés seront Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 115/151

considérés comme collections. Les conservateurs rencontrés ont conscience, ou du moins ressentent, cet enjeu. Les archives ou les photographies constituent des collections historiques en devenir. La frontière entre collections à proprement parler et documentation des collections est redéfinie, par le biais de la numérisation systématique de tous les objets ressources, qui amène à leur apparent «aplatissement» au sein de la base de données où tous occupent une place similaire. Outre l intégration d images (photographies d objets ou reproductions de documents), la constitution des bases de données laisse la place à d autres types de fichiers, audio ou vidéo. Cela offre une autre possibilité d élargissement du périmètre des collections, du moins des collections «officiellement» inventoriées (puisqu informatisées). Dans le cas de musées oscillant entre histoire de l art et anthropologie, la facilitation par l informatique de la conservation et de l inventaire des témoignages humains, est stratégique. «Il y a aussi les témoignages. Moi j estime qu ils font partie intégrante de ma collection. Ils ont un autre statut, un autre traitement, mais c est la même chose. Et il faut trouver un autre traitement administratif et jusqu à présent ça n avait pas été fait. ( ) Là, concrètement, il n y avait rien. Il y a des témoignages enregistrés ici et là, certains retranscrits sur papier, mais pas de protocole en fait.» («Assimilé» conservateur, CNHI, 2012) L approche numérique et informatique des fonds et de leur signalement redessine les contours du patrimoine : à la lisière de la documentation, aux confins de leur part immatérielle. 3.2.4. L indexation. Poser des mots sur des choses, interpréter le patrimoine? Sous les apparences d un travail simple, l informatisation des inventaires révèle des questions plus profondes, liées aux compétences spécifiques nécessaires à la connaissance et à la gestion de collections spécialisées. «En province il y a 30% des collections qui sont informatisées, c'est-à-dire beaucoup plus qu autrefois, mais qu est ce que ça veut dire informatisé? C est là où commence le problème des métiers hélas, ils ne sont pas spécialistes de tout mais ils font leur boulot, c'est-à-dire ils prennent en photo le masque, ils mettent Masque, Océanie et hauteur, longueur, profondeur, matière, ça ne va pas plus loin que ça.» («Assimilé» conservateur, ex-maao, 2011) Le changement de support des données ne modifie pas leur nature. Pour autant, l indexation des collections, condition de possibilité de leur traçabilité future et donc, dans ce nouveau système, de leur existence même constitue une problématique en soi. Comment qualifier les objets? Sous quel angle? En quels termes? Avec le vocabulaire de quelles disciplines? La question de la nature des informations à entrer dans les bases de données se repose sous une nouvelle forme. Chaque parcelle de savoir qui y est déposé contribue à redessiner les contours patrimoniaux des collections : le choix du nom d un collectionneur comme mot-clef emmène vers une approche des objets extra-européens en tant qu arts primitifs, envisagés d abord sous l angle de leur réception en Occident ; mentionner l auteur d une œuvre tirera la pièce considéré du côté de l histoire de l art africain considéré pour lui-même ; intégrer des archives et photographies liés à la Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 116/151

campagne de collecte indiquera un regard plus ethnographique et historique porté sur l objet en question, etc. Dans un dispositif à la fois cumulatif et concurrentiel au plan des informations et de leur visibilité, la renégociation patrimoniale des collections extraeuropéennes s opère à l échelle la plus infime. «Après le problème, c est qui remplit la fiche? On a compris pourquoi on ne peut pas rentrer sur la base de données au Quai Branly. Vous écrivez "kanak" vous ne pouvez pas rentrer sur la base de données, il faut écrire "Nouvelle-Calédonie"» («Assimilé» conservateur, ex-maao, 2011) Du point de vue des professionnels, la question de la pertinence de l outil se pose. L adéquation entre la vision développée par l institution sur ses collections et la façon dont elles apparaissent dans la base de données s envisage aussi en termes de performances et de limitations purement techniques. «Il y a un gros projet de numérisation de ces collections pour qu elles soient dans une base de données interne et il y a un gros souci parce que c est une base documentaire qui est plus prévue pour tout ce qui peut être documentation pure, bibliothèque, plus que musée et qui n est pas au point, c est un peu problématique par rapport aux délais de création de cette base» (Conservateur CNHI, 2011) 3.2.5. Transparence et partage des connaissances, une idéologie et ses limites Le développement de l informatique autorise le partage et la diffusion des informations à une échelle inégalée jusqu alors. Une des lignes de force du succès des bases de données s appuie sur cette formidable ouverture, virtuellement illimitée. Au sein du monde des musées, dans une économie de la connaissance où la gestion de l information est stratégique, cette ouverture ne fait pas figure d évidence. «Au musée du quai Branly, il y a des clés d accès prioritaires selon le grade. Par exemple les prix sont hors connaissance du public, ce que je trouve ridicule, c est de l argent public. Vous l avez, la composition de leur comité d acquisition? Non plus!» («Assimilé» conservateur, ex- MAAO, 2011) L étendue des informations contenues et délivrées par la base de données est un indicateur de la façon dont l institution se pense elle-même mais également de la manière dont ceux qui ont effectué le travail l ont interprété et en ont anticipé les conséquences. Pour les conservateurs en particulier, le changement est énorme. Leur position, au sein de leur milieu professionnel, culturel et scientifique, repose sur la valorisation de leur savoir 40. Il apparaît comme une ressource antérieurement rattachée à leur personne, qui leur assurait prestige et pouvoir. Il leur est aujourd hui demandé de le partager, non plus au travers de publications scientifiques où ce savoir apparaît transformé, interprété, mais à l état brut, au sein des bases de données. 40 KARPIK Lucien, 2007, L économie des singularités, Paris, Gallimard, coll. «Bibliothèques des sciences humaines». Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 117/151

Dans la mesure où la question de l amplitude des publics autorisés à accéder aux données est rarement traitée en amont, les tentations de rétention d informations semblent logiques. D autant que même un public restreint (aux pairs) peut constituer une menace. L idéologie du partage des connaissances atteint alors ses limites. «Le dépôt de l érudition par mémoire informatique Je n y crois pas trop. ( ) Avant, il y avait une éthique de la transmission du savoir. Le savoir était constitué non pas pour rédiger des articles pour briller en société ( ) mais pour que d autres puissent l utiliser. Les gens se sont mis à exploiter ce savoir et vous ne voyez plus ce type de savoir dans les dossiers documentaires de conservation, qui ne sont plus alimentés. Alors vous me direz que «c est parce que tout est passé par les bases de données». Mais c est pas vrai. C est devenu des outils de gestion des collections mais on n y met jamais aucun élément de recherche, aucun élément potentiellement publiable. On les garde par-devers soi. En fait, y a des dossiers documentaires privés. D ailleurs les conservateurs partent avec quand ils partent à la retraite ou qu ils changent de boîte parce que ce sont des outils de publication, synonyme de prestige.» (Conservateur, 2011) 3.3. L élargissement de l accès aux collections, une volonté politique d ouverture Derrière l exigence de «conservation préventive», se fait jour une injonction institutionnelle à plus de transparence dans la gestion des collections, à plus de partage des connaissances, à plus d égalité dans l accès aux fonds. Qu induit-elle sur le rapport des conservateurs à «leurs» collections? Que change-t-elle aux liens entre relation physique aux objets et relation intellectuelle aux savoirs et aux émotions qu ils incarnent? Comment, notamment, la notion de «série» se voit-elle renouvelée par ces changements? Dans les anciennes configurations du MAAO (et du musée de l Homme), la mémoire et le savoir liés au classement des objets étaient parfois personnifiés. «Quand je suis arrivée dans cette bibliothèque du MAAO, c était un univers kafkaïen ( ) Et le prédécesseur avait le catalogue dans la tête!» («Assimilé» conservateur, MuCEM, ex-maao, 2011) «Il fallait informatiser tout ça. On ne peut pas gérer des collections seulement sur des fiches Et la bibliothèque, c était pareil, il avait tout dans la tête mais le jour où il était absent ou il partait en retraite, c était fini!» (Retraité service communication, ex-maao, 2011) 3.3.1. Dépersonnaliser l accès aux réserves Le déménagement des collections, leur récolement, la systématisation requise par l informatique, ont contribué à rendre publics ces éléments. La réorganisation physique des réserves s est opéré selon les principes de la «conservation préventive», la réorganisation virtuelle des inventaires a suivi une logique de transparence et de partage. L idée est d augmenter l accessibilité des données (de façon virtuellement infinie), voire des objets (dans la limite du respect de leur intégrité). Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 118/151

«Il y a une volonté politique plus générale, à laquelle moi j'adhère complètement, qui est l'accessibilité des collections qui n'étaient pas avant accessibles au musée de l'homme parce qu'il fallait parce que si on n était pas très copain au MAAO la réserve était interdite. Personne n'avait le droit d'aller dans la réserve. Bon là aussi elles seront totalement interdites parce que c'est un sanctuaire mais par contre on pourra donner accès à ce qu on veut. ( ) puisqu'on a toujours voulu que les collections soient accessibles, d'abord sur Internet, et ensuite on fait le pari qu elles puissent être accessibles physiquement mais à un public plus large : ça peut être des chercheurs, ça peut être des collectionneurs, ça peut être des amateurs, toutes sorte de personnes.» (Conservateur MQB, ex-maao, 2011) Du point de vue des conservateurs, il s agit de la perte d un privilège, ou du moins d un pouvoir, celui de détenir les clefs de l accès aux collections, dans tous les sens du terme : littéralement et métaphoriquement. Mais du point de vue de l institution, l enjeu est justement de mettre fin à la personnalisation des classements, et parfois à la personnification des savoirs relatifs à ces classements. En d autres termes, de déjouer les configurations qui autorisent un contrôle des conservateurs sur «leurs» collections. «Donc c est vrai qu on passe sur une réalité où le conservateur n est plus le pivot essentiel de cette accessibilité aux collections. Ce qui est le cas dans les musées de région, les petits musées où il n y a pas de grosses équipes. On est passé effectivement à une autre réalité. Où on peut parfaitement se passer de ma présence pour tout un tas de choses. Et en même temps formuler une demande prêt sans avoir vu les objets parce qu on les a vus sur la base de données en ligne...chose qui avant n arrivait pas parce que les gens avaient besoin du conservateur, ils avaient besoin de connaître la collection et il ne pouvait pas la connaître sans passer par le conservateur. Et aujourd hui c est totalement ouvert : un chercheur, un étudiant, un particulier peut travailler sans avoir besoin de moi.» (Conservateur MQB, ex-maao, 2011) «Pour moi, une des missions essentielles, c est cette accessibilité des collections. Et pas seulement pour moi, pour un tas d autres gens que ça intéresse. Et le fait qu on pousse ça jusqu au niveau du grand public avec cette ouverture de la muséothèque en fin d année et avant ça, la mise en ligne de la base de données qui n était pas complément nettoyée et qui ne l est toujours pas mais qui était quand même une annonce très symbolique à l ouverture du musée, où on disait maintenant on va savoir ce qu il y a dans cette collection et n importe qui pourra sonder cette collection et il n y aura pas de tris, il n y aura pas d objets qu on ne montrera pas; il n y aura pas de chose qu on voudra cacher, on mettra tout en ligne. Ça c est un pas je veux dire, par rapport à...on n était pas du tout obstructif, je ne sais pas si ça se dit...peut être pas, on ne faisait pas d obstruction au MAAO, en terme d accessibilité ; la seule obstruction c était la disponibilité. Il avait la clé, j avais la clé, ce n est plus le cas ici. J ouvrais la porte, il fallait que je sois là, il fallait prendre rendez-vous, j y passais deux heures. Ça mobilisait et c est vrai que des fois c était un peu lourd.» (Conservateur MQB, ex-maao, 2011) Pour les conservateurs, ces nouvelles formes d organisation n ont pas que des désavantages, dans la mesure où elles les dégagent de certaines tâches, certes stratégiques mais également chronophages ou fastidieuses. La régie peut également être perçue comme un service et un confort. «Ici on a des vrais services. On met en place une vraie capacité a, à la fois aller chercher des objets physiquement, à les descendre de leur étagère, les prendre à un point, les emmener à un endroit x, à les surveiller entre guillemets ou accompagner la personne qui a fait la demande. Moi au MAAO je faisais tout ça à la force de mon poignée, je faisais à la fois le gardien, le technicien, et le conservateur qui donne l info.» (Conservateur MQB, ex-maao, 2011) Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 119/151

3.3.2. Ouvrir les réserves, une forme de restitution? Au MuCEM comme au MQB, il y a une volonté institutionnelle d ouvrir les réserves au grand public, de transformer ces espaces autrefois «chasses gardées» d une élite en un patrimoine partagé. L idée de «réserves visitables» fait son chemin. «Maintenant on est dans une autre phase où on va ouvrir les réserves au grand public avec ce qu on appelle la muséothèque. C'est-à-dire qu on va donner au public, la possibilité de consulter, pour des gens qui en feront la demande, un certain nombre d'objets pour un plus grand public que les seuls conservateurs et seuls chercheurs. Donc là c'est une grande première, ça n existe nulle part. Donc là on est en train de construire dans la réserve parce que là, on n a pas fini le chantier des collections en tant que tel. Il s'est achevé en décembre 2009, c est à dire il y a à peine un an.» (Conservateur MQB, ex-maao, 2011) De fait, le statut des collections évoluent : sans leur faire perdre leurs fonctions premières d objets de recherche (la mission scientifique du musée reste centrale), l institution accepte la multiplication des regards sur elles, y compris les usages mémoriaux qui peuvent en être faits. Dans le contexte particulier des collections extra-européennes, l ouverture des réserves aux publics est une façon de laisser un accès aux objets aux «populations sources» ou à leurs descendants. Ce faisant, le musée conçoit que certaines pièces détenues dans ses collections, «objets de musée» dans les faits aussi bien que légalement, (re)trouvent par intermittence d autres statuts : objets rituels, objets de mémoire «Et autre chose en dehors de l'accessibilité tout court aux réserves, c est une forme de restitution pour les personnes des cultures d'origine, parce que ça, ça fait partie de notre projet politique aussi.» (Conservateur MQB, ex-maao, 2011) Cette forme de restitution symbolique pourrait également permettre d éviter la démultiplication des demandes de restitution réelle de certaines pièces. A ce jour, seules quelques rares «objets» de collections extra-européennes ont été restitués à leurs cultures d origine, sur la base d une rhétorique de «dignité humaine» car constitués de restes humains : la Vénus Hottentote (exposée au musée de l Homme jusque aux débuts des années 1970) et les «têtes Maori» (qui a donné lieu à une cérémonie réunissant dignitaires français et néo-zélandais au MQB en février 2012). «A Rouen, la municipalité de droite vote à l unanimité la restitution de la tête maori avec comme adjointe au maire madame Morin-Desailly, vice présidente du Sénat et une sacré bonne femme! Ils votent ça et au Quai Branly, ils disent : "C est pas possible! On ne va pas laisser faire ça! C est la porte ouverte à tout et n importe quoi!...". C est du fantasme de conservateur ( ) Et on a tout entendu. Et puis la sortie magnifique de Mohen qui maintenant est inscrite partout c est «au delà des sociétés et du sacré maintenant il y a la science». Ils n ont pas acheté ça cher, les principaux intéressés!» («Assimilé» conservateur, ex-maao, 2011) Certains conservateurs, attachés à la cohérence et à la complétude de «leurs» collections semblent exprimer une certaine hantise à l idée que les pays d où sont «venus» les objets extra-européens aujourd hui patrimoine public français puissent vouloir les récupérer. Les avis divergent, entre ceux qui défendent une vision scientifique universaliste (et Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 120/151

surplombante, voire ethnocentrée) et les tenants d une diversification des regards et des usages des objets de musées (approches participative, communautaire, collaborative plus répandues dans l aire anglo-saxonne). 3.3.3. Mettre les collections en ligne, moyens de les communiquer Sans aller forcément jusqu à l autorisation d un contact direct avec les objets, les musées s engagent sur la voie d un large accès virtuel à leurs collections. Il s agit de s inscrire dans le champ patrimonial et académique qui y correspond, d intégrer la cartographie des lieux dépositaires de fonds. «Mais le but c est de l inscrire sur cette base, d avoir les collections numérisées et de pouvoir les reverser sur Joconde et sur le site de la cité qui est consultable, ce qui est en réserve justement, et puis les documents fragiles, tout ce qui est photographies, que nos collections soient enfin visibles et perceptibles de l extérieur. ( ) Tous les musées travaillent beaucoup à ça, la numérisation et la visibilité de leur collection.» (Conservateur CNHI, 25/5/2011) Il s agit également de toucher d autres publics, au-delà des conservateurs, chercheurs et étudiants. La perspective du «grand public» est présente, ainsi que l idée d une évolution des mœurs liées aux nouvelles technologies. «Les relations avec le public ont changé maintenant avec les portails, internet. Les gens ont besoin de savoir une connaissance des collections par l image.» (Conservateur MuCEM, ex- MAAO, 2011) La base de données accessible en ligne n est pas seulement un outil de recherche, elle peut se transformer en parcours virtuel, presque en exposition en ligne. Certains la conçoivent comme une nouvelle forme de valorisation des collections, donc d interprétation du patrimoine. «Avec la satisfaction d avoir quitté le MAAO en faisant ce travail d inventaire. Sous Word parce que je n avais aucun outil informatique. Et j ai fait ça sous Word, je faisais des notices par fonds et tous mes fonds étaient classés dans des boîtes numérotées, localisées etc. Donc la satisfaction que ce soit partir à Branly dans de très bonnes conditions. Bon tout est perfectible mais bon le travail d inventaire avait été fait. Mais toujours en même temps l espèce de frustration de ne pas pouvoir poursuivre ce travail, c est à dire numériser les fonds, les donner à voir au public, parce que bon quand même, on est un peu là pour ça. Bien sur tout ce travail de recherches est important mais c est encore plus intéressant si on fait partager ça au public. Donc ça je n ai pas connu. Quand je suis arrivée ici, en gros, là pour le coup, je devais travailler à l informatisation des collections mais mon grand soucis voire mon obsession c était de faire ce travail que je n ai pas pu faire pour le MAAO, c'est-à-dire trouver un outil informatique, bon ça c était aussi ce pour quoi j étais venue mais donner à voir les photographies via le biais d internet. ( ) C est une base de données mais on m avait dit : "écoutez une base de données c est bien gentil mais enfin bof, déjà on tape des mots et on ne sait pas si il y a des choses derrière... il faut déjà donner à voir aux gens des choses, des espèces de paquets tout prêts". Donc j ai réfléchi à ça et je me suis dit, "oui il a raison", et on a fait des parcours thématiques.» («Assimilé» conservateur, MuCEM, ex-maao, 2011) Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 121/151

Devant l abondance des données disponibles, et à cause de (ou grâce à) la perfectibilité des outils de recherche au sein des catalogues, les «profanes» ont toujours besoin des «initiés» pour parvenir à accéder à des informations pertinentes. «Là on se rend compte que les gens ont toujours besoin du conservateur, ils tombent à côté, ils ont du mal à percevoir la collection à travers la consultation à distance. Ils passent à côté de beaucoup d objets, de beaucoup de collections. Et on reste, pour moi, moi j ai vraiment le sentiment de rester la seule personne qui peut très bien informer un interlocuteur sur la collection. Et on voit qu il y a des choix qui ne sont pas pertinents si on passe que par la base de données. D abord parce que parfois les photos ne sont pas suffisantes pour évaluer un objet. Et puis parce que la consultation n est pas forcément très facile non plus. Moi je m en rends compte puisque je l utilise tous les jours et finalement avec une forme beaucoup plus complexe, mais la base de données que j ai, on est encore obligé de beaucoup tâtonner pour avoir tous les résultats. Le thesaurus n est pas complément, complètement fin pour arriver à avoir... et les enregistrements ont été tellement hétérogènes, surtout les chants on va dire donc ça reste quelque chose qui, encore une fois, n est absolument pas terminé, finalisé, et dont la consultation reste encore un peu aléatoire pour les résultats. Mais par contre, moi, connaissant les collections et les objets, je peux aller beaucoup plus vite et renseigner beaucoup plus vite quelqu un. Et souvent les gens font ça, ils commencent par la base de données et éventuellement ils viennent me voir et disent «ha bon c est incroyable, je n ai absolument pas vu ça sur la consultation» donc en général, dans un second temps, ils reviennent vers les vieilles méthodes qui ont fait leur preuves.» (Conservateur MQB, ex-maao, 2011) Les conservateurs, parfois concepteurs, souvent experts, des inventaires informatisés, demeurent indispensables. Leur expertise des objets se complète d une expertise de l accès aux objets : ils ne détiennent plus les clefs des réserves mais connaissent les mystères et caprices des outils informatiques de gestion des collections et restent les spécialistes de «leur» collection. De la préhension sensorielle à l appréhension virtuelle? L approche directe et sensorielle est remplacée par une approche plus abstraite, qui passe par le média informatique : reproductions numériques, indexations des bases de données, recherche par mots-clefs. D un côté, est perdue la logique scientifique qui présidait à l organisation physique des réserves, de l autre, est gagnée une totale liberté de reconstituer des séries en fonction des critères indexés aux objets au sein de la base de données et celle de faire de même sur différentes bases de données, de différents établissements à travers le monde. «Rien n est lisible. Alors qu avant les objets, quand vous alliez dans la réserve Océanie du MAAO, vous aviez du rangement géographique puis du rangement par type d objets. -C'est à dire qu'ici c'est rangé comment? N'importe comment! Parce que ce système a été choisi. On a choisi un autre système. On a choisi une logique de magasinage en disant : on va quand même organiser la réserve en grande unité géographique. Donc par exemple il y a 3 réserves pour l'océanie, cinq réserves pour l'afrique mais à l'intérieur tout est mélangé. Pourquoi? Parce qu avec la base de données TMS il y a une traçabilité de tous les objets. Donc on peut se servir de la base pour trouver des objets, en faisant différents types de recherche : que ce soit des recherches sur les Fang ou sur les Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 122/151

poupées africaines, ou sur des matières, ou tout ce qu'on veut et que le public peut aussi croiser puisque c'est accessible sur Internet.» (Conservateur MQB, ex-maao, 2011) La centralisation, l harmonisation, l augmentation massive du volume des données accessibles constitue un changement majeur, y compris pour les conservateurs : chance d élargir ses horizons, risque de s y perdre. «Avec l accès bloqué durant le chantier, j ai eu finalement une redécouverte ou une découverte des collections qui est passée par des photos documentaires de petites dimensions avec des résolutions qui étaient faibles à travers la base de donnée. Et ça c était, même s il y avait le chantier des collections et qui allait très très vite et je n avais absolument pas le temps de suivre toutes ces arrivées d objets. Là dedans il y avait quelque chose qui était très différent de ce que j avais pu faire avant. Le contact, la relation avec la collection... après il y a eu l apport énorme qu a constitué la création de cette base de donnée qui n existait pas avant. Je ne sais pas si on en avait parlé mais on avait des fichiers papiers, les uns et les autres, par départements respectifs, sous des formes différentes, des fiches de différents types et la même chose au musée de l homme. C était pas franchement harmonisé d un département à un autre. Donc c était une documentation qui tendait à être exhaustive quand même mais qui ne l était pas et qui n avait jamais été informatisée. Et le grand bond ça a été ça, ça a été de passer d un tiroir que vous ouvrez, où vous fonctionnez beaucoup avec la mémoire des objets, que vous connaissez parce que justement ils sont dans la collection et vous avez passé du temps à ouvrir des armoires et à regarder des objets. J avais 6000 objets dans la collection Afrique au MAO, c était tout à fait gérable même en termes de mémoire et tout d un coup on passe à un volume d objets virtuels, puisque je ne les vois plus que sur écran, de 80000 objets qui apparaissent sur des fiches et ça évidemment, ça a été aussi assez important.» (Conservateur MQB, ex-maao, 2011) Certains relativisent cette ouverture de l accès, qu ils considèrent comme un faux-semblant, presque un trompe-l œil : l accès à la représentation de l objet ne vaut pas l accès à l objet, jugé plus difficile aujourd hui. «Cela en rend l étude très complexe et l accessibilité ici est aussi très complexe. On nous avait expliqué dès le départ au début que la collection étant en ligne et tout étant photographié etc., c est accessible. Tant qu on n a pas un objet entre les mains, c est pas la peine de penser qu on n a quelque chose, sans l objet quoi. Enfin une photo n est pas un objet.» (Conservateur MQB, ex-maao, 2011) Les plus anciens peinent à s imaginer cette (r)évolution de l approche des séries d objets, qui renouvelle la notion de même de collection. Le passage de la préhension physique à l appréhension virtuelle des patrimoines leur restent un mystère. «Je vais essayer d écrire des choses mais petites sur ce qu on a découvert de nouveau sur les objets parce qu il y a des informations qui viennent du terrain mais d autres qui viennent de notre connaissance des séries. On est les derniers à pouvoir avoir cette vue globale des collections. On peut imaginer que tout le monde va pouvoir faire des thèses sur des séries d objets à partir du virtuel, je ne sais pas comment ils vont faire.» («Assimilé» conservateur, ex-maao, 2011) D autres pensent qu un retour vers le monde physique est indispensable, façon de croire au corps de leur métier, aux prises avec les objets. Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 123/151

«A priori on n aurait pas besoin de ça mais je pense qu'on en a toujours besoin de ça parce que c'est comme le livre et l'informatique. C'est-à-dire vous avez un livre, vous le déployez et en dix secondes vous avez déployé tout l'ensemble du livre, vous avez vu ce que c'était, quel genre et en informatique on ne peut jamais avoir de vue d'ensemble, donc qu est-ce qu'on fait? On recommence des livres.» (Conservateur MQB, ex-maao, 2011) La métamorphose des classements matériels et intellectuels des collections transforme l exercice du métier de conservateur. L accès aux réserves lui est plus restreint, parfois jusqu à le placer dans la même position d un «simple» chercheur extérieur à l institution. Parallèlement, l accès à l information sur les collections se fait plus ouvert et plus aisé, y compris à distance et ce pour les conservateurs également, en tant qu usagers d autres musées. Au-delà du sentiment désagréable d être mis à distance, voire exclus, de ce qui constituait un «pré carré», les réserves (dont ils détenaient la clef, physiquement et intellectuellement), les conservateurs renouvellent leurs pratiques de recherche et réinventent leurs rapports aux collections, toujours au plus près des objets. Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 124/151

CONCLUSION GÉNÉRALE Dans ce rapport de recherche, nous avons concentré notre regard sur les liens des hommes aux objets matériels, bâtiments et collections, en laissant de côté la relation aux publics pourtant centrale à l évolution récente des musées. Nous nous sommes intéressé aux dimensions cachées des métiers du patrimoine : les usages du corps (positions dans l espace, côté surveillants, appréhension physique des collections, côté conservateurs) ; les modalités d appropriation (sécurité des biens et intégrité des collections) ; les formes d attachement (familiarité, expertise, nostalgie, identification ). Une ethnographie plus complète de ces institutions culturelles nécessiteraient de pousser l étude de ces deux métiers. Les pistes d analyse à venir, en termes d exploitation des données recueillies, vont dans différentes directions : L organisation muséale a évolué vers plus de préoccupations de communication. Il ne s agit plus seulement d être à la pointe de la recherche sur les collections et les thèmes d intérêt du musée, mais d être capable de transmettre ces connaissances, y compris vers des publics «profanes». Elle renoue avec sa mission «traditionnelle» d éducation. Dans l univers des musées des «Autres», lorsque les sciences humaines s intéressent aux questions culturelles, cette mission s est doublée d une injonction au «dialogue» (pour le MQB) ou à la «mise en débat» du savoir (pour la CNHI ou le MuCEM). Comment cette montée en force du champ communicationnel influe-t-elle sur l activité des surveillants et des conservateurs? Selon quelles modalités interagir avec les publics? Comment concevoir et transmettre les expositions? Quels nouveaux métiers, complémentaires et concurrents, viennent redéfinir les fonctions? Quelles conséquences ce changement de rhétorique institutionnelle a-t-il sur les pratiques? Exercer un métier du patrimoine invite le plus souvent à s approprier ce dernier. La familiarité aux lieux et aux choses, quand la passion s en mêle, peut aller parfois jusqu à l identification. Une relation particulière s établit entre les hommes et les objets dont ils ont la charge, dont ils prennent soin au quotidien et avec lesquels se tissent, progressivement, des liens intimes. Dans ces musées, ce rapprochement conduit à redéfinir continuellement l altérité et à réfléchir aux implications politiques et éthiques des catégorisations du «même» et de «l autre», du «eux» et du «nous». Ainsi, on peut dire que l enjeu de la mise en patrimoine des altérités se noue dans la construction des regards sur les architectures des musées des «Autres», étendards des projets et pouvoirs politiques, temporellement marqués. Les bâtiments se voient passés du côté des monuments, ils sont interprétés autant que les objets qu ils abritent. Les surveillants, gardiens de ces «temples de la culture», y trouvaient jusqu à maintenant une satisfaction professionnelle et personnelle, se traduisant par un sentiment de fierté à travailler dans ces lieux. Le mouvement d externalisation des services de surveillance Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 125/151

semble progressivement changer la donne : le gardien, agent d État, est remplacé par l hôte(sse) d accueil, salarié(e) (précaire) d une agence, ou par le vigile, employé d une société privée de sécurité. Ils interviennent dans des lieux divers, ce qui a pour effet de freiner tout attachement. De même, cet enjeu se noue dans l accumulation des opérations d interprétation des objets : de leurs logiques de classement dans les réserves à la définition des personnes habilitées à les manipuler ou à les commenter ; de leurs usages expographiques aux discours au sein desquels ils s insèrent, jusqu à leur qualification en tant que collection institutionnelle. De multiples activités liées aux objets consistent à tenter de les définir, de leur donner un statut, partiel ou englobant, transitoire ou pérenne. Autrefois seuls à disposer de ces prérogatives, seuls à pouvoir avoir une action sur les objets des collections publiques, les conservateurs rencontrés lors de l enquête témoignent d une dilution de ce «monopole». Ils se retrouvent associés à d autres métiers qui défendent leur légitimité d accès aux objets, et d interprétation, grâce à une parcellisation et à une spécialisation des compétences : régie, restauration, muséographie, expographie, médiation, développement des publics, communication, etc. Au-delà, c est toute l organisation des musées qui a changé, menant à leur tête des hauts fonctionnaires formés à l administration, qui introduisent des façons de penser et d évaluer qui dépassent le cadre scientifique et culturel. Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 126/151

ANNEXES Valorisations Trois valorisations scientifiques sont en cours : Un chapitre d ouvrage en français MONJARET Anne, ROUSTAN Mélanie, 2013, «La repatrimonialisation du Palais de la porte Dorée : du musée des Colonies à la Cité nationale de l histoire de l immigration» in MAZÉ Camille, POULARD Frédéric, VENTURA Christelle (dir.), Les musées d ethnologie. Culture, politique et changement institutionnel, Éditions du CTHS. Un article en français MONJARET Anne, ROUSTAN Mélanie, 2013, «Digestion patrimoniale. Contestations autour d un ancien musée des colonies à Paris», in Civilisations : Au-delà du consensus patrimonial. Résistances et usages contestataires du patrimoine (revue internationale d anthropologie, publiée par l'université libre de Bruxelles, listée AERES). Un article en anglais MONJARET Anne, ROUSTAN Mélanie, (à paraître), «Re-appropriating heritage at the Palais de la porte Dorée: From Colonies to Immigration», The Journal of Material Culture (revue internationale d anthropologie, publiée par University College of London, listée AERES). Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 127/151

Compte-rendu financier CHARGES PRODUITS Rémunérations de l'équipe Subventions demandées Préparation et mise en place 6000 Enquête 5000 Analyse et restitution 11000 Ministère de la Culture (80%) 34500 Prestations extérieures Sous-total 22 000 Transcriptions 6 000 Traduction Sous-total 7 500 1 500 Autres financements Déplacements et frais de missions Fonds propres (20%) 8 600 Marseille 500 Le Mans 200 Bruxelles (Tervuren) 500 Région parisienne 900 Frais divers Sous-total 2 100 Fournitures, petit équipement, 3600 documentation Edition, reprographie 4000 Frais de gestion (9%) 3 900 Sous-total 11 500 TOTAUX 43 100 43 100 Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 128/151

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Guide d entretien compréhensif Mutation du métier Parcours depuis les 10 dernières années? Différents établissements Différents postes et responsabilités Métier actuel? Pratiques Lieux (travailler à l extérieur, sur d autres sites, travailler chez vous?) Savoirs et compétences, responsabilités Normes / informel Objets, outils Collègues, autres corps de métiers, hiérarchie Sociabilités Évolution de votre pratique professionnelle?(avant/après) Vers plus de responsabilité? De reconnaissance? Vers plus de compétence? De polyvalence? Mêmes domaines? Formation? Vers plus de temps consacré à ça? D engagement, d implication? Jusqu où? Changement de culture d établissement / esprit du lieu (public/privé) Changement de culture institutionnelle (regard de la tutelle) Image et prestige du lieu Liens avec anciens collègues Évolution du métier en général? Opinion sur les transformations récentes Changement de l image auprès des collègues, statuts, publics Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 141/151

Transformation du patrimoine Est-ce que le traitement des collections/publics/lieux au musée a changé? En quoi avez-vous participé à la transformation de l interprétation des collections? Identité professionnelle Diriez-vous que vous avez été marqué par votre passage au MAAO? Comment? (pro/perso) Et votre nouvel établissement, à quel point vous a-t-il façonné? Spécial de travailler sur les cultures lointaines? Influence? Vous verriez-vous travaillez ailleurs? (qu ici, que dans un musée) ->Les conservateurs et le passage des collections ethnographiques aux arts «premiers» ->Les enjeux liés à la restauration et à la conservation préventive ->Les agents de surveillance et leur évolution vers la médiation auprès des publics ->Les agents de surveillance garants de la mémoire du bâtiment ->Les services techniques garants de la pérennité du bâtiment ->Les services techniques et l injonction à la polyvalence ->La tendance à l externalisation et la fin de certains métiers du patrimoine Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 142/151

Liste des personnes interviewées Liste des personnes interviewées Conservateurs et assimilés Yves LE FUR, Directeur du département du patrimoine et des collections au MQB, anciennement conservateur Océanie au MAAO, interviewé le 9 février 2002 puis le 1er mars 2011. Hélène JOUBERT, Responsable de l unité patrimoniale Afrique au MQB, anciennement conservateur Afrique au MAAO, interviewée le 25 janvier 2002 puis le 3 mars 2011. Philippe PELTIER, Responsable de l unité patrimoniale Océanie au MQB, anciennement conservateur Océanie au MAAO, interviewé le 25 mars 2002 puis le 1 er mars 2011. Mireille JACOTIN, Conservateur au MuCEM, anciennement conservateur Maghreb au MAAO, interviewée le 20 février 2002 puis le 24 mars 2011. Roger BOULAY, Isabelle GUI, Commissaire indépendant (collaborations au MQB), anciennement chargé de mission Océanie au MAAO, interviewé le 12 décembre 2001 puis le 24 juin 2011. Responsable de la base de données Phocem au MuCEM, ancienne bibliothécaire et responsable du fonds photographique au MAAO, interviewée le 8 janvier 2002 puis le 2 mars 2011. Aude PESSEY-LUX, Conservateur du Patrimoine, directrice du musée de la CNHI, interviewée le 25 mai 2011. Jean-Baptiste CLAIS, Etienne FEAU Conservateur au musée Guimet, interviewé le 19 avril 2011. Chef du bureau des réseaux territoriaux au service des musées de France (Direction générale des patrimoines, ministère de la Culture et de la Communication), anciennement conservateur Afrique au MAAO, interviewé le 19 février 2002 et le 19 juillet 2011. Anne-Solène ROLLAND Conservateur du patrimoine. Secrétaire générale et directeur du patrimoine de la CNHI, ancienne responsable de l unité patrimoniale des collections textiles au MQB, interviewée le 25 janvier 2012. Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 143/151

Laurella RINÇON Conservateur, chargée de mission pour le patrimoine ethnologique et les musées au Département du pilotage de la recherche et de la politique scientifique, interviewée le 14 juin 2012. Hélène DU MAZAUBRUN Chargée des collections ethnographiques à la CNHI, interviewée le 11 janvier 2012. Florence PIZZORNI Conservateur au Mucem. Interviewée le 16 janvier 2012. Fabrice GROGNET. Chargé de conception muséographique au musée de l Homme, ancien chargé des collections ethnographiques à la CNHI, interviewé le 7 février 2012. Germain VIATTE et Jean-Hubert MARTIN, anciens directeurs du MAAO, et Liliane KLEIBER, Marie- Hélène THIAULT et Marie-France VIVIER, anciens conservateurs, n ont pas pu ou pas désiré nous rencontrer. Agents de surveillance Amédée BARAKAT, Agent de surveillance au Palais de la porte Dorée, anciennement agent de surveillance au MAAO, interviewé le 25 mars 2002 puis le 24 mai 2011. Maurice NGUYEN, Surveillant de nuit au MuCEM, anciennement surveillant de nuit au MAAO, interviewé le 11 février 2002 puis le 14 avril 2011. Ghislaine BONALAIR, Hana KABA, Adjointe au responsable surveillance au Palais de la porte Dorée, anciennement agent de surveillance au MAAO, interviewée le 17 mai 2011. Responsable surveillance au Palais de la porte Dorée, interviewée le 17 mai 2011. Eric DOLCEROCCA, Agent de surveillance au Palais de la porte Dorée, anciennement agent de surveillance au MAAO, interviewé le 14 juin 2011. Arlette JACQUE, Agent de surveillance au Palais de la porte Dorée, anciennement agent de surveillance au MAAO, interviewée le 14 juin 2011. José ALBERTINI, Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 144/151

Chargé vidéo (sur un poste d agent de surveillance) au MuCEM, anciennement agent de surveillance au MAAO, interviewé le 27 avril 2011. François BOUILLE, Agent de surveillance au Palais de la porte Dorée, anciennement agent de surveillance au MAAO, interviewé le 5 juillet 2011. Médiateurs Sandrine DA FONTE, Médiatrice à la CNHI, interviewée le 5 juillet 2011. Six médiateurs de la CNHI ont été interviewés collectivement, le 26 mars 2012. Services techniques François ROUBINE, Adjoint technique spécialisé, agent de surveillance et en charge de visites guidées commentées à la maison Georges Clémenceau, anciennement surveillant puis menuisier au MAAO, interviewé le 23 janvier 2002 puis le 24 novembre 2011. Régis PREVOT, Restaurateur à la C2RMF à Versailles, anciennement restaurateur au MAAO, interviewé le 24 janvier 2001 et le 23 mars 2001, qui nous a accordé un court entretien téléphonique. Autres corps de métiers Michel HIGNETTE, Directeur de l aquarium de la porte Dorée, interviewé le 1 er décembre 2001 puis le 14 février 2011. Brigitte RICHARD, Retraitée, anciennement responsable communication du MAAO, interviewée le 13 décembre 2001 puis le 12 avril 2011. Axel VILLECHAIZE, Siré DIAW, Luc GRUSON, Responsable des ressources humaines à la CNHI, interviewé le 28 février 2011. Chargé de mission à la médiathèque de la CNHI, rencontré à plusieurs reprises, de manière informelle. Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 145/151

Directeur de la CNHI, rencontrés à plusieurs reprises, de manières formelles et informelles (entretien le 11 janvier 2012). Jean-Charles CAPPRONNIER, Chargé d études documentaires, responsable de la section des cartes, plans et photographies. En charge du fonds Laprade (architecte du Palais de la Porte Dorée) aux Archives nationales, interviewé le 11 juillet 2011. François QUÉRÉ Responsable du service du développement et des publics à la CNHI, interviewé le 6 février 2012. Total 37 personnes ont été rencontrées formellement. Les entretiens ont duré entre 40 minutes et 3 heures, pour un total de 43 heures d enregistrement. Ils ont été intégralement retranscrits. S y ajoute un focus group d une durée de 3 heures, réalisé auprès de six médiateurs de la CNHI, également retranscrit. Le guide d entretien, utilisé lors de nos rencontres avec les enquêtés, est joint en annexe. Liste des enquêtés rencontrés en 2002 Conservateurs et assimilés Germain VIATTE, directeur Yves LE FUR, conservateur Afrique Hélène JOUBERT, conservateur Afrique Marie-Hélène THIAULT, conservateur fonds historique Mireille JACOTIN, conservateur Maghreb Marie-France VIVIER, conservateur Maghreb Roger BOULAY, chargé de mission Océanie Madame DENISE, ancien conservateur Maghreb Liliane KLEIBER, ancien conservateur Etienne FÉAU, ancien conservateur Afrique Colette NOLL, ancien conservateur-adjoint Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 146/151

Marguerite RIOTTOT, ancien conservateur Arts musulmans Isabelle GUI, bibliothécaire et responsable du fonds historique Jean-Pierre RANOUX-BUTTE, ancien bibliothécaire Agents de surveillance François FOATA, responsable de la surveillance Richard LAZAREWSKY, responsable adjoint de la surveillance Amédée BARAKAT, agent de surveillance Jean-Philippe BIGOT, agent de surveillance Claude BUNET, agent de surveillance Célestin ELIZABETH, agent de surveillance Jean-François CRESCENT, surveillant de nuit Georges COSTES, surveillant de nuit Jean-Pierre SUREL, surveillant de nuit Gérard PRUDENTI, surveillant de nuit Maurice NGUYEN, surveillant de nuit Services techniques Jean-Louis FLAMMANT, peintre François ROUBINE, menuisier Didier ANTONINI, tapisser décorateur Salem AMAZOUZ, électricien Jean-Luc BIANAY, électricien Jean VIARD, ancien électricien Denis BELDAME, plombier Monsieur ROUILLARD, ancien chargé de l aquarium Régis PRÉVOT, restaurateur Denis GUILLEMARD, ancien du service restauration Autres métiers et fonctions Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 147/151

Michel HIGNETTE, directeur de l aquarium Dominique FRANÇOIS, secrétaire générale Brigitte RICHARD, responsable communication Claire MERLEAU-PONTY, responsable action culturelle Annie NOËL, service action culturelle Mme RAVIN-BIGOT, ancienne secrétaire à l'action culturelle Marion MANGON, organisation expositions Dominique MORILLON, conférencière Bruno MALINEAU, responsable de la librairie Pierrette Mimeran, régie RMN Martine BOZON, secrétaire de direction Martine DEBOUT-CHAILLÉ, secrétaire Marlène CLOTAIRE, standardiste Monique ERLICH, caissière Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 148/151

Point sur l iconographie Un grand nombre de photographies de terrain ont été réalisées par nos soins (plusieurs centaines) durant les deux enquêtes : au Palais de la Porte Dorée (MAAO puis CNHI), au musée du quai Branly, au musée royal de l Afrique centrale de Tervuren. De plus, des contacts sont établis avec un photographe professionnel, Bruno Combes, qui a suivi les mouvements sociaux de l hiver 2010-2011 à la CNHI (occupation des lieux par un collectif de travailleurs grévistes sans-papiers), afin d avoir accès a son corpus d images. Plusieurs rendez-vous avec Siré Diaw, chargé de mission iconographie à la médiathèque de la CNHI nous ont permis également d accéder à un certain nombre de documents, dont des photographies du chantier de rénovation du Palais de la porte Dorée, au milieu des années 2000. Nous avons eu un rendez-vous aux Archives nationales le 11 juillet 2011 pour explorer le fonds Albert Laprade, étudier les plans initiaux de l architecte du Palais des Colonies et prendre connaissance d éventuels éléments de contexte inédits concernant sa construction en 1931. Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 149/151

Point sur les phases de terrain En complément de nos multiples visites au sein des musées dans le cadre de la réalisation des entretiens (CNHI, MQB, Mucem), nous avons également assisté à quelques temps forts de la vie du Palais de la Porte Dorée : - Vernissage de l exposition «Roman Cieslewicz. Zoom», à la CNHI, le 1 er février 2011. - Vernissage de l exposition «Polonia», à la CNHI, le 2 mars 2011. - Vernissage de l exposition «J ai deux amours», à la CNHI, le 16 novembre 2011. - Visites guidées en compagnie des architectes responsables de la rénovation du Palais de la Porte Dorée, Patrick Bouchain le 15 septembre 2012 et Loïc Julienne le 16 septembre 2012, dans le cadre des journées européennes du Patrimoine. Nous avons assisté au colloque «Quels musées de civilisation(s) au XXIè siècle», Rencontres scientifiques organisées par le MuCEM, à Marseille les 24-26 mars 2011. Nous avons également effectué une visite d étude au musée royal d Afrique centrale de Tervuren les 24 et 25 octobre 2012, où nous avons visité les expositions permanente et temporaires, les réserves, les ateliers pédagogiques, les espaces professionnels. Nous avons interviewé : - Guido GRYSSELS, directeur de l établissement ; - Marteen COUTTENIER, chargé des collections historiques et spécialiste du bâtiment ; - Julien VOLPER, chargé des collections africaines ; - Anna SEIDERER, chargé de mission sur le projet européen RIME ; - Min DE MEERSMAN et Isabelle VAN LOO, responsables du service éducatif et des liens avec la diaspora ; - Terenja VAN DIJK, Christine BLUARD, Sari MIDDERNACHT, Bart DEPUTTER et Koeki CLAESSENS, responsables de la rénovation muséographique Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 150/151

Contacts Association PAVAGES 9 rue Arthur Groussier 75010 PARIS pavages@yahoo.fr Anne Monjaret anne.monjaret@ehess.fr 01 42 63 55 71 / 06 26 07 50 19 Mélanie Roustan melanieroustan@yahoo.com 06.83.81.91.57 Anne Monjaret, Mélanie Roustan, Paris, le 5 novembre 2012 Rapport final : Le musée des «Autres» à travers ses métiers A. Monjaret, M. Roustan / Pavages 151/151