Revue Synthese de Tome 133 6 e série n 4 2012 Esthétique de la technique Liliane Hilaire-Pérez, Sophie A. de Beaune, Estelle Thibault, Fabienne Brugère Revues critiques Jean-Hugues Barthélémy Entrer dans l époque techno-esthétique Thierry Bonnot Une esthétique des objets ordinaires Chronique de la recherche Vincent Beaubois Des techniques au design Varia Mathias Thura Une réévaluation de la métaphore théâtrale chez Goffman
Revue Synthese de Revue trimestrielle Tome 133, 6 e série N 4, 2012 Publiée avec le concours de l Institut des sciences humaines et sociales du CNRS, du Centre national du livre, de l École normale supérieure, de l École des hautes études en sciences sociales. Revue répertoriée notamment dans Arts and Humanities Citation Index (Web of Science), dans International Bibliography of Book Reviews (IBR), International Bibliography of Periodical Literature in the Humanities and Social Sciences (IBZ), ISIS Current Bibliography of the History of Science, The Philosopher s Index, sur Google Scholar, Scopus, Francis et par la Modern Language Association Index européen de référence pour les humanités (ERIH-ESF 2011) Histoire : INT1 («rang international et haute visibilité») Philosophie des sciences : INT2 («rang international et visibilité significative») Disponible dans 6840 institutions dans le monde FONDATION POUR LA SCIENCE
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Esthétique de la technique Présentation Liliane Hilaire-Pérez et Sophie A. de Beaune Esthétique de la technique... 471 Articles Estelle Thibault Motifs utilitaires et autonomie artistique. La forme architecturale et ses fonctions... 477 Liliane Hilaire-Pérez «Techno-esthétique» de l économie smithienne. Valeur et fonctionnalité des objets dans l Angleterre des Lumières... 495 Fabienne Brugère L invention du spectateur au xviii e siècle. L art est usage... 525 Revues critiques Jean-Hugues Barthélémy Entrer dans l époque techno-esthétique... 545 Thierry Bonnot Une esthétique des objets ordinaires... 551 Chronique de la recherche Vincent Beaubois Des techniques au design... 557 Varia Mathias Thura Une réévaluation de la métaphore théâtrale chez Goffman... 565 Revue de synthèse : tome 133, 6 e série, n 4, 2012, p. i-ii.
ii REVUE DE SYNTHÈSE : tome 133, 6 e série, n 4, 2012 Comptes rendus Le beau et l utile Denis Dutton, The Art Instinct. Beauty, Pleasure and Human Evolution (Henri-Paul Francfort)... 597 Armand Hurel et Noël Coye, dir., Dans l épaisseur du temps. Archéologues et géologues inventent la préhistoire (Sophie A. de Beaune)... 599 Harald Witthöft, Die Lüneburger Saline. Salz in Nordeuropa und der Hanse vom 12. 19. Jahrhundert (Jochen Hoock)... 602 Estelle Thibault, La Géométrie des émotions. Les esthétiques scientifiques de l architecture en France, 1860-1950 (Laurent Baridon)... 603 Jean-Marie Schaeffer, Théorie des signaux coûteux, esthétique et art, présentation de Suzanne Foisy (Henri-Paul Francfort)... 606 Jean-Michel Salanskis, Le Monde du computationnel (Vincent Bontems)... 608 Robots étrangement humains, dossier thématique de Gradhiva, revue d anthropologie et d histoire des arts, coordonné par Denis Vidal et Emmanuel Grimaud, n 15, 2012 (Vincent Bontems)... 611 Tables du tome 133, année 2012... 617
PRÉSENTATION Esthétique de la technique Sophie A. d e Be a u n e et Liliane Hilaire-Pé r e z Aristote se posait déjà la question des rapports entre le beau, l utile et le nécessaire : la beauté a-t-elle à voir avec la technique? La technique est-elle forcément laide? La beauté est-elle nécessairement inutile? Il reprenait là le dialogue engagé à ce sujet dans le Grand Hippias de Platon. Socrate y pose tour à tour la plupart des questions qui agitent les théoriciens de l art jusqu à aujourd hui : peut-on dire que «ce qui sied est plus beau que ce qui ne sied pas»? Est-ce que «ce qui pour nous est beau [serait] ce qui éventuellement est utilisable»? Cette question, une tradition philosophique qui court depuis l Antiquité, et qu on voit s exprimer encore chez Kant, Hegel ou Heidegger, l a tranchée en dissociant nettement esthétique et technique. Une dissociation qui ne va cependant pas toujours de soi. Pendant des siècles, la richesse sémantique du terme «art» et le rôle unificateur qu il a joué dans l espace académique et savant à l époque moderne a porté des innovations, telles les sociétés des arts, animée d un idéal de conception unitaire des objets et d un rêve d harmonie entre les sciences et les arts, unis au nom d une compréhension synthétique de l invention et finalement de tout acte opératoire comme relevant d un art des liaisons selon Diderot 1. Insistons sur cet art des rapports. Au milieu du siècle, William Hogarth conçoit le plaisir esthétique comme goût des correspondances ( exactness of counterparts ). Dans les années 1790, Joshua Reynolds, chantre de la beauté néo-classique, définit l originalité comme la combinaison de modèles connus 2. Entre-temps, comme on le reprécisera, Adam Smith, dans l Essai sur la nature de l imitation dans les arts, voit dans «l écart entre l objet qui imite et l objet imité le fondement de la beauté de l imitation» et de l art, érigeant la «maîtrise de la disparité» en * Sophie Archambault de Beaune est professeur à l université Lyon 3 et chercheur à l UMR 7041 «Archéologies et sciences de l Antiquité». Ses recherches portent sur les comportements techniques et les aptitudes cognitives de l homme préhistorique. Elle a notamment publié L Homme et l outil (Paris, CNRS Éditions, 2008). Adresse : UMR 7041 ArScAn, 21, allée de l université, F-92023 Nanterre cedex (sophie.de-beaune@mae.cnrs.fr). Liliane Hilaire-Pérez est professeur à l université Paris 7 (laboratoire «Identités, cultures, territoires», EA 337) et directrice d études à l EHESS (Centre Alexandre-Koyré). Ses travaux concernent l histoire de l invention et des cultures opératoires en Europe à l époque moderne. Elle a notamment publié L Invention technique au siècle des Lumières (Paris, Albin Michel, 2000). Adresse : Université Paris 7, ICT, 5, rue Thomas Mann, F-75013 Paris (liliane.perez@wanadoo.fr). 1. Hilaire-Pé r e z, 2002. 2. Re y n o l d s, 1797. Revue de synthèse : tome 133, 6 e série, n 4, 2012, p. 471-476. DOI 10.1007/s11873-012-0198-z
472 Revue de synthèse : TOME 133, 6 e SÉRIE, N 4, 2012 canon artistique 3. Cette conception structuraliste de la beauté fait écho au principe de réduction, comme le soulignait Didier Deleule : «L artifice du créateur, comme celui du technicien, du savant, du philosophe, effectue le système comme œuvre de l art : une réduction de la diversité à certains principes d intelligibilité qui ont pour mission de respecter l hétérogénéité tout en surmontant [ ] la difficulté inhérente à la disparité des objets considérés 4.» Ainsi, «tout système a valeur esthétique 5». Cette utopie ne résiste pas à la dissociation entre les arts et les beaux-arts à partir du x v i i i e siècle. La conception du dessin longtemps associé au dessein, à l art du projet, à l ingenium en est transformée. Comme l a montré Frédéric Morvan 6, alors que l enseignement du dessin progresse dans des écoles où se forme un milieu artisanal et technicien rôdé à la copie, à la transposition, au dimensionnement clés de voûte d une recomposition technologique des métiers, en termes de compétences transverses et sectorielles, en même temps s affirme le prestige des Beaux-Arts et d une création artistique dégagée des conditions techniques et matérielles de production des œuvres d art dans les ateliers 7. Les historiens et les sociologues de l art ont souligné les enjeux sociaux culturels et politiques que recouvrent cette émancipation de l artiste, alors que les interférences avec le monde des métiers, avec le milieu des experts et des marchands étaient encore très fortes au siècle des Lumières et jusque sous la Révolution. Un témoin de ces tensions est l architecture. Dans De architectura, Vitruve plaçait cet art au sens d artifice à l articulation entre commodité, solidité et beauté. Mais du fait de son utilité, l architecture a été considérée bien souvent comme un art mineur. Estelle Thibault nous fait ainsi découvrir les réflexions qui se tissent à la fin du x i x e siècle entre architectes et philosophes sur la place que l architecture doit prendre parmi les arts : alors qu en 1860 les membres de l Institut, pour qui le Beau était un idéal détaché des nécessités matérielles, rejetaient hautainement l architecture du côté de l industriel, elle commence au début du x x e siècle à revendiquer sans honte un statut d art appliqué visant à une «beauté rationnelle». C est qu entretemps les relations entre le beau et l utile se sont quasiment inversées. Les travaux récents sur les expositions universelles 3. Le texte d Adam Sm i th, On the Nature of that Imitation which takes Place in what are called the Imitative Arts, commencé en 1777 et paru dans l édition posthume de son œuvre établie par Dugald St e wa rt (1795), a été republié dans Th i e r ry, dir., 1997 (ici p. 50 et 53). Le thème participe de l esthétique de la machine et de l œuvre d art comme assemblage et système : voir Be c q, 1983 ; Dé m o r i s, 1983 ; Da m i s ch, 1983 ; Sc o t t, 1999. 4. De l e u l e, 1997, p. 31. Le verbe «surmonter» fait écho à la citation de l abbé Jean-Baptiste Dubos en 1733, s insurgeant contre la formalisation excessive des règles de l art en poésie : «rien n aide un poete françois à surmonter les difficultez, que son genie, son oreille et sa perseverance. Aucune methode reduite en art ne vient à son secours», dans Du b o u r g Gl at i g n y et Vé r i n, 2008, p. 74. 5. On rapprochera cette formule de celle d Hélène Vérin commentant le sens que revêt l œuvre d art pour Herbert Simon, et l ancienneté de cette vision, qui place l économie au cœur de l esthétique : «En quelque sorte l œuvre d art est réussie dans la mesure où, entre les résultats et le processus qui y a conduit, on découvre une relation réussie» (Vé r i n, 1998, p. 127). 6. Mo rva n, 2011. 7. Voir également Mi l l e t, 2011 et les travaux à paraître dans Le m b r é (Stéphane) et Mi l l e t (Audrey), L Enseignement du dessin entre art et industrie (x v i i i e -x i x e siècles). Renouvellements historiographiques et pistes de recherche. On peut aussi faire référence à la journée d étude organisée par Le m b r é et Mi l l e t, Entre art et industrie : les enjeux de la formation technique (x v i i i e -x i x e siècles), 11 juin 2012, IDHE, UMR-8533, Université Paris 8-Vincennes-Saint-Denis.
PRÉSENTATION 473 mettent en valeur les revendications esthétiques et non pas techniques des fabricants dans bien des domaines, au nom de la qualité des produits 8. Eugénie Briot, dans son analyse des mises en scène de la parfumerie aux expositions de 1889 et de 1900, révèle que «la dimension technique des produits de parfumerie est presque entièrement absente 9». De même pour les papiers peints, Bernard Jacqué explique que «les papiers peints imprimés mécaniquement [ ] ne retiennent l intérêt ni des manufacturiers, ni des jurys, encore moins des publics, sinon pour les dénigrer, brièvement, jusqu aux années 1870», non sans nationalisme. La création d une catégorie des beaux-arts, en 1855, a été l occasion de rivaliser par l exposition de «tableaux» (réalisés à la planche), dessinés par des artistes. Les exemples foisonnent. Citons encore les tensions autour de la classification des vitraux 10 (certains peintres-verriers réclamant le statut de beaux-arts pour leurs œuvres) ou encore les conflits autour de la photographie après 1878, à l heure de l instantané au gélatino-bromure d argent : «L instantané [ ] est accusé de tous les maux, mais d abord comme une pratique inesthétique, la nouveauté technique et le progrès n étant pas synonymes de beauté 11.» Plus généralement, dès 1855, l utopie technologique encyclopédique, héritière de l union des arts mais aussi de l ample mouvement de commercialisation du goût porté en Angleterre par la Society of Arts (instigatrice du Crystal Palace), vole en éclat : le «secours mutuel des arts» et «l artialisation» des produits et des objets techniques, encensés par Maxime Du Camp, ne résistent pas aux critiques de Charles Baudelaire et d Ernest Renan 12. On prend donc la mesure de ce qui se joue pour l architecture au début du x x e siècle, et plus globalement pour la reconnaissance de l esthétique industrielle. On perçoit également, à rebours, l originalité de la période qui précède, sur laquelle on est de mieux en mieux informé. Comme Fabienne Brugère le rappelle ici dans sa relecture de la Théorie des sentiments moraux, Adam Smith avait suggéré dès 1759 que l utilité, lorsqu elle se donnait à voir, était en elle-même porteuse d une certaine beauté 13. Et il donnait précisément l exemple de la maison dont la commodité et la régularité manifestent de façon visible cette utilité : la belle maison, c est la maison qui s offre à nos yeux comme commode et confortable (nous ne sommes pas très loin du Grand Hippias). Impartial et doué d empathie, le spectateur idéal dont la figure lui sert à fonder en raison sa théorie du jugement moral est susceptible, même si ce n est 8. Hilaire-Pé r e z (Liliane), «Les expositions universelles en France au x i x e siècle : lignes de tension et lignes d horizon dans le champ technologique à l ère de l industrialisation», dans Ca r r é et al., 2012, p. 13-34. 9. Br i o t (Eugénie), «Un autel de Flore au temple de l Industrie. La parfumerie française aux expositions universelles de 1889 et 1900», dans Ca r r é et al., dir., 2012, p. 261-270. 10. Lu n e a u (Jean-François), «Les peintres-verriers dans les expositions universelles : histoire d un désamour», dans Ca r r é et al., dir., 2012, p. 247-259. 11. Pe r c e va l (Marion), «Un instantané des expositions universelles : les amateurs de photographies et les expositions de 1878 à 1900», dans Ca r r é et al., dir., 2012, p. 363-374. 12. Ca r a i o n (Marta), «L exposition universelle de 1855 : une réception biaisée», Wa n l i n (Nicolas), «Du rêve condensé en fait. L exposition universelle mise en vers, par delà matérialisme et idéalisme», 2012 ; Ja r r i g e (François), «Machines en mouvement. Les ambivalences du spectacle technique dans les expositions universelles du Second Empire». Les trois articles sont parus dans Ca r r é et al., dir, 2012, p. 49-60, 61-73 et 129-138. 13. «De la beauté que l apparence de l utilité confère à toutes les productions de l art», Sm i th, 1999 (cité par Br u g è r e, infra, p. 536).
474 Revue de synthèse : TOME 133, 6 e SÉRIE, N 4, 2012 pas lui qui l habite, d apprécier la beauté d une maison cossue sans pour autant en éprouver du ressentiment. En ce sens, on peut dire que la beauté des objets, en même temps qu elle est la manifestation visible de leur utilité, a une véritable utilité sociale. Et cette utilité est même double puisqu à cette fonction de régulation des passions dangereuses, on peut ajouter l avantage social qu en retire le riche propriétaire qui peut ainsi se faire connaître et admirer. Adam Smith s adressait certes à des contemporains censément capables de percevoir la beauté inhérente à l utilité du luxe, mais, eût-il connu les tombes princières de l âge du Fer, où bijoux, vases et armes de prestige ont laissé l éclatant témoignage du prix accordé à la puissance et à la gloire, qu il s en fût trouvé conforté dans ses convictions. L idée selon laquelle l art ne joue aucun rôle fonctionnel, au contraire de la technique qui, elle, est utile est si communément admise que certains artistes en jouent. Il en est ainsi de Jean Tinguely dont les sculptures, faites de matériaux de récupération qu il anime à l aide de moteurs, n ont d autre rôle que de nous enchanter. Il s amuse à détourner de leur usage des mécanismes familiers, et si ses machines fonctionnent merveilleusement bien, elles ne produisent rien. On a voulu y voir les vecteurs d une critique de l hyperconsommation, mais ils n avaient cette possible utilité que dans la mesure où, comme machines, ils étaient inutiles. La machine inutile est devenu un genre sculptural en soi, et on en trouve même une étonnante illustration «brute» dans le musée de la Fabuloserie de Dicy (Yonne), due à un artiste connu seulement sous le nom de «Petit Pierre». Point de message ici, sauf peut-être de la dérision mêlée de mélancolie. Et nous ne croyons pas qu il y avait un message critique dans ce que Fred Vargas fait dire à l un de ses personnages : «Construire, mécaniser l inutile. Je voulais faire un monument à la gloire de la mécanique! Et pour célébrer la beauté de la mécanique, je voulais que la machine ne serve à rien, son seul intérêt étant de marcher, de fonctionner, et qu on puisse dire en la contemplant : Ça marche! Gloire au fonctionnement, et gloire au dérisoire et à l inutile! Gloire au levier qui pousse, à la roue qui tourne, au piston qui pistonne, au rouleau qui roule! Et pour quoi faire? Pour pousser, pour tourner, pour pistonner, pour rouler 14!» Cela nous ramène au x v i i i e siècle, mais cette fois au monde de la bimbeloterie, du toyware anglais où nous entraîne Liliane Hilaire-Pérez. Objets inutiles mais conformes à ce qu on attend d eux le jeu des apparences, le plaisir de l artifice, le goût de la technicité, ils témoignent d une esthétique technique, d une «techno-esthétique» au sens simondonien. En dissociant la technique de l utilité, Simondon nous propose une autre vision de l art, où toute œuvre d art se structure à travers une individuation technique qui fait d elle un objet inséparablement esthético-technique et technoesthétique 15. «L œuvre est simultanément technique et esthétique, esthétique parce que technique, technique parce qu esthétique 16.» 14. Va r g a s, 1996, p. 187. 15. Du h e m, 2012. 16. Voir l article de Liliane Hilaire-Pé r e z, publié infra, p. 495-524.
PRÉSENTATION 475 Comme Fabienne Brugère, Liliane Hilaire-Pérez aborde la conception de l esthétique chez Adam Smith. Et sans que les deux auteurs se soient concertées, leurs deux articles se font écho l un l autre. Alors que Fabienne Brugère, en philosophe, aborde la mise en place de cette «techno-esthétique» dans l Angleterre au x v i i i e siècle à partir du spectateur impartial imaginé par Adam Smith, Liliane Hilaire-Pérez, en historienne des techniques, voit dans cette mise en place une conception de l esthétique où la beauté des objets est liée à leur aptitude à être utiles (aptness). Si les produits du toyware sont bien des frivolités «inutiles» et des emblèmes du jeu, ils promeuvent une certaine idée de l efficacité des procédés et des moyens, de l adaptation des objets aux usages pour lesquels ils ont été conçus. Et c est précisément la parfaite adéquation de leur forme à leur destination qui fait leur valeur. De plus, si dépourvus qu ils soient d intérêt pratique, ils ont l intérêt de témoigner de la variété des talents et des compétences qui ont permis leur fabrication. Mais cet intérêt n est perceptible que pour nous et rétrospectivement, grâce à ce que nous savons de la suite de l histoire des techniques. Ainsi, un objet, quel qu il soit, n a de fonction et de valeur esthétique que celle que nous lui attribuons à un moment donné et son statut peut changer par le jeu de l interaction avec un acteur. Un fétiche africain sera considéré en objet d art ou en fétiche selon qu il se trouve dans un musée ou dans son contexte d origine 17. Cet objet très utilitaire qu est le fer à repasser de Marcel Duchamp devient un objet d art du seul fait qu il est placé dans la vitrine d un musée 18. Au point que Alfred Gell en vient à juger vain de s interroger sur le beau et l utile, sur l esthétique et la fonction, une œuvre d art n existant que pour autant qu elle est interprétée comme telle dans un monde de l art historiquement déterminé 19. Est-il sûr cependant que seuls les objets estampillés comme «artistiques» soient susceptibles d un jugement esthétique? Tout au plus peut-on dire que le jugement esthétique est parfois mis en suspens. Mais c est moins alors les objets sur lesquels il s exerce qui sont en cause, que les sujets qui, selon les circonstances, jugent opportun ou non de l exercer. Liste des références Ba z i n (Jean), 1996, «Des clous dans la Joconde», rééd. dans Id. Des clous dans la Joconde. L anthropologie autrement, Toulouse, Anacharsis (Essais), 2008, p. 520-545. Becq (Annie), 1983, «La métaphore de la machine dans le discours esthétique de l Âge classique», Revue des sciences humaines, p. 269-278. Ca r r é (Anne-Laure), Co r c y (Marie-Sophie), De m e u l e n a e r e-do u y è r e (Christiane) et Hilaire- Pé r e z (Liliane), dir., 2012, Les Expositions universelles à Paris au x i x e siècle. Techniques, publics, patrimoine, Paris, CNRS Éditions (Alpha). Da m i s ch (Hubert), 1983, «De la manufacture comme œuvre d art économique à l œuvre d art comme machine», Revue des sciences humaines, p. 307-320. De l e u l e (Didier), 1997, «Préface. Adam Smith et la difficulté surmontée», dans Th i e r ry, dir., 1997, p. 15-33. 17. Ba z i n, 1996. 18. Ba z i n, 1996, ici 2008, p. 525. 19. Ge l l, 1998.
476 Revue de synthèse : TOME 133, 6 e SÉRIE, N 4, 2012 Dé m o r i s (René), 1983, «Chardin, la machine et l oiseau», Revue des sciences humaines, p. 292-306. Du b o u r g Gl at i g n y (Pascal) et Vé r i n (Hélène), 2008, «La réduction en art, un phénomène culturel», dans Id., Réduire en art. La technologie de la Renaissance aux Lumières, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l Homme, p. 59-94. Du h e m (Ludovic), 2012, «Le milieu technique de l art», dans To u l o u s e (Ivan), dir., Technique et création, Paris, L Harmattan (Eurêka et C ie ), p. 14-37. Ge l l (Alfred), 1998, Art and Agency. An Anthropological Theory, Oxford, Clarendon Press. Hilaire-Pé r e z (Liliane), 2002, «Diderot s Views on Artists and Inventors Rights. Invention, Imitation and Reputation», British Journal for the History of Science, vol. 35, p. 129-150. Mi l l e t (Audrey), 2011, «Penser la formation du dessinateur de fabrique à Tours : acteurs et réseaux (1776-1826)», dans Fo n t e n e a u (Virginie) et d En f e rt (Renaud), éd., Espaces de l enseignement scientifique et technique. Acteurs, savoirs, institutions, x v i i e - x x e siècles, Paris, Hermann, p. 109-118. Mo rva n (Frédéric), 2011, «L école gratuite de dessin de Rouen ou la formation des techniciens au x v i i i e siècle», doctorat de l université Paris 8, Vincennes/Saint-Denis. Reynolds (Joshua), 1797, Discourses on Art, rééd. Robert R. Wark, New Haven, Yale University Press, 1997. Sc o t t (Kate), 1999, «Chardin multiplié», dans Chardin, catalogue d exposition, Paris, Réunion des musées nationaux, p. 61-73. Sm i th (Adam), 1795, «De la nature de l imitation dans les arts que l on appelle imitatifs», dans Th i e r ry, dir., 1997, p. 49-83. Sm i th (A.), 1999, Théorie des sentiments moraux, trad. fr. Michaël Biziou, Claude Ga u t i e r et Jean-François Pr a d e a u, Paris, Presses universitaires de France. Th i e r ry (Patrick), dir., 1997, Essais esthétiques, Paris, Vrin. Va r g a s (Fred), 1996, Un peu plus loin sur la droite, Paris, Viviane Hamy. Vé r i n (Hélène), 1998, «La réduction en art et la science pratique au x v i e siècle», dans Sa l a i s (Robert), Ch at e l (Elisabeth) et Ri b a u d-da n s e t (Dorothée), éd., Institutions et conventions. La réflexivité de l action économique, dossier thématique de Raisons Pratiques, n 9, p. 121-144. Ce numéro est dédié à la mémoire de François Sigaut (10 novembre 1940-2 novembre 2012), directeur d études à l EHESS, dont nous avons appris la disparition au moment de la mise sous presse. Spécialiste de la pensée technique et défenseur de la technologie comme science de l homme, il venait de publier Comment Homo devint faber, aux éditions du CNRS. Son parcours, ses travaux et ses publications feront l objet d un article dans un prochain numéro de la Revue.
Articles Motifs utilitaires et autonomie artistique La forme architecturale et ses fonctions Estelle Th i b a u lt * Ré s u m é : Dans les théories esthétiques de la fin du x i x e siècle, l exemple de l architecture appuie une inversion progressive des hiérarchies entre le beau et l utile, confortée par la montée des approches sociologiques et anthropologiques de l art. Du côté des architectes, les débats sur l origine et l évolution des styles, depuis leurs manifestations primitives dans les industries d art vers les formes plus évoluées de l art monumental, infléchissent la compréhension des relations entre détermination matérielle et expression artistique. Mo t s-c l é s : architecture, ornement, esthétique, anthropologie de l art. Utilitarian goals and artistic autonomy Architectural forms and their functions Ab s t r a c t : In the late 19 th century, authors writing on aesthetics often referred to architecture to justify establishing a new hierarchy between things beautiful and things useful, a change underwritten by the rising sociological and anthropological perspectives on art. Meanwhile, architects debated the origins and evolution of artistic styles from the earliest forms of art to the most advanced monumental art works, a debate that fundamentally transformed the relationship between artistic expression and material determinism. Ke y w o r d s : architecture, ornament, aesthetics, anthropology of art. الدوافع النفعي ة واالستقاللي ة الفني ة. الشكل الهندسي المعماري وأدواره. ايستيل تيبو ملخ ص: يدعم المثال الهندسي المعماري تبديال تدريجي ا في تراتبي ة الجميل والمفيد في النظريات الجمالي ة في نهاية القرن التاسع عشر. وقد عز ز ذلك صعود المقاربات السوسيولوجي ة واالنتروبولوجي ة للفن. من جهة المهندسين تحو ر النقاشات حول أصول وتطو ر األساليب منذ ظهورها البدائي في الصناعات الفن ي ة وحتى أشكالها األكثر تطو ر ا في الفن النصبي فهم العالقات ما بين التعيين المادي والتعبير الفني. كلمات البحث: هندسة معماري ة زخرفة جمالي ة أنتروبولوجيا الفن. * Estelle Thibault, née en 1968, est architecte et maître de conférences à l École d architecture de Paris-Belleville. Ses travaux portent sur les échanges entre les théories architecturales et les sciences de l esthétique. Elle a récemment publié La Géométrie des émotions : les esthétiques scientifiques de l architecture en France, 1860-1950 (Wavre, Mardaga, 2010). Adresse : IPRAUS (UMR AUSSER 3329), ENSAPB, 60, bd de la Villette, F-75019 Paris (thibault.estelle@wanadoo.fr). Revue de synthèse : tome 133, 6 e série, n 4, 2012, p. 477-494. DOI 10.1007/s11873-012-0200-9
478 Revue de synthèse : TOME 133, 6 e SÉRIE, N 4, 2012 ZweckmäSSigkeit und künstlerische Autonomie. Die architektonische Form und ihre Funktionen Zusammenfassung : In der ästhetischen Theorie beförderte das Beispiel der Architektur Ende des 19. Jahrhunderts unter dem Einfluss aufkommender kunstanthropologischer und kunstsoziologischer Ansätze eine allmähliche Umkehr der Hierarchie zwischen dem Schönen und dem Nützlichen. Auf Seiten der Architekten waren die Debatten über Ursprung und Entwicklung der Stile von ihren primitiven Zeugnissen in der Kunstindustrie bis hin zu den elaboriertesten Formen der Monumentalkunst wegweisend für das Verständnis des Verhältnisses von materiellem Zweck und künstlerischem Ausdruck. Sc h l a g w o r t e : Architektur, Ornament, Ästhetik, Kunstanthropologie. Motivos utilitarios y autonomia artística La forma arquitectónica y sus funciones Re s u m e n : En las teorías estéticas de finales del siglo XIX, el ejemplo de la arquitectura se basa en una inversión progresiva de las jerarquías entre lo bello y lo útil, reforzado por el auge de las aproximaciones sociológicas y antropológicas del arte. Entre los arquitectos, los debates sobre el origen y la evolución de los estilos, desde sus primitivas manifestaciones en la industria del arte, hasta las formas más evolucionadas del arte monumental, modelan la comprensión de las relaciones entre determinación material y expresión artística. Pa l a b r a s c l av e : arquitectura, ornamentación, estética, antropología del arte. 實 用 圖 樣 和 藝 術 自 主 : 建 築 形 式 及 其 功 能 艾 斯 黛 勒 緹 波 摘 要 : 在 19 世 紀 末 期 的 美 學 理 論 中, 尤 以 建 築 為 例, 美 觀 和 實 用 的 重 要 性 漸 成 反 比, 而 藝 術 研 究 的 社 會 學 和 人 類 學 方 法 又 鞏 固 了 這 一 趨 勢 建 築 學 家 們 對 藝 術 風 格 的 淵 源 和 變 遷 展 開 了 討 論 : 從 它 們 在 藝 術 工 業 中 的 初 始 表 現, 到 紀 念 性 藝 術 品 中 更 完 善 的 形 式 ; 這 一 過 程 逐 漸 改 變 了 對 材 料 選 擇 和 藝 術 表 達 之 間 關 係 的 理 解 關 鍵 詞 : 建 築, 裝 飾, 美 學, 藝 術 人 類 學 利 用 目 的 と 芸 術 的 自 主 性 建 築 の 形 とその 機 能 エステル チボー 要 約 :19 世 紀 後 半 の 美 学 理 論 に おいて 建 築 の 例 は 社 会 学 や 芸 術 人 類 学 のアプローチの 発 展 にも かかわらず 美 とユーティリティ ー 間 の 階 層 構 造 の 逆 転 というもの を 支 持 してきた 建 築 家 側 では アート 産 業 において 原 始 的 な 表 現 から 記 念 建 造 物 芸 術 のようによ り 進 化 した 形 へと 変 化 するスタ イルの 起 源 と 発 展 についての 議 論 は 物 質 による 制 限 と 芸 術 表 現 に 関 する 関 係 の 理 解 に 変 化 を 与 え た キーワード: 建 築 装 飾 美 学 芸 術 人 類 学
«Techno-esthétique» de l économie smithienne Valeur et fonctionnalité des objets dans l Angleterre des Lumières Liliane Hilaire-Pé r e z * Ré s u m é : De La Théorie des sentiments moraux à l Essai sur la nature de l imitation dans les arts, Adam Smith a déployé une conception de l esthétique comme art des liaisons. Il a fondé sa définition de la beauté des objets comme aptitude à être utiles (aptness), non sans écho avec la valeur d échange comme «faculté d acheter d autres marchandises», «pouvoir» d agencer et de réaliser des desseins. Composition, adaptation, réduction et mise en scène des moyens : une «techno-esthétique» naît en Angleterre au x v i i i e siècle, portée par l économie du produit. Mo t s-c l é s : technique, produit, Adam Smith, composition, opération. The «techno-aesthetics» of Smithian Economy The value and function of objects in 18 th Century England Ab s t r a c t : From The Theory of Moral Sentiments to his essay on The Nature of that Imitation Which Takes Place in What Are Called the Imitative Arts, Adam Smith offered a vision of aesthetics combining beauty and utility. An echo of exchange value as the ability to buy other goods the power to organize and achieve one s goals his definition of beauty was premised on the aptness of things, that is, the fact that they were also useful. Sustained by the commodification of products, a kind of technoaesthetics thus emerged in England in the 18 th century, one that implied designing, adapting, reducing and showcasing the means of production. Ke y w o r d s : technology, products, Adam Smith, designing, operation. التقني ة الجمالي ة لالقتصاد السميثي. قيمة ووظائفي ة األشياء في انكلترا التنوير. ليليان هيالر بيريز ملخ ص: من "نظري ة المشاعر األخالقي ة" إلى "رسالة في طبيعة التقليد في الفنون" طو ر آدم سميث مفهوم ا للجمالي ة كفن العالقات. بنى تعريفه لجمال األشياء على أهلي تها لإلفادة مذك ر ا بقيمة التبادل "كإمكاني ة شراء بضائع أخرى" و"قدرة" ترتيب وتحقيق أهداف م ا : ولدت تقني ة جمالي ة في انكلترا في القرن الثامن عشر وقد حملها اقتصاد السلع. كلمات البحث : تقني ة سلعة آدم سميث تشكيل عملي ة. * Liliane Hilaire-Pérez, née en 1960, est professeur d histoire moderne à l université de Paris 7 (laboratoire «Identités, cultures, territoires», EA 337) et directrice d études à l EHESS (Centre Alexandre-Koyré). Elle travaille sur les cultures artisanales et sur l histoire de la technologie entendue comme science des opérations. Elle a récemment coédité Les Techniques et la technologie entre France et Grande-Bretagne (xvi e -xix e siècle), dossier thématique des Documents pour l histoire des techniques, n 19, 2010. Adresse : Université Paris 7, ICT, 5, rue Thomas Mann, F-75013 Paris (liliane.perez@wanadoo.fr). Revue de synthèse : tome 133, 6 e série, n 4, 2012, p. 495-524. DOI 10.1007/s11873-012-0204-5
496 Revue de synthèse : TOME 133, 6 e SÉRIE, N 4, 2012 Techno-Ästhetik der Smith schen Ökonomie Wert und Funktionalität der Objekte im England der Aufklärung Zu s a m m e n fa s s u n g : Von seiner Theorie der ethischen Gefühle bis hin zu seinem Essay of the Nature of That Imitation Which Takes Place in What Are Called the Imitative Arts begreift Adam Smith die Ästhetik als Kunst der Verbindungen. Seine Definition von der Schönheit der Objekte basiert auf deren Fähigkeit, nützlich zu sein (aptness), und zwar in Anspielung auf den Tauschwert im Sinne einer Fähigkeit, andere Güter zu erwerben, einer Macht zur Gestaltung und Umsetzung von Absichten. Komposition, Anpassung, Reduzierung und Inszenierung der Mittel : Ende des 18. Jahrhunderts entsteht in England eine Techno-Ästhetik, getragen von der Produktökonomie. Sc h l a g w o r t e : Technik, Produkt, Adam Smith, Komposition, Tauschhandlung. «Tecno-estética» de la economía smithiana Valor y funcionalidad de los objetos en la Inglaterra de las Luces Re s u m e n : De la Teoría de los sentimientos morales al Ensayo sobre la naturaleza de la imitación en las artes, Adam Smith desplegó una concepción de la estética como arte de relaciones. Basó su definición de la belleza de los objetos en su aptitud para ser útiles (aptness), haciéndose eco de su valor de cambio como «facultad para comprar otras mercancías», el «poder» de agenciar y de realizar proyectos. Composición, adaptación, reducción y puesta en escena de los medios : una «tecno-estética» nace en Inglaterra en el XVIII, a partir de la economía del producto. Pa l a b r a s c l av e : técnica, producto, Adam Smith, composición, operación. 斯 密 經 濟 的 技 術 美 學 : 英 國 啓 蒙 時 代 物 體 的 價 值 和 功 利 性 黎 麗 阿 訥 依 萊 荷 倍 赫 摘 要 : 從 道 德 情 操 論 到 論 藝 術 中 模 仿 的 本 質, 亞 當 斯 密 發 展 了 一 個 概 念 : 美 學 即 聯 繫 的 藝 術 他 將 物 體 的 美 定 義 為 天 賦 的 有 用 性, 與 交 換 價 值 作 為 購 買 其 他 商 品 的 特 性 安 排 和 實 現 計 劃 的 能 力 交 相 輝 映 各 種 手 段 的 組 成 適 應 縮 減 展 現 : 在 產 品 經 濟 的 支 撐 下, 一 種 技 術 美 學 在 18 世 紀 的 英 國 誕 生 了 關 鍵 詞 : 技 術, 產 品, 亞 當 斯 密, 組 成, 運 作 スミス 学 派 経 済 の 技 術 美 学 啓 蒙 のイギリスにおける 物 の 価 値 と 機 能 性 リリアン イレール=ペレーズ 要 約 :アダム スミスは 道 徳 情 操 論 から 模 倣 芸 術 の 本 質 につ いてのエッセー のなかで 関 連 の 芸 術 としての 美 の 概 念 を 展 開 し ている 彼 は 物 の 美 しさの 定 義 を 有 益 な 素 質 があるものとし 他 の 商 品 を 購 入 する 能 力 もしくは 構 成 力 や デッサン 能 力 と はしなかった 構 成 適 応 削 減 そして 手 段 の 演 出 という い わゆる 技 術 美 学 は 生 産 経 済 の 影 響 を 受 け 18 世 紀 のイギリス で 生 まれる キーワード: 技 術 生 産 アダ ム スミス 構 成 操 作
L invention du spectateur au XVIII e siècle L art est usage Fabienne Br u g è r e * Ré s u m é : La philosophie du x v i i i e siècle analyse l art à partir de la référence à un spectateur esthétique. En même temps, avec Adam Smith, elle s intéresse aux jugements moraux que peut formuler un spectateur impartial. Comment l art et la morale, le beau et le bien, peuvent-ils être pensés ensemble? Ces deux domaines portent des valeurs hors de toute transcendance, rapportées à l expérience humaine. Avec le spectateur esthétique, l art devient usage. Il s incarne dans les manières par lesquelles les humains se rapportent aux œuvres et au beau. Mo t s-c l é s : beau, bien, sympathie, impartialité. Inventing the audience in the 18 th century. Art and Its Use Ab s t r a c t : 18 th century philosophers analyzed art through the aesthetic experience of the audience. By contrast, Adam Smith was interested in the moral judgment that an impartial audience may formulate. How can art and morality, the beautiful and the good, be combined into one analytical framework? Art and morality convey nontranscendental values that are intrinsic to human experience. With the aesthetic experience of the audience, art is used, and ultimately depends on the ways that humans relate to works or art and to the beautiful. Ke y w o r d s : beautiful, good, approval, impartiality. اختراع المشاهد في القرن الثامن عشر. الفن هو استعمال. فابيان بورجير ملخ ص: تحل ل فلسفة القرن الثامن عشر الفن انطالقا من مرجعي ة المشاهد الجمالي. في الوقت ذاته بدأت تعير اهتمامها مع آدم سميث لألحكام األخالقي ة التي يصدرها مشاهد حيادي. كيف يمكننا في آن مع ا تعق ل الفن واألخالق الجميل والحسن. إن هذان المجاالن يحمالن قيم ا خارجة عن أي سمو وعائدة للتجربة اإلنساني ة. مع المشاهد الجمالي يصبح الفن استعمال ويتجس د في الطرق التي يتعاطى بها الناس مع األعمال الفني ة والجمال. كلمات البحث: الجميل والحسن تعاطف حيادي ة. * Fabienne Brugère, née en 1965, est professeure de philosophie à l université de Bordeaux 3. Ses travaux portent sur l esthétique à partir des Lumières et sur la philosophie morale et politique contemporaine de langue anglaise. Elle a notamment publié L Expérience de la beauté, Paris, Vrin, 2006. Adresse : Université Michel de Montaigne, Domaine universitaire, F-33607 Pessac cedex (fa.brugere@orange.fr). Revue de synthèse : tome 133, 6 e série, n 4, 2012, p. 525-544. DOI 10.1007/s11873-012-0199-y
526 Revue de synthèse : TOME 133, 6 e SÉRIE, N 4, 2012 Die Erfindung des Zuschauers im 18. Jahrhundert. Kunst als Gebrauch Zu s a m m e n fa s s u n g : Die Philosophie des 18. Jahrhunderts analysiert Kunst ausgehend von dem Verweis auf einen ästhetischen Betrachter. Gleichzeitig entwickelt sich mit Adam Smith ein Interesse für das moralische Urteilsvermögen eines unparteiischen Zuschauers. Wie können Kunst und Moral, das Schöne und das Gute zusammen gedacht werden? In beiden Bereichen kommen Werte zum Tragen, die sich fernab jeglicher Transzendenz bewegen und mit der menschlichen Erfahrungswelt zusammenhängen. Mit dem ästhetischen Zuschauer wird Kunst zum Gebrauch, der sich in dem Verhältnis des Menschen zum Kunstwerk und zum Schönen manifestiert. Sc h l a g w o r t e : Schöne, Gute, Sympathie, Unparteilichkeit. La invención del espectador en el siglo XVIII. El arte es uso Re s u m e n : La filosofía del siglo XVIII analiza el arte a partir de la referencia a un espectador estético. Al mismo tiempo, con Adam Smith, se interesa por los juicios morales que puede formular un espectador imparcial. Cómo el arte y la moral, lo bello y lo bueno, pueden pensarse conjuntamente? Estas dos áreas comportan valores fuera de toda transcendencia, ligados a la experiencia humana. Con el espectador estético, el arte se convierte en uso. Se encarna en la manera cómo los humanos se relaciona con las obras y con lo bello. Pa l a b r a s c l av e : bello, bueno, simpatía, imparcialidad. 在 18 世 紀 塑 造 觀 眾 : 藝 術 即 運 用 法 卞 安 娜 布 爾 哲 爾 摘 要 :18 世 紀 的 哲 學 站 在 一 個 具 有 審 美 力 的 觀 眾 的 立 場 來 分 析 藝 術 而 亞 當 斯 密 的 理 論 提 出 後, 哲 學 也 同 時 關 注 一 個 不 偏 不 倚 的 觀 眾 所 能 做 出 的 道 德 評 價 藝 術 和 道 德 美 與 善, 如 何 能 被 一 起 考 慮? 這 兩 個 領 域 承 載 了 超 越 所 有 超 驗 性 的 價 值, 這 些 價 值 又 與 人 類 經 驗 相 聯 繫 有 審 美 力 的 觀 眾 的 誕 生 使 藝 術 成 為 運 用 它 以 某 些 方 式 體 現 出 來, 人 類 通 過 這 些 方 式 與 藝 術 品 和 美 產 生 聯 繫 關 鍵 詞 : 美 與 善, 好 感, 不 偏 袒 18 世 紀 における 観 客 というもの の 発 明 芸 術 は 用 途 である ファビエンヌ ブルジェール 要 約 :18 世 紀 の 哲 学 は 審 美 観 客 を 参 照 しながら 芸 術 というものを 分 析 していた また 同 時 期 アダ ム スミスと 同 様 に 公 平 な 観 客 が 示 す 道 徳 的 判 断 にも 関 心 を 向 けた どのように 芸 術 と 道 徳 美 と 善 は 一 緒 に 考 えられたのであろうか?こ の 二 つの 領 域 は 人 間 の 経 験 に 関 連 づ けられる 超 越 性 以 外 の 価 値 を 持 って いる 審 美 観 客 とともに 芸 術 は 用 途 となる またそれは 人 間 が 作 品 と 美 に 関 連 している 方 法 によって 具 現 化 される キーワード: 美 と 善 好 感 公 正
REVUES CRITIQUES Entrer dans l époque techno-esthétique Jean-Hugues Ba rt h é l é m y * imposant article de Ludovic Duhem, «Introduction à la techno-esthétique», offre L le texte intégral du séminaire qui s est tenu en octobre 2009 à l université du Québec à Montréal (UQAM) et qui comportait deux séances. 1) La hantise de la technique : l esthétique de Kant, Hegel et Heidegger. 2) Technique et individuation : vers une techno-esthétique à travers la pensée de Simondon. Le texte a conservé la formulation orale du séminaire, seules les notes de bas de page et quelques corrections dans le corps du texte ont été ajoutées par l auteur pour la publication. Nombre de points ont été précisés, développés, illustrés durant les séances à partir d une série d images à chaque fois qu un exemple était donné, ce qui explique l allusion à la «Sainte Cécile» de Raphaël dans l introduction, et depuis dans d autres textes 1. Cette publication est à la fois programmatique et ambitieuse. Comme son titre l indique, il s agit d une «introduction», car la «techno-esthétique» concept repris à Simondon est chez Ludovic Duhem, jeune philosophe-artiste, un programme de recherche et non une doctrine déjà constituée. Un ouvrage en cours sera entièrement consacré par notre auteur à une analyse de ce qu il nomme la «hantise de la technique» en esthétique, et approfondira donc ce qui n a été qu esquissé dans la première partie du texte ici présenté. Cette première partie permet déjà à elle seule de saisir l ambition de la «technoesthétique» envisagée : cette invention théorique, prolongement de certaines intuitions de Simondon, se présente comme ce qui permet de révéler ce que l on pourrait nommer, en élargissant un concept freudien, le «refoulé» des grandes théories esthétiques modernes et contemporaines que sont les esthétiques fondamentales de Kant, Hegel et Heidegger. Un tel refoulé étant, bien sûr, la technique, dont ce maître à distance * À propos de Ludovic Du h e m, «Introduction à la techno-esthétique», Archée, 10 février 2010 (http://archee.qc.ca/). Jean-Hugues Barthélémy, né en 1967, est chercheur associé au laboratoire d «Histoire des arts et des représentations», de l Université Paris Ouest Nanterre, et directeur de séminaire à la Maison des sciences de l homme de Paris-Nord. Ses recherches portent sur le lien entre théorie réflexive de l individuation du sens et théorie phénoménotechnique de la connaissance. Il a notamment publié Simondon ou l Encyclopédisme génétique (Paris, Presses universitaires de France, 2008). Adresse : MSH Paris-Nord, 4, rue de la croix Faron, F-93210 Saint-Denis La Plaine (jh.barthelemy@gmail.com). 1. Ludovic Du h e m, «Thinking Aesthetic Reality», Substance, et «Entrer dans le moule. Poïétique et individuation», La Part de l œil. Les deux articles sont à paraître. Nous remercions Ludovic Duhem pour ces informations sur le cours de ses travaux, que nous suivons avec intérêt depuis des années. Revue de synthèse : tome 133, 6 e série, n 4, 2012, p. 545-550. DOI 10.1007/s11873-012-0202-7
Une esthétique des objets ordinaires Thierry Bo n n o t * En sciences sociales, les relations entre sujets et objets matériels constituent un champ de recherche important, surtout dans les pays anglo-saxons où on le désigne par la formule Material Culture Studies 1. Les recherches qui s interrogent en Occident sur la société de consommation essaient de mettre en cause l idée largement répandue qui voudrait que les habitants des pays développés soient aujourd hui pris dans un tourbillon frénétique de consommation, submergés par un flot d artefacts souvent superflus qui les rendrait toujours plus matérialistes. Les objets peuplant nos vies quotidiennes en seraient devenus des acteurs de premier plan et les relations aux choses matérielles se développeraient au détriment des relations humaines. Ces clichés sont mis à l épreuve des faits par des enquêtes empiriques menées au plus près de la relation entre les individus et les objets. Esthétique et fonctionnalité ne sont que deux composantes parmi d autres de cette relation, deux pôles entre lesquels existent de nombreuses passerelles et articulations en perpétuel mouvement. En Europe, le Journal of Material Culture et le centre de l UCL (University College London), animé par Daniel Miller, sont à l initiative de nombreuses recherches sur la culture matérielle en sciences sociales. Par-delà la variété des travaux et la diversité des approches proposées, qu on limite parfois à tort à une sociologie de la consommation, cette constellation de chercheurs se retrouve autour d une démarche ethnographique et sociologique scrupuleuse, attentive au quotidien, aux pratiques et à l insignifiant, aux choses sans importance et qui, pourtant, nous importent. Les travaux effectués ou dirigés par Daniel Miller 2 et ses collaborateurs ou étudiants ont mis en évidence le fait que le matérialisme consumériste si souvent dénoncé n est pas contradictoire avec un renforcement des relations interpersonnelles : plus nos relations aux objets sont étroites, plus nos relations aux gens sont profondes. C est encore la conviction affichée par Miller dans un ouvrage original, The Comfort of Things, * À propos de Daniel Mi l l e r, The Comfort of Things, 2008, Cambridge, Polity Press, 302 p. ; et Alfred Ge l l, L Art et ses agents, une théorie anthropologique, trad. Sophie et Olivier Re n a u t, Dijon, Les Presses du Réel, 2009, 328 p. (traduction de Art and Agency, 1998, New York, Oxford University Press). Thierry Bonnot, né en 1970, est chargé de recherche au CNRS (IRIS, Paris). Ses travaux portent sur le statut social et les trajectoires biographiques des objets, la construction et la mise en scène des patrimoines, les théories de la culture matérielle en anthropologie. Il a notamment publié La Vie des objets, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l homme/mission du patrimoine ethnologique, 2002. Adresse : EHESS, 96, boulevard Raspail, F-75006 Paris (thierry.bonnot@ehess.fr). 1. Pour une synthèse, voir Christopher Ti l l e y et al., éd., Handbook of Material Culture, Londres, Sage, 2006. 2. Étonnamment, au regard de la notoriété de cet auteur et de la reconnaissance incontestable de sa valeur scientifique, aucun des livres de Miller n est à ce jour traduit en langue française. Revue de synthèse : tome 133, 6 e série, n 4, 2012, p. 551-556. DOI 10.1007/s11873-012-0203-6
Chronique de la recherche DES TECHNIQUES AU DESIGN Vincent Be a u b o i s * Les Cahiers Simondon Tous les ans, depuis 2009, paraissent aux éditions L Harmattan, sous la direction de Jean-Hugues Barthélémy, les Cahiers Simondon, lieu d expression privilégié d une communauté simondonienne grandissante. Produits d une dynamique appuyée par les séminaires de l Atelier Simondon, organisés par Jean-Hugues Barthélémy et Vincent Bontems, à l École normale supérieure de Paris, ces Cahiers marquent d un seuil la progression des études simondoniennes en France et à l étranger. La pensée de Gilbert Simondon, connue pour sa thèse principale, L Individuation à la lumière des notions de forme et d information, et sa thèse complémentaire, Du mode d existence des objets techniques (toutes deux soutenues en 1958), trouve ici un écho collectif rassemblant chercheurs confirmés et doctorants français ou étrangers. Les trois premiers numéros des Cahiers Simondon ouvrent ainsi un travail «d exégèse polémique» comme le défend Jean-Hugues Barthélémy éprouvant la force des concepts simondoniens tout en instaurant un dialogue critique avec le philosophe. Le premier numéro aborde différentes grandes thématiques de la pensée simondonienne, comme la mécanologie et l invention. Giovanni Carrozzini interroge ainsi les liens possibles entre Gilbert Simondon et Jacques Lafitte, pionnier de la mécanologie et tenant d une science normative des machines. Ronan Le Roux replace la question de l invention, entendue comme résolution de problème, selon sa source bergsonienne et son influence cybernétique (Wiener). Ce numéro prolonge également certains questionnements simondoniens au-delà de leur développement propre. Jean-Hugues Barthélémy poursuit ainsi la réflexion éthique de Simondon, reconstruisant de manière inventive l opposition kantienne entre autonomie et hétéronomie. Victor Petit rejoue la critique de l hylémorphisme simondonien dans le champ de la biologie, renonçant au dualisme extériorité/intériorité pour redéfinir le vivant comme un «milieu-intérieuren-relation-avec-un-milieu-extérieur». Ludovic Duhem rend compte d un double «faux départ» de l esthétique de Simondon à la fois dans sa thèse principale les * Vincent Beaubois, né en 1980, est doctorant en philosophie à l université Paris-Ouest Nanterre, au laboratoire d «Histoire des arts et des représentations». Il travaille sur des questions de philosophie de la technique, de design et d esthétique en dialogue avec la philosophie contemporaine. Adresse : Université Paris Ouest, 200, avenue de la République, F-92001 Nanterre cedex (vincent.beaubois@ u-paris10.fr). Revue de synthèse : tome 133, 6 e série, n 4, 2012, p. 557-563. DOI 10.1007/s11873-012-0201-8
VARIA Une réévaluation de la métaphore théâtrale chez Goffman Mathias Th u r a * Ré s u m é : La traduction de la métaphore théâtrale goffmanienne en France a induit un déplacement théorique au cœur de son œuvre. Elle a exagéré le caractère dramaturgique des interactions, laissant de côté certaines nuances initiales. Une relecture du texte anglais remet la métaphore à sa place et en fait un instrument analytique pour les sciences sociales. Nous proposons de repenser cet instrument à partir de l étude de l improvisation théâtrale, dont pourrait découler un modèle qui tient compte de l indétermination dans la dynamique des interactions. Mo t s-c l é s : interactionnisme, modélisation, épistémologie. Reassessing Goffman s Theatrical Metaphor Abstract : Translating the goffmanian theatrical metaphor has resulted in a theoretical displacement at the heart of his work. The dramaturgical aspect of social interactions has been exaggerated, leaving some initial nuances on the sidelines. Reading the English text again allows us to restore the original meaning of the goffmanian metaphor and make it an analytical instrument for social science. The article suggests rethinking the metaphor based on the study of theatrical improvisation, from which follows a model that takes into consideration the indeterminate character of social interactions. Ke y w o r d s : interactions, modalization, epistemology. إعادة تقييم االستعارة المسرحي ة عند غوفمان ماتياس تورا ملخ ص: أد ى فعل ترجمة االستعارة المسرحي ة الغوفماني ة في فرنسا إلى نقلة نظري ة في أعماله. بالغت هذه االستعارة في الطابع المسرحي للتفاعالت وأد ت إلى تغييب بعض التفاصيل األو لي ة. إن إعادة قراءة النص اإلنكليزي تعيد االستعارة إلى مكانها وتجعلها آلة تحليلي ة للعلوم االجتماعي ة. نقترح إعادة النظر في هذه اآللة انطالق ا من درس االرتجال المسرحي الذي يول د نموذج ا يأخذ في عين االعتبار عدم التعيين الموجود في ديناميكي ة التفاعل. كلمات البحث : تفاعلي ة نمذجة فلسفة العلوم. * Mathias Thura, né en 1986, est doctorant à l EHESS (Centre Maurice Halbwachs). Ses travaux portent sur la pratique de l improvisation théâtrale et le traitement de l incertitude dans les interactions. Il s intéresse, dans le cadre de sa thèse, à la qualification de l incertitude tactique et à son traitement par la division du travail, au sein d une compagnie d infanterie. Adresse : Centre Maurice Halbwachs (ETT), casier doctorant, 48, boulevard Jourdan, F-75014 Paris (mathias.thura@ehess.fr). Revue de synthèse : tome 133, 6 e série, n 4, 2012, p. 565-596. DOI 10.1007/s11873-012-0205-4
566 Revue de synthèse : TOME 133, 6 e SÉRIE, N 4, 2012 Eine Neuinterpretation der Theatermetapher bei Goffman Zusammenfassung : In Frankreich hat die Übersetzung der Goffman schen Theatermetapher dazu geführt, dass dessen Werk im Kern eine theoretische Akzentverschiebung erfahren hat. So wurde der dramaturgische Charakter von Interaktionen überbetont, während bestimmte ursprüngliche Nuancen verloren gingen. Die erneute Lektüre des englischen Originaltexts vermag die Theatermetapher wieder ins rechte Licht zu rücken und aus ihr ein analytisches Instrument für die Sozialwissenschaften zu generieren. Unser Ansatz besteht darin, das Konzept ausgehend von Untersuchungen zum Improvisationstheater zu überdenken, um ein Modell zu gewinnen, das der Unbestimmtheit von Interaktionsdynamiken gerecht wird. Sc h l a g w o r t e : Interaktionismus, Modellierung, Epistemologie. Una reevaluación de la metáfora teatral en Goffman Re s u m e n : El acto de traducción de la metáfora teatral goffmaniana en Francia ha inducido un desplazamiento teórico en el corazón de su obra. Se ha exagerado el carácter dramatúrgico de las interacciones, dejando de lado ciertos matices iniciales. Una relectura del texto inglés pone la metáfora en su sitio y la convierte en un instrumento analítico para las ciencias sociales. Proponemos repensar este instrumento a partir del estudio de la improvisación teatral, del que se desprende un modelo que tiene en cuenta la indeterminación en la dinámica de las interacciones. Pa l a b r a s c l av e : interaccionismo, modelización, epistemología. 再 論 戈 夫 曼 的 戲 劇 隱 喻 瑪 西 亞 屠 拉 摘 要 : 在 法 國, 對 戈 夫 曼 戲 劇 隱 喻 的 翻 譯 這 一 行 為 導 致 了 對 其 作 品 核 心 的 理 論 轉 述 偏 差 這 種 翻 譯 誇 大 了 互 動 的 戲 劇 性, 而 忽 視 了 某 些 最 初 的 細 微 差 別 重 讀 英 文 原 著, 將 隱 喻 歸 其 原 位, 可 知 其 實 際 上 僅 是 一 種 社 會 學 的 分 析 工 具 本 文 建 議 以 研 究 舞 台 劇 即 興 創 作 來 重 新 審 視 這 一 工 具 這 種 即 興 創 作 構 建 出 一 種 模 式, 即 考 慮 到 在 互 動 的 活 力 中 的 不 確 定 性 關 鍵 詞 : 互 動 論, 模 型 化, 認 識 論 ゴッフマンにおける 演 劇 メタファ ーの 再 評 価 マティアス チュラ 要 約 :フランスにおいて ゴッフ マンの 演 劇 メタファーの 翻 訳 は 彼 の 作 品 において 理 論 的 変 化 をも たらした 演 劇 メタファーは 当 初 の 特 色 を 押 しのけ 相 互 関 係 の 演 劇 的 な 特 質 を 強 調 した 英 文 テキストの 再 読 はメタファーをも とあった 場 所 にもどし また 社 会 科 学 のための 分 析 手 段 とする 事 が できる 本 文 は 相 互 関 係 のダイ ナミクスのおいて 不 確 実 なモデル をもつ 即 興 演 劇 の 研 究 を 通 してこ の 手 段 を 再 考 察 したい キーワード: 相 互 関 係 主 義 モデ ル 化 認 識 学
COMPTES RENDUS Le beau et l utile Denis Du t t o n, The Art Instinct. Beauty, Pleasure and Human Evolution, Oxford, Oxford University Press, 2009, 282 p., bibliogr. Denis Dutton, hélas disparu prématurément, envisage l art dans une perspective évolutionniste qui implique sa naturalisation, une approche innéiste. Il postule un instinct humain pour l art qui serait inscrit dans notre patrimoine génétique et écrit un scénario à base cognitiviste qu il fait débuter au Pléistocène, époque où aurait agi l Homme moderne achevé. L art est donc détaché du beau «kantien» et ce sont ses aspects fonctionnels, adaptatifs et/ou reproductifs, qui joueraient un rôle dans l évolution d Homo sur la très longue durée. L auteur débute sa démarche par la statistique de la préférence universelle actuelle pour un type de représentation artistique : un lac dans des montagnes, des arbres, les couleurs vert et bleu, des personnages et des animaux. Il en infère que : 1) l art est inscrit dans la nature humaine ; 2) cette préférence découle du choix de l habitat le plus favorable au Pléistocène. Mais il ne précise pas que le Pléistocène s étend de 1 800 000 à 11 000 avant J.-C. et qu il n en prend que la fin (130 000 à 11 000 avant J.-C.), soit l âge glaciaire, pour faire simple. Ce flou ne va pas sans poser question, sur la nature de ce qu est et était l art, comme sur celle des mécanismes de sélection et sur sa place dans les lignées d Homo. Suivant la psychologie évolutionniste, Denis Dutton liste quatorze traits dits universels de l esprit humain (p. 43-44) et aborde ensuite (p. 83 sq.) la question de l art et de la sélection naturelle et les place (p. 96) dans une «esthétique darwinienne» où les formes d art sont liées à des intérêts, préférences et capacités universelles des hommes du Pléistocène. Son explication imagine des adaptations ancestrales à l environnement qui auraient perduré. Cette théorie dépend de l adhésion à la psychologie évolutionniste et de l acceptation d un Homo «artisticus» définitivement achevé au Pléistocène. Puis l auteur s attache (p. 103 sqq.) à donner un intérêt fonctionnel historique aux usages des fictions, de l art et du récit, qui ouvrirait plus largement le cerveau à la complexité que les réponses routinières à l environnement antérieures au Pléistocène. Cette assertion pose le problème du dépassement des réponses instinctives («animales») chez les différentes lignées d homininés avant, pendant et après le Revue de synthèse : tome 133, 6 e série, n 4, 2012, p. 597-615. DOI 10.1007/s11873-012-0206-3
TABLES DU TOME 133 ANNÉE 2012 N 1/2012 SOCIOLOGIE GÉNÉRALE ÉLÉMENTS NOUVEAUX Présentation Sociologie générale. Éléments nouveaux, par Éric Br i a n... 1-4 Articles Processus cognitifs, interactions et structures sociales, par Aaron V. Ci c o u r e l... 5-45 Où en est la sociologie générale? (Première partie), par Éric Br i a n... 47-74 Expert Knowledge and Video-Aided Ethnography. A Methodological Account, par Dafne Mu n ta n y o l a-sa u r a... 75-100 Image et sciences sociales. Une expérience de formation audiovisuelle en licence de sociologie, par Marie Ja i s s o n et Nadine Mi c h a u... 101-115 Essai Le pragmaticisme comme épistémologie sociale, par Olivier Da u d é... 117-138 Revue critique Excellences et diversités in situ, par Yann Renisio... 139-145 Chronique de la recherche Roger Hahn (1932-2011), par James E. McCl e l l a n III... 147-150 Comptes rendus Reproductions... 151-165 Revue de synthèse : tome 133, 6 e série, n 4, 2012, p. 617-624. DOI 10.1007/s11873-012-0207-2
618 Revue de synthèse : TOME 133, 6 e SÉRIE, N 4, 2012 N 2/2012 PRATIQUES PROFESSIONNELLES DE LA PAROLE (EUROPE, x i i e -x v i i i e siècle) Présentation Pratiques professionnelles de la parole (Europe, x i i e -x v i i i e siècle), par Marie Bo u h a ï k-gi r o n è s... 167-173 Articles L ars dictaminis entre enseignement et pratique (x i i e -x i v e siècle), par Benoît Gr é v i n... 175-193 Apprendre à lire les Sentences de Pierre Lombard à l Université de Paris (xiii e -x i v e siècles), par Claire An g o t t i... 195-213 Le travail de négociation à Barcelone au x v e siècle, par Stéphane Pé q u i g n o t. 215-233 Le théâtre dans la formation oratoire des écoliers au x v i e siècle, par Katell Lav é a n t... 235-250 Des professionnels de la chaire dans la France de l Âge classique, par Isabelle Br i a n... 251-272 Les Berlaimonts. Manuels plurilingues à l usage des marchands, x v i e -x v i i i e siècles, par Jochen Ho o c k... 273-288 Comptes rendus Langues, paroles et transactions... 289-313
TABLES DU TOME 133, ANNÉE 2012 619 N 3/2012 HEURISTIQUE DES LANGUES Présentation Languages are scientific workplaces and not simply vehicles for scientific ideas, par Éric Br i a n... 315-318 Articles Logique, probabilité et rhétorique dans l argumentation juridique, par Angela Pa l e r m o... 319-344 La langue des sciences sociales dans le Tableau historique de Condorcet, par Jean-Pierre Sc h a n d e l e r... 345-367 La philosophie analytique ou les promesses d une pensée technologique, par Frédéric Pa s c a l... 369-392 Chronique de la recherche Un manifeste pour l histoire intellectuelle. Le Dictionnaire des concepts nomades, par Sophie Ro u x... 393-400 Varia Où en est la sociologie générale? (Seconde partie), par Éric Br i a n... 401-444 Revue critique Histoire de la médecine : un renouveau historiographique, par Rafael Ma n d r e s s i... 445-449 Comptes rendus Langage et cultures savantes... 451-469
620 Revue de synthèse : TOME 133, 6 e SÉRIE, N 4, 2012 N 4/2012 ESTHÉTIQUE DE LA TECHNIQUE Présentation Esthétique de la technique, par Sophie A. de Beaune et Liliane Hilaire-Pérez... 471-476 Articles Motifs utilitaires et autonomie artistique. La forme architecturale et ses fonctions, par Estelle Th i b a u lt... 477-494 «Techno-esthétique» de l économie smithienne. Valeur et fonctionnalité des objets dans l Angleterre des Lumières, par Liliane Hilaire-Pé r e z... 495-524 L invention du spectateur au x v i i i e siècle. L art est usage, par Fabienne Br u g è r e... 525-544 Revues critiques Entrer dans l époque techno-esthétique, par Jean-Hugues Ba rt h é l é m y... 545-550 Une esthétique des objets ordinaires, par Thierry Bo n n o t... 551-556 Chronique de la recherche Des techniques au design, par Vincent Be a u b o i s... 557-563 Varia Une réévaluation de la métaphore théâtrale chez Goffman, par Mathias Th u r a... 565-596 Comptes rendus Le beau et l utile... 597-615
TABLES DU TOME 133, ANNÉE 2012 621 TABLE ALPHABÉTIQUE DES AUTEURS DE L ANNÉE 2012 An g o t t i (Claire), Apprendre à lire les Sentences de Pierre Lombard à l Université de Paris (xiii e -x i v e siècles)... 195-213 Ba rt h é l é m y (Jean-Hugues), Entrer dans l époque techno-esthétique... 545-550 Be a u b o i s (Vincent), Des techniques au design... 557-563 Bo n n o t (Thierry), Une esthétique des objets ordinaires... 551-556 Bo u h a ï k-gi r o n è s (Marie), Pratiques professionnelles de la parole (Europe, x i i e -x v i i i e siècle) (Présentation, n 2, 2012)... 167-173 Br i a n (Éric), Languages are scientific workplaces and not simply vehicles for scientific ideas (Présentation, n 3, 2012)... 315-318 Br i a n (É.), Où en est la sociologie générale? (Première partie)... 47-74 Br i a n (É.), Où en est la sociologie générale? (Seconde partie)... 401-444 Br i a n (É.), Sociologie générale. Éléments nouveaux... 1-4 Br i a n (Isabelle), Des professionnels de la chaire dans la France de l Âge classique... 251-272 Br u g è r e (Fabienne), L invention du spectateur au x v i i i e siècle. L art est usage... 525-544 Ci c o u r e l (Aaron V.), Processus cognitifs, interactions et structures sociales.. 5-45 Da u d é (Olivier), Le pragmaticisme comme épistémologie sociale... 117-138 de Beaune (Sophie A.), voir Hilaire-Pérez (Liliane) et de Beaune (Sophie A.) Gré v i n (Benoît), L ars dictaminis entre enseignement et pratique (x i i e - x i v e siècle)... 175-193 Hilaire-Pé r e z (Liliane), «Techno-esthétique» de l économie smithienne. Valeur et fonctionnalité des objets dans l Angleterre des Lumières... 495-524 Hilaire-Pé r e z (Liliane) et De Be a u n e (Sophie), Esthétique de la technique (Présentation, n 4, 2012)... 471-476 Ho o c k (Jochen), Les Berlaimonts. Manuels plurilingues à l usage des marchands (x v i e -x v i i i e siècle)... 273-288 Jaisson (Marie) et Michau (Nadine), Image et sciences sociales. Une expérience de formation audiovisuelle en licence de sociologie... 101-115 Lav é a n t (Katell), Le théâtre dans la formation oratoire des écoliers au x v i e siècle... 235-250
622 Revue de synthèse : TOME 133, 6 e SÉRIE, N 4, 2012 Ma n d r e s s i (Rafael), Histoire de la médecine : un renouveau historiographique... 445-449 Mc Cl e l l a n III (James E.), Roger Hahn (1932-2011)... 147-150 Mi c h a u (Nadine), voir Ja i s s o n (Marie) et Mi c h a u (Nadine) Mu n ta n y o l a-sa u r a (Dafne), Expert Knowledge and Video-Aided Ethnography. A Methodological Account... 75-100 Pa l e r m o (Angela), Logique, probabilité et rhétorique dans l argumentation juridique... 319-344 Pa s c a l (Frédéric), La philosophie analytique ou les promesses d une pensée technologique... 369-392 Pé q u i g n o t (Stéphane), Le travail de négociation à Barcelone au x v e siècle... 215-233 Renisio (Yann), Excellences et diversités in situ... 139-145 Ro u x (Sophie), Un manifeste pour l histoire intellectuelle. Le Dictionnaire des concepts nomades... 393-400 Sc h a n d e l e r (Jean-Pierre), La langue des sciences sociales dans le Tableau historique de Condorcet... 345-367 Th i b a u lt (Estelle), Motifs utilitaires et autonomie artistique. La forme architecturale et ses fonctions... 477-494 Th u r a (Mathias), Une réévaluation de la métaphore théâtrale chez Goffman. 565-596 Comptes rendus par Ba r i d o n (Laurent), Be n z o n i-gava g e (Sylvie), Bo n t e m s (Vincent), Br i a n-ja i s s o n (Florence), Ch a n d e l i e r (Joël), d e Be a u n e (Sophie A.), Fe r r a r i (Emiliano), Fo u r n e l (Jean-Louis), Fr a n c f o rt (Henri-Paul), Ge s s n e r (Samuel), Gr e u b (Yan), Gr é v i n (Benoît), Hé l a ry (Xavier), Ho o c k (Jochen), Kö n i n g-pr a l o n g (Catherine), La z z a r i n i (Isabella), Ma r c e l (Jean-Christophe), Pa l s k y (Gilles), Pé q u i g n o t (Stéphane), Traversier (Mélanie).
TABLES DU TOME 133, ANNÉE 2012 623 TABLES ALPHABÉTIQUES DES OUVRAGES ANALYSÉS DE L ANNÉE 2012 Robots étrangements humains, dossier thématique de Gradhiva, revue d anthropologie et d histoire des arts, coordonné par Denis Vi d a l et Emmanuel Gr i m a u d, n 15, 2012 (V. Bo n t e m s)... 611-615 Rome et la science moderne. Entre Renaissance et Lumières, études réunies par Antonella Ro m a n o (S. Ge s s n e r)... 453-456 An d r e t ta (Stefano), Pé q u i g n o t (Stéphane), Sc h a u b (Marie-Karine), Wa q u e t (Jean-Claude) et Wi n d l e r (Christian), dir., Paroles de négociateurs. L entretien dans la pratique diplomatique de la fin du Moyen Âge à la fin du x i x e siècle (J.-L. Fo u r n e l)... 305-310 Besse (Jean-Marc), Bl a i s (Hélène) et Su r u n (Isabelle), dir., Naissances de la géographie moderne (1760-1860). Lieux, pratiques et formation des savoirs de l espace (G. Pa l s k y)... 456-459 Dakhlia (Jocelyne), Lingua franca. Histoire d une langue métisse en Méditerranée (B. Gr é v i n)... 300-302 Du d o u e t (François-Xavier) et Gr é m o n t (Éric), Les Grands Patrons en France. Du capitalisme d État à la financiarisation (V. Bo n t e m s)... 151-154 Du t t o n (Denis), The Art Instinct. Beauty, Pleasure and Human Evolution (H.-P. Fr a n c f o rt)... 597-599 Gr é v i n (Benoît), Le Parchemin des cieux. Essai sur le Moyen Âge du langage (J. Ch a n d e l i e r)... 451-453 Gr é v i n (Benoît), Rhétorique du pouvoir médiéval. Les Lettres de Pierre de la Vigne et la formation du langage politique européen (xiii e -x v e siècle) (I. La z z a r i n i)... 298-300 Hurel (Armand) et Coye (Noël), dir., Dans l épaisseur du temps. Archéologues et géologues inventent la préhistoire (S.A. d e Be a u n e)... 599-602 Ko s m a n n-sc h wa r z b a c h (Yvette), The Noether Theorems, Invariance and Conservation Laws in the Twentieth Century, traduction de Bertram E. Sc h wa r z b a c h (S. Be n z o n i-gava g e )... 464-466 Ku p i e c (Jean-Jacques), Ga n d r i l l o n (Olivier), Mo r a n g e (Michel) et Si l b e r s t e i n (Marc), dir., Le Hasard au cœur de la cellule. Probabilités, déterminisme, génétique (F. Br i a n-ja i s s o n)... 466-469
624 Revue de synthèse : TOME 133, 6 e SÉRIE, N 4, 2012 Le Br e t o n (David), Éclats de voix. Une anthropologie des voix (M. Tr av e r s i e r)... 311-313 Le s c o u r r e t (Marie-Anne), dir., Pierre Bourdieu. Un philosophe en sociologie (V. Bo n t e m s)... 156-159 Lu s i g n a n (Serge), La Langue des rois au Moyen Âge, le français en France et en Angleterre (Y. Gr e u b)... 289-293 Mo o s (Peter von), éd., Zwischen Babel und Pfingsten. Sprachdifferenzen und Gesprächsverständigung in der Vormoderne (8.-16. Jahrhundert). Akten der 3. deutsch-französischen Tagung des Arbeitskreises «Gesellschaft und individuelle Kommunikation in der Vormoderne» (GIK) in Verbindung mit dem Historischen Seminar der Universität Luzern/ Entre Babel et Pentecôte. Différences linguistiques et communication orale avant la modernité (viii e -x v i e siècle). Actes du 3 e colloque franco-allemand du groupe de recherche «Société et communication individuelle avant la modernité» (SCI) rattaché à l Institut historique de l université de Lucerne, Höhnscheid (Kassel) 16-19.11.2006 (S. Pé q u i g n o t)... 293-295 Mo s t (Glenn W.), Thomas l incrédule, traduit de l américain par Isabelle Wi e n a n d (C. Kö n i g-pr a l o n g)... 461-463 Pé q u i g n o t (Stéphane), Au nom du roi. Pratique diplomatique et pouvoir durant le règne de Jacques II d Aragon (1291-1327) (X. Hé l a ry)... 296-297 Pinto (Louis), La Théorie souveraine. Les philosophes français et la sociologie au x x e siècle (J.-C. Ma r c e l)... 154-156 Ro t h b a rt (Daniel), Philosophical Instruments. Minds and Tools at Work, préface de Rom Ha r r é (V. Bo n t e m s)... 160-162 Sa a d a (Julie), dir., Hobbes, Spinoza ou les politiques de la parole (E. Fe r r a r i)... 302-304 Sa f i n a (Carl), The View From Lazy Point. A Natural Year in an Unnatural World (V. Bo n t e m s)... 162-165 Sa l a n s k i s (Jean-Michel), Le Monde du computationnel (V. Bo n t e m s)... 608-611 Sava r y (Jacques), Le Parfait Négociant, édition critique et commentaires par Edouard Ri c h a r d (J. Ho o c k)... 459-461 Sc h a e f f e r (Jean-Marie), Théorie des signaux coûteux, esthétique et art, présentation de Suzanne Fo i s y (H.-P. Fr a n c f o rt)... 606-608 Th i b a u lt (Estelle), La Géométrie des émotions. Les esthétiques scientifiques de l architecture en France, 1860-1950 (L. Ba r i d o n)... 603-606 Wi t t h ö f t (Harald), Die Lüneburger Saline. Salz in Nordeuropa und der Hanse vom 12.-19. Jahrhundert (J. Ho o c k)... 602-603
Instructions aux auteurs 1) La Revue de synthèse n accepte que les travaux originaux et inédits ; chaque texte proposé est soumis à deux rapporteurs au minimum ; la Rédaction se réserve le droit d apporter toute correction de forme ; les corrections d auteurs ne sont pas acceptées sur les épreuves. 2) Les articles ne doivent pas excéder, en principe, 80 000 signes (notes et espaces compris). Ils sont accompagnés de ses titres, résumés et mots-clés en français et en anglais, et autant que possible, de ses titres, résumés et mots-clés dans les autres langues employées par la Revue (allemand, arabe, chinois, espagnol, japonais). Dans les langues qui utilisent l alphabet latin, ces résumés ne doivent pas excéder 550 signes (espace compris). L ensemble des mots-clés, dans les mêmes langues, ne doivent pas excéder 60 signes (espace compris). Il est inutile de répéter dans les mots-clés, les mots présents dans les titres et résumés : il est préférable de recourir à des nomenclatures établies. 3) Les comptes rendus et les revues critiques sont préparés à la demande de la Rédaction. Leurs ordres de grandeur respectifs sont 8 000 et 15 000 signes (espaces compris). Les comptes rendus ne comportent pas de note de bas de page. 4) Pour chaque personne mentionnée dans le texte, à la première occurrence, on indiquera ses noms et prénoms usuels. Une liste des références bibliographiques, en fin d article, mentionnera les ouvrages auxquels l auteur a eu effectivement recours, avec l indication précise de son édition. Cette liste, classée par ordre alphabétique et chronologique pour chaque auteur, doit être conforme aux modèles suivants : Berr (Henri), 1898, La Synthèse des connaissances et l histoire. Essai sur l avenir de la philosophie, Paris, Hachette. Berr (Henri), 1900, «Sur notre programme», Revue de synthèse historique, t. I, n 1, p. 1-8. Berr (Henri), 1920, «Introduction générale», dans Perrier (Edmond), La Terre avant l histoire. Les origines de la vie et de l homme, Paris, La Renaissance du livre, p. v-xxvi. 5) Les citations apparaîtront entre guillemets ; si leur longueur excède trois lignes, elles seront isolées dans un paragraphe indépendant. Dans tous les cas, elles seront suivies d un appel de note de bas de page selon ce modèle : Berr, 1898, p. 20. Dans de rares cas (ouvrages religieux dont la tradition a consacré un système de références ; ouvrages antiques aux très nombreuses rééditions pour lesquels une édition de référence particulière est indiquée dans la liste en fin d article), on pourra se contenter de préciser une mention conforme à l usage spécialisé. 6) L article sera accompagné d une notice, d au plus 450 signes (espaces compris), sur chaque auteur, qui précise sa date de naissance, ses fonctions officielles, les objets de ses recherches, une publication récente, l adresse postale de l auteur, son adresse électronique et l éventuelle URL d une page d information (sur le modèle de la première page des articles du présent numéro). 7) Les manuscrits doivent être envoyés : - sous forme électronique, à l adresse suivante : revuedesynthese@ens.fr ; - ou bien, sous forme papier, à : Rédaction de la Revue de synthèse, 45, rue d Ulm, F-75005 Paris. Chaque texte est examiné par 2 à 3 lecteurs, pour la plupart membres du comité, et discuté lors de ses réunions. Les auteurs sont informés de l avis de la Rédaction par une brève note synthétique. Les évaluations détaillés des lecteurs ne sont communiqués ni aux auteurs, ni aux éventuels animateurs de dossier électronique. Avertissement Les versions électronique et papier de la Revue sont identiques. La Revue ne publie que les textes qu elle a examinés et acceptés. Ils n engagent toutefois, sur le fond, que leurs auteurs. La Revue encourage le débat autour des textes qu elle publie. Elle accueille les articles qui lui seraient proposés au titre d un droit de réponse et les examine selon les mêmes règles que tout autre texte qui lui serait soumis.
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Esthétique de la technique La technique est-elle forcément laide? La beauté est-elle nécessairement inutile? Ces questions courraient depuis l Antiquité. Les modernes paraissent les avoir tranchées en dissociant esthétique et technique. Pourtant la richesse sémantique du terme «art(s)» à l Âge classique éveille la curiosité. Et les préhistoriens y sont revenus par des voies nouvelles. Parallèlement, il est aujourd hui question de techno-esthétique. Présentation Liliane Hilaire-Pérez et Sophie A. de Beaune Esthétique de la technique Articles Estelle Thibault Motifs utilitaires et autonomie artistique. La forme architecturale et ses fonctions Liliane Hilaire-Pérez «Techno-esthétique» de l économie smithienne. Valeur et fonctionnalité des objets dans l Angleterre des Lumières Fabienne Brugère L invention du spectateur au xviii e siècle. L art est usage Chronique de la recherche Vincent Beaubois Des techniques au design Varia Mathias Thura Une réévaluation de la métaphore théâtrale chez Goffman Comptes rendus Le beau et l utile Tables annuelles Revues critiques Jean-Hugues Barthélémy Entrer dans l époque techno-esthétique Thierry Bonnot Une esthétique des objets ordinaires 24,50 euros ISSN : 0035-1776 ISBN : 978-2-8178-0416-3