initiatives tango Piano-Tango À l origine de nos projets, bien souvent, un rêve! Ça commence par une envie, un défi qu on se lance à la fanfaronnade, un challenge au goût d impossible... De cet élan naît une intention qui se révèle être une énergie puissante et créatrice, capable de nous entraîner sur les chemins de la réalisation. Bernard Cohen a fait ce rêve à 56 ans! Sa démarche personnelle, afin d améliorer sa musicalité au service de sa danse, lui a offert l opportunité d une rencontre avec Diego Aubia... Le voici aujourd hui président de Piano-Tango, association qu il a créée pour organiser des stages d interprétation du tango au piano. Il a souhaité nous présenter Diego, un musicien talentueux que vous découvrirez en deuxième partie de cet article. Merci à Bernard pour son témoignage dans La Salida. Sylvie Krikorian Bernard Cohen, vous êtes président de l association Piano-Tango. Pourquoi avez-vous eu l idée de proposer des stages d interprétation du tango au piano? Les stages d interprétation du tango au piano sont nés d une triple rencontre : D abord, mon souci de maîtriser convenablement le tango au piano : lorsque j ai commencé à jouer de cet instrument, avec pour tout bagage les souvenirs de quatre ans d accordéon datant de mon adolescence, et une maîtrise convenable de cette danse, je m étais fixé comme objectif de jouer convenablement la cumparsita pour mon soixantième anniversaire! En commençant à tapoter sur des touches à 56 ans, le pari n était pas gagné, d autant qu en province, les professeurs ayant une bonne connaissance de cette musique et de la culture argentine sont rares. J ai alors cherché à participer à des stages, mais en dehors de cours particuliers et de rares rencontres multi-instrumentales, je n ai rien trouvé. Comme je voulais aussi partager ma passion avec d autres, j ai alors pensé que je ne devais pas être un cas isolé, et j ai donc décidé d organiser des stages d interprétation du tango au piano. Ensuite, la rencontre avec Diego Aubia : Lors de mon apprentissage de la danse, j étais déjà attiré par les aspects musicaux, et j avais suivi quelques cours de musicalité. C est à l occasion de ces cours que j ai rencontré Diego Aubia ; et j ai tout de suite été séduit pas la manière dont il faisait partager très simplement ses connaissances du piano et des grands musiciens du tango. C est donc tout naturellement que j ai pensé à lui lorsque j ai voulu organiser les stages. Comme je le connaissais en fait assez peu comme interprète, j ai alors été l écouter à deux reprises sur Paris (dont une fois avec le magnifique trio Nada Mas au Studio de l Ermitage), et, convaincu par sa prestation, je lui ai proposé d intervenir lors des stages. Il a rapidement accepté. Il ne restait donc plus qu à trouver un lieu! 14 La Salida n 73 avril - mai 2011
Photo : Thomas Locke Hobbs avril-mai 2011 numéro 73 initiatives tango Ce que je croyais facile à été le plus difficile! Car trouver un lieu convivial, avec un nombre important de pianos acoustiques, disponibles sur un week-end, à un coût modéré, en évitant la lourdeur de décision d un organisme public, mais sans négliger les aspects de sécurité et de gestion est particulièrement difficile. Cela a malgré tout été rendu possible par l accueil que m ont réservé les créateurs du Grenier de la Mothe, une résidence d artistes particulièrement agréable, située en pleine campagne normande, à moins de Diego, pourquoi avoir choisi la musique, et en particulier, le piano? S agit-il d une vocation spontanée, où étiez-vous dans un milieu familial de musiciens? Dans ma famille, la référence directe est mon frère ainé qui est aussi musicien. Pendant toute mon enfance et mon adolescence, ma maison fut un défilé de musiciens car mon frère avait installé une salle de répétition dans le fond du jardin. Le choix du piano fut une évidence pour moi dans la mesure où aucun autre instrument ne me procurait la même fascination. C est à l âge de dix ans que j ai commencé mes études au conservatoire de Chascomus. Je me souviens comme si c était aujourd hui de mon excitation à la sortie du premier cours. deux heures de Paris. Et qui met à notre disposition huit pianos acoustiques en boxes individuels, où chacun peut travailler à loisir ; ainsi qu une vaste salle de théâtre qui nous permet d organiser les rencontres entre le professeur et les stagiaires. Ces trois aspects ayant été réunis, le premier stage a pu avoir lieu en août 2010, et devant la satisfaction de l ensemble des participants après le premier stage, nous avons décidé d organiser deux nouveaux stages en mars et septembre 2011. Bernard Cohen interviewe Diego Aubia Quel a été votre parcours professionnel avant d arriver en France? J ai étudié au conservatoire entre dix et dix-huit ans, puis je suis allé à Buenos Aires avec la ferme intention de continuer une carrière de musicien. Peu de temps après, j ai commencé à travailler comme professeur de piano, ensembles et solfège, à la EMBA (École de Musique de Buenos Aires) où je suis resté pendant douze ans avant d arriver en Europe, tout en continuant mes études de piano de manière indépendante : Harmonie avec Cirigliano et piano avec la merveilleuse Hilda Herrera. J ai formé différents ensembles de musique populaire, composé des œuvres pour le théâtre et ensuite, on m a proposé un poste de pianiste dans l orchestre municipal de tango d Avellaneda où j ai travaillé pendant huit ans. Les dernières années avant mon arrivée en France furent comme pianiste d Ernesto Franco (premier bandonéon de l orchestre de Juan d Arienzo). La Salida n 73 avril - mai 2011 15
initiatives tango Pourquoi vous êtes-vous spécialisé dans le tango? Comment avez-vous découvert le tango? Au milieu des années 90, j ai eu ma première expérience du tango lorsque j ai intégré l orchestre-école du syndicat des musiciens argentins. Un mois plus tard, le directeur Hector Mele m a proposé d être le pianiste de l orchestre municipal de tango d Avellaneda, qu il dirigeait aussi. Ainsi, j ai eu la chance en peu de temps de commencer à jouer en étant entouré de douze musiciens professionnels très expérimentés. Ce travail fut une plateforme pour connaître d autres musiciens de tango avec lesquels j ai eu différents projets, et presque sans m en rendre compte, je me suis consacré exclusivement au tango. Pourquoi avoir choisi la France, et surtout, Paris? Je suis arrivé en France en 2004. Je m étais pris une année sabbatique pour parcourir l Europe, et je suis arrivé à Paris après six mois passés dans d autres pays. Ce fut alors un flash! Cette ville m a captivé depuis le premier instant, et je me suis dit «je pourrais vivre ici!». De plus, j ai vu qu il y avait un potentiel de travail, dans la mesure où j ai rencontré beaucoup de musiciens professionnels de tango qui y vivaient ; ensuite, ma rencontre avec Juan José Mosalini a été décisive lorsqu il m a proposé de faire partie de son orchestre. Quels sont les musiques et les musiciens qui vous inspirent le plus? Il y en a tant! Mozart, avec ses concertos pour piano et sa musique sacrée, Beethoven avec ses symphonies, Puccini pour ses opéras, les impressionnistes français, mais aussi la bossa-nova de Tom Jobim, Ella Fitzgerald chantant Cole Porter, les zambas de Cuhi Leguizamon, Salgán avec ses tangos exquis, et bien entendu Piazzolla! En France, lorsque l on évoque le tango, chacun pense à Piazzolla ; en vous écoutant, on sent que vous êtes plutôt un admirateur d Horacio Salgán. Pouvez-vous nous préciser la place respective de ces deux musiciens pour les argentins musiciens et non musiciens d aujourd hui? En effet, j admire beaucoup Salgán, comme probablement tous les pianistes de tango, et c est un compliment lorsque l on me dit que mes interprétations rappellent les siennes. C est sans aucun doute la meilleure référence pianistique du tango, comme interprète et arrangeur. De Piazzolla, je peux dire qu il a permis à toute une génération de musiciens argentins de se rapprocher du tango ; cela s est fait grâce à lui ; il a ainsi été le lien entre les jeunes musiciens et le tango. J ai découvert sa musique à mon adolescence et depuis, je n ai cessé de l écouter et de le jouer. Quels sont aussi vos autres musiciens de tango préférés? Pugliese, Di Sarli, et tant d autres... Parmi les musiciens actuels : Marconi, Mosalini avec qui j ai l honneur de travailler. Photo : Carolina Solievna 16 La Salida n 73 avril - mai 2011
avril-mai 2011 numéro 73 initiatives tango Vous avez une activité diversifiée ; on vous voit dans quelques milongas, lors de concerts purement musicaux, et vous êtes aussi professeur dans une école de musique. Où vont vos préférences? Je ne peux choisir. J aime tout ce que je fais! L enseignement est une véritable passion que j exerce depuis plus de vingt ans! Jouer dans les milongas est toujours un plaisir pour moi ; j aime cette énergie qui passe entre les musiciens et les danseurs ; c est quelque chose de magique. Et les concerts sont l essence même de ma carrière de musicien ; ils sont le moteur qui fait que je dois m améliorer continuellement. Quels sont vos futurs projets? Nombreux! En complément de me produire avec l orchestre de Juan José Mosalini, son quintette et le spectacle Noche Tango, je vais participer à plusieurs concerts avec mon trio Nada Mas, composé de Marisa Mercade (bandonéon) et Nicolas Peyrat (alto). Les prochains mois, je serai en concert aux Pays-Bas, en Suisse, au Luxembourg, en Pologne et au Japon, sans oublier plusieurs concerts en France. Je pense aussi continuer mes stages de musicalité pour les danseurs, et bien entendu, les stages de piano-tango! Qu est-ce qui vous intéressait le plus dans le projet de Piano-Tango? Je vous ai connu, Bernard, il y a quelques années. Vous aviez participé à un de mes stages de musicalité pour les danseurs et danseuses. Puis vous m avez Quinteto Mosalini contacté pour me proposer ce projet de stages pour pianistes, et l idée m a tout de suite séduit. Ce qui m a intéressé, c est le défi de travailler avec différents pianistes, de profils très variés, amateurs et professionnels ensemble, mais tous passionnés de tango. Et la possibilité de travailler en immersion totale pendant trois jours dans un cadre idéal au milieu de la campagne normande. Comment se déroulent les stages? Les cours commencent le matin, en groupe, et nous travaillons différents éléments utilisés dans le tango (types d accompagnements, modèles rythmiques, phrasés, etc.). Ensuite, ont lieu des cours individuels avec chaque stagiaire où nous étudions un répertoire sélectionné à l avance. Puis, la journée se termine avec un nouveau cours de groupe où chacun joue tour à tour devant les autres stagiaires afin que chacun puisse écouter et profiter du cours. À la fin du troisième jour, il y a le point culminant du stage avec un concert «très convivial» où nous partageons le travail réalisé ; avec des interprétations en solo, à quatre mains et à deux pianos. Propos recueillis par Bernard Cohen www.piano-tango.com La Salida n 73 avril - mai 2011 17 Photo DR
initiatives tango Les Stages en Question Quel est l objectif des stages d interprétation du tango au piano? Offrir à tout pianiste désireux de jouer du tango la possibilité de découvrir les bases de cette musique avec un professionnel maîtrisant ses aspects techniques et culturels. Et cela, quel que soit son niveau, dans un contexte détendu, mais studieux, en dehors de toute idée de concours, examen, etc. Qui sont les participants? Nos premiers stages ont été suivis par des amateurs purs, ou de jeunes professeurs de piano. Un point commun : Tous et toutes sont des passionnés... ou le sont devenus lors du stage. Quelles sont les conditions pratiques du stage? Après quelques explications générales sur la technique d interprétation du tango au début du stage, chaque stagiaire a plusieurs cours particuliers avec le professeur pendant les trois jours du stage. Un choix d arrangements étant envoyé à chaque stagiaire un mois avant le stage, chacun a pu travailler en fonction de ses possibilités et peut profiter pleinement des cours. Un piano mis à la disposition de chaque stagiaire lui permet d approfondir les apports du professeur. Et comme nous sommes hébergés en pleine campagne, rien ne distrait les stagiaires! Enfin, un concert de clôture motive chacun, même si tout se passe sans enjeu véritable et sans stress, sinon le plaisir de jouer ensemble et d écouter les amis... C est un stage très individuel? Oui, en ce sens où le piano exige un travail personnel et où il ne s agit pas d un atelier d orchestre. Non, dans la mesure où après la première journée, les cours individuels peuvent être suivis par les autres stagiaires qui profitent des explications du professeur ; et chacun peut aller et venir librement pour échanger avec le groupe, écouter ses amis, dans un cadre très ouvert et convivial. De plus, nous hébergeons les personnes désireuses d accompagner les stagiaires. Ce qui vous a le plus étonné et qui fait la spécificité de ce stage? Sans doute l émotion qui s est dégagée lors de certaines interprétations du concert de clôture (on a vu poindre une larme au coin de certains yeux...) ; et le fait que tous les participants qui ont pu se rendre disponibles pour le deuxième stage sont revenus, avec un plaisir renouvelé et une progression magnifique dans leur interprétation du tango. Votre vœu? Pouvoir continuer à former des passionnés et les voir progresser de stage en stage. Et bien entendu, que ces passionnés soient suffisamment nombreux pour assurer la continuité des stages, et pourquoi pas, créer un véritable groupe de pianistes simples amateurs ou professionnels chevronnés capables de faire partager leur émotion en interprétant au mieux le tango! Dans la convivialité et en toute simplicité. 18 La Salida n 73 avril - mai 2011
avril-mai 2011 numéro 73 initiatives tango Les conditions de la réussite? Continuer à disposer du lieu, du professeur, et de ma disponibilité pour l organisation. Le reste dépendra en fait des souhaits des stagiaires eux-mêmes, et comme toujours des opportunités. Pour notre part, nous nous efforçons de maintenir un niveau de qualité compatible avec des tarifs accessibles au plus grand nombre. Comment faire pour s inscrire à ces stages? Les conditions d inscription sont disponibles sur le site internet de l association. Le mieux est donc de consulter ce site qui est régulièrement mis à jour (www.piano-tango.com). Vous pouvez aussi contacter l association par mail (contact@piano-tango.com) ou laisser un message sur notre répondeur téléphonique au 09 63 24 02 84. Attention, le nombre de places étant limité à huit pianistes par stage, il est prudent de s inscrire très tôt. La Salida n 73 avril - mai 2011 19
initiatives tango Témoignages de participants des stages proposés par l association Piano-Tango Julie, Marie-Lise, Michèle, Robert et Bernard Quelles sont les principales difficultés posées par l interprétation du tango au piano? Pourquoi avez-vous souhaité participer à ces stages d interprétation du tango au piano? Pour découvrir un répertoire nouveau, une musique que je ne connaissais presque pas, mais qui me plaisait. Pour me donner l envie de reprendre le piano après de nombreuses années d interruption. Par goût et intérêt pour cette musique. Les accentuations, les rythmes, les harmonies très riches, les déplacements rapides. La combinaison d une main gauche très liée et d une main droite staccato. Outre les aspects techniques, qu est-ce que les stages vous ont permis de découvrir? Une grande passion! La rencontre de stagiaires passionnés de musique. La diversité, la richesse des musiques de tango, les spécificités de la musique du tango «argentin». Qu est-ce qui vous intéresse le plus dans la musique de tango? Ses harmonies, ses rythmes, ses contrastes, ses émotions. La passion, la nostalgie, un mélange de rigueur et de liberté, des rythmes subtils et variés derrière l apparente simplicité de temps très marqués. Que diriez-vous à ceux qui hésitent à participer à un tel stage? Les apprentissages sont passionnants quel que soit le niveau de chacun, et Diego sait s adapter à un public très hétérogène. Le projet est exceptionnel, l organisation et le lieu excellents. Une expérience riche sur tous les plans. 20 La Salida n 73 avril - mai 2011
la salida Bimestriel publié par l association LE TEMPS DU TANGO Directeur de la publication et responsable des abonnements : Marc Pianko : 01 46 55 22 20 Membres fondateurs Solange Bazely - Marc Pianko ont participé : Marie-Anne Furlan Irene Amuchástegui Claire Prouhet Bernardo Nudelman Mazen Kiwan Bernard Cohen Rédacteur en chef Sylvie Krikorian Comité de rédaction Sylvie Krikorian Francine Piget Martine Leygue-Peyrot Jean-Luc Thomas Alberto Epstein Responsable publicité Francine Piget Contactez-nous avant le 10 mai 2011 Tél.: 01 43 54 18 14 - pub@lasalida.info Site Internet et mailing Catherine Charmont Conception graphique Patricia Serra Claudia Zels Photos, mise en page et agenda Philippe Fassier Imprimeur Polycolor - 56, av. Jean-Jaurès - 94230 Cachan Les informations de l agenda sont gratuites et publiées sans autre critère que de nous parvenir avant le 10 mai 2011 et formatées comme indiqué sur le site. e-mail : contact@lasalida.info site : www.lasalida.info Tirage de La Salida n 73 : 1 700 exemplaires Commission paritaire - n 1114G78597 Dépot légal : à parution Toute reproduction, totale ou partielle, de cette publication est interdite sans autorisation Pour vous abonner à La Salida pour un an (5 numéros) France 15 - Étranger 19 Envoyez un chèque bancaire ou postal accompagné de vos nom, prénom, adresse et email LE TEMPS DU TANGO 73, avenue Henri Ravera 92220 Bagneux - France 78 La Salida n 73 avril - mai 2011