La transition école travail et les réseaux sociaux Monica Del Percio



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Transcription:

Institut de psychologie et éducation Faculté des lettres et sciences humaines Espace Louis-Agassiz 1 CH-2000 Neuchâtel La transition école travail et les réseaux sociaux Monica Del Percio Institut de psychologie et éducation Faculté des Lettres et Sciences Humaines, Université de Neuchâtel Université d été FREREF 2011 Introduction Cette contribution présente quelques résultats d une recherche en cours à l Institut de psychologie et éducation de l Université de Neuchâtel. Ce travail porte sur la problématique de la transition entre école et travail de jeunes considérés «à risque» sortant de la scolarité obligatoire et fréquentant des dispositifs du canton de Neuchâtel visant à favoriser leur accès à la formation ou à l emploi. A la fin de la scolarité obligatoire environ 70% des élèves suisses poursuivent une formation professionnelle de type duale, qui se déroule généralement dans deux lieux de formation: l école et l entreprise (OFFT, 2010). Si la plupart des jeunes accèdent directement à une formation du secondaire II à la fin de la scolarité obligatoire, une minorité toujours plus importante fait exception. En effet, depuis plus d une dizaine d années, des dispositifs intermédiaires connaissent une grande popularité : en 2004, ils concernaient 16 % des jeunes à la sortie de l école obligatoire, environ 21000 jeunes (Pagnossin, Armi, 2008). Ces dispositifs intermédiaires sont des programmes d une année (ou moins) qui s insèrent entre la fin de l école obligatoire et le début du secondaire II. Ces «offres de formation transitoires» ont trois fonctions principales (cités par Padiglia, 2007, p. 17): une fonction d orientation, une de compensation et une dite de «tampon systématique». La première fonction concerne l opportunité pour les jeunes fréquentant le dispositif de pouvoir s orienter dans le degré secondaire II et concevoir un projet professionnel. La deuxième fonction se réfère au fait que cette année de formation peut représenter une occasion de combler les lacunes scolaires et donc de remonter les notes insuffisantes obtenues à l école secondaire I. Troisièmement le dispositif constitue une solution provisoire en attendant le début de la formation choisie (par exemple dans le domaine de la santé où l on doit avoir atteint dix huit ans pour entrer). Dans tous les cantons suisses les dispositifs intermédiaires sont proposés par différents prestataires publics et privées, à savoir les écoles qui offrent la possibilité de suivre la 10 ème année scolaire ou le préapprentissage (un programme qui combine école et formation pratique), les offices cantonaux de la formation professionnelle, l assurance chômage et les offices des affaires sociales des communes ou des villes. Questions de recherche et cadre théorique La question de départ de ce travail de recherche est la suivante : «quels sont les facteurs de réussite de la transition école travail des «jeunes à risque?». Les définitions de la «transition école travail» sont multiples. Selon Vincens (1998) on peut définir la transition comme le passage entre un état initial et un état final. En ce qui concerne mon étude, j ai rencontré des jeunes entre 15 et 23 ans qui étaient en transition vers une formation professionnelle. J ai pris en considération comme état initial la fin de la scolarité obligatoire, j ai défini un état intermédiaire qui est constitué par le passage dans le dispositif de transition et j ai considéré comme état final le début de la formation professionnelle. La notion de «jeunes 1

à risque» vient de l anglais «youth at risk» et elle s est imposée dernièrement dans la littérature spécialisée (Häfeli, K., Schellenberg, C., 2009). Cette notion fait référence à certains facteurs liés aux jeunes, susceptibles de compromettre l épanouissement de leur identité d adultes autonomes et stables. Ils peuvent être considérés «à risque» parce qu ils vivent dans un contexte familiale difficile (d un point de vue économique ou éducatif), parce qu ils ont des difficultés scolaires (ils sortent des classes terminales de l école secondaire), parce qu ils ont un handicap physique ou psychique, et à cause de l influence d une culture étrangère. Cette notion de «jeunes à risque» a été remise en discussion par l étude de Häfeli et Schellenberg (2009) qui a essayé par contre de comprendre quels sont les facteurs de réussite personnels et structurels qui aident les jeunes à réussir leur transition de la scolarité obligatoire à la vie active. Les facteurs de réussite identifiés sont les suivants : la famille, l école et les enseignants, les loisirs et les pairs, les entreprises et les formateurs, les offres de consultation et d intervention. Ces facteurs de réussite correspondent à l environnement social du jeune. L étude de Monette & Fournier (2000) a mis en évidence que pour réussir son processus d insertion le jeune adulte a de plus en plus besoin de l appui de son environnement social. Cet environnement donne à l individu un soutien qui l appuie dans sa période de recherche d emploi et a un impact sur l estime de soi et sur le sentiment d efficacité personnelle. Ce soutien peut être de différents types : émotionnel, de conseil, de motivation, d assistance concrète et financière, de socialisation. Le soutien social provient de ce qu en sociologie on appelle les réseaux sociaux, une notion que dans les dernières années est devenue très populaire dans les sciences sociales (Dahinden, 2009). Le réseau social désigne l ensemble des ressources actuelles ou potentielles susceptibles de donner du soutien à un individu et il constitue une forme de capital social (Bourdieu, 1980). On a deux types de réseaux sociaux qui soutiennent la transition écoletravail : institutionnels (enseignants, conseillers en orientation, psychologues scolaire) et personnels (famille, cercles d amitiés, loisirs). La question de recherche à laquelle cette étude essaie de répondre est donc la suivante : «quel est le rôle des réseaux sociaux dans la transition école travail de «jeunes à risque?» L hypothèse à la base de cette question est que la réussite de la transition école travail des «jeunes à risque» est liée au développement, au maintien et à la mobilisation de leurs réseaux sociaux. Méthodologie Afin de pouvoir vérifier mon hypothèse de recherche j ai mené des entretiens semi directifs avec vingt trois jeunes fréquentant deux dispositifs de transition. Il s agit d entretiens qui ne sont ni entièrement ouverts, ni structurés par une série de questions précises. Je me suis donc servie d un guide de questions ouvertes, à propos desquelles j ai reçu une information de la part de l interviewé (Quivy, Van Campenhoudt, 1988). L objectif des entretiens était d identifier les sources de soutien effectivement présentes dans l entourage du jeune et de faire émerger le lien entre les réseaux sociaux de la personne en transition et sa trajectoire professionnelle. Les entretiens se sont déroulés de la manière suivante : dans un premier temps j ai demandé au jeune de me raconter son parcours scolaire et professionnel, son arrivée dans le dispositif et son projet professionnel. Dans la deuxième partie de l entretien j ai questionné le jeune sur ses réseaux sociaux (famille, loisirs, cercle d amitiés). La troisième partie de l entretien avait pour but de saisir les personnes de l entourage avec lesquelles le jeune avaient discuté de son avenir professionnel. J ai pu ainsi faire émerger le soutien social à disposition du jeune et le faire aussi réfléchir sur la façon dont ce soutien pourrait être exploité pour la recherche d une place d apprentissage. 2

Etudes de cas Cette partie de la contribution présente trois études de cas à partir des entretiens que j ai menés dans un dispositif de transition, le Semestre de Motivation. Le cas de Diane Diane est une jeune femme de 18 ans, elle est arrivée en Suisse en 2006 d un pays de l Europe de l Est avec son père et ses deux frères. Ses parents sont divorcés et la mère est restée dans leur pays d origine. Diane avait fait jusqu à la 8 ème année de scolarité dans son pays et quand elle est arrivée dans le canton de Neuchâtel elle s est inscrite à l école secondaire et elle restée six mois en classe d accueil pour apprendre le français. Après ce cours Diane a trouvé un premier stage comme assistante dentaire dans un village du canton, et un deuxième stage dans une ville du canton, toujours comme assistante dentaire, grâce auquel elle a été prise en préapprentissage. Elle a été ensuite engagée dans ce cabinet dentaire, où elle a fait sept mois d apprentissage, mais ensuite elle a dû arrêter cet apprentissage parce qu elle avait beaucoup de difficultés à l école, surtout en français et en culture générale. En plus, elle avait eu des problèmes au travail avec une collègue et elle avait été virée par la patronne. Elle a ensuite cherché partout une autre solution, mais au mois de mars c était déjà assez tard pour trouver une autre place d apprentissage pour le mois d août. Elle est donc partie en vacances dans son pays et au retour elle est allée voir son ancienne conseillère de l école où elle avait suivi le cours de français qui lui a parlé du Semestre de Motivation. Voici quelques extraits de l entretien : Monica : qu est ce qui te plaît du métier d assistante dentaire? Diane : tout, j aime bien travailler dans un cabinet, quand j étais petite je disais toujours : «Je veux être dentiste!». Si je fini mon apprentissage je pourrai devenir hygiéniste, mais c est un peu dur à cause du français. Je disais à mon père : «Si j étais née ici, ce serait plus facile». Monica : par rapport à ton projet d être assistante dentaire, est ce qu il y a quelqu un dans ta famille, dans ton entourage qui fait ce métier? Diane : oui, il y a mon oncle dans mon pays. Quand j étais petite j étais tout le temps dans son cabinet, je regardais. Sinon ici en Suisse je ne connais personne. Monica : mais tu as des contacts avec lui? Diane : si si, quand je vais dans mon pays des fois je travaille avec lui parce qu il a besoin. L assistante n est pas là, elle est en vacances alors moi je vais l aider parce que j aime ce métier. Dans le cas de Diane on voit très bien le rôle de son oncle qui est dentiste et avec lequel elle a pu pratiquer le métier d assistante dentaire. Le fait que Diane a travaillé avec lui dans son cabinet lui a permis de développer un fort intérêt pour cette profession et l a poussée a chercher des stages et ensuite un apprentissage en Suisse en tant qu assistante dentaire. Diane voudrait ensuite devenir hygiéniste, mais elle se rend compte que ce ne sera pas facile à cause de ses difficultés en français. Elle pense que si elle était née en Suisse elle n aurait pas eu de difficultés et elle aurait plus facilement obtenu le diplôme d assistante dentaire. 3

Le cas d Oscar Le deuxième jeune s appelle Oscar, il a 18 ans et il est arrivé en Suisse en 2000 d un pays arabe avec toute sa famille. Il a fait l école secondaire en préprofessionnelle et ensuite il est allé à l école professionnelle, où il a commencé un apprentissage d automaticien. Il a fait un an et puis il ne savait pas trop ce qu il voulait faire et alors il a préféré arrêter son contrat à la fin de l année. Il voulait se réorienter vers quelque chose qu il aimait plus et alors il est allé au Semestre de Motivation où il a eu la possibilité de faire des stages. Quand je l ai rencontré en mars 2010 il avait déjà trouvé sa place d apprentissage comme cuisinier dans un restaurant du canton. Voici quelques extraits de l interview : Monica: Sinon tu as des amis qui sont cuisiniers? Il y a quelqu un de ton entourage qui fait ce métier? Oscar: non, des copains je n ai pas tellement, mais j ai le père d un copain à moi, que lui il était cuisinier et qui m a un peu parlé de ce métier, quoi. Puis ça m a plu, j ai décidé de faire des stages et puis c était bien, quoi et j ai décidé de me lancer là dedans. Et cette fois je me lance dedans parce que c est moi qui en a envie, quoi. Monica: comment as tu trouvé cette place d apprentissage? Oscar: en fait j ai fait des stages, et puis ils m ont bien apprécié. Au début eux ils ne voulaient pas prendre d apprenti, puis ils m ont eu faire le stage, et ensuite ils ont changé d avis et m ont proposé un contrat d apprentissage. J ai dit que je voulais une semaine de réflexion, j ai parlé avec mes parents, on a discuté, j ai bien réfléchi. C est quand même une étape assez importante. J ai téléphoné, je suis allé avec mon père, on a parlé un peu et puis on a signé le contrat. Monica: et par rapport au choix du métier, tes parents sont contents? Oscar: oui, ils sont contents, ils m encouragent. Eux, ce qu ils veulent ce que j aie un papier, un CFC, quoi. L important c est ça, à notre âge c est d avoir un premier CFC. Après on entre dans la société, dans le monde du travail, on a un peu d expérience, les gens ils nous voient différemment parce qu ils se disent : «cette personne a quand même fait trois ans dans quelque chose, il est capable de faire quelque chose, ce n est pas quelqu un qui baisse les bras». Vraiment mon but c est un CFC et puis après on verra. Oscar a connu le métier de cuisinier grâce au père d un copain qui lui a parlé de cette profession. Il a ensuite décidé de faire des stages pour comprendre s il était vraiment intéressé par ce métier et il a eu des bonnes appréciations de son patron. La décision de signer le contrat d apprentissage il l a prise avec ces parents : on voit donc le rôle très important de la famille dans le processus de transition. On voit aussi comment «avoir un premier CFC» c est fondamental pour les jeunes, parce que le diplôme est considéré une sorte de clé pour entrer dans le monde des adultes. 4

Le cas de Benjamin Le troisième jeune est Benjamin, il a 19 ans, il est suisse et il a grandi dans un village du canton. Il a fait l école secondaire en section préprofessionnelle et ensuite il a fait des recherches pour trouver une place d apprentissage en tant que maçon. Il avait trouvé une place et commencé l apprentissage qu il a ensuite arrêté parce qu il n avait pas pris l école assez au sérieux et il avait aussi eu des problèmes sur le chantier avec un chef. Voici quelques extraits de l entretien : Benjamin: Il y avait deux trois problèmes sur le chantier avec un chef et ben pour finir j ai arrêté parce que ça allait plus du tout et puis le métier ne me plaisait plus non plus. Ensuite j ai des amis qui étaient ici au SeMo avant et qui m ont parlé justement du SeMo, qu ils avaient trouvé leur place par le SeMo, donc j ai demandé comment il fallait faire pour s inscrire et tout, donc je suis allé au chômage, j ai vu ma conseillère, je suis venu ici et puis Maintenant mon projet professionnel c est logisticien, donc j ai trouvé ma place comme logisticien justement et puis voilà quoi, je finis aujourd hui le SeMo. Monica : ok. Alors logisticien! Qu est ce qui te plaît de ce métier? Benjamin : eh, à la base quand j ai arrêté mon apprentissage de maçon pendant environ cinqsix mois j ai travaillé dans des boîtes intérimaires pour ne pas rien faire justement. Et puis là une fois ils m ont envoyé dans une entreprise comme logisticien justement et c est là en fait que j ai découvert le métier et puis c est un métier qui m a vraiment beaucoup plus et puis quand je suis entré au SeMo j avais ça comme objectif en fait, j avais envie de faire quelque chose là dedans parce que dans cette entreprise où j étais je ne voyais pas le temps passer, c était vraiment quelque chose qui m intéressait donc c est pour ça que je me suis basé làdessus. Dans le cas de Benjamin on voit comment des problèmes dans la relation avec le patron peuvent provoquer une rupture et une conséquente réorientation professionnelle. En plus, Benjamin s aperçoit que le travail de maçon ne lui convient pas et décide, à cause de cette raison aussi, d arrêter l apprentissage. Grâce à une société de travail temporaire Benjamin découvre ensuite le métier de logisticien et il décide de s inscrire au Semestre de Motivation pour avoir un aide dans la recherche d une place d apprentissage dans ce domaine. On voit ici le rôle du dispositif dans le processus de transition du jeune, le Semestre de Motivation est en fait en contact avec les entreprises du canton qui cherchent des apprentis. Conclusion A partir de ces trois cas on peut déjà se rendre compte de l importance du réseau familial, des cercles d amitiés et des conseillers qui offrent aux trois jeunes un soutien par rapport à l orientation vers un métier. On remarque aussi le rôle du dispositif de transition, qui aide les jeunes à trouver des stages, et souvent c est grâce au stage que le jeune peut se faire connaître par une entreprise et signer ensuite un contrat d apprentissage. On peut se demander aussi si les jeunes étrangers ont plus de peine à s insérer à cause de leurs difficultés en français, dans le cas de Diane on a vu qu au bout d un moment elle dit à son père: «si j étais née ici, ce serait plus facile». Les conflits peuvent aussi être une raison pour arrêter un apprentissage : la relation avec le patron est donc fondamentale pour le bon déroulement de l apprentissage. Finalement on peut parler d une nouvelle logique d insertion, dans le sens où la trajectoire professionnelle ne dépend pas forcement de l entourage du jeune, mais elle peut dépendre des opportunités que le jeune rencontre, comme on l a vu dans le cas de Benjamin, qui a était orienté vers le métier de logisticien «par hasard». 5

Bibliographie Bourdieu, P. (1980). Le capital social. Notes provisoires. Actes de la recherche en sciences sociales, 31, 2 3. Dahinden, J. (2009). Les réseaux sociaux. Cours donné dans le cadre du Master en Sciences Humaines et Sociales, Chaire transversale MAPS d études transnationales, Université de Neuchâtel. Häfeli, K., Schellenberg, C. (2009). Facteurs de réussite dans la formation professionnelle des jeunes à risque. Berne : CDIP OFFT (2010). La formation professionnelle en Suisse 2010 Faits et données chiffrées Monette, M. & Fournier, G. (2000). Soutien social et adaptation à la transition entre les études et le marché du travail. In Fournier, G. & Monette, M. (Eds), L insertion socioprofessionnelle : un jeu de stratégie ou un jeu de hasard? (pp. 57 76). Sainte Foy, Québec : Les Presses de l Université Laval Padiglia, S. (2007). Itinéraires de transition et solutions transitoires en Suisse. In M. Behrens (Ed.) La transition de l école à la vie active ou le constat d une problématique majeure. Neuchâtel: Institut de recherche et de documentation pédagogique (IRDP) (pp. 13 22) Pagnossin, E. & Armi, F. (2008). Recherche suisses sur les transitions entre la formation et le monde du travail depuis les années 1980. Neuchâtel : IRDP Quivy, R., Van Campenhoudt, L. (1988). Manuel de recherche en sciences sociales. Paris : Dunod. Vincens, J. (1998). L insertion professionnelle des jeunes. A la recherche d une définition conventionnelle. Formation emploi, 60, 21 36 6