Quantification du risque : calcul de la probabilité d une rupture d un pipeline d Énergie Est
Quantification du risque : calcul de la probabilité d une rupture d un pipeline d Énergie Est TransCanada propose la construction de l Oléoduc Énergie Est, qui expédierait 1,1 million de barils de pétrole brut par jour en provenance des sables bitumineux (ou sables pétrolifères) de l Alberta vers le Nouveau- Brunswick. Le projet Énergie Est est le plus important pipeline de sables bitumineux proposé de l histoire. Ce serait également le plus gros pipeline au Canada. L oléoduc à usages multiples consisterait à convertir un gazoduc vieux de 40 ans entre la Saskatchewan et l Ontario. Un nouveau pipeline serait construit dans l Est de l Ontario, et passerait par le Québec avant de se terminer dans un nouveau port d exportation à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick. Ce document d information examine la probabilité d une rupture et estime la quantité de pétrole déversée pour l Oléoduc Énergie Est proposé. Le risque d une rupture du passage intégral d Énergie Est serait de 15 pour cent par année. Une rupture catastrophique produirait le plus important déversement de pétrole de l histoire récente au Canada, soit jusqu à 30 millions de litres de bitume dilué, dans le pire des cas. Une fuite de 2,6 millions de litres pourrait également ne pas être détectée par TransCanada. Le demande de 39 000 pages soumise à l Office national de l énergie par TransCanada concernant l Oléoduc Énergie Est comporte un chapitre intitulé Projet Oléoduc Énergie Volume 6 : Accidents et défaillances Chapitre 2 : Fréquence des incidents et analyse du volume Pipeline terrestre. Ce chapitre comprend des calculs de la probabilité de défaillance d Énergie Est en fonction des taux de défaillance des pipelines en Amérique du Nord entre 2002 et 2013. 1 Pour en arriver à ces résultats, TransCanada émet l hypothèse que ses pipelines sont aussi sécuritaires que la moyenne de l industrie. Comme si un étudiant faisait référence à la moyenne de la classe plutôt qu à sa propre note. Le risque d une rupture du passage intégral d Énergie Est serait de 15 pour cent par année. Historique des ruptures catastrophiques de TransCanada Les données sur la rupture de pipelines publiées par l Office national de l énergie démontrent que Trans- Canada possède le pire dossier de sécurité au Canada, avec 17 ruptures de passage intégral depuis 1992. 2 Et la situation est encore plus catastrophique depuis quelques années, avec huit ruptures en six ans, dont quatre au cours des 22 derniers mois. Le taux de rupture de TransCanada est de mal en pis. Lorsque l historique des ruptures de TransCanada au Canada est utilisé pour calculer la probabilité de défaillance d Énergie Est, on arrive à un risque de 15 pour cent de rupture par année. Formule : probabilité de rupture = (nombre de ruptures / longueur totale des pipelines) / nombre d années X longueur du pipeline X 100 % Pour en arriver à ce résultat, le nombre de ruptures (8) 3 est divisé par le nombre de kilomètres du pipeline exploité par TransCanada au Canada (39 880 km). 4 Ce nombre est divisé par le nombre d années de la période étudiée (six dernières années, 2009-2015) 5 pour calculer le taux de rupture par kilomètre, par année. Le résultat est ensuite multiplié par le nombre de kilomètres d Énergie Est (4 600 km) afin de calculer la probabilité d une rupture chaque année quelque part dans le pipeline. Le résultat final est 0,1537, ce qui signifie un risque de 15 pour cent par année de rupture. Pendant la durée de vie prévue du projet, soit 40 ans, cela équivaut à six ruptures importantes. Le taux de rupture de TransCanada augmente depuis plus de dix ans. Si l analyse porte sur une période plus courte que six ans, la probabilité de rupture est encore plus grande. Quantification du risque : calcul de la probabilité d une rupture d un pipeline d Énergie Est 2
Difficulté à détecter les fuites et les ruptures TransCanada ne peut détecter que les fuites supérieures à 1,5 pour cent de la capacité du pipeline, 6 car leur système de surveillance «ultra-moderne» est en fait moins précis qu un pèse-personne moyen. 7 Une fuite de 1,5 pour cent entraînerait un déversement pouvant aller jusqu à 2,62 millions de litres 8 de pétrole brut par jour. En 48 heures, cela pourrait causer le pire déversement de l histoire du Canada, et TransCanada n aurait toujours aucune idée qu il y avait un problème. 9 TransCanada affirme être en mesure de détecter une rupture et d arrêter de pomper le pétrole dans un délai de 22 minutes. 10 En 22 minutes, la plus grande quantité de pétrole pouvant s écouler du pipeline Énergie Est serait de 2,67 millions de litres. 11 Il faut ajouter à cela l écoulement automatique, soit la quantité de pétrole se trouvant entre les soupapes à proximité et qui est déversée après l arrêt du pompage, alors que la gravité attire le pétrole hors du pipeline à partir d une hauteur plus élevée que celle de la rupture. La quantité déversée est influencée par la topographie locale, le diamètre du pipeline, la pression, l emplacement de la soupape et le temps de réponse. 12 Actuellement, les valves situées le long du pipeline sont séparées d environ 30 kilomètres, ce qui signifie qu un maximum de 27 millions de litres supplémentaires 13 de pétrole brut pourraient être déversés, pour un total d un peu moins de 30 millions de litres. Défis posés par le bitume dilué L Oléoduc Énergie Est expédierait le bitume dilué produit dans les sables bitumineux. Le bitume dilué est créé en diluant le bitume épais avec divers produits chimiques toxiques et explosifs afin de le rendre assez fluide pour le transport. En juillet 2010, un pipeline d Enbridge a éclaté au Michigan, causant ainsi un déversement de 3,2 millions de litres 14 de bitume dilué dans la rivière Kalamazoo. Contrairement au pétrole brut conventionnel, qui flotte sur l eau, les diluants se sont évaporés et le bitume a coulé jusqu au lit de la rivière, compliquant ainsi grandement le nettoyage. 15 Cinq ans et 1,2 milliard USD plus tard, il y a encore du bitume submergé dans le fond de la rivière. Une récente ébauche de document rédigée par le gouvernement fédéral a démontré qu il existe très peu de renseignements sur les caractéristiques physiques et chimiques des produits liés aux sables bitumineux suite à un déversement dans l eau. Le document indique un manque de recherches sur les répercussions biologiques des produits liés aux sables bitumineux sur les organismes aquatiques, et qu une meilleure compréhension du sort et du comportement de ces produits est essentielle à l évaluation du risque potentiel pour les organismes aquatiques. 16 Causes potentielles d une rupture de pipeline catastrophique En 1990, un glissement de terrain majeur sur la rivière Nipigon a exposé une section d un gazoduc enfoui de TransCanada. 17 Ce gazoduc fait partie du même système de pipeline principal qui serait partiellement converti dans le cadre du projet Énergie Est. Le glissement de terrain a causé l exposition de plus de 70 mètres du gazoduc, qui était demeuré suspendu sans aucun soutien. S il avait été rempli de pétrole, il aurait été beaucoup plus lourd, et par conséquent, plus enclin à éclater. En 1995, à Rapid City, en Manitoba, l un des principaux gazoducs de TransCanada (100-4) a éclaté et explosé, causant ainsi des dommages à un pipeline adjacent (100-3). 18 Pour une grande partie du trajet prévu d Énergie Est, le gazoduc converti se trouvera à quelques mètres seulement des autres gazoducs. Près de la moitié des ruptures du pipeline principal ont été causées par la corrosion sous tension et le craquage, la corrosion externe, et les défaillances du revêtement et de la soudure. Cela soulève d importantes questions concernant la conception, la construction et l entretien de ces pipelines. Quantification du risque : calcul de la probabilité d une rupture d un pipeline d Énergie Est 3
Dénonciateurs de TransCanada Au cours des dernières années, deux anciens employés de TransCanada ont dénoncé l entreprise, en mettant la population en garde que la culture de TransCanada est incohérente avec la réglementation et les pratiques d excellence en matière de sécurité du pipeline. Evan Vokes, un ex-ingénieur de TransCanada, a soulevé des préoccupations incitant l Office national de l énergie (ONE) à procéder à une vérification qui a démontré que TransCanada était non conforme à plusieurs égards importants en matière de sécurité. 19 Depuis ce temps, un autre dénonciateur a allégué des violations au code de sécurité du gaz naturel, notamment des réparations déficientes ou retardées, une soudure bâclée et l omission de signaler des problèmes graves à l ONE. 20 En avril 2013, une inspection obligatoire du pipeline Keystone 1 de TransCanada a démontré qu une section du mur du pipeline était corrodé à 95 pour cent, le laissant ainsi aussi mince qu une feuille de papier, et forçant l entreprise à le fermer immédiatement. 21 Ce pipeline avait été construit seulement deux ans auparavant. Evan Vokes, ancien ingénieur des matériaux à TransCanada Conclusion TransCanada assure aux résidents se trouvant le long du trajet de l Oléoduc Énergie Est proposé qu elle peut rapidement détecter une rupture de pipeline et intervenir en conséquence. Le dossier de sécurité de Trans- Canada au Canada indique qu il existe un risque de 15 pour cent par année qu une rupture survienne. Un déversement provenant de l Oléoduc Énergie Est constituerait le pire déversement de pétrole de l histoire canadienne récente, soit jusqu à 30 millions de litres de bitume dilué, dans le pire des cas. Une fuite pouvant aller jusqu à 2,6 millions de litres par jour risquerait de ne pas être détectée par TransCanada. Tel que l a démontré un déversement dans le Nord de l Alberta en juillet 2015, lorsqu un pipeline de Nexen a éclaté, entraînant ainsi le déversement d environ 5 millions de litres de bitume, de sable et d eaux usées sur une superficie de plus de 16 000 mètres carrés, les fuites massives peuvent s avérer non détectées, et causer des dommages parfois irréparables à l environnement. L accroissement de ce risque est une décision à laquelle tous les Canadiens ont le droit de participer, et il doit être possible de dire «non» à un tel projet. Quantification du risque : calcul de la probabilité d une rupture d un pipeline d Énergie Est 4
Notes 1. https://docs.neb-one.gc.ca/ll-eng/llisapi.dll/fetch/2000/90464/90552/2432218/2540913/2543426/2543068/esa_v6_s2_ IncidentFreqVol_-_A4E1F3.pdf?nodeid=2543678&vernum=-2 2. Remarque : le total de cette rupture comprend Nova Gas Transmission Ltd., une filiale à cent pour cent de TransCanada. http://www.neb-one.gc.ca/sftnvrnmnt/sft/pplnrptr/index-eng.html 3. http://www.neb-one.gc.ca/sftnvrnmnt/sft/pplnrptr/index-eng.html 4. Remarque : nombre total de km de NGTL System, Canadian Mainline et Foothills System au Canada. http://www.transcanada.com/natural-gas-pipelines.html 5. Ce rapport est fondé sur une période de six ans, car c est la période durant laquelle TransCanada avait un nombre fixe de pipelines. 6. http://www.ledevoir.com/environnement/actualites-sur-l-environnement/430234/energie-est-une-premiere-etude-independante-montre-des-failles-de-securite. 7. http://www.biomedcentral.com/1471-2458/13/1194 8. Capacité de 174 886 030 litres X 1,5 % = 2,623 millions de litres. Également mentionné dans : http://www.ledevoir.com/ environnement/actualites-sur-l-environnement/430234/energie-est-une-premiere-etude-independante-montre-des-faillesde-securite 9. http://www.cbc.ca/news2/interactives/pipeline-incidents/ 10. Commission de l énergie de l Ontario, projet Oléoduc Énergie Est de Transcanada Pipelines Limited : évaluation des répercussions sur la sécurité du pipeline, mars 2015. 11. La capacité quotidienne du pipeline de 1,1 million de barils est convertie à 174 886 030 litres, divisé par 1 440 minutes par jour, et multiplié par 22 minutes, pour un total de 2 671 870 litres. 12. https://books.google.ca/books?id=brioo0e667ac&pg=pa382&lpg=pa382&dq=pipeline+draindown+after+rupture&source= bl&ots=lieb5beo_h&sig=yrx0o5lrmqodd2hcvlxmehtdfm8&hl=en&sa=x&ved=0cdoq6aewbgovchmiwr7qzkxgxgivgdq ech0xwwrl#v=onepage&q=pipeline%20draindown%20after%20rupture&f=false 13. Le pipeline contiendrait environ 900 litres de pétrole brut par mètre linéaire. 900 litres X 30 000 mètres = 27 millions. 14. http://www.epa.gov/region5/enbridgespill/ 15. http://www.desmogblog.com/2015/03/19/science-vs-spin-dilbit-sinks-real-world-not-studies-funded-oil-industry 16. http://www.cbc.ca/news/technology/bitumen-spill-effects-on-waterways-oceans-unknown-draft-federal-reportsays-1.2940083 17. http://scholarsmine.mst.edu/cgi/viewcontent.cgi?article=2137&context=icchge 18. http://www.tsb.gc.ca/eng/rapports-reports/pipeline/1995/p95h0036/p95h0036.asp 19. http://www.theglobeandmail.com/report-on-business/industry-news/energy-and-resources/transcanada-non-compliantwith-federal-rules-audit-finds/article17072933/ ; http://thetyee.ca/news/2014/02/26/whistleblower_complaints_validated/ 20. http://ca.reuters.com/article/domesticnews/idcakbn0me2ms20150318 21. http://www.desmogblog.com/2015/04/30/exclusive-transcanada-keystone-1-pipeline-suffered-major-corrosion-only-twoyears-operation-95-worn-one-section Quantification du risque : calcul de la probabilité d une rupture d un pipeline d Énergie Est 5
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