robert choquette Robert Choquette (1905-1991) est né à Manchester, aux États-Unis. Installé très jeune à Montréal avec ses parents, il entreprend une carrière littéraire en 1925 avec un recueil de poésie, À travers les vents, qui lui vaut le Prix David, distinction qu il obtient à nouveau en 1931 avec Metropolitan Museum, un deuxième recueil. Ses radioromans, La pension Leblanc, Le curé du village et La pension Velder, lui assurent la renommée. On lui doit encore Suite marine (1953) et Le sorcier d Anticosti (1975), un recueil de légendes canadiennes qu il avait présentées à la radio. Ses poésies ont été réunies en deux volumes sous le titre Œuvres poétiques, dans la prestigieuse collection du «Nénuphar» aux Éditions Fides. Membre fondateur de l Académie des lettres du Québec, Robert Choquette a également été diplomate au cours des années 1960, comme consul général du Canada à Bordeaux et ambassadeur du Canada en Argentine. le sorcier d anticosti Robert Choquette a apporté une importante contribution à la conservation du patrimoine littéraire et culturel du Québec. Dans Le sorcier d Anticosti, il a regroupé seize des meilleures légendes québécoises qu il a adaptées des grands auteurs du xix e siècle. Les versions qu il propose de chacune suivent de près les textes des Philippe Aubert de Gaspé, Joseph-Charles Taché, Louis Fréchette, Honoré Beaugrand et quelques autres. Toutefois, il y ajoute toujours une touche personnelle qui traduit en quelque sorte l évolution des mentalités d un siècle à l autre. Même si la légende n est plus objet de croyance, comme elle pouvait l être dans la société traditionnelle, celles de Choquette continuent à enrichir et à alimenter l imaginaire québécois.
le sorcier d anticosti
Robert Choquette Le sorcier d Anticosti et autres légendes canadiennes Présentation d Aurélien Boivin
Photo de la couverture : BrendanHunter/iStockphoto Conception de la couverture : Bruno Lamoureux Mise en pages : Marie-Josée Robidoux Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada Choquette, Robert, 1905-1991 Le sorcier d Anticosti [Sorcier d Anticosti et autres légendes canadiennes] (Biblio Fides) Publié antérieurement sous le titre : Le sorcier d Anticosti et autres légendes canadiennes. 1975. Publié à l origine dans la collection: Collection du Goéland. isbn 978-2-7621-3580-0 [édition imprimée] isbn 978-2-7621-3581-7 [édition numérique PDF] isbn 978-2-7621-3582-4 [édition numérique epub] I. Titre. II. Titre: Sorcier d Anticosti et autres légendes canadiennes. III. Collection: Biblio Fides. PS8505.H65S67 2013 C843.52 C2013-942074-6 PS9505.H65S67 2013 Dépôt légal : 4 e trimestre 2013 Bibliothèque et Archives nationales du Québec Groupe Fides inc., 2013 La maison d édition reconnaît l aide financière du Gouvernement du Canada par l entremise du Fonds du livre du Canada pour ses activités d édition. La maison d édition remercie de leur soutien financier le Conseil des Arts du Canada et la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC). La maison d édition bénéficie du Programme de crédit d impôt pour l édition de livres du Gouvernement du Québec, géré par la SODEC. imprimé au canada en octobre 2013
Présentation Robert Choquette est surtout connu aujourd hui comme poète et comme romancier. Ses deux premiers recueils de poésie, À travers les vents (1925) et Metropolitan Museum (1931), lui ont valu le prix de poésie du gouvernement de la province de Québec en 1926 et en 1932. La Société des poètes canadiens l a même proclamé «prince des poètes du Canada français» en 1962, quelques années après la parution de ses Œuvres poétiques (1956), en deux volumes, dans la prestigieuse collection du Nénuphar. Ses romans, La pension Leblanc (1927), Les Velder (1941) et Élise Velder (1958), ont rejoint un large public, les deux derniers surtout, puisqu ils ont été présentés en feuilleton, l un à la radio, l autre à la télévision. Plusieurs ignorent qu il fut un auteur de radioromans et de dramatiques très prolifique, ainsi que le confirment les travaux de Pierre Pagé et de Renée Legris 1. Seuls les spécialistes savaient qu il avait aussi écrit des légendes qu il a 1. Pierre Pagé, avec la collaboration de Renée Legris et Louise Blouin, Répertoire des œuvres de la littérature radiophonique québécoise 1930-1970, Montréal, Fides, 1975, 826 p. voir p. 156-192 (Collection «Archives québécoises de la radio et de la télévision», vol. i). Pierre Pagé et Renée Legris, Répertoire des dramatiques québécoises à la télévision 1952-1977, Montréal, Fides, 1977, 252 p. 7
confiées, en 1975, à Raymonde Martin, directrice de la nouvelle collection du Goéland, chez Fides, après qu elle le lui eût demandé, ainsi qu il le précise dans la préface du recueil richement illustré par Michèle Théorêt 2. Circonstances de composition Comment Robert Choquette a-t-il été attiré par les légendes québécoises? D abord, il faut savoir que l écrivain a eu la chance de travailler avec Marius Barbeau, «faisant avec lui de fréquentes randonnées à travers le Québec», ainsi que le précise sa biographe Renée Legris, car il était convaincu que «le folklore [était] une richesse culturelle qu il [fallait] faire connaître et conserver 3». En 1932, après avoir préparé une série d émissions radiophoniques intitulée Au coin du feu, où il se familiarise avec le folklore québécois et où il «apprend à utiliser d une façon dynamique une langue «populaire» dont il connaîtra par la suite les usages multiples 4», il présente à CKAC Les Légendes du Saint-Laurent. Il s agit de vingt adaptations dialoguées et dramatisées d autant de légendes voir p. 54-59 (Collection «Archives québécoises de la radio et de la télévision», vol. iii). 2. Le Sorcier d Anticosti et autres légendes canadiennes, illustrations de Michèle Théorêt, Montréal, Fides, 1975, 123 p. (Collection du Goéland). 3. Renée Legris, Robert Choquette, romancier et dramaturge de la radio-télévision, Montréal, Fides, 1977, 287 p., voir p. 40. (Collection «Archives québécoises de la radio et de la télévision», vol. II). 4. Ibid., p. 41. 8
qui ont profondément marqué l imaginaire laurentien. C est sur l insistance de Luc Lacourcière, alors directeur des Archives de folklore de l Université Laval, qui lui réclamait le manuscrit de ses émissions, que Choquette a accepté de remplacer la forme dialoguée de ces récits par celle de la narration avant de confier son recueil à la maison Fides. Des vingt légendes présentées dans le cadre de l émission radiophonique, Choquette n en retient que seize lors de la publication du recueil. Il reste toutefois muet sur les raisons qui l ont poussé à supprimer «Les feux follets», «la tête à Pitre» qu il avait sûrement empruntée à la légende du même titre de Louis Fréchette, «La légende de Chatigny» et «Rigaud». De plus, il bouleverse l ordre de disposition des légendes dans le recueil par rapport à leur présentation sur les ondes de CKAC. C est ainsi que, par exemple, la légende éponyme ouvre le recueil alors qu elle occupait la quatrième place dans la série radiophonique et que «Le cheval diabolique», qui raconte la légende du diable constructeur d église sous la forme d un cheval solidement bridé, passe de la première à la dernière place. Un tel réaménagement ne génère toutefois pas un sens nouveau à l ensemble puisque les récits semblent apparaître au gré de la fantaisie de l auteur. Quelques textes ont aussi changé de titre : la première légende du recueil s intitulait «Gamache, le sorcier d Anticosti» dans la série radiophonique, «Blanche de Beaumont» s intitulait «Le rocher Percé» et «Rose Latulippe 5 [sic]», «Le diable à la danse». «Les guérêts de Rigaud» avaient pour 5. Philippe Aubert de Gaspé (fils), à qui Choquette emprunte la légende, écrivait Latulipe. 9
titre «Le champ du diable» et «Le Bic», «Le message mystérieux». Quant au titre de la légende «Les loupsgarous», déjà présentée dans le cadre de l émission Au coin du feu, en 1931-1932, il apparaissait alors au singulier. Le contenu Les légendes que Robert Choquette emprunte à la tradition orale «appartiennent au fonds commun, ce qui veut dire, à nul et à chacun» et, ainsi, «tout écrivain est justifié de les accommoder à sa façon», notet-il dans la préface du recueil et au début de «Rose Latulippe». Ces légendes se déroulent dans des lieux bien précis, le golfe Saint-Laurent, Rigaud, le Sault-au- Récollet, l Isle-aux-Coudres, l île-du-grand-calumet, les flets du Bic, L Islet, le Labrador car la légende est, contrairement au conte traditionnel, bien circonscrite dans l espace et dans le temps. Elle met en scène des personnages qui sont nettement individualisés, contrairement à ceux du conte, et exploite un événement ou un phénomène qui a un fondement historique mais qui a été déformé par la tradition. Car son mode de transmission est le bouche à oreille et le narrateur qui la transmet a l intention manifeste de faire croire que telle ou telle légende est vraie. Ainsi, selon la définition qu en donne Bertrand Bergeron, spécialiste du genre : «Est légendaire la mise en narration ou la métanarration d un événement localisé, personnifié, daté et réalisant une unité thématique forte qui ressortit au merveilleux pris dans son acceptation théologique, ce qui en fait un objet de 10
croyance 6.» Récit de croyance, la légende requiert «la complicité formelle d un auditeur qui la parachèvera par sa propre conviction 7». Le mérite de Robert Choquette est de redonner vie à quelques-unes des meilleures légendes que les écrivains du siècle dernier ont fixées dans l écriture pour répondre au mot d ordre des dirigeants des Soirées canadiennes (1861) et de son principal animateur, l abbé Henri-Raymond Casgrain : «Hâtons-nous de raconter les délicieuses histoires du peuple avant qu il ne les ait oubliées.» Il a toutefois bien mesuré la distance qui le sépare des conteurs du xix e siècle qui avaient foi en ce qu ils racontaient et qui usaient de divers procédés pour entraîner l adhésion de leurs auditoires ou de leurs lecteurs, selon le contrat tacite qui liait le conteur et son auditoire. Choquette ne croit pas toujours en ce qu il raconte. Surtout qu à au moins deux reprises il définit la légende comme «un récit auquel il faut faire semblant de croire» («La Sainte- Catherine de Colette»). Les légendes, faut-il le préciser, ne sont plus de mise dans le discours social et n exercent plus, en 1975, la même influence sur l imaginaire. Contrairement aux narrateurs-témoins d origine, tels les Jos Violon et les pères Michel, préoccupés de faire passer leur foi chez l autre, l auditeur ou le lecteur, Robert Choquette, dans ses légendes, ne se pose jamais comme un témoin oculaire de l événement ou du phénomène surnaturel qu il rapporte. Il se présente plutôt comme un témoin auriculaire, qui 6. Bertrand Bergeron, L imaginaire populaire du Saguenay- Lac-St-Jean : la croyance légendaire et sa transmission, thèse de Ph. D., Québec, Université Laval, 1985, xxi 453 f., voir f. 130. 7. Id., Au royaume de la légende, Chicoutimi, éditions JCL, et Alma, Société d histoire du Lac-Saint-Jean, 1988, 389 p., voir p. 76. 11
Robert Choquette Le sorcier d Anticosti Ce livre regroupe seize des meilleures légendes québécoises que le poète et romancier Robert Choquette a adaptées des grands auteurs du xix e siècle. Ces œuvres forment un tableau de l imaginaire d un peuple, de ses croyances et de ses superstitions. L humour, l ironie, voire la parodie que pratique Choquette éveillent la curiosité du lecteur aux images diaboliques sous toutes leurs formes, si fréquentes dans les légendes québécoises. Né à Manchester, aux États-Unis, Robert Choquette (1905-1991) s installe très jeune à Montréal où il entreprend, dès 1925, une longue carrière littéraire. Il a laissé une œuvre importante, dont des téléromans comme La pension Velder qui lui ont assuré la renommée. isbn 978-2-7621-3581-7