Symphonie n 13. ou «Babi Yar» Dimitri Chostakovitch sur un poème de Evgueni Evtouchenko. Né en 1906 et mort à Moscou en 1975, Dimitri Chostakovitch est un compositeur russe et un pianiste majeur du 20 ème siècle. Issu d une famille de l intelligentsia révolutionnaire russe, il commence sa carrière très jeune et compose la symphonie n 1 en 1926. Très proche des avant-gardes artistique et révolutionnaire Russes au lendemain de la révolution de 1917, son œuvre créatrice s inscrit dans une volonté d expérimentation qui trouve un écho dans et hors de l URSS. Sous Staline, cette orientation lui vaut une condamnation par l Union des compositeurs soviétiques, qui lui reprochent de s éloigner des masses et du réalisme socialiste au profit d un «formalisme petit bourgeois». Le réalisme soviétique correspond à une reprise en main de l Art par le parti communiste sous l ère stalinienne. Le parti communiste entend alors définir strictement les formes artistiques après les innovations des années 20. L Art doit se mettre au service de la Révolution, du parti, de l URSS et de son premier secrétaire. Le message doit s inspirer des directives du parti et être «accessible» au peuple : Fin des expérimentations au profit d un style beaucoup plus didactique. Dans ce contexte Chostakovitch tentera de mettre fin à ses jours avant de rentrer dans le rang et de revenir à des compositions plus classiques. La symphonie n 8 «Leningrad», composée en 1943, est un hymne à la résistance de la ville de Leningrad en butte au siège des armées nazies Elle est considérée comme son chef d œuvre, une protestation contre la guerre et le totalitarisme. C est en 1962 que Dimitri Chostakovitch compose la symphonie n 13, «Babi Yar», une œuvre chantée sur un poème d Evgueni Evtouchenko.
Evgueni Evtouchenko, né en 1933, symbolise le dégel intellectuel après la période stalinienne, et se fera un défenseur de la liberté individuelle. Cela n empêchera pas son poème «Babi Yar», rédigé en 1961, d être censuré. La symphonie de Babi Yar a pour thème le massacre de juifs par les nazis en Ukraine. Mais il va bien au-delà en dénonçant l antisémitisme quel qu il soit, y compris celui du système soviétique. Contexte : Lorsque Chostakovitch et Evtouchenko travaillent parallèlement sur l œuvre «Babi Yar», au début des années 60, l URSS traverse une période difficile. Khrouchtchev qui a pris la succession de Staline, mort en 1953, a tenté de réformer le pays : c est la déstalinisation. Mais cette politique rencontre des difficultés : mauvaises récoltes, mécontentement social et grèves, soulèvement de Budapest en 1956, recul soviétique à Cuba en 1962. Le pouvoir cherche alors des boucs émissaires, des «responsables» et renoue avec le vieux fond antisémite russe. Ce climat explique le glissement de sens de l œuvre du musicien et du poète, qui, de la dénonciation des crimes nazis en arrive à une dénonciation beaucoup plus globale de l antisémitisme. «Ils s'esclaffent : "Mort aux youpin's! Vive la Russie!" Un marchand de grain bat ma mère. 0, mon peuple russe, je sais qu'au fond du cœur tu es internationaliste. mais souvent, ceux-là dont les mains sont sales ont souillé ta bonne renommée. Je sais que mon pays est bon. Quelle infamie que, sans la moindre honte, les antisémites se soient proclamés "L'Union du Peuple Russe". On associe généralement la Shoah, terme désignant le génocide des juifs pendant la guerre aux camps d extermination installés par l Allemagne nazie sur le territoire de la Pologne : Auschwitz, Maïdanek, Treblinka, Chelmno, Sobibor Belzec, dans le cadre d une politique établie lors de la conférence de Wannsee (20 janvier 1942) et résumée par la formule «la
solution finale à la question juive». Pour les nazis il faut donc organiser rationnellement déportation et extermination. Mais l extermination est en marche bien avant les camps. Dés l attaque de l URSS en juin 1941, les sinistres Einsatzgruppen, groupes de soldats SS sont chargés de suivre l avancée des troupes allemandes en procédant à des exécutions massives. C est la Shoah par balle. Lors de leur arrivée en Ukraine, les troupes allemandes trouvent des villes évacuées partiellement par les Russes. A Kiev, capitale de l Ukraine, république soviétique incluse dans l URSS à cette époque, les batiments officiels ont été piégés par les troupes soviétiques en retraite. L explosion causera de nombreuses pertes dans l armée allemande. Prés de 33 700 juifs sont alors réunis, conduits au lieu-dit le ravin de Babi Yar et passés par les armes. Par la suite, le ravin servira de lieu d exécution pour des russes, des tsiganes, des ukrainiens Quelques photos femmes et d enfants. Quelques minutes avant l exécution de
Le site de Babi Yar est aujourd hui gagné par l urbanisation. Un parc a été créé. Un monument officiel sera élevé en 1976 en hommage aux victimes soviétiques sans mentionner la spécificité du massacre des juifs. C est la mention d un sort particulier réservé aux juifs qui vaudra quelques ennuis à Chostakovitch, dont l œuvre est dans un premier temps interdite. Evtouchenko sera invité quant à lui à modifier son texte. Une analyse de l œuvre selon le site classiquenews.com : «Commentaires des cinq mouvements : l adagio initial (1) peint l horreur. La vision d un charnier «Babi yar», le ravin des femmes, contenant de nombreux cadavres de juifs soviétiques martyrisés par les nazis. Atmosphère oppressante sur un rythme de marche, sons de cloches. Les courtes vagues chorales constrastent avec les phrases du soliste plus développées. L allegretto («l humour») (2) est porté par le sarcasme léger et mordant du compositeur : l humour qui y est célébré, est le plus irrévérencieux, c est l apologie de l insolence contre toute forme d oppression et d autorité. L adagio de «Au magasin» (3) est durablement construit sur un registre doux et songeur. Le quotidien des femmes russes y est évoqué : faire de longues queues devant les magasins. Le largo («les terreurs») (4) s inscrit contre la période de la déstalinisation. Le compositeur, inspiré par la poète y exprime la terreur des temps où «parler à sa propre femme» était une «terreur» Dans l allegretto final («la carrière»)(5), Chostakovitch évoque les hommes de bonne volonté qui par leurs idées, ont pris des risques» L œuvre de Chostakovitch (extrait) : http://www.youtube.com/watch?v=ad196ykbyrs Le texte d Evgueni Evtouchenko : Babi Yar Au-dessus de Babi Yar, il n'y a pas de monument : l'escarpement est comme une grosse pierre tombale. J'ai peur, aujourd'hui je me sens aussi ancien que le peuple juif. Je me sens comme si... : me voilà Juif. Me voilà errant dans l'egypte ancienne. Et me voilà pendu sur la croix, mourant,
et je porte encore la marque des clous. Me voilà...: Dreyfus, c'est moi. La canaille bourgeoise me dénonce et me juge! Js suis derrière les grilles, je suis encerclé, persécuté, conspué, calomnié. Et les belles dames, avec leurs fanfreluches. gloussant, m'enfoncent leurs ombrelles dans la face. Je me sens... : me voilà, petit garçon à Bielostok. Le sang coule, maculant le plancher. Les meneurs dans la taverne passent aux actes. Leurs haleines puent la vodka et l'oignon. Un coup de botte me jette par terre ; prostré, en vain je demande grâce aux pogromistes. Ils s'esclaffent : "Mort aux youpin's! Vive la Russie!" Un marchand de grain bat ma mère. 0, mon peuple russe, je sais qu'au fond du cœur tu es internationaliste. mais souvent, ceux-là dont les mains sont sales ont souillé ta bonne renommée. Je sais que mon pays est bon. Quelle infamie que, sans la moindre honte, les antisémites se soient proclamés "L'Union du Peuple Russe". Me voilà... : je suis Anne Frank. translucide, telle une jeune pousse en avril, et j'aime et j'ai besoin non pas de mots, mais que nous nous regardions l'un l'autre. Nous avons si peu à voir, à sentir! Les feuilles et le ciel ne sont plus pour nous, mais nous pouvons encore beaucoup - nous embrasser tendrement dans cette sombre chambre! "Quelqu'un vient!" "N'aie pas peur. Ce ne sont que les murmures du printemps qui arrive. Viens à moi, donne-moi tes lèvres, vite!" "Ils cassent la porte!" "Non! C'est la glace qui rompt!" Au-dessus de Babi Var bruit l'herbe sauvage, les arbres menaçants ressemblent à des juges. Ici, en silence, tout hurle, et, me découvrant, je sens mes cheveux blanchir lentement. Et je deviens un long cri silencieux au-dessus des milliers et milliers d'ensevelis : je suis chaque vieillard ici fusillé, je suis chaque enfant ici fusillé.
Rien en moi. jamais, ne pourra l'oublier. Que L"Internationale" retentisse quand pour toujours on aura enterré le dentier antisémite de la terre. Il n'y a pas de sang juif dans mon sang. mais sur moi pèse la hideuse haine de tons tes antisémites comme si j'étais un Juif: Et voila pourquoi je suis un vrai russe Des sites pour aller plus loin : http://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=10&ved=0cgwqfjaj& url=http%3a%2f%2fdun.unistra.fr%2fipm%2fuoh%2fpoesies-populaires- juives%2fcontextes11.html&ei=si6zuo6ja- XS0QXx14GIBg&usg=AFQjCNGk_Mey0CzxAA_sgs7NpJQcSyh2sg&cad=rja http://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=6&ved=0cfaqfjaf&u rl=http%3a%2f%2ffp.nightfall.fr%2findex_3575_dimitri-chostakovitch- symphonie.html&ei=fpgzukw- LO2W0QXzr4GgBg&usg=AFQjCNFs1oEg0RJ7uZmbJSZrsPdqNDNH0A&cad=rja