1 PB : La valeur morale d une action est-elle dans l intention (morale déontologique) ou dans le résultat (morale conséquentialiste)? Utilitaristes (Jeremy Bentham, J. S. Mill ) Conséquentialiste VS E. Kant Déontologiste On évalue une action en fonction de son résultat (le plaisir à long terme). On évalue la moralité d une action selon l intention, «la bonne volonté». Celle-ci doit être désintéressée à l égard du résultat et n agir que par respect formel du devoir. On évalue l action selon son respect de principes moraux inconditionnels. Il est moral de tirer sur un avion rempli d innocents si cela permet d éviter qu il s écrase sur New York. Il faut respecter des principes moraux quelque soit les conséquences. Par exemple ne jamais mentir même pour sauver la vie de quelqu un. Critère pour savoir si une action est moralement bonne : selon Bentham la meilleure action est celle qui conduit au plus grand bonheur du plus grand nombre. Par exemple, il peut être moralement bon que l Etat mente ou torture au nom de l intérêt général. Selon J. S. Mill, il ne faut pas seulement prendre en compte la quantité de plaisir, mais aussi sa qualité. La morale et les lois sont instaurées dans l intérêt du plus grand nombre, c est donc un moyen d accéder au plus grand bonheur possible. Le bonheur (ou le plaisir) est la valeur suprême pour hiérarchiser nos actions. Le plaisir est le seul bien. Les 2 formulations de l impératif catégorique selon Kant donnent 2 critères : L universalité : «Agis comme si la maxime de ton action devait être érigée par ta volonté en loi universelle de nature.» Le respect de la dignité de chaque personne comme une "valeur sacrée" : «Agis de telle sorte que tu traites l humanité en toi-même comme en tout autre jamais simplement comme un moyen mais toujours en même temps comme une fin.» La morale dicte ce que tout homme devrait faire, indépendamment de son intérêt (et donc indépendamment de ce qui lui fait plaisir). Agir par devoir, c est agir de façon désintéressée, même quand cela ne nous fait pas plaisir et même quand cela n est pas dans notre intérêt. La morale nous rend digne du bonheur (mais peut nous rendre malheureux dans ce monde), mais il est plus important d être digne du bonheur en agissant bien que d être heureux. La seule chose bonne sans restriction est une bonne volonté (= bonne intention). ~ 1 ~
2 PB : La morale exige-t-elle le sacrifice du bonheur ou est-elle un ingrédient du bonheur? Est-ce que j obéis à la morale par intérêt ou au contraire, obéir à la morale me demande de sacrifier mon intérêt? EPICURE VS Emmanuel KANT Thèse : la morale est un ingrédient du bonheur. La nature elle-même nous indique ce qui est bien par le plaisir et ce qui est mal par la douleur. Il n y a pas à condamner un plaisir s il ne procure pas de douleur. Le seul bien c est le plaisir, mais il faut savoir renoncer à certains plaisirs pour obtenir de meilleurs à long terme. La morale est le moyen d obtenir de meilleurs plaisirs à long terme. La morale est un calcul des plaisirs. Exemple : Si je partage, ce n est pas une action désintéressée, mais un calcul des plaisirs : j aurais plus de plaisirs en ayant des amis, qu en étant seul car égoïste. La morale et les lois sont instaurées dans l intérêt du plus grand nombre, c est donc un moyen d accéder au plus grand bonheur possible. Hédoniste : la valeur suprême qui permet de hiérarchiser toutes nos actions, c est le plaisir. Le bonheur (ou le plaisir) est le but de la morale. Thèse : La morale peut exiger de sacrifier notre bonheur. La nature ne peut pas avoir donné la raison à l homme pour le rendre heureux, car l homme serait plus heureux sans raison. La raison permet à l homme d agir sans être déterminé par ses désirs : elle le rend capable d agir par devoir. Or la nature ne fait rien en vain : si l homme est doté de raison, cela signifie que le but de sa vie n est pas le bonheur, mais la vertu. La morale dicte ce que tout homme devrait faire, indépendamment de son intérêt (et donc indépendamment de ce qui lui fait plaisir). Agir par devoir, c est agir de façon désintéressée, même quand cela ne nous fait pas plaisir et même quand cela n est pas dans notre intérêt. Exemple : Quand je fais mes devoirs pour avoir une bonne note, ce n est pas un devoir moral, car je le fais par intérêt (ce n est pas un impératif catégorique, mais hypothétique). Si je suis bienveillant envers des amis pour le plaisir qu ils me procurent ou pour l argent, cela n a pas vraiment de valeur morale, car je le fais encore par intérêt. Le devoir moral, l impératif catégorique, c est agir de façon désintéressée, par pur respect de la morale, indépendamment du plaisir. La morale et les lois sont instaurées par respect de la justice et du bien, indépendamment du bonheur du plus grand nombre. Le sens du devoir peut même impliquer de sacrifier le bonheur du plus grand nombre à la justice, au devoir moral. La valeur suprême, c est «la bonne volonté», la bonne intention. Celle-ci doit être désintéressée à l égard du résultat et n agir que par respect formel du devoir, par principe. La morale nous rend digne du bonheur (mais peut nous rendre malheureux dans ce monde). Or il est plus important d être digne du bonheur que d être heureux. ~ 2 ~
3 e PB : La morale provient-elle de la raison (le sentiment étant trop changeant et sélectif pour fonder une morale) ou du sentiment (la morale exige un sentiment de compassion et de fraternité universel)? Morale des sentiments Le Christianisme, J.-J. ROUSSEAU Si je vois un enfant se noyer, je vais spontanément me porter à son secours sans réfléchir. Nous n avons pas besoin de raisonnement pour savoir où est notre devoir dans ce cas. D après Rousseau, la morale a un fondement naturel : le sentiment de pitié. Tout homme fuit naturellement la souffrance et c est sa capacité à imaginer celle des autres qui l incline à éviter de lui faire du mal. Ce sentiment vient modérer un autre sentiment naturel, l amour de soi. L amour de soi, naturel et sain, peut dégénérer en société en amour propre. Les Grecs distinguaient différents types d amour : eros, philia, agapè. Agapè est l amour désintéressé, qui donne sans attendre en retour ; la philia est l amour entre égaux, fondé sur la réciprocité ; l eros est le désir tourné vers le supérieur. L amour universel, qui est pur don sans retour (agapè), au fondement de la morale, est d un autre type que l amour que l on éprouve pour son conjoint (eros) ou pour ses amis (philia). Le Christianisme exhorte à aimer son prochain comme soi-même. Il serait possible de se transformer intérieurement de sorte que l on serait capable d aimer tout le monde ; et d aimer son devoir, car il serait moralement supérieur d aimer quelqu un que d être bienveillant seulement par devoir en le détestant. St Augustin, dans le Commentaire de la première épître de Jean, VII, 8, disait : «Aime et fais ce que tu veux». Morale rationnelle E. KANT La morale doit être impartiale et se fonder sur une règle stable et universelle. Or nos sentiments sont fluctuants et sélectifs : nous n aimons pas tout le monde, nous pouvons ne pas éprouver de pitié envers quelqu un parce que nous ne l aimons pas, etc. Nous sommes autant capables de haine que d amour C est pourquoi Kant affirme que les règles morales doivent donc se baser sur la raison, afin d être objectives, inconditionnelles et universelles, c est-àdire afin de s'appliquer à tous les humains de la même manière quelques soient nos sentiments à leurs égards. La morale suppose l existence du libre-arbitre (sinon il n y aurait pas de sens à louer et blâmer quelqu un) et ce doit être un acte désintéressé (effectué par principe et non pour obtenir quelque chose, même du plaisir). La morale ne doit donc pas être déterminée par nos désirs, même l amour. C est un raisonnement qui permet de déterminer ce qu est un devoir : «Agis comme si la maxime de ton action devait être érigée par ta volonté en loi universelle de nature.» Kant affirme que nous ne pouvons pas commander l amour : il faut être bienveillant (effort de volonté, rationnel, indépendant de nos sentiments) envers tout le monde, mais il n est pas possible d aimer (=sentiment incontrôlable) tout le monde. C est le propre du devoir d être toujours distinct du plaisir. Agir par devoir, c est être capable d agir sans prendre en compte son plaisir. ~ 3 ~
4 e PB : La morale est-elle relative ou universelle? La morale provient-elle de la culture ou est-elle universelle? Faire le lien avec le cours sur la justice. Même si la morale était relative, il faut penser une justice commune, permettant de vivre ensemble. Dans une société multiculturelle, cette justice pourra se distinguer de la coutume. Cette justice commune est conventionnelle : elle est le fruit d un accord, d un contrat avec les hommes, permettant de respecter les intérêts de chacun, sans se prononcer sur l existence du bien et du mal en soi en dehors de ce contrat. Mais dans ce dernier cas, la justice serait fondée sur l intérêt et non sur le sacrifice de soi. Thèse : la morale est universelle Kant : c est un raisonnement et une exigence d universalité qui permet de déterminer ce qu est un devoir : «Agis comme si la maxime de ton action devait être érigée par ta volonté en loi universelle de nature.» Bergson, dans Les Deux sources de la morale et de la religion, distingue : 1) la morale statique, un ensemble d obligations qui ne sont que des règles sociales intériorisées. Elle est conformiste. Elle est sans justification : tu dois parce que c est ton devoir. 2) la morale dynamique, apportée par les grandes figues de l histoire de l humanité prêchant l amour de toute l humanité. Elle se répand par leur exemple incarné. Au contraire de ce que pense Kant, elle n a pas de fondement dans la raison mais l amour. Thèse : la morale est relative Les principes moraux peuvent varier d une culture à une autre, ce qui laisse penser que ces morales sont des inventions relatives à chaque culture. Cependant les différences ne sont pas si grandes et le fait (chacun agit différemment) ne peut fonder le droit (comment chacun devrait agir). La morale concerne nos rapports sociaux. Les règles morales s imposent à nous, intérieurement et extérieurement, d après Durkheim, car elles sont l intériorisation de règles sociales. La «conscience morale» n est donc pas innée. Sa finalité est d instituer un ordre social et de renforcer la solidarité au sein de la société. La morale est une forme de dressage, affirme Nietzsche dans la Généalogie de la morale, une manière de domestiquer l homme, afin de brimer toute individualité. «Les hommes ont été considérés comme libres pour pouvoir être jugés et punis, - pour pouvoir être coupables» Nietzsche, Le crépuscule des idoles. Thèse : la morale est relative mais la justice doit être universelle Le libéralisme politique essaie de déterminer des règles de justice acceptables par tous dans une société multiculturelle où nous pouvons avoir des valeurs différentes. Dans une société démocratique coexistent plusieurs doctrines irréconciliables sur ce qui est moral et sur ce qu est une vie bonne ou réussie. L Etat se doit de rester neutre et de ne pas imposer une morale particulière. Cependant, nous avons besoin de règles communes. La justice ne prétend pas énoncer des règles morales, mais être fondée sur un contrat avantageux pour chacun. Sa finalité doit être de maximiser la liberté de chacun en protégeant les droits fondamentaux (dont celle de choisir son genre de vie) : c est à cette seule fin que l Etat a le droit d utiliser la force. ~ 4 ~
5 e PB : La morale implique-t-elle l existence du libre-arbitre (E. Kant) ou peut-on punir les hommes même s ils ne sont pas intérieurement libres (B. Spinoza)? Défense du libre-arbitre VS Défense du déterminisme Nier le libre-arbitre, ce serait ruiner l idée même de morale. En effet, si les gens ne sont pas libres, ils ne sont coupables de rien. Ils ne méritent ni des louanges, ni des blâmes pour avoir agi d une certaine manière, puisqu ils ne pouvaient pas agir autrement. La morale implique la liberté. Si nous ne pouvons pas prouver l existence du libre-arbitre, nous sommes obligés de la supposer pour donner un sens aux valeurs morales. C est pourquoi E. Kant disait que la liberté est «un postulat de la raison pratique». Si nous avons le devoir de bien agir, fait remarquer Kant, c est que nous en avons la possibilité : «Tu dois, donc tu peux.» SI le libre-arbitre existe, si les criminels ont librement choisi d être criminels, alors il faut les punir puisque la cause de leurs mauvaises actions est dans leur volonté (et non dans la société ou un traumatisme enfantin ou des desirs échappant à leur pouvoir). Ils sont responsables de ce qu ils sont. Mais quelqu un qui devient criminel n est-il pas nécessairement déterminé par ses désirs? C est quand l homme se détermine par sa seule volonté qu il est libre. C est pourquoi Kant affirme que, paradoxalement, c est quand nous agissons par devoir et seulement par devoir que nous faisons un acte vraiment libre. En effet, quand l homme agit purement par devoir, indépendamment de son intérêt, voire contre son intérêt (en choisissant par exemple de ne pas mentir), l homme montre qu il est capable d agir indépendamment de ses désirs (qui le poussent à mentir selon cet exemple). Si les hommes se croient libres, c est parce qu ils sont ignorants des causes qui les déterminent à agir, affirme Spinoza. C est pourquoi il est inutile d éprouver de la haine ou du ressentiment (sentiments tristes qui nous font souffrir inutilement) : il faut comprendre ce qui a amené cette personne à agir de cette manière. Cependant, même si le libre arbitre n existe pas, Spinoza pense qu il faut tout de même punir les criminels pour le bien de la société, pour se protéger et non pour se venger. (Si un chien me mord, je vais le punir, même s il n est pas doté de libre-arbitre, car la crainte du châtiment le déterminera à avoir peur de moi, etc.) Si un criminel n a pas choisi de le devenir, mais qu il est devenu tel du fait de déterminismes sociaux (influence de la société, pauvreté, exclusion, violence des jeux vidéos, etc.), alors il ne suffit pas de le punir. En plus de punir, il faut aussi changer la société pour éradiquer les causes réelles de la délinquance. (La volonté n est pas la cause réelle mais le symptôme.) Si le libre-arbitre n existe pas et que le criminel l est devenu à cause d un traumatisme dans l enfance (déterminisme psychique, cf. Freud et la notion d inconscient), il doit être soigné. L idée de libre arbitre aurait été inventée, d après Nietzsche, pour pouvoir punir. La morale est une forme de dressage, une manière de domestiquer l homme, née de la volonté de brimer toute individualité. Si le libre-arbitre (et l existence d une volonté indépendante des désirs) aurait été inventée par «les prêtres, chefs de communautés anciennes» pour «se créer le droit d'infliger une peine». «Les hommes ont été considérés comme libres pour pouvoir être jugés et punis, - pour pouvoir être coupables» Nietzsche, Le crépuscule des idoles. ~ 5 ~