Le Musée industriel de La Corderie Vallois A- adresse du site : Musée industriel de la Corderie Vallois 185, route de Dieppe 76960 Notre-Dame-de-Bondeville (Seine Maritime) France B- contact : Mylène Beaufils Chargée des collections et des expositions Musée Industriel de la Corderie Vallois Notre-Dame-de-Bondeville. +33 (0)2 35 74 35 35 http://www.corderievallois.fr C- brève description (à l origine) : A l origine, il s agit d une petite entreprise familiale, Les Etablissements Jules Vallois, fabricant de cordes câblées, de cordes tressées et cordelettes de coton, surtout utilisées dans l industrie textile. Installée dans cette commune depuis trois générations, l usine travaillait avec un équipement technique inchangé depuis la fin du XIXe siècle. L originalité de cette entreprise est qu elle occupait les deux premiers niveaux d une ancienne filature hydraulique de coton construite en pans de bois en 1821/1822 par Madame Fouquet-Cuit, édifiée sur l emplacement d un ancien moulin à papier. En outre, pour alimenter la dynamo qui lui procurait de l électricité, elle maintenait en activité sa roue Poncelet, roue à aubes de 7,30 m de diamètre et de 3,88 m de largeur. D- localisation : La corderie Vallois est située à une douzaine de kilomètres du centre de Rouen, au bord de la rivière du Cailly, affluent de la Seine. Cette rivière sur une trentaine de kilomètres a eu, jusqu au XXe siècle, une grande importance économique pour la région rouennaise. L industrie cotonnière s y était installée dès le XVIIIe siècle car la demande de cotonnades était devenue si intense que les marchands et fabricants rouennais avaient organisé la production en zone rurale, grâce à la présence d une main d'œuvre nombreuse. Le nombre de travailleurs ruraux vivant du filage, de l'ourdissage et du tissage des cotonnades représentait plusieurs dizaines de milliers d ouvriers à la fin du siècle. Cette industrie y bénéficiait de la présence des deux ports de Rouen et du Havre, véritables plates-formes commerciales pour les professionnels du textile. E- datations et architectes : - 1821/1822 : construction de la filature hydraulique de coton - 1836 : M.Rondeaux, indienneur de Bolbec, rachète l usine et la loue au filateur Pierre Petit. - 1856 : installation d une machine à vapeur en complément de la roue hydraulique 1
- 1880 : filature louée à Jules Vallois et transformée en corderie - 1897 : Jules Vallois devient propriétaire de la corderie - 1975 : inscription à l Inventaire supplémentaire des Monuments historiques - 1978 : dépôt de bilan de l entreprise - 1990 : l architecte nantais Jean-Marie Lépinay devient le maître d œuvre du projet de rénovation - 1994 : inauguration et ouverture au public F- analyse typologique du site : Il s agit d une corderie c est-à-dire d un entreprise fabricant des cordes câblées, des cordes tressées et cordelettes de coton surtout utilisées dans l industrie textile pour le fonctionnement des métiers, notamment pour les métiers à tapisserie d Aubusson. G- étendue du site : 0,56 hectare H- composition du site : (voir plan annexé) Il comprend : Le bâtiment principal, qui abrite le musée sur quatre niveaux, une construction neuve (accueil, bureaux administratifs, salle d animation, et sanitaires), la maison du gardien. En annexe : l ancienne chaufferie. I- promoteurs et motivations : La fermeture progressive des débouchés au début des années 1970 laisse planer le risque de fermeture définitive de l entreprise qui n emploie plus à l époque que quelques ouvriers. Le terrain autour de l usine est promis en 1974 à un syndicat intercommunal en vue de la construction d une piscine, ce qui menace gravement la survie de l usine. Le Conservateur régional des Monuments historiques, alerté par la menace de disparition du site, en cas de faillite de l entreprise, obtient en 1975 son inscription à l Inventaire supplémentaire des Monuments historiques permettant ainsi la protection du bâtiment. Trois ans plus tard l entreprise dépose son bilan. A l initiative du CILAC (Comité d information et de liaison pour l archéologie, l étude et la mise en valeur du patrimoine industriel), représenté dans la région par Serge Chassagne, directeur à l époque du nouveau musée national de l Education de Rouen, une réunion se tient à la chambre de Commerce et d Industrie pour tenter de sensibiliser les responsables consulaires à l intérêt de conserver et de valoriser ce site exceptionnel. Parallèlement est créée une association qui prend le nom d Association pour le Musée de l Homme et de l Industrie en Haute-Normandie. Une transaction à l amiable avec le syndic de la faillite permet de conserver l ensemble du terrain et de sauver la presque totalité des machines et du matériel pour une somme de 125 000 francs. Ils sont alors cédés, avant la vente publique, à l association. Les pouvoirs publics, qui s étaient montrés plutôt indifférents, finissent par bouger. La Région accepte en 1983 de subventionner la mise hors d eau des bâtiments. Il faudra encore de longues années avant de voir la fin des travaux de réhabilitation et l aboutissement d un projet de musée. 2
J-état de la reconversion : Quelques jalons : - 1988 : reprise du dossier par la Région Haute-Normandie qui confie à la jeune architecte Isabelle Roulier le soin de dresser le «Programme architectural de transformation de l ancienne Corderie Vallois en musée industriel» ; - 1989 : concours d architectes. Trois lauréats sont retenus. Le projet choisi respecte l intégralité du bâtiment. L architecte nantais Jean- Marie Lépinay devient le maître d œuvre de ce projet, affiné durant toute l année 1990. Le syndicat intercommunal renonce alors à la propriété du site et l association à son droit de bail, en faveur de la région, afin de permettre une totale maîtrise d ouvrage du chantier. Le choix muséographique consiste à consacrer les deux premiers niveaux de ce «lieu de mémoire» à un musée de site, évocateur du travail de la dernière période d activité de l usine. Le second étage évoquera la présentation des activités et des transformations successives du paysage de la vallée du Cailly, de la Renaissance à la période de désindustrialisation contemporaine. On privilégiera l évolution des techniques hydrauliques utilisées depuis le XVe siècle dans cette vallée pour y produire successivement du papier, durant trois siècles, des filés de coton pendant une quarantaine d années et des cordelettes de coton pendant presque un siècle, de 1880 à 1978. - 1991 : dossier de consultation des entreprises et recrutement d une vacataire payée par la Région pour faire l inventaire de tous les objets entreposés dans la Corderie avant leur transfert vers un local provisoire pendant la durée des travaux, à l exclusion des plus grosses machines conservées au rez-de-chaussée ; - 1992 : pose officielle de la première pierre du chantier par Antoine Ruffenacht, vice-président du Conseil régional alors que les travaux sont déjà bien avancés ; - 1992-1994 : travaux, aménagements et préparation de l exposition inaugurale ; - 1994 (11 février) : inauguration et ouverture au public. J- mémoire du monde du travail : Archives comptables de l entreprise, photographies, dossier concernant Jules Vallois, etc. 3
K- réussites La conservation et la rénovation de ce site est une belle réussite. Il s agit d une des rares usines à avoir été conservée dans son intégralité, dans l état où elle était lors de sa fermeture et qui fonctionnait avec des machines en majorité d origine anglaise datant de la fin du XIXe siècle ou du début du XXe siècle. Quelques points forts du site : L ajout discret de bâtiments contemporains est en harmonie avec le lieu ; Les machines, actionnées par une roue hydraulique, fonctionnent devant le public et fabriquent des cordelettes de coton lors des démonstrations ; Le parc de machines représente 90 unités techniques de production ; Le musée est un lieu vivant qui propose de nombreuses activités et expositions temporaires ; Les visites de groupes peuvent être préparées et exploitées grâce à des dossiers pédagogiques de qualité ; Le musée accueille occasionnellement des expositions artistiques; Le Musée reçoit environ 10 000 visiteurs par an. M- coûts et investissements : 125 000 francs pour le rachat par l association Musée de l Homme et de l Industrie en Haute-Normandie de l ensemble des machines et des outils (environ 45 000 aujourd hui). Les coûts de réhabilitation et de transformation en musée ont été évalués à 20 millions de francs (environ 4 066 000 aujourd hui). N- bibliographie : Sources : Chassagne, Serge, Perrin-Laouette, Xavière, Un Musée à visiter : La Corderie Vallois à Notre-Dame-de-Bondeville, in L Archéologie industrielle en France n 26, Juillet 1995. Notre-Dame de Bondeville : la corderie Vallois / Direction régionale des affaires culturelles de Haute-Normandie. Service régional de l'inventaire ; réd. Emmanuelle Leroy-Réal, Xavière Perrin-Lalouette ; photogr. Denis Couchaux, Yvon Miossec. - Rouen : Connaissance du Patrimoine de Haute- Normandie, 1996. - 16 p. : ill. en coul. ; 23 cm.- (Itinéraires du Patrimoine, ISSN 1159-1722 ; 18). - ISBN : 2-910316-12-2. Belhoste, Jean-François, Smith, Paul : Architectures et paysages industriels: l'invention d'un patrimoine, La Martinière, 2012, 271 p. (chapitre sur la corderie Vallois). O-Auteur et date d élaboration de la fiche : Geneviève DUFRESNE Maître de Conférences d Histoire Vice-présidente du CILAC (Comité d information et de liaison pour l archéologie, l étude et la mise en valeur du patrimoine industriel) Mars 2013 4
Triangle de survie : Corderie Vallois photographe : Yohann Deslandes 5
Photo 1 : façade Photo 2 : vue d ensemble sur l atelier des tresseuses au premier étage. 6
Photo 3 : cantre Photo 4 : retordeuse à ailettes 7
Photo 5 : roue hydraulique Photo 6 : visite du musée menée par une conférencière devant un public d enfants 8
Photo 7 :vue axonométrique Photo 8 : Plan 9