1 Colonisation et décolonisation : l exemple de la France Introduction La première vague de colonisation date du XVIe siècle, mais c est à partir du milieu du XIXe siècle que les États européens, enrichis par les révolutions industrielles, étendent leur rayonnement, imposant les cinq «C» (curiosité, commerce, christianisme, civilisation, colonisation) et se partagent le monde. La colonisation devient «la grande aventure des peuples modernes». Cette hégémonie alimente la certitude de la supériorité de l Europe qui, bien qu affaiblie par la Première Guerre mondiale, domine le monde de 1850 à 1939. L entre-deux-guerres consacre même l apogée des empires coloniaux. C est le cas de la France lorsque le président de la République Gaston Doumergue, accompagné de Paul Reynaud (ministre des colonies) et du maréchal Lyautey (gouverneur général du Maroc), inaugure l Exposition coloniale universelle dans le bois de Vincennes, à Paris, le 6 mai 1931. L empire colonial français est alors à son apogée. Aux yeux du gouvernement comme de l opinion publique, les résistances des colonisés passent encore inaperçues. Pourtant, des voix s élèvent déjà. C est le cas, par exemple, de Louis Aragon (compagnon de route de PCF) qui, dans son poème Persécuté persécuteur, condamne l exposition coloniale et la bonne conscience européenne. Mais elles demeurent minoritaires. Il faut attendre les revers des puissances coloniales pendant la Seconde Guerre mondiale et le nouveau contexte de Guerre froide pour que la déliquescence de l empire colonial s accélère. La décolonisation s opère alors, mais avec difficulté, comme en témoigne la guerre d Algérie. En quoi l exposition de 1931 témoigne-t-elle de l hégémonie de l empire colonial français, la guerre d Algérie de son éclatement délicat?
2 I. L Empire colonial français en 1931 1 Introduction de la composition Accroche : Le 6 mai 1931, le Président de la République française, Gaston Doumergue vient inaugurer l Exposition coloniale universelle dans le bois de Vincennes à Paris. Il est accompagné par Paul Reynaud, Ministre des colonies et le maréchal Hubert Lyautey, gouverneur général du Maroc et organisateur de ladite exposition. Définition des termes du sujet : L empire colonial désigne l ensemble des territoires formé par une métropole coloniale (pays colonisateur) et les territoires placées sous sa domination directe, quel que soit le statut administratif (colonie, mandat, protectorat ). En 1931, l empire colonial français est à son apogée : il atteint son extension géographique maximale et constitue le deuxième empire le plus vaste de la planète de la planète, juste après l empire colonial britannique. C est dans ce contexte qu est organisée l Exposition coloniale, entre le 6 mai et le 14 novembre 1931, dans le bois de Vincennes à Paris. Il s agit de célébrer la puissance coloniale de la France, à grand renfort de propagande. Formulation de la problématique : Mais quel est l état réel de l empire colonial français lors de son apogée, c est-à-dire au moment où est organisée l Exposition coloniale de 1931? Annonce du plan : Après avoir présenté l importance de l empire colonial français c est le deuxième plus vaste et plus peuplé de la planète et son apogée (I), on montrera que cette Exposition coloniale est l occasion de mettre en scène le triomphe du colonialisme français (II). Enfin, il conviendra de nuancer cette vision en mettant en évidence la réalité présente dans les colonies, souvent bien plus dure que la propagande coloniale veut bien le dire (III). A. Le deuxième empire colonial, qui atteint son apogée Un empire colonial vaste et peuplé (doc. 1 et 3). En 1931, l empire colonial français est présent sur tous les continents hors d Europe : en Amérique (Guyane, Martinique, Guadeloupe, St-Pierre et Miquelon), en Afrique (AEF, AOF, Madagascar ), en Asie (Indochine ) et en Océanie (Nouvelle-Calédonie). Avec plus de 12 millions de km² et 63 millions d habitants, il se place en deuxième position, loin derrière l empire britannique (qui s étend sur 33 millions de km² et compte 450 000 millions d habitants). Des territoires au statut administratif varié (doc. 2 et 3). Mais tous les territoires de l empire colonial français n ont pas le même statut administratif. Presque tous sont des colonies, c est-àdire un territoire conquis, dominé et exploité directement par une métropole (AEF, AOF, Réunion, Guadeloupe, Guyane ). Certains sont des protectorats (Maroc, Tunisie) : ces territoires colonisés conservent leur gouvernement (qui est en réalité vidé de sa substance). D autres sont des territoires sous mandat (Levant, Togo, Cameroun) : il s agit d anciennes colonies allemandes ou d anciens territoires ottomans que la SDN a confiés à la France afin de les administrer. Enfin, l Algérie a le même statut que n importe quelle portion du territoire métropolitain puisqu elle est divisée en trois départements (Oranais, Algérois, Constantinois) où les règles administratives et juridiques sont les mêmes qu en France. Un empire colonial perçu comme un atout (doc. 4). Dans l entre-deux-guerres, l empire colonial est perçu, depuis la métropole, comme un atout majeur. Pendant la Grande guerre, il a fourni des troupes (les fameux «tirailleurs sénégalais»). L empire constitue également le premier fournisseur et le premier client de la métropole. C est fondamental pour la France de 1931 (qui 1 Entraînement à la composition de Florian Nicolas repris en intégralité pour préparer les élèves de 1S1.
commence à sentir les premiers effets de la crise résultant du krach boursier de Wall Street) : on espère qu il permettra d amortir les effets de la crise en terme de chômage et de chute de la production et des ventes. B. Une mise en scène du triomphe du colonialisme Le succès d une exposition qui met en scène l empire (doc. 5 et 6). L Exposition coloniale reproduit des monuments emblématiques des (le temple d Angkor Vat, en Indochine à l époque, au Cambodge aujourd hui). L affiche de l exposition promet de faire «le tour du monde en un jour», c est-à-dire de visiter l empire, aux portes de Paris, en quelques heures. L exposition dure six mois, de mai à novembre 1931 et accueille 8 millions de visiteurs (dont 4 millions de Parisiens, 3 millions de provinciaux et 1 million d étrangers). Près d un Français sur cinq a vu l Exposition coloniale! Certains jours, la fréquentation atteint 300 000 visiteurs. C est un succès, qui traduit la curiosité, l envie d exotisme (peut-être plus qu un réel attachement à l empire colonial). Une propagande qui vante l action coloniale de la France (doc. 7). Dans les années 1930, la propagande coloniale insiste largement sur l œuvre bienfaitrice de la France dans son empire. La «Mère patrie» (expression désignant la France) fournit des soins et une éducation aux colonisés ; elle les nourrit et elle aménage leur territoire (en construisant des routes ou des voies de chemin de fer, comme le Congo-Océan, au Sud de l AEF). La mission civilisatrice est toujours mise en avant : la propagande dit que la France apporte le savoir, le bien-être et le développement à des peuples non civilisés. Une contestation anticolonialiste minoritaire (doc. 8). Au même moment que l Exposition coloniale se tient, le parti communiste français organise une contre exposition intitulée «La vérité sur les colonies», qui dénonce les abus et les méfaits de la colonisation français. Au même moment, des artistes et écrivains surréalistes, diffusent un tract appelant à boycotter l Exposition coloniale. Selon eux, la colonisation constitue une forme d exploitation de l homme par l homme, au même titre que l exploitation dont les prolétaires subissent de la part de la bourgeoisie. Cet anticolonialisme est donc largement teinté de communisme. Mais la contre exposition ne rencontre pas le succès escompté : seulement 5000 visiteurs en deux mois C. Une réalité souvent plus dure dans les colonies Des conditions de vie souvent difficiles (doc. 9 et 11). L Exposition coloniale met en scène la vie dans les colonies de façon folklorique : on présente des indigènes qui chantent, dansent ou bien on les expose dans des «zoos humains». Dans la réalité, la présence coloniale française se traduit par des conditions de vie difficiles : les populations sont contraintes de travailler, parfois de manière forcée (mais il ne s agit pas d esclavage car les personnes n appartiennent pas à un maître et sont payées), pour le compte des colons (Européens installés dans les colonies). La métropole exploite aussi très largement ses colonies : elles lui servent de réserve de main-d œuvre et de troupes pendant la Première Guerre mondiale, mais aussi de réserve de matières premières qu elle prélève sur le sol des territoires coloniaux. Des populations «non-assimilées» (doc. 10 et 12). Dans les années trente dans l empire colonial français, le Code de l indigénat est en application : c est un texte législatif définissant le statut administratif des populations vivant dans les colonies (sauf les colons). Il limite fortement les libertés des indigènes qui ne peuvent vivre où elles le veulent sans autorisation administrative, qui n ont pas la possibilité de se réunir sans autorisation administrative et n ont pas le droit de vote. Dans l empire colonial français, quoi qu en dise la propagande officielle, les indigènes ne 3
sont donc pas citoyens. Ils ne disposent pas de droits politiques mais sont soumis aux mêmes devoirs que les citoyens français de plein droit : payer des impôts, effectuer le service militaire. La montée de la contestation dans les colonies (doc. 12). Certains mouvements nationalistes émergent dans les colonies françaises dans les années 1930 : c est le cas de l Etoile nordafricaine, dirigé par Messali Hadj (ou le parti communiste indochinois, fondé par Hô Chi Minh). Le discours que ces mouvements tiennent est, lui aussi, fortement inspiré par l idéologie communiste. Ils reprochent à la colonisation française d avoir dépossédé les indigènes de leurs terres/possessions, de les avoir contraints à passer sous la domination économique des colons européens. Enfin, ils déplorent l absence de droits politiques pour les indigènes (le fait qu il leur est interdit, par exemple, de voter pour élire des députés). En conséquence, ces mouvements nationalistes exigent, à partir des années 1930 seulement, l indépendance qui doit passer, selon eux, par un retrait de l administration et des troupes coloniales et par la restitution des terres aux anciens propriétaires d avant la colonisation. Conclusion de la composition Résumé de la démonstration : En 1931, lorsque l Exposition coloniale se tient à Paris, l empire colonial français est à son apogée. Il est le deuxième plus vaste et plus peuplé de la planète et est perçu par une majorité de la classe politique et de l opinion publique comme un atout considérable pour la France (I). Cette exposition met en scène, de façon grandiose, les splendeurs de l empire colonial français : le succès est au rendez-vous (mais il traduit peut-être plus la curiosité des visiteurs que leur réel attachement à l empire). Bien que la propagande officielle s emploie à vanter les vertus de la colonisation, des voix surtout communistes s élèvent pour dénoncer la colonisation (II). La réalité des conditions de vie dans l empire est assez loin de l image que l Exposition coloniale en donne : les indigènes sont utilisés comme main-d œuvre et ne sont pas considérés comme citoyens ; les ressources sont pillées par la métropole ce qui attise les revendications d indépendance (III). Réponse à la problématique : L année 1931 marque donc une rupture dans l histoire de l empire colonial français. Certes, l empire connaît son apogée mais c est aussi le début des premières contestations coloniales. Ouverture : Ces contestations coloniales ainsi que les revendications d indépendance n aboutissent que dans les années 1950 et 1960, comme en Algérie par exemple. 4
5 II. La guerre d Algérie A. Des écarts socio-économiques importants Les inégalités entre Algériens et Européens, d après le recensement de 1954. 1. Quels sont les écarts sociaux entre Algériens et Européens? Comment expliquer le poids des Algériens dans le secteur primaire? Plusieurs indices témoignent des écarts sociaux entre Algériens et Européens. Alors que les Européens sont huit fois moins nombreux que les Algériens, ils possèdent le quart des terres. La répartition de la population active montre également ces inégalités : la quasi absence d ouvriers et d employés du tertiaire (à l exception du commerce) traduit le manque de formation et l exclusion de la vie économique dont souffrent les Algériens. La surreprésentation des Algériens dans le secteur primaire, outre l absence de formation autre que l activité traditionnelle, s explique par l emploi d une importante main-d oeuvre sur les exploitations des colons. Ces colons portent le nom de pieds-noirs (nom donné, dans l Algérie d avant 1962, aux habitant d origine européenne nés en Algérie).
6 B. L engrenage 7 À la Toussaint 1954, une vague d attentats est lancée par le Front de Libération nationale (F.L.N). Persuadés qu une réforme leur serait fatale, les pieds-noirs refusent toute évolution. De son côté, l élite algérienne se radicalise (abandon des idées légalistes de Ferhat Abbas) et e d attentats estle F.L.N lancée parà étendre le Front de Libération nationale réussit la rébellion à toute l Algérie par la guérilla et le terrorisme. me leur serait fatale, les pieds-noirs refusent toute donnent évolution. Les gouvernements successifs de la France la priorité à la guerre. À Alger, le général Massu conduit, en 1957, une destinée à et mettre fin aux attentats du F.L.N : e radicalise (abandon des idées légalistes deopération Ferhat Abbas) cette «bataille d Alger» se traduit par de nombreuses arrestations et le recours fréquent à la llion à toute l Algérie par la guérilla et le terrorisme. torture. de la France donnent la priorité à Doc. illustratif. Le témoignage d un soldat français sur la torture Massu conduit, en 1957, une aux attentats du F.L.N : cette «de nombreuses arrestations et le Le témoignage d un soldat ovoque une crise morale, où pendance et ceux de l «Algérie qui traverse tous les partis la IVe République et à l arrivée, le 13 mai 1958. le mène des négociations avec. l indépendance de l Algérie s par de Gaulle pour justifier l éventualité de l indépendance
En France, cet engrenage provoque une crise morale, où s affrontent partisans de l indépendance et ceux de l «Algérie 7 En France, cet».engrenage une qui crise morale, où s affrontent française Cette provoque fracture, traverse tous lespartisans partisde l indépendance et ceux de l «Algérie française». Cette fracture, qui traverse tous les partis e République et à l arrivée politiques, conduit à la chute de la IV politiques, conduit à la chute de la IVe République et à l arrivée au pouvoir du général de au pouvoir général de Gaulle, le 13 mai 1958. Gaulle, le 13 maidu 1958. C. L indépendance L indépendance. résoudre la decrise, Gaulle mène des Pour Pour résoudre la crise, Gaullede mène des négociations avec négociations les nationalistes à avec partir de 1960. les nationalistes à partir de 1960. Doc. 4 p. 125. De Gaulle et l indépendance de l Algérie Doc. De Gaulle et l indépendance de l Algérie (1961) (1961) 1. Quels sont les arguments avancés par de Gaulle pour justifier l éventualité de 1. Quels sont les arguments avancés par de Gaulle pour icijustifier l éventualit l indépendance algérienne? N y aurait-il pas d autres raisons, non avouées? algérienne? N y aurait-il pas d autres raisons, non avouées ici? Les arguments avancés par de Gaulle pour justifier l éventualité de l indépendance algérienne sont de plusieurs ordres : d abord, la «maturité» de par l Algérie. Gaulle insiste sur la «missionde l indép Tout arguments avancés de De Gaulle pour particulièrement justifier l éventualité Les civilisatrice» de la France, et les efforts consentis selon lui pour le développement de sont de plusieurs ordres : l Algérie. et diplomatique algérienne, euphémisme destiné à évoquer Tout«d hypothèque d abord, la» militaire «maturité» de l Algérie. De Gaulle insiste particulièrem L idée les difficultés de la France engagée dans une guerre coloniale lourde qui la discrédite sur la civilisatrice» de la France, et les efforts consentis selon lui pour le scène internationale. l Algérie. du mythe colonial. Fort de ces considérations, de Gaulle invite à abandonner le L abandon de l Empire colonial français,» déjà totalementetdémantelé, pour adopter une ligne L idée «d hypothèque militaire diplomatique algérienne, euphémism mythe politique réaliste. les difficultés de la France engagée dans une guerre coloniale lourde qu scène internationale.
Fort de ces considérations, de Gaulle invite à abandonner le français, déjà totalement démantelé, pour adopter une ligne 8 Mais une partie de l armée et des colons refuse toute idée d indépendance. En avril 1961, quatre généraux (Challe, Salan, Jouhaud et Zeller) tentent un putsch militaire à Alger, qui avorte grâce au refus des appelés du contingent d obéir. Les partisans les plus extrémistes de l Algérie française créent une structure clandestine, l OAS, qui commet des attentats sanglants en Algérie et en métropole, et essaient plusieurs fois d assassiner de Gaulle, notamment au Petit-Clamart, le 22 août 1962. Les pourparlers de paix aboutissent, le 18 mars 1962, à la signature des accords d Évian, qui reconnaissent l indépendance de l Algérie. 700 000 Européens et Harkis doivent alors quitter le pays et refaire leur vie en métropole. es colons refuse toute idée d indépendance. néraux (Challe, Salan, Jouhaud et Zeller) tentent un putsch e grâce au refus des appelés du contingent d obéir. émistes de l Algérie française créent une structure clandestine, entats sanglants en Algérie et en métropole, et essaient plusieurs notammentdoc.auillustratif. Petit-Clamart, le 22 août 1962. Arrivée de pieds-noirs à Marseille, en provenance d Algérie, en 1962) utissent, le es accords aissent kis doivent ire leur vie 5. Arrivée seille, en 1962) urd : entre victimes et 30 000 és. Le bilan de la guerre est lourd : entre 200 000 et 400 000 victimes algériennes, 4 500 colons et 30 000 soldats français et harkis tués. rique subsaharienne