Cas clinique en image

Documents pareils
Le dépistage des cancers

Le Livre des Infections Sexuellement Transmissibles

papillome humain) VPH(virus Le virus du papillome humain: la plus répandue des infections transmissibles sexuellement

VIH : Parlons-en franchement!

QUE SAVOIR SUR LA CHIRURGIE de FISTULE ANALE A LA CLINIQUE SAINT-PIERRE?

LA PROPOSITION DE LA VACCINATION ANTI-PAPILLOMAVIRUS: INFORMATIONS TRANSMISES ET VECU DE LA PROPOSITION

Incontinence anale du post-partum

Apport de l IRM dans la

Lignes directrices sur le dépistage du cancer du col utérin au Québec

IST et SIDA : s'informer pour se protéger!

Les traitements du cancer invasif du col de l utérus

Données épidémiologiques sur le cancer du col de l utérus

Prise en charge des dysplasies et carcinomes in situ de la surface oculaire au CHT de Nouvelle-Calédonie

Contraception après 40 ans

La Mutuelle Des Etudiants, 10 ans de lutte contre le VIH

Données épidémiologiques, histoire de la maladie et symptomatologie, facteurs de risque

Les grands syndromes. Endoscopie trachéo-bronchique. Professeur D. ANTHOINE CHU de NANCY

Un test Pap pourrait vous sauver la vie

Prise en charge des déchirures périnéales obstétricales sévères. Courjon M, Ramanah R, Eckman A, Toubin C, Riethmuller D.

LIGNES DIRECTRICES CLINIQUES TOUT AU LONG DU CONTINUUM DE SOINS : Objectif de ce chapitre. 6.1 Introduction 86

Programme DPC des infirmiers

Les soins infirmiers en oncologie : une carrière faite pour vous! Nom de la Présentatrice et section de l'acio

INTERVENTIONS CHIRURGICALES EN GYNÉCOLOGIE

Bonne lecture!! et si vous souhaitez consulter le document de l AFEF dans son intégralité, c est ici

Conseil Supérieur de la Santé. Vaccination contre les infections causées par le papillomavirus humain. CSS N révision du N 8204

Transplantation hépatique à donneur vivant apparenté. Olivier Scatton, Olivier Soubrane, Service de chirurgie Cochin

La maladie de Verneuil Hidrosadénite suppurée

GHUPC Projet de transformation du site Hôtel Dieu. Pr S CHAUSSADE, Dr I. FERRAND

Hépatite C une maladie silencieuse..

Des soins après avortement : Amis des Jeunes. Cartes à conseils 1-6

Les fistules obstétricales sont des communications anormales entre les voies urinaires ou digestives et l'appareil génital. ou d une manœuvre abortive

Traitements néoadjuvants des cancers du rectum. Pr. G. Portier CHU Purpan - Toulouse

REPOUSSER LES LIMITES DE LA CHIRURGIE BARIATRIQUE DANS LES OBESITES MASSIVES AVEC COMORBIDITES

LA RÉTENTION URINAIRE DU POST-PARTUM

Le taux de cellules CD4, la charge virale et autres tests

Dépistage du cancer colorectal :

INFORMATION & PRÉVENTION. Le cancer de la vessie

B MIS À JOUR EN MARS 2013

Sida : «Avant d arrêter le préservatif, faites le test»

Les cancers de l appareil génital féminin

va être opéré d un hypospadias

La déchirure. Les risques. Troubles périnéaux du post-partum. La déchirure

RÉFÉRENCES ET RECOMMANDATIONS MEDICALES

D A N S L E S PAY S F R A N C O P H O N E S

Cancers de l hypopharynx

Intérêt diagnostic du dosage de la CRP et de la leucocyte-estérase dans le liquide articulaire d une prothèse de genou infectée

Volume 1 : Epidémiologie - Etudes des facteurs de risques

HEL de Des maladies dépistées grâce aux examens préventifs

Cancer bronchique primitif: données épidémiologiques récentes

Co-infection HVB HVC CO-infection VIH HVB et HVC

Prise en charge thérapeutique des personnes infectées par le VIH

LES DOULEURS LOMBAIRES D R D U F A U R E T - L O M B A R D C A R I N E S E R V I C E R H U M A T O L O G I E, C H U L I M O G E S

Prolapsus génital et incontinence urinaire chez la femme Professeur Pierre BERNARD Septembre 2002

Maladie de Hodgkin ou lymphome de Hodgkin

Lymphome non hodgkinien

1 ère manche Questions fermées

MANUEL DE FORMATION A LA CHIRURGIE REPARATRICE DE LA FISTULE

LA PROTHESE TOTALE DE GENOU

Croissance et vieillissement cellulaires Docteur COSSON Pierre Nb réponses = 81 sur 87. Résultats des questions prédéfinies

+ Questions et réponses

G U I D E P A T I E N T - A F F E C T I O N D E L O N G U E D U R É E. La prise en charge du cancer du foie

PLACE DE L IRM DANS LE BILAN D EXTENSION DU CANCER DU RECTUM. Professeur Paul LEGMANN Radiologie A - Cochin Paris

Don d organes et mort cérébrale. Drs JL Frances & F Hervé Praticiens hospitaliers en réanimation polyvalente Hôpital Laennec, Quimper

INCONTINENCE URINAIRE

Pemetrexed, pionnier de la chimiothérapie histoguidée. Dr Olivier CASTELNAU Institut Arnault TZANCK ST Laurent du Var

Jean-Christophe Richard Véronique Merle CHU de Rouen

1 of 5 02/11/ :03

Arthralgies persistantes après une infection à chikungunya: évolution après plus d un an chez 88 patients adultes

Diagnostic des Hépatites virales B et C. P. Trimoulet Laboratoire de Virologie, CHU de Bordeaux

VIH et hépatites Profil des consultants 4 ème trimestre 2000

Le reflux gastro-oesophagien (280) Professeur Jacques FOURNET Avril 2003

MÉDECINE FAMILIALE. Préparer des médecins de famille pour le Québec de demain. Objectifs du stage de médecine familiale (abrégés)

La survie nette actuelle à long terme Qualités de sept méthodes d estimation

LA CHOLÉCYSTECTOMIE PAR LAPAROSCOPIE

Leucémies de l enfant et de l adolescent

Projet de grossesse : informations, messages de prévention, examens à proposer

DOSSIER DE PRÉSENTATION

GUIDE PRATIQUE N 1 HERPES ASSOCIATION HERPES. Agissons contre l herpès

Fistules obstétriques : des victimes invisibles

Implication des Corevih dans l arrivée des ADVIH: Expérience du Corevih LCA

Cancer du sein in situ

Comité d organisation

Incontinence urinaire : trop souvent taboue

G U I D E - A F F E C T I O N D E L O N G U E D U R É E. La prise en charge de votre mélanome cutané

First Line and Maintenance in Nonsquamous NSCLC: What Do the Data Tell Us?

Infiltrats pulmonaires chez l immunodéprimé. Stanislas FAGUER DESC Réanimation médicale septembre 2009

Migraine et céphalées de tension: diagnostic différentiel et enjeux thérapeutiques

Mieux vaut s en passer que se les passer...

phase de destruction et d'élimination de débris

METHODOLOGIE GENERALE DE LA RECHERCHE EPIDEMIOLOGIQUE : LES ENQUETES EPIDEMIOLOGIQUES

Définition de l Infectiologie

Une déclaration du comité consultatif (DCC) Comité consultatif national de

SERVICE PUBLIC FEDERAL, SANTE PUBLIQUE, SECURITE DE LA CHAINE ALIMENTAIRE ET ENVIRONNEMENT COMMISSION DE BIOLOGIE CLINIQUE RAPPORT GLOBAL

Répondre à un appel à projet - Vie d un projet

TeenSpeak. À propos de la santé sexuelle. La vérité vue par les ados

ALK et cancers broncho-pulmonaires. Laurence Bigay-Gamé Unité d oncologie thoracique Hôpital Larrey, Toulouse

La Dysplasie Ventriculaire Droite Arythmogène

La mienne est. La mienne est. en comprimés

A l Assistance Publique - Hôpitaux de Marseille, Octobre Rose est l occasion de mettre en valeur la filière de soins dédiée au cancer du sein.

Transcription:

Aquitaine Gastro Bayonne 26 septembre 2015 Cas clinique en image Dr Pauline Roumeguère Clinique Tivoli-Ducos Bordeaux Hopital St André CHU de Bordeaux

Marlène D, 66 ans 1993 : Lymphome à lymphocyte villeux 2015 : Rituximab et Ig HIZANTRA Appendicectomie, dents de sagesse, amygdales Tabac sevré depuis 15 ans Surpoids, hypercholesterolemie G3P3, 3 AVB non dystociques, conisation à 35 ans Constipation occasionnelle, plutôt d'allure terminale (rectorragies) : coloscopie normale en 2013.

Marlène D, 66 ans Alternance de diarrhées et de constipation depuis le début de cette nouvelle chimiothérapie, avec des épisodes d'incontinence fécale Depuis 3 mois, douleurs anales au passage des selles et les dix minutes qui suivent, avec rectorragies dans la cuvette Depuis 3 jours, douleurs permanentes, non soulagées par les antalgiques de niveau I puis II, tuméfaction de la marge anale, écoulement sale et malodorant dans les protections

Marlène D, 66 ans

Marlène D, 66 ans Vous évoquez : 1. Une thrombose hémorroïdaire 2. Un prolapsus hémorroïdaire 3. Une fissure anale 4. Un abcès de la marge anale 5. Une fistule anale 6. Autre

La même pathologie que Jacqueline :

La même pathologie que Michel :

Marlène D, 66 ans Sous anesthésie générale : - tuméfaction très indurée - sténose serrée circonférentielle - infiltration de l'appareil sphinctérien et de la cloison rectovaginale - surinfection marginale gauche

Marlène D, 66 ans Sous anesthésie générale : - tuméfaction très indurée - sténose serrée circonférentielle - infiltration de l'appareil sphinctérien et de la cloison rectovaginale - surinfection marginale gauche Carcinome épidermoïde du canal anal

Marlène D, 66 ans

Carcinome épidermoïde de l'anus L'incidence du cancer de l'anus a été multiplié par 2 à 5 depuis les années 1970. [Brewster, 2006] En France en 2006 : 3711 cas dont 69% de femme FDR : Tabac, Rapports anaux, Partenaires multiples, ATCD d IST, ATCD d'infection HPV, dysplasie anale, Immunodépression et HIV [Abramowitz 2013] Le diagnostic est souvent tardif, conduisant à une morbimortalité importante : T4 : 10 à 15%, N+ : 30 à 40%, M+ : 5 à 8% [Glynne-Jones, 2014] Risque cumulé de colostomie à 5 ans : 27% [Doyen, 2013] survie globale à 5 ans après radiochimiothérapie : 60 à 70%

Epidémiologie de l'infection anale à HPV chez la femme Infection à HPV = IST la plus fréquente - 80% des adultes sexuellement actifs auront une infection à HPV - 90% de clairance spontané à 2 ans (diminuée par le tabac ) [Nyitray 2011, dec] - Prévalence de l'infection persistante : [Nyitray 2011, jan] Hommes hétérosexuels : 12 % Homosexuels masculins : 47-60 % Femmes : 40 % (anus > col) - Prévalence de l'infection anale persistante varie en fonction des zones géographiques : 10 à 50% des patientes [Schvetsov 2009].

Infection anale à HPV chez la femme aux ATCD d'infection génitale à HPV CIN III (n=40) vs témoin (n=40) : prévalence HPV anus = 35% vs 10% dont 22% de HPV à haut risque oncogène [Véo,2008] CIN III (n=152) : prévalence AIN = 19%, mais 57% si lésions au moins bifocale (col, vagin, vulve) [Scholefield, 1992] CIN2+ ou de conisation : risque augmenté de cancer de l'anus de 2 à 3 fois, [Gaudet M, 2014][Kirkegard J 2014]

Lésions anales à papillomavirus : HPV anal et femme VIH FCV et cytologie anale proposés à 470 femmes VIH+ et 185 VIH- En cas de cytologie positive : colposcopie et biopsies sous anuscopie Infection HPV cervicale ET anale : 42% des VIH+ et 8% des VIH neg Hessol et al, AIDS. 2013

Lésions anales à papillomavirus : HPV anal et femme VIH Dépistage des lésions anales à HPV proposé à 473 patients VIH - 108 lésions retrouvées en anuscopie = 23% de la cohorte - 17/150 femmes : 11% des patientes VIH dépistées avaient des lésions HPV - parmi les lésions HPV diagnostiquées : 18% marge isolée ; 35% marge + canal ; 47% canal isolé 56% d'ain I ou II ; 1 AIN III et 1 carcinome invasif Abramowitz, AIDS. 2007

Lésions anales à papillomavirus : HPV anal et VIH Lanoy et al. and the ONCOVIH study (Int J Cancer. 2011 ) Fréquence des cancers en France chez les VIH+ en 2006 537 malignancies diagnosed 136 malignancies diagnosed in 533 men in 136 women

Lésions anales à papillomavirus : HPV anal et VIH Rapport Yeni 2008, 2010, Rapport Morlat 2013 Dépister par anuscopie standard annuelle les patients infectés par le VIH homosexuels et tous ceux (hommes et femmes) avec ATCD de lésions à HPV anales ou génitales. «Chez la femme diagnostiquée SIDA, le risque de cancer de l'anus dans les 60 mois est 3 fois plus élevé que celui de cancer du col de l'utérus (14,5 vs 5,6%)». [Chaturvedi 2007]

Marlène D, 66 ans : 1993 : Lymphome à lymphocyte villeux 2015 : Rituximab et Ig HIZANTRA Appendicectomie, dents de sagesse, amygdales Tabac sevré depuis 15 ans Surpoids, hypercholesterolemie G3P3, 3 AVB non dystociques, conisation à 35 ans Constipation occasionnelle, plutôt d'allure terminale (rectorragies) : coloscopie normale en 2013.

Marlène D : Take home message 1993 : Lymphome à lymphocyte villeux 2015 : Rituximab et Ig HIZANTRA Appendicectomie, dents de sagesse, amygdales Tabac sevré depuis 15 ans Surpoids, hypercholesterolemie G3P3, 3 AVB non dystociques, conisation à 35 ans Constipation occasionnelle, plutôt d'allure terminale (rectorragies) : coloscopie normale en 2013.

Marlène D : Take home message 1993 : Lymphome à lymphocyte villeux 2015 : Rituximab et Ig HIZANTRA Appendicectomie, dents de sagesse, amygdales Tabac sevré depuis 15 ans Surpoids, hypercholesterolemie G3P3, 3 AVB non dystociques, conisation à 35 ans Constipation occasionnelle, plutôt d'allure terminale (rectorragies) : coloscopie normale en 2013. ANUSCOPIE!!!

Marlène D vous souhaite une bonne soirée!!!