Le bien commun selon Jacques Maritain



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Transcription:

ETAT ET BIEN COMMUN Colloque interdisciplinaire à la mémoire du Prof. Roger Berthouzoz O.P. 7 8 juin 2006 Le bien commun selon Jacques Maritain Conférence du Professeur Jean-Jacques Friboulet Département d'economie Politique, Université de Fribourg, CH

2 Le bien commun Dans les droits de l'homme et la loi naturelle 1, publié en 1942, J. Maritain résume sa vision des droits de l'homme et du bien commun. Ce livre s'adresse au grand public. L'auteur y propose une mise en ordre de notions fondamentales de philosophie politique. Il s'agit pour lui de mettre à jour les principes d'un humanisme politique fondé sur le respect de la personne humaine, de sa dignité et de ses droits. Le contexte n'est pas indifférent. En 1942, J. Maritain est en exil à New York et veut apporter par sa plume sa contribution à la résistance européenne. 1942 est également une année difficile dans le conflit qui oppose les démocraties aux totalitarismes. Au printemps 1942, l'allemagne et le Japon, l'italie même, grâce à l'aide allemande ont atteint leur plus grande expansion territoriale. L'Allemagne a envahi l'urss et le Japon occupe toute l'asie de l'est. Le livre de J. Maritain est donc un livre de combat. Mais paradoxalement l'auteur y atteint l'universalité en décelant les enjeux d'humanité cachés dans la tragédie de la deuxième guerre mondiale. Pour un économiste contemporain, ces enjeux restent pertinents. Sur le fond les propos du philosophe sur le bien commun n'ont pas vieillis. Nous allons essayer de le montrer en trois points successifs qui concernent la définition, les fondements et la mise en œuvre du bien commun. 1. La définition du bien commun 1.1. Ce qu'il n'est pas Dès le début du premier chapitre intitulé "la société des personnes humaines", J. Maritain précise ce que n'est pas le bien commun. Il n'est pas un bien individuel ou une collection de biens individuels. En cela le philosophe s'oppose au libéralisme qui nie la dimension sociale de la personne humaine. La société pour J. Maritain n'est pas accessoire. Elle est une condition essentielle de l'épanouissement de la personne. Il s'ensuit que, dans sa dimension économique, le bien commun ne relève pas de la microéconomie mais de la macroéconomie. Pour échapper "à l'anarchie des atomes", l'économiste doit 1 J. Maritain, [1942], les droits de l'homme et la loi naturelle, publié dans Christianisme & démocratie, les droits de l'homme, préface de M. Fourcade, Paris, Desclée de Brouwer, 2005.

Le bien commun 3 réfléchir à la vie humaine du point de vue de l'ensemble et non pas simplement du point de vue des individus. Le clivage entre microéconomie et macroéconomie oppose encore aujourd'hui le libéralisme pur et dur d'origine anglo-saxonne et le libéralisme européen davantage préoccupé par les questions sociales. De ce que le bien commun n'est pas individuel, l'auteur déduit que le travail politique ne consiste pas simplement à veiller au respect de la liberté de chacun. Il doit contribuer à la reconnaissance des droits fondamentaux de chaque personne. L'auteur passe ainsi d'une vision en termes de libertés formelles à une vison en termes de libertés réelles, de construction de capacités, selon les mots du Prix Nobel d'économie A. Sen. 1.2. Ce qu'il est Le philosophe définit le bien commun comme la "bonne vie humaine pour la multitude". Il s'agit de donner à chacun et à chacune la mesure d'indépendance qui convient à la vie civilisée. Le bien commun ne consiste pas simplement à nourrir, loger, soigner et éduquer les personnes selon les mots de l'économiste F. Perroux. Il est une œuvre qui intègre des dimensions politique et spirituelle. "La personne a une dignité absolue parce qu'elle est dans une relation directe avec l'absolu dans lequel seule elle peut trouver son plein accomplissement" 2. Selon cette conception, le bien commun n'est propre ni au tout ni aux parties. C'est le bien que partage l'ensemble de la société et les éléments de celle-ci. Après avoir écarté la vision libérale du bien commun, J. Maritain en réfute la conception totalitaire. Le bien commun n'est pas propre à l'ensemble et donc à l'etat qu'il représente. Il doit être redistribué et concerne toutes les personnes. Dans la perspective des droits fondamentaux, cette idée suppose la définition de seuils en deçà desquels ces droits ne sont plus respectés. Ainsi l'onu a-t-elle mis en pratique cette conception dans ses objectifs du Millénaire. De même l'unesco a précisé ce qu'elle entend par éducation pour tous dans ses 2 J. Maritain, [2005], Christianisme & démocratie, p. 133.

4 Le bien commun conférences de Jomtien puis de Dakar 3. Dans notre pays, la LAMAL est une assurance obligatoire qui définit les prestations minimales pour l'accès de tous aux soins. Parce qu'il concerne toutes les personnes d'une société donnée, le bien commun est le fondement de l'autorité. Sur ce point l'économiste rencontre encore le philosophe quand il constate qu'une politique publique doit être acceptée et appropriée par les citoyens pour réussir. Cette appropriation ne peut-être fondée que sur la justice. Dans notre pays de démocratie directe, nombre de refus du peuple auraient été évités si le parlement avait pris en compte cette donnée. Pensons par exemple au rejet du paquet fiscal en 2005 ou aux difficultés rencontrées par la dernière révision de l'avs. Cette dimension de justice redistributive implique une rectitude des actions. Les politiques publiques ne peuvent convaincre de leur justesse que si les moyens s'accordent aux fins. Les procédures mises en œuvre doivent être équitables et à ce niveau l'éthique personnelle rejoint l'éthique sociale. 2. Les fondements du bien commun Un des points centraux de la thèse de J. Maritain est que la personne humaine ne s'engage pas dans la société politique en vertu de toutes ses qualités et potentialités. Si l'être humain est un animal politique comme le disait Aristote, il ne se réduit pas à cette double dimension. La conséquence de cette proposition est la nécessaire limitation du domaine du politique et de l'économique. On pourrait en dire autant du domaine de la technique ou du droit. Un exemple de ces limites de l'économie est le nécessaire encadrement du travail par des règles préservant la santé, le repos mais aussi la dimension spirituelle des personnes. La législation relative aux horaires de travail n'est pas 3 Sur ce sujet, cf. Institut interdisciplinaire d'éthique et des droits de l'homme, Association pour la promotion de l'éducation non formelle, [2005], La mesure du droit à l'éducation, tableau de bord de l'éducation pour tous au Burkina Faso, Paris, Karthala.

Le bien commun 5 qu'une question de rapport économique entre le travailleur et son employeur. Elle concerne la vie sociale en général et la dignité des personnes. Cet exemple montre qu'il existe une tension naturelle entre la personne et la société. Les recherches économiques récentes prouvent que les rapports sociaux ne peuvent se régler uniquement par le contrat commercial et la loi. Ils supposent l'existence de conventions qui intègrent une forte dimension sociale. La vision intégrée des dimensions de la personne humaine présentée par J. Maritain a quatre caractéristiques: - elle est personnaliste en ce que la société est un tout de personnes dont la dignité est antérieure logiquement à elle-même. On retrouve dans cette thèse la conception de la personne qui caractérise les philosophes des lumières de Grotius à Kant. - elle est communautaire car le bien commun est supérieur à celui des individus. Il le conditionne au sens d'une condition nécessaire. - elle est pluraliste car le développement de la personne requiert une pluralité de communautés autonomes. L'Etat ne peut mettre en œuvre le bien commun que si sa logique d'acteur croise les logiques privées et civiles. Le modèle de J. Maritain rejette l'idée d'un Etat-Providence au profit de celle d'un Etat qui s'occupe des tâches qui ne peuvent être réalisées de façon satisfaisante par les autres acteurs de la société. Cette thèse de la subsidiarité, qui traverse toute la doctrine sociale chrétienne, est bien connue des économistes. Elle est présente par exemple dans la Théorie générale de l'emploi de l'intérêt et de la monnaie de J. M. Keynes. On la retrouve dans les écrits contemporains sur les biens collectifs ou dans les travaux de la Banque Mondiale sur la place de l'etat. - elle est chrétienne en ce qu'elle reconnaît que Dieu est la source de toute dignité humaine. La dimension sociale de la personne est présente dès l'origine dans la dualité homme-femme. Mais pour le philosophe, si le bien commun est d'inspiration chrétienne, il est purement temporel. Il ne peut être sacralisé sous la forme d'une politique chrétienne ou d'une économie chrétienne. J. Maritain critique fermement l'idée d'une troisième voie. "Il n'y a qu'un bien commun temporel, celui de la société

6 Le bien commun politique, comme il n'y a qu'un bien commun surnaturel, celui du royaume de Dieu, qui est supra-politique" 4. Il faut signaler le courage de cette affirmation à un moment (1942) où l'europe du Sud est gouvernée par des pouvoirs qui cherchent à confondrent religion et politique. Nul n'est besoin d'en souligner également l'actualité en ce début de vingt et unième siècle où se développent des intégrismes de toute nature. 3. Comment construire le bien commun? Pour construire ce bien, J. Maritain insiste sur deux leviers: le développement du droit et de l'amitié civique. Comment ne pas penser en lisant ces phrases à l'affirmation de Jean-Paul II dans Centesimus Annus, rappelant que l'économie de marché a besoin d'un contexte juridique ferme. Comment ne pas faire le lien aussi avec la dernière encyclique de Benoît XVI où le pape indique que la justice ne peut se passer de la charité. Toutes ces idées nous renvoient à la nécessité de la loi mais également de la morale pour la construction du bien commun. C'est par le développement de l'empathie et la découverte de l'autre que peut être réalisé l'objectif recherché. Les économistes le comprennent s'ils mesurent l'apport des activités non marchandes à la vie sociale, quand ils observent l'action des ONG dans le développement ou s'ils reconnaissent l'importance de relations harmonieuses entre parents et enseignants pour la réussite de l'éducation de base. Pour illustrer le rôle conjoint de la loi et de l'amitié civique, prenons l'exemple de la prévention et du traitement des catastrophes naturelles. Il ne peut y avoir de prévention sans intervention de la loi pour définir les assurances correspondantes, pour préciser les responsabilités respectives des personnes et des collectivités. Mais il ne peut y avoir de traitement des catastrophes sans solidarité active au moyen de collectes et de dons. L'exemple du Tsunami en Asie en est un exemple frappant. L'amitié civique a, à cette occasion, fort heureusement dépassé les frontières. 4 J. Maritain, [2005], Christianisme & Démocratie, p.147.

Le bien commun 7 Au sujet de l'amitié civique, le philosophe note fort opportunément que "la société des amis ne peut exister entre des êtres trop distants les uns des autres" 5. L'évolution actuelle de la société nous rend plus proche grâce aux échanges avec les habitants des autres pays. Mais le danger existe que la mondialisation nous rende plus distants d'une partie de nos concitoyens ou même de notre propre famille. Pensons au phénomène des ghettos dans les banlieues ou des régions périphériques qui restent à l'écart des courants d'échanges. J. Maritain termine son propos sur le bien commun en soulignant qu'il est une œuvre d'ensemble. Il observe que les peuples et les personnes communiquent plus aisément dans une passion commune comme c'est le cas aujourd'hui pour la coupe du monde de football que dans un travail commun. L'œuvre réalisée en commun suppose la durée, l'effort patiemment poursuivi. Elle seule est cependant créatrice de capacités et donc de libertés réelles pour le plus grand nombre. Les économistes du développement ont critiqué les plans d'ajustement structurel du fonds monétaire international dans certains pays du Sud parce que ceux-ci y avaient hypothéqué la notion de communauté et donc d'etat. Le seul mécanisme du marché et le remboursement de la dette ont fait éclater la société en autant de sous-groupes ou d'individus qui ne perçoivent plus leur destin commun. La construction du bien commun exige une volonté et une constance dans l'effort qui supposent certes la liberté mais qui la dépasse. La mise sur pied d'une égalité des chances et d'une solidarité active sont des tâches qui telles celles de Sisyphe doivent être constamment renouvelées et mises à jour. Sur ce chemin, le petit livre de J. Maritain est un guide sûr à mettre entre toutes les mains. Je vous remercie Fribourg, juin 2006 5 J. Maritain, [2005], Christianisme & démocratie, p. 153.