coupure, de pouvoir être fantasmé comme séparé du corps : l objet a, l objet

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Annie Staricky Questions sur la nomination 1 Le nom, Analyste de l École, A.E., signifie que le passant a transmis, dans le dispositif de passe, les franchissements qui l ont conduit à devenir analyste dans sa cure. Lacan a choisi le terme de nomination pour dire l existence d un A.E. produit par le dispositif : la nomination étant celle du passant lui-même qui, par ses dires à l adresse du passeur, transmet ce virage de la cure où l acte s institue, la nomination étant aussi l acte du cartel qui en rend compte. Ce même terme de nomination désigne donc à la fois une nomination faite par Lacan, la nomination du passant et la nomination du cartel. Mais quels que soient les différents acteurs qu elle concerne, la nomination renvoie chacun aux coordonnées complexes de son propre passage à l analyste dans la cure. Complexes sont-elles, ces coordonnées, parce qu elles concernent un retournement radical de la position du sujet qui, de s extraire de sa position d objet de la jouissance de l Autre, se laisse diviser par un objet particulier, l objet a cause du désir. Ceci ne se fait pas en un jour, mais suppose, dans la cure, un moment clinique qui a une temporalité logique où se produit : une séparation de l appui pris sur les identifications nouées par le Nom-du-Père de la métaphore paternelle, c est le franchissement du plan de l identification ; ce franchissement ouvre sur un temps de déconstruction du fantasme, où la perte de jouissance des objets pulsionnels signe la déprise du sujet, de la jouissance de l Autre; c est un temps de retournement où le sujet, de cesser de compléter l Autre, rencontre sa division et l objet singulier qui la cause : l objet a. Cet objet a est repérable dans le même temps où se construit le fantasme fondamental, c est-à-dire l épure du fantasme, qui est ce reste du fantasme, centré dès lors par l objet a et non plus par les multiples scénarii qui habillaient chaque objet pulsionnel tant que le sujet n avait pas lâché sa jouissance de compléter l Autre. Cet objet a est coupure dans le champ de la jouissance. Lacan, dans l Angoisse, précise qu il est dans un rapport de coupure interne au champ du sujet, sur le modèle de la séparation du sujet de ses premières enveloppes 2 ; il est coupure, de pouvoir être fantasmé comme séparé du corps : l objet a, l objet partiel, dit Lacan, est un fantasme du sujet 3 ; et c est de pouvoir être perdu que 1 Intervention à la réunion publique du Collège de la passe, le 17 novembre 2007 à Bruxelles. 2 J. Lacan, séminaire L Angoisse, séance du 15 mai 1963. 3 Ibidem, séance du 6 mars 1963.

cet objet a cause le désir : «Cet objet perdu, aux différents niveaux de l expérience corporelle où se produit sa coupure, c est lui le support de cette fonction de la cause 4», c est cette part de nous-mêmes, ce morceau charnel arraché, cette livre de chair, cette part à jamais perdue, qui est corporelle et dont la fonction est partielle. C est d être coupure dans le champ de la jouissance que l objet a est cause du désir. L acte analytique s institue donc dans ce temps de coupure qu est l objet a. Ce sont là quelques repères majeurs de ce virage dans la cure où advient le désir de l analyste. Ce sont les coordonnées de ce virage, concernant donc le rapport du sujet à la jouissance et au désir, qui permettent de déduire l institution de l acte analytique : c est ça que le passant nomme dans ses dires aux passeurs, et qui, d être entendu par chaque un du cartel, va donner lieu à la nomination Analyste de l École, AE. Je me suis demandée maintenant en quoi les nœuds borroméens à trois et à quatre pouvaient rendre compte de ce virage, en tant qu ils écrivent le rapport du sujet à la jouissance et au désir, pour le nœud à trois, et ce par quoi tient le nœud à quatre, à savoir l Œdipe, le Nom-du-Père et le symptôme. Avec le nœud à trois, en 1974, Lacan écrit un nouage borroméen de R.S.I. où il situe les différentes jouissances sur les trois parties externes des intersections, dont les trois parties internes serrent l objet a en un trou central. Lacan appelle champ de la jouissance, les parties externes de ces intersections : R-I est la jouissance de l Autre, R-S, la jouissance phallique et I-S, la jouissance du sens. Il indique ainsi que «c est sur la place du plus-de-jouir que se branche toute jouissance 5» et que l objet a est «le noyau élaborable de la jouissance 6». C est dire qu il formalise, dans cette écriture, que l objet a provient du champ de la jouissance (en effet tous les objets du fantasme sont pris dans la jouissance phallique, voire la jouissance de l Autre, ces objets pulsionnels indiquent ce qu a été, dans l histoire du sujet, son rapport à la jouissance), c est dire aussi que, par le travail de l analyse, cet objet a, est dégagé comme coupure dans le champ de la jouissance, c est-à-dire comme cause du désir. Nœud à trois 4 Ibidem, séance du 8 mai 1963. 5 J. Lacan, La Troisième, 1er novembre 1974. 6 Ibidem.

Quant au noeud à quatre, les trois ronds RSI y sont empilés et noués par un quatrième, que Lacan désigne successivement par l Œdipe, par le Nom-du- Père et par le symptôme. 1. Dans un premier temps, Lacan écrit ce quatrième rond le 14 janvier 1975, dans RSI, dans le temps même où il repère que chez Freud la réalité psychique, qui est le nom du complexe d Œdipe, est un équivalent du réel, et fonctionne comme quatrième. Freud, chez qui, dit Lacan dans Les non dupes errent, les trois registres RSI existent, mais ne sont pas noués. Sur ce nœud borroméen à quatre, Lacan désigne donc le quatrième rond par l Œdipe. Ce quatrième rond existe, d être une nomination de Lacan, à laquelle il est conduit dans le temps même où il nomme chez Freud un équivalent du réel. 2. Dans un deuxième temps, il va le désigner du Nom-du-Père, et ce, en deux temps : le père qui nomme, le 11 mars 1975, c est le père qui donne un nom aux choses, qui nomme les trois registres R.S.I., qui sont les noms premiers, dit Lacan. Ce sont les noms du père, qui, par le fait même de cette nomination première, les fait exister. Cette fonction du père nommant double le rond du Symbolique, c est la part symbolique du Symbolique du 4 ème rond, je cite Lacan : «[ ] la distinction dans le Symbolique du donner nom fait partie du Symbolique 7», le rond du Symbolique étant celui du Nom-du-Père de la métaphore paternelle ; et le père comme nom, le 15 avril 1975, c est la fonction de nomination, dont il dit qu elle fait trou, qu elle fait le nœud. Cette fonction nommante, elle, est la part du 4 ème rond, qui introduit le réel du Symbolique. 7 J. Lacan, R.S.I., inédit, 11 mars 1975.

Ainsi donc ce Nom-du-Père comme quatrième double-t-il le rond du symbolique tout en le dédoublant. Il inscrit, il écrit ce qui reste du père en fin de cure, c est-à-dire un nouage des versions du père, dans les trois registres (père symbolique, père imaginaire, père réel). Mais ce nouage ne va pas sans la déprise du sujet de la jouissance du père, déprise qui entraîne la nomination, par le sujet, de sa prise originaire dans le désir du père, dont le nom propre du sujet porte la marque. C est la nomination, par le sujet, de cette déprise et de cette prise, qui fait trou : cette nomination, c est le Nom-du-Père, celui qui fait le nœud. Par cette nomination se trouvent noués le Nom-du-Père de la métaphore, le père nommant et le père comme nom. Ce Nom-du-Père qui fait le nœud est écriture du réel de la structure. Ce Nom-du-Père comme quatrième est, je pense, celui dont il s agit de se servir, que Lacan évoque dans son énoncé d avril 1976 quand il dit «qu il s agit de se passer du Nom-du-Père à condition de s en servir 8». En effet, en fin de cure, le Nom-du-Père dont il s agit de se passer est celui de la métaphore paternelle, celui qui inscrit le phallus dans l Autre et noue les identifications du sujet, et le Nom-du-Père dont il s agit de se servir est ce qui reste du père, c est ce Nom-du-Père qui écrit le réel du nœud, celui de la structure subjective. Ce Nom-du-Père est une nomination, produite de façon contemporaine au dégagement de l objet a, cause du désir. Cette nomination est produite dans la fin de la cure, mais c est dans le dispositif de passe qu elle sera lue et transmise. Nœud à quatre Ainsi s éclaire un peu pour moi la question qui était à l origine de ce travail, celle du rapport entre l objet a et la nomination : pour la déplier, il faut partir de ce que le nœud à trois, qui écrit l objet a, est impliqué dans le nœud à quatre, où le Nom-du-Père, soit la fonction de nomination, de faire trou, fait tenir le noeud. En effet, pas de rapport à l objet a qui n en passe par la réduction du père à ce Nom-du-Père, dont il s agit de se servir et qui fait le nœud. 8 J. Lacan, Le Sinthome, séance du13 avril 1976.

Une question sur le trou : l objet a du trou central du nœud à trois et la nomination qui fait trou dans le noeud à quatre renvoient-ils au même trou dans la structure subjective? Je pense que oui, puisque le rapport du sujet à l objet a ne va pas sans le «se servir du Nom-du-Père». C est ce point de la structure subjective, centrée par le trou de l objet a, qui règle le rapport du sujet à l acte analytique et au désir de l analyste ; c est ce point de la structure qui, dans le dispositif de passe, est une nomination du sujet et qui fait l objet de la nomination Analyste de l École, AE, par le cartel de passe. Il faut dire aussi que, dans la dernière leçon de R. S. I. 9, Lacan va référer la nomination aux trois registres : à l imaginaire, c est l inhibition, au symbolique, c est le symptôme et au réel, c est l angoisse. Charles Nawawi a longuement travaillé sur cette question compliquée des trois nominations, ou, dit autrement, des trois registres de la nomination. Je ne saurais pas avancer sur ce point maintenant. Mais je note que si je m en suis tenue ici à la nomination référée au symbolique, la question que j ai toutefois posée plus haut sur le trou indiquerait, je crois, que la nomination ne peut se définir que des trois registres. Ainsi le trou de l objet a serait-il la nomination dans le réel, le Nom-du-Père, la nomination dans le symbolique, quant à la nomination dans l imaginaire, je ferai l hypothèse qu elle concerne l habillage du fantasme, réduit à son épure, en tant que la fonction du fantasme est d inhiber la jouissance interdite 3. J en viens au troisième temps, celui où Lacan va désigner le quatrième rond par le symptôme, le 18 novembre 1975 dans Le Sinthome, à partir de son élaboration sur Joyce, où il montre comment l usage de la lettre du langage dans l écriture joycienne fait suppléance à la carence du Nom-du-Père : il appelle sinthome cette suppléance par l écriture qui fait tenir le nœud au point où le ratage s est produit. Déjà en 1974, dans la Troisième, Lacan réduit le symptôme à sa valeur de réel ; puis le 21 janvier 1975, dans R.S.I., il le réduit à la fonction de la lettre, à ce qui ne cesse pas de s écrire, à partir de ce qui ne cesse pas de ne pas s écrire du rapport sexuel. Je le cite : «La fonction du symptôme, f(x), c est ce qui de l inconscient peut se traduire par une lettre.» Et le 18 novembre 1975, il désigne le symptôme comme quatrième rond, qui fait tenir le nœud, comme l Œdipe et comme le Nom-du-Père. Ils ont en commun, en effet, de faire le nœud de la structure subjective. Cette écriture du symptôme comme quart terme, qui fait le noeud, résume des énoncés antérieurs où Lacan approchait déjà ce rapport du symptôme à la structure : ainsi disait-il, en 1958, «c est toute l histoire du sujet, 10 c est toute son anamnèse qui est impliquée dans le symptôme» et en 1963, «le 9 J. Lacan, R. S. I., inédit, séance du13 mai 1975. 10 J. Lacan, Les Formations de l inconscient, séance du 18 juin 1958.

symptôme tout entier est implicable dans le processus de constitution du sujet [ ] 11». Le symptôme qui fait tenir le noeud, que Lacan appelle aussi sinthome, c est le symptôme réduit à son réel, à son épure, à ce qui reste du symptôme en fin de cure. Par le travail de la cure, le symptôme s est, en effet, délesté des signifiants du savoir inconscient, il s est vidé de la jouissance que condensaient les objets du fantasme, il est apparu comme réponse à la vérité sexuelle qui troue le savoir inconscient, enfin, il a été repéré comme effet du désir quand, en fin de cure, l objet a s est dégagé comme cause du désir. Cette épure du symptôme est donc aussi, comme le Nom-du-Père, dont il s agit de se servir, de l ordre de l écriture du réel de la structure subjective. Enfin dans le Sinthome 12, Lacan poussera encore un peu plus loin le lien du symptôme à l inconscient en disant ceci : «J ai réduit le symptôme à répondre, non pas à l élucubration de l inconscient, mais à la réalité de l inconscient [ ] c est ma façon, dit-il, de porter l élucubration freudienne, de porter le symptôme au second degré.» Ainsi, le symptôme n est-il pas seulement une formation de l inconscient, pas seulement une réponse au trou du sexuel qui centre la réalité de l inconscient, telle qu il l a définie en 1964 13, il est impliqué dans le nœud même de la structure subjective. C est du moins ainsi que je lis cette réduction du symptôme à la réalité de l inconscient. C est de ce point, d ailleurs, du symptôme qui fait le nœud, que Lacan formulera encore un peu plus tard, dans L Une-bévue 14, la question de l identification au symptôme en fin de cure, et qui serait donc une identification au réel de l écriture de la structure. J ai donc tenté de montrer comment ces écritures borroméennes pouvaient rendre compte de l expérience analytique menée à son terme. Déjà, en un autre temps et lieu, dans les années 1982-1989 à l ECF, dans nos élaborations sur l expérience de la passe, certains d entre nous avions fait l hypothèse que, par ces écritures borroméennes, Lacan rendait compte, précisément, d une clinique de la passe. Je terminerai sur une question qui m est venue à la fin de ce travail. Le nœud borroméen à quatre de 1975 serait-il un élément de réponse à la question 15 posée par Lacan, le 9 avril 1974, d une écriture manquante, d où s articulerait, dans une école, «cette fonction dont le choix de l analyste [...] ne peut que dépendre»? Si ce nœud à quatre, en effet, est une écriture de la nomination, celle produite dans le dispositif de passe, alors cette écriture ne peut que rendre compte aussi de la place ou de la fonction de l AE dans l école, en tant que cette fonction ne peut que dépendre de la nomination. 11 J. Lacan, L Angoisse, séance du 12 juin 1963. 12 J. Lacan, Le Sinthome, séance du 13 avril 1976. 13 J. Lacan, Les Quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, 1963-64. 14 J. Lacan, L Une-bévue, séance du 16 novembre 1976. 15 J. Lacan, Les non-dupes errent, inédit.