Psychologie sociale: Perception sociale François Ric
Plan du cours Introduction: la cognition sociale et les métaphores du penseur social 1. Perception sociale: principes généraux 2. La perception d autrui 3. La perception de soi 4. Percevoir autrui en contexte
Perception sociale? Comment nous percevons les objets sociaux. C est-à-dire: - comment nous parvenons à nous former une impression sur un objet, une idée, un événement, sur autrui et sur soi, - comment nous sélectionnons l information, mémorisons et organisons l information sur ces objets sociaux - conséquences au niveau du jugement et du comportement? Cognition sociale Rem.: Jusque récemment, on s est peu intéressé à la perception mais à ses conséquences (Macrae & Quadfield, 2010).
La cognition sociale La cognition sociale étudie la manière dont les gens, perçoivent et comprennent leur environnement social et comment ils interagissent avec celui-ci. Ne renvoie pas à une théorie ou à un phénomène en particulier (attitudes, stéréotypes, perception de soi, perception d autrui, etc.), mais à une façon d appréhender les phénomènes.
Trois caractéristiques de la cognition sociale Mentalisme Centration sur les processus cognitifs. Application des concepts et des techniques de psychologie cognitive.
1. Le mentalisme Etude des connaissances (cognitions) que les individus utilisent naturellement pour comprendre les autres. Ex.: - Les attributions, - Les représentations de soi (comment se perçoit-on?). - Les catégories (catégorie «oiseaux»: plumes, bec, vol, etc., mais aussi «femme»: dépendante, passive, sensible, absence d ambition, dépensière, bavarde, etc )
2. Centration sur les processus Etude des processus cognitifs sous-tendant le comportement social (comportement d achat, de vote, de performance, discrimination, etc.) Comment les éléments cognitifs se forment, sont utilisés ou changent au cours du temps Ex.: Formation, utilisation, et modification des stéréotypes.
3. Application des concepts et techniques de psychologie cognitive - Recours aux concepts de psychologie cognitive (attention, traitement de l information, mémoire, encodage, stockage, rappel, accessibilité, catégorisation, etc.)
Stimulus / événement Comportement Perception Encodage, catégorisation Inférences, décisions, jugements Mémoire, connaissances organisées Bless, Fiedler, & Strack (2004)
3. Application des concepts et techniques de psychologie cognitive - Recours aux concepts de psychologie cognitive (attention, traitement de l information, mémoire, encodage, stockage, rappel, accessibilité, catégorisation, etc.) - Ainsi que techniques: Ex.: Temps de réaction, rappel Rem.: Cela ne signifie pas que les processus sont les mêmes pour objets sociaux et les autres objets.
Perception objets sociaux vs. non sociaux Percevons-nous les objets sociaux comme nous percevons les autres objets? La psychologie classique s intéresse principalement à ces objets et établit des règles (ex.: perception de figures géométriques, mémorisation de mots sans signification, etc.). La recherche sur la cognition sociale utilise ces règles pour voir si elles peuvent être appliquées aux objets sociaux: - si oui, dans quelles conditions? - si non, comment doivent-elles être modifiées pour s appliquer aux objets sociaux? Soulève de nombreuses questions importantes
Perception objets sociaux vs. non sociaux 1.Question de la validité écologique du processus Est-ce que les processus mis en évidence sur des objets décontextualisés (la résolution d un problème logique, la perception d une figure, l évaluation d un stimulus) sont représentatifs des processus réellement en jeu chez les individus? 2. Existe-t-il des tâches totalement neutres par rapport à leur contenu social et plus généralement au contexte? En d autres termes, les processus mis en évidence ne le sont-ils pas en raison d un contexte particulier?
Ex: Catégorisation Quelles sont les caractéristiques d une voiture? Les propriétés seront certainement différentes selon le type de voiture présenté
Ex. de Huguet, Galvaing, Monteil & Dumas (1999) Effet «Stroop» rouge > +++ Interférence censée être liée à la lecture automatique du mot.
Différence Rouge - +++
Si la présence d autrui suffit à supprimer (réduire fortement) cet effet - c est qu il n est peut-être pas si automatique - qu est-ce qui se passe dans la vie de tous les jours (présence d autrui)?
Les métaphores du penseur social La psychologie sociale est une discipline récente qui a subit l influence de modes, mais qui a longtemps eu un arrière fond cognitif (c est + la représentation du stimulus que ses propriétés propres qui influence). 1. Recherche de la cohérence (50-60) 2. Le scientifique naïf (60-70) 3. L avare cognitif (70-80) 4. Le tacticien motivé (90-2000) 5. Et
Les métaphores du penseur social 1. Recherche de la cohérence (50-60) 2. Le scientifique naïf (60-70) 3. L avare cognitif (70-80) 4. Le tacticien motivé (90-2000) 5. Et
La recherche de cohérence Les gens sont motivés pour résoudre les incohérences dans leurs cognitions Ex.: Théorie de l équilibre (Heider, 1958), dissonance cognitive (1957) Ex: Dissonance: Je fais A alors que je pense B incohérence Je pense A (je mets mes cognitions en accord avec mon comportement)
La dissonance cognitive: Festinger & Carlsmith (1959) Phase 1: Tâche fastidieuse Phase 2: Faux débriefing Phase 3: Remplacement du compère Trois conditions: Contrôle, 1 $, 20$ 7 6 5 4 3 Contrôle 1$ 20$ 2 Phase 4: Mesure de l intérêt de la recherche - Expérience plaisante? - Importance scientifique? - Participer à une autre expérience de ce type? 1 0-1 Expérience plaisante Importance scientifique Nouvelle participation
La recherche de cohérence Les gens ne sont pas uniquement motivés pour être cohérents: - Quand l incohérence est-elle suffisante pour produire des effets chez un individu donné? Est-ce le même degré pour tous les individus? - Des travaux ont montré que les gens entretenaient des cognitions en contradiction sont-ils réellement motivés pour réduire la contradiction?
Le scientifique naïf 1. Recherche de la consistance (50-60) 2. Le scientifique naïf (60-70) 3. L avare cognitif (70-80) 4. Le tacticien motivé (90-2000) 5. Et
Le scientifique naïf Postulat: les gens sont des scientifiques naïfs qui, s ils disposent de suffisamment de temps, sont capables d une analyse scientifique (analyse rationnelle) Certains facteurs biaisent cette analyse rationnelle Modèles prescriptifs: ce que devraient faire les gens Ex: Théories de l attribution portent sur la manière dont les gens expliquent leur comportement et celui d autrui (Jones & Davis, 1965; Kelley, 1967)
Les métaphores du penseur social 1. Recherche de la consistance (50-60) 2. Le scientifique naïf (60-70) 3. L avare cognitif (70-80) 4. Le tacticien motivé (90-2000) 5. Et
L avare cognitif les recherches ont montré que les individus étaient particulièrement biaisés et qu ils ne cherchaient pas forcément à avoir une image exacte des choses Métaphore de «l avare cognitif» (Taylor, 1981) Les individus disposent d un système cognitif à capacités limitées Ils cherchent à économiser leurs ressources Utilisation de stratégies qui permettent de simplifier les problèmes complexes. Pas nécessairement les plus rationnelles et ne conduisent pas nécessairement à la bonne réponse heuristiques Modèle descriptif: il décrit ce que font les gens plutôt que ce «qu ils devraient faire» Ex. Travaux sur la corrélation illusoire (Hamilton & Gifford, 1976)
La corrélation illusoire: Hamilton & Gifford (1976) La formation des stéréotypes est liée au fonctionnement cognitif «normal» des individus. Sur la base des travaux de Chapman et Chapman (1967) Présentation de paires de mots à partir de 2 listes (croisement des deux listes): Liste1 Liste2 Chat Bacon 12 paires possibles: Œuf Eléphant chat-bacon; chat-éléphant; chat-toit, etc. Caravane Toit Eau Présentation de chaque paire un même nombre de fois puis estimation de la fréquence d apparition des paires: Surestimation de la fréquence d apparition: caravane-éléphant
Corrélation illusoire: explication et application à formation des stéréotypes - Les éléments distinctifs (rares) attirent l attention - Ils sont donc mieux encodés - Ils sont donc mieux mémorisés - Ils sont plus facilement rappelés On a l impression qu ils sont plus fréquents Application à l association noir/cpt indésirable aux USA - Les noirs sont peu fréquents (pour les blancs) - Les comportements indésirables sont plus rares Les blancs devraient surestimer la proportion de comportements indésirables réalisés par des noirs.
Hamilton & Gifford (1976) Présentation de 39 comportements un à un pendant 7 sec Gérard membre du groupe B va dire aux gens le mal que les autres disent d eux Charles membre du groupe A conduit les enfants des voisins à l école en voiture
Hamilton & Gifford (1976) Présentation de 39 comportements un à un pendant 7 sec Groupe A Groupe B Cpt + 18 9 27 > Cpt - 8 4 12 > 26 13 39
Hamilton & Gifford (1976; Exp. 1) Attribution de groupe Groupe A Groupe B Groupe A Groupe B.66.33.65.35 Cpt + 18 9 27 Cpt + 17,5 9,5 27.66.33.48.52 Cpt - 8 4 12 Cpt - 5,8 6,2 12 Surestimation des comportements négatifs réalisés par les membres du groupe B corrélation illusoire + meilleur rappel des B- (évalué par les comportements correctement attribués)
Hamilton & Gifford (1976) Jugement Groupe A Groupe B Bon socialement 6,66 > 6,03 Mauvais socialement 4,43 < 5,63 Bon intellectuellement 7,16 > 6,26 Mauvais intellectuellement 4,35 < 4,98 Effets au niveau de la mémoire se transcrivent aussi dans les jugements
Hamilton & Gifford (1976) Selon ces travaux, les stéréotypes découleraient de notre fonctionnement cognitif «normal». Toutefois, cela n implique pas: - que l utilisation des stéréotypes soit une bonne chose - que ce soit la seule cause de formation des stéréotypes (la cause peut être suffisante et pas nécessaire).
Exp. Macrae, Hewstone & Griffiths (1993) Les informations sur les gens sont stockées en mémoire dans un réseau associatif (Hastie, 1980; Srull, 1981; Srull & Wyer, 1989) Les informations qui sont cohérentes avec nos attentes sont facilement encodées. Les informations incohérentes avec nos attentes nécessitent plus d attention, d élaboration cognitive afin de les intégrer dans la représentation de la personne. Création de liens associatifs plus nombreux avec les autres informations en MLT et donc meilleur rappel de cette information.
Infos incohérentes Infos cohérentes Personne X
Exp. Macrae, Hewstone & Griffiths (1993) Les informations sur les gens sont stockées en mémoire dans un réseau associatif (Hastie, 1980; Srull, 1981; Srull & Wyer, 1989) Les informations qui sont cohérentes avec nos attentes sont facilement encodées. Les informations incohérentes avec nos attentes nécessitent plus d attention, d élaboration cognitive afin de les intégrer dans la représentation de la personne. Création de liens associatifs plus nombreux avec les autres informations en MLT et donc meilleur rappel de cette information. Toutefois: Cela nécessite un travail important d intégration besoin de ressources cognitives S il y a une forte charge cognitive, on pourrait attendre l inverse (meilleur rappel de l information cohérente avec les attentes).
Exp. Macrae, Hewstone & Griffiths (1993) Vidéo présentant deux femmes qui discutent. Les participants doivent se former une impression sur l une des deux femmes. VI1: Médecin vs. Coiffeuse VI2: Charge cognitive (retenir un nombre à 8 chiffres) vs. non. Les informations: - 1/3 stéréotypiques des médecins et contre-sté des coiffeuses (aime l opéra) -1/3 stéréotypiques de coiffeuses et contre-sté des médecins (sort en boîte tous les week-ends) -1/3 neutres VD: - Rappel de l information - Jugement de la cible (sur des traits stéréotypés)
Résultats Macrae et al. (1993): Rappel 0,6 Info cohérente Info incohérente 0,5 0,4 0,3 0,2 Charge cognitive Contrôle Effet d incohérence dans la condition contrôle Effet de cohérence en charge cognitive
Résultats Macrae et al. (1993): Jugement Evaluations moyennes sur les traits stéréotypés évaluation sur les traits contrestéréotypés 2,2 2 1,8 1,6 1,4 1,2 1 0,8 0,6 0,4 0,2 Charge cognitive Contrôle Une plus forte charge cognitive entraîne des jugements plus stéréotypés!!