27 - LA PLACE DU PARLER EN LANGUES 1 Corinthiens 14.1-19 Introduction Les langues et le baptême de l Esprit. L'article six de la confession de foi des Eglises pentecôtistes dit que le parler en langues est le signe visible du baptême de l Esprit. John Sherrill parle de "cette preuve certaine de la présence du Saint-Esprit." [John Sherrill, Ils parlent en d'autres langues, (Miami (FL) : Editions Vida, 1988), p. 45] Ramseyer reprend cette idée : Qu'on le veuille ou non, le parler en langues est le signe normal du baptême dans le Saint-Esprit, à côté d'autres signes visibles et perceptibles qui excluent que ce baptême puisse passer inaperçu. [Gaston Ramseyer, Flashes sur la Prière Charismatique, (Nîmes : Aller plus loin, 1989), p. 15.] Nos amis charismatiques sont connus pour mettre énormément d accent sur le parler en langues. Pour la plupart d entre eux, la vie chrétienne, c est deux étapes : la conversion et le baptême de l Esprit. Ce qui prouve que cette deuxième étape a eu lieu, c est que la personne parle en langues. C est une erreur : Des 14 conversions en Actes, nous ne trouvons que 2 exemples où la conversion est suivie du parler en langues. Pourquoi élever ces 2 exemples au mépris des 12 autres? Le don des langues est un don parmi d autres, et il ne sera jamais distribué à tous. Le don des langues est un signe du passage d Israël à toutes les nations, Le don des langues est un signe pour les non-croyants. S'il était lié au Saint Esprit, ce serait un signe pour les croyants. Les épîtres sont claires : le baptême de l Esprit a lieu lors de la conversion. Les Corinthiens étaient familiers du phénomène du parler en langues : les prêtres et prêtresses honorant Cybèle traversaient Corinthe en procession, balbutiant des paroles incohérentes en état de transe, ce qui était compris comme les oracles des dieux, le tout accompagné de tambours, de cymbales et de trompettes. [Edith Hamilton, La Mythologie, (Verviers : Editions Marabout, 1978), p. 403.] Cybèle vient d Asie mineure. Devenus Chrétiens, ils devaient être fascinés par un don si notablement supérieur à celui qu ils voyaient dans le culte païen. Ils voulaient accentuer ce don... Pour l'heure, Paul nous décrit la place du parler en langues dans l Eglise de l époque. Rappel des points principaux : 12.1-7 : Paul dit qu il faut faire attention avec le spirituel, et évaluer les manifestations 12.8-13 : Paul évoque la complémentarité des dons. 12.14-31 : Paul affirme que les dons sont nécessaires pour la bonne marche d une Eglise 13.1-7 : Paul enseigne que l amour doit être le moteur des dons 13.8-13 : Paul montre l importance relative des dons spirituels : tous sont appelés à disparaître un jour Lecture : 1 Corinthiens 14.1-19
" 1 Recherchez l'amour. Aspirez aussi aux dons spirituels, mais surtout à celui de prophétie. 2 En effet, celui qui parle en langue ne parle pas aux hommes, mais à Dieu, car personne ne le comprend, et c'est en esprit qu'il dit des mystères. 3 Celui qui prophétise, au contraire, parle aux hommes, les édifie, les exhorte, les console. 4 Celui qui parle en langue s'édifie lui-même; celui qui prophétise édifie l'eglise. 5 Je désire que vous parliez tous en langues, mais encore plus que vous prophétisiez. Celui qui prophétise est plus grand que celui qui parle en langues, à moins que ce dernier n'interprète pour que l'eglise en reçoive de l'édification. 6 Et maintenant, frères, de quelle utilité vous serais-je, si je venais à vous en parlant en langues, et si je ne vous parlais pas par révélation, ou par connaissance, ou par prophétie, ou par doctrine? 7 Si les objets inanimés qui rendent un son, comme une flûte ou une harpe, ne rendent pas des sons distincts, comment reconnaîtra-t-on ce qui est joué sur la flûte ou sur la harpe? 8 Et si la trompette rend un son confus, qui se préparera au combat? 9 De même vous, si par la langue vous ne donnez pas une parole distincte, comment saura-t-on ce que vous dites? Car vous parlerez en l'air. 10 Aussi nombreuses que puissent être dans le monde les diverses langues, il n'en est aucune qui soit sans signification; 11 si donc je ne connais pas le sens de la langue, je serai un barbare pour celui qui parle, et celui qui parle sera un barbare pour moi. 12 De même vous, puisque vous aspirez aux dons spirituels, que ce soit pour l'édification de l'eglise que vous cherchiez à en posséder abondamment. 13 C'est pourquoi, que celui qui parle en langue prie pour avoir le don d'interpréter. 14 Car si je prie en langue, mon esprit est en prière, mais mon intelligence demeure stérile. 15 Que faire donc? Je prierai par l'esprit, mais je prierai aussi avec l'intelligence; je chanterai par l'esprit, mais je chanterai aussi avec l'intelligence. 16 Autrement, si tu rends grâces par l'esprit, comment celui qui est dans les rangs des simples auditeurs répondra-t-il Amen! à ton action de grâces, puisqu'il ne sait pas ce que tu dis? 17 Tu rends, il est vrai, d'excellentes actions de grâces, mais l'autre n'est pas édifié. 18 Je rends grâces à Dieu de ce que je parle en langue plus que vous tous; 19 mais, dans l'eglise, j'aime mieux dire cinq paroles avec mon intelligence, afin d'instruire aussi les autres, que dix mille paroles en langue. " Le chapitre 14 aborde le fonctionnement des langues et de la prophétie. Dans la première partie, Paul évoque l infériorité des langues sur la prophétie. Le problème devait être majeur, car Paul aborde la question de la place des langues de manière approfondie. Les langues sont inférieures aux prophéties (1 Cor. 14.1-5) " 1 Recherchez l amour. Aspirez aussi aux dons spirituels, mais surtout à celui de prophétie " " Deux verbes évoquent deux attitudes : l amour doit être recherché avec une ardeur supérieure, alors que Paul souhaite que nous aspirions aux dons spirituels. L amour est une nécessité, les dons spirituels un bien. Des deux, l amour est fondamentalement plus important. Si l amour gouverne, alors c est le bien de l autre qui gouverne. Et si c est le bien de l autre, alors c est l édification de l autre que l on cherche. " 2 En effet, celui qui parle en langue ne parle pas aux hommes, mais à Dieu car personne ne le comprend et c est en esprit qu il dit des mystères. 3 Celui qui prophétise, au contraire, parle aux hommes, les édifie, les exhorte, les console. 4 Celui qui parle en langue s édifie lui-même ; celui qui prophétise, édifie l Eglise. " Les langues, c était la capacité surnaturelle de louer Dieu dans une langue terrestre non apprise. C est pour cela que personne ne le comprend. C est comme si quelqu un se mettait à louer Dieu en Allemand. Personne ne le comprendrait. Sur la base de cette observation, certains affirment qu il existe une différence entre le parler en langues qui a eu lieu à Jérusalem lors de la Pentecôte et celui qui était vécu à Corinthe. Actes 2.2-12. Si les langues étaient comprises à Jérusalem c est parce qu à cette époque de l année, des Juifs de tout le bassin méditerranéen se trouvaient dans la ville. Certains pouvaient comprendre les langues parlées. Ceux qui parlaient en langues à Corinthe avaient moins de chance de trouver dans leur auditoire une personne les comprenant car venant de pays où elles étaient parlées. Parce que de tels parler en langues étaient incompréhensibles, il valait mieux que les Corinthiens portent leur attention sur la prophétie. Une telle activité apporte un bien à l autre, notamment : l édification : la construction mutuelle, faire croître en nous la personne du Christ. Paul avait rappelé : "" Vous Ítes le champ de Dieu, l'èdifice de Dieu. " " Eph 4:16 "" C'est de lui, et gr ce ý tous les liens de son assistance, que tout le corps, bien coordonnè et formant un solide assemblage, tire son accroissement selon la force qui convient ý chacune de ses parties, et s'èdifie lui-míme dans l'amour. " " l exhortation : exhorter, c est faire " comme celui qui est appelé aux côtés de. " Dans le sens de réconfort, mais aussi de conseil ou de défense. L idée est autant dans l encouragement (Héb 6.18) que dans la correction
(Héb 12.5) la consolation. Seulement utilisé ici. Le baume passé lors de l épreuve. La prophétie elle au moins, fera du bien à l Eglise. Mais les langues, que font-elles? Elles édifient celui qui les parle. Ce verset est souvent utilisé pour encourager le parler en langues. Il faudrait passer plusieurs heures de jour à parler en langues afin d en être édifié. C est ce que conseillait G. Ramseyer : Commencer un moment de prière en parlant quelques minutes en langues, c'est atteindre tout de suite les hauteurs. [...]-- Il faut y consacrer chaque jour le plus de temps possible, en alternant le parler en langues avec la prière telle que nous la connaissons (en français). Cette manière de faire permet d'augmenter substantiellement le temps de prière (au moins du simple au double). [...]Cette glorification procure une joie ineffable à tout chrétien qui, lors de son culte personnel, peut prier des heures entières sans se lasser. [Gaston Ramseyer, Flashes sur la prière charismatique, pp. 32, 33, 62.] En fait, le propos de Paul est hautement ironique : Dieu ne donnera jamais un don pour un bénéfice personnel. Un "don pour soi-même" est exactement ce à quoi Paul s'oppose. Ceci est diamétralement opposé à l'objectif d'un don spirituel qui est précisément la construction du peuple de Dieu. Le Seigneur donne "pour l'utilité commune " (1 Cor. 12.7), afin "que les membres aient également soin les uns des autres " (1 Cor. 12.25). Ils doivent s'exprimer dans un amour-agapê, c'est-à-dire au service de l'autre (cf. 1 Cor. 13). L'argumentation du chapitre 14 démontre la supériorité de la prophétie sur les langues car le premier de ces dons bâtit l'eglise (cf. 1 Cor. 14.1, 3-6, etc.) alors que le second n'est qu'un signe pour l'extérieur (1 Cor. 14.22). Paul exige que notre ardeur dans la recherche du spirituel soit pour le bien-être des frères : "... que ce soit pour l'édification de l'eglise que vous cherchiez à les avoir en abondance " (1 Cor. 14.12). Pierre a la même perspective : "puisque chacun a reçu un don, mettez-le au service des autres en bons intendants de la grâce si diverse de Dieu " (1 Pie. 4.10). Deuxièmement, le témoignage du parler en langues s'adresse aux gens à l'extérieur de l'eglise (1 Cor. 14.23). Or un don utile aux non-croyants n'édifie pas celui qui le possède. L évangéliste n est pas édifié par l Evangile qu il enseigne Une troisième raison s'appuie sur 1 Corinthiens 14.18 : "Je rends grâce à Dieu de ce que je parle en langues plus que vous tous. " Comment peut-il le savoir s'il s'agit de prières privées? Il n'avait aucun moyen de savoir si lui-même parlait en langues plus que les autres dans leurs cultes personnels! Son témoignage confirme que la pratique de ce don était publique, non privée. Enfin, la sanctification (édification) dans le Nouveau Testament est toujours active, jamais passive. Elle implique un équilibre entre la compréhension de l'œuvre accomplie à la croix pour nous (voir par ex. Rom. 6.5-7, Rom.12.2 ; Col. 3.1-3) et l'effort de mise en pratique des principes de la Parole pour tendre vers la sainteté (voir par ex. 2 Cor. 7.1 ; Eph. 4.20-24 ; Col 3.5-10 ; 2 Pie. 1.5). Les exemples et les instructions relatifs à notre sanctification mettent toujours en jeu l'ensemble de notre être, pensées, émotions et volonté. Bien des troubles psychologiques ou spirituels proviennent de cette conception erronée des langues. Les Corinthiens " s édifiaient une réputation ", par l'usage du parler en langues. Ils devaient sentir leurs chevilles gonfler. Le mot édifier n a pas toujours un sens favorable ou positif. Il peut signifier aussi l incitation au mal (1 Cor. 10.8) " 5 Je veux que vous parliez tous en langues, mais je veux encore plus, que vous prophétisiez. Celui qui prophétise est plus grand que celui qui parle en langues, à moins que ce dernier n interprète, pour que l Eglise en reçoive l édification. " Paul ne se contredit-il pas? Pourquoi voudrait-il que tous parlent en langues? Ceci me rappelle "" Et JosuÈ [...] dit, MoÔse, mon seigneur, empíche-les! MoÔse lui rèpondit, Es-tu jaloux pour moi? Puisse tout le peuple de l'eternel Ítre composè de prophëtes ; et veuille l'eternel mettre son Esprit sur eux! " " (Nombres 11.28-29) Paul encourageait le célibat parce qu ainsi, il pouvait se consacrer pleinement à sa tâche. Il écrit d ailleurs, " je voudrais que tous les hommes soient comme moi... " (7.7) Paul ne peut pas vouloir que tous parlent en langues, alors qu il vient de dire que tous n ont pas le même don. Le contraste qu il établit se fait d autant plus fort : " Celui qui prophétise est plus grand que celui qui parle en langues. " L objectif est évident pour qu il y ait " édification. " Les langues sont inutiles sans interprétation (1 Cor. 14.6-12) " 6 Et maintenant frères, de quelle utilité vous serais-je si je venais à vous en parlant en langues au lieu de vous apporter une parole de révélation, de connaissance, de prophétie, ou d enseignement? " Quatre éléments sont présentés plus utiles que les langues. La révélation (dévoilement) s applique parfois à une parole inspirée (Apoc. 1.1 ; Rom. 16.25), parfois pour
décrire l apparition du Christ (Gal. 1.12 ; 1 Pie 1.13), parfois d intuition intérieure (Eph 1.17) La connaissance, la science. Compréhension sur Dieu, son plan. La prophétie, la capacité de parler au nom de Dieu, apportant sa parole. L'enseignement. La différence entre prophétie et enseignement c est que l enseignement requiert l utilisation de l intelligence. Certes, soumises à l Esprit saint. Mais c est la réflexion sur la base d une connaissance qui produit l enseignement. Il y a vraisemblablement correspondance entre révélation et prophétie, et entre connaissance et enseignement. Paul donne trois illustrations pour montrer la nécessité de l interprétation : L une est tirée de la musique. Pour qu un musique soit appréciée, il faut qu il y ait cohérence dans les sons. L autre de l ordre militaire. Pour qu une trompette rassemble vraiment les soldats, il ne faut surtout pas qu elle sonne la retraite! Parler en langues sans interprétation est totalement inutile, c est " parler en l air " La dernière est tirée de la linguistique (v. 10-11). Aucun langage n est sans-voix. Et si l on parle ainsi, on sera un barbare, c'est-à-dire un étranger. C est d ailleurs un argument supplémentaire en faveur de la réalité de langues terrestres (et pas simplement divers gloussements). " 12 De même, vous, puisque vous aspirez aux dons spirituels, que ce soit pour l édification de l Eglise que vous cherchiez à les avoir en abondance. " Paul ne peut tirer de conclusion plus claire. Si vous cherchez à avoir des dons, cela doit être pour faire croître l Eglise, pour faire grandir les autres dans leur vie avec Christ. Les langues sont stériles sans interprétation (1 Cor. 14.13-19) Le besoin d interprétation est tel que Paul exige " 13 que celui qui parle en langue prie afin de pouvoir interpréter ". Plus loin, il écrira : " 28 s il n y a pas d interprète, qu on se taise dans l Eglise, qu on parle à soi-même et à Dieu. " Le mécanisme des langues, que Paul nous décrit ici, montre même que c est inutile pour celui qui parle en langues de le faire sans interprétation. Pourquoi? " si je prie en langue, mon esprit est en prière, mais mon intelligence demeure stérile " Stérile, littéralement sans fruit. Mon intelligence n est pas affectée, elle n a aucun fruit. Les actions de grâce sont excellentes (v. 16-17) mais pour l Eglise autant que pour celui qui parle, il n y a rien d utile s il n y a pas d interprétation. Ce qui nous montre d ailleurs que les langues étaient une louange un peu comme certains psaumes. Comme lors de la Pentecôte. Les témoins du premier parler en langues disaient " Nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu " (Act. 2.11). Ces langues déclaraient la grandeur et les merveilles de Dieu. Cela rejoint d ailleurs de ce que Jésus a enseigné dans le sermon sur la montagne : " En priant, ne multipliez pas de vaines paroles, comme les païens qui s imaginent qu à force de paroles ils seront exaucés " Mt 6.7. Saviez-vous qu il est très difficile de traduire " multiplier des paroles vaines " (battologeo) bégayer / répéter sans cesse les mêmes choses, utiliser de nombreux mots inutiles, babiller, jaser Certains supposent que le mot vient de Battus, roi de Cyrène, dont il est dit qu'il bégayait ; d'autres pensent à Battus, un auteur prolixe de poèmes ennuyeux. La référence au monde païen pourrait faire croire que Jésus évoque des pratiques stériles (répétition de prière ou encore, babillage du style parler en langue des païens). S il n y a pas d interprétation, personne ne peut dire " amen " personne ne peut s identifier à la prière. Personne! Paul sait de quoi il parle. Ses compétences lui permettent d écrire de telles directives car " je parle en langues plus que vous tous " Ceci montre que le parler en langues étaient une pratique publique, certainement pas privée. Comment sinon mesurer la supériorité de Paul si chacun prie en langue chez soi?! Pour lui, en tant qu apôtre chargé de révéler le plan de Dieu aux nations païennes, les langues étaient nécessaires, fondamentales. Malgré un don aussi développé chez Paul, il préfère dire des choses intelligibles afin de construire l entendement des autres.
Conclusion Reprenant tout le développement de Paul, on peut conclure que les compétences dans l Eglise ne sont rien si : elles ne s expriment pas conformément à ce que la Bible dit elles n ont pas besoin d autres compétences elles ne dépendent pas de l Esprit elles ne sont pas motivées par l amour elles cherchent à créer une plate-forme d admiration plutôt que l utilité des autres elles cherchent l exaltation personnelle plutôt que l exaltation des autres. Bien aimés, ce que vous êtes est tellement plus important. Votre amour est tellement plus important. Si seulement nous cherchions la communion avec le Christ, le développement de l obéissance et le bien des autres, du plus grand nombre