LA VIDEOSURVEILLANCE



Documents pareils
Mise en œuvre d'un dispositif de vidéosurveillance nocturne du cœur de ville

INTRO : Réglementation. La Vidéo surveillance

Charte d éthique de la vidéosurveillance

Non à la vidéosurveillance dans notre commune.

Le stationnement irrégulier de véhicules appartenant à la communauté des gens du voyage.

Charte d éthique et d évaluation de la Vidéosurveillance municipale

NOTE ANNEXE EXEMPLES CONCRETS DE DIFFICULTES EN MATIERE DE VIDEOSURVEILLANCE

Réponse à la consultation de la Commission européenne concernant le cadre juridique actuel régissant le droit fondamental à la protection des données

DOSSIER DE PRESSE Contacts presse

Information presse. VIDEO PROTECTION Nouvelles caméras mobiles au service de la sécurité des Mâconnais. Lundi 5 mars 2012 à 10h00

Audit citoyen du dispositif de vidéosurveillance de la commune de Nogent-sur-Marne

E M. Management de la sûreté et de la sécurité. Executive Master. Janvier jours de formation. Modules de 4 journées / mois.

Pourquoi et comment les collectivités locales associent d autres acteurs à la définition et à la mise en œuvre d actions publiques?

DOSSIER DE PRESSE DANS LES COMMERCES DE MENDE

La vidéosurveillance en 30 questions Ce que citoyens et décideurs politiques doivent savoir

Plan d Action de Ouagadougou contre la traite des êtres humains, en particulier des femmes et des enfants, tel qu adopté par la Conférence

Secrétariat du Grand Conseil PL Projet de loi sur la vidéosurveillance

LES POLITIQUES PUBLIQUES DE VIDEOPROTECTION

CENTRE DE RECHERCHE GRENOBLE RHÔNE-ALPES

La responsabilité juridique des soignants

CHARTE D HEBERGEMENT DES SITES INTERNET SUR LA PLATE-FORME DE L ACADEMIE DE STRASBOURG

La LOLF, une loi bien pensée mais en voie de détournement?

Principes de bonne pratique :

CONSIDÉRATIONS SUR LA MISE EN ŒUVRE DES DÉCISIONS DE LA COUR CONSTITUTIONNELLE

L appréhension pénale du terrorisme Plan détaillé de la dissertation ENM 2014

L ORDONNANCE DU 2 FEVRIER Exposé des motifs

ASSEMBLEE GENERALE DE L ASSOCIATION FRANCAISE DES MAGISTRATS DE LA JEUNESSE ET DE LA FAMILLE des 16 et 17 MAI 2014

«LA SÉCURITE ÉCONOMIQUE TERRITORIALE»

Commission Statut et Juridique AH-HP. COMMENTAIRES et OBSERVATIONS sur le PROJET du CODE de DEONTOLOGIE du CONSEIL NATIONAL de l ORDRE des INFIRMIERS

La fraude fiscale : Une procédure pénale dérogatoire au droit commun. Par Roman Pinösch Avocat au barreau de Paris

Commentaire. Décision n /178 QPC du 29 septembre 2011 M. Michael C. et autre

Utilisation des portables en classe, des problèmes et des solutions.

JF/FM N Contacts Ifop : Jérôme Fourquet / Frédéric Micheau Tél : jerome.fourquet@ifop.com. pour

Considérations sur la crise et le marché intérieur 1

Les «devoirs à la maison», une question au cœur des pratiques pédagogiques

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. La Commission a entendu Mme M.R., sa fille, Mme M.K., ainsi que MM. S.A., capitaine de police, et S.C., brigadier-chef.

Intervention de Monsieur le Préfet de police Réunion «Ambassadeurs visibles» Seul le prononcé fait foi

SÉCURITÉ DES FEMMES DANS LES TRANSPORTS EN COMMUN. Plan national de lutte contre le harcèlement sexiste et les violences sexuelles

DOSSIER PREFECTURE ET CNIL MOINS DE 8 CAMERAS ET NE FILMANT PAS LA VOIE PUBLIQUE

Regard critique de D.E.I.-France sur le 2 rapport de la France relatif à l application de la CIDE. Genève le 6 février 2004

POUR UNE MISE EN PLACE URGENTE DE LA COMMISSION DE CONTROLE DES SYNDICS : APPEL A TOUS LES ADHERENTS DE L ARC

«Selon les chiffres de la BNS, l évasion fiscale prospère»

Circulaire de la DACG n CRIM 08-01/G1 du 3 janvier 2008 relative au secret de la défense nationale NOR : JUSD C

Les principales dispositions de la LOPPSI 2

BULLETIN OFFICIEL DU MINISTÈRE DE LA JUSTICE n 102 (1 er avril au 30 juin 2006)

TABAC : PREMIER BILAN SUR L APPLICATION DE LA LOI EVIN EN MILIEU SCOLAIRE. Dossier de Presse

Droits des malades en fin de vie. Connaître la loi Leonetti et l appliquer

LUTTER CONTRE LE HARCÈLEMENT

le Fichier central des chèques (FCC) et le Fichier national des chèques irréguliers (FNCI),

Dossier de presse. La non-assurance routière en France en 2013

LE DOCUMENT UNIQUE DE DELEGATION

Conférence des Cours constitutionnelles européennes XIIème Congrès

L Internet des objets

Loïc Blondiaux Le Nouvel Esprit de la démocratie Actualité de la démocratie participative Le Seuil, coll. «La République des Idées», 2008

ORIENTATIONS D'ACTION POUR LE PDASR 2013

Société de surveillance, vie privée et libertés

ENQUÊTE SUR LA PRÉVENTION DES RISQUES PROFESSIONNELS

S.a.r.l. «AZURA» au capital de R.C.S n Code APE : 8010Z Siège Social: Marina Business Center Port Marina Baie Des Anges 06270

LIVRE BLANC WiFi PUBLIC

DOSSIER DE PRESSE Plan de lutte contre les cambriolages et les vols à main armée

COLLECTIVITÉS ET MÉDIAS SOCIAUX ENTRE INTÉRET MANAGÉRIAL ET CRAINTES PERSISTANTES

Groupe Banque européenne d investissement. Politique de vidéosurveillance

Sommaire. LE REGIME ET LA PROCEDURE D AUTORISATON D INSTALLATION D UN SYSTEME DE VIDÉOPROTECTION p.4

Relations avec les banques et les assurances : faciliter le quotidien des consommateurs 1

DÉMYSTIFICATION DE L AUTO-ASSURANCE

Agent de prévention et de sécurité

1 CAS 1 : VIDEOPROTECTION D UNE COMMUNE DE TAILLE MOYENNE... 4

Les Fiches hebdomadaires de Copropriété-eJuris.be

LES LIBERTES SOUS LE REGNE DE L INTERNET

Système de vidéosurveillance Guide de configuration

Vidéo Protection La R82

CHARTE INFORMATIQUE LGL

Brou-sur-Chantereine Elaboration du PLU Compte-rendu de la réunion publique de présentation du diagnostic 20 janvier

Management de la sécurité des technologies de l information

STATUTS DE L ASSOCIATION «NOUVEL HORIZON»

Axis IP-Surveillance. Solutions de vidéo sur IP professionnelles pour la sécurité, la vidéosurveillance et le contrôle à distance

Les français et les jeunes conducteurs

Position du secteur électrique français

DIRECTION GENERALE DES ETRANGERS EN FRANCE DOSSIER DE PRESSE. Le projet de loi relatif au droit des étrangers

DOSSIER DE PRESSE. Signature de la convention de sécurisation des bijouteries

BULLETIN OFFICIEL DU MINISTÈRE DE LA JUSTICE

Q&A Novembre A. Le marché de la location meublée. B. Le marché de la location touristique. C. La location meublée, un marché lucratif?

POLITIQUE FAMILIALE DU CANTON DE WESTBURY

CONSEIL DES MINISTRES

Moto 125 Le nouvel espace dédié aux conducteurs de 125 cm3 sur les sites des associations Prévention Routière et Assureurs Prévention

EVALUATION DU POINT FORT 1 «LANGUE ET FORMATION» : RAPPORT INTERMEDIAIRE

Les Cahiers du Conseil constitutionnel Cahier n 24

Vos données sont-elles adaptées à l informatique en nuage?

I-Checkit est l outil dont les services chargés de l application de la loi ont besoin au 21 ème siècle pour mettre au jour et neutraliser les réseaux

ACAT-France. Et si la prison n était pas toujours la solution? SANCTIONNER AUTREMENT. Et si la prison n était pas toujours la solution?

Le terrorisme et les groups de criminalité organisée présentent tous deux des menaces sérieuses pour la sécurité nationale et globale.

Entre,

LIVRET DE FORMATION DES ENSEIGNANTS DE LA CONDUITE AUTOMOBILEET DE LA SÉCURITÉ ROUTIÈRE

Les bases de l informatique en nuage : revaloriser les technologies de l information

) Découvrez les métiers de la Justice. Informez-vous sur

Le problème de la neutralité du Net est-il réglé?

LES AMIS DE CIRCUL LIVRE Association régie par la loi du 1 er juillet 1901 Siège social : 16 rue Dagorno Paris STATUTS

Liste des promesses tenues*

DEMANDE D AUTORISATION D UN SYSTEME DE VIDEOPROTECTION

Transcription:

LA VIDEOSURVEILLANCE Intervention de Jean-Jacques URVOAS Débat organisé par la troisième circonscription à Saint-Renan. Compte rendu de l UESR Si le regard sur la vidéosurveillance est très clivé politiquement, force est de reconnaître qu elle s appuie sur un très large soutien de la population. L Etat est devenu le principal promoteur de cette technologie au service de sa politique de sécurité. Autrefois méfiante, la population la plébiscite largement désormais - jamais moins de 70% d opinions favorables dans les sondages- alors même que le progrès technique a accru le risque liberticide et que son efficacité n est toujours pas démontrée. Les élus locaux sont souvent pris au piège : d une part soumis à une pression sensible de l opinion sur ce sujet, d autre part conscients que tout retour en arrière est presque impossible, alors même qu ils héritent parfois des choix d une équipe municipale précédente Comme toute politique responsable, la vidéosurveillance doit pourtant être évaluée au regard de son coût, de son impact réel sur le renforcement de la sécurité mais aussi de son cadre légal concernant la protection des libertés individuelles. Or sur tous ces aspects, la vidéosurveillance n est aujourd hui pas un dispositif satisfaisant. Le cadre légal de protection des libertés n a que peu évolué depuis 15 ans, alors que la vidéo surveillance connait un essor inégalé sur les récentes années tant en terme technique que de présence sur la voie publique. Le pragmatisme nous incite donc à envisager ce moyen comme un appoint positif dans certains cas, mais il nous pousse à constater aussi que ses résultats réels ne justifient ni son coût exorbitant en matière d installation et de personnel mobilisé, ni le crédit que l Etat et l opinion lui attribuent depuis les attentats londoniens Les effets d annonce sur ce thème ne serviraient-ils pas d ailleurs utilement à masquer auprès des citoyens l échec patent de la politique de sécurité Sarkozy? Plan de l intervention : 1- Des libertés insuffisamment garanties face aux progrès de la vidéosurveillance 2- La vidéo surveillance dans espaces publics est-elle un moyen efficace de lutte contre la délinquance? 3- Propositions pour une meilleure protection des citoyens 4- L échec de la politique de sécurité de Sarkozy risque de peser sur les élus locaux

Des libertés insuffisamment garanties face aux progrès de la vidéosurveillance I- Une réglementation conçue initialement pour être protectrice des libertés Le dispositif d installation de la vidéosurveillance est encadré depuis une loi de 1995. Selon la législation, la vidéosurveillance ne peut être installée par les autorités publiques que pour un des motifs suivants : - Protéger les bâtiments publics - Défense Nationale - Régulation du trafic routier - Lutte contre les infractions à la circulation - Prévention des atteintes aux biens des personnes - la prévention d'actes de terrorisme. Elle a été conçue dans l esprit de protection des libertés individuelles : La caméra ne doit pas filmer les espaces privés. Les images ne doivent pas être conservées au-delà de 1 mois. Toute personne a le droit d avoir accès aux images la concernant. Celui qui installe une caméra doit le signaler clairement. L installation doit suivre une procédure d autorisation Une fois la demande faite à la préfecture, la procédure prévoit : - L avis de la commission départementale de vidéo surveillance, présidée par un magistrat. - C est le préfet qui donne l autorisation et il a le droit de ne pas suivre in fine l avis de la commission! - Le problème, c est que les citoyens n y comprennent rien. Les systèmes d enregistrement sur la voie publique font de plus en plus l objet de saisie de la CNIL (Commission Nationale Informatique et Liberté) de la part des citoyens alors même qu elle n est pas compétente! Ils ne savent pas à qui s adresser : préfet? Commission départementale? CNIL? Ce manque de lisibilité nuit à la protection des libertés.

II- Les progrès de la vidéo surveillance on changé la donne : nos libertés vulnérables! Techniquement, les systèmes de vidéosurveillance sont de plus en plus performants L ère sera d ailleurs bientôt à la «vidéo intelligente», combinée à la biométrie, c'est-à-dire à la reconnaissance faciale. De plus, les progrès du numérique ont entraîné une capacité de stockage croissante que la réglementation actuelle ne peut plus suffire à encadrer. Inutile de la dire, avec le développement du haut débit, la capacité de diffusion n a jamais été plus grande qu aujourd hui! Un marché lucratif en plein essor Si la vidéo surveillance ne représente que 4% du marché de la sécurité, c est l un des moteurs les plus dynamiques du marché depuis quelques années. Les caméras visionnant la voie publique croissent plus vite que les autres. Le nombre de communes utilisant la vidéo surveillance est passé de 812 en 2005 à 1500 fin 2007. Elles ne représentent malgré tout qu une minorité des 20 000 caméras qui seraient présentes sur la voie publique (ce chiffre global «officiel» est néanmoins difficilement vérifiable). La vidéosurveillance est encore largement l apanage des établissements privés accueillant du public (80% des usages). III- Les citoyens sont insuffisamment protégés par un cadre légal devenu obsolète La législation n a, elle, que peu évolué depuis 1995, alors que la vidéo surveillance prend de plus en plus d ampleur et que les pratiques se sont diversifiées. La frontière espace privé / espace public devient plus floue. La Loi LOPSI 2 prévoit un élargissement des possibilités de filmer l extérieur des bâtiments, c'est-à-dire l espace public, au bénéfice des commerces, des banques En outre, il n y a pas d instance de contrôle efficace a posteriori! Le contrôle a posteriori appartient aujourd hui principalement aux commissions départementales, le préfet en connaît également depuis 2006. Cependant, les témoignages

s accordent pour en dénoncer l inefficacité. Les commissions départementales de vidéosurveillance se réunissent trop rarement et ne sont pas en capacité d exercer pleinement leur pouvoir de contrôle une fois les caméras installées. Ces organes sont d ailleurs mal-outillés pour développer une expertise pointue. Selon la Ligue des droits de l homme, leurs déplacements sur le terrain pour procéder aux vérifications est rare. > La CNIL réclame que cette compétence lui soit accordée. Elle est reconnue comme indépendante par les citoyens et dispose d une légitimité et d un savoir-faire évidents pour ce type de question. Les contrôleurs seraient professionnels et respectés comme tels par les industriels et les responsables des systèmes. Sa notoriété faciliterait le réflexe citoyen de saisine en cas de besoin. Pour l instant, rien n est fait et la carence du contrôle des dispositifs de vidéo surveillance signifie une zone de non droit dans la pratique évidente! La vidéo surveillance est-elle un moyen efficace de lutte contre la délinquance? I-Pourquoi un tel engouement étatique et populaire? L Etat a longtemps été neutre sur ce sujet mais, depuis le 11 septembre 2001, le sentiment d insécurité s est renforcé. C est alors que l Etat s est installé comme un agent de propagande de la vidéo surveillance. Un glissement sémantique tend à s imposer dans les esprits : on passe d une vision en termes de «vidéo surveillance» à une «vidéo protection». Aujourd hui, l Etat mobilise des fonds interministériels pour cette politique. Dans la loi du 5 mars 2007, un plan national d équipement a été adopté. Brice Hortefeux a indiqué à l automne qu il triplerait les équipements d ici 2011. Il s agit d un effet d annonce puisque ce n est qu une application de ce plan qui devait être réalisé en deux ans. C est la demande croissante des administrés elle-même qui fait pression sur les élus Le 11 septembre est bien le moment où la population a basculé. Les attentats de Londres, dont les coupables ont été retrouvés grâce à ce dispositif, ont été décisifs dans

l engouement populaire pour la vidéo surveillance. Cet exemple a plaidé pour l efficacité du dispositif. Les élus locaux doivent-ils aussi céder à la tendance? Le bât blesse sur le bilan. Les universitaires et les chercheurs mettent le gouvernement au défi d études sur le sujet. Le rapport du Sénat sur la vidéosurveillance de MM. Jean-Patrick Courtois et Charles Gautier l affirme : «Paradoxalement, la question de l efficacité de la vidéosurveillance qui devrait pourtant être un préalable nécessaire n a toujours pas été tranchée. Les études disponibles semblent indiquer que la vidéo surveillance n a qu un faible impact sur la délinquance dans les espaces complexes et étendus». 1142 communes sont dotées de vidéosurveillance, ce qui est finalement assez peu. C est la dynamique actuelle d essor qui est édifiante sur les dernières années. Comment expliquer cet engouement alors même que les résultats n ont rien de convaincants? II- La vidéo surveillance dans les espaces publics est-elle un moyen efficace de lutte contre la délinquance? L efficacité de la vidéo surveillance s appuie sur 4 présupposés : - Elle a un rôle dissuasif - Elle est utile pour trouver des coupables - Elle permet à la police d intervenir là où elle en a besoin - La population la demande Examinons-les un par un! Le rôle préventif de la vidéo surveillance est très circonscrit : efficace pour les espaces clos, faible dans tous les autres cas. Soyons pragmatiques sur ce sujet! L effet préventif direct de la vidéo surveillance est tout à fait notable dans les espaces clos, offrant peu d issues, tels que les parkings, centres commerciaux ou lignes de bus A Brest, on a constaté la baisse du nombre d incidents sur les lignes de bus depuis l installation de vidéos. C est pour ce cadre et de façon ciblée qu il peut être pertinent de l envisager, tout en évaluant son coût et ses conséquences prévisibles. Ainsi, dans certains établissements scolaires, les vidéos placées dans les couloirs de lycées (même non branchées) ont eu un vrai effet dissuasif à l intérieur des murs, cependant les incidents se sont multipliés à ses abords A anticiper donc.. Cependant le rôle préventif de ce dispositif est globalement faible dans tous les autres cas.

La vidéo surveillance n a qu un faible impact sur les infractions non préméditées, or la plupart des délits sont de nature impulsive. Même dans le cas d infractions préméditées, l impact n est pas vérifié. On attaque toujours les bijouteries! Pour les trafics telles que celui de la prostitution et de la drogue, l installation de caméras ne provoque qu un déplacement de la délinquance dans les zones hors champ. Elle est plus efficace pour trouver des coupables, mais les résultats sont sans commune mesure avec les moyens à déployer pour analyser la masse d images enregistrées Si le résultat de l arrestation des coupables des attentats londoniens est connu et médiatisé, les moyens mis en œuvre sont largement moins commentés! Pour trouver ces terroristes, il a fallu 50 personnes qui ont regardé 25 000 heures d enregistrement pendant 10 jours. Sans compter que ces personnes, par définition, ne se cachent pas puisqu ils sont prêts à se sacrifier. Quelle commune peut se permettre un déploiement de moyens aussi considérable pour la résolution des investigations liées à sa délinquance quotidienne? En Grande-Bretagne, pays dont il est fait le plus usage de ce dispositif, seuls 3% des délits sur la voie publique ont été élucidés en 2006 grâce à la vidéo surveillance (selon le responsable policier en charge de la vidéosurveillance à la Metropolitan Police de Londres, Mike Neuville). Néanmoins, il est vrai qu elle peut éviter des arrestations injustes et présente une certaine utilité dans la phase de répression de la délinquance en espace clos. Elle ne garantit certainement pas une réaction rapide de la police La vidéosurveillance n est d aucune utilité de ce point de vue si le personnel ne la regarde pas 24H /24H. Un coût bien extraordinaire pour un résultat qui n est pas à la hauteur sur la voie publique, dans les espaces étendus ou saturés de monde. Le rapport du Sénat souligne : «les vols à la tire ou une agression dans une foule sont difficiles à détecter rapidement par un opérateur et, même dans cette éventualité, il lui sera difficile de suivre à la trace la fuite du délinquant». Une politique pourtant très coûteuse! Pour une ville comme Avignon, l installation seule des caméras a coûté 1 million d euros. Or pour 20 caméras, il faut mobiliser 5 agents, soit 140 000 euros / an.

Conclusion : La vidéo surveillance ne peut donc être envisagée que comme un dispositif d appoint fortement ciblé. Elle est plus utile dans la phase répressive que préventive. Elle est extrêmement coûteuse en termes financier et de personnel, pour des résultats globalement peu édifiants. Propositions pour une meilleure protection des citoyens Certaines propositions relèvent du bons sens, le groupe de travail du Sénat sur le sujet a déjà tracé la feuille de route, ignorée par le gouvernement actuel. 1/ Le Ministère de l Intérieur est favorable au fait de permettre à des personnes privées d assurer la mission de visionnage des images de la voie publique et d alerte des autorités. Il faut refuser cette délégation irresponsable. Les citoyens ne pourront être que méfiants et rien ne garantit que le personnel privé soit formé déontologiquement pour cela (crainte de dérives voyeuristes). Les agents de surveillance doivent être formés, habilités et supervisés eux-mêmes. Il s agit bien d une mission de police qui ne peut être déléguée. 2/ Il faut interdire toute forme de vente des images. D autant qu internet entraîne des possibilités de diffusion irréparables. 3/ Les citoyens doivent être informés de la présence des caméras. On ne sait pas où sont les caméras! Elles doivent faire l objet d un affichage et d une information clairs. 4/ La vidéo surveillance doit être ciblée et réfléchie. Une bonne gestion d un tel budget impose de réfléchir sur le placement efficace de ces caméras au regard de la nature même de ce dispositif, plutôt que de favoriser la quantité, aussi inutile que coûteuse.

L échec de la politique de sécurité de Sarkozy risque de peser sur les élus locaux Si Sarkozy ne peut pas se permettre d afficher un échec en matière sécuritaire, il faut souligner que cette politique va nécessairement pâtir des caisses vides de l Etat. D ici 2011, il y aura 8000 policiers et gendarmes de moins. L Etat va essayer de transférer ses pouvoirs régaliens au profit de la police municipale. Cette dernière bénéficie aujourd hui d un véritable pouvoir d armement, comme l usage du taser. Ce n est d ailleurs jamais l Etat qui gère concrètement la vidéosurveillance, ce sont toujours les collectivités! Aujourd hui, les policiers subissent une énorme pression, certains avouant même «bidonner» leurs chiffres! Ils sont notés sur la résolution d infractions dont les critères sont parfois risibles. Le saviezvous? Un voleur de chéquier, arrêté, vaut plus en termes de notation lorsque le chéquier comporte encore 20 chèques que 19 ou 3! Les infractions à la législation sur le droit de séjour des étrangers leur rapportent, c est un choix du gouvernement, beaucoup plus que les enquêtes judiciaires longues. De ce fait, ces dernières sont régulièrement suspendues en fin de mois au profit d arrestations de sans-papiers plus rentables. Cette pression est visible dans le taux de syndicalisation dans la police qui est de 8 sur 10 aujourd hui! Le turn-over dans la police nationale est frappant alors même qu il est faible dans la police municipale. C est toute notre politique de sécurité qui souffre des choix du gouvernement Sarkozy. Si la police française a développé une haute technicité concernant la gestion des manifestations, elle tend à exporter cette méthode sur toute la chaîne pénale. Elle fait de l occupation de territoire ponctuelle au lieu d un travail de fond et de terrain sur le long terme. En un mot, la police de Sarkozy ne fait plus d investigation, elle fait de l occupation de territoire. On peut déplorer, pour en évaluer les résultats, l absence en France d études sérieuses de victimisation qui coûtent chères. Aujourd hui, les chiffres ne veulent plus rien dire. Cependant, nous savons que les prisons ne font pas la sécurité. Nous savons aussi que l une des seuls certitudes sur le bilan de Sarkozy, c est la dégradation de l image de la police dans l opinion. Or c est une profession où la vocation est primordiale! Nous ne pouvons néanmoins pas nous contenter à gauche d un discours uniquement sur la prévention. On nous l a assez reproché. La gauche pourrait réfléchir à une plus grande territorialisation de la sécurité. Doit-on donner des pouvoirs locaux en la matière? C est un débat très difficile, ne serait-ce que parce qu il heurte une conception de la philosophie politique de l Etat essentielle : c est parce que l Etat nous protège que nous respectons ses lois. S il ne protège plus, c est le germe de la désobéissance civile