Informations préliminaires sur le séisme de Haïti Informations compilées par Pierre-Yves Bard le 15/01/2010 La région de Port au-prince, capitale de Haïti, a été frappée le 12 janvier 2010 à 16h53 heure locale (21:53 UTC) par un séisme de magnitude estimée de 7.0 à 7.2 selon les instituts (magnitude de moment). L'épicentre déterminé par les instituts mondiaux à partir de données à grande distance était localisé à environ 20 km au Sud-Ouest de Port-au-Prince; il s agit d un séisme superficiel (profondeur focale entre 10 et 15 km), dont le mécanisme au foyer indique un mouvement principalement de coulissage orienté essentiellement EW, senestre, avec une légère composante de chevauchement. Cela permet de l'attribuer avec une quasi certitude à la faille dite d'enriquillo, qui fait partie du système de failles associées à la frontière entre les plaques Nord-Américaine et la plaque Caraïbes. Ces deux plaques sont dans cette zone là en convergence très oblique avec une vitesse de l'ordre de 2 cm /an, et conduit à des séismes majeurs à la fois en compression (subduction NS) et en coulissage senestre. Dans la partie Est de Haïti, la déformation est essentiellement en coulissage et se répartit sur plusieurs failles orientées essentiellement EW, entre la faille Enriquillo au Sud et la faille septentrionale au Nord (Figures 1, 2 et 3). Malgré une sismicité instrumentale (sur les 40 dernières années) assez modérée (Figure 4), Haïti a déjà dans le passé connu des séismes fortement destructeurs (Figure 5). En particulier, Port-au-Prince a déjà été sérieusement détruit par deux gros séismes en 1751 et 1771, qui sont eux-aussi attribués à cette même faille, tandis que la partie nord de l île a été frappée au XIXè siècle à plusieurs reprises (1842, 1887, 1904) La région de Port-au-Prince avait connu plusieurs séismes modérés (magnitude autour de 4) à l automne 2009. Elle était de toutes façons identifiée comme une zone à aléa élevé (et risque très élevé), et faisait l objet depuis plusieurs années d un suivi géodésique par GPS (voir les références Calais 2002 et 2007), qui avait permis à la fois de quantifier le taux annuel de déformation autour de la faille d Enriquillo : 7 mm/an, de montrer son blocage actuel, et d avertir sur la possibilité d un séisme de magnitude 7.2 compte tenu du temps écoulé depuis la dernière séquence de 1751-1770. Bien que les informations soient très parcellaires, l ampleur des destructions rapportées par les media est certainement la conjonction de plusieurs facteurs : une vulnérabilité particulièrement forte, liée aux très grandes et anciennes difficultés économiques de cet Etat mais aussi le fait que la zone de rupture est à proximité immédiate d une zone très densément peuplée : les inversions de glissement sur le plan de faille à partir de données télésismiques (USGS, CEA) indiquent une zone de glissement maximal à faible profondeur (entre 0 et 10 km) et à proximité immédiate (Sud) de Port-au-Prince (Figures 6 et 7) il s agit d un événement de taille comparable à ceux de Kobé en 1995 ou Northridge en 1994, et d énergie au moins 10 fois supérieure à celui de L Aquila (Italie) en avril 2009 (M=6.3): ces séismes survenus en zone urbaine de pays développés ont aussi fait de gros dégâts enfin, la carte préliminaire de distribution des dommages accessible sur internet à partir du traitement des données satellitaires SPOT5 (document SERTIT, Figure 9) indique qu il peut s être produit des phénomènes spécifiques de bord de bassin, analogues à ce qui a été observé à Kobé en 1995. La géologie de Port-au-Prince est donc malheureusement un autre élément défavorable. (Figures 8 et 9) Comme on pourra le lire dans les documents d E. Calais de 2002 et 2007 (références en fin de document, et extraits ci-dessous), cette catastrophe avait été annoncée. Elle s est malheureusement réalisée, à très court terme. N oublions pas que des situations analogues (faille active majeure, urbanisation récente et rapide, long laps de temps depuis le dernier séisme important) ont été identifiées en de nombreux autres endroits, notamment dans le bassin méditerranéen.
Extraits du rapport d étape d E. Calais (Calais, 2007) :... Sur l île d Hispaniola, on sait que chacun des siècles passés a été marqué par au moins un séisme majeur (Figure 1.1) : destruction de Port-au-Prince en 1751 et 1771, destruction de Cap HaÏtien en 1842, séismes de 1887 et 1904 dans le nord du pays avec dégâts majeurs à Port de Paix et Cap HaÏtien, séisme de 1946 dans le nord-est de la République Dominicaine accompagné dun tsunami dans la région de Nagua. Il y a eu des séismes majeurs en HaÏti, il y aura donc des séismes majeurs dans le futur, à l échelle de la dizaine ou de la centaine d années : c est une évidence scientifique."... Les premiers résultats montrent qu HaÏti subit un cisaillement de l ordre de 17 mm/an entre les côtes sud et nord du pays. Ce cisaillement est accompagné par une accumulation de déformation élastique à un taux de 7 mm/an sur la faille de la Presqu île du Sud. L énergie accumulée dans la région de Port-au- Prince depuis le dernier séisme majeur en 1751 correspondrait donc à un événement d une magnitude de l ordre de 7.2 si elle était relâchée entièrement aujourd hui.... Références et liens : Calais, E, 2002. Programme d appui à la mise en oeuvre d un plan national de gestion du risque et de prévention des désastres, Cours intensif, Port-au-Prince, Haïti, 7 octobre 2002 (http://www.bme.gouv.ht/alea%20sismique/alea_sismique%20haiti.pdf) Calais, E, 2007 : Mesures GPS en Haiti - Application à l Aléa Sismique. Rapport d Etape - Juin 2007, Purdue University, USA, http://web.ics.purdue.edu/~ecalais/projects/caribbean/rapport_etape_2007.pdf CSEM : http://www.emsc-csem.org/index.php?page=current&sub=recent&evt=151256 info/liens sur le séisme : USGS : http://earthquake.usgs.gov/earthquakes/recenteqsww/quakes/us2010rja6.php#details EMSC : http://www.emsc-csem.org/index.php?page=current&sub=detail&id=151256# IPGP: http://www.ipgp.fr/pages/040114.php GEOAZUR: http://geoazur.oca.eu/spip.php?article614 CIEST: http://ciest.fr/ IRSN : http://www.irsn.fr/fr/base_de_connaissances/installations_nucleaires/la_surete_nucleaire/risque _sismique_installations_nucleaires/documents/irsn_seisme-haiti_130110.pdfci BCSF: http://www.franceseisme.fr/presse.php Sismo des écoles (Saint Domingue) : http://www.lfsd.edu.do/sismo/index.htm Cartes scientifiques en relation avec le séisme: http://www.emsc-csem.org/index.php?page=current&sub=recent&evt=151256 http://earthquake.usgs.gov/earthquakes/recenteqsww/quakes/us2010rja6.php#maps topo haiti: http://fr.wikipedia.org/wiki/fichier:hispaniola_lrg.jpg
Figures (toutes extraites de divers documents disponibles sur internet, voir références in fine) Figure 1 : Localisation de lʼépicentre du séisme (estimation CSEM, ci-contre, et insertion dans le cadre géodynamique global des Caraïbes (ci-dessus, carte établie par Alain Rabaute et Nicolas Chamot-Rooke (ENS), et disponible sur le site http://sciences.blogs.liberation.fr/ho me/2010/01/séisme-en-haïti-labonne-carte-tectonique.html)
Figure 2 : Mouvements de la plaque Caraïbe déterminés par GPS. Source: Calais, 2002 Figure 3 : Vitesses de déplacement mesurées par GPS dans le Nord-est Caraïbe. Source: Calais, 2007
Figure 4 : Sismicité instrumentale de l'île Hispaniola 1972-2002 (catalogue NEIC-USGS). Source: Calais, 2002 Figure 5 : Carte des principaux séismes historiques autour de l'île d'hispaniola. Les lignes rouges indiquent les zones de rupture sismiques estimées. Les symboles indiquent le type de mouvement sur les failles lors de ces séismes (chevauchement / subduction au Nord et à lʼest, coulissage à lʼouest). Source: Calais, 2007
Figure 6 : Estimation préliminaire du glissement sur le plan de faille (source: G. Hayes, site NEIC-USGS) Figure 7 : Autre inversion préliminaire du glissement sur le plan de faille : estimation CEA
Figure 8 : Eléments de géologie pour la péninsule Sud Ouest de Haïti, le long de la faille d'enriquillo Plantain- Garden. Source: Calais, 2002
Figure 9 : Analyse préliminaire de la distribution des dommages à Port-au-Prince par traitement dʼimages satellite SPOT5 - Source : SERTIT (Service régional de traitement d'images et de télédétection) de Strasbourg (http://www.lepoint.fr/sciences/2010-01-14/en-images-la-carte-satellite-des-zones-sinistrees/2091/0/413720)