Une utilisation du Géojeu «Une île tropicale» par Thibaut Godefroy professeur d histoire-géographie au collège La Justice de Cergy J ai choisi d utiliser ce jeu avec mes trois classes de 3 e dans le cadre du programme de géographie, partie III «Le rôle mondial de la France et de l UE», thème 2 : «Le thème est introduit par une étude de cas : un département et région d outre-mer (DROM)». Or l espace représenté par ce plateau de jeu a beaucoup de similitudes avec la Guadeloupe, la Martinique ou la Réunion. On peut très bien utiliser également ce jeu avec des classes de 6 e (on leur donne moins de jetons à placer) dans le cadre du programme de géographie, partie «Habiter des espaces à fortes contraintes». Déroulement de la séance 1. Accueil des élèves et explication du déroulement du «jeu» à l aide d un diaporama La première diapositive montre l espace représenté par le plateau de jeu : je signale aux élèves la diversité des figurés représentés et l importance de se référer à la légende. La deuxième diapositive montre la légende ainsi que les jetons à placer. J explique que chaque jeton correspond à un aménagement à localiser. Attention. Certains élèves ont pensé que les jetons jaunes devaient être placés sur l espace colorié en jaune, les jetons verts sur l espace en vert Bien leur dire que la couleur des jetons ne fait pas référence à leur position sur le plateau, mais qu elle les classe juste par catégorie (jetons verts pour l agriculture ) 2. Les consignes «Par 3 ou 4 (ou 5) autour d une table, vous allez essayer de localiser ces aménagements au meilleur endroit possible, là où cela vous paraît le plus logique. Plusieurs bonnes réponses sont possibles, l important sera que vous soyez capables de m expliquer la ou les logiques de cette localisation. Prenez un jeton, et discutez entre vous avant de le placer, puis prenez-en un autre. L emplacement d un jeton est décidé par tout le groupe, jamais par un élève seul. Vous avez 10 à 15 minutes.» 1
Les élèves n ont pas besoin de déplacer les tables, il leur suffit de tourner des chaises pour se retrouver autour d une même table. J écris au tableau (ou c est écrit sur une diapo) le vocabulaire géographique qu ils ne connaissent pas tous (ex : lagon, récif corallien ). Je passe entre les tables pour répondre à leurs questions, voir s ils ont bien compris les consignes, et éventuellement leur indiquer l incongruité de certaines localisations (ex : l aéroport en haut du volcan!) ou leur demander quelle logique a présidé à ces choix. On peut aussi leur donner à remplir une ou plusieurs feuilles d explication de leurs localisations (feuilles déjà préparées par le concepteur du jeu et qu on trouve dans le cédérom), qui seront ramassées en fin d heure. 3. Retour en classe entière Je demande à 1 ou 2 élèves volontaires de 2 ou 3 groupes différents de venir au tableau pour présenter leurs localisations et expliquer leurs logiques (l espace du plateau est projeté en diaporama, voire une photo de leurs aménagements que je projette directement). J insiste sur les différences de localisation entre les groupes, les différentes logiques possibles. En leur posant des questions, je leur fais pointer du doigt les localisations peu vraisemblables (ex : station touristique en zone humide). Je peux aussi mentionner des données qu ils n avaient pas (ex : cyclone). 4. De l imaginaire au réel Dans les dernières 15-20 minutes du cours, je les fais travailler cette fois-ci avec des documents du manuel sur de vraies îles tropicales, pour qu ils les comparent avec leur espace imaginaire et voient si les logiques qu ils ont trouvées se retrouvent dans les DROM. Manuel Hatier 3 e : la Martinique, ou manuel Hatier 6 e : la Réunion. Ils travaillent sur une ou plusieurs cartes et photos en complétant le tableau ci-joint sur cette ile. Trace écrite à faire à la maison, ou donnée photocopiée, ou écrite lors de la prochaine séance. L intérêt de l utilisation de ce jeu Les élèves sont acteurs! Ils ne «subissent» pas la réalité en ayant juste à la découvrir et l apprendre. Ils la recréent en quelque sorte. Alors qu ils connaissent peu cet espace des îles tropicales (exceptés les élèves venant des DROM), ils se rendent compte avec le jeu qu ils ont déjà conscience de certaines logiques de localisation. Les logiques spatiales leur paraissent abordables (parce qu elles sont simplifiées, bien sûr), voire évidentes. Il y a une certaine fierté à voir que de vraies îles tropicales (Martinique, Réunion ) ressemblent à «leur île» telle qu ils l ont aménagée. Ils sont d autant plus attentifs et vigilants vis-à-vis de ces espaces réels après avoir passé du temps sur un espace fictif. Les élèves se posent de vraies questions géographiques : «où? pourquoi ici plutôt que là? où par rapport à? quels avantages et inconvénients à cette localisation?...» Ils sont nécessairement amenés à lire et à comprendre une légende riche, à poser des questions au professeur pour obtenir des compléments d information. 2
Le jeu est l occasion de faire des «erreurs» qui ne sont pas des fautes, qui n ont pas de conséquences, mais dont les élèves comprennent rapidement l incongruité ou le côté peu vraisemblable lorsqu on leur pose quelques questions. Un exemple. Ils ont placé une zone industrielle placée en altitude, loin des cultures d exportation et du port. «Que va-t-on produire ou transformer dans cette zone industrielle? pour qui? seulement les gens de l ile ou aussi ceux de la métropole? où habitent les gens qui vont y travailler? donc?...») D eux-mêmes, les élèves modifient leur localisation et comprennent qu ils ne se sont pas posé suffisamment de questions avant de placer cet aménagement (certains groupes avaient éloigné la zone industrielle de tout le reste car «c est moche et ça pollue»). En outre, une localisation jugée peu crédible par le professeur n est pas pour autant une «erreur», car les élèves ont pris en compte d autres logiques, en ont oublié certaines, et que leur localisation se rencontre parfois dans la réalité, même si elle n est pas la plus courante. Enfin, l intérêt est aussi dans le plaisir éprouvé! La quasi-totalité des élèves avec qui j ai testé ce jeu s y sont impliqués à fond, et plusieurs d entre eux m ont demandé quand on rejouerait à un jeu de ce type. Même les élèves peu scolaires et fréquemment perturbateurs ont tout à fait joué le jeu, et certains ont été volontaires pour expliquer à l oral devant la classe leurs aménagements. La plupart de mes élèves préfèrent l histoire à la géographie, qu ils trouvent utile mais ennuyeuse. L utilisation des Géojeu est un bon moyen pour changer cela! Vous pouvez aussi consulter le site internet de Géojeu. 3
Comparaison entre l île imaginaire et l espace réel L Île de la Martinique (Manuel Hatier 3 e, carte 4 p. 357) Les éléments de l île tropicale de Géojeu Les espaces réels sur l île de la Martinique Quel est le nom de la ville principale? Où le port est-il situé par rapport à Où l aéroport est-il situé par rapport à Où se trouve le littoral touristique de cette île : nord, sud, est ouest? En effet, d où vient le vent qui apporte les pluies? Quelles plantes cultive-t-on? Dans quelle partie de l île? (voir la carte et le doc 2 p. 356) Quel est le nom du volcan principal? (voir la carte p. 358) Doc. 1, p. 356 Entre quel océan et quelle mer la Martinique est-elle située? Comment s appellent les autres îles françaises des Antilles situées à proximité de la Martinique? 4
Comparaison entre l île imaginaire et l espace réel L Île de la Réunion (Manuel Hatier 6 e p. 305) Les éléments de l île tropicale de Géojeu Les espaces réels sur l île de la Réunion Quel est le nom de la ville principale? Où le port est-il situé par rapport à Où l aéroport est-il situé par rapport à Où se trouve le littoral touristique de cette île : nord, sud, est ouest? En effet, d où vient le vent qui apporte les pluies? Quelles plantes cultive-t-on? Dans quelle partie de l île? Quel est le nom des principaux volcans? Dans quel océan la Réunion est-elle située? Doc 1 p 304 : Où la population se concentre-t-elle? Doc 2 p304 : Quels sont les risques naturels autre que les éruptions volcaniques? 5