chapitre 4 Le livre du professeur Histoire-Géographie-EMC 5 e THÈME II : Société, Église et pouvoir politique dans l occident féodal (XI e -XV e siècles) Les villes au Moyen Âge Repères p. 84 Le développement des villes en Occident JE ME repère DANS LE temps Et DANS L ESPAcE Dossiers DOSSIER : Bruges, une ville au Moyen Âge p. 86 JE DÉcrIS Et J EXPLIquE DOSSIER - ENQUÊTE : Les métiers urbains p. 88 JuStIFIEr MA DÉMArchE Et ArguMENtEr utiliser DES DOcuMENtS : DES MINIAturES Et DES textes utiliser DES INFOrMAtIONS NuMÉrIquES Et EXErcEr MON ESPrIt critique DOSSIER NUMÉRIQUE : Une grande ville marchande : Venise Web HISTOIRE DES ARTS p. 90 Les manuscrits et enluminures JE compare DES ŒuVrES D Art ENtrE ELLES LEÇON p. 92 Vivre en ville au Moyen Âge JE travaille en autonomie LEcture p. 94 Une nouvelle société urbaine J ANALYSE Et JE comprends DES DOcuMENtS J ÉtuDIE un DOcuMENt : un texte J ÉtuDIE un DOcuMENt : une ENLuMINurE EXERCICES p. 96 EXERCICE 1 : Je décris une scène de foire JE DÉcrIS Et J EXPLIquE EXERCICE 2 : Je décris une ville au Moyen Âge J utilise un DOcuMENt : une carte historique PARCOURS DE COMPÉTENCES p. 97 EXERCICE : J utilise un DOcuMENt : un texte Chapitre 4 PRÉSENTATION Les villes au Moyen Âge 1
chapitre 4 THÈME II : Société, Église et pouvoir politique dans l occident féodal (XI e -XV e siècles) Les villes au Moyen Âge Présentation du chapitre Place dans le cycle et dans les programmes Le chapitre «Les villes au Moyen Âge» traite la question au programme «L émergence d une nouvelle société urbaine». La croissance urbaine stimule l économie marchande et est en retour stimulée par elle. De nouveaux modes de vie apparaissent. Les corporations sont une forme nouvelle de sociabilité et la diversité des produits de consommation qu ils apportent contribue au développement d une culture matérielle spécifiquement urbaine. Les pré-requis que les élèves doivent maitriser sont relatifs à la Méditerranée comme espace d échanges, sillonnée par des marchands, des scientifiques, des écrivains et des artistes (thème 1 de l année de 5 e ). Par leurs voyages et leurs activités, ces hommes apportent sa vitalité au mouvement urbain. Programmes officiels (B.O. du 26 novembre 2015) La société féodale, empreinte des valeurs religieuses du christianisme, se construit sous la domination conjointe des pouvoirs seigneuriaux, laïques et ecclésiastiques. Les campagnes et leur exploitation constituent les ressources principales de ces pouvoirs. En abordant la conquête des terres, on envisage, une nouvelle fois après l étude du Néolithique en 6 e, le lien entre êtres humains et environnement. Le mouvement urbain qui s amorce principalement au XII e siècle fait toutefois apparaitre de nouveaux modes de vie et stimule l économie marchande. De son côté, le gouvernement royal pose les bases d un État moderne, en s imposant progressivement face aux pouvoirs féodaux, en étendant son domaine et en développant un appareil administratif plus efficace pour le contrôler. Mise au point scientifique Après la fin de l Empire romain d Occident, les villes sont entrées dans une longue période de repli. Les villes du nord ont été plus durement atteintes que celles de la Méditerranée. Au XI e siècle, lorsque s amorce le renouveau urbain qui marque l Occident jusqu au XIII e siècle, les cités ont tout de même conservé une certaine vitalité en concentrant autour de la figure de leur évêque des fonctions politiques, administratives et religieuses, plus encore lorsqu elles sont le lieu de pèlerinages, qui donne lieu à des activités économiques variées. Les villes ont enfin conservé un rôle stratégique dans la défense du pays. Le très vif essor démographique, économique et social que connait l Occident à partir du X e siècle et le renouveau du grand commerce et des échanges de toutes sortes, favorise l essor des villes. De nouvelles cités se développent également à partir d un ou plusieurs noyaux de peuplement antérieurs. Dès la fin du X e siècle, des communautés urbaines se forment et négocient des libertés, des droits et des compétences pour s organiser et se gouverner. Du milieu du XII e siècle au milieu du XIII e siècle, l existence de communes est reconnue en plus grand nombre et leur libertés sont consignées dans des chartes qui leur sont accordées. Les villes sont dirigées par le groupe étroit du patriciat qui rassemble de grands marchands et industriels, des banquiers et des familles nobles qui s allient par mariage. Les hommes d affaires, qui doivent leur ascension sociale à leur prospérité économique, prennent progressivement l ascendant sur ce groupe des grands bourgeois. Le monde de la boutique et de l artisanat constitue le groupe le plus important. Il est très hiérarchisé en fonction de la richesse et de la considération sociale attachée aux activités pratiquées. Au bas de l échelle se trouve un ensemble de pauvres, d immigrants et de marginaux, dont l importance est difficile à quantifier. Les sociétés urbaines s organisent autour de quartiers et de paroisses. Elles sont structurées par les familles, mais également par des institutions nouvelles comme les métiers et les confréries où se déroulent toute une partie des sociabilités, ces dernières ayant la particularité d associer femmes, enfants et serviteurs des membres masculins. Bibliographie Jérôme Baschet, «La chrétienté médiévale. Représentations et pratiques sociales», La Documentation française, n 8047, 2005. Jérôme Baschet, La civilisation féodale, Flammarion, 2006. georges Duby, Histoire de la France urbaine, tome 2 : La ville médiévale, Le Seuil, 1980. Thierry Dutour, La Ville médiévale, Odile Jacob, 2003 Jean-Claude Hocquet, «Venise et Bruges au Moyen Âge», La Documentation française, n 8011, 1999. Jacques Le Goff, Le Moyen Âge expliqué aux enfants, Le Seuil, 2006. Simone Roux, Le monde des villes aux Moyen Âge, Hachette, 2004. Chapitre 4 PRÉSENTATION Les villes au Moyen Âge 2
L essor des villes est nettement freiné à partir du XIV e siècle, qui est marqué par une période de dépression économique. La Grande Peste de 1348 accélère ce renversement. Les villes connaissent de virulentes rébellions (lutte des tisserands flamands, insurrection des Ciompi à Florence). La reprise de l essor économique et démographique qui intervient à partir du milieu du XV e siècle met un terme à cette période de crises. L essentiel à transmettre Le Moyen Âge est une époque de grand développement des villes. Leur population s accroit, car elles profitent de l essor du commerce et de la prospérité des campagnes. Les villes les plus importantes comme Bruges, Venise ou Florence profitent même de l essor du commerce international. Les marchands, dont la richesse s accroit, cherchent à ne plus subir la domination des seigneurs. Ils organisent des communes pour lesquelles ils obtiennent des libertés. Les bourgeois obtiennent ainsi des droits qui les rendent autonomes vis-à-vis des seigneurs. L Église encadre le quotidien des villes comme celui des campagnes. Elle construit de grandes institutions chargées de s occuper des pauvres et des malades. Sitographie AUTRES RESSOURCES «L enfance au Moyen Âge», exposition virtuelle de la BNF. «La gastronomie médiévale», exposition virtuelle de la BNF. «La BD avant la BD», exposition virtuelle de la BNF sur la place de l image au Moyen Âge. Bande dessinée : paolo Cossi, 1432. Le vénitien qui découvrit la baccalà, Dargaud, 2010. Littérature jeunesse : La farce de Maître Pathelin, Hatier, 1996 et Gallimard, 1999 : avocat sans procès à plaider, maître Pathelin voit sa famille s enfoncer dans la misère ; il se fait livrer des tissus, qu il ne peut pas payer... Quand arrive enfin une nouvelle affaire, il va devoir être rusé. Béatrice Nicodème, Le secret de la cathédrale, Hachette, 2008 : Colin, 12 ans, débarque à Amiens dans le but de découvrir ce qui est arivé à son père, maitre tailleur de pierres. Il se fait embaucher sur le chantier de la cathédrale. «Paris au Moyen Âge», Junior Histoire, n 46, novembre 2015. «Portrait de Jacques Coeur», Junior Histoire, n 38, février 2015. «Vivre au Moyen Âge», Junior Histoire, n 49, février 2016. Chapitre 4 PRÉSENTATION Les villes au Moyen Âge 3
chapitre 4 THÈME II : Société, Église et pouvoir politique dans l occident féodal (XI e -XV e siècles) Les villes au Moyen Âge Démarche pédagogique OUVERTURE 1. Présentation du document Le document d ouverture est une miniature du XV e siècle provenant d un manuscrit anglais des aventures de Marco Polo (1254-1324). Cette illustration présente Venise, la ville de naissance du célèbre commerçant et grand voyageur dont le récit, fait après 26 années de pérégrination en Orient et jusqu en Chine, est connu dans toute l Europe. Il n est pas anodin que Marco Polo ait été originaire de Venise : à partir du XIII e siècle, Venise est devenue l une des plus florissantes et des plus puissantes villes de l Europe méditerranéenne ; ses marchands sillonnent la Méditerranée et sont notamment très présents à Constantinople. C est la porte d entrée vers l Europe du Nord pour les marchandises destinées à être commercialisées à Bruges ou dans les foires de Champagne. Venise est bâtie sur l eau, dans une lagune (étendue d eau séparée de la mer par une bande de sable appelée cordon littoral). Le centre politique et commercial de la ville est le palais ducal (Doge) et San Marco (basilique Saint-Marc), dont la place est à la fois un lieu de commerce et d embauche des ouvriers (les patrons viennent y chercher des employés pour la journée ou une durée plus longue). La basilique Saint-Marc rappelle aussi la présence à Venise d un patriarche puissant dans l Église catholique. Le centre des affaires concentre autour du pont du Rialto les banques, les tribunaux et autres offices qui soutiennent l activité commerciale. Enfin, un quartier industriel s étend en périphèrie et permet les constructions navales, à usage militaire et marchand (les deux étant confondus lors de la réquisition des navires pour un objectif militaire : transport des croisés, conquête d un territoire, représailles). La République de Venise est dirigée par le Doge et un Conseil dont les membres sont issus des grandes familles marchandes de la ville. C est ce Conseil qui fixe la politique de la ville et l administre, organise les corporations d artisans (les «métiers»). Le Doge et les membres du Conseil habitent de somptueux palais, donnant à la fois sur l eau (canaux) et sur la terre ferme par l autre côté, signes de la puissance vénitienne à son apogée aux XIV e et XV e siècles. L auteur de cette miniature a essayé de placer tous les détails qu il connaissait sur Venise, parfois de manière très précise, mais dans un cadre spatial d ensemble peu conforme à la géographie de la ville. On identifie ainsi : le palais des Doges et la basilique Saint-Marc, reconnaissable en particulier par le quadridge, symbole de la victoire des Vénitiens sur les Byzantins lors de la quatrième croisade de 1204 ; le lion, symbole de Venise, sur un des piliers de la piazzetta, à côté de saint Michel ; le Grand Canal n est pas dessiné à sa place géographique réelle : le peintre a placé un grand canal à côté du palais des Doges ; le campanile de Saint-Marc n est pas représenté (il serait hors-champ depuis cette vue) ; au niveau des catégories sociales, le peintre a cherché à montrer les classes artisanales (les marchands et tanneurs, à gauche), les commerçants moins aisés (au centre, sous les piliers), les bateliers et gondoliers (au centre et à droite), qui sont une marque distinctive de Venise, ainsi que les catégories les plus riches et socialement élevées (à droite et dans le palais des Doges). 2. Problématisation du document En document d accroche du chapitre, cette représentation de Venise permet d aborder les principaux facteurs de dynamisme de la ville médiévale. Les navires et les personnages actifs sur les quais évoquent l importance du commerce. Le fier palais des Doges montrent les revendications d autonomie et d indépendance vis-à-vis de la tutelle seigneuriale, qui est largement acquise dans le cas de Venise. La basilique Saint-Marc permet de mentionner l importance de l Église dans la ville médiévale comme à la campagne. 3. Suggestion de questions Quelle est la principale activité économique à Venise? Réponse : Le commerce est la principale activité économique pratiquée à Venise. Qui gouverne la ville? Réponse : Des personnes élues par les grands marchands gouvernent Venise. Quel monument montre l importance de l Église dans la ville médiévale? Réponse : La basilique Saint-Marc montre l importance de l Église. 4. Corrigé des questions «Que sais-je?» 1) b 2) a 3) c Chapitre 4 démarche pédagogique Les villes au Moyen Âge 4
REPÈRES À partir du XI e siècle, l Occident connait une forte croissance démographique liée au dynamisme des campagnes : les défrichements donnent plus d espace aux cultures et des progrès techniques sont réalisés (chapitre 3). L Occident entre dans une période d essor économique et culturel. Cet essor se traduit par le développement des villes et du commerce en Europe. Il se prolonge en Méditerranée par la présence croissante des marchands européens, italiens en particulier. La carte montre plusieurs centres de commerce : les foires (Champagne, foires d Allemagne, Beaucaire) ; les grandes villes économiques (artisanat, banques) d Italie et de Flandres : de grandes villes comme Venise, Milan, Paris, Gênes avoisinent les 100 000 habitants ; des faubourgs se développent au-delà des remparts ; les ports (en particulier de la mer Méditerranée et de la mer du Nord). On fera remarquer les ports lointains (mer Noire, routes maritimes vers Alexandrie d Égypte). Pour les produits échangés, on insistera sur leur variété, tout en mettant en évidence l importance du textile et des matières premières. Dans les Flandres et autour de la mer Baltique, les marchands échangent du bois, des fourrures, du poisson et du blé, et des tissus réputés dans toute l Europe (les draps). En Italie, ils commercent avec les marchands orientaux (épices, tissus précieux). Ils collaborent avec les banquiers. Ceux-ci gardent l argent, changent les différentes monnaies, font des prêts à intérêt et des transferts d argent. De grandes familles de banquiers comme les Médicis ont des représentants dans plusieurs villes d Europe. Les artisans des mêmes métiers se regroupent dans des corporations et dans les mêmes rues. Les marchands s organisent parfois en grande association (la Hanse en Allemagne du Nord). Au XII e siècle, les bourgeois obtiennent de leur seigneur de ne plus payer de redevances pour la fabrication et la vente de leurs produits. Ils reçoivent de lui une charte qui récapitule toutes ces libertés. Dans certaines villes comme Bruges et en Italie du Nord (Amalfi, Venise, Gênes), ils se libèrent de l emprise seigneuriale et, dès le XI e siècle en Italie, créent des institutions municipales qui deviennent les nouveaux centres du pouvoir politique. La page présente également les universités. Par la suite, des universités sont fondées dans toute l Europe pour former des clercs, des juristes et des médecins. Les deux plus importantes sont situées à Paris et à Bologne. Dans les écoles cathédrales, seules institutions d enseignement jusqu au XII e siècle, les étudiants apprennent la théologie, discipline qui porte sur la connaissance de Dieu et de la religion, car ils se destinent à une carrière de clercs. Au début du XIII e siècle, les étudiants et les maitres parisiens obtiennent du roi Philippe Auguste de dépendre uniquement du pape, et non de l évêque de Paris. À l université, la théologie reste la reine des disciplines, mais on peut également apprendre le droit et la médecine. L enseignement s ouvre ainsi à des domaines non religieux afin de former des médecins et des juristes destinés à travailler dans les administrations qui se développent à la même époque (voir chapitre 5). NOTION : Une ville 1. Une première route commerciale relie les ports de Hambourg et Bruges et les villes de Cologne, Francfort, Milan et Florence. Un deuxième exemple de route commerciale relie Londres, Bruges, Arras, Saint-Denis, les foires de Champagne, Lyon, Milan, Venise et Constantinople. 2. Les habitants des villes sont appelés les bourgeois jusqu au XII e siècle. 3. Les droits accordés aux habitants d une ville par le seigneur sont les libertés communales. DOSSIER 1 Bruges, une ville au Moyen Âge La localisation de Bruges sur la carte de la page Repères permet de comprendre qu il s agit d une ville marchande, située dans les Flandres et sur les routes maritimes d Europe du Nord. Le drap est l un de ses produits principaux. Cette fonction commerciale est rappelée par le fait que le beffroi surmonte les halles de la ville (document 4). Le beffroi est un élément typique de l architecture municipale de ces villes en plein essor à partir du XI e siècle. Par son raffinement (sculptures, élévation par niveaux, colonnettes et pendentifs, fenêtres et passage voutés) de style gothique, et les éléments symboliques qu il contient (cloches rythmant la vie de la cité, archives municipales) il représente la puissance et la richesse de la ville. Sa construction en brique rouge est caractéristique des villes flamandes et de leurs maisons bourgeoises. On rappellera la présence de beaux beffrois en Belgique, mais aussi dans le nord de la France (Amiens, Lille, Cambrai, Douai), classés par l UNESCO. Le sceau (document 1) ou sigillum (comme on peut le lire sur le sceau) est la signature du pouvoir municipal. Il représente les bâtiments de la ville de Bruges (notamment une église), mais c est surtout sa valeur symbolique qui importe. 1. La construction d une forteresse est à l origine de la ville. 2. Arnolfini est un marchand-banquier. Il porte des vêtements faits de tissus de grande qualité et sa maison est ornée d objets précieux, comme le lustre et le miroir que l on voit en arrière-plan. 3. La laine que l on trouve à Bruges vient d Angleterre et le vin peut être importé depuis le Sud-Ouest de la France. 4. Dans le quartier des fabriquants de tissus, les marchands sont non loin de la halle, du marché et de l hôpital Saint-Jean. Chapitre 4 démarche pédagogique Les villes au Moyen Âge 5
5. Au premier plan, au centre de l image, le marchand de vin discute avec un client. À gauche, des employés versent une coupe du breuvage pour le faire gouter. En arrière-plan et à gauche de l image, une machine à traction humaine permet le déchargement de la marchandise, transportée à l aide d un attelage de chevaux. 6. La ville de Bruges est fondée au X e siècle et grandit rapidement autour de sa forteresse. Elle dépasse bientôt ses premiers remparts, construits au XI e siècle, car des faubourgs se développent à l extérieur. Au XII e siècle, de nouveaux remparts sont construits pour intégrer ces faubourgs à la ville. La croissance de Bruges tient à ses activités commerciales. Des marchands de toute l Europe du Nord viennent y acheter de la laine et bientôt des draps d Angleterre, ou encore du vin de France. Le commerce fait la fortune des marchands-banquiers de Bruges comme Arnolfini, peint avec sa femme par Jan van Eyck. DOSSIER 2 ENQUÊTE Les métiers urbains 1. Objectifs de l enquête (connaissances et compétences travaillées) L enquête a pour objectif d étudier la diversité des métiers urbains. En offrant de larges possibilités de consommation aux citadins, les métiers urbains contribuent à l apparition d un mode de vie spécifique, distinct de celui des campagnes. Au cours de l enquête, les élèves se rendront compte que le choix d un métier n est pas seulement une affaire de gout et de compétences : les corporations sont très organisées et obéissent à des règles précises dont, par exemple, les femmes font les frais puisque de nombreux métiers leur sont fermés. En présentant leur choix à leurs parents, les élèves sont amenés à justifier leur démarche et à argumenter. Les compétences travaillées sont les suivantes : JuStIFIEr MA DÉMArchE Et ArguMENtEr utiliser DES DOcuMENtS : DES MINIAturES Et DES textes utiliser DES INFOrMAtIONS NuMÉrIquES Et EXErcEr MON ESPrIt critique 2. Guide de réalisation de l enquête L activité se prête bien à un travail de groupe, la mise en situation impliquant d ailleurs une fratrie. La consigne a été formulée de telle sorte que les garçons comme les filles puissent s identifier au personnage principal. L activité est particulièrement adaptée à un travail en salle informatique puisque l exposition virtuelle de la BnF «L Enfance au Moyen Âge» offre une très grande diversité d exemples à découvrir avec de belles enluminures, dans les pages «Les métiers et les boutiques». Cela permet en outre aux élèves de travailler la compétence «Utiliser des informations numériques et exercer son esprit critique». Lors de la présentation des élèves, il est possible de donner à un élève le rôle du père ou de la mère à convaincre, ce qui rendra la restitution plus vivante et permettra une forme d évaluation par les pairs. Sous-tâche 1 - Des métiers médiévaux : Sur la gauche de l enluminure, on peut voir un drapier qui fabrique du tissu. Sur la droite, un apothicaire-épicier vend des produits médicinaux et des épices. En arrière-plan, on aperçoit un barbier qui rase un client assis devant lui. Dans le Roman de Perceval, on rencontre des armuriers (heaumes et hauberts), des drapiers (draps), des orfèvres (argent et or), des batteurs de cuivre (coupes, hanaps et écuelles) et des bijoutiers (joyaux ouvrés à émaux). Sous-tâche 2 - Un métier mixte : Les femmes n ont pas le droit de pratiquer les métiers de tapissiers de tapis sarrasinois, parce qu il est trop pénible, et ne peuvent pas prendre d apprenti cristallier si leur mari meurt car elles ne sont pas considérées comme assez subtiles et fines pour former un maitre. Elle pourrait être boulangère, marchande ou meunière par exemple. Au Moyen Âge, les femmes sont exclues de certains métiers, car elles sont jugées différentes des hommes et inférieures. Sous-tâche 3 - Convaincre vos parents : Exemple de réponse possible : «Mon frère gourmand décide d être boulanger, celui qui aime les objets précieux deviendra tapissier de tapis sarrasinois et ma soeur, meunière. Elle aurait bien aimé être cristallière, mais malheureusement, en tant que fille, elle n est pas jugée assez subtile et fine pour pratiquer ce métier.» HISTOIRE DES ARTS Les manuscrits et enluminures Les manuscrits médiévaux sont parfois extrêmement décorés. Le dossier présente un aperçu de la richesse et de la variété des couleurs employées, de l importance en volume des éléments graphiques et de la présence de plusieurs types d illustrations sur un même manuscrit (miniature, lettrine, bordure, rinceaux). La narration picturale au Moyen Âge suit souvent la structuration suivante : la scène que l on cherche à illustrer est présentée au premier plan, alors que le second plan ne représente rien (le plus souvent, c est une surface occupée par des motifs géométriques). L absence de figuration au second plan permet de concentrer l attention sur la scène décrite au premier plan, qui est le plus important. Concernant l art du livre dans l Occident médiéval, on peut se référer à l exposition «Jean Fouquet, peintre et enlumineur du XV e siècle», de la BnF, en 2003, qui consacre toute une partie sur l art du livre. L exposition virtuelle est disponible en ligne. On y trouve notamment des explications sur les aspects techniques du livre : supports (parchemins, papiers) ; préparation de ce support avec la réglure ; les différentes écritures ; les acteurs et vecteurs de distribution du livre dans l Occident médiéval ; le passage aux premiers livres en français ; le rôle des mécènes ; enfin, l art de l enluminure. Chapitre 4 démarche pédagogique Les villes au Moyen Âge 6
Afin d élargir le propos et de faire le lien avec le thème 1 de l année de 5 e, on pourra évoquer l art de l écriture dans le monde musulman. Une étude particulièrement intéressante peut être réalisée avec les élèves sur la symbolique religieuse de l écriture arabe. Au-delà de leur utilité linguistique, les lettres arabes ont un sens, expliqué de façon fascinante par l historien de l art Luca Mozzati dans son ouvrage L art de l Islam, aux Éditions Mengès, 2003. Ainsi, la première lettre de l alphabet arabe, l alif («â») constitue «l unité modulaire de base à partir de laquelle sont construites toutes les autres lettres, qui s inscrivent dans un cercle idéal dont l alif constitue le diamètre. De forme semblable au chiffre 1, elle incarne la valeur symbolique de l unité et de l essence divine ; en raison de sa position au début de l alphabet, certains exégètes la comparent à Adam. Si l on pousse les analogies et comparaisons plus avant, les trois lettres qui composent le nom de l ancêtre biblique de l humanité Adam (alif, dâl et mîm) symbolisent les trois positions fondamentales qui rythment les prières obligatoires, respectivement debout, à genoux et prosterné.» La façon dont la calligraphie s intègre à l art peut atteindre des degrés étonnants, notamment avec la calligraphie coufique. Un exemple des mosaïques de la Mosquée du Vendredi de Kermân (Iran) est proposé dans le complément du dossier d Histoire des arts du chapitre 2. 1. L enluminure a la forme d une lettre (ici la lettre O). C est ce que l on appelle une lettrine. 2. La miniature principale de cette enluminure représente la construction de douze églises dans la ville de Saint-Denis. On y voit les artisans au travail et le paysage parsemé de clochers qui s élèvent. Cette miniature est entourée de motifs végétaux, avec des fleurs et des feuilles, que l on appelle des rinceaux. 3. Ces deux enluminures présentent deux types d illustrations différents : la lettrine et la miniature. 4. Les enluminures viennent illustrer des manuscrits aux sujets très divers : la chevalerie, la médecine, la botanique. 5. Voici deux exemples de corrigés. En choisissant le document 1 p. 86, on pourra former une lettrine avec la première lettre B de «Baudoin», dans laquelle on représentera la ville de Bruges, avec sa forteresse, ses ponts, ses marchands, qui sont décrits dans le texte, et en s inspirant des illustrations de la page. Cette lettrine sera entourée de rinceaux d inspiration libre. En choisissant le document 2 p. 69, on pourra former une lettrine avec la première lettre L (de «Le fils de Pierre») et on l ornera d une illustration du chevalier Ansoud, avec une église par exemple. LEÇON - RÉVISIONS 1. L artisanat et le commerce permettent la croissance urbaine. Ils alimentent le grand commerce qui repose sur des foires et des routes commerciales à l échelle de l Europe. 2. De nouveaux remparts sont construits pour intégrer à la ville les faubourgs qui se développent à la faveur de l augmentation de la population. 3. Les bourgeois demandent à payer moins d impôts, à accomplir moins de corvées, et pour les plus grandes villes, à être dirigés par leurs propres magistrats. Ils réclament donc plus d autonomie juridique. 4. Un métier est une organisation qui réglemente le travail des maitres et des apprentis. Seuls les membres du métier peuvent pratiquer l activité concernée. 5. En plus des institutions municipales et des corporations, les citadins se fréquentent au sein de confréries religieuses. 6. Dans les universités, on peut étudier la théologie, mais aussi le droit et la médecine. LECTURE La page Lecture accorde une large place aux différentes manifestations de la nouvelle culture urbaine : l apparition des universités, la revendication de libertés communales et les activités charitables de l Église, dont la présence est forte et incontournable à la ville comme à la campagne. Document 1 : Jacques Cœur est un célèbre marchand français qui peut fournir un deuxième exemple de grand commerçant après Arnolfini (dossier 1). Sa prospérité illustre le développement du commerce et l importance des marchands dans le développement des villes. Jacques Cœur ne cherche pas à imiter l aristocratie qui vit traditionnellement à la campagne : il s installe en ville dans une magnifique demeure où il a ses activités. Suggestions de questions : La grande variété des routes commerciales qu il ouvre à ses navires ainsi que la diversité des marchandises échangées peut donner lieu à un petit travail de cartographie permettant aux élèves de replacer les différents éléments dans l espace. Document 2 : Ce document offre un aperçu du quotidien des étudiants et donc d un des aspects des nouveaux modes de vie urbain. La distribution de livres et leur cherté soulignée par le commentaire peut permettre de rappeler que les nombreuses enluminures qui font partie des sources de cette période et dont les élèves peuvent voir beaucoup d exemples dans leur manuel, sont des illustrations de ces livres, décidément très précieux. On peut également rappeler qu il n existe pas encore de technique d imprimerie et que les livres sont copiés à la main, notamment par des moines copistes. Le quotidien des étudiants et la place qu occupent la prière et les actions charitables soulignent l importance de l Eglise dans la société médiévale. Suggestions de questions : qui sont les personnages dessinés sur ce document? que font-ils? Décrivez chacune des trois vignettes. Chapitre 4 démarche pédagogique Les villes au Moyen Âge 7
Document 3 : Le dynamisme des villes n empêche pas qu elles soient la plupart du temps placées sous la domination d un seigneur, comme les campagnes. Les bourgeois revendiquent néanmoins des libertés communales qui sont très souvent des allègements de taxe et d impôts comme à Saint-Omer. On peut faire remarquer aux élèves que, avant qu ils n obtiennent cette charte du seigneur, les habitants de la ville payaient le cens comme les paysans. Les villes qui jouissent d une véritable indépendance politique comme Bruges et Florence sont rares. Suggestions de questions : Localisez Saint-Omer sur la carte de la page Repères. Qui rédige ce document? À qui répond-il? Que leur accorde-t-il? Document 4 : En plus de l encadrement de la vie spirituelle des chrétiens (chapitre 3), l Église assume diverses missions au sein de la société. Elle se charge de l enseignement au sein des écoles épiscopales et monastiques puis des universités (document 2). Grâce aux dons des fidèles, l Église peut aussi aider les pauvres, les vieillards et les malades dans le cadre des hôtels-dieu. Les hôtels-dieu se développent dans les villes à l époque médiévale, créés grâce à l argent apporté par les fondateurs et grâce aux dons qui sont régulièrement faits par des «bienfaiteurs», en particulier dans leurs dispositions testamentaires. Servant à la fois d hospices et hôpitaux, ces établissements tenus par des religieux accueillent tous ceux qui n ont pas les moyens de subvenir à leurs besoins. Les pauvres et les malades doivent y être traités avec douceur, attention, sollicitude, dans un esprit de charité conforme aux enseignements de l Église. Le personnel est constitué essentiellement de religieuses que l on reconnait aisément à leurs vêtements. Situé près de la cathédrale Notre-Dame, l hôtel-dieu de Paris est placé sous l autorité de l évêque. L Église assure cette activité charitable grâce à sa richesse (les élèves ont vu dans le chapitre précédent que les évêques et des abbés étaient aussi des seigneurs), mais aussi parce qu elle obtient des riches laïcs des dons censés racheter les péchés de ceux-ci. La fonction d assistance de l Église explique en partie la place capitale qu elle occupe dans la société médiévale. Suggestions de questions : Quelle est la fonction d un hôtel-dieu? Quelles sont les personnes reçues dans un hôtel-dieu? Quels sont les différents rôles de l Église (documents 2 et 4)? EXERCICES Exercice 1 : Je décris une scène de foire 1. Une foire est un marché temporaire (non permanent) où se rencontrent des commerçants pour acheter et vendre des produits venus de loin. 2. Ces personnages sont des marchands venus vendre ou acheter divers produits. Les baraquements où ils se tiennent sont montés chaque année à l aide de matériaux fournis par l abbaye de Saint- Denis (planches de bois, perches, toiles et bâches). 3. À la foire du Lendit, on échange notamment de la laine qui est encore sur le dos des moutons qu accompagne le berger. On échange également des draps, qui se trouvent rangés en ballots derrière les animaux. Le cheval monté par le jeune garçon au premier plan est Exercice 2 : Je décris une ville au Moyen Âge 1. Florence se trouve dans le nord de l Italie. 2. Florence est une ancienne ville romaine ce que rappelle la localisation sur la carte de l ancien forum. 3. Florence est une ville puissante comme le montre la présence du palais de la seigneurie et des forteresses de Basso et San Giorgio qui dominent les remparts. Ces bâtiments renvoient au pouvoir politique et à la défense de la ville. sans doute également à vendre. En effet, le Lendit est un important marché aux chevaux et aux bestiaux. 4. Les grands produits qui alimentent les principales routes commerciales sont vendus à la foire du Lendit : laine d Angleterre, draps de Bruges, bois et harengs de Scandinavie, blé de Pologne, sel et vin du sud-ouest de la France, ou encore épices, soie et plantes tinctoriales venues d Orient. D après le Dit du Lendit rimé, poème de la première moitié du XIV e siècle, les marchands venant à la foire sont originaires de 80 localités situées plus au nord et spécialisées dans la production de draps : de fait, la foire du Lendit se trouve sur la route qui relie Bruges et sa région à la Méditerranée. 4. L Église est très présente dans la ville au Moyen Âge : la cathédrale et les autres églises comme San Lorenzo et San Spirito au centre de la ville sont des lieux de culte très importants pour les Florentins. 5. Au cours du Moyen Âge, la population de Florence augmente, ce qui oblige les autorités de la ville à construire de nouveaux remparts à la fin du XIII e siècle pour protéger les faubourgs en plein essor. PARCOURS DE COMPÉTENCES Niveau d acquisition 1 : À Dinant, il faut être bourgeois de la ville pour pouvoir devenir batteur de cuivre. Niveau d acquisition 2 : Pour devenir batteur de cuivre, il faut payer une somme d argent : «un demi firton et 4 sous de monnaie». En outre, les batteurs de cuivre ne doivent pas utiliser de cuivre acheté au dessous de sa valeur pour fabriquer leurs objets, ni vendre des objets qui ne soient pas parfaits aux marchands. Chapitre 4 démarche pédagogique Les villes au Moyen Âge 8
Niveau d acquisition 3 : Une corporation désigne une association de personnes exerçant le même métier, chargée de fixer les règles. Pour rentrer dans la corporation des batteurs de cuivre de Dinant, il faut être bourgeois de la ville et payer une taxe qui s élève à un demi firton et 4 sous de monnaie. La corporation interdit d utiliser du cuivre acheté en dessous de sa valeur et de vendre des objets qui ne soient pas parfaits aux marchands. Niveau d acquisition 4 : Les batteurs de cuivre de Dinant ont des droits : ils peuvent faire des poêles et des bassins de la dimension qu ils souhaitent et peuvent travailler tous les jours, personne n ayant le droit de les en empêcher. Les batteurs de cuivre ont également des devoirs : pour rentrer dans la corporation des batteurs de cuivre, ils paient une taxe d un demi firton et 4 sous de monnaie. En outre, ils ne peuvent pas utiliser de cuivre acheté en dessous de sa valeur ni vendre des objets qui ne soient pas parfaits aux marchands. Chapitre 4 démarche pédagogique Les villes au Moyen Âge 9