La régulation des ravageurs à l aide des auxiliaires 1. Introduction Dans tous les milieux naturels de plus ou moins grande échelle, la population des différentes espèces animales est régulée de manière naturelle. Chaque espèce est à la fois proie et prédatrice, et possède ses forces et ses faiblesses. Ces relations de prédation entre espèces sont appelées chaînes alimentaires (en commençant par la production primaire, champignons et végétaux). Les différentes interactions entre les chaines alimentaires forment le réseau trophique. Cet équilibre complexe garanti la régulation naturelle : c est-à-dire l action conjointe de prédateurs, de parasites et de pathogènes qui a pour conséquence de réduire l abondance d un organisme en dessous du niveau qu elle devrait avoir en leur absence. Il existe évidemment une multitude de facteurs - naturels ou non - pouvant perturber cet équilibre : - Météorologie - Perturbation de l environnement (géologique, sismique, disparition d un milieu naturel proche) - Culture mono spécifique (induite par l homme) - Traitement phytosanitaire visant à éliminer un ou plusieurs maillons de la chaîne alimentaire.
2. Lutte biologique à l aide des auxiliaires En agriculture biologique (que ce soit maraîchère, fruitière ou céréalière), il existe différentes approches qui visent à influencer ou à rétablir un équilibre pour lutter contre les ravageurs et donc, à favoriser la rentabilité économique. A plus petite échelle, ce sont ces différentes observations et connaissances que l on peut appliquer dans nos jardins. On différencie trois types de luttes biologiques : a. La lutte biologique classique : par introduction et acclimatation d un ennemi naturel exotique sélectionné pour ses performances. Souvent utilisé pour lutter contre un ravageur exotique introduit par erreur dans une aire géographique b. La lutte biologique par lâcher augmentatif : fondé sur le principe d augmenter à un moment donné la population d un auxiliaire naturellement présent dans une culture mais qui se trouve au moment voulu en quantité insuffisante Ces deux méthodes sont parfois controversées. Leur impact sur la biodiversité peut avoir des effets négatifs. C est le cas de la prolifération de la coccinelle asiatique introduite dans les années 90 pour lutter contre les pucerons et qui tend à supplanter des coccinelles autochtones. c. La lutte biologique par conservation : s attache à favoriser la présence et l efficacité des ennemis naturels contre les ravageurs grâce à la mise en œuvre de pratiques agronomiques et écologiques favorables (haies, bosquets, prairies fleuries, murs en pierres) La différence notable entre cette méthode et les précédentes, en outre de favoriser des organismes indigènes, c est d avoir à faire à des prédateurs généralistes plutôt que spécialistes.
3. L intérêt des auxiliaires généralistes Un prédateur spécialiste est un prédateur dont le régime alimentaire est limité à une ou deux espèces. Cela en fait un prédateur performant, mais sujet aux variations de population de l organisme nuisible. Il en résulte donc que sa présence dans une culture dépend de la présence de sa proie. Cela crée un temps de latence entre l attaque du ravageur sur la culture et l efficacité de la prédation de l auxiliaire. De plus, une fois le ravageur éliminé, la population du prédateur spécifique diminuera également. Les prédateurs généralistes possèdent un taux de prédation face à un ravageur assez bas. De plus leur régime alimentaire n étant pas lié à une unique proie, leur réponse numérique face à un ravageur est faible et lente. Toutefois, les prédateurs généralistes ont des avantages que les prédateurs spécialistes n ont pas. Leur abondance peut être maintenue, même en l absence des ravageurs des cultures par la consommation de proies alternatives. Ils peuvent ainsi consommer les ravageurs lorsque ceux-ci sont au début de leur cycle, prévenant ainsi un développement rapide. De nombreuses études montrent qu en diversifiant au maximum le réseau trophique sur une exploitation agricole ou dans un jardin - et même si il arrive que les auxiliaires se mangent parfois entre eux - la pression des ravageurs diminue considérablement.
4. Le cas du Carpocapse Prenons le cas du Carpocapse du pommier (Cydia pomonella). La chenille de ce lépidoptère forme des galeries dans les jeunes pommes pendant leur développement, ce qui en fait l un des ravageurs les plus nuisibles dans un verger de pommier. Il y a entre deux et trois générations par an. Son cycle est simple : - Papillon adulte, accouplement - Ponte d œufs sur des feuilles près de la pomme - Larve mobile - Larve diapausante (chrysalides) - Papillon adulte ou hivernation sous l écorce A chacun de ces stades, se trouve un prédateur prêt à le croquer: - Pics, sittelles, fauvettes, rouges-gorges, grimpereaux et mésanges le mangent à l état d hivernation - Les larves mobiles sont dévorées par des espèces de fourmis, de coléoptères, d araignées terrestres et de forficules, Les carabes les mangent au dernier stade de leur développement larvaire. - La pipistrelle de Kuhl et la pipistrelle pygmée les attrapent au stade adulte. - Certaines punaises et acariens, ainsi que des forficules et coccinelles les mangent au stade d œufs. - Enfin, on dénombre environ 37 espèces de guêpes parasitoïdes qui s attaquent aux larves, aux œufs et aux chrysalides. La diversité des espèces auxiliaires peut faire une très grande différence dans la lutte contre le carpocapse. De nombreuses études démontrent ces résultats, chiffres à l appui. C est donc l absence d intervention avec des produits phytosanitaires ainsi que l aménagement diversifié et écologique du jardin qui vont avoir une influence favorable dans cette lutte par conservation!
5. Bibliographie - Biodiversité et régulation des ravageurs en arboriculture fruitière. Auteur : CTIFL. 2012. - http://www.fibl.org/fr/page-accueil.html - http://www.bioactualites.ch/fr/actualites.html