LA RÉVOLUTION FRANÇAISE Le récit mouvementé et captivant de dix années tourmentées qui changèrent à jamais l histoire de la France et du monde Elena SMIRNOVA-LEGRAND, Aurélien LEGRAND AVERTISSEMENT L histoire est vaste et sujette à interprétations. Nous ne souhaitons pas nous aventurer à l excès dans ce maquis. Notre but est de mettre en évidence les faits principaux, connus et généralement admis. Notre volonté est de mettre à la disposition des lecteurs, les éléments clefs d un sujet, ainsi qu une interprétation, de nature à permettre la compréhension. Cela rend le sujet intéressant et permet d alimenter la réflexion du lecteur. A noter que le présent livre numérique, comme tous les autres, a bénéficié d une rédaction nouvelle, par un historien ayant une bonne connaissance du sujet traité. Lathuile Haute-Savoie éditions du Gui - 2010 En couverture : La prise de la Bastille le 14 juillet 1789 métal gravé, Allemagne, c. 1840 - Colorisation ultérieure Photo akg-images
SOMMAIRE PRÉSENTATION p.3 DATES ET FAITS MARQUANTS p.3 PRINCIPAUX PERSONNAGES p.4 Lafayette, Marie-Joseph (1757-1834) p.4 Mirabeau, Honoré-Gabriel (1749-1791) p.4 Brissot, Jacques-Pierre (1754-1793) p.4 Danton, Georges-Jacques (1759-1794) p.4 Robespierre, Maximilien (1758-1794) p.5 Saint-Just, Louis-Antoine (1767-1794) p.5 Hébert, Jacques-René (1757-1794) p.5 Vadier, Marc-Guillaume (1936-1828) p.5 Barras, Paul (1755-1829) p.5 INTRODUCTION p.5 DÉVELOPPEMENT p.6 Grandes espérances p.6 Le temps des désastres p.9 Vive la République p.11 Gouvernement de terreur, gouvernement de salut p.14 La Révolution trahie p.17 CONCLUSION p.20 BIBLIOGRAPHIE p.22 PRÉSENTATION La Révolution française est incontestablement un moment exceptionnel. Par sa durée bien entendu : 10 ans de troubles, d émeutes, d exécutions, de réformes et de guerres ininterrompus. Par son ampleur ensuite : à la prise de pouvoir par Bonaparte, la France révolutionnaire contrôle déjà la moitié de l Europe et y impose sa vision de la politique et de la justice pour les siècles à venir. Par sa légende enfin : qui ne connaît pas Robespierre, la guillotine ou la Bastille, autant de nom et d images profondément gravés dans l imaginaire collectif. DATES ET FAITS MARQUANTS 1789 : - 5 mai : ouverture des Etats Généraux. Début de la Révolution française. - 14 juillet : prise de la Bastille. - 26 août : Déclaration des Droits de l Homme et du Citoyen. 1791 : - 20-21 juin : fuite du roi et arrestation à Varennes. - 3 septembre : adoption de la Constitution. 1792 : - 20 avril : déclaration de guerre à l Empire d Autriche. - 10 août : prise des Tuileries et emprisonnement de la famille royale au Temple. - 22 septembre : proclamation de la République.
1793 : - 21 janvier : exécution de Louis XVI. - 10 mars : création du Tribunal révolutionnaire. - 10-14 mars : début de la rébellion contre-révolutionnaire en Vendée et en Bretagne. - 31 mai 2 juin : expulsion des Girondins de la Convention. - 5 octobre : adoption du calendrier républicain. - 10 octobre : mise en place du gouvernement révolutionnaire. 1794 : - 24 mars : exécution des Hébertistes. - 5 avril : exécution des Dantonistes. - 8 juin : fête de l Etre suprême. - 10 juin : réorganisation du Tribunal révolutionnaire, centralisation de la Terreur. - 27 juillet : arrestation des Robespierristes, exécutés le lendemain. Fin du gouvernement révolutionnaire et début de la période thermidorienne. 1795 : - 31 octobre : installation du Directoire exécutif. 1799 : - 9 novembre : coup d état du général Bonaparte. Fin de la Révolution française. Lafayette, Marie-Joseph (1757-1834) PRINCIPAUX PERSONNAGES Acteur de la Guerre d indépendance des États-Unis, héro des premiers mois de la Révolution, chef de la Garde nationale et l un des auteurs de la Déclaration des Droits de l Homme. Il fuit la France après la chute de la monarchie. Capturé par les autrichiens, il n y revient qu après le coup d état de Bonaparte. Mirabeau, Honoré-Gabriel (1749-1791) Le plus brillant orateur de la Constituante. Déçu par la Révolution, il propose à Louis XVI ses conseils, s attachant une réputation de traître. Enterré au Panthéon après sa mort, il en est retiré en 1793. Brissot, Jacques-Pierre (1754-1793) Chef de la faction girondine à la Législative et à la Convention. Principal opposant de Robespierre, il perd la lutte politique contre les Montagnards. Arrêté puis jugé par le Tribunal révolutionnaire, il est guillotiné avec d autres députés girondins. Danton, Georges-Jacques (1759-1794) Héro de l insurrection du 10 août 1792, orateur influent à la Convention et chef du premier Comité de salut public. Il s oppose à la politique de la Terreur lors de la lutte contre la faction hébertiste. Il sera jugé et guillotiné juste après eux.
Robespierre, Maximilien (1758-1794) Orateur populaire de la Convention, membre influent du Comité de salut public et du Club des jacobins, partisan de la politique de la Terreur. Après avoir contribué à la chute des diverses factions, il est à son tour renversé par les membres des Comités de gouvernement et les députés de la Convention puis guillotiné. Saint-Just, Louis-Antoine (1767-1794) Membre du Comité de salut public, auteur de grands rapports d accusation contre les factions girondine, hébertiste et dantoniste. Envoyé aux armées comme représentant du peuple, il contribue aux victoires en Alsace et en Belgique. Lié avec Robespierre, il est arrêté et guillotiné avec lui. Hébert, Jacques-René (1757-1794) Journaliste, auteur du journal populaire «Le Père Duchesne», membre de la Commune de Paris. Il accuse le gouvernement révolutionnaire d être trop indulgent envers des ennemis du peuple. Devenu trop dangereux pour le Comité de salut public, il est arrêté et guillotiné avec d autres membres de la Commune. Vadier, Marc-Guillaume (1936-1828) Président du Comité de sûreté générale, il dirige le travail du Tribunal révolutionnaire et toute la police politique durant la Terreur. Porté par ses ambitions politiques, il s oppose à l influence du Comité de salut public et de Robespierre et devient un des organisateurs de la chute de ce dernier. Barras, Paul (1755-1829) Député de la Convention, représentant en mission pendant la Terreur, homme clef du 9 thermidor et leader des Thermidoriens. Le plus influant des membres du Directoire, il se retire complètement de la vie politique après le coup d état du 18 brumaire. INTRODUCTION Il y a déjà deux cent ans que la Révolution française est considérée comme l un des événements clés de l histoire mondiale. Cette décennie fougueuse, pendant laquelle la France fut déchirée par une lutte intérieure aggravée d une guerre contre les plus grandes puissances européenne, a changé à jamais le visage de l Europe. La Révolution n a pas uniquement changé la forme de gouvernement en France, ni seulement supprimé les privilèges féodaux, elle a créé un nouvel état d esprit, de nouvelles réalités et de nouveaux hommes. Les révolutions n arrivant jamais par hasard, celle de 1789 n est pas une exception. Pour qu un éclat de colère, même d un très grand nombre des gens, cause la destruction définitive et irrémédiable d une société multiséculaire, il faut que des dizaines de facteurs, majeurs comme secondaires, se rencontrent à un moment déterminé. La crise économique, financière et sociale, la faiblesse du pouvoir et l absence d une volonté unie parmi les membres privilégiés de la société française, ainsi que l extention, depuis les décennies
précédentes, des idées des Lumières, font partie de la longue liste de ces facteurs. L idée de la société-nation, où le roi n est que le premier des fonctionnaires, le premier parmi les égaux, subordonné comme d autres membres de la société à la loi, a conquis les esprits des Français du XVIIIe siècle. La division médiévale de la société française en trois Ordres ne correspondait plus à la réalité sociale et économique de la France de l époque. Le Tiers-état avait franchi, depuis longtemps déjà, les limites de sa fonction historique et ne consistait plus uniquement en «ceux qui travaillent», mais en la foule des gens les plus dynamiques, les plus actifs et les plus pensants de l époque. Il se considère légitimement comme le véritable représentant de la nation, il en constitue 98%, et attend des changements dans sa situation. La moindre étincelle suffirait alors à allumer la flamme endormie. La Serment du Jeu de Paume à Versailles le, 20 Juin 1789 Dessin, 1791, de Jacques-Louis David (1748-1825). Lavis à la plume et au bistre. Paris Musée du Louvre - Crédit akg-images. Grandes espérances DÉVELOPPEMENT Cette étincelle, c est la convocation par le roi Louis XVI des Etats Généraux : une assemblée réunissant des représentants de la noblesse, du clergé et du Tiers-état, les trois Ordres de la société française. Ils n avaient pas été convoqués depuis 1614. L ouverture des Etats Généraux à Versailles, le 5 mai 1789, en présence du roi et de toute la famille royale, marque le début de la Révolution. Les députés du Tiers-état n attendent pas longtemps avant de revendiquer leur statut de représentants du pays tout entier et, le 17 juin, suivant l appel de Mirabeau, se proclament Assemblée nationale. Quelques jours plus tard, ils sont rejoints par la majorité de la noblesse et du clergé. Le roi n a alors pas d autre solution que de reconnaitre l Assemblée nationale comme l institution détentrice du pouvoir législatif en France.
Le 9 juin l Assemblée prend le nom de Constituante, soulignant ainsi son but principal : l élaboration d une constitution pour le royaume. Le désir de donner à la France une constitution ne signifie pas l intention de supprimer la monarchie. Les philosophes des Lumières, tels que Rousseau, Voltaire ou Montesquieu, de même que les députés de l Assemblée constituante, ont toujours été convaincus que la monarchie est la seule forme de gouvernement possible pour la France. Ils entendent uniquement l encadrer par la loi et faire participer la nation entière au gouvernement du pays. Mais se sentant menacé, Louis XVI fait rassembler des troupes autour de Paris et congédie, le 11 juillet, le très populaire ministre Necker. De tels actes ne peuvent que mener à l émeute des parisiens désireux de se défendre et ont finalement pour effet la chute du symbole du despotisme royal : la Bastille. La prise de la Bastille est un évènement assez secondaire en soi, mais est rapidement devenue un symbole fort et a donné naissance à de nombreuses légendes. L une d elles veut qu à la question du roi qui venait d apprendre la chute de la forteresse : «C est donc une révolte?», le duc de La Rochefoucauld réponde : «Non, Sire, c est une révolution!». La prise de la Bastille révèle une force nouvelle : la foule, la masse populaire, qui sera un acteur décisif des années de la Révolution. La violence spontanée et incontrôlable de la rue, profondément attachée à la liberté, va régulièrement dicter sa volonté et sa loi aux pouvoirs révolutionnaires. Pris de peur, les premiers émigrés, issus du milieu aristocratique, se précipitent déjà à l étranger. Londres, Coblenz en Allemagne, et jusqu à la Russie impériale, sont devenus les destinations privilégiées des émigrés français. Parmi eux se trouve le comte d Artois, frère cadet de Louis XVI et futur Charles X. Pris par le vent du changement, les évènements se succèdent à une vitesse incroyable, comme si leurs protagonistes se précipitaient pour goûter à une liberté tant attendue. Du 4 au 11 août 1789, l Assemblée constituante vote plusieurs décrets supprimant les privilèges de la noblesse et du clergé. Le 26 août, la Déclaration des Droits de l Homme et du Citoyen, le document clé de la Révolution, est née. Elle institue l égalité devant la loi, la liberté d expression, le respect de la propriété et reconnaît la nation comme fondement du pouvoir politique. Le roi perd son autonomie politique et physique. Forcé, le 5 octobre 1789, de s installer à Paris, il se pare d une cocarde tricolore et signe les décrets d août. Perdant ses privilèges, l Eglise ne tarde pas à perdre ses biens. Ceux-ci sont en effet mis à la disposition de la Nation et vendus sous le nom de «biens nationaux». L automne 1789 est une véritable période de jaillissement d enthousiasme et d ivresse pour une liberté nouvellement découverte. Les parisiens forment leur propre garde armée, plaçant le général La Fayette à sa tête, et l appellent Garde nationale. Plus besoin des soldats du roi pour protéger la capitale : la capitale se protège elle-même. La France reçoit une nouvelle division administrative : 83 départements remplacent les anciennes provinces. De nombreux clubs politiques apparaissent, à Paris comme en province, notamment le Club breton qui prend le nom de la Société des amis de la Constitution mais que l on appelle tout simplement le club des Jacobins. Des dizaines de journaux font leur apparition et marquent la naissance d une presse politique qui sera désormais un outil indispensable de la vie politique française. L apothéose de cette ère de changements est la fête de la Fédération, organisée à Paris le 14 juillet 1790, et qui rassemble des délégués des quatre coins du pays.
Mais cette année d enthousiasme et d illusions passe vite et laisse finalement la place aux déceptions et à une réalité dure à affronter. Ne renonçant jamais à l idée de recouvrer son pouvoir perdu et de mettre fin à la Révolution, Louis XVI cherche des collaborateurs au sein de l Assemblée même. Le comte Mirabeau, le plus brillant et le plus inspiré des orateurs de la Constituante, offre ses services au roi et lui promet de défendre ses intérêts en l aidant à utiliser les antagonismes politiques de l Assemblée. Mais Mirabeau meurt le 2 avril 1791 et Louis XVI, dépassé par les événements, commet une erreur après l autre et finit par tenter de prendre la fuite vers l étranger accompagné de toute sa famille. Les 21 et 22 juin 1791 marquent un tournant décisif dans les relations entre le roi et la Nation. Pendant ces deux jours d été, la France a définitivement perdu foi en la possibilité d une union du roi et de la Révolution. Recherché et assez vite retrouvé puis arrêté à Varennes, Louis XVI revient à Paris au milieu du morne silence des parisiens attroupés le long du chemin de son équipage. Sa fuite est vue par les Français comme un acte de trahison. Instantanément le roi est devenu étranger dans son propre pays. La rupture irréversible du roi d avec son peuple s accentue encore le 17 juillet 1791 quand le commandant de la Garde nationale, La Fayette, et le maire de Paris, Bailly, ordonnent d ouvrir le feu sur la manifestation réunie sur le Champ-de-Mars pour demander la destitution du roi. Les voix exigeant la destitution de Louis XVI se font de plus en plus fortes et résonnent dans la rue aussi bien qu à la Constituante. Mais il faudra attendre encore un an avant que les Français, monarchistes dans leur grande majorité en 1789-1790, proclament la République. Cependant la nouvelle et première Constitution du royaume de France, enfin adoptée le 3 septembre 1791, montre clairement à quel point le roi a perdu la confiance de la Nation. Il perd, ente autres, le pouvoir de déclarer la guerre et ne peut nommer ses ministres sans demander la permission de l Assemblée. Tous les mécanismes du pouvoir sont désormais attribués à l Assemblée, qui prend par ailleurs le nom de Législative. Le roi garde seulement son titre et le caractère sacré de sa personne. Il n aura qu un an pour en profiter.
La prise de la Bastille le 14 juillet 1789 Lithographie colorisée, France, c. 1900. Collection privée Photo akg-images Le temps des désastres Le dernier décret de l Assemblée constituante est une preuve de démocratie sans précédent. Il interdit en effet à ses membres d être réélus à la Législative. Tous les grands orateurs des deux premières années de la Révolution quittent alors la tribune et s expriment dorénavant uniquement dans les nombreux clubs politiques. C est justement à partir de cet été 1791 que ces clubs commencent à prendre une importance telle que les désisions prises en leur sein s imposent progressivement à la Législative. Deux clubs occupent une place prépondérante dans la vie politique : celui des Cordeliers, emmené par Marat, et celui des Jacobins, où règne Robespierre. A l ouverture de l Assemblée Législative, une nouvelle faction politique apparaît où de nouveaux noms se font connaître et occuperont très vite une place de premier ordre dans la Révolution : Vergniaud, Brissot, Barbaroux. Ces députés du département de la Gironde groupent autour d eux les plus brillants orateurs et penseurs de la Législative et créent une faction qui se fait appeler les Girondins. Ils jouissent d une telle autorité qu ils sont appelés, le 10 mars 1792, à former un nouveau cabinet des ministres, avec Roland à sa tête. Les débats les plus importants de la période concernent la question de la déclaration de guerre à l Autriche impéliale. La guerre semble inévitable, la question est juste de gagner un peu de temps pour s y préparer efficacement. C est dans ces termes que s exprime Robespierre de la tribune du club des Jacobins, mais il est seul. La France veut la guerre immédiatement. La guerre victorieuse qui apportera la liberté à l Europe pour les Girondins; la guerre perdue qui permettra aux armées étrangères de restaurer la monarchie dans toute sa
splendeur pour le roi et ses partisans. Les opinions s affrontent. «Il faut instaurer d abord la paix intérieure», crie Robespierre. «Les victoires des armées françaises vont ramener la paix dans le pays», promettent les Girondins. Ces derniers ont le dernier mot : le 20 avril 1792, la France déclare la guerre à l Autriche. L échec est total : les armées françaises, mal équipées, mal commandées, avec des soldats affamés et des officiers qui trahissent en masse, perdent sur tous les fronts. L ennemi franchit les frontières de la France et avance vers Paris. La peur gouverne alors. La famine et les rumeurs de haute trahison gagnent la France, où les émeutes éclatent les unes après les autres. La situation devient critique et exige des actions décisives et fermes. Vergniaud propose à la Législative de déclarer la Patrie en danger. Le 11 juillet sa proposition est votée. Cette déclaration amène la multiplication de nombreuses accusations contre la Cour, contre les députés incapables, contre la Révolution même qui n arrive pas à marcher jusqu au bout. Les demandes de destitution de Louis XVI se font de plus en plus vives. Des bataillons de volontaires s organisent dans tout le pays. Les parisiens se transforment en soldats. Le 10 août 1792, l insurrection conjointe des parisiens et des bataillons de volontaires marseillais se termine par la prise du palais des Tuileries, la déchéance de Louis XVI et son emprisonnement, ainsi que toute sa famille, au Temple. Il n y a plus de monarque en France, mais il n y a pas encore de République non plus. Pendant plus d un mois, le pays reste entre deux régimes : personne ne fait d allusions au retour de la monarchie, mais le mot même de République fait encore peur. Tout le monde attend les nouvelles élections. La constitution ne correspondant plus à la réalité politique, le pays a besoin d en forger une nouvelle et pour ce faire d une nouvelle assemblée : la Convention nationale. L élection des nouveaux députés est lancée, mais cela ne parvient pas à calmer l ardeur des parisiens révoltés. Le 17 août, la Commune de Paris, dictant sa loi aux législateurs, impose l instauration d un Tribunal extraordinaire provisoire, préfiguration du terrible Tribunal révolutionnaire de 1793-1794. Le 2 septembre, Verdun est prise par les troupes autrichiennes. La panique envahit Paris. La rumeur court d un complot aristocratique contre la Révolution. Les sans-culottes, enragés, se précipitent dans des prisons parisiennes regorgeant d aristocrates et massacrent les prisonniers sans grande distinction d origine. Plus d un millier de personnes sont tuées en cinq jours. Le cabinet girondin, terrorisé et dépassé par les événements, n intervient pas. Danton, Tribun du peuple, ministre de la Justice, et principal organisateur de la prise des Tuileries, montre son impuissance devant la colère de la rue et laisse la foule exercer sa vengeance. Voici l ambiance qui règne à Paris au moment des élections des nouveaux représentants du peule. Dans cette atmosphère de terreur et de haine, la Convention nationale ouvre sa première séance le 21 septembre 1792.
La Garde nationale plantant l arbre de la Liberté Gouache, c. 1790, par Lesueur. Collection Bidault de l Isle, Paris, Musée Carnavalet. Photo akg-images Vive la République Le destin a fait aux députés de la Convention un cadeau généreux : la veille de l ouverture des séances, les troupes françaises remportent leur première victoire près de Valmy. L enthousiasme général se reporte alors sur la nouvelle assemblée. Le premier décret de la Convention nationale proclame l abolition de la monarchie en France. Cet acte officiel vient ainsi légitimer la violence de la rue. Le lendemain, le 22 septembre, la République française est proclamée. L étape suivante doit logiquement être l élaboration d une constitution républicaine. Mais des problèmes particulièrement urgents contraignent les députés à repousser ce travail pendant un an. La Convention réunit sur ses bancs les députés les plus brillants de la Constituante (Robespierre, Danton, Barère) et de la Législative (Vergniaud, Brissot, Barbaroux). S y ajoutent quelques «nouveaux», qui prendront bientôt un rôle prépondérant dans la vie politique française (Saint-Just, Marat, Vadier). Politiquement, les trois pouvoirs se concentrent dans les mains de la nouvelle Assemblée. Elle est, en effet, naturellement à la base une institution législative. Mais la Convention forme rapidement des comités, composés de ses propres membres, qui remplacent au fur et à mesure les ministères et empiètent ainsi sur le pouvoir exécutif. Et finalement, l institution judiciaire supérieure, le Tribunal révolutionnaire, tombe sous le contrôle d un de ces comités, celui de Sûreté générale et de surveillance, instauré le 2 octobre 1792. Les passions qui déchiraient l élite politique en 1792 ne font que s aggraver au sein d une Convention spontanément divisée en trois parties : la Gironde (les députés modérés), la Montagne (les députés radicaux) et la Plaine (la majorité, qui soutient tour à tour l une
ou l autre faction). Les Girondins et les Montagnards ne ratent aucune occasion de se lancer réciproquement des accusations et ne se soucient point du préjudice que leur antagonisme cause à la gestion efficace et au rétablissement de l ordre dans un pays en crise. Le destin du roi est la principale préoccupation de la Convention. Le jugement du monarque déchu s ouvre en novembre 1792. Pendant deux mois, l attention du pays se focalise sur ce procès sans précédent. Reconnaissant la culpabilité du roi pour haute trahison mais ne voulant pas se salir les mains de sang royal, les Girondins proposent de l emprisonner ou de l exiler. Mais les Montagnards s y opposent violemment. Saint-Just, et plus tard Robespierre, déclare que l existence physique même du roi n est pas compatible avec la liberté du peuple. Si le roi n est pas abattu, la République sera en danger permanent. Cette cruelle logique deviendra dans quelques mois la logique de la Terreur : si la République ne supprime pas ses ennemis, ce sont eux qui détruiront la République. Les Montagnards triomphent : le 19 janvier 1793, Louis XVI est condamné à mort et sera guillotiné deux jours plus tard. Le lendemain de l exécution du roi, le ministre girondin Roland démissionne. L exécution du roi ne permet pourtant pas la pacification attendue. Les passions s allument au contraire avec une force renouvelée. Ceux qui pensaient la Révolution proche de l achèvement comprennent que la route est encore longue et qu il n est plus possible de reculer. Il faut faire un grand saut dans l obscurité. Les Français devront être des pionniers, les pionniers d un monde nouveau et d un nouvel ordre des choses. Le 1er février 1793, la République française déclare la guerre à l Angleterre et à la Hollande. Il lui faut de nouveaux soldats. Décrétant la levée des 300 000 hommes, la Convention envoie ses députés en mission dans les départements pour l accélérer. Le 9 mars, Paris est de nouveau en flammes : les sans-culottes révoltés reclament de réorganiser un gouvernement girondin incapable et impuissant devant la crise économique. Robespierre, de la tribune de la Convention, soutient leurs revendications. Danton va encore plus loin et propose d instituer un Tribunal révolutionnaire pour juger les ennemis du peuple responsables des misères et des malheurs des sans-culottes. Deux jours d hésitations et de doutes, deux jours d une séance interrompue à la Convention, mènent finalement au fameux décret du 10 mars 1793 qui instaure ce nouveau Tribunal, destiné à juger ceux qui complotent contre la République. Terrifié par cette nouvelle création de la Révolution, Vergniaud qualifie ce Tribunal d «inquisition mille fois plus redoutable que celle de Venise». Quelques jours plus tard, des révoltes contre-révolutionnaires éclatent en Vendée et en Bretagne. La France est envahie par une guerre civile sans pitié. Conscients d être au bord de la catastrophe, les Montagnards proposent des mesures extraordinaires, parmi lesquelles l institution d un comité qui, chargé de pouvoirs exceptionnels, dominera les ministères et les surveillera. Il est présenté comme seul capable de mettre l ordre dans le pays, de mobiliser toutes les forces et de réprimer les ennemis de la liberté. Les Girondins utilisent tous les moyens à leur disposition pour empêcher la création de cet organe qui, d après eux, étranglera la liberté. Ils perdent de nouveau : le 6 avril, le Comité de salut public est né. Avec Danton à sa tête, il jouit de pouvoirs prodigieux qui n iront que grandissants. Le mécontentement général contre le gouvernement girondin grandit de jour en jour. Principal orateur des Cordeliers, Marat les attaque constamment du haut de la tribune de son Club et dans les pages de son journal populaire : «L ami du peuple». A la Convention,
Calendrier révolutionnaire, 5 octobre 1793. Gravure sur cuivre colorisée par Salvatore Tresca (1750-1815) Paris, Musée Carnavalet. Photo akg-images Ebook en poche 2010 La Révolution française Robespierre les accuse d avoir trahi les intérêts de la patrie. Le 31 mai, la foule armée, guidée par la Commune de Paris, entoure l Assemblée et exige l expulsion des 32 Girondins de la Convention et leur arrestation. La Convention cède, contrevenant au principe de l inviolabilité parlementaire et, encore une fois, démontre son impuissance face à la violence populaire.
Gouvernement de terreur, gouvernement de salut Après s être débarrassés de leurs opposants politiques, la première préoccupation des Montagnards est de légaliser cet acte de violence contre la représentation nationale. Le meilleur moyen de prouver que l élimination politique des Girondins est un bien incontestable pour la République et son peuple est de lui donner enfin la constitution promise par la Convention il y a maintenant un an. Et cette constitution arrive en effet très rapidement : le 4 août 1793, elle est ratifiée par le peuple français lors d un référendum au suffrage universel (masculin). Pourtant, dans la suite immédiate, elle est déclarée incompatible avec la situation de crise que la République est en train de traverser et ajournée jusqu à la paix. Elle ne sera finalement jamais appliquée. Il faut reconnaître à postériori que cette constitution, bien que très progressiste, était difficilement applicable en l état. Les Montagnards, pressés par les circonstances, se souciaient plus, de fait, du principe même de donner une constitution aux Français que de son contenu. La situation étant en effet catastrophique. Les armées républicaines, affamées, manquant de munitions et d uniformes, perdent une bataille après l autre. A cette situation militaire périlleuse s ajoutent les départements révoltés contre la domination politique parisienne et la levée en masse, la guerre civile à l Ouest, les problèmes de subsistance dans les villes et les réclamations extrémistes d une Commune de Paris toute puissante depuis la chute de la Gironde. Face au chaos général, tous ces problèmes demandaient une résolution rapide et décisive. L été 1793 ouvre ainsi une nouvelle ère dans l histoire de la Révolution, celle du règne d un pouvoir fort, sévère même. Une ère plus tard nommée l époque de la Terreur. Effectivement, les premiers actes du gouvernement montagnard se distinguent par une fermeté exceptionnelle et sans précédent depuis le début de la Révolution. A commencer par l institution du maximum général des denrées de première nécessité et des salaires, l adoption de mesures contre les accapareurs, la levée en masse, les répressions sanglantes contre les départements en rébellion, le vote de la loi contre les «suspects», nouvelle notion révolutionnaire, et l ouverture des procès des députés de la Gironde et de la reine. Ce même été 1793, le Comité de salut public est renouvelé. Il perd Danton, mais gagne Robespierre, dont la popularité augmente depuis la chute de la Gironde et l assassinat, le 13 juillet 1793, de Marat, idole des sans-culottes parisiens. Pour calmer Paris enflammé, le Comité invite Collot d Herbois et Billaud-Varenne, deux députés extrémistes, à le rejoindre. C est, composé de ces douze membres, que le Grand Comité va imposer sa volonté à la Convention nationale et devenir l équivalent d une sorte de pouvoir dictatorial pendant presque un an. Désirant souligner sa rupture avec le passé et son orientation vers l avenir, vers la construction d un monde nouveau, d une nouvelle société et d une nouvelle génération d individus, les députés ont adopté, le 5 octobre 1793, un nouveau calendrier : le calendrier républicain. Celui-ci commence le 22 septembre 1792, jour de la proclamation de la République, qui devient alors le premier jour de l an I de la République. Les nouveaux mois, contenant désormais 30 jours, ont pris de jolis noms à l antique inspirés par les saisons comme pluviôse, prairial, fructidor, frimaire, etc. L installation définitive du pouvoir de la faction montagnarde est liée à la mise en place, le 10 octobre, après le discours fait par Saint-Just au nom du Comité de salut public, du «gouvernement révolutionnaire provisoire jusqu à la paix». A partir de cette date, c est
le Comité de salut public qui gouverne le pays, compose les autres comités de la Convention, surveille les généraux et les représentants du peuple dans les départements et contrôle les administrations locales. Il a également le pouvoir de remplacer et d arrêter les fonctionnaires de tous rangs. Il dirige les campagnes militaires et la politique économique, se charge de la subsistance des grandes villes et des fournitures des armées. Ses pouvoirs ne font qu augmenter et, vers le printemps 1794, tous les domaines administratifs du pays tombent sous son contrôle. La seule exception reste la police politique, dirigée par le Comité de sûreté générale, qui, avec Vadier à sa tête, devient la seule institution osant encore s opposer au Comité de salut public. L autorité et la légitimité des deux Comités de gouvernement se basent principalement sur la situation extraordinaire, mais aussi sur le fait que leurs membres sont issus la Convention et donc démocratiquement élus par le peuple. Mais, dérogeant au principe élémentaire de séparation des pouvoirs, les conventionnels contrôlent tous les aspects de la vie politique révolutionnaire, à l image du monarque absolu en son temps. La question la plus polémique de la Révolution française, autour de laquelle les discussions les plus vives ne cessent depuis plus de deux siècles, est sans doute la mise de la Terreur à l ordre du jour et l instauration du système d élimination des opposants politiques par le gouvernement révolutionnaire, qu il s agisse des fonctionnaires corrompus ou de tous ceux dont l existence, pour une raison ou une autre, était considérée comme incompatible avec la survie de la République. La guillotine de la place de la Révolution (actuellement place de la Concorde à Paris), demeure toujours une blessure ouverte sur la période de la Terreur qui efface parfois ses nombreux acquis et son caractère bien souvent très progressiste. Mais le but de l historien n est pas d accuser ou de juger les différents acteurs, mais bien d en comprendre et expliquer les motivations. Essayons donc d expliquer l empressement avec lequel les membres du gouvernement révolutionnaire ont accepté et appliqué la politique de la Terreur. Au moment d une crise particulièrement intense, qui exigeait incontestablement des actions rapides et énergiques, la Terreur semblait être pour les contemporains le seul moyen capable de sauver la Révolution. L application même de la Terreur correspond parfaitement à la logique de l esprit des différents acteurs, formés par les idées des Lumières. Si la Révolution, qui est un bien absolu pour le peuple et est désiré plus qu aucune autre chose par ce dernier, rencontre des obstacles, cela ne peut être que par la faute d ennemis du peuple et d aristocrates jaloux de leurs privilèges. Le succès de la Révolution et, conséquemment, le bonheur du peuple, dépendent alors de l élimination de tous les obstacles qui se dressent sur son chemin, c est-à-dire de l élimination physique de ses ennemis. Plus les changements que la société subit sont radicaux, plus l opposition à ces changements est forte et plus la Terreur doit donc être impitoyable. Mais le but de la Terreur n est pas uniquement l élimination physique et directe des ennemis de la Révolution, il est aussi et surtout, l intimidation de ceux qui peuvent, par leur origine ou leurs opinions, vouloir s y opposer. D où la conduite de certains représentants en mission, tel par exemple Saint- Just, qui se contentent d exposer la guillotine sur la place principale de la ville au lieu d en guillotiner les habitants. La victoire des Montagnards sur les Girondins est à peine consommée depuis six mois, quand, pendant l hiver 1793-1794, le camp des vainqueurs se scinde en trois parties. A gauche se trouve la Commune de Paris, partisane des mesures les plus radicales, demandant de redoubler la Terreur, reprochant au Comité de salut public un manque d énergie et le menaçant de nouvelles émeutes des sans-culottes et d épuration de la Convention. Le porteparole de cette faction, et membre de la Commune, Jacques-René Hébert, est l auteur du journal populaire «Le Père Duchesne». Ses idées sont battues en brèche par l orateur le plus
remarquable de la Convention, Georges-Jacques Danton, qui, aidé par son ami journaliste Camille Desmoulins, auteur du journal «Le Vieux Cordelier», ouvre au contraire une campagne d opinion pour calmer la Terreur. Ces modérés exigent l institution d un Comité de clémence, la révision de la notion de «suspect» et refusent au Comité de salut public ses pouvoirs extraordinaires. Au milieu de ce duel politique se trouvent les douze membres du Comité de salut public et les quatorze membres de celui de sûreté générale. Les Hébertistes comme les Dantonistes ont tous deux leurs partisans au sein du gouvernement, mais les membres des Comités ont davantage intérêt à détruire les deux factions afin qu aucune d entre elles ne menace le pouvoir du gouvernement révolutionnaire. Dans la fièvre de la lutte des factions, Saint-Just, au nom des deux Comités de gouvernement, présente les fameux décrets de ventôse sur la confiscation des biens des suspects et leur distribution parmi les patriotes les plus déshérités. Mais ce radicalisme hors norme de la politique économique n existe, comme la constitution de 1793, que sur le papier : les décrets de ventôse ne sont pas faits pour être appliqués, mais uniquement pour détourner la sympathie des sans-culottes des Hébertistes vers le gouvernement. Affaiblis par leur lutte réciproque, les Hébertistes et les Dantonistes sont éliminés les uns après les autres : jugés et condamnés à mort par le Tribunal révolutionnaire, Hébert et les siens montent à l échafaud le 24 mars 1794, les Dantoniste les y suivent le 5 avril. La Commune de Paris est renouvelée et recomposée avec les hommes de Robespierre. La liberté de la presse est étranglée. Désormais, il n y a qu une seule et unique volonté en France, celle du Comité de salut public. Le principe de centralisation imposée par ce dernier à toutes les administrations donne malgré tout des résultats incontestables : le pays sort du chaos de 1793. Les armées françaises repoussent les ennemis au-delà des frontières et mettent les régions contre-révolutionnaires sous contrôle. Les problèmes de subsistance et d inflation existent toujours, mais la Terreur calme les passions. Désormais débarrassé des opposants politiques, Robespierre peut procéder à la réalisation de la réforme spirituelle de la société, qu il invoque alors à la tribune de la Convention et du club des Jacobins. Maintenant que les organisateurs et instigateurs de la déchristianisation, les Hébertistes, sont montés sur l échafaud, il offre à la France une nouvelle religion, symbiose d une sorte de religion civile et du culte catholique. L apothéose de cette nouvelle religion, et le triomphe personnel de Robespierre, est la somptueuse fête de l Etre Suprême organisée à Paris le 8 juin 1794, et ensuite reprise dans certaines villes de province. Le retour du catholicisme, que certains députés dénoncent dans ce culte, suivi par la réorganisation du Tribunal révolutionnaire et la centralisation parisienne de la Terreur, font monter le mécontentement à la Convention et au sein des Comités de gouvernement. Cela mènera à la chute de Robespierre un mois et demi plus tard. Pourtant, la chute du gouvernement révolutionnaire n est pas dûe aux seuls conflits d intérêts et d ambition personnels. Mis en place pour faire face à une situation extraordinaire, il a toujours été considéré comme un gouvernement provisoire devant concéder sa place à un gouvernement constitutionnel dès que les circonstances le permettraient. Vers l été 1794, plus rien ne semble empêcher le passage à un régime constitutionnel et à la suppression de toutes les institutions extraordinaires, y compris les deux Comités et le Tribunal révolutionnaire. Mais cette perspective ne sied pas aux membres du gouvernement, attachés au goût du pouvoir et craignant, une fois devenus impuissants, de devoir rendre compte des excès de la Terreur. Le temps démontrera d ailleurs qu ils avaient vu juste. Ainsi, le gouvernement
révolutionnaire se trouve dans une impasse : il n envisage pas la possibilité de sortir de la Terreur mais n a plus de raisons objectives de la poursuivre. Le complot contre Robespierre réunit alors des députés dont la vie semble menacée et les membres du Comité de sûreté générale désireux d affaiblir le Comité de salut public et de se renforcer à son détriment. Le 27 juillet 1794 (9 thermidor an II), Robespierre et les députés proches de lui sont arrêtés. Une insurrection de la Commune de Paris pour les libérer échoue et aboutit à leur mise hors la loi. Ils sont guillotinés sans jugement le lendemain. La Révolution entre dans sa nouvelle phase : la «période thermidorienne». Louis XVI, roi de France (1754-1793) Exécution de Louis XVI, le, 21 janvier 1793. Vignette d époque Photo akg-images La Révolution trahie La principale préoccupation des membres des Comités est de donner l impression d une continuité du pouvoir et des orientations politiques : le 9 thermidor n est qu un nouveau triomphe de la Révolution sur ses ennemis, comme elle a déjà triomphé des Girondins, des Hébertistes ou des Dantonistes. Pourtant, les députés de la Convention voient dans cet événement la possibilité unique d en finir avec le règne de la Terreur et de passer à l ordre constitutionnel. Mais il faut avant cela régler les comptes. Une vague de Terreur blanche parcourt le pays : la mode est aux grands procès des «terroristes», parmi lesquels se trouvent six membres des Comités de gouvernement, ou encore le procès symbolique de l accusateur public près du Tribunal révolutionnaire qui sera suivi de son exécution. On laisse ainsi impunis les chasses aux Jacobins organisées par la jeunesse dorée dans tous le pays. L ouverture des prisons, la fermeture du club des Jacobins, la suppression du Tribunal révolutionnaire et de la Commune de Paris, la réorganisation du système des comités à la Convention et l abolition des pouvoirs extraordinaires des Comités de salut public et de sûreté générale, ainsi que l abandon de la politique du maximum des prix, marquent la fin du gouvernement révolutionnaire.
La société française se fait inégale, où la rupture est de plus en plus prononcée entre la pauvreté et la richesse. Les sans-culottes tentent bien de montrer leur force, mais la Convention tient bon et deux insurrections échouent. La nouvelle Constitution, celle de l an III, élabore un système de gouvernement basé sur l équilibre et sur la division des pouvoirs. Le corps législatif est composé de deux parties : le Conseil des Cinq-Cents et le Conseil des Anciens. Le pouvoir exécutif est donné au Directoire, composé de cinq directeurs. Le suffrage universel cède la place au suffrage censitaire, seuls les plus riches votent dorénavant. Tout dans cette nouvelle constitution illustre la volonté clairement exprimée de ses auteurs d enterrer les principes du 1793 et de créer une République des privilégiés. Les défaites des sans-culottes laissent entrevoir aux royalistes la possibilité d une conquête du pouvoir. Le 5 octobre 1795, ils organisent une émeute dans les quartiers prospères de la capitale. Cette dernière effraie tant les députés de la Convention qu ils font appel, pour la première fois dans l histoire de la Révolution, à l armée pour la réprimer. Le commandement de la répression est confié au jeune général Bonaparte, qui résout le problème en tirant au canon sur la foule. Cet épisode est révélateur : c est l armée désormais qui détient le pouvoir que la rue et les législateurs ont eu tour à tour entre leurs mains. Pendant toute la période directoriale, c est à dire presque la moitié de la Révolution, du 26 octobre 1795 au 9 novembre 1799, ce nouveau rapport de forces s impose progressivement : la société civile semble apathique et fatiguée alors que l armée apparaît de plus en plus dynamique, forte et surtout, dorénavant, victorieuse. L histoire de la France pendant ces quatre ans est davantage constituée de victoires militaires que d événements internes au pays. Les directeurs cherchent constamment l équilibre entre les différentes tendances politiques, tâchant de conserver une stabilité fragile, et surtout leur place, mais condamnant le pays à l immobilisme. La peur et la méfiance qu ils éprouvent envers les généraux les plus populaires les poussent à accepter l aventure égyptienne de Bonaparte, avec pour principal objectif de l éloigner de France. Mais à son retour d Egypte un an et demi plus tard, Bonaparte, trouvant un pouvoir affaibli et un Etat au bord de la faillite, considère le moment comme particulièrement favorable à ses ambitions personnelles. A l aide de ses troupes, il organise le 8 et 9 novembre 1799 un violent coup d Etat, mettant ainsi fin à la période du Directoire et à dix années particulièrement turbulentes de l histoire de France. Tous ceux qui essayèrent avant lui, à quelle que période que ce fût, de terminer la Révolution furent écrasés par elle. Le général Bonaparte est le seul qui réussit à arrêter la marche révolutionnaire. Sans doute, la personnalité du futur empereur des Français et son autorité dans l armée y contribuèrent pour beaucoup. Mais il convient également d avoir en tête un autre facteur particulièrement déterminant : au moment de la prise de pouvoir par Bonaparte, la Révolution s est épuisée d elle-même, elle ne se trouve plus de chemin où avancer. Elle est en fait déjà terminée et attend seulement la secousse qui mettra définitivement fin à ses jours.
Caricature de l exécution de Louis XVI, la gloire française au zénith. Eau-forte colorisée par J. Gillray, 1793 Photo akg-images.
CONCLUSION La Révolution française était-elle bonne ou mauvaise? Les discussions autour de cette question ont agité et agiteront encore les esprits pendant des années. Pourtant, la question est mal posée. Le changement radical apporté au mode de vie d une société entière ne peut qu apporter son lot de souffrances, de destins brisés et de traditions perdues. Mais sur ces ruines nait également un nouveau monde, où la vie reprend doucement son cours et où de nouvelles traditions et de nouveaux destins sont forgés par les Hommes. Les hommes de 1789-1794 étaient les pionniers de transformations radicales. Ils n avaient ni maîtres, ni références qui auraient pu leur servir de repères et de soutien face à l immensité du travail à accomplir. A l exception, peut-être, des lointaines républiques antiques et des philosophes des Lumières, dont ils tentèrent, souvent brutalement et gauchement, d adapter les idées abstraites aux réalités contemporaines. Errant dans l obscurité, sans repères et sans aide, ils en oublièrent leurs buts originels, n en laissant survivre que de brillants slogans désormais très éloignés de la réalité. Leurs leçons et leur exemple en revanche servirent abondamment aux générations suivantes, qu ils s agissent des révolutionnaires européens, Italiens, Belges, Allemands, Français bien sûr, ou même des Bolchevicks de 1917. La Révolution française est devenue l étendard et l inspiratrice des révolutions européennes du XIXe et du début XXe siècles, certaines allant même jusqu à copier ses créations. L exemple le plus frappant est celui du tristement célèbre KGB, littéralement Comité de Sûreté d Etat, dont le nom et les fonctions imitaient ceux du Comité de sûreté générale de 1793-1794, ce dans l état soviétique. La Révolution va également permettre la prise de pouvoir politique et social d un nouveau groupe, qui va dominer la vie politique et économique française durant tout le XIXe siècle : la bourgeoisie. Cette bourgeoisie, en plus de concentrer le capital, se trouve maintenant également en possession des terres depuis la redistribution que constituait la vente des biens nationaux. Mais elle est surtout dorénavant à la tête du système politique, se partageant postes à responsabilité et Assemblées. Même après la Restauration, la monarchie française ne sera plus jamais celle de l Ancien Régime. Malgré leur volonté, les trois futurs souverains seront obligés de compter avec les changements que la Révolution a apportés à la société. Un des plus importants est sans doute l instauration du système parlementaire. Son implantation est si solide que même les régimes autoritaires de Napoléon Ier et de Napoléon III n osèrent supprimer, du moins en apparence, le système représentatif. Corolaire du parlementarisme, la Révolution a donné un rôle de premier plan à la presse et à l art oratoire, sans lesquels toute vie politique est désormais impossible. La mentalité française et l inconscient collectif de toute une société se sont également formés pendant ces dix années qui achevèrent le XVIIIe siècle. Une de leurs caractéristiques les plus marquantes reste toujours la profonde passion pour les questions politiques à tous les échelons de la société, associée à une conscience aigue des droits individuels et collectifs et à une tendance affirmée à les défendre jusqu au bout par la grève ou l action collective.
Le coup d État du 18 Brumaire, le 9 novembre 1799 Tableau vers 1840 de François Bouchot (1800-1842). Versailles, château de Trianon - Photo akg-images Et si l on regrette souvent la destruction de nombreuses églises et couvents lors du mouvement de déchristianisation ou à la faveur de la vente des biens nationaux, il ne faut pas oublier que le pouvoir révolutionnaire n était pas étranger à la conservation du patrimoine, créant notamment le musée des Monuments français et le premier grand musée public : le Louvre. Notons également qu en 1794, en pleine Terreur et lutte des factions, La Convention vote l abolition de l esclavage dans les colonies françaises. Malgré son rétablissement par Napoléon en 1802, la France était alors le premier pays à abolir l esclavage sur l ensemble de son territoire, devançant les Etats-Unis de plus d un demi-siècle. Et comment ne pas finir en se souvenant que la Révolution française a légué nombre de ses symboles à la France contemporaine, de la Marseillaise à la fête du 14 juillet en passant par le drapeau tricolore et la République.
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